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jeudi 12 septembre 2019

« Art Spiegelman, traits de mémoire » de Clara Kuperberg et Joëlle Oostelinck


« Art Spiegelman, traits de mémoire » (2009) est un film de Clara Kuperberg et Joëlle Oosterlinck. Un documentaire louangeur sur l’illustrateur et l’auteur américain et Juif de bandes dessinées (BD), dont Breakdowns, Maus transposant en deux volumes et dans un univers animalier la Shoah (Holocaust) au travers du récit du père déporté de l’auteur, Vladek, A l’ombre des tours mortes sur son vécu lors des attentats islamistes du 11 septembre 2001, et Little Lit, anthologies pour enfants.

Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui

« Il faut une certaine dose d’inquiétude pour travailler, mobiliser mes forces. Une nécessité financière ou réfléchir à quelque chose qui me préoccupe », déclare Art Spiegelman. Et d’ajouter qu’il doit tout inventer à chaque BD.


Il « fait des traits jusqu’à ce qu’ils représentent le personnage dont [il a] besoin ». Une pratique des « gribouillis » qui remonte à son enfance, quand il les dessinait avec sa mère Anja.


“Just keep it honest, honey” (« Reste simplement honnête, chéri »)
Art Spiegelman est né à Stockholm (Suède) le 15 février 1948.


Ses parents, Vladek et Anja Spiegelman, s’installent aux Etats-Unis quand leur fils a deux ans. Tous deux parlent le yiddish, sont d’origine polonaise et déportés ; Anja Spiegelman expliquait le numéro tatoué sur son bras : « C’est un numéro de téléphone que je ne veux pas oublier ». Art Spiegelman fait donc partie de cette 2e génération composée d’enfants de survivants de la Shoah étudiée à partir des années 1970 par les universitaires, dont Helen Epstein, et les psys.


La BD le passionne dès son enfance : la revue « Mad est devenu ma famille, une fenêtre sur l’Amérique, une ouverture sur le monde », se rappelle Art Spiegelman.


En 1968, Anja Spiegelman se suicide. Le style expressionniste d’Art Spiegelman traduit l’émotion et la violence de cette mort, et la colère du fils.


Il débute dans une agence de publicité, et parallèlement dessine pour la BD underground de San Francisco. De retour à New York en 1975, il dirige Arcade, the Comics Revue qui publie Robert Crumb, Charles Bukowski. Succès critique, mais échec commercial : la revue disparaît après sept numéros.


Il épouse la Française Françoise Mouly, ancienne étudiante aux Beaux-arts et actuelle directrice artistique de The New Yorker, et tous deux lancent en 1980 RAW, « tribune pour les auteurs » d’avant-garde (1980-1991).

Dès le numéro 2, apparaît Maus sous le dessin d’Art Spiegelman : plus que l’histoire de la Shoah, c’est « l’histoire d’un père et d’un fils qui essaient de se comprendre » précise son auteur. Pendant des journées entières, Art Spiegelman a interviewé son père : « Je l’écoutais vraiment et il appréciait. A ma grande surprise, mon père était disposé à discuter avec moi ». Il a enregistré leurs conversations qui ont été retranscrites, ce qui a constitué « une matière première pour Maus ». Le documentaire montre ce récit dactylographié avec en voix off celle du père. Art Spiegelman a désormais « droit à cette histoire, maintenant qu’il est adulte ». A la différence d’Anja Spiegelman, Vladek Spiegelman n’éprouvait pas le besoin de témoigner, avançant que « les gens ne veulent pas entendre parler de cela ».


A l’époque, la littérature sur la Shoah est moins abondante qu'actuellement. Puis, Art Spiegelman et son épouse effectuent des repérages en Pologne, notamment au camp d'Auschwitz.


Sa devise pour ce projet artistique au caractère familial figure dans un dessin : « Just keep it honest, honey » (« Reste simplement honnête, chéri »).


Art Spiegelman décide de devancer la sortie du film Fievel et le Nouveau Monde (An American Tail), film d'animation américain (1986) de Don Bluth, coproduit par celui-ci et Steven Spielberg. Ainsi Maus, a Survivor’s Tale est publié en deux volumes : My Father Bleeds History (Mon père saigne l’histoire) en 1986, puis And Here My Troubles Began (Et c’est là que mes ennuis ont commencé) en 1991. Les dessins originaux de Maus sont présentés au prestigieux Museum of Modern Art (MoMA) de New York en 1991-1992.


Art Spiegelman s’oppose à toute adaptation cinématographique de Maus et décline la proposition d’un troisième volume à cette série. Il refuse aussi d’être « l’Elie Wiesel de la BD ». Seule entorse à ce serment : son dessin pour les Oscar décernés en 1998 à la vie est belle (La vita è bella) de Roberto Benigni.


Il est l’unique dessinateur de BD distingué par le prestigieux Prix Pulitzer (1992). De nombreux festivals l’ont honoré, dont celui d’Angoulême en janvier 2011.


« Vous n’êtes pas en phase avec vos émotions ». C’est ainsi qu’Helen Epstein, professeur à l’université de New York, résume l’avis sur Maus émis par le groupe de 100 enfants de survivants de la Shoah qu’elle anime.


Si Art Spiegelman se réjouit de ce succès mondial de Maus auquel son père décédé en 1982 ne peut assister, il en est « désarçonné ».


Il débute en 1992 sa collaboration avec The New Yorker, dont la rédactrice en chef est Tina Brown. Certaines de ses couvertures provoquent des polémiques, telle celle publiée dans le numéro de la Saint-Valentin (février 1993) et représentant le baiser entre un Juif hassidique et une jeune femme noire « en écho aux émeutes raciales de Crown Heigths en 1991 entre les communautés juive et noire de New York à la suite d’une rumeur alléguant que des Juifs recourent aux services de prostituées noires » !? Or, des émeutes antisémites se sont alors produites après un accident de la circulation provoqué involontairement par un Juif américain Loubavitch blessant deux enfants noirs, dont un garçon originaire du Guyana. Un jeune Juif américain a été assassiné lors de ces pogroms.


D’autres dessins d’Art Spiegelman, tel celui en janvier 1998 sur la relation entre le président Bill Clinton et Monica Lewinski et la justice américaine (La voix basse), résument les talents de concision et d’efficacité d’Art Spiegelman.

Art Spiegelman est traumatisé par les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2011 fomentés par Ben Laden pour al-Qaïda. Son épouse le force alors à l’accompagner pour chercher leur fille Nadja, future auteur de BD, alors scolarisée dans un lycée proche des Twin Towers (World Trade Center) à New York. Pour The New YorkerArt Spiegelman dessine cette couverture sobre et sombre sur les deux tours jumelles new yorkaises. Il publie aussi In the Shadow of no Towers (A l’ombre des tours mortes) en 2004 sur son stress post-traumatique causé par cet événement tragique et traumatisant, déclaration de guerre jihadiste visant la superpuissance mondiale.


Puis, Art Spiegelman songe à une BD non narrative, mais véhiculant une « idée abstraite », comme un essai. Avec la talentueuse Françoise Mouly, il édite Little Lit, anthologies pour enfants. Car la BD, c'est aussi pour les enfants, souligne cet auteur.


On peut reprocher à ce documentaire intéressant son insuffisant esprit critique, l’absence de contexte historique sur l’illustration de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah dans la BD et des positions politiques d’Art Spiegelman critique de l’administration de George W. Bush. Ou ce que ce défenseur des libertés a déclaré en juin 2006, dans son article Drawing Blood: Outrageous cartoons and the art of outrage pour Harper’s Magazine sur les dessins sur Mahomet publiés par le journal danois Jyllands-Posten.


ADDENDUM :
Le 20 mars 2012, interrogé sur la tuerie à Toulouse – l’identité de l’assassin était alors ignorée -, Art Spiegelman a d’abord nié le caractère antisémite de la tuerie à l’école Ozar HaTorah à Toulouse la veille. La journaliste l’ayant questionné sur cette tragédie a opiné de la tête en signe d’approbation. J’ai alors souligné que des enfants et un professeur Juifs d’une école Juive étaient visés, donc cette tuerie était antisémite. Art Spiegelmn a alors rappelé que l’assassin avait aussi tué des non Juifs. J’ai alors indiqué que tuer des Noirs ou des Arabes pour ce qu’ils sont constitue un acte raciste, que cet assassin n’avait pas tué une dame blanche âgée près d’une de ses cibles, et que viser des enfants ou adulte Juifs dans une école Juive constituait un acte antiJuif. Art Spiegelman a alors admis le caractère antisémite de la tuerie contre cette école et a ajouté : « C’est abominable ».

En janvier 2013, Art Spiegelman a publié sur sa page Facebook un de ses dessins mis en couverture du New Yorker (1993) et montrant des enfants américains armés. Il a ainsi commenté son dessin : "I did this New Yorker cover in 1993. Colombine happened in 1999, Newtown in 2012, nearly 20 years later. My wish for 2013: let Newtown be remembered as the turning point - I'm hoping that kids with guns can become ironic again". ("J'ai dessiné cette couverture pour le New Yorker  en 1993. [L'attentat ou le massacre à]  Colombine est survenu en 1999, et à Newton en 2012, près de 20 ans plus tard. Mon souhait pour 2013 : que l'on se souvienne de Newtown comme un tournant - j'espère que les enfants armés deviennent de nouveau ironiques").


Le 30 août 2014, Art Spiegelman a publié sur son compte Facebook le dessin Perspective in Gaza (the David and Goliath illusion) [Perspective à Gaza (l'illusion David et Goliath)] qu'il a ainsi commenté : "I've spent a lifetime trying to NOT think about Israel—deciding it has nothin more to do with me, a diasporist, than the rest of the World's Bad News on Parade. Israel is like some badly battered child with PTSD who has grown up to batter others.  But... here's a collage I did for last week's Nation magazine". (J'ai passé ma vie à tenter de NE PAS penser à Israël - en décidant qu'il n'a rien de plus à faire avec moi, qui suis dans la diaspora, que les Mauvaises Nouvelles du reste du monde défilant. Israël est comme un enfant méchamment battu avec un TSPT (trouble de stress post-traumatique, Nda) qui a grandi pour battre les autres. Mais... voici un collage que j'ai fait pour le numéro de la semaine dernière du magazine Nation"). Plus de 2212 ont liké le post qui a été partagé 1060 fois. Une oeuvre qui a suscité des commentaires approbateurs et désapprobateurs. Un dessin pervers et faux. Qu'un artiste si talentueux ne publie rien sur les défilés haineux de la "rue arabe", mais révèle son ignorance en tordant l'histoire et la perspective est choquant, lamentable.


Un dessin qui prouve qu'un enfant de survivants de la Shoah et un Américain ayant vécu les attentats islamistes du 11 septembre 2001 ne parvient/ne sait/ne veut pas à reconnaître un acte antisémite quand celui-ci survient ni à comprendre la réalité actuelle djihadiste contre Israël, et plus généralement contre les Etats-Unis, l'Europe, etc. J'en avais eu conscience en l'interviewant lors du vernissage presse de l'exposition Art Spiegelman's Co-Mix: A Retrospective au Centre Pompidou. Le 20 mars 2012, interrogé sur l'attentat à Toulouse – l’identité de l’assassin était alors ignorée -, Art Spiegelman a d’abord nié le caractère antisémite de la tuerie à l’école Ozar HaTorah à Toulouse la veille. La journaliste l’ayant questionné sur cette tragédie a opiné de la tête en signe d’approbation. J’ai alors souligné que des enfants et un professeur Juifs d’une école Juive étaient visés, donc cette tuerie était antisémite. Art Spiegelman a alors rappelé que l’assassin avait aussi tué des non Juifs. J’ai alors indiqué que tuer des Noirs ou des Arabes pour ce qu’ils sont constitue un acte raciste, que cet assassin n’avait pas tué une dame blanche âgée près d’une de ses cibles, et que viser des enfants ou adulte Juifs dans une école Juive constituait un acte anti-juif. Art Spiegelman a alors admis le caractère antisémite de la tuerie contre cette école et a ajouté : « C’est abominable ». 

En avril 2015, dans le Guardian, Art Spiegelman a trouvé « honteux » que "sa bande dessinée culte sur la Shoah" ait été retirée "des rayons à Moscou par des librairies russes qui craignent des représailles du gouvernement... en raison d'une loi contre la propagande nazie. Il y voit le signe avant coureur d'un «dangereux mouvement». Quelques jours avant le 70e anniversaire de la victoire de l'URSS contre le III Reich, « c'est une véritable honte parce que ce livre est à propos de la mémoire. On ne veut pas que les cultures effacent la mémoire» s'indigne-t-il. Pour l'artiste américain, cette nouvelle «est le signe avant coureur d'une chose dangereuse». Partout dans le monde, «C'est une époque terrible pour la liberté d'expression». Il pointe du doigt le cas de Charlie Hebdo en France, celui d'Edward Snowden aux Etats-Unis. Depuis décembre 2014, la Russie a passé une loi contre «a propagande nazie». Les symboles sont traqués, des boutiques d'antiquités aux magasins de jouets. «Je ne pense pas que Maus soit la cible désignée de pour cela, de toute évidence», avance Spiegelman. « Mais je pense que [la loi] a pour effet intentionnel d'écraser la liberté d'expression. Le but principal semble de rendre quiconque du monde de l'expression nerveux ».

En juin 2015, Art Spiegelman "retiré son dessin de couverture de l'hebdomadaire britannique The New Statesman à quelques heures de la parution. Pourtant consacré à la liberté d'expression, le numéro refusait de publier une planche du dessinateur intitulée « Notes d'un fondamentaliste de la liberté d'expression » pourtant déjà paru en France dans Le Monde, aux États-Unis dans The Nation et en Allemagne dans FazLe numéro devait paraître le 29 mai 2015. Un comble pour un hors série consacré à la liberté d'expression et intitulé « Dire l'Indicible » (« Saying the Unsayable »). Chapeauté par le romancier britannique Neil Gaiman et la chanteuse américaine Amanda Palmer, ce numéro promettait de « se confronter aux notions de censure, de tabou, d'outrage et de liberté d'expression ». Le théologien et ecclésiastique anglican Rowan Williams y signe notamment un essai intitulé « Pourquoi les religions ont besoin du blasphème ».

Art Spiegelman "a partagé sur son compte Facebook le dessin qui devait figurer en couverture du magazine. Celui-ci représente une jeune femme, allégorie de la liberté d'expression, bâillonnée et prisonnière d'un attirail sado-masochiste. Sur Facebook, l'auteur de Maus a expliqué son geste : « Je me suis débarrassé de cette couverture « bondage » du New Statesman à la dernière minute! C'est une chose de trouver comment Dessiner l'Indessinable pour un hors-série intitulé «Dire l'Indicible», mais je ne pouvais pas Accepter l'Inacceptable lorsqu'à la dernière minute le magazine A ROMPU SA PROMESSE d'inclure ma planche «Notes d'un fondamentaliste de la liberté d'expression». Spiegelman a associé à son texte une couverture parodique du New Statesman où un homme se noit dans un océan d'excréments tout en essayant de prononcer le mot «merde».

"Le New Statesman a dénoncé dans un communiqué les propos de Spiegelman comme étant «inexacts», arguant que le refus de publier la planche de Spiegelman s'expliquait par la présence dans les pages de l'hebdomadaire d'un autre dessin en hommage à Charlie HebdoDe son côté, Neil Gaiman a tenté de désamorcer la situation dans un texte publié sur son blog dimanche 31 mai. Selon lui, le contenu de la planche de Spiegelman, qui a été conçue dans les semaines suivants les attentats de Charlie Hebdo, n'est pas en cause. «Nous adorons la couverture d'Art (le New Statesman aussi). Nous sommes vraiment désolés qu'elle n'ait pas été utilisée. Art l'a retiré parce qu'il estimait que les engagements de NS n'ont pas été tenus (....) La communication entre Art et NS n'a pas été bonne: personne n'a répondu à ses questions, ou n'a pas compris que sa planche devait être incluse. Quand les rédacteurs en chef ont connu son existence, il était déjà trop tard pour l'inclure dans le magazine». Palmer et Gaiman ont ensuite proposé à Spiegelman de publier sa planche sur le site internet du New Statesman. Sans succès. L'agent de Spiegelman exige de la maison d'édition de l'hebdomadaire un accord écrit. Accord qui lui sera refusé par NS, de crainte de voir «le numéro tout entier partir au pilon, s'ils ne remplissent les conditions de Spiegelman» précise Amanda Palmer sur le blog de Neil Gaiman".


Le 19 juin 2018 à partir de 18 h, MEL Publisher présenta, sur son site internet et à la librairie Artcurial, "la lithographie Silent Six réalisée par le célèbre auteur de bandes dessinées et illustrateur américain Art Spiegelman. Cette œuvre est en lien direct avec la performance Wordless ! le 17 juin 2018 à la Philharmonie de Paris. A cette occasion ont également été présentées 4 autres lithographies de l’artiste, éditées par MEL Publisher. Une séance de  dédicace d' Art Spiegelman à la Librairie Artcurial le même jour de 18 à 21 h. Exposition des estampes d'Art Spiegelman éditées par MEL Publisher du 19 au 28 juin 2018."

Le 19 juin 2018, France Culture a publié l'interview vidéo d'Art Spiegelman par Elsa Mourgues. Extraits :
"1) Aujourd’hui, qui seraient les souris et qui seraient les chats ?
Aujourd’hui, ce sont les Arabes qui doivent porter le plus gros masque de souris, juste derrière eux les Afro-Américains et à côté les Hispano-Américains et juste derrière il y a "MeToo", il y a les femmes. D’habitude c’est un certain genre de réactionnaires blancs qui sont derrière les chats du jeu… si on peut appeler ça comme ça, un jeu dangereux. Mais on ne peut pas les voir parce qu’ils portent un masque du Ku Kux Klan.
2) Comment dessineriez-vous Emmanuel Macron ?
Un genre d’animal domestique serait approprié. S’il n’est pas le plus féroce berger allemand du coin, au moins il est domestiqué et empêchera le système, même s’il n’est pas parfait, de se retrouver aux mains des loups.
3) Et Donald Trump ?
J’ai fait des dessins de lui en grenouille, mais vraiment il n’est qu’un gros tas de merde. Le problème c’est que faire n’importe quel dessin de Trump, c’est jouer son jeu et ça, ça me laisse presque paralysé, parce que quand tu t’occupes des narcissiques, ils disent : “oh regarde cet affreux dessin qu’ils ont fait de moi, de moi, de moi”. Et ça, ça n’aide pas. Le problème avec Trump, c’est qu’il est déjà une foutue caricature donc il n’y a pas grand chose à faire de plus. Il est le plus drôle dessin animé que j’ai vu à la télé, niark niark.
4) Qu’est-ce que vous inspire sa politique ?
Il est juste une manifestation locale de la même… merde, qui existe ici et en Italie et ailleurs. C’est une nouvelle forme de ploutocratie autoritaire.
5) Après Charlie Hebdo, peut-on tout caricaturer ?
J’admire la bravoure et peut-être aussi la témérité de Charlie Hebdo, ils travaillent dans une tradition française qui encourage ce genre de résistance laïque aux religions. Merci Napoléon, c’était une bonne idée mais qui a ses inconvénients. Je pense que le principe que les dessinateurs doivent suivre c’est de ne pas frapper en bas de l’échelle, toujours frapper en haut, frapper les plus puissants. C’est très compliqué de traiter des problématiques qui sont aujourd’hui tellement empreintes de racisme, de religion dans un contexte toujours plus divisé. Tout ce qu’on peut espérer c’est des dessinateurs intelligents.
6) Etes-vous sorti de votre chef-d'œuvre Maus ?
Aujourd’hui, je sens que j’en suis sorti parce que je travaille sur tout autre chose. Mais en général, c’est toujours un poids. Il y a une sorte de prix à payer pour s’être consacré si profondément à ce projet, je pense que ça valait le coup parce que j’ai fait un livre qui à l’air important pour plein de gens de cultures différentes. Mais je reste toujours avec cette souris de 250 kg qui me poursuit, peut-être que je lui échapperais si je travaillais sous un pseudonyme. Je pense que ma façon particulière de mal dessiner me poursuit et les gens reconnaissent mon travail sauf si je dessine de la main gauche. Sinon oui, elle est toujours présente et je ne veux ni être sur le chemin de cette souris de 250 kg, ni être dans son ombre.
7) Quelle musique écoutez-vous quand vous dessinez ?
Quand je travaillais sur Maus, ce qui m’a paru une éternité parce que c’est un livre de 13 ans, j’essayais de trouver une musique à écouter pendant que je faisais la partie dessin. Ce qui a vraiment marché, c’est quand un ami est revenu d’Allemagne avec la musique d’un groupe a capella des années 1930 qui s’appelle The Comedian Harmonists, et c’était parfait pour dessiner Maus parce que c’était trois Juifs et trois Aryens. Cette musique est restée avec moi, je l’ai écoutée tellement longtemps que ma femme m’a obligé à acheter des écouteurs, c’était 13 ans avec les mêmes disques qui tournaient encore et encore et encore".
"Marvel: The Golden Age 1939-1949" sera publié en septembre 2019, avec une introduction de Roy Thomas, un scénariste vétéran de la maison Marvel. L’auteur Art Spiegelman était censé rédiger l’introduction d’un livre sur la décennie 1940, florissante pour la célèbre maison. Une consécration pour celui qui était une figure emblématique des comics underground dans les années 1970-1980. Il en a gardé la liberté de ton. Au grand dam de son éditeur, qui a refusé une phrase comparant le Président américain Donald Trump à un super-méchant. L’auteur a publié son texte ailleurs. 
"Le texte retrace comment «de jeunes créateurs juifs des premiers superhéros ont inventé des sauveurs mythiques séculaires, presque divins». La phrase refusée par Folio Society, chargé de l’édition pour Marvel Comics, apparaît à la fin du texte. « Dans le monde trop réel d’aujourd’hui, Crâne rouge, le plus infâme ennemi de Captain America, est vivant à l’écran alors qu’un Crâne orange hante l’Amérique », écrit Art Spiegelman, lauréat du grand prix de la ville d’Angoulême en 2011. Marvel Comics «ne permet pas à ses publications de prendre une position politique», aurait dit Folio Society à Art Spiegelman, selon ce dernier dans The Guardian. L’auteur affirme qu’on lui a demandé de retirer la phrase, sans quoi son introduction ne serait pas publiée. Il a donc décidé de retirer son texte, finalement publié par le quotidien britannique. «J’ai appris à mes dépens, une fois encore, que tout est politique», y écrit-il. «Je ne me considérais pas particulièrement comme un auteur politique comparé à certains de mes compagnons de route. Mais quand on m’a demandé de tuer une référence relativement anodine à un Crâne orange, j’ai compris que ça aurait été irresponsable d’être insouciant à propos de la terrible menace existentielle que nous vivons actuellement», écrit Art Spiegelman dans la nouvelle version du texte. Pour lui, «le fascisme international se refait une santé, et les bouleversements qui ont suivi la crise économique mondiale de 2008 nous ont menés à un point tel que la planète elle-même risque de fondre». Le dessinateur pointe le fait que le président de Marvel Entertainment, Isaac Perlmutter, est «un ami de longue date de Donald Trump et un de ses conseillers non officiels», et vient de donner 360.000 dollars, la somme maximum, au fonds de compagne 2020 du président sortant."


De Clara Kuperberg et Joëlle Oosterlinck (2009)
44 minutes

Visuels : © Wichita Films. DR

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Cet article a été publié sur ce blog le :
-  11 septembre 2011, 7 janvier et 11 septembre 2013 à la mémoire des victimes, notamment Daniel Lewin, des attentats terroristes islamistes aux Etats-Unis et des pompiers morts en faisant leur métier le 11 septembre 2001 ;
- .16 février, 11 septembre et 25 novembre 2014, 10 février 2015, 23 août 2016, 12 septembre 2017, 11 septembre 2018.

1 commentaire:

  1. Le témoignage de votre dernier paragraphe est intéressant en ce qu'il dévoile le déni de réalité qui saisit le monde occidental lorsque la menace d'une nouvelle Shoah se fait jour. Y compris des Juifs ayant été touchés de près comme votre interlocuteur.
    Le possible redevient impensable, au sens propre.

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