jeudi 20 avril 2017

Marian Apfelbaum, survivant du ghetto de Varsovie et professeur de nutrition



Enfant survivant du ghetto de Varsovie (Pologne), Marian Apfelbaum  survit à la Shoah grâce à une chaîne de solidarité, notamment celle de l'organisation de résistance polonaise catholique Zegota. Il arrive en France en 1946. Elève au lycée Louis le Grand, il est accueilli dans un foyer de l’OSE (Œuvre de secours aux enfants). Professeur agrégé de médecine, il devient un nutritionniste réputé. Le 19 avril 2017, le Mémorial de la Shoah marquera le 74e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. Cette cérémonie est ponctuée de prières par le rabbin Olivier Kaufmann, d’un témoignage sur la révolte du ghetto, accompagné de musique par la Fanfare de la Garde républicaine et de chants en yiddish par Talila. En présence d’Éric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France (sous réserve), Dariusz Wisniewski, chargé d’Affaires près l’ambassade de Pologne, et Francis Kalifat, président du CRIF. Un hommage sera rendu à Claude Hampel.


« J’ai une bonne mémoire livresque, mais une mauvaise mémoire ponctuelle », déclare le Professeur Marian Apfelbaum, célèbre expert en nutrition. Rectifions : une bonne mémoire.


Marian Apfelbaum est né à Varsovie en 1931 dans une famille aisée. Son père Emil était docent (professeur agrégé), un cardiologue « polonais de confession mosaïque » ; sa mère Barbara était issue d’une famille Juive « très pratiquante ».


La maison a été détruite lors d’un bombardement pendant la bataille de Varsovie (1939). Un an plus tard, la famille est contrainte de rejoindre le ghetto.
 

Au ghetto de Varsovie
Le Dr Emil Apfelbaum travaille à l’hôpital Czyste et participe à Maladie de famine, Recherches cliniques sur la famine exécutées dans le ghetto de Varsovie en 1942, dont il sera rédacteur en chef. Un livre référence…



Irena, sœur aînée du jeune Marian, combat au sein du ZZW (Zydowski Zwiazek Wojskowy ou Union militaire juive), un mouvement dirigé par le capitaine Mieczyslaw Dawid Apfelbaum, leur cousin. Dans Retour sur le ghetto de Varsovie (2002, Odile Jacob), le Professeur Marian Apfelbaum rappelle le rôle important, longtemps méconnu, du ZZW lors du soulèvement du ghetto.



Tandis que Irena, âgée de 17 ans, reste dans le ghetto pour lutter, la famille Apfelbaum fuit via les égouts. Internée dans un camp, Irena s’évade grâce à la résistance polonaise et meurt lors de l’insurrection polonaise, un an plus tard, en 1944.



Le professeur Marian Apfelbaum a publié Retour sur le ghetto de Varsovie (Ed. Odile Jacob, 2002), un livre d’histoire « né d’un autre livre1, né lui-même d’une dette ». Le fruit aussi de recherches dans les archives, notamment en Pologne et en Israël, pour restituer le rôle du ZZW dans la lutte et le soulèvement du ghetto de Varsovie. Une histoire alors méconnue en raison de « la connivence entre la Pologne communiste et les Israéliens marxistes » et évoquée en avril 2007 lors de la commémoration en Pologne du soulèvement de ce ghetto. Traduit en hébreu, polonais et espagnol, son ouvrage a été publié en 2007 par Gefen Publishing House sous le titre Two flags: Return to the Warsaw Ghetto (Deux drapeaux : retour au ghetto de Varsovie).




« Ma famille a survécu à Varsovie grâce à une chaîne de gens qui ont pris des risques énormes, notamment au sein de Zegota1une organisation politique catholique clandestine, dont beaucoup de membres étaient antisémites », confie le Professeur Marian Apfelbaum. Histoire a diffusé les 23 et 28 décembre 2015, 3, 8, 9 et 15 janvier 2016, dans la série Héros de guerreZegota, les anges de Varsovie, réalisé par Joshua Whitehead : "Dans la Pologne occupée, une organisation secrète du nom de Zegota lutte contre l'Holocauste. Sa mission : soustraire des hommes, femmes et enfants juifs à la solution finale mise en oeuvre par les nazis. Les membres de ce réseau clandestin s'exposent au pire pour les sauver. En septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne depuis l'ouest et l'Union Soviétique attaque par l'est. Le pays capitule le 6 octobre de la même année. Les envahisseurs se partagent le pays et les nazis instaurent leur dictature. Les Juifs polonais sont enfermés dans des ghettos et ont pour interdiction d'y sortir. Le 25 juillet 1942, les nazis emmènent des Juifs en masse pour qu'ils soient déportés au camp de la mort de Treblinka. Zofia Kossa, résistante polonaise, lance un cri de ralliement par le biais d'un tract nommé "Protestation" qui appelle les activistes à agir. Zegota voit alors le jour. Les forces d'occupation allemandes punissaient de mort toute personne qui aidait un Juif. Cette loi n'aidait pas à trouver des volontaires pour les héberger. Zegota se chargeait de trouver les cachettes et de leur fournir de faux papiers d'identité leur permettant de survivre hors du ghetto et de pouvoir se rendre dans la partie aryenne de la ville".


La famille de Marian Apfelbaum quitte Varsovie pour le camp de Piastow. Quelques semaines plus tard, elle retrouve une capitale « détruite à 90% ».


Le Dr Emil Apfelbaum « reprend son activité dans des conditions dures 
». Il décède en 1946 d’une crise cardiaque. Barbara Apfelbaum fait son aliyah et envoie provisoirement son fils en France.
 

La nutrition
A Paris, cet adolescent déterminé choisit le « meilleur lycée » - lycée Louis le Grand - et sa mère suit des cours d’esthéticienne avant de s’installer définitivement à Tel Aviv.


Marian Apfelbaum est accueilli au foyer FoPoGo (Foyer Pauline-Godefroy), un « endroit agréable, libéral » dans Le Vésinet.



Devenu médecin, il est jusqu'en 1998 chef du service de nutrition de l'hôpital Xavier-Bichat à Paris et directeur de l'unité Nutrition humaine de l’INSERM.

Nul doute que le livre de son père a joué un rôle dans le choix de sa spécialité. De plus, « le métabolisme et la nutrition formaient un domaine évoluant vite », explique le Professeur Marian Apfelbaum, « à l’origine de l’introduction de la nutrition comme discipline universitaire en France ».


Il déplore « l’explosion du surpoids et de l’obésité depuis trente ans », un phénomène « à connotation sociale et un problème de santé publique ».


Les raisons ? « La dépense énergétique a diminué en raison de l’absence d’effort physique et du chauffage. L’offre alimentaire d’aliments goûteux est permanente et notre physiologie n’est pas fabriquée pour cette abondance ». La prédisposition génétique ne représente qu’une part minime dans l’obésité.



Une situation qui risque de perdurer en raison de « matières premières – sucre et graisse – très bon marché et d’emballage individuel pas coûteux ».



Il est l’auteur d’une huitaine d’ouvrages, dont Vivre avec le cholestérol (1992), Risques et peurs alimentaires (1999).


Le professeur Marian Apfelbaum est membre du Comité scientifique d’OCHA (Observatoire Cidil des habitudes alimentaires), « un site ressource sur l'alimentation, les cultures et les comportements alimentaires en relation avec les identités, la santé et les modes de vie ».



« Maladie de la « vache folle », aliments génétiquement modifiés, nitrates dans l’eau, salmonelles dans l’œuf, listeria dans le fromage : dans quelle mesure nos peurs face à la nourriture sont-elles justifiées ? Les risques alimentaires sont-ils plus importants aujourd’hui ? », interroge le professeur Marian Apfelbaum.


Il pourfend le catastrophisme ainsi que les préjugés. Dénonce « l’alimentation biologique, une monstrueuse foutaise ». Défend les produits AOC (Appellation d’origine contrôlée), qui présente une variété de goût que n’offre pas l’industrie agro-alimentaire...


1 : Zegota, Commission d’aide aux Juifs de Teresa Prekerowa (Ed. du Rocher, 1999). Traduction et préface de Marian Apfelbaum.


Bibliographie du professeur Marian Apfelbaum
Le savoir maigrir,
Physiologie de la nutrition
Régulation du bilan d’énergie
Les Mangeurs inégaux (1978)
Abrégé de diététique et de nutrition (Masson, 1982 1989)
Dictionnaire pratique de diététique et de nutrition (1980)
Vivre avec le cholestérol (1992)
L’alimentation biologique (1993)
Risques et peurs alimentaires (1999)
Diététique et nutrition (2004)
Tous obèses (2006)

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié dans  le n° 14 d'Osmose (avril-juin 2007), revue trimestrielle de l'OSE, et sur ce blog le :
- 19 avril 2013 à l'approche de la cérémonie commémorant le soulèvement du ghetto de Varsovie (19 avril-16 mai 1943). Organisée par le Mémorial de la Shoah en partenariat avec le CRIF, cette cérémonie aura lieu au Mémorial de la Shoah le 21 avril 2013, à 17 h ;
- 20 avril 2014. Le 71e anniversaire du soulèvement des habitants Juifs du ghetto de Varsovie contre l'occupant nazi allemand a été commémoré le 19 avril 2014 ;
- 17 mars et 22 décembre 2015, 18 avril 2016 ; le 19 avril 2016, à 17 h 30,  le Mémorial de la Shoah accueillera la cérémonie du 73e anniversaire du soulèvement du ghetto de VarsovieOrganisée en partenariat avec la Commission du souvenir du Conseil représentatif des institutions juives de France, "cette cérémonie ponctuée de prières par le Grand Rabbin Olivier Kaufmann, d’un témoignage sur la révolte du ghetto, accompagné de musique par la fanfare de la Garde républicaine et de chants en yiddish par Talila. Avec le concours du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia (sous réserve), et en présence de Claude Hampel, président de la Commission du souvenir, Éric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France (sous réserve), Andrzej Byrt, ambassadeur de Pologne en France (sous réserve), et Roger Cukierman, président du Crif".
- 18 avril 2016.

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