vendredi 27 janvier 2017

Après la Shoah. Rescapés, réfugiés, survivants 1944-1947


Le Mémorial de la Shoah a présenté l’exposition bilingue Après la Shoah. Rescapés, réfugiés, survivants 1944-1947. Ce que les survivants juifs en Pologne, en Allemagne, en France ont enduré avec courage et dignité pour trouver un lieu d’accueil, recréer une vie juive, redevenir maîtres de leur vie… Des réfugiés juifs aidés essentiellement par la diaspora juive. Lors de la visite de presse, Henry Rousso, un des commissaires de cette exposition intéressante, a établi des parallèles injustifiés avec les « migrants » actuels. Le 27 janvier 2017 à 22 h 20, Toute l'Histoire diffusera La vie après la Shoah de Francis Gillery : "La libération des camps ne signifie aucunement la fin du cauchemar des déportés. Bien que la France ait accueilli les juifs, l'antisémitisme est bien présent et contraint les rescapés à s'enfermer dans le silence. Aujourd'hui encore, ce lourd passé continue à se transmettre. Ce film pose la question du retour des survivants à une vie normale après avoir vécu l'horreur de la Shoah et propose un nouveau regard sur cette période à travers des témoignages de survivants des camps de la mort et des interviews d'historiens".


« De l’après-Shoah, on retient en général les images terribles de l’ouverture des camps, celles qui ont alors frappé l’imagination », de quartiers détruits par les bombardements, d’habitants cherchant à survivre dans des zones en ruines et de rares villes au patrimoine urbanistique généralement épargné.

« Pourtant, l’après-Shoah, la période comprise entre fin juillet 1944, date du premier camp libéré par les Soviétiques, et l’automne 1947 à la veille de l’indépendance d’Israël, constitue une séquence historique en soi. La sortie progressive du génocide s’opère dans le chaos général de la sortie de guerre, suscitant espoirs et incertitudes, notamment dans les trois pays privilégiés dans cette exposition » : l’Allemagne, la Pologne et la France.

« Après les humiliations et la peur, les massacres de masse, la quasi destruction d’un peuple, d’une langue, d’une culture – la catastrophe -, le retour à une vie « normale » semble à peine possible pour les Juifs d’Europe qui ont pu échapper à la Shoah, à l’entreprise d’extermination menée par les nazis et leurs complices. Bien qu’ils aient été victimes d’une persécution spécifique – une réalité plus ou moins admise et comprise à l’époque –, leur sort ne constitue qu’un problème parmi d’autres à l’échelle d’un continent à reconstruire ».

« L’incertitude règne partout, notamment dans les trois pays privilégiés dans l’exposition. En Pologne, plus de la moitié des Juifs réfugiés ou déplacés de force en URSS et rapatriés à compter de 1945, ainsi que les rares rescapés quittent un pays qui leur reste hostile. En Allemagne occupée, si les nationaux retrouvent leurs droits et leur liberté, les réfugiés juifs fuyant l’Europe orientale se retrouvent pour la plupart dans les camps ouverts pour accueillir les millions de « personnes déplacées », un nouveau terme né dans le contexte de la fin des combats, des changements politiques, des mouvements de représailles, attendant un lieu d’accueil ou une possibilité d’émigrer. En France, la majeure partie des Juifs est hors de danger à compter de juin, puis de novembre 1944, lors de la libération du territoire, mais les quelques milliers de survivants de la déportation se retrouvent perdus, parfois livrés à eux-mêmes, dans la masse des autres rapatriés. Le pays doit faire face lui aussi à l’afflux de dizaines de milliers de réfugiés juifs d’Europe centrale et orientale dont une bonne partie va émigrer hors d’Europe ». Une France qui accueille avec parcimonie les Juifs.

Les « rescapés aspirent pourtant tous, quelle que soit leur situation, à retrouver leurs proches, retourner chez eux ou trouver un autre refuge, reprendre une activité, imaginer à nouveau un avenir. Des voix s’élèvent très tôt pour réclamer justice et réparation ».

« Le salut, l’espoir viennent surtout des communautés juives elles-mêmes. Bien que décimées, surtout à l’Est, les communautés juives parviennent à reconstituer une vie religieuse, culturelle, politique, grâce à l’entraide et à la solidarité, et au soutien des organisations juives, en particulier américaines. Elles réussissent à produire les premiers récits, à constituer une « première mémoire » grâce aux témoignages et aux traces collectées pendant et juste après la guerre. L’après-Shoah, c’est le temps où les minorités juives, du moins ce qu’il en reste, cherchent à reprendre en main leur destin ».

Cette exposition, bilingue anglais – français réunit « près de 250 photographies issues majoritairement du fonds du Mémorial de la Shoah, de documents d’archives - objets confectionnés dans les camps de DP’s (deplaced persons), donnés au retour pour les plus démunis, livres de prières, costumes, valises, maquettes et objets du souvenir - et de films, ainsi que de montages audiovisuels ».

Elle montre avec sobriété « la diversité des situations dans le chaos général de la sortie de guerre - réfugiés, survivants des camps, enfants cachés, résistants. Tous aspirent à retrouver leurs proches, retourner chez eux ou trouver un refuge, imaginer à nouveau un avenir. Qui pour les aider ? Quelle justice demander ? Comment conserver les traces d’un monde disparu et amasser les preuves du crime ? »
   
Fondée sur des blocs – symboles de valises ? -, elle s’articule autour de sept thèmes : la sortie du génocide - Ceux qui sont restés en vie, Bilan de la Shoah et Carte des mouvements généraux de population 1944-1945, Où aller ? – Identifier, Rapatrier, Fuir, Retour d’URSS, Nouvelle émigration, Un antisémitisme post-génocidaire, Transiter et Émigrer -, Les aides, La vie reprend, Rendre justice, La construction de la mémoire, Cinq itinéraires individuels - Déporté libéré : Charles Finkel -, Réfugié en URSS : Jacob Slucki, Enfant cachée : Janina Hescheles, Résistante juive : Frida Wattenberg, Cachée en ville : Marie Simon « Clandestine ».

Le mini-site dédié  à l’exposition propose des images et des vidéos en ligne.

A noter, en fin d’exposition, le procès-verbal de la séance du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du 2 octobre 1944. Le CRIF a décidé d’instituer une commission d’enquête chargée « d’examiner et de juger sur le plan pacifique et moral l’action de l’UGIF et de ses dirigeants ainsi que celle des fonctionnaires juifs de Drancy et les autres cas dont elle sera saisie ». Manquent dans l’exposition les suites données à cette décision capitale. Un jour viendra où l’action, au moins depuis 2000, des principales organisations juives françaises, dont le CRIF et le FSJU, et de leurs dirigeants sera examinée et jugée. Qu’ont-ils fait dans des affaires cruciales : reportage al-Dura, spoliation des Français juifs, « gouvernement des juges », etc.

Le Commissariat scientifique de l’exposition est assuré par Henry Rousso (CNRS), avec Laure Fourtage (Paris 1), Julia Maspero et Constance Pâris de Bollardière (EHESS), Simon Perego (Sciences Po Paris). Commissariat général et coordination a incombé à Marie-Édith Simonneaux Agostini, assistée de Yasmin Gebhard, Mémorial de la Shoah.

Le 26 janvier 2016, lors du vernissage presse, l’historien Henry Rousso a, à plusieurs reprises, dressé des parallèles entre les Juifs réfugiés de 1944 à 1947 et les « migrants » arrivés en grand nombre en Europe depuis quelques années. Et ce, sans être contesté par les autres commissaires. Seuls, un journaliste et moi sommes élevés contre cette comparaison infondée.

De 1944 à 1947, la France a accepté quelques milliers de survivants de la Shoah, et encore, temporairement. L’aide dont ont bénéficié les réfugiés juifs européens provenait essentiellement de la diaspora juive. Nombre de survivants juifs qui revenaient dans leur pays, spoliés de leurs biens – de l’appartement/atelier à leurs cuillères à café -, se sont vus réclamés le paiement des loyers et factures d’électricité de leur domicile. La part des enfants était minime, etc.

Or, sur plus d’un million de « migrants » entrés en Allemagne en 2015 après avoir fui leur pays ou/et des pays d'accueil, une partie, et non la totalité, a fui des zones hostiles, et les adultes « migrants » ne cherchent pas à s’engager pour lutter contre l’Etat islamique ou les Talibans, alors que les Juifs se sont engagés dès 1939 pour combattre les Nazis et leurs alliés. Depuis 2015, la France a accepté l’entrée et le maintien permanent de dizaine de milliers « migrants » dont la majorité n’a pas échappé à un génocide – seuls les chrétiens et les yazidis sont menacés de mort par l’Etat islamique (ISIL). Ces « migrants » bénéficient d’aides multiples et variées de l’Etat, d’ONG, de particuliers. Les enfants représentent 28% des « migrants » selon l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) ou le HCR. Parmi ces « migrants » se trouvent des terroristes ayant commis des attentats terroristes islamistes en Europe, notamment à Paris. Etc. Etc. Etc.

Le 25 août 2016, le New York Times a publié l'article Anne Frank Today Is a Syrian Girl, de Nicholas Kristof qui a suscité une polémique. Fils d'un réfugié de la Deuxième Guerre mondiale, Nicholas Kristof a cité une lettre d'Otto Frank du 30 avril 1941 à un ami américain. Otto Frank soulignait l'urgence d'émigrer aux Etats-Unis, "seul pays où aller", essentiellement pour sauver la vie de ses enfants. Nicholas Kristof a allégué que les raisons opposées à l'arrivée alors de Juifs sont les mêmes que celles avancées pour refuser l'entrée aux Etats-Unis de Syriens ou de Honduriens : peur d'espions nazis sous le couvert de réfugiés juifs allemands d'un côté, crainte de terroristes musulmans sous l'apparence de réfugiés syriens de l'autre.


Le 29 août 2016, l'Observer a publié La comparaison obscène de Nicholas Kristof: une fille syrienne blessée n'est pas Anne Frank, la réponse de Abraham H. Miller,professeur de sciences politiques à l'University de Cincinnati, et distinguished fellow du Haym Salomon Center. L'auteur a souligné que les "réfugiés juifs n'ont pas causé d'explosion de viols et de violence sexuelle comme les réfugiés musulmans l'ont fait en Suède et en Allemagne". Il a listé les différences entre les situations : portes ouvertes dans de nombreux pays occidentaux aux "migrants syriens" qui bénéficient de soutiens aux plus hauts niveaux politiques dans l'Union européenne, existence de pays Arabes et musulmans avec lesquels les réfugiés syriens partagent la même religion et culture, les Juifs européens comme les Frank étaient "assimilés, polyglottes et bien éduqués, à la situation socio-économique florissante, dévoués à la culture occidentale, souvent laïcs", etc.

Et de poursuivre : "Ces réfugiés juifs ne croyaient pas que leur religion était triomphaliste, ni qu'ils avaient l'obligation religieuse de la guerre sainte... Il est quasiment impossible de les imaginer exiger de la nourriture cacher comme les réfugiés somaliens à Minneapolis ont exigé de la nourriture gratuite Halal. Il est presque impossible que des réfugiés juifs seraient allés devant les tribunaux pour exiger une école différente de celle assignée à leurs enfants comme l'ont fait les réfugiés musulmans de Pennsylvanie. Les réfugiés juifs étaient victimes de mensonges alléguant qu'ils étaient des espions nazis et des agitateurs bolcheviques. Cela ne signifie pas que les réfugiés musulmans n'étaient pas éduqués dans une culture qui hait les Juifs et les personnes LBGT, considèrent les femmes comme inférieures aux hommes, même devant la loi... Notre première obligation n'est pas d'accepter tous les réfugiés, mais de préserver notre mode de vie démocratique".

 Abraham H. Miller a conclu en faveur de l'accueil de ces réfugiés musulmans par les nombreux pays arabes et musulmans, figurant souvent parmi les plus riches au monde. Des Etats qui ont en commun avec ces migrants "une culture, une langue et une orientation religieuse communes".

On peut comprendre que des historiens recourent à des comparaisons ou des parallèles afin d’affiner leurs analyses, de mettre en perspectives des événements. Mais, en l’occurrence, assimiler ces « migrants » aux survivants juifs de la Shoah manque de pertinence et étonne de la part d’historiens réputés, et commissaires d’une exposition.

On peut regretter que l’exposition élude certaines questions fondamentales. Quid des Avengers, ces survivants juifs qui, faute de justice ayant condamné les criminels nazis, les ont traqués et en ont tués un certain nombre ? Pourquoi une vision uniquement métropolitaine de la France qui alors disposait d’un empire ? Quid des enfants Finaly ? Quid des enfants juifs placés dans des familles chrétiennes par leurs parents tués lors de la Shoah ? Combien d’enfants juifs orphelins n’ayant jamais su leurs origines juives, ou les ayant apprises fortuitement et tardivement ? Quid de la conversion au catholicisme du grand rabbin de Rome Israel Zolli ? Quid des suicides de survivants de la Shoah dans les années suivant leur retour en France ? Quid de la difficulté de renouer des liens familiaux après tant d’années de séparation ? Quid du refus d’enfants d’accepter le remariage de leur parent veuf/veuve ? Quid des rêves d’enfants – poursuite d’études, choix libre d’un métier - qui ne se réaliseront pas en raison de l’impératif de devoir trouver un travail rapidement pour subvenir à leurs besoins d’orphelins ?

Quid des Dépisteurs ? "Dans son cinquième roman Le gardien de nos frères, à travers le personnage d’un jeune juif français Simon Mandel, Ariane Bois met en lumière l’engagement des Dépisteurs au sortir de la guerre. Anciens scouts et combattants, ils ont recherché des enfants, dont les parents n’étaient pas revenus des camps, cachés dans des familles, des couvents, des orphelinats. Un roman bouleversant nourri d’archives et de témoignages".

Quid de la mention administrative erronée « mort à Drancy » pour désigner le sort des Juifs déportés tués au camp d’Auschwitz-Birkenau ? Quid des obstacles opposés par la Grande-Bretagne à l’accueil des réfugiés juifs en Palestine sous mandat britannique ? Ces aspects humains n’apparaissent pas dans l’exposition.

Si l’exposition souligne la part essentielle de l’aide provenant de la diaspora juive, principalement américaine et australienne, elle ne montre pas assez les efforts déployés par les oncles, souvent lointains d’enfants ou d’adolescents juifs européens, afin de les retrouver, de les amener vers des horizons plus accueillants. En 2010, lors d’une cérémonie du Centre Simon Wiesenthal (CSW) à l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), l’avocat Samuel Pisar (1929-2015) a raconté ses souvenirs émouvants d’orphelin juif polonais rescapé de la Shoah, le risque qu’il tourne mal en suivant des gangs d’adolescents, et la chance représentée par un oncle qui l’avait retrouvé, le soutien de sa famille qui en France, puis en Australie l’a remis dans la voie que ses parents auraient aimé qu’il suive. Et qu’il a empruntée avec succès.

La sortie du génocide
« En 1944-1945, la libération de l’Europe soulève un immense sentiment de soulagement, de joie, d’espoir. Elle s’avère pourtant lente et aléatoire. La sortie progressive de la guerre entraîne de graves problèmes de ravitaillement, de transport, de sécurité. Elle créé de nouvelles tensions politiques internes et internationales. La violence de guerre, dirigée notamment contre les civils, continue durant les premières années de paix ».

La « sortie du génocide est elle aussi longue et chaotique. Dès 1945, apparaissent les premières estimations du nombre de victimes : de 5,7 à plus de 6 millions de morts (dont 1,5 million d’enfants de moins de 14 ans) sur une population de près de 10 millions de Juifs vivant avant 1939 dans les territoires tombés sous la domination ou l’influence nazie. Pour les 4 à 5 millions de rescapés, la fin de la guerre inaugure une autre séquence qui prolonge pour beaucoup et pour longtemps les souffrances déjà endurées. Processus d’une grande complexité, le génocide a entraîné des situations différentes parmi les victimes qui varient en fonction de la nationalité, de la durée de la guerre, de la situation géographique, du degré d’hostilité des populations locales. Les nazis et leurs complices avaient l’ambition d’assassiner tous les Juifs à leur portée, mais ils n’ont pu le faire de la même manière et au même rythme partout, d’où une grande diversité parmi les rescapés ». Les Nazis voulaient tuer tous les Juifs, et pas seulement ceux à leur portée en Europe continentale. Ils avaient appliqué en Afrique du nord et au Moyen-Orient le processus de destruction mis en œuvre par exemple en Pologne : Juifs parqués dans des ghettos (mellahs au Maroc), spoliés, rackettés, violés, raflés - rafle à Tunis (décembre 1942) -, contraints à des travaux forcés dans des camps aux conditions éprouvantes, tués lors de pogroms (Farhud en 1941 à Bagdad, en Irak), déportation de Juifs de Tunisie vers le camp d’Auschwitz, etc. Cet antisémitisme a scellé l’alliance des dirigeants nazis et musulmans, dont le grand mufti de Jérusalem Mohammed al-Husseini.

« Il faut attendre les images spectaculaires et largement diffusées de l’entrée de l’Armée rouge à Auschwitz, le 27 janvier 1945, et de l’arrivée des troupes anglo-américaines à Ohrdruf, Buchenwald ou Bergen-Belsen, en avril 1945, pour que s’amorce une prise de conscience ».

Cependant, « les camps ne sont qu’un aspect de la Shoah. Ils ne disent pas tout de l’ampleur et de la nature du génocide. Les survivants libérés des lieux d’extermination, de concentration, de transit, d’internement ou de mise en esclavage sont d’ailleurs très peu nombreux : environ 60 000, dont une partie disparaît dans les premières semaines. Ils sont noyés dans la masse des 30 à 40 millions de civils et de combattants qui doivent rentrer chez eux ou trouver une autre destination ».

« Certains sont rapatriés assez vite, comme les Juifs de France ».

« D’autres rejoignent la cohorte des « personnes déplacées » (DPs / deplaced persons). Dans certains pays – Pologne, URSS, Pays Baltes, Hongrie – le massacre a atteint de telles proportions qu’il n’y a plus grand chose à reconstruire. La plupart des Juifs polonais réfugiés ou déplacés de force en URSS avant l’invasion allemande, retournent dans leur pays. Mais la plupart n’y reste pas. Dans les années d’après-guerre, plus de la moitié des rescapés juifs quittent la Pologne après de nouvelles violences antisémites ». Citons le pogrom de Kielce (Pologne), le 4 juillet 1946. Ont alors été tués 42 Juifs pendant plus de cinq heures.
    
Où aller ?
« Au total, 200 000 à 250 000 DPs juifs, dont une majorité de Polonais, se retrouvent presque tous à nouveau dans des camps aménagés par les Alliés, dans l’attente d’une émigration. C’est l’un des phénomènes les plus importants de l’histoire de l’après-guerre et de l’après-Shoah ».

« Dans les pays où le bilan est moindre, les problèmes sont d’une autre nature. La majeure partie des Juifs n’a pas connu l’enfermement » concentrationnaire. « Beaucoup se sont cachés, notamment parmi les enfants, d’autres se sont engagés dans des organisations de résistance et d’entraide. Une grande part s’est fondue dans la population, souvent grâce à diverses formes de protection ».

« Tous, cependant, ont subi les dispositions antisémites, les brimades, les spoliations. Ils doivent réapprendre à vivre dans un environnement dont ils ont été exclus, surmonter le souvenir de l’humiliation, vivre avec les séquelles, parfois dans le silence, l’incompréhension, la solitude ».

« Parmi les dizaines de millions de déplacés et réfugiés, la minorité de rescapés juifs, dont les rares survivants des camps, connaissent d’un bout à l’autre de l’Europe des sorts très différents ».

« En 1946-1947, environ 250 000 Juifs vivent en Allemagne. La plupart viennent d’Europe de l’Est et ont été regroupés par les Alliés dans des camps de personnes déplacées (DPs). Réfugiés en territoires soviétiques, rapatriés à la fin de la guerre en Pologne, ils ont été obligés de fuir l’antisémitisme polonais d’après-guerre pour l’Allemagne en zone américaine ».

En France, dès avril 1945, le « Gouvernement provisoire rapatrie au total près d’1 700 000 individus en à peine quelques mois, parmi lesquels à peine 3 800 survivants juifs des camps, selon les chiffres les plus récents. Pour les accueillir, on a mis en place dans tout le pays des infrastructures administratives et sanitaires, tel l’hôtel Lutetia, à Paris ».

En Pologne, « en revanche, où le judaïsme a été presque entièrement décimé, outre les très rares survivants, beaucoup de réfugiés revenus d’URSS ne veulent ou ne peuvent rester. En essayant de retrouver leurs proches ou leurs foyers, ils rencontrent de grandes difficultés. Ils doivent même affronter une violence antisémite post-génocidaire qui ne s’est pas éteinte malgré les 3 millions de morts. Comme en Hongrie ou en Roumanie, cette haine se fonde certes sur les mêmes préjugés ancestraux, mais elle se nourrit d’un ressentiment nouveau, dirigé contre des victimes qui réclament la restitution de leurs biens spoliés, passés depuis en d’autres mains. « Ils ne nous pardonneront jamais ce qu’ils nous ont fait », dit une histoire juive de l’époque. La plupart des rescapés n’ont alors d’autre choix que de repartir. Sur une population juive d’environ 240 000 personnes en juillet 1946, à la veille d’un des plus grands pogroms d’après-guerre - celui de Kielce - il n’en reste que 100 000 environ un an plus tard. Ces réfugiés traversent alors l’Europe, vers l’Ouest cette fois, souvent dans l’illégalité. Leur voyage s’apparente à un véritable périple et la plupart transitent par les camps de DP’s, en particulier les camps finalement aménagés pour les seuls rescapés juifs, en Allemagne, en Autriche et en Italie. Leur but ultime : quitter à jamais l’Europe, y compris en transitant encore par d’autres lieux, comme la France. C’est l’espoir le plus cher d’un grand nombre de rescapés de toutes conditions, DP’s ou non ». Ajoutons que la Pologne est alors dirigée par un gouvernement communiste imposé par l’Union soviétique stalinienne.

« L’émigration devient ainsi l’un des principaux enjeux de l’après-Shoah à l’échelle internationale. Les départs les plus massifs se font vers les Amériques, l’Australie et la Palestine où les mouvements sionistes s’activent pour faire entrer le plus grand nombre de rescapés, légalement ou non ». Il s’agit de la Palestine sous mandat britannique. Aucun Etat indépendant dénommé « Palestine » n’a existé.

Rahela Lebensztein « est née à Varsovie peu avant le début de la guerre. Ses parents s´enfuient avec elle en Union soviétique. Elle et sa mère survivent en Sibérie. En 1945, avec le « rapatriement » elles arrivent en Pologne mais elles doivent fuir de nouveau. Elles resteront quatre ans dans les camps de personnes déplacées (DPs) en Allemagne, jusqu’à l’immigration aux États-Unis ».

Extrait du rapport de la Mission française de rapatriement en Allemagne, 12 mai 1945. Archives du Mémorial de la Shoah. Dans une lettre de la Direction générale des affaires administratives, le ministère des Affaires Étrangères informe l’ambassadeur de France à Varsovie des accords sur le transit. 26 août 1946. Archives diplomatiques MAE – Z Europe : « J’ai l’honneur de vous faire savoir qu’à la suite d’un accord de principe donné le 18 mai dernier par le Président Félix Gouin, et confirmé postérieurement par le Chef du Gouvernement Provisoire du [ou au ?] Grand Rabbin Isaac Herzog, l’admission en « séjour temporaire » (ou transit prolongé) en France de 8.000 israélites actuellement en Pologne a été autorisée. Ce séjour temporaire en France doit permettre à ces émigrants, d’effectuer par l’entremise des organisations juives qui patronnent leur émigration vers l’Amérique du Nord et du Sud ou vers la Palestine, les formalités nécessaires à l’obtention les visas d’entrée dans les pays d’accueil. »

Aide et entraide sociale
Le chemin du retour de Manfred George, éditeur du magazine Aufbau : « J'ai vu des enfants juifs. J'ai passé des heures dans les maisons d'enfants et les écoles de plusieurs villes. Des centaines d'enfants se tiennent maintenant en vie devant mes propres yeux – des enfants sortis des tombes ; des enfants venus des bois où ils se sont cachés durant les hivers blancs et froids, dans les bois enneigés de Polésie. J'ai vu des enfants que l'on a arrachés des gibets ; des enfants qui ont sauté de trains en marche, qui ont échappé aux fours crématoires et qui maintenant apprennent, chantent, dansent. »

« On a peine à imaginer la détresse et la misère des Juifs au sortir de la guerre. Beaucoup sont sans logement, sans travail, sans famille, sans ressources, sans patrie pour les réfugiés. Les années de persécution les ont épuisés physiquement et psychologiquement. Recommencer ou reconstruire une vie nécessite un secours extérieur ».

« L’aide financière ou matérielle provient des pouvoirs publics et d'organisations internationales : le United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA), puis le Comité intergouvernemental pour les réfugiés ».

La « majeure partie est cependant fournie par une myriade d’organisations juives, une forme d’entraide née souvent durant la guerre elle-même. La principale vient des États-Unis. L'American Jewish Joint Distribution Committee (JOINT) finance et organise une aide sociale massive destinée à soutenir la reconstruction, ou du moins la préservation de ce qui reste du monde juif européen dans son ensemble : à lui seul, il fournit près de 200 millions de dollars, dont 7% à destination de la France et 10% de la Pologne. D'autres organisations s'adressent à des populations plus ciblées, telles que le Jewish Labor Committee, de sensibilité socialiste, ou le Vaad Hatzala, d’obédience orthodoxe ».

« Outre l’aide financière, les organisations juives américaines organisent sur place la distribution des aides, collaborent avec l'UNRRA pour l’assistance aux DPs, et encadrent l’activité d’autres organisations, juives en majorité ».

« Parmi elles, certaines couvrent les besoins généraux des rescapés : aides au logement, alimentaires, vestimentaires, pécuniaires, comme le Comité central des Juifs de Pologne ou le Comité Juif d'Action Sociale et de Reconstruction (COJASOR), en France. D'autres interviennent de manière ciblée comme l’Œuvre de secours aux enfants (OSE) ou l’Organisation Reconstruction Travail (ORT) ».

Fondé en novembre 1944, le SCDI (Service central des déportés Israélites) « est une des premières organisations à penser, dès la libération de la France, à la prise en charge du retour des déportés juifs. La publication des Bulletins du SCDI, dirigée par Jacqueline Mesnil-Amar fournit des informations pratiques, des chroniques juridiques, pour aider les déportés de retour ».

« A ces soutiens essentiels, s'ajoutent celui des Landsmanshaftn, sociétés regroupant les émigrés originaires d’un même lieu, ou celui d’associations politiques ou religieuses de secours mutuel : bundistes, sionistes de différentes tendances, communistes. Toutes offrent de multiples services : caisses de prêt, maisons d'enfants, de retraite, dispensaires médicaux, assistance juridique. Toutes se concentrent aussi sur l’aide à l’enfance, un pari sur l’avenir ».

Cette « vague de solidarité issue du monde juif lui-même, s’est révélée un facteur déterminant dans la reconstruction des communautés juives après la Shoah ».

Retour à la vie
« Le 8 mai 1945, quelque part dans Berlin, a lieu le premier mariage « mixte » depuis les lois de Nuremberg de 1935. Au même moment, on y célèbre au grand jour les premiers offices religieux juifs de l’après-guerre. À Paris, les boutiques de la rue des Rosiers ou les ateliers de Belleville rouvrent progressivement leurs portes. À Varsovie, en revanche, il ne reste plus grand chose de ce qui fut l’un des lieux les plus actifs du judaïsme européen ».

En dépit de « l’effroyable bilan humain, les souffrances endurées, les familles décimées, ceux qui sont restés tentent de retrouver une vie « normale » : la famille, le travail, les études, la prière, la culture, la politique, ou même les loisirs. Cet appétit de vivre, cette forme de revanche contre les persécutions, s’exprime tout particulièrement dans les camps de personnes déplacées".

"Près de 250 000 rescapés juifs se retrouvent à nouveau dans un univers clos, parfois dans d’anciens camps nazis, comme à Bergen-Belsen. Cependant, malgré le caractère provisoire et incertain de leur situation, le désir de reconstruire une vie, de reconstituer des communautés, de préparer un avenir meilleur vers d’autres horizons s’y exprime de manière particulièrement intense. Face à l’antisémitisme de certains autres DPs et suite au rapport du juriste américain Earl G. Harrison, remis au président des États-Unis, Harry Truman, le 24 août 1945, la plupart des Juifs présents dans les zones d’occupation occidentales peuvent, dès la fin de l’été 1945, se regrouper dans des camps qui leur sont spécialement alloués ».

Ils « y refondent une nouvelle vie, se marient et mettent au monde des enfants, impriment avec des moyens de fortune des livres de prières, reconstituent des écoles, se remettent au travail. Au dedans et au dehors des camps, dans la campagne allemande, les jeunes sionistes installent même des kibboutz et des haschara (« préparation » en hébreu), fermes collectives destinées à les initier à leur vie future en « Eretz Israel », la terre d’Israël. Ironie de l’histoire : le pays qui a vu naître le projet de destruction du peuple juif devient dans l’immédiat après-guerre l’un des lieux de sa résurrection ».

Dans La fièvre de l’aube, Peter Gárdos retrace l’histoire d’amour née d’échanges épistolaires, de septembre 1945 à février 1946, entre son père, Miklós, âgé de vingt-cinq ans, rescapé des camps nazis d’extermination et atteint de tuberculose, et Lili Reich, survivante de la Shoah âgée de 18 ans.

Dans sa lettre à Primo Levi en date du 13 mars 1946, Jean Samuel a écrit : « Trois semaines après [la libération, le 11 avril 1945, du camp de Buchenwald où se trouvait J. Samuel], j’étais de retour en France, dans le Midi, je retrouvais ma grand-mère et deux tantes avec leurs petits garçons. Mon grand-père et le deuxième de mes oncles étaient morts 3 mois auparavant, tous les autres n’avaient pas donné de leurs nouvelles. Enfin, un mois plus tard, maman est rentrée après avoir connu, Birkenau, Auschwitz, Ravensbrück, Malchow et une évacuation de 250 km à pied. C’est un vrai miracle qu’elle ait pu s’en sortir. Et voilà le triste bilan de cette déportation ; mon père, mon jeune frère, mes 3 oncles maternels, deux oncles paternels ne sont pas revenus. Je reste le seul homme de ma famille. J’ai heureusement très vite réagi physiquement et surtout moralement, puisque j’ai à présent beaucoup de charges. Dès juillet, je suis revenu en Alsace. Et après 6 mois d’efforts, j’ai pu, le 15 février dernier, rouvrir la pharmacie de mon père après avoir passé en décembre mes deux derniers examens. Je te raconterai un autre jour comment j’ai retrouvé la maison et les difficultés que j’ai rencontrées pour remettre en état la pharmacie. »

Dans son courrier du 31 août 1945, le Président des États-Unis, Harry Truman a demandé au général Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe, de remédier aux conditions de vie des réfugiés juifs dans la zone américaine : « Je sais que vous serez d’accord avec moi pour dire que nous avons une responsabilité particulière envers ces victimes des persécutions et de la tyrannie qui sont dans notre zone. Nous devons afficher clairement aux Allemands notre rejet ferme des politiques nazies de haine et de persécution. Nous n’aurons pas de meilleure opportunité de le faire que dans la manière dont nous nous occuperons des survivants en Allemagne. » (Courtesy of the Truman Library, National Archives and Records Administration, Independence, Missouri)

Rendre justice
« Justice ne fut rendue, dans l’après-guerre, que de manière très partielle et limitée ».

« Un crime resté impuni ». Telle est l’idée qui a prévalu dans les dernières décennies, alors que s’ouvraient des procès tardifs pour crimes contre l’humanité, notamment en France.

« Pourtant, dès la libération des premiers territoires occupés par les nazis, en particulier à l’Est, un certain nombre de responsables de l’extermination des Juifs – gauleiters, commandants, gardes de camps – ont été jugés, condamnés et exécutés. De même, contrairement à un cliché tenace, lors des procès de Nuremberg, la question du génocide a bien été abordée par des bourreaux (Otto Ohlendorf) ou par des victimes (Marie-Claude Vaillant-Couturier). Cependant, rares sont les procédures ou les tribunaux qui traitent de ces crimes de manière prioritaire ou exclusive. Les persécutions et massacres antisémites s’inscrivent ou sont perçus comme entrant dans le cadre d’une politique globale qui visait les populations civiles en général. Il faudra du temps et du recul pour établir cette différence de degré et de nature ».

Des prévenus ont eu intérêt à faire jouer la montre en espérant que l’éloignement temporel des faits incriminés réduirait la perception de leur gravité. En outre, l’installation de la Guerre froide et le besoin des scientifiques allemands ont joué en faveur des anciens nazis et de leurs collaborateurs.

Ainsi, René Bousquet (1909-1993)  à Paris, est un haut fonctionnaire français, secrétaire général de la police (18 avril 1942-31 décembre 1943) du régime de Vichy. Il a organisé la rafle du Vélodrome d'Hiver de juillet 1942, où plus de 13 000 Juifs sont interpellés par la police française et remis aux autorités allemandes nazies d'occupation et déportés, et a dirigé la rafle de Marseille, en janvier 1943. Emprisonné de 1945 à 1948, il parvient à comparaître tardivement, en 1949, devant la Haute Cour de justice qui l’acquitte du chef « d'atteinte aux intérêts de la défense nationale », mais le déclare « convaincu du crime d'indignité nationale ». Condamné à la peine minimale de « cinq ans de dégradation nationale », il en est « immédiatement relevé pour avoir participé de façon active et soutenue à la résistance contre l'occupant ». Il entame une brillante carrière dans la banque et la presse, et soutient les candidatures de François Mitterrand. La publication de l’interview de Louis Darquier de Pellepoix par L'Express en 1978 le remet sur le devant de la scène. Antoine Veil obtient la démission de René Bousquet du conseil d'administration d'UTA (Union de transports aériens) qu’il dirige. Dès 1986, des preuves sur René Bousquet renforcent les possibilités de nouvelles incriminations. Mais, sous la présidence de François Mitterrand, au passé vichyste, et lié à René Bousquet par Jean-Paul Martin, et sous le ministère à la Justice de George Kiejman, l’instruction ouverte en 1989 à la suite de la plainte pour crimes contre l'humanité, dans le cadre du dossier de la déportation de 194 enfants de six départements du Sud de la France, déposée par l'association des Fils et filles de déportés juifs de France de Serge Klarsfeld, la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes et la Ligue des droits de l'homme s’éternise. René Bousquet est tué par Christian Didier, le 8 juin 1993.

« Rendre justice, c’est aussi mettre en place des mécanismes de restitution et de réparation des biens spoliés, du tableau de maître à la simple armoire, de l’appartement de luxe des quartiers huppés de la capitale à la modeste épicerie d’un petit bourg de province. Ce furent même les premières revendications des rescapés, car en dépendait souvent leur survie matérielle. Ce fut aussi la cause du regain d’hostilité antijuive, initiée par tous ceux qui avaient profité des spoliations ». A ce jour, des dossiers d’indemnisation sont encore traités par la CIVS (Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations)… Les montants alloués sont dérisoires.

Enfin, « rendre justice, c’est aussi pointer les complicités, volontaires ou non, de certains Juifs. Elles ont été peu nombreuses mais constituent une tache qu’il faut laver entre soi. C’est le rôle des « jurys d’honneur » mis sur pied dans l’après-guerre en Pologne, en Allemagne, en France par les organisations juives pour apprécier le comportement des dirigeants des « conseils juifs » (au moins ceux qui avaient survécu), de la police juive des ghettos, ou encore des kapos, une page encore peu connue et récemment explorée par les historiens ». Curieusement, ce point ne fait l’objet d’aucun bilan dans l’exposition, alors qu’en 2015 a été publié Jewish Honor Courts, Revenge, Retribution, and Reconciliation in Europe and Israel after the Holocaust, par Laura Jockusch et Gabriel N. Finder.

Première mémoire
« Longtemps a dominé l’idée que les rescapés s’étaient tus au sortir de la guerre, par pudeur, par honte, par crainte de n’être pas entendus. Longtemps a prévalu le mythe d’un « silence » sur la Shoah, d’une occultation du sort singulier réservé aux Juifs, dans le contexte de la reconstruction et de la réconciliation des sociétés européennes ».

Le « constat reste en partie vrai. Pourtant, rien ne caractérise mieux l’immédiat après-guerre que la floraison de témoignages et de récits de toutes sortes sur la persécution. Très tôt, en 1945-1946, des rituels funéraires, des commémorations, des monuments, des mémoriaux voient le jour. Dès les années de guerre, au cœur de la persécution, des intellectuels, des savants, des rabbins avaient organisé la collecte clandestine de traces d’un monde en voie d’extinction, à l’image des archives d’Emanuel Ringelblum, Oyneg Shabes (Joie du Sabbat), au sein du ghetto de Varsovie. D’autres avaient amassé des preuves de la persécution en cours, comme le Centre de documentation juive contemporaine, à Grenoble ».

« À la fin du conflit, se mettent en place partout en Europe des commissions historiques juives, en parallèle aux centres officiels d’études sur la guerre, avec l’ambition d’écrire une histoire précoce de la catastrophe. Nombreuses sont également les initiatives destinées à recueillir des témoignages à chaud, tel le travail pionnier de l’américain David Boder ».

Cette « première mémoire, en complément des récits produits en justice, montre à quel point l’extermination des Juifs a été très vite connue et documentée, même s’il existe une volonté d’occulter les complicités indigènes avec les nazis. Cependant, là encore, l’impulsion est venue d’abord des rescapés eux-mêmes ».

Si « le reste de la société n’a pas été indifférente, notamment en France, la prise de parole s’est faite malgré tout dans une forme d’entre soi et dans un relatif isolement ». On ne saurait mieux dire.

Itinéraires individuels relatés dans l’exposition
L’exposition « retrace aussi les destins individuels de cinq rescapés juifs ayant survécu à des situations très différentes ».

Frida Wattenberg, juive résistante, animatrice à l’OSE, va très vite pendant la guerre participer à la résistance, aider à faire passer les enfants en zone libre, faire de faux papiers. Elle ne sera jamais arrêtée.
Pendant sa cache en Pologne, dans des conditions très dures, Janina Hescheles, enfant cachée, va écrire un journal qui sera publié en 1946. Dans les yeux d’une fille de 12 ans. Un témoignage exceptionnel.

 « Chaïm (Charles) et Yankel (Jacques) Finkelsztajn sont déportés en juin 1943, dans le camp de travail de Sosnowitz, puis de Blechhammer. Libérés de Buchenwald en 1945, ils sont évacués vers la France puis pris en charge par l’OSE et se retrouvent dans plusieurs maisons d’enfants. Rêvant d’aller » en Eretz Israël alors Palestine sous mandat britannique, « ils embarquent le 10 juillet 1947 à bord de l’Exodus. Après dix jours de traversée, le bateau est arraisonné par les Britanniques et remorqué vers le port de Haïfa. Refusant tout débarquement, ils obligent les passagers à repartir. Plus tard, Charles et son frère seront finalement autorisés à se rendre en » Palestine mandataire. « Mais Jacques étant trop jeune pour être mobilisé au sein de la Haganah, Charles décide de rester avec lui en France. Par la suite, tous deux suivront une formation de mécanicien, dans des centres de l’ORT ».

Jacob Slucki est « avant-guerre comptable pour une usine de chaussures et membre du comité Bund de la ville de Wloclawek en Pologne. Il fuit vers l'URSS lors de l'invasion allemande de septembre 1939. Refusant de prendre la nationalité soviétique, Jacob est envoyé dans la ville sibérienne isolée de Minor près de Yakutsk où il rencontre sa future femme Eda Fertig. Sur la route du retour vers la Pologne, Jacob apprend la mort de sa femme et ses deux fils. Il épouse Eda en mai 1946 près de Saratov. De retour en Pologne fin 1946, ils s'installent à Wroclaw en Basse Silésie où Jacob reprend ses activités au comité du Bund, notamment autour des questions liées à la langue yiddish. Décidés à quitter la Pologne suite au pogrom de Kielce, Jacob et Eda obtiennent un visa par le Jewish Labor Committee. Arrivés à Paris en janvier 1948, ils reçoivent de l'aide de la section locale du Bund et du Jewish Labor Committee, ainsi que du COJASOR et de l'HEFUD. Jacob et sa famille obtiennent un visa australien et s'installent à Melbourne en 1950 ».

Marie Jalowicz Simon « est née à Berlin de parents juifs polonais. Elle a vingt ans en Juin 1942 quand elle décide de ne plus porter l'étoile jaune et d'errer sans identité, de place en place, au risque d'être hébergée par des nazis ». Elle « ne parlera qu’à la veille de sa mort. Son fils Heinrich Simon, historien, l’interview à l’hôpital sur 77 cassettes audio. Le livre Clandestine, sera publié après sa mort ». « Dans un récit tendu à l'extrême », Marie Jalowicz Simon « raconte comment elle a échappé jusqu'en juin 1945 aux rafles, aux dénonciations, aux violences, au froid et à la faim. Une plongée inédite dans le Berlin de la guerre et un document historique sans équivalent, legs d'une femme d'exception, d'une lucidité et d'un héroïsme absolus ».


Du 27 janvier au 30 octobre 2016
Au Mémorial de la Shoah 
17, rue Geoffroy l’Asnier. 75004 Paris
Tél : + 33 (0)1 42 77 44 72
Tous les jours, sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h

Visuels :
Affiche
Des survivants polonais descendent d’un train. Nachod, Tchécoslovaquie, 1945. Yad Vashem, photo : Arthur Zegart.

Libération du camp de Dachau par l’Armée américaine, déserté par la plupart de ses gardiens SS. Après la première explosion de joie (photo), il faut d’urgence enterrer les morts, soigner les malades, endiguer l’épidémie de typhus et distribuer de la nourriture à plus de 30 000 survivants. Allemagne, 7 mai 1945. Nara.

Les bras de 2 femmes survivantes déportées de France : Fernande Goetschel (à gauche) et Charlotte Zucker. 1945. Mémorial de la Shoah/coll. Marianne Levy.

Des personnes déplacées attendent, dans une rue de Paris, le départ vers Marseille ou ils embarqueront sur des navires à destination de leur nouvelle demeure en Amérique du Sud ou en Australie. 24 juillet 1947. U.S. Holocaust Memorial Museum, courtesy of National Archives and Records Administration, College Park.

Simon Trampetter découd l’étoile jaune de la veste de son ami Joseph Keller, tous deux réfugiés à Kerkrade en 1939. Pays-Bas, 27 janvier 1945 
United States Holocaust Memorial Museum, National Archives Record Administration.

Un homme et une femme s’embrassent dans un camp de DPs à Bergen-Belsen. Allemagne, 20 février 1949. Joint


Homme et bébé dans un camion en route vers un camp de DP. Vienne, 1946. Joint, photographe : Wolf Schaerf.

Une bénévole du Joint dit au revoir à une enfant quittant le camp DP de Bergen-Belsen. Bergen-Belsen, circa 1948. Joint.

Des personnes déplacées attendent, dans une rue de Paris, le départ vers Marseille ou ils embarqueront sur des navires à destination de leur nouvelle demeure en Amérique du Sud ou en Australie. Paris, 24 juillet 1947. U.S. Holocaust Memorial Museum, courtesy of National Archives and Records Administration, College Park.

Joseph Bosak dans le cimetière de Plashov. Pologne 1945-1946. Collection Elyakim Bossak.

Groupe d'enfants jouant dans le jardin de la maison d'enfants de la CCE, Tarnos (Seine-Saint-Denis). France, 1945-1946, Mémorial de la Shoah/M.J.P/Coll. Jeanne List Pakin.

Rédactions réalisées par des enfants inscrits dans un patronage juif de la place des Vosges, 1945. Mémorial de la Shoah/coll. Anéa Averbouh.

Cours de cordonnerie organisé par l'ORT dans le centre d'hébergement pour réfugié juifs à Hénonville. France, après-guerre. ORT-France

Jeunes hommes et jeunes femmes dansant sur la terrasse d'une maison d'enfants à Moissac (Tarn-et-Garonne). France, après-guerre. Mémorial de la Shoah/les films de l'équinoxe-fonds photographique Denise Bellon.

Réouverture après la guerre de la cordonnerie de M. Vexelmans situé rue des Montiboeufs à Paris, 20e arrondissement. France, 1946. Mémorial de la Shoah/Fonds M.J.P./Dahlia.

Réfugiés dans un bus de l’American Jewish Joint Distribution Committee les emmenant à Marseille, avant l’embarquement pour l’Amérique du Sud et l’Australie. Joint, photographe : Al Taylor.

Deux jeunes enfants vivant dans le camp de DPs Neu Freimann recevant de nouveaux vêtements. Joint.

Clara et Ruben Kreuton, dans un camp de Personnes Déplacées (DPs) pour les réfugiés. La boite à gauche indique l’assistance du Joint. Salzbourg, Autriche, circa 1947. Joint.

La police juive du camp de DPs de Zeilsheim arrête un kapo qui vient d’être reconnu dans une des rues du camp. Allemagne, 1945-1948. United States Holocaust Memorial Museum, courtesy of Alice Lev, photographe : E.M. Robinson.

Pinkus Chmielnicki, déporté juif de France par le convoi numéro 3, kapo au camp de Birkenau (Pologne), lors de son procès devant le tribunal militaire de la caserne de Reuilly à Paris XII. France, 29 mars 1950. Mémorial de la Shoah.

Des DPs juifs participant à une cérémonie commémorative au camp de concentration de Buchenwald. Le petit garçon en tenue de déporté pourrait être Joseph Schleifstein. Allemagne, circa 1946. U.S. Holocaust Memorial Museum.

Inscriptions commémoratives à la mémoire de personnes décédées sur une fosse commune du camp de Vaihingen. Allemagne, 1945. Mémorial de la Shoah.

Premières commémorations du camp de Drancy. France. Mémorial de la Shoah.

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Les citations sur l'exposition proviennent du Mémorial de la Shoah. Cet article a été publié le 28 octobre 2016.

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