Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

samedi 25 février 2017

Aventuriers des mers. De Sindbad à Marco Polo


L’Institut du monde Arabe (IMA), puis le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) à Marseille (7 juin-9 octobre 2017), présente « l’exposition-épopée » « Aventuriers des mers. De Sindbad à Marco Polo ». Peu didactique, confuse, cette exposition oscille entre fiction et histoire relatée du point de vue arabe ou/et musulman. Elle omet des pans essentiels de l’Histoire, les Juifs, notamment leur rôle dans les cartographies marines et le commerce. Des faits historiques déplaisants pour cette exposition biaisée apparaissent par inadvertance.
Exposition historique ? On peut en douter en raison de ses omissions, minorations et ambiguïtés. 

Parmi les omissions : les Yaoud, les Juifs en arabe. Pourtant, certains d’eux ont été d’éminents cartographes marins ou marchands. Benjamin de Tulède  ? Absent. Quid de Abraham Zacuto (Abraão ben Samuel Zacuto) (1450-vers 1510), rabbin espagnol, mathématicien, historien et astronome royal au XVe siècle pour le roi Jean II de Portugal ? Jacob d’Ancône ? Absent. Seul Jonas apparaît dans une enluminure. En outre, l'arche de Noé est illustré. Le judaïsme est rétrogradé derrière le christianisme et l’islam, qu’il précède pourtant chronologiquement.

Ambiguïté présente dès le titre qui débute avec Sindbad le marin, personnage fictif des contes des Mille et Une Nuits, et se clôt avec Marco Polo (1254-1324), marchand-explorateur italien auteur du célèbre « Devisement du monde » ou « Livre des merveilles » écrit en 1298. Des limites chronologiques ? Non, puisque l’exposition s’achève sur Vasco de Gama (1460 ou 1469-1524).

Exposition à finalité diplomatique ? Oui. Installée sur le parvis de l’IMA avec le soutien du Sultana d’Oman et le concours du Port-Musée de Douarnenez, le boutre a été inauguré le 24 novembre 2016, en présence de Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, et d’un représentant de l’ambassade du Sultanat d’Oman à Paris. 

Quant aux intérêts économiques, ils ne sont pas occultés. Partenaire de l’Institut du monde arabe depuis 2005 et Grand Mécène depuis 2011, la Fondation Total « explore avec bonheur, dans Aventuriers des mers, de Sindbad à Marco Polo, une nouvelle étape d’un parcours dédié à la célébration d’une région du monde particulièrement chère au Groupe ». Le Groupe Casino est lui aussi partenaire de l’exposition soutenue par S.A.S. le Prince Albert II et la Principauté de Monaco.

L’exposition vise aussi à favoriser les liens avec le christianisme - croix bien placée et mise en valeur, etc. -, et les chrétiens intégrés dans un récit louangeur pour l’islam. Certaines œuvres exposées démentent une vision un brin idyllique. Ainsi, ce magnifique ouvrage évoquant les efforts d’ordres catholiques pour libérer les esclaves chrétiens sous joug islamique.

« Loin de faire obstacle entre les hommes et les civilisations, les mers et les océans sont des espaces partagés qui permettent d’aller à la rencontre des autres, et de commercer avec eux », allègue le dossier de presse de l’exposition. Mais, non. La mer Méditerranée est parcourue par des pirates musulmans rendant captifs les passagers et s’emparant des cargaisons précieuses des bateaux chrétiens. L’Océan Indien est dominé par les Arabes qui détenaient le monopole du trafic des épices orientales, et ne souhaitaient aucune concurrence commerciale.

« Zanzibar, au carrefour du monde, seconde vidéo de Christine Coulange pointe l'importance et la singularité de Zanzibar : cette petite île de l'océan Indien fut, au cours des siècles, un lieu stratégique de migrations, de liens et de métissages entre les Comores et l'Afrique, l'Arabie, le Golfe persique et l'Inde. Ces liens et ce brassage ont façonné, pour un peuple très diversifié, une civilisation originale, où les échanges du commerce prirent le pas sur les différences religieuses », allègue le dossier de presse. Zanzibar (« côte des Noirs), c’est aussi un lieu de transit de la traite négrière par des Arabes.

Les commissaires de l’exposition et auteurs du catalogue ? Nala Aloudat, diplômée de la Sorbonne en histoire de l’art et en archéologie des pays de l’Islam, et chargée de collections et d’expositions à l’Institut du monde arabe, Agnès Carayon, docteur en histoire, spécialiste du monde arabo-musulman médiéval - elle a participé au commissariat de plusieurs expositions présentées à l’Institut du monde arabe, où elle occupe le poste de chargée de collections et d’expositions -, Vincent Giovannoni, longtemps ébéniste, charpentier de marine et skipper, docteur en sciences humaines, il est à présent conservateur au Mucem. Avec la collaboration d’Anne Joyard, consultante en art, historienne de l’art.

Le Comité scientifique réunit Benoît Junod, Elizabeth Lambourn, Christophe Picard, Éric Rieth, Axelle Rougeulle, Éric Vallet.

Christine Coulange, artiste multimedia, a réalisé des vidéos ponctuant cette exposition peu didactique.

Citations extraites du dossier de presse

Ibn Jubayr
Ibn Jubayr « est né dans une famille de lettrés d’al-Andalus. En 1184, alors qu’il a trente-neuf ans, il décide de réaliser le pèlerinage à la Mecque. Après la ville sainte, il visite les grandes villes du Moyen-Orient pour parfaire sa connaissance du monde musulman.
De son périple, qui dura un peu plus d’une année, il rédige une relation (Rihla) rigoureuse et fiable, dépourvue d’aspects merveilleux comme cela était souvent le cas. On y lit son angoisse des voyages par mer, que seule sa foi lui permet d’entreprendre ».
« Mon pèlerinage était achevé et je pouvais enfin retourner chez moi, dans la douce Andalousie. A Acre, sur la cote de Palestine, je m’embarquais sur un gros navire génois qui faisait voile vers la Sicile. Peu après notre départ, les vents changèrent. Nous avions déjà essuyé plusieurs tempêtes, mais ce fut alors que nous arrivions a destination que  nous subîmes la plus terrible. Les eaux bouillonnaient et des vagues terrifiantes s’abattaient sur le pont. Le vent gonflait la voile, et nous dirigea droit sur les rochers. Le navire se brisa... »

Sindbad
« Lors de mon premier voyage, je m’embarquais avec d’autres marchands à Bassora. Nous accostâmes un jour sur l’une d’elles qui ressemblait a un jardin de paradis. Le capitaine décida d’y jeter l’ancre. Tout à coup, nous l’entendîmes hurler. Tout le monde se rua sur le navire. L’île s’ébranla alors et fonça vers les profondeurs en un tourbillon furieux, engloutissant les hommes restes sur son rivage, dont, hélas, j’étais ! Je réussis cependant a m’accrocher a un seau de bois qui flottait a ma portée et essayais de rejoindre le navire qui s'éloignait, faisant fis des hommes à la mer. Il disparut bientôt, et lorsque les ténèbres m’enveloppèrent, je fus sur de périr ».
Les « histoires de Sindbad de la mer proviennent de contes persans et ont été intégrées aux Milles et Une Nuits tardivement.
Sindbad n’est pas un marin mais un marchand. Pour faire fructifier la fortune que lui a léguée son père, il prend régulièrement la mer et accoste en des lieux mystérieux. Les aventures maritimes de Sindbad peuvent être rattachées à des légendes très anciennes, que l’on retrouve chez plusieurs peuples marins. Le mythe de l’île baleine par exemple, est également présent dans le fond merveilleux scandinave ».

Ibn Majid
« C’est la silhouette et la voix d’Ibn Majid, considéré comme l’un des plus grands navigateurs du Moyen Âge, qui accompagne ici le visiteur dans la poursuite de son exploration.
Né vers 1432 sur les côtes arabes du golfe arabo-persique, dans une illustre famille de marins, il a appris jeune à naviguer sur la mer Rouge, qu’il connaît parfaitement. Il devient également un expert incontesté de l’océan Indien. Les ouvrages de navigations qu’il a rédigé représentent un sommet de connaissances théoriques et pratiques de cette époque. Le fait qu’il ait servi de pilote à Vasco de Gama n’est pas accepté par tous les spécialistes ».
« On m’appelle le « muallim », « le maître de la navigation ». Beaucoup de marins omanais invoquent aujourd’hui encore mon nom lorsqu’ils prennent la mer, tant ma réputation a traverse les siècles.
Certains disent, avec un peu d’exagération, que je suis l’inventeur de la boussole… Je savais, il est vrai, utiliser les cartes et les instruments les plus élaborés d’alors.
Mais c’étaient surtout les étoiles qui me guidaient.
J’ai commence a naviguer sur les eaux de la mer Rouge très jeune, accompagnant mon père et mon grand-père, eux aussi des marins de renom. Davantage qu’eux encore, j’en connaissais chaque mouillage, chaque récif, chaque haut-fond. J’ai écrit des livres, nombreux, afin que ma grande expérience serve aux autres, qu’elle les mène surement au travers des écueils de la mer. Mais, contrairement a mes ancêtres, je fus aussi un navigateur expert de l’océan Indien.
On dit d’ailleurs que c’est moi qui ai guidé Vasco de Gama a travers ce vaste océan, depuis les cotes africaines jusqu’à Calicut, directement par la haute mer ».

Marco Polo
« Né à Venise en 1254, Marco Polo partit l’année de ses dix-sept ans, en compagnie de son père Niccolò et de son oncle Maffeo, pour un immense périple à travers l’Asie, dont ils ne revinrent que vingt-cinq ans plus tard. Marco Polo explora le continent asiatique pour le compte du Grand Khan mongol Kubilaï, qui régnait alors sur l’empire chinois. Il décrivit les contrées visitées dans Le Devisement du monde ».
« J’ai réalisé plusieurs ambassades pour Kubilai, le Grand Khan de Chine, qui m’ont donne l’occasion de naviguer sur la mer des Indes. Ce fut d’ailleurs parce que je la connaissais bien que Kubilai consentit enfin a nous laisser repartir pour Venise, mon père, mon oncle et moi-même. Il fallait en effet un guide sur pour mener la belle princesse mongole Cocacin jusqu’en Perse, ou elle devait épouser le roi. Les routes terrestres, par ces temps troubles, étaient trop incertaines…
Nous partîmes ainsi avec une escorte extraordinaire du port chinois de Zaiton, sur 14 grands navires a 4 mats. Mais il nous fallu plus d’une année et demie pour atteindre notre destination, le port persan d’Ormuz. Les pirates, les tempêtes, la maladie, retardèrent considérablement le voyage et décimèrent impitoyablement notre équipée. Les richesses incroyables que j’ai décrites motivèrent les voyages des navigateurs portugais et, surtout, la formidable découverte de Christophe Colomb : on dit qu’il avait toujours avec lui un exemplaire de mon livre, Le Devisement du monde ».

Ibn Battuta
« Au XIVème siècle et pendant vingt-cinq ans, Ibn Battûta parcourra l'Ancien Monde, jusqu'à la Chine en passant par la Syrie, la Perse, l'Anatolie et la Volga, mais aussi l'Afrique orientale, l'Inde occidentale, Ceylan, les Maldives, le Bengale et Sumatra.
À peine rentré à Fès, il repartira trois ans en Andalousie et au Mali. À cette époque où chaque voyage représentait un risque certain, il a été calculé qu'il a parcouru 12000 kilomètres.
Né en 1304 à Tanger, sur la côte atlantique de l'actuel Maroc, on sait qu'il appartenait à une famille cultivée. C’est seul qu’il prend la route à l’âge de vingt-et-un ans, avec l'intention de se rendre à la Mecque, et de visiter le tombeau du prophète Muhammad. Durant ses voyages, Ibn Battûta accomplira six fois le pèlerinage.
Le très vaste monde qu’il parcourt et dont il rend compte est principalement celui du dar al-islam de son temps, c’est-à-dire des contrées où l’islam est présent. Quelques années et voyages plus tard, il naviguera à bord de divers navires depuis Cambay, au Nord de l’Inde occidentale, pour aller aux Maldives, du Bengale à Sumatra, puis jusqu’en Chine, aux limites de l’océan Pacifique...
Pour aller d’un port à l’autre, Ibn Battûta prend place dans les navires de commerce qui parcourent régulièrement ces routes maritimes. Dans ses récits, il narre ses navigations qu’il poursuit non sans risques : en plus des naufrages divers auxquels il aura à faire face, il n’est pas rare qu’il subisse les assauts de pirates, attirés par la dense circulation des commerçants et de leurs marchandises.
Ainsi, au large de Ceylan, son bateau est- il attaqué par douze navires de pirates hindous qui le dépouillent de tout ce qu’il possède et, tout en lui laissant la vie sauve, l’abandonne sur la côte avec l’équipage. Ses textes attestent avec une vivacité rare aussi bien de la diversité des techniques qu'il rencontre partout dans le monde que des arts culinaires et de la beauté des femmes.
L'amplitude de ses voyages et la description qu'il fait des mondes de l'islam et de ses vastes cités (dont Delhi, où il vivra huit ans) a fait très tôt prendre conscience aux musulmans du Maghreb de la relativité de l'espace méditerranéen, en même temps que de l'étendue, de la richesse et de la puissance du dâr al-islam à cette époque.
On parle souvent d’explorations vers l’orient mais il n’est pas à négliger les mouvements de l’Orient vers l’Occident. Héro national en Chine où il est considéré comme l’un des plus grands navigateurs de l’histoire, Zheng He incarne ces mouvements exploratoires de l’Orient vers l’Occident et contredit ainsi l’image d’une Chine fermée aux explorations et aux empires maritimes ».

Zheng He
Zheng He « est né en 1371 dans une famille musulmane du sud de la Chine d’origine mongole. Il fut capturé à l’âge de 10 ans, émasculé, et placé au service d’une famille princière de la dynastie des Ming. Lorsque l’empereur Yongle (r. 1402-1424) monta sur le trône avec l’aide des eunuques, il le nomma amiral de la flotte impériale. Zheng He effectua sept expéditions entre 1405 et 1433. La taille de ses navires a été exagérée. Il est admis aujourd’hui qu’ils mesuraient 60 m de long pour les plus grands.
« Moi, Zheng He, c’est l’Occident que je partis découvrir ! Mon maître, le grand empereur de Chine, me nomma a la tete de plusieurs expéditions maritimes. Je n’avais pourtant jamais pris la mer auparavant ! Je partis donc sur les mers, en mission diplomatique et commerciale, vers l’autre bout du monde. Je suis allé jusqu’en Egypte et sur les cotes de l’Afrique noire. Si vous ne me connaissez pas, sachez qu’en Chine, on me considéré encore comme le premier des grands navigateurs ! »
Enfin, c’est avec le navigateur portugais Vasco de Gama que le visiteur achève son voyage ».

Vasco de Gama
Vasco de Gama « a ouvert une route maritime entre l’Europe occidentale et l’Orient en passant par le cap de Bonne-Espérance, lors du premier de ses voyages (1497-1499, 1502-1503, 1524) vers l’Inde. Lors de sa première expédition, il fut le premier navigateur à parcourir une si grande distance sur mer. À la tête de quatre navires et de 170 hommes d'équipage, il fut le premier Européen à parvenir aux Indes par voie maritime. Son acharnement et son courage permirent au Portugal de trouver une nouvelle route des épices et d'établir leur premier empire commercial au Moyen-Orient, ce qui changea la face du Monde
« Le roi du Portugal m’a charge de découvrir une nouvelle route vers les épices de l’Orient. Il m’a nommé à la tête d’une flotte bien maigre dans ce but ! En contournant l’Afrique, nous nous sommes aventures sur une mer ou aucun bateau européen n’était jamais allé. Nous avons atteint l’Inde et ses promesses de richesses. Nous avons affronte des tempêtes bien entendu, mais nous avons surtout connu la faim, la soif, épuisement et le désespoir. Beaucoup d’entre nous sont morts du scorbut, la maladie des marins qui manquent de nourriture fraîche ! »


Du 7 juin au 9 octobre 2017
Au MuCEM à Marseille


Jusqu'au 26 février 2017
A l’Institut du monde Arabe 
1, rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris
Tél. : +33 1 40 51 38 38
Du mardi au vendredi de 10 h à 18 h. Samedi, dimanche et jours fériés de 10 h à 19 h

Visuels 
Jami al-tawarikh (Histoire uni erselle)
Jonas et la baleine, Rashid al-Din, Tabriz, Iran, 1314-1315
© Nour Foundation. Courtesy of the Khalili Family Trust

Arrivée de Vasco de Gama à Calicut
Atelier belge de Tournai, début du XVIe siècle
© Bridgeman Images

Nizwa
© Reno Marca

Tabula Rogeriana (Liv re de Roger)
Al-Idrîsî, vers 1840
© Bibliothèque Nationale de France - Paris

Brûle-parfum sphérique
Syrie ou Égypte, XVIe- XVIIe siècle
© Victoria and Albert Museum, London

Scène de naufrage du bateau de kâmârup
Abd Allab Kotbshah, Lahore, Pakistan, 1834-1835.
© Bibliothèque Nationale de France - Paris

Planisphère catalan
© 2016 Scala Florence courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

Mappemonde
Fra Mauro, Venise, vers 1450. Fac-similé. Biblioteca Nazionale Marciana, Venise, Italie.
© 2016. Photo Scala, Florence

Vue de Venise
Piri Reis, Turquie, vers 1670
© Nour Foundation. Courtesy of the Khalili Family Trust

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