Citations

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dimanche 25 octobre 2015

« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal


France 2 diffusa Une enfance volée : l'affaire Finaly, téléfilm de Fabrice Genestal (2008) avec Charlotte de Turckheim et Pierre Cassignard. L’histoire de Robert et Gérald Finaly, deux enfants juifs cachés pendant l’Occupation par un réseau catholique dont est membre Mlle Antoinette Brun. A la libération, et pendant des années, Mme Brun refusa de rendre à la famille Finaly ces enfants Juifs devenus orphelins par la Shoah (Holocaust), et qu’elle fit baptiser. Une histoire médiatisée qui suscita une vive polémique notamment en France et se dénoua en 1953 par la remise de ces deux frères à leur famille vivant en Israël. Toute l'Histoire diffusera le 26 octobre 2015 L'extravagante histoire des enfants Finaly : "Le 28 juin 1953, deux enfants de 11 et 12 ans rentrent en France après avoir traversé la frontière espagnole. Ils se nomment Robert et Gérald Finaly. Leur retour met fin à une affaire qui a déchiré l'opinion publique et a menacé les relations entre l'Eglise et la communauté juive. Une affaire qui a tenu en haleine la France des années 50".

L'enfance de... Boris Cyrulnik
Le destin d’Anne Frank : Une histoire d’aujourd’hui
« Destins d’enfants juifs et de leurs sauveurs » de Kirsten Esch
« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal
Au cœur du génocide. Les enfants dans la Shoah 1933-1945
C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris
« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot
« Carnets de mémoire Enfances cachées 39-45 », par Michèle Rotman


« L’enfer est pavé de bon sentiments », résumait l’actrice Charlotte de Turckeim lors du déjeuner de presse organisé le 3 novembre 2008 au siège de France 2. Méconnaissable, elle campe une Mlle Brun manipulatrice qui, sanglée dans ses convictions, refusa continument de respecter le droit et la famille des enfants orphelins.

Et ainsi, elle provoqua l'affaire Finaly (1945-1953) divisa « la France entre cléricaux et anticléricaux, sionistes et antisionistes, tenants du respect des lois républicaines contre partisans du droit canon ».

Catherine Poujol, qui a eu accès à des documents inédits, a coécrit deux livres qui présentent des éclairages intéressants et originaux sur cette affaire : un ouvrage dense, l’autre une bande dessinée (BD) au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant.

1938, 30 août : mariage du Dr Fritz Finaly, chef de clinique à Vienne, et d’Anni Schwarz à Vienne (Autriche). Un oncle de ses oncles est le fondateur de la banque de Paris et des Pays-Bas.

1939, avril : le couple, ayant fui l’Autriche après l’Anschluss, s’installe à Paris.

1941, 14 avril : naissance de Robert Finaly, déclaré comme Français et qui sera circoncis.

1942, 3 juillet : naissance de Gérald Finaly, Autrichien comme ses parents, et qui sera circoncis.

1944, 10 février : craignant d’être arrêtés par la Gestapo, les parents Finaly confient leurs deux fils, et leurs affaires (bijoux, reçu de la Creditanstalt à Zurich, Leica) à la pouponnière Saint-Vincent à Grenoble.

14 février : Fritz et Annie Finaly sont arrêtés, déportés le 7 mars de Drancy à Auschwitz dans le convoi n° 69. Leurs enfants sont cachés quelques jours au couvent Notre-Dame-de-Sion (1), puis recueillis par Mlle Antoinette Brun, résistante et directrice de la crèche municipale de Grenoble, au château de Vif où ils où ils restent jusqu’en 1952.

1945, 2 février : Mme Fischl, leur tante de Nouvelle-Zélande, tentent d’obtenir leur retour dans leur famille. Elle se heurte au refus de Mlle Bru.

12 novembre : Mlle Brun se fait nommer tutrice provisoire lors du 1er conseil de famille.

1948 : En Israël, Edwige Rosner, une tante de Robert et Gérald Finaly, reprend l’action initiée par Mme Fischl. Elle sollicite l’aide de Moïse Keller, chef d’entreprise grenoblois.

28 mars : Mlle Brun fait baptiser les deux enfants alors que nul danger ne les menace. Ce qui contrevient notamment à la volonté des parents et des préceptes de l’Eglise.

1949, janvier : la famille des enfants Finaly demande à Moïse Keller de la représenter en justice afin de les récupérer.

1952, 11 juin : une ordonnance du tribunal ordonne à Mlle Brun de rendre les enfants à leur famille. Mlle Brun interjette appel, et perd son procès. Elle se pourvoit en cassation le 15 juillet.

décembre : Moïse Keller sollicite l’aide de Wladimir Rabinovitch, dit « Rabi », juge et journaliste.

1952-1953 : Mlle Brun sollicite l’aide de la mère supérieure de Notre-Dame-de-Sion, Mère Antonine, qui contacte le cardinal Gerlier à l’archevêché de Lyon. Pendant ce temps, Les enfants sont cachés dans plusieurs lieux en France et enlevés en février pour être emmenés dans le Pays basque espagnol. La campagne de presse et les actions des organisations juives s’intensifient.

1953, janvier : Me Garçon, avocat de Moïse Keller, stigmatise le fanatisme religieux de Mlle Brun.

8 janvier : Mgr Gerlier (2) évoque l’affaire lors de son entrevue avec le pape Pie XII. Celui-ci déclare : « On n’aurait pas du baptiser ainsi ces enfants ! C’est contre les prescriptions du Code. Il peut se faire que, dans le cas présent, l’affaire se présente de façon spéciale qui permettrait une autre attitude ».

5 février : Mère Antonine est arrêtée, accusée de complicité d’enlèvement sur les deux enfants Finaly.

Le grand rabbin de France Jacob Kaplan rencontre à Lyon Mgr Gerlier.
6 mars : Induit par l’accord secret entre le grand rabbin Kaplan et Mgr Gerlier, l’accord entre la famille des enfants Finaly et le père Chaillet, un jésuite représentant Mgr Gerlier et qui dirigeait sous l’Occupation un réseau L’amitié chrétienne protégé alors par le cardinal, est signé. Il contient quatre points, notamment la restitution des enfants Finaly à leur famille en Israël et le retrait des plaintes contre tous les religieux. Le père Chaillet dirigeait après guerre le COSOR qui accueillait 35 000 orphelins dont la moitié était juifs.

Fin mars : ne parvenant pas à localiser les enfants Finaly, Mgr Gerlier demande à Germaine Ribière, résistante de l’Amitié chrétienne , de les retrouver au Pays basque, et au père Chaillet d’enquêter à Madrid.

Le Vatican décide de résoudre directement cette affaire en la confiant au cardinal Montini, sous-secrétaire d’Etat au Vatican (2e personnage du Vatican après le Pape) et futur pape Paul VI.

Juin, 5 : le grand rabbin Kaplan dénonce l’accord du 6 mars.

le général Francisco Franco, chef de l’Etat espagnol, propose à la France de rendre les enfants Finaly, dont il ignore la cache, contre l’extradition de quatre républicains basques en exil à Tarbes. Georges Bidault, ancien résistant et ministre français des Affaires étrangères, ne cède pas au coup de bluff du caudillo.

11 juin : à Lyon, Germaine Ribière informe Mgr Gerlier que les enfants Finaly sont détenus par des basques, en particulier par des prêtres.

20 juin : l’abbé Emile Laxague écrit à Germaine Ribière que « le retour des enfants Finaly est la seule solution actuellement justifiable ».

23 juin : la Cour de cassation a rejeté le pourvoir de Mlle Brun et confirmé que les enfants Finaly doivent être confiés à leur tante et tutrice Edwige Rosner.

25 juin : Robert et Gérald Finaly sont conduits au consulat de France à San Sebastian. De là, Germaine Ribière les ramènera en France, dans la propriété d’André Weil, dans l’Oise, où ils rencontrent leur tante paternelle. André Weil était trésorier du COSOR.

Mlle Brun écrit à Vincent Auriol.

18 juillet : Mme Rosner retire sa plainte.

25 juillet : les enfants Finaly accompagnés de leur tante prennent l’avion pour Israël.

Août : au kibboutz de Neve Ilan, ils apprennent l’hébreu et le judaïsme.

1955, 7 juin : non-lieu général dans l’affaire Finaly.

Robert Finaly est chirurgien pour enfants à l’hôpital de Beer-Sheva. Gérald Finaly est devenu officier de l’armée israélienne.

Des passions non apaisées
Servi par une interprétation remarquable et une reconstitution scrupuleuse, le film télévisuel est inspiré des travaux de l’historienne Catherine Poujol qui a eu accès à des documents inédits.

Dans le téléfilm de Fabrice Génestal, par souci de simplification narrative, des personnages ont disparu, tel Guy Brun, enfant juif recueilli et adopté par Mlle Brun, des faits ont été passés sous silence ou minorés. Un souci partagé par les auteurs de la bande dessinée sur l’affaire Finaly. Une BD au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant.

Cette œuvre met en relief le mystère et l’ambigüité de Mlle Brun.

Certes, Mlle Brun a pris des risques sous l’Occupation pour sauver des enfants juifs.
Engoncée dans sa vision du catholicisme, persuadée d’agir pour le bien des enfants Finaly – baptême, éloignement de leur famille et d’Israël dépeint négativement par elle -, elle s’obstine dans sa voie, au mépris de préceptes de sa religion et du droit, des mobilisations d’organisations juives et de personnalités dans le monde.

Rouée, non exempte de préjugé antisémite et peut-être dotée d’une certaine perversité, Mlle Brun instrumentalise des dignitaires catholiques, attire l’église catholique dans son combat. Elle apitoie même un juge qui déroge au principe de neutralité indissociable de sa fonction !

Consciente du pouvoir des médias, elle mobilise l’opinion publique en posant en mère attentive de deux garçons qu’elle rencontre à quelques reprises annuelles.

Elle se révèle indifférente aux souffrances qu’elle inflige, par son comportement obtus, aux enfants Finaly, à Moïse Keller et à leur famille.

Le 19 octobre 2008, lors des projections de films au Mémorial de la Shoah (Paris), Guy Brun et les enfants de Moïse Keller ont exprimé leurs souffrances. Guy Brun a évoqué, selon des témoins, une Mlle Brun non désintéressée.

Quant à la famille de Moïse Keller, elle a subi les contrecoups de cette affaire : le courroux et la haine connotant les passions, l’absence du père qui a assumé longtemps et seul ce combat contre des institutions publiques et privées, laïques et catholiques, et l’entreprise familiale qui a périclité. Moïse Keller et sa famille ont fait leur aliyah, puis sont retournés en France.

Si l’affaire a cristallisé autant de passions, c’est qu’elle conjuguait des facteurs sensibles et majeurs : la priorité particulière accordée par les juifs aux enfants et à la transmission de l’identité juive ; les difficultés de certaines familles juives à récupérer leurs enfants cachés chez des chrétiens ; la prégnance de préjugés antisémites dans la France de l’après-guerre. Et la motivation du sauvetage des enfants juifs par des catholiques ; la sincérité et les aléas du dialogue entre juifs et catholiques ; la reconnaissance nécessaire par les catholiques de l’altérité juive, source d’interrogations essentielles. Last not least, l’état d’une communauté juive blessée dans son attachement à la France, persécutée sous le régime de Vichy et décimée, notamment ses plus jeunes membres, par la Shoah ; le sort des enfants cachés (3) et le destin des enfants juifs, que nul n’est venu rechercher – enfants orphelins, parentèles assassinées dans les camps nazis - et qui ont grandi dans l’ignorance de leur origine juive.


(1) Madeleine Comte :
Sauvetages et baptêmes, Les religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persécution des Juifs en France (1940-1944). Préface d'Etienne Fouilloux. L’Harmattan, 2001. 224 pages. ISBN : 2-7475-1190-1
Texte de la conférence pour l'Amitié judéo-chrétienne de Lyon, 25 septembre 2008, à Lyon : http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/34/78/64/Documents-textes/affaire-Finaly-Chronologie.pdf

(2) Le titre de Juste parmi les Justes sera décerné à Mgr Gerlier et Germaine Ribière le 15 juillet 1980.

(3) Paroles d’étoiles, mémoires d'enfants cachés, 1939-1945. D’après les ouvrages originaux de Jean-Pierre Guéno, scénario et adaptation de Serge Le Tendre, un album conçu et coordonné par Jean Wacquet. Soleil Productions, 2008. 96 pages. ISBN : 9782302003569.
Michèle Rotman, Carnets de mémoire. Ramsay, 2005. ISBN : 9782841147328

Catherine Poujol, avec la participation de Chantal Thoinet, Les enfants cachés, l’affaire Finaly (1945-1953). Berg International Editeurs, 2006. 319 pages. ISBN : 978-2911289866
Fabien Lacaf, Catherine Poujol, Les enfants cachés, l’affaire Finaly. Berg International éditeurs, coll. IceBerg, 2007. 48 pages. ISBN : 978-2911289934.

Une enfance volée : l’affaire Finaly
Réalisé par Fabrice Génestal
Scénario, adaptation et dialogues de Philippe Bernard, en collaboration avec l’historienne Catherine Poujol
Produit par Elizabeth Arnac pour Lizland Films.
Sur France 2 :
- le vendredi 9 décembre 2011
- le mardi 25 novembre 2008

Documentaire L’affaire Finaly de David Korn-Brzoza

La WIZO (Organisation féminine internationale sioniste) francophone de Jérusalem a organisé un repas suivi de la conférence du Dr Robert Finaly sur L’affaire Finaly, 60 ans après. Cette conférence de Robert Finaly à la WIZO (Women`s International Zionist`s Organization) francophone de Jérusalem (Israël) a lieu le lundi 7 février 2011 à 12 h 30 : 1 rue Mapou


Articles sur ce blog concernant :Affaire al-Dura/Israël
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié par Guysen en 2008, sur ce blog le 6 février 2011 et le /
- 14 mai 2012 à l'approche de la diffusion ce 14 mai 2012, à 23 h 05, sur France 3, du documentaire L'affaire Finaly réalisé par David Korn-Brzoza .
- 30 MAI 2013 alors que les PUF publient L'Eglise de France et les enfants Juifs, de Catherine Pujol.
Il a été modifié le 2 décembre 2011.

1 commentaire:

  1. MERCI POUR CET ARTICLE ... j'ignorai ces faits historiques .

    Christine.

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