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vendredi 1 juin 2018

« Les enfants du 209 rue Saint-Maur Paris Xe » par Ruth Zylberman


Arte diffusera le 5 juin 2018 « Les enfants du 209 rue Saint-Maur Paris Xe » (Die Kinder aus der Rue Saint-Maur) par Ruth Zylberman. « Au terme d'une longue enquête, Ruth Zylberman a retrouvé les habitants » juifs « d'un immeuble parisien dont l'enfance avait été saccagée sous l'Occupation. Alliant rigueur historique et créativité visuelle, un film documentaire magnifique ».
          
« Avant-guerre, avant que Vichy ne recense les juifs – étrangers et français –, avant que leurs biens ne soient spoliés, avant la rafle du Vel d'Hiv' du 16 juillet 1942 et les déportations vers Auschwitz, à quoi ressemblait la vie au 209, rue Saint-Maur », dans un quartier alors populaire de Paris ?

« La réalisatrice a choisi au hasard un immeuble dont elle ne savait rien. Pendant plusieurs années, elle a enquêté pour retrouver les anciens locataires du 209, rue Saint-Maur, et reconstituer l’histoire de cette petite communauté humaine pendant l’Occupation. Elle les a retrouvés à Paris, en banlieue, en province, à Melbourne, New York et Tel Aviv. Elle les a filmés, ainsi que les pierres et les habitants de l’immeuble aujourd’hui, pour saisir les traces d’une intimité brisée. Poussant la porte d’un immeuble parisien de la rue Saint-Maur, Ruth Zylberman (Dissidents, artisans de la liberté) a entrepris une longue enquête pour retrouver ceux qui y ont grandi sous l’Occupation ». 

"Yiddishland" parisien
« Chassés d'Allemagne ou ayant fui les pogroms d'Europe centrale, un tiers des habitants de cet immeuble du 10e arrondissement est de confession juive ».

"L'ameublement, c'était le nécessaire. Il n'y avait pas de superflu", résume un de ces enfants.

« Chez les Diamant, ils sont huit : les parents, trois enfants nés en Pologne et trois en France. Aujourd'hui installée à Tel-Aviv, Odette est la seule survivante ». La "première pièce du puzzle". Son père était ouvrier-coupeur. L'appartement ? Deux pièces. Avant sa déportation, le père d'Odette envoie une lettre d'adieu. "Quand on l'a reçue, on espérait en son retour. C'est avec le temps que c'est devenu insupportable", constate Odette.

« Chez les Baum, des deux enfants, Marguerite et Albert, seul ce dernier a survécu ».

« Depuis Melbourne, en Australie, Berthe Rolider évoque la pièce unique qu'elle partageait avec père et mère ». "La concierge n'aimait pas les enfants. Nous, les enfants, ont avait peur d'elle. Mon père était très gentil. Mes parents et moi étions très unis", se souvient Berthe Rolider dans une interview via Internet.

« Chez les Goldszstajn, si René, âgé de 19 mois au moment des rafles, peut encore témoigner, c'est à la concierge, Mme Massacré, qu'il le doit. Sa mère l'a jeté dans ses bras lors de son arrestation en 1944, raconte « Miquette », la petite-fille de la gardienne ». Miquette vivait dans un appartement au 3e étage de l'immeuble, tandis que sa grand-mère habitait dans sa loge de concierge. Miquette se souvient de Marguerite. De ses jeux d'enfant. Des Juifs portant l'étoile jaune. Du bal du 14 juillet...

« Les Osman, eux, ont eu le temps de confier Henry, 5 ans, à une organisation clandestine juive. Après cinq familles d'accueil, il a pu fonder sa propre famille aux États-Unis ».

« Au 209, il y avait aussi Jeanine Dinanceau, dont le père a caché Thérèse et ses parents dans une pièce de 6 mètres carrés jusqu'à la Libération. Courageux quand on a comme lui un fils dans la LVF (Légion des volontaires français). Certains s'en souviennent aussi, l'inspecteur Migeon, qui habitait là, a frappé à plusieurs portes pour prévenir de l'arrivée de ses collègues… »


« Pour vivre, Albert, Henry, René, Odette et les autres ont tourné la page. Bientôt octogénaires, ils font un bout de chemin vers des souvenirs enfouis, des sensations disparues ».

« Pour raviver leur mémoire, Ruth Zylberman manie rigueur historique et imagination féconde. Papier-crayons, voilà sur un plan les quatre bâtiments et leurs étages. Le nom des voisins sur des Post-it retrace la géographie des proximités : ici, Sonia Arnaud-Ghitis, là, les Buraczyk, au coin, en bas, l'épicerie que tenait Mme Haimovici. Avec des meubles miniatures, un appartement se matérialise, des gens sourient, leur image projetée sur la façade de l'immeuble. Par un document officiel, un visage, un métier, un pays de naissance refont surface ».

« Prenant chacun par la main à l'heure des retrouvailles dans le Paris d'aujourd'hui, Ruth Zylberman  les convoque dans un film magnifique à l'époque des copains, des cousins, de l'insouciance pas encore engloutie. À l'heure d'une enfance qui voulait croire aux promesses du pays des droits de l'homme ».

« J’avais depuis longtemps l’envie de retracer sur le long cours l’histoire d’un immeuble. À l’origine, mon projet embrassait une temporalité bien plus large, mais au fil de l’écriture, la période de l’Occupation a pris une place centrale. Lorsque la guerre fait effraction, les interactions entre voisins ne se cantonnent plus à la sphère de l’intime. L’immeuble s’est alors transformé en refuge pour certains, en piège pour d’autres, et il me semblait que cette échelle de l’immeuble, qui rompt à la fois avec la macro-histoire et l’échelle individuelle ou familiale, permettait de rendre compte de quelque chose d’essentiel sur cette période », a expliqué Ruth Zylberman à Christine Guillemeau.

Pourquoi cet immeuble ? « Je l’ai choisi au hasard mais j’arpentais depuis longtemps les rues du Nord-Est parisien, terre ancienne d’immigration pour de nombreux juifs d’Europe centrale. C’est en découvrant le recensement de 1936 que je me suis aperçue qu’un tiers des trois cents habitants du 209 étaient juifs. Sur les cinquante-deux qui ont été déportés, il y avait neuf enfants. Avec sa cour et ses quatre bâtiments, cet immeuble permettait en outre de multiplier les points de vue et de faire place au présent. Les conseils de Claire Zalc spécialiste de la micro-histoire de l’Holocauste, ont été essentiels, ainsi que l’aide d’un autre historien, Alexandre Doulut. Une fois les anciens locataires identifiés, je me suis transformée en détective privée pour les retrouver en France et dans le monde ». Un tiers des habitants sont étrangers. Une cinquantaine est déportée.

Son film « parle de la guerre, de l’arrestation puis de la déportation de juifs, souvent étrangers, qui avaient fait de la France leur nouvelle patrie, mais il évoque aussi le cheminement possible pour faire resurgir tout ce que l’on croyait englouti. Les sons, les odeurs, les objets familiers des lieux où nous avons vécu imprègnent notre mémoire. Pour ceux dont la condition de la survie a été d’occulter ce qui a brisé leur vie, une rampe d’escalier, les pavés d’une cour ou une fenêtre sont autant de petits cailloux vers un passé retrouvé, même de façon fragmentaire, qu’ils seront en mesure de transmettre ».

Bouleversant par des confidences de ces enfants juifs devenus adultes, et toujours marqués par ce passé, par l'engagement de ces pères de famille en 1939, par leur confiance quand ils se rendent au commissariat de police, prélude à leur internement dans un camp français, puis à leur déportation. Émouvant aussi par les souvenirs confiés sur le resserrement de l'étau et la rafle du Vél d'hiv du 16 juillet 1942 - "On n'avait plus aucun droit", "la panique communiquée par les adultes", "Ils ont pris maman, Suzanne et Fernande", "Je revois mon père, ses larmes", "la séparation des femmes et de leurs enfants s'est faite dans la brutalité" dans le camp du Loiret, "Je n'ai jamais pu prendre un enfant dans mes bras. Je revoyais l'image de Nazis jeter des enfants comme on lance un os à un chien" -, l'aryanisation, donc la spoliation de ces pauvres Juifs dont on vole leur machine à coudre, douze cuillères à café, et par l'émotion de cet octogénaire prenant conscience qu'il met ses pas, dans la cour de l'immeuble, dans ceux de ses parents décédés.

Des mémoires d’avant la Shoah dans un Paris ouvrier convivial où des familles juives nombreuses vivaient dans des appartements avec W. C. sur le palier.

Le documentaire  a été distingué par une Mention spéciale du jury au FIPA 2018 (Festival international de programmes audiovisuels) et le Grand prix du jury documentaire au Festival de Luchon 2018.


France, 2017, Zadig Productions, Arte France, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 103 min
Au Mémorial de la Shoah le 9 novembre 2017 à 19 h 30 /
      
Visuels :
Les enfants du 209 - © Cédric Dupire-Zadig productions
Les citations sur le documentaire sont d'Arte et du producteur.

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