mercredi 26 octobre 2016

« Ken Loach, un cinéaste en colère » par Louise Osmond


Arte diffusera le 26 octobre 2016 « Ken Loach, un cinéaste en colère » (Das Kino des Ken Loach. Wut, Mut und Menschlichkeit), documentaire de Louise Osmond. « De « Kes (1969) à « Moi, Daniel Blake » (2016), retour sur le parcours d'un cinéaste britannique sans concession, qui mêle intimement, et avec une énergie farouche, cinéma et luttes sociales depuis un demi-siècle ». Ancré à gauche, ce réalisateur militant, naturaliste, primé notamment au festival de Cannes, représente une (extrême-)gauche fossilisée, antisémite, appelant aux boycotts d’Israël.
  

Né en 1936, Ken Loach étudie le droit à Oxford et joue dans la troupe Oxford Revue. 

Postures militantes
Il « a fait ses premières armes de réalisateur engagé dans la seconde moitié des années 1960 sur la BBC, à travers une série de téléfilms imprégnés de réalisme documentaire (Up the junction, Cathy come home...), dans lesquels il capte la vie ouvrière », la pauvreté créant des familles sans domicile fixe.

En 1969, Kes, film parlé en dialecte du Yorkshire, rend célèbre ce réalisateur membre du Parti travailliste. En 1999, ce film est inscrit par le British Film Institute en septième position dans la liste des meilleurs films britanniques du XXe siècle.

Les longs métrages réalisés dans les années 1970 et 1980 » - Family Life (1971), The Price of Coal (1977) - « rencontrent un moindre succès, mais confortent sa réputation.

« Pendant la décennie thatchérienne, il s'empare des luttes sociales en cours », notamment celles des mineurs, « dans des documentaires militants, mais se heurte à la frilosité des diffuseurs ». 

Collaborant avec l’écrivain Jim Allen, Ken Loach devait mettre en scène Perdition, qui alléguait qu’un mouvement sioniste en Hongrie aurait aidé les Nazis dans la Shoah en échange de l’émigration de quelques Juifs en Palestine sous mandat britannique. En janvier 1987, 36 heures avant sa première représentation au Royal Court Theatre, la pièce de théâtre est retirée de la programmation à la suite de protestations dans le monde et d’accusations d’antisémitisme.

La « traversée du désert prend fin en 1990 avec Secret défense, Prix du jury à Cannes et coup d'envoi d'une longue succession de triomphes, entre fresques historiques (Le vent se lève) et drames sociaux (Ladybird, Sweet sixteen) ».

Vers le milieu des années 1990, Ken Loach quitte le parti travailliste, et est élu en 2004 au conseil national de la Coalition Respect, mouvement gauchiste et antisioniste créé par Salma Yaqoob et George Monbiot, dont il s’éloignera.

Sweet sixteen
"Greenock, petite ville portuaire d'Écosse sinistrée par les années Thatcher. Flanqué de son meilleur ami Pinball, Liam avance dans l'existence en dissimulant sous une éternelle casquette deux yeux brillants d'espièglerie et de rage. Car entre un beau-père violent et une mère droguée qui soigne sa dépendance en prison, Liam n'en finit plus d'encaisser des bleus à l'âme et au corps. Mais envers et contre tout, il caresse l'espoir de lendemains meilleurs. Il s'est mis en tête d'offrir à sa mère, qui doit sortir de prison pour fêter ses 16 ans, une caravane au bord de l'eau... L'itinéraire d'un jeune garçon livré à lui-même et lancé dans une quête du bonheur à l'issue tragique... Signé Ken Loach, un drame bouleversant qui puise aux sources de la chronique adolescente".

"Ce qui frappe d'abord dans Sweet sixteen, c'est sa force vitale. Ici, tout est cassures, violences, élans d'espoir et déferlantes d'émotion. Les personnages tirent leur force dramatique de leur authenticité. S'ils possèdent le goût salé de la réalité, c'est peut-être que Ken Loach a choisi pour les incarner des interprètes pour la plupart non professionnels, issus de la région sinistrée qu'il décrit. Avec ses postures et sa verve, le jeune Martin Compston incarne un Liam criant de vérité. Autour de la figure centrale de son héros, un ange promis à la déchéance, Ken Loach signe une dénonciation féroce du système libéral à l'anglaise, dont les exclus se réfugient dans la délinquance et la drogue. Liam est ainsi le symptôme d'un monde déserté par les adultes, dans lequel la désespérance se refile comme une maladie contagieuse. Tout en faisant ce constat amer, Ken Loach s'offre des échappées du côté du burlesque : à la dureté du monde des adultes, Liam oppose ses facéties et ses provocations toutes juvéniles, avant de basculer dans la tragédie. Ce Kid version écossaise des années 2000 a tout pour émouvoir".

Cannes
En 2006, la Palme d’Or du Festival de Cannes est décernée par The Wind That Shakes the Barley, de Ken Loach. Un film sur la guerre d’indépendance irlandaise.

En 2007, avec cent artistes et écrivains, Ken Loach a signé une lettre ouverte appelant le Festival international du film LGBT à San Francisco à se soumettre aux appels pour le boycott mondial des institutions politiques et culturelles israéliennes en mettant un terme au sponsoring du consulat israélien de ce festival. Il a aussi rejoint « 54 personnalités internationales littéraires et culturelles, signataires d’une lettre alléguant que « célébrer les 60 ans de l’Etat d’Israël est équivalent à danser sur les tombes palestiniennes sur l’air obsédant de la dépossession persistante et de l’injustice aux multiples facettes ». Une lettre publiée le 8 mai 2008 par The International Herald Tribune.

Au début de l’Opération israélienne Plomb durci contre le mouvement terroriste Hamas dans la bande de Gaza (2008-2009), Ken Loach a considéré qu’un rapport montrant la montée de l’antisémitisme « faisait diversion » : « S’il y a une montée de l’antisémitisme, je n’en suis pas surpris. En fait, c’est parfaitement compréhensible car Israël alimente des sentiments d’antisémitisme… Nul ne peut approuver la violence ».

En mai 2009, après avoir parlé avec Loach, les organisateurs du Festival international du film d’Edimbourg (EIFF) a rendu 300 £ à l’ambassade d’Israël. Loach soutenait un boycott du festival prôné par la Campagne palestinienne pour les boycotts académique et culturel d’Israël (PACBI). Alors directeur de Channel 4, Sir Jeremy Isaacs a qualifié l’intervention de Loach de « censure ». Le Festival a déclaré payé, sur son budget, le voyage de la réalisatrice israélienne Tali Shalom-Ezer. Loach a écrit à Tali Shalom-Ezer pour expliquer sa position. Il a aussi souligné que « le boycott vise l’Etat d’Israël ». C’est donc l’existence même de l’Etat juif que refuse Ken Loach.

En 2009, Loach, l’écrivain Paul Laverty et la productrice Rebecca O’Brien ont retiré leur film Looking for Eric du festival international du film de Melbourne dont l’ambassade d’Israël était un des mécènes, après que ce festival ait refusé de retiré ce sponsorat. Directeur du festival, Richard Moore a estimé que les tactiques de Ken Loach étaient du chantage.

Ken Loach est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine fondé en 2009 par Ken Coates, président de la Fondation Bertrand Russell pour la Paix, Nurit Peled, une israélienne enseignant à l'Université hébraïque de Jérusalem, et Leila Shahid, déléguée générale de l'Autorité Palestinienne auprès de l'Union Européenne. Inauguré par Stéphane Hessel, il visait sous couvert de régler le « conflit israélo-palestinien » à diffamer et ostraciser l’Etat Juif.

En mai 2010, lors d’une interview, Ken Loach a listé les trois films qui l’ont influencé le plus : Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica (1948), Les Amours d’une blonde de Miloš Forman (1965) et La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (1966). Le point commun ? Des films sur « des gens ordinaires et leurs dilemmes ».

En décembre 2010, Ken Loach a soutenu le droit à la sécurité pour Julian Assange.

En 2012, a condamné dans The Observer le Globe Theatre pour avoir autorisé une compagnie théâtrale israélienne à y jouer.

En mars 2013, avec Kate Hudson et Gilbert Achcar, Ken Loach a œuvré pour un nouveau parti d’extrême-gauche qui a été créé en novembre 2013 sous le nom de Left Unity.

En 2014, il a soutenu l’indépendance de l’Ecosse, puis de la Tchétchénie.

En 2015, « l'écrasante victoire des conservateurs aux élections législatives et leurs premières mesures l'arrachent à sa brève retraite ». 

En mai 2016, lors de la deuxième édition du Festival Ciné-Palestine co-organisé par l’Institut du monde Arabe à Paris, il a appelé de nouveau au boycott de l’Etat juif et a déploré de ne pas entendre les voix des Palestiniens dans les médias. 

« Palme d'or du dernier Festival de Cannes, Moi, Daniel Blake (en salles le 26 octobre) atteste d'un esprit de révolte inaltéré, ébauché sur les bancs d'Oxford, où le fils d'ouvrier tory prend conscience, au contact de la future classe dirigeante, des inégalités qui régissent le monde ».

« Le Festival de Cannes, en attribuant la Palme d’or à son dernier film, I, Daniel Blake, a pris le parti d’une récompense politique, et le discours de réception du réalisateur se voulait tel… Plus profondément, Loach est la parfaite illustration de la difficulté, pour la gauche européenne, de concilier sa détestation du « néo-libéralisme » avec la réalité des faits… On peut s’opposer au gouvernement de Cameron et à sa politique, mais doit-on le faire avec une telle mauvaise fois ni rien proposer de concret ? », a écrit Laetitia Strauch-Bonart, dans Le Point (27 mai 2016).

Et de poursuivre : « Mais les solutions pratiques intéressent moins Loach que le cri de révolte stérile, car ce cri est source de réconfort pour son auteur et son public. Loach et ses fans cannois ne s’embarrassent pas de contradictions : il se dit fer de lance d’« un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants », alors qu’il est lui-même un de ces puissants ; Cannes dénonce (régulièrement) la misère du monde depuis un promontoire de paillettes. On peut tout à fait être riche et de gauche, mais peut-on être riche, de gauche et passif devant cette misère ?... Loach est ce qu’on appelle en anglais un armchair liberal : un « progressiste de fauteuil ». Son but n’est pas réellement d’agir, mais de montrer sa supériorité morale en dénonçant la supposée abjection des autres. Que signifie Ken Loach ? Beaucoup de choses de notre temps : la persistance d’une gauche old school manichéenne ; les délices de la morale facile ; la propension étrange des artistes à se prendre pour de fins commentateurs – et du public, malheureusement, à les écouter ».
          
En 2016, Ken Loach a réalisé le documentaire In Conversation with Jeremy Corbyn, leader d’un parti travailliste gangrené par un antisémitisme qu’il refuse de reconnaître et de combattre.

On s'interroge : comment Ken Loach, documentariste qui se veut fidèle à la réalité, peut-il ânonner tant de mensonges diffamant l'Etat d'Israël ?

Personnalité duale
« De son enfance dans les Midlands au tournage de son dernier opus, la réalisatrice Louise Osmond passe en revue le singulier parcours d'un cinéaste aussi révéré qu'abhorré par une partie de la critique et du public. Aux précieux extraits de son imposante filmographie se mêlent des interviews avec sa famille et ses collaborateurs (le producteur Tony Garnett, l'acteur Cillian Murphy, le scénariste Paul Laverty...), qui éclairent sa personnalité duale de subversif aux douces manières, autant que ses méthodes de travail, qui le poussent à cacher le script à ses acteurs et à tourner chronologiquement, au plus près du réel ». 

Dirigeant de sa maison de production Sixteen Films à Soho, Ken Loach « lui-même replonge avec malice et émotion dans ses souvenirs, évoquant ses convictions en même temps que ses renoncements ou ses blessures, dont la perte de son deuxième fils dans un tragique accident de voiture ».

« Ken Loach, un cinéaste en colère » par Louise Osmond
Arte, 2016, 90 min
Sur Arte le 26 octobre à 22 h 35

Sweet sixteen, de Ken Loach
Arte, Allemagne, Espagne, 2002, 102 min
Image : Barry Ackroyd
Montage : Jonathan Morris
Musique : George Fenton
Production : Alta Films, BBC, Road Movies Filmproduktion, Scottish Screen, Sixteen Films, Tornasol Films
Producteur/-trice : Rebecca O'Brien
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Avec Martin Compston, William Ruane, Annmarie Fulton, Michelle Abercromby, Michelle Coulter, Gary McCormack, Tommy McKee, Calum McAlees, Robert Rennie, Martin McCardie, Robert Harrison, George McNeilage, Rikki Traynor, Jon Morrison, Junior Walker, Gary Maitland, Scott Dymond
Sur Arte les 26 octobre à 20 h 55 et 12 novembre 2016 à 2 h 20

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Les citations sont d'Arte.

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