dimanche 16 juillet 2017

La rafle du Vélodrome d’hiver. Les Archives de la police


La Mairie du IIIe arrondissement de Paris a présenté l’exposition éponyme accompagné d'un livret. Des documents uniques et inédits de la Préfecture de Police (PP) de Paris révèlent le processus policier ayant abouti à la « rafle du Vél d’Hiv » (16 et 17 juillet 1942) sous l’égide du régime de Vichy et la dure vie lors de l’Occupation allemande nazie en France. Plus de 8 000 Juifs ont été « parqués » dans ce haut lieu sportif populaire et au camp de transit et d’internement de Drancy, avant d’être déportés vers le camp nazi d’AuschwitzLe 16 juillet 2017 aura lieu la cérémonie du 70e anniversaire de cette rafle.


« Quelque chose se prépare, quelque chose qui sera une tragédie. La tragédie, peut-être » (Hélène Berr, Journal, mercredi 15 juillet 1942, 23 heures).


Organisée par l’association Histoire et Mémoire du 3e arrondissement et la Mairie du IIIe – un arrondissement avec une population Juive numériquement importante et exerçant souvent des métiers modestes (artisans, confection) sous l’Occupation -, en partenariat avec la Préfecture de Police, cette exposition présente pour la première fois « des pièces uniques afférentes à cet arrondissement durant cette période sombre : registres analytiques de mains-courantes, relevés du recensement de la population juive effectué en octobre 1940, listes d'émargement établies lors de la remise de l’étoile jaune, en juin 1942, comptabilité des biens appartenant » aux Juifs menés au camp de Drancy », liste des Juifs arrêtés, circulaire n°173-42 du 13 juillet 1942 (neuf pages) surmontée du mot « Secret » et sur la préparation minutieuse de la Rafle du Vel d’hiv, notes des Renseignements généraux (RG) sur l’opinion publique…

Des archives d’autant plus précieuses qu’hormis celles du IIIe arrondissement, les autres ont été passées au pilon à la Libération, essentiellement en 1947.

En "octobre 1940, en application d'une ordonnance des autorités occupantes, 150 000 personnes étaient recensées comme juives à Paris et en banlieue, dont 10 200 dans le IIIe arrondissement" (Laurent Joly, chargé de recherche au CNRS).

Un "crime bureaucratique" (Serge Klarsfeld)
Surmontée du mot « Secret », cette circulaire n° 173-42 du 13 juillet 1942 est adressée aux commissaires, gendarmes et gardiens de la paix, soit des milliers de fonctionnaires.

Leur mission : procéder à l’arrestation d’« un certain nombre de Juifs étrangers » décidée par les « Autorités Occupantes ».

Les décideurs : le général Karl Oberg, Obergruppenführer, chef supérieur de la SS et de la police (Höherer SS und Polizeiführer) pour la France depuis mai 1942 et chargé de la lutte contre la résistance et de la question juive, René Bousquet, secrétaire général de la police, et Pierre Laval, chef du gouvernement, qui demande que les enfants juifs de la zone occupée soient aussi déportés.

Une rafle qui a été précédée par le recensement des Juifs (27 septembre 1940), par les statuts des Juifs d’octobre 1940 et du 2 juin 1941 excluant les Juifs de nombreuses professions, autorisant l’internement de Juifs étrangers par les préfets, par d’autres rafles dès le 14 mai 1941 à Paris, le départ du premier train déportant de Compiègne (Oise), le 27 mars 1942, 1 112 Juifs de France vers le camp nazi d’Auschwitz en Pologne, etc.

Environ 76 000 Juifs sont déportés de France, tous âges confondus.

Du 16 au 22 juillet 1942, des milliers de policiers arrêtent à leur domicile, à Paris et dans sa banlieue, des Juifs « Allemands, Autrichiens, Polonais, Tchécoslovaques, Russes (réfugiés ou soviétiques, c'est-à-dire blancs ou rouges), apatrides », « pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans (les femmes de 16 à 55 ans), les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents ».

La "cible de cette volonté criminelle ? Des milliers de familles déjà recensées, marquées par un tampon et le port de l'étoile, exclues de l'espace public, spoliées, sans défense et sans moyens de défense !" (Serge Klarsfeld) Les organisateurs de cette rafle prévoyaient d'arrêter 22 000 adultes Juifs. Environ 9 000 adultes Juifs et 4 000 enfants Juifs - la Gestapo ne les réclamaient pas encore - sont arrêtés lors de cette rafle. Sont exclus de ces arrestations : les femmes enceintes proches de la date d’accouchement, les femmes allaitant leur bébé, celles ayant « un enfant de moins de deux ans, c'est-à-dire né après le 1er juillet 1940, les femmes de prisonniers de guerre, les veuves ou veufs ayant été mariés à un non juif, les juifs ou juives mariés à des non juifs (...), les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l'Union générale des Israélites de France (...), les juifs ou juives dont l'époux légitime est d'une nationalité non citée plus haut, et les parents dont l'un au moins des enfants n'est pas juif ».

Les policiers doivent constituer des « équipes d'arrestation. Chaque israélite (homme et femme) à arrêter fait l'objet d'une fiche (...) Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l'arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n'a pas à être discuté ».

Les Juifs raflés sont amenés par bus vers un ou plusieurs « centres primaires de rassemblement » dans chaque arrondissement ou circonscription. Au camp de Drancy, « les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins de 16 ans », soit 1 989 hommes et 3 003 femmes qui sont déportés vers Auschwitz. Les autres – soit 8 160 Juifs : Selon Serge Klarfeld, président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France, 1 129 hommes, 2 916 femmes et 4 115 enfants - s’entassent au Vélodrome d’Hiver, près de la Seine (XVe arrondissement) dans des conditions affreuses, pendant quatre jours.

Le 16 juillet 1942, l'état-major de la Préfecture de Police (PP) indique : débutée à 4 heures du matin, « l'opération contre les juifs » est « ralentie par beaucoup de cas spéciaux : beaucoup d'hommes ont quitté leur domicile hier ; des femmes restent avec un tout jeune enfant ou avec plusieurs ; d'autres refusent d'ouvrir, il faut faire appel à un serrurier. (...) L’opération est lente ».

Le 17 juillet 1942 à 22 h 15, une note policière indique : « Mme Gautier, infirmière de service au Vélodrome d'Hiver, téléphone sur le conseil du secrétariat du préfet de la Seine pour demander à la Préfecture de Police de mettre à sa disposition des couvertures, bassines et cuvettes dont les internés ont le plus grand besoin ». Les conditions d’hygiène y sont lamentables.

Le 21 juillet 1942, la police dresse le bilan des « opérations de ramassage des juifs » : « Hommes 3 118, femmes 5 919, enfants 4 115, soit au total 13 152 arrestations ».

Le 22 juillet 1942 au matin, un télégramme signé « Lambeau » signale : « 8 h 40 - Opérations terminées définitivement au Vel d'Hiv à 8 h 30 - Vel d'Hiv évacué en totalité ».

« Les Allemands espéraient arrêter 27 427 juifs à Paris et en petite couronne, mais finalement il n'y en a eu que 13 152. Ça fait déjà beaucoup ! », explique le commissaire de l'exposition, Olivier Accarie Pierson. Moins de cent de ces Juifs raflés survivront à Auschwitz, où seront tués tous les enfants Juifs raflés. Parmi les victimes : la famille du commissaire adjoint de l'exposition, Charles Trémil, âgé de 77 ans, sauf un frère qui parvient à fuir, perdant ses papiers retrouvés dans les archives de la PP.

Les Juifs parqués au Vél d’Hiv sont amenés aux camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers (Loiret). Environ 3 000 enfants en bas âge sont douloureusement séparés de leurs parents qui sont déportés les premiers. Les enfants sont déportés entre le 17 et 31 août à Auschwitz.

« Les notes des Renseignements généraux (RG) de l'époque montrent que la rafle a été très mal perçue par la population", souligne Charles Trémil. « C'était la première fois que tout le monde était arrêté, femmes, enfants et vieillards inclus. Du coup de nombreux policiers avaient fait fuiter l'information la veille de la rafle. Les Allemands étaient furieux », selon Olivier Accarie Pierson.

Charles Trémil a vécu dans la clandestinité de 7 à 10 ans, dissimulant sa vraie identité sous de faux noms. « Le souvenir le plus marquant de cette époque, c'est la peur ». Les notes des RG sont les plus précises, selon M. Trémil : « Ils écrivent que les gens ont faim et froid, qu'ils veulent le retour des prisonniers de guerre, qu'ils souhaitent la victoire des Anglais. Je pensais que les RG allaient caresser le pouvoir dans le sens du poil, mais pas du tout !", s'étonne-t-il.

Ces archives révèlent la vie dure, marquée par les pénuries, notamment alimentaires, sous l’Occupation : « On voit que les gens volent des couvertures, de la nourriture, des tickets de rationnement, du charbon », détaille M. Trémil. « La France était exsangue, pillée par les Allemands (...) À Paris, les gens crevaient de faim. C'était l'obsession permanente : trouver à manger », déclare le commissaire Françoise Gicquel, responsable du département patrimonial à la PP.

« La hiérarchie collaborait, mais la base tiquait », résume le commissaire Gicquel.

Des rafles inspirées par l’antisémitisme, dans le cadre de la collaboration avec le IIIe Reich.

Le 25 avril 2016, France 3 diffusa La Rafle, de Rose Bosch, avec Jean Reno, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh, Hugo Leverdez, Raphaëlle Agogué, Sylvie Testud, Anne Brochet et Catherine Allégret : "En 1942, Joseph, 11 ans, vit dans le quartier de la Butte Montmartre, à Paris. Juif, il doit porter l'étoile jaune pour aller à l'école. Avec ses parents et ses camarades, il apprend à survivre dans la capitale occupée par les Allemands. Un matin de juillet, comme 13 000 autres juifs, il est arrêté avec sa famille par la police française. Ils sont rassemblés au Vélodrome d'Hiver, où ils restent deux jours, sans nourriture et sans point d'eau. Joseph et le frère d'un camarade font alors la connaissance d'Annette, une infirmière, qui tente de les aider. Puis, ils sont déportés dans un camp de transit, à Beaune-la-Rolande..."

Le 24 mai 2016 de 16 h à 17 h30, l'Hôtel de Ville de Paris proposa la conférence 75e anniversaire de la rafle du Billet vert. La préfecture de Police de Paris et la rafle du 14 mai 1941, avec Laurent Joly et Catherine Thion : "Laurent Joly, historien, directeur de recherche au Cnrs, examine l’arrière-plan administratif et politique de la rafle parisienne du 14 mai 1941: le choix du mode opératoire, l’exploitation des fichiers du "service juif" de la préfecture de Police et la mise en œuvre concrète de l’opération.  Les hommes arrêtés le 14 mai 1941, dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, du premier jour aux déportations par Catherine Thion, historienne, chargée de recherches au Cercil, s’intéresse aux premiers jours de l’internement de ces hommes et à leur vie au camp pendant plus d’un an, jusqu’à leur déportation". 

"Dans le cadre de la "Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France", une cérémonie s'est tenue le dimanche 17 juillet 2016 au monument commémoratif de la rafle du Vél’ d’Hiv’, quai de Grenelle à Paris. D’autres commémorations seront également organisées partout en France. Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs sont arrêtés par la police française. 1129 hommes, 2916 femmes et 4115 enfants sont enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver. Les couples sans enfants et les célibataires (1989 hommes et 3003 femmes) sont internés au camp de DrancyDu 19 au 22 juillet, les familles du Vél’ d’Hiv’ sont transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Adultes et adolescents sont déportés en premier. Brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse détresse. Ils sont transférés à Drancy puis déportés entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu".

La rafle du Vélodrome d’hiver. Les Archives de la police. Un regard policier sur Paris. HM3 et Préfecture de police de Paris, 2012. 48 pages.

Jusqu’au 30 septembre 2012
2, rue Eugène Spuller. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 75 03
Du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h. Le samedi de 9 h à 12 h 30
   
Articles sur ce blog concernant :

 Cet article a été publié le 28 septembre 2012, et le :
- 21 juillet 2013 à l'approche de la cérémonie en hommage aux victimes Juives des rafles et aux Justes parmi les Nations ;
- 8 mai 2014. France 3 a diffusé à 20 h 45 La Rafle de Rose Bosch ;
- 16 juillet 2014 et 16 juillet 2015, 25 avril et 17 juillet 2016.

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