samedi 15 juillet 2017

Entre compassion pour les Juifs raflés et condamnation de l’antisémitisme contemporain


Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs sont arrêtés à Paris par la police française, dans la zone occupée par les Allemands nazis. Cette rafle dite du Vél d'Hiv vise aussi les Juifs vivant dans la banlieue parisienne. 1129 hommes, 2916 femmes et 4115 enfants sont enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver ou Vél d'Hiv. Les couples sans enfants et les célibataires (1989 hommes et 3003 femmes) sont internés au camp de DrancyDu 19 au 22 juillet, les familles juives du Vél’ d’Hiv’ sont transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Adultes et adolescents sont déportés en premier. Brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants juifs en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse et douloureuse détresse. Ils sont transférés à Drancy puis déportés entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu". Le 21 juillet 2002, a été commémoré à Paris le 60e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv les 16-17 juillet 1942. Le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a rappelé la responsabilité de l’Etat français dans l’exclusion, l’arrestation, l’internement et la déportation des Juifs de France. Comme les responsables d’institutions juives, il a condamné fermement les agressions antisémites. Avant d’annoncer la prise de mesures pour les faire cesser. Le 16 juillet 2017 a eu lieu la cérémonie du 70e anniversaire de cette rafle.
« Il y a soixante ans, à Paris, des hommes mais aussi des enfants, des femmes, des vieillards, des malades étaient pourchassés, arrêtés puis rassemblés pour être déportés. Les rafles de juillet 1942 n’étaient hélas pas les premières. Mais elles marquaient par leur ampleur et leur nature un changement profond, une aggravation dans la tragédie incommensurable vécue par les juifs. Quelques mois auparavant, en janvier, les nazis avaient décidé à Wannsee de déporter tous les Juifs d’Europe. L’Etat français, en organisant ces rafles systématiques, s’enfonçait dans la collaboration et trahissait les principes fondateurs de notre nation. Oui, le Vel’ d’Hiv, Drancy, Compiègne et tous les camps de transit, ces antichambres de la mort, ont été organisés, gérés, gardés par des Français », a déclaré M. Raffarin devant Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, Hamlaoui Mekachera, Secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, S.E. Elie Barnavi, ambassadeur d’Israël, les Grands Rabbins René-Samuel Sirat et David Messas, Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Bertrand Delanoë, Maire de Paris, bien d’autres personnalités et près de 2 000 anonymes.

En rappelant la responsabilité de « l’Etat français » dans ces rafles, M. Raffarin a infléchi la ligne initiée le 16 juillet 1995 par le président Jacques Chirac affirmant que « la France accomplissait l’irréparable », et nuancée deux ans plus tard par Lionel Jospin, alors premier ministre, n’employant pas le vocable « France ».

« Après deux ans de mise à l’écart pendant lesquels les Juifs ont été transformés en gibiers, les 16-17 juillet 2002, 13 152 Juifs, dont 4 115 enfants, furent raflés dans Paris et sa banlieue. Ils ont été avilis dans des conditions de promiscuité et d’hygiène honteuses, puis livrés à l’ennemi dans des wagons à bestiaux et assassinés dans des chambres à gaz ou des fours crématoires », avait rappelé peu auparavant Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), stigmatisant l’indifférence de ceux qui n’ont « rien dit ni rien fait ».

Vint ensuite l’hommage à un autre visage de la France : ces Justes parmi les nations, de tous horizons, ceux qui ont aidé les Juifs au péril de leur vie et « montré la voie de la dignité, en prenant le contre-pieds du comportement des grands corps de l’Etat ».

Une gratitude d’autant plus vibrante quand elle est exprimée par M. Cukierman, un ancien enfant caché par « les bonnes sœurs ».

« Au matin du 16 juillet 1942, j’ai vu des femmes non juives verser des larmes en regardant les bus qui transportaient leurs cargaisons tragiques », se souvint Henri Bulawko, président de l’Amicale d’Auschwitz. Avant de stigmatiser l’antisémitisme qui resurgit en Europe et de s’inquiéter de la « situation dramatique en Israël ».

Une inquiétante diffusion des slogans antisémites
« Pour éviter que cette histoire tragique ne se répète, il faut convaincre que les identités plurielles peuvent se conjuguer avec la République. Les agressions anti-juives témoignent d’une transposition inadmissible du conflit israélo-palestinien », a estimé M. Cukierman qui a déploré « le fanatisme religieux et les actes terroristes ».

En écho, M. Raffarin a fermement condamné les violences contre la communauté Juive, assimilées à des « agressions contre la France, les valeurs de notre République qui ne peuvent laisser aucune place à l’antisémitisme, au racisme, à la xénophobie ».

Avant d’annoncer que « le Chef de l’Etat [Nda : alors Jacques Chirac] et le gouvernement ont pris et prendront toutes les mesures nécessaires pour que cessent ces agressions qui insultent notre pays et poursuivront sans relâche leurs auteurs afin qu’ils soient punis ».

En faisant remonter cette série d’actes anti-juifs à « quelques mois », alors qu’ils perdurent depuis près de deux ans, M. Raffarin a occulté le long silence de Jacques Chirac.

Pour nécessaire qu’elle soit, cette condamnation des actes contre cette communauté, « ses membres, ses lieux de culte, ses biens, ses symboles » élude aussi trois faits : leur absence de sanctions dans le Code pénal, les surprenantes décisions récentes de magistrats relaxant des personnalités assignées pour avoir proféré des propos antisémites ou avoir incité à la haine raciale, ainsi que les menaces de boycott de sociétés contrôlées par des Juifs, de scientifiques et de produits israéliens.

A l’issue de cette cérémonie rythmée par la lecture d’un poème de Primo Levi et divers chants par le ministre-officiant Adolphe Attia et Talila, certains égrenaient leurs souvenirs. « Mon père, Wolf Slucki, était chanteur à la synagogue rue des Tournelles, l’une des plus anciennes de la capitale. Engagé volontaire en 1939, il s’est rendu à la caserne de Reuilly-Diderot sans valise, sans vêtement le 14 mai 1941. Il a été interné au camp de Pithiviers. Dans sa dernière lettre du 16 juin 1942, il annonçait à ma mère et à moi qu’il allait partir et nous demandait d’être courageuses. Il est mort en déportation. Nous avons reçu son acte de décès en 1949. Mon père savait-il ce qui l’attendait ? Maintenant cela ne sert à rien de connaître la réponse à cette question, mais j’ai besoin de savoir », s’inquiète sa fille Djinn Slucki, une ancienne enfant cachée et dont une partie de la famille maternelle a été arrêtée à Nice sur dénonciation.

Hommages
Diverses initiatives ont marqué ce triste anniversaire.


Le 16 juillet 2002, en présence d’édiles parisiens, une plaque commémorative a été apposée par l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France au 5-7, rue Jacques Louvel-Tessier, anciennement rue Corbeau (Paris, 10e). Là, « 36 enfants et leurs familles ont été arrêtés par la police de Vichy pendant l’occupation allemande, déportés par les Nazis et assassinés à Auschwitz parce qu’ils étaient juifs ». Parmi eux, la benjamine des enfants, Charlotte Kamer, avait 2 ans et l’aîné, Henri Narwa, 17 ans.

L’ABSI Keren-Or et le Maccabi de Paris ont parrainé le marathon de la Mémoire : des adolescents ont rallié le 21 juillet 2002 en fin de matinée le square de la place des Martyrs Juifs du Vélodrome d’Hiver (Paris, 15e) en partant du Martyr Juif Inconnu (Paris, 4e).

La Mairie de Paris a édité un livret didactique sur La rafle du Vélodrome d’Hiver qui sera diffusé dès septembre 2002 dans les classes de Terminales des lycées parisiens, aux associations de déportés, etc.

Le Consistoire Central de France (CCF)-Union des communautés juives de France et les Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF) ont réalisé une affiche titrée « La Rafle du Vel d’Hiv : 4 000 enfants juifs arrêtés à Paris, déportés et exterminés à Auschwitz. Dimanche 21 juillet 2002, journée Nationale à la Mémoire des victimes de crimes racistes et antisémites - 76 000 juifs déportés de France et assassinés entre 1942 et 1945 - la France dit non à l’antisémitisme » et mentionnant l’exposition itinérante « Les 11 000 enfants juifs déportés de France ».

Sur proposition du CCF et de la FFDJF, la RATP, responsable des transports en commun à Paris et dans la proche banlieue, a placé cette affiche de format A4 dans ses bus du 16 au 21 juillet 2002. Si la mise en place y a été faite progressivement la première journée, aucune affiche n’a été placardée dans les stations du métro. Ce qui a réduit le nombre de voyageurs sensibilisés. Et ce qui a celé un pan d’histoire : sous le régime de Vichy, un wagon des rames de métro était réservé aux Juifs. Un acte d’exclusion parmi d’autres...

Le  19 juillet 2014 a lieu le 73e anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv. RCJ n'a pas diffusé en direct la cérémonie : elle préfère rediffuser l'interview d’Agnès Soral. 


"Dans le cadre de la "Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France", une cérémonie s'est tenue dimanche 17 juillet 2016 au monument commémoratif de la rafle du Vél’ d’Hiv’, quai de Grenelle à Paris. D’autres commémorations ont été également organisées partout en France. Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs sont arrêtés par la police française. 1129 hommes, 2916 femmes et 4115 enfants sont enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver. Les couples sans enfants et les célibataires (1989 hommes et 3003 femmes) sont internés au camp de DrancyDu 19 au 22 juillet, les familles du Vél’ d’Hiv’ sont transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Adultes et adolescents sont déportés en premier. Brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse détresse. Ils sont transférés à Drancy puis déportés entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu". Sur la fréquence juive francilienne, Serge Klarsfeld a déclaré que cette rafle était un "attentat terroriste". Aucun des médias nationaux importants n'a publié d'article sur Internet concernant cette cérémonie.

Maurice Rajsfus, La rafle du Vel d’Hiv. PUF, Que sais-je ? N° 3 606. 128 pages
Adam Rayski, Il y a soixante ans, la rafle du Vélodrome d’Hiver. Mairie de Paris, 2002. 79 pages
Annette Zaidman, Mémoire d’une enfance volée (1938-1948). Ramsay, 244 p
Lettres de Drancy. Introduction de Denis Peschanski. Tallandier, 287 pages
Le Comité français pour Yad Vashem instruit les dossiers concernant les Justes parmi les nations. 64, avenue Marceau, 75008 Paris. Tél. : 01 47 20 99 57. www.yadvashem.org

Les photographies sont postérieures à 2002.

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié par Guysen. en juillet 2002 et sur ce blog le :
- 16 juillet 2012 pour le 70e anniversaire de la rafle du Vél d'Hiv ;
21 juillet 2013 alors que vient de se dérouler la cérémonie, présidée par Kader Arif, ministre délégué auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants, marquant la Journée nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux « Justes » de France. Les radios de la fréquence Juive ont préféré ne diffuser qu'un très bref extrait du discours prononcé par ce ministre, et RCJ, radio du FSJU sur la fréquence juive en Ile-de-France, diffuse actuellement de la variété israélienne. Radio diffuse actuellement des interviews de personnalités présentes à cette cérémonie ;
- 20 juillet 2014 et 19 juillet 2015, 17 juillet 2016.

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