lundi 25 janvier 2016

L'enfance de... Boris Cyrulnik


« Conçu un soir de revendication sociale lors du Front populaire », Boris Cyrulnik  est un enfant caché sous l’Occupation. Orphelin encore enfant, il est élevé par sa tante maternelle Dora. Ce lycéen brillant se passionne pour Jean-Henri Fabre et l’éthologie. Il nourrit d’abord une « vocation de maître-nageur sauveteur ou danseur de tango argentin ». Il étudie la médecine, la neurochirurgie, la neurologie, l’électroencéphalographie, la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse. Il s’insurge contre une culture condamnant une victime à le rester le déterminisme expliquant la souffrance éternelle d’un être humain. Il familiarise le grand public avec la « résilience », un terme de physique, pour qualifier le processus, l’aptitude à reprendre vie après un traumatisme. Le 22 juin 2016, de 20 h à 22 h, Boris Cyrulnik sera l'invité de la conférence-débat du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives françaises).

L'enfance de... Boris Cyrulnik
Le destin d’Anne Frank : Une histoire d’aujourd’hui
« Destins d’enfants juifs et de leurs sauveurs » de Kirsten Esch
« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal

Au cœur du génocide. Les enfants dans la Shoah 1933-1945
C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris
« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot
« Carnets de mémoire Enfances cachées 39-45 », par Michèle Rotman


Exil. « Mon père, ébéniste, était ukrainien, et ma mère polonaise... Forçant la porte du domicile de ma famille paternelle, des cosaques y ont jeté une grenade. Le frère de mon père, ingénieur, l’a rejetée vers eux. Blessé à la main, il a fui les représailles en se fixant à Bordeaux. Mes parents l’y ont rejoint après leur mariage à Paris en 1936 ».

Des parents déportés. « Mon père s’est engagé en 1939 dans la Légion étrangère. Blessé à Soissons, il a été arrêté sur son lit d’hôpital et a disparu à Auschwitz. J’ai sa médaille militaire. Ma mère m’a confié à l’Assistance publique la veille de son arrestation. Elle était dans une pauvreté immense ».

Un enfant caché. « J’avais un faux nom, Jean (La)Barde. Marguerite Farge, une institutrice avec laquelle mes parents avaient sympathisé, est venue me chercher à l’AP pour me cacher. J’étais traqué. Arrêté, je me suis évadé de la synagogue de Bordeaux avant mon transfert à Drancy. Ma mère avait confié un sac de bijoux à Marguerite Farge. Celle-ci me l’a remis le jour de mon mariage. Marguerite Farge a reçu la médaille de Juste parmi les nations en 1997 ».

L’après-guerre. « La fin de la guerre n’a pas marqué la fin des problèmes. Le chaos a continué. J’ai du être psychologiquement hébété. Tout le monde était traumatisé. Personne ne parlait. Pendant deux ans, j’ai fait l’aller et retour entre Bordeaux et Paris. Puis, j’ai été confié à une sœur de ma mère, Dora Szmulewicz, qui était très jeune, seule. Elle m’a accueilli, élevé à Paris. Elle m’a donné la chaleur affective dont j’avais été privé pendant la guerre. Elle était très jeune, seule. Quand elle s’est mariée, elle est devenue commerçante foraine. Son mari et elle étaient des Juifs presque laïcs. Nous observions quelques rites juifs. Pour ma tante, le judaïsme favorisait des rencontres affectives et amicales ».

Addendum
Le Mémorial de la Shoah a présenté le 26 juin 2014 le livre collectif Qui sont les enfants cachés ? Penser avec les grands témoins (Editions Odile Jacob) sous la direction de Nathalie Zajde avec notamment la contribution de Boris Cyrulnik.
Ouvert à Béziers le 31 janvier 2014 à l'initiative du neuropsychiatre Boris Cyrulnik, le deuxième Institut de la Petite enfance (IPE) de France, établissement de formation, de ce praticien sera fermé "pour incompatibilité avec une mairie Front National". Elu au printemps 2014, le nouveau maire de Béziers est le journaliste Robert Ménard.
Le 10 mai 2015, Boris Cyrulnik évoqua le concept de résilience dans Le Jour du Seigneur, sur France 2 : "Le Jour du Seigneur s’associe aux commémorations de la fin de la Seconde guerre mondiale en recevant le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Enfant juif, il échappe à 6 ans à une rafle de la Gestapo. Le drame de la guerre le conduit à choisir la psychiatrie, pour comprendre l’autre. « Comment se remettre à vivre le moins mal possible après un traumatisme psychique ? » Telle est la définition que Boris Cyrulnik donne de la résilience, processus identifié par une psychologue américaine qu’il est le premier à avoir développé et vulgarisé en France".
Le 25 janvier 2016 à 17 h 30, à l'Université de Tel Aviv, Boris Cyrulnik, célèbre psychiatre français, théoricien de la résilience (renaître de sa souffrance), présenta la conférence La transmission du trauma. "Ce n’est pas le trauma qui se transmet, c’est la manière d’y réagir. Quand les parents parlent de l’horreur , ils transmettent l’horreur. Le seul moyen d’éviter ces transmissions, c’est de chercher à comprendre, ce qui transmet alors une réaction constructive. L’art, le cinéma, les essais philosophiques ou  psychologiques transmettent en même temps l’horreur  et le moyen de la surmonter".


Repères biographiques

1937
Il naît à Bordeaux.
1939-1944
Ses parents sont déportés. Confié à l’Assistance publique, Boris Cyrulnik échappe à Drancy, sauvé par Marguerite Farge. Ses parents sont tués dans les camps nazis. 
1951
Elevé par sa tante, ce lycéen brillant découvre Jean-Henri Fabre et l’éthologie.
Années 1970
Ce médecin participe à la création du 1er cercle d’éthologie humaine.
1982
Il est l’auteur de Mémoires de singe et paroles d'homme (Seuil).
1989
Il publie Sous le signe du lien (Hachette).
1999
Il est l’auteur de Un merveilleux malheur (Odile Jacob).
2001
Il publie Les Vilains petits canards (Odile Jacob), son best-seller
2007
Il écrit Parler d’amour au bord du gouffre (Odile Jacob).
2010
Il publie Je me souviens… (Editions Feryane)
2012
Il est l’auteur de Sauve-toi la vie t'appelle (Odile Jacob).

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Cet article a été publié en 2007 par Osmose, et sur ce blog le :
- 24 juin et 7 octobre 2014 et 6 mai 2015, 25 janvier 2016. 

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