samedi 19 novembre 2016

Treize Français décorés à Paris du titre de Justes parmi les Nations


Le contexte des attentats terroristes islamistes palestiniens en Israël, dont celui du 1er juin 2001 devant le Dolfinarium de Tel-Aviv, a imprégné la cérémonie au Sénat (Paris) de remise des médailles et diplômes de l’Institut Yad Vashem de Jérusalem. Parmi les récipiendaires : Marie-Louise Carven, née Carmen de Tommaso, fondatrice de la maison de haute couture Carven, et les ayants-droit du peintre Charles Lapicque (1898-1988). Dans le cadre du 33e Bd BOUM, festival de bande dessinée à Blois (18-20 novembre 2016), le 19 novembre 2016, en partenariat avec le CERCIL Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv et le Musée de la résistance de Blois, aura lieu le café-littéraire sur les Justes parmi les Nations. 
Le 5 juin 2001, dans un salon ensoleillé du Sénat, sous les hauts patronages de Christian Poncelet, alors son président, et du Dr Richard Prasquier, alors président du Comité français pour Yad Vashem, Elie Barnavi, alors ambassadeur d’Israël en France, a remis treize médailles et diplômes des Justes parmi les Nations.
Étaient honorées des personnes non-juives qui ont sauvé des Juifs sous l’Occupation au péril de leur vie : Mmes Marie-Louise Carven (1909-2015), née Carmen de Tommaso, une grande dame de la Haute Couture et fondatrice de la maison de haute couture Carven, et Thérèse Denis, et, à titre posthume, Mmes et MM. Blanche et Pierre Allart, Maria et Albert Defontaine, Raymond Denis, le peintre Charles Lapicque (1898-1988) et son épouse Aline, Henri et Suzanne Martineau, Hélène Oudard et M. Camille Viollette.

Un rai d’humanité dans la nuit nazie
Rappelant que « dans toutes circonstances, quelles que soient les difficultés du jour, le choix nous appartient toujours », Elie Barnavi a célébré « ces hommes et femmes ordinaires, de toutes conditions, qui sans se poser des questions philosophiques ou idéologiques ont sauvé des Juifs, bravant le danger de mort, parce qu’ils sont restés des hommes et des femmes ». Il a célébré cette « leçon de courage et de confiance en l’humanité ». Il a indiqué qu’Israël est « ce bouclier que les Juifs n’ont pas eu pour se défendre ».

Puis le Dr Richard Prasquier a insisté sur le rôle des réseaux Juifs d’entraide et des « hommes de bonne volonté, de tous milieux », au nombre à jamais inconnu - 2 000 Justes en France sur les 18 000 dans le monde -, grâce auxquels « les trois quarts des 320 000 Juifs en France en 1939 ont pu survivre, malgré les persécutions » initiées dès octobre 1940 par « le statut des Juifs édicté par le gouvernement de Vichy, sans la moindre pression des autorités allemandes d’occupation. Soixante quinze mille Juifs de France ont été envoyés à la mort, soit 1,5% des six millions de Juifs assassinés pendant la guerre, sur place, dans les bois ou dans des chambres à gaz. La Shoah, c’est le néant, sans photos, sans traces, et sans journalistes ». Il a enjoint au « triple devoir de fraternité, de responsabilité et de lucidité de l’homme pour subsister dans cette planète en danger. Or, la vérité de l’histoire est terrible, le présent inquiétant et l’avenir incertain. Israël, où tant des rares survivants ont créé un Etat démocratique et libre, porte cette mémoire terrible ». Il a stigmatisé « les appels à la haine, les propagandes mensongères et les dénégations, qui trouvent des oreilles intéressées même dans notre beau pays de France, malgré le travail de mémoire admirable effectué. Quand dans des magasins du Caire on écrit : « Interdit aux chiens, aux insectes et aux Israéliens ». quand dans des écoles du Proche-Orient, on travaille sur le Manifeste des Sages de Sion, quand un président syrien déclare au Pape que les Juifs continuent de crucifier le Christ, quand on nous « explique » que Jérusalem ne représente rien pour les Juifs et que la Shoah n’a pas existé, je dis : « Attention, soyons lucides, mais espérons, mesdames et messieurs les Justes, que nous n’aurons plus besoin de vous... »

Citant le Talmud - « Le monde repose sur 36 Justes » -, Christian Poncelet a relevé que ce « titre a été consacré récemment, à l’unanimité, par le Parlement français » et la condamnation présidentielle du régime de Vichy. Il a exprimé son « admiration et sa reconnaissance aux Justes, ayant agi par foi et par humanité, qui montrent le chemin à suivre et représentent la force du bien ».

La valeur éducative
Trois adolescentes - Iris, Manuela et Emilie -, ont relaté le récit de ces sauvetages.

Née à Trouville en 1939, Léa Goldberg, dont les parents sont commerçants, est recueillie à Blois par Blanche et Pierre Allart, économe des hospices du Loir-et-Cher, et leur fils Claude. A la Libération, elle retrouve sa mère, internée, mais pas son père déporté. Elle se marie et le couple s’installe en Israël. L’un de ses six enfants est « victime à 26 ans du démon des forces du mal qui est réapparu sous des noms nouveaux - terrorisme, Hezbollah, Hamas -, mais leur but est le même que celui des nazis : exterminer le peuple d’Israël».

Le 17 novembre 1943, un policier accorde 48 heures de sursis à la famille parisienne Bricanier. Arrivé en France en 1902 à l’âge de 18 ans, le père apiéceur en couture travaille dans un local (1er arrondissement de Paris) d'une de ses clientes, Marie-Louise Carven, qui a une boutique de couture. Marie-Louise Carven, sa mère, Mme de Tommaso, sa tante, Mme de Boiriven, et son oncle, M. Piérard, hébergent  la mère et ses cinq enfants , jusqu’en juin 1944.

La veille de la grande rafle du 16 juillet 1942, un inspecteur de police, M. Henri, ami de la famille Goldman, la prévient du danger. Jusqu'à août 1944, les parents et leurs trois enfants sont hébergés à Montfermeil, avec trois autres juifs, par Maria et Albert Defontaine, ouvriers retraités. Aidant financièrement ce couple par de menus travaux, le père dénoncé est déporté en juillet 1943, et survivra miraculeusement.

De 1942 à 1944, dans leur ferme belge, Raymond et Thérèse Denis, élèvent, en plus de leurs deux fils, Mina Zulman, deux ans et demi, confiée par l’instituteur et le secrétaire communal. Et ce sans aucun arrangement financier, alors que les Allemands viennent se ravitailler dans leur ferme isolée.

Née en 1914, Fanny Weisbuch arrive en 1930 à Paris où elle obtient sa licence ès-science en 1934. Le 16 juillet 1942, Fanny Weisbuch est accueillie, avec son bébé Gérard et sa sœur, par le peintre centralien Charles Lapicque (1898-1988), son épouse, Aline, fille de Jean Perrin, prix Nobel de physique, et leurs fils, tous résistants. Le couple Lapicque et ses fils fournissent des faux papiers et cachent aussi des aviateurs anglais et des émissaires venus de Londres. Le mari de Fanny Weisbuch, Abraham, après s’être engagé dans l’armée française et moultes pérégrinations, reste en Auvergne. Dénoncée, arrêtée, sa sœur meurt à Bergen-Belsen.

Henri et Suzanne Martineau exploitent une ferme dans la Sarthe où ils cachent les Krauze, une famille juive de Paris de cinq personnes, et dès 1941 deux enfants juifs, Wolf et Hélène Sokolowsky. Ceux-ci voient clandestinement leur mère et leurs deux sœurs. Dénoncées, arrêtées en 1944, celles-ci meurent, comme le père, dans les camps. A la Libération, les orphelins sont confiés à une association communautaire française, puis s’établissent en Israël.

De septembre 1942 à août 1944, avec sa mère, ses deux fils, Lulu et Michel, Hélène Oudard, concierge au 8 rue des Ecoles (5e arrondissement de Paris) cache Albert Grunberg, et son frère Samy, dans une chambre de 7,50 m² au 6e étage de cet immeuble. Albert Grunberg y tient son journal de 1 230 pages publié en 2001. Son épouse « aryenne », Marguerite, gère leur salon de coiffure. Leurs deux fils, Robert et Roger, sont envoyés dès le printemps 1942 à Chambéry.

Vivant à Nice, M. Rusinovitch, peintre en bâtiment, son épouse et leurs deux enfants, Edouard et Henri, sont déchus de la nationalité française en 1942. Grâce essentiellement à Jacques Antoine, dirigeant du mouvement scout, Les Éclaireurs israélites de France, l’UGIF (Union générale des Israélites de France), les adolescents (14 et 15 ans) apatrides échappent aux rafles et sont accueillis d’octobre 1943 à mai 1944 par Camille Viollette, directeur de collège à Argenton-sur-Creuse (Indre), puis sont acheminés en Suisse par Marianne Cohn qui sera plus tard arrêtée, torturée et exécutée. Arrêtée à Nice en novembre 1943, leur mère est tuée à Auschwitz. Camille Violette protège une dizaine d’enfants juifs.

Dirigée par Jean-Claude Roos, cette cérémonie grave et émouvante s’est colorée de la gratitude affectueuse et infinie des rescapés, de la modestie simple des récipiendaires et de la fierté de leurs proches.

Le violoniste Michaël Iancu a interprété Oian Pripirshik, air populaire yiddish, et Where shall we go (Où irons-nous), une mélodie composée dans les camps de concentration.

Jean Kahn, alors président du Consistoire central, a dénoncé le terrorisme, loué « la valeur éducative de cette belle page d’histoire » et enjoint « de cultiver la mémoire : le tombeau des Justes est le cœur des vivants ».

Dans le cadre du 33e Bd BOUM, festival de bande dessinée à Blois (18-20 novembre 2016), le 19 novembre 2016, en partenariat avec le CERCIL Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv et le Musée de la résistance de Blois, aura lieu le café-littéraire sur les Justes parmi les Nations. 

Ce café-littéraire sera modéré par Nathalie Grenon, directrice du CERCIL, et réunira Armelle Modéré, auteur de Jules B, l’histoire d’un Juste, publié aux Editions Des ronds dans l’O, David Cenou et Patrice Guillon, auteurs d’Un Juste (La Boîte à Bulles).
       
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Cet article a été publié en une version concise dans Actualité juive. Il a été publié le 11 juin 2015 sur ce blog.

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