mardi 3 octobre 2017

L’âge d’or des cartes marines. Quand l’Europe découvrait le monde



La Bibliothèque nationale de France (BnF) a présenté l’exposition éponyme. Elle montre des « portulans », cartes marines enluminées sur parchemin, provenant de sa collection d’environ 500 de ces chefs d’œuvre réalisés entre le XIVe et le XVIIIe siècles. Des chefs d’œuvre révélant la « représentation européenne du monde ». Une « invitation à redécouvrir la mythologie des Grandes découvertes et des voyages au long cours ». Un dossier de presse qui oublie... les cartographes Juifs. Les 20e Rendez-vous de l'Histoire à Blois (4-8 octobre 2017), dont le thème est EUREKA Inventer, Découvrir, Innover, proposent le 6 octobre 2017 de 11 h 15 à 12 h 45 La Fabrique de l'Océan Indien: l'invention cartographique d'un espace maritime (Orient-Occident, Antiquité-XVIe siècle).


Parmi les trésors des collections de la BnF se trouvent des cartes marines enluminées sur parchemin dénommées « portulans », de l’italien « portolano ». Elaborés entre le XIVe et le XVIIIe siècles, ces « documents scientifiques sont de véritables œuvres d’art, témoignage de cinq cents ans de représentation européenne du monde. Pièces phares de l’exposition, ces cartes d’exception sont une invitation à redécouvrir la mythologie des Grandes découvertes et des voyages au long cours ».

Les « cartes portulans » présentent la succession des ports et des havres le long des côtes, tandis que « l’espace maritime est sillonné par des lignes géométriques (lignes de rhumbs) qui correspondent aux directions de la boussole ». Grâce à ce système graphique, les marins pouvaient « s’orienter en reportant sur la carte la distance qu’ils estimaient avoir parcourue ».

« La Bibliothèque possède la plus grande collection de portulans au monde. Nous nous réjouissons de dévoiler au public une partie de ce fonds précieux, qui compte près de cinq cents de ces chefs-d’œuvre de la science des navigateurs », déclare Bruno Racine, président de la BnF. Conservée au département des Cartes et plans de la Bibliothèque, la « carte pisane » est le plus ancien portulan occidental connu et aurait été réalisé à la fin du XIIIe siècle.

Cette exposition questionne « la manière dont les Européens ont découvert, conquis, dominé, mais aussi étudié et représenté territoires et peuples entre le XIVe et le XVIIIe siècle. La construction de l’image de notre planète a pris corps au gré des expéditions maritimes et de la rencontre avec d’autres civilisations. Chaque avancée était alors une aventure humaine. Chaque innovation technique permettait d’aller plus loin. Chaque découverte complétait le vide de la carte. Dès le XIVe siècle, les « cartes portulans » ont joué un rôle fondamental pour la maîtrise des espaces marins de la Méditerranée, comme dans la diffusion d’une iconographie des Nouveaux Mondes avec leurs peuples, leur faune, leur flore, leurs mœurs et leurs paysages. Innovation technique, en même temps qu’objet de science et miroir de la quête d’un ailleurs, réel ou fantasmé, les « cartes portulans » s’imposent au regard contemporain comme de véritables œuvres d’art. Leur caractère spectaculaire tient autant à leur taille imposante qu’à leur polychromie – elles sont souvent rehaussées d’or – et à leur univers exotique ».

Quatre-vingts cartes portulans, des globes, des instruments astronomiques, des objets d’art et d’ethnographie, des animaux naturalisés, des dessins, des estampes et des manuscrits… Environ deux cents pièces majeures sont montrés dans les quatre parties de l’exposition. Elles proviennent des collections de la BnF ou prêtées exceptionnellement par le musée du Quai Branly, le musée Guimet, le musée du Louvre, les Arts et métiers, le Service historique de la Défense, la British Library, le Mobilier national ou le musée de la Marine.

La première partie est focalisée sur l’apparition des portulans, leurs techniques de fabrication, leurs usages et leurs utilisateurs. La deuxième « analyse le sens politique des cartes, manifestation de la concurrence des grandes puissances européenne ». La troisième est dédiée à l’océan Indien et aux transferts de savoirs entre la Méditerranée et l’Asie. Enfin, la quatrième « met en valeur cinq trésors cartographiques rarement présentés au public ».

Curieusement, le dossier de presse ne mentionne pas les cartographes Juifs qui, notamment dans la cour du roi du Portugal, ont participé à cette aventure. Citons deux illustres représentants de l'école de cartographie de Majorque : Abraham Cresques (vers 1325-1387),  maître des cartes du monarque d'Aragon et auteur vraisemblable de l'Atlas catalan et Mecia de Villadestes du début du XVe siècle.

Un oubli surprenant venant de la Bnf, sur laquelle Alain Resnais avait réalisé voici environ 60 ans Toute la mémoire du monde (1956).

Le 6 octobre 2016, les Rendez-vous de Blois ont proposé la conférence Dans l'atelier du cartographeavec  Annick PÉGEON, responsable du service éducatif aux Archives nationales.

Les 14, 25 et 31 août et 6 septembre 2017, Histoire diffusa, dans la série Les Cartographes (2004), "Carte de Waldseemüller, 1507". "Avec l'âge de la découverte, une nouvelle carte apparaît et change à tout jamais notre façon de voir le monde. Les auteurs de cette carte forment une équipe jeune et dynamique. Leur mission consiste à créer une nouvelle vision du monde en s'appuyant sur les anciennes connaissances géographiques et les informations tirées des récentes grandes découvertes. Leur résultat est une carte, un globe et un texte qui bouleversent l'Europe du XVIe siècle. La carte de Waldseemüller devient la plus précieuse au monde..."

Les 20e Rendez-vous de l'Histoire à Blois (4-8 octobre 2017), ont pour  thème EURÊKA Inventer, Découvrir, Innover. Le 5 octobre 2017, de 16 h à 17 h, ils proposent la Carte blanche à l'université d'Orléans assurée par Juliette DUMASY, Maître de conférences, Université d'Orléans, et intitulée L'invention de la carte (XIVe-XVIe siècles) : "Au XIVe siècle apparaissent les premières cartes locales et nationales, faites par des peintres. Au XVIe siècle, progressivement, sont introduites des techniques plus «modernes» : échelle, triangulation... Les cartes d’État-major ou aujourd’hui de l’IGN ou de Michelin en sont les héritières".

Ils organisent le 6 octobre 2017 de 11 h 15 à 12 h 45, la conférence La Fabrique de l'Océan Indien: l'invention cartographique d'un espace maritime (Orient-Occident, Antiquité-XVIe siècle), avec Eric VALLET, Maître de conférences à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Didier MARCOTTE, Professeur à l'Université de Reims, Dejanirah COUTO, Maître de conférences- HDR à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, Emmanuelle VAGNON-CHUREAU, Chargée de recherches au CNRS, Pierre SINGARAVÉLOU, Professeur à l’Université Paris 1

"Carte blanche aux éditions de la Sorbonne. A l’occasion de la parution de La Fabrique de l’océan Indien. Cartes d’Orient et d’Occident (Antiquité-XVIe siècle), ouvrage collectif dirigé par Emmanuelle Vagnon et Eric Vallet (Publications de la Sorbonne, 2017), cette table ronde propose une réflexion sur la manière dont vingt siècles de cartographie, grecque, latine, arabe, européenne, chinoise ont « inventé », c'est-à-dire à la fois construit et structuré par l'image, la représentation de l’espace maritime de l’océan Indien. Contrairement à d’autres espaces maritimes, golfes ou mers fermées, l’océan Indien n’est pas un espace défini naturellement. Il s’étend sur une très vaste surface (75 millions de km2), communiquant largement avec les autres océans, Atlantique et Pacifique. Le concept même d’océan Indien est une construction historique, par une définition de ses limites, par les noms qui lui ont été donnés successivement, et par la prise en compte des réseaux humains, politiques et commerciaux, qui s’y jouèrent. La cartographie du monde et des régions du monde, en tant que processus d’identification et de sélection des informations géographiques, procède toujours par choix, en découpant la surface représentée, et en mettant en valeur les repères de géographie physique et humaine utiles à la définition de cet espace. Les planisphères du XVIe siècle n’ont donc pas été simplement des images "enregistrant" des "découvertes", comme un dévoilement du monde, mais bien une mise en scène, révélatrice des ambitions et des aspirations des auteurs et commanditaires de ces cartes. L’évidence d’une représentation du monde qui nous est familière aujourd’hui ne doit pas faire oublier le processus de fabrication de cette image du monde et les conceptions antérieures au XVIe siècle, concernant la pertinence de cette mise en forme". "Richement illustré, cet ouvrage invite à un voyage à travers plus de vingt siècles de cartographie, où l'on découvre comment l’océan Indien a été imaginé et représenté, en Orient et en Occident, depuis les premières cartes babyloniennes jusqu’aux planisphères de la fin du XVIe siècle. Il ne se contente pas de décrire l’émergence d’une cartographie moderne à partir des navigations européennes du XVIe siècle ; il considère aussi les savoirs issus des grandes aires de l’Ancien monde, de l’Extrême-Orient à l’Europe, en passant par les mondes de l’Islam, pour croiser les regards et explorer les approches communes qui, au-delà des distances géographiques et culturelles, ont façonné une image progressivement unifiée de cet espace. Par l’observation des tracés, des noms et des illustrations figurant sur de nombreux documents – mappemondes, schémas, cartes régionales, globes et planisphères – construits à plusieurs échelles, le lecteur est ainsi convié à parcourir et découvrir les multiples représentations d’un vaste espace maritime commun à plusieurs cultures".


A lire sur ce blog :

Cet article a été publié le 25 janvier 2013. Il a été republié les 28 octobre 2013, 5 mars et 21 juillet 2014 et 13 janvier 2016 : Histoire a diffusé le numéro de la série Les cartographes intitulé La carte de Waldseemüller, 1507, les 29 et 31 octobre 2013, 7, 13, 20, 26 et 30 mars 201422 et 24 juillet 201413, 16, 20, 25, 30 janvier et 2 février 2016. "Avec l'âge de découverte apparaît une carte qui a changé à tout jamais notre façon de voir le monde. Les auteurs de cette carte forment une équipe jeune et dynamique. Leur mission consiste à créer une nouvelle vision du monde en s'appuyant sur les anciennes connaissances géographiques et les informations tirées des récentes grandes découvertes. Leur résultat est une carte, un globe et un texte qui bouleversent l'Europe du XVIème siècle. La carte de Waldseemüller devient la plus précieuse au monde"L'atlas de Mercator, 1572 - "cet épisode conte les intrigues et les manœuvres qui ont entouré la naissance d'une carte publiée par un cartographe de renommée mondiale : Gérard Mercator. Nous apprenons comment ce mathématicien et géographe de génie a frayé avec un cartographe corrompu du nom de John Elder. Une histoire de duplicité et de trahison qui tient dans les pages d'un atlas unique et vieux de quatre siècles" -, et Les cartes du débarquement du jour J - "Les cartes ont toujours leur importance en temps de conflit et elles ont été cruciales lors d'une période de l'histoire particulière : la Seconde Guerre mondiale. Une quantité de cartes du littoral français sont alors dessinées grâce à des trésors d'ingéniosité et de bravoure. Elles sont conçues pendant les quatre années qui précèdent le Débarquement et vont contribuer à la conclusion de la guerre. La réalisation des cartes du jour J est l'une des aventures les plus passionnantes qui soit..." 
- 6 octobre 2016, 15 août 2017.

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