Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

vendredi 21 juin 2019

« Gutenberg, l’inventeur visionnaire » par Pierre Lergenmüller


Arte diffusera le 23 juin 2019, dans le cadre de la série documentaire d'animation « Points de repères » (Im Lauf der Zeit), « Gutenberg, l’inventeur visionnaire » (Gutenberg - Erfinder des Buchdrucks mit Weitsicht) par Pierre Lergenmüller. L’invention d’un imprimeur allemand (1400-1468) durant la Renaissance a induit une révolution dans la transmission des savoirs.

  
« En 1450 à Mayence, Johannes Gutenberg travaille à la création d’une presse à imprimer depuis plusieurs années déjà ». 

« Il persuade Johannes Fust, un homme d’affaires, de financer son projet ». 

« En 1452, après de longs tâtonnements, Gutenberg produit le premier livre imprimé de l’histoire. La machine qu’il a secrètement mise au point va révolutionner la société européenne... »

Gutenberg recourt à des caractères mobiles en métal, et crée ainsi la typographie.

"L’invention de l’imprimerie en Occident a été tirée par la demande. La demande d’écrits en général, et de livres en particulier, croît fortement en Occident au cours du Moyen Age. Elle correspond aux besoins d’une société plus nombreuse, plus riche et plus cultivée. La croissance économique suscite le besoin d’une reproduction mécanique des écrits, qui réduirait les coûts et permettrait l’harmonisation et la qualité dans la communication. La taille du marché devient suffisamment grande au XVe siècle pour permettre à une technique à coût fixe élevé, reposant donc sur des économies d’échelle, de devenir plus efficiente que la copie manuscrite. La baisse du coût variable (le papier) renforce l’attrait de l’imprimerie mécanique. Le système de Gutenberg, les caractères mobiles de métal, est sélectionné parmi un ensemble de systèmes concurrents, car il offre la plus grande qualité au coût le plus bas... L’invention de Gutenberg consiste en une « recombinaison » de techniques préexistantes, qui ont du être adaptées à cet effet (moulage, presse, encre). Le « district industriel » rhénan, au cœur duquel se situe Mayence, spécialisé dans la métallurgie de haute précision, a fourni un environnement favorable à l’invention, notamment la disponibilité des qualifications diverses requises et des capitaux... Ce n’est pas la maîtrise de la technique (non brevetée et d’accès relativement aisé une fois l’invention réalisée), mais celle des actifs complémentaires (connaissance du marché et accès à la demande notamment), rares et restreints, qui déterminent le partage des bénéfices issus de la nouvelle industrie entre les différents agents. Ainsi les imprimeurs, de plus en plus nombreux et en concurrence, n’ont qu’une part réduite du revenu, la plus grande part allant aux éditeurs et libraires. Les consommateurs bénéficient d’immenses externalités, sous la forme d’une réduction du prix et d’une diversification de l’offre d’écrits. L’Italie, la France et la Hollande, pays de forte demande où sont établis les libraires, bénéficient finalement de l’imprimerie plus que l’Allemagne, pays d’invention". (Guellec, Dominique. « Gutenberg revisité. Une analyse économique de l'invention de l'imprimerie », Revue d'économie politique, vol. vol. 114, no. 2, 2004, pp. 169-199)

Le premier livre imprimé en Europe grâce à cette invention révolutionnaire ? La Bible qui est réalisée de 1452 et 1455.

"Ce n’est pas la maîtrise de la technique (non brevetée et d’accès relativement aisé une fois l’invention réalisée), mais celle des actifs complémentaires (connaissance du marché et accès à la demande notamment), rares et restreints, qui déterminent le partage des bénéfices issus de la nouvelle industrie entre les différents agents. Ainsi les imprimeurs, de plus en plus nombreux et en concurrence, n’ont qu’une part réduite du revenu, la plus grande part allant aux éditeurs et libraires. Les consommateurs bénéficient d’immenses externalités, sous la forme d’une réduction du prix et d’une diversification de l’offre d’écrits. L’Italie, la France et la Hollande, pays de forte demande où sont établis les libraires, bénéficient finalement de l’imprimerie plus que l’Allemagne, pays d’invention". (Guellec, Dominique. « Gutenberg revisité. Une analyse économique de l'invention de l'imprimerie », Revue d'économie politique, vol. vol. 114, no. 2, 2004, pp. 169-199)
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Au terme d'un long combat sur plusieurs siècles, les droits d'auteur iront au créateur de l'oeuvre imprimée. Une propriété intellectuelle quasi-détruite par des "gouvernements des juges".

L'impression hébraïque
« L’imprimerie en caractères hébraïques mobiles, après une tentative en Avignon en 1444 qui n’a laissé de trace que dans un contrat notarié, s’est développée très vite dans la péninsule ibérique, avant les expulsions d’Espagne et du Portugal, puis en Italie à partir de 146. Israël Nathan Soncino, par ailleurs médecin et banquier, est le premier imprimeur de la lignée. Il sera suivie par ses fils Moïse, Josué Salomon et Guershom, et par les enfants de celui-ci », a écrit Elie Szapiro  dans « Comment les enfants de Gutenberg ont découvert l’hébreu » (L’Arche, n° 613, juin 2009).

Et ce libraire-expert et galeriste de préciser : « Les Concino sont, comme leur nom ne l’indique pas, d’origine allemande – à l’instar de nombreux Juifs italiens : les Tedesco ou Tedeschi, etc. Ils sont plus précisément, originaires de Spire, d’où ils ont sans doute été expulsés, comme les autres Juifs de la ville en 1435. Après un passage par la Bavière, ils reçoivent du duc de Milan, en 1454, l’autorisation de s’installer dans la cité fortifiée de Soncino, entre Brescia et Pavie, près de Crémone, et ils vont en prendre le nom. Ils sont pour l’imprimerie juive en caractères hébraïques, ce que sont les Estienne pour l’imprimerie en France, ou les Alde pour l’imprimerie en Italie : un dynastie unique ».

Et cet ancien chargé de conférences à l'INALCO, co-organisateur du Salon International du Livre ancien à Paris et administrateur du Syndicat de la Librairie Ancienne et Moderne, le « SLAM », ajoute qu'ayant du quitter l’Italie, la « famille Soncino continuera à imprimer des livres en hébreu, à Salonique jusqu’en 1532 et à Constantinople jusqu’en 1546. A certaines étapes de leur périple, les Soncino ont imprimé non seulement de nombreux textes religieux juifs orthodoxes en caractères hébraïques, livres juifs par excellence, mais aussi, en nombre non négligeable, des livres tout à fait profanes, non pas même en hébreu, mais en latin et en italien, destinés à un public à l’évidence plus non juifs que juif : traités sur l’art d’écrire de Francesco Negri et Laurent Valla, statuts municipaux de la ville d’Ancône, stances de Laurent de Médicis, œuvres de Pétrarque... Ils sont aussi intervenus non comme imprimeur mais comme éditeurs, finançant parfois des impressions réalisées dans d’autres ateliers ».

Autre imprimeur juif présenté par Elie Szapiro : Menasseh Ben Israël. « Né à Madère en 1604 sous le nom de Manuel Dias Soeiro, dans une famille convertie de force au christianisme, Menasseh Ben Israël [Menashé Ben-Israël] arrive avec ses parents à Amsterdam vers 1610 et s’y impose très vite par son savoir, devenant rabbin dès l’âge de dix-huit ans. En 1626, il crée sa propre imprimerie hébraïque, avec des caractères nouveaux dont certains – les plus petits en particulier, minuscules et pourtant d’une parfaite lisibilité – sont d’une remarquable élégance. Il imprime, soit à ses frais, soit en étant financé par d’autres imprimeurs comme Jan Jansson (qui édite en même temps la Bible en grec), plusieurs éditions de la Bible hébraïque, ainsi que de nombreux autres ouvrages. Prédicateur et écrivain (un de ses livres sera illustré par Rembrandt), Menasseh Ben Israël est en correspondance avec quelques-uns des plus grands écrivains et philosophes de son temps, comme Grotius et Daniel Huet. Il voyage jusqu’au Brésil pour y fonder une académie juive, avant de se rendre en Grande-Bretagne où il obtient d’Olivier Cromwell le retour officiel des Juifs qui avaient été expulsés et interdits de séjour en 1291. Même si l’imprimerie n’est qu’une partie de ses nombreuses activités, elle a été suffisamment significative pour faire d’Amsterdam, de son temps et après lui, le nouveau centre de diffusion de la culture juive. Un centre extrêmement actif, au point d’y attirer même des chrétiens convertis au judaïsme. Du vivant de Menasseh Ben Israël (qui meurt en 1647), et après lui, avec David de Castro Tartas et les Athias, les imprimeries juives s’installent durablement dans la « Jérusalem du Nord » et certaines, comme celle de la famille Proops, vont y prolonger leur activité sur plusieurs générations, jusqu’en plein XIXe siècle ».

A Constantinople, la première imprimerie hébraïque est celle des frères David et Samuel Ibn Nahmias. « Ces imprimeurs avaient commencé leur carrière en Espagne et étaient parmi les plus réputés de leur temps. La date de leur arrivée sur le sol turc est débattue par les spécialistes, certains penchant pour 1493, soit un an après l’expulsion, d’autres croyant à une arrivée plus tardive, en 1503… Leur première publication fut le code halakhique de Jacob ben Acher, Arbaa Turim, suivi d’un Pentateuque avec les commentaires de Rachi et les commentaires de David Kimhi sur les haftarot et d’Abraham Ibn Ezra sur les cinq megilot ». (Les Cahiers de l’Alliance israélite universelle, n° 19, décembre 1998).

Elie Szapiro évoque aussi des imprimeurs non juifs, tel Fagius. « Enseignant autant qu’imprimeur, Paul Buchlein, dit Fagius, est un autre type d’imprimeur non juif de livres en caractères hébraïques, très moderne, œcuménique avant la lettre, et qui souligne plus encore que Robert Estienne les liens étroits entre le développement du livre hébraïque imprimé et les mouvement religieux de la Réforme et de la Contre-Réforme ».

« Gutenberg, l’inventeur visionnaire » par Pierre Lergenmüller
France, 2017
Sur Arte le 23 juin 2019 à 8 h 50

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Les citations sur le film proviennent d'Arte.

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