Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 11 mai 2022

« Edmund de Waal. Lettres à Camondo »

Le musée des Arts décoratifs présente l’exposition « Edmund de Waal. Lettres à Camondo » accompagnée de l'émouvant Lettres à Camondo disponible en deux éditions. U« dialogue intime entre les œuvres d’Edmund de Waal, écrivain et céramiste britannique, et le mobilier historique de la demeure, édifiée par Moïse de Camondo en 1911, pour y accueillir sa collection d’œuvres d’art français du XVIIIe siècle ».

A la recherche d'Albert Kahn. Inventaire avant travaux 
Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
« Le monde d’Albert Kahn. Moyen-Orient : la naissance des nations » de David Okuefuna 
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange

« L’écrivain et céramiste britannique Edmund de Waal est l’invité du Musée Nissim de Camondo du 7 octobre 2021 au 15 mai 2022 pour une carte blanche, une première dans ce lieu singulier et mémorial. Aussi bien dans sa démarche littéraire qu’artistique, il explore continuellement des thèmes qui lui sont chers comme la diaspora, la mémoire ou la matérialité. Ses créations, qui redonnent vie à des histoires intimes liées à la perte ou à l’exil, sont exposées dans les musées et galeries du monde entier. »

« Edmund de Waal est un descendant de la dynastie Ephrussi, famille de banquiers juifs originaire d'Odessa qui a joué un rôle important dans le monde des affaires et de l'art à partir de la fin du XIXe siècle entre Paris et Vienne. En écho à son nouveau livre « Lettres à Camondo » (Éditions Les Arts Décoratifs) paru le 16 avril 2021, dans lequel l’auteur retrace avec sensibilité la tragédie de la famille de Camondo, cette exposition est une autre manière pour Edmund de Waal de revisiter une maison de famille au destin tragique, qui résonne singulièrement avec celle de sa famille Viennoise en 1938. Elle porte la marque de sa passion pour la littérature et témoigne de son obsession de toujours pour la porcelaine. »

« Dans une mise en pages raffinée qui joue de rapprochements entre texte et images, ce livre imaginé par un amoureux du musée Nissim de Camondo se situe pleinement aux croisements de l’art et de la littérature. »

« Auteur du best-seller mondial « La Mémoire retrouvée », publié en 2011, réédité en 2015 sous le titre Le lièvre aux yeux d’ambre (The Hare with Amber Eyes), Edmund de Waal y revenait sur les traces de sa famille paternelle, les Ephrussi, banquiers installés au XIXe siècle à Vienne et à Paris, figures remarquables de l’élite juive européenne, reconnus pour leur philanthropie et leurs goûts artistiques ».

« En 1871, Charles Ephrussi s’installait à Paris dans un hôtel particulier de la rue de Monceau, un quartier où la famille Camondo s’établit dans les années 1870, non loin de celui qu’édifiera Moïse de Camondo, dont la famille venait de Constantinople, en 1911 pour y accueillir sa collection d’ d’art français du XVIIIe siècle. En mémoire de son fils Nissim, mort au combat en 1917, Moïse lègue à l’État français son hôtel et ses collections : la demeure devient en 1936 le Musée Nissim de Camondo dont la gestion est confiée à l’Union centrale des arts décoratifs, aujourd’hui Les Arts Décoratifs. »

« Edmund de Waal, saisi par l’histoire parallèle de ces deux familles philanthropes, proches par leur goût pour l’art et leur destinée tragique, mais aussi par des liens familiaux ou dynastiques, se nourrit de leurs archives pour écrire une cinquantaine de lettres, toutes adressées à Moïse de Camondo. Entre souvenirs personnels et réflexions sur la mémoire, l’art et la mélancolie, Edmund de Waal dessine en creux le portrait de Moïse de Camondo en collectionneur et ressuscite l’atmosphère de la maison du comte à travers une évocation puissante et sensible. Au-delà, il fait revivre une ère disparue où se côtoient Chardin, Renoir et Proust. Objets d’art, peintures et photographies sont les témoins tangibles de cette époque révolue ».

« Accompagnant la publication du livre, l’exposition est une autre manière pour Edmund de Waal de revisiter l’histoire de la demeure et de reprendre le fil des relations qu’il entretient avec d’autres musées de collectionneurs, comme Waddesdon Manor, demeure de Ferdinand de Rothschild, située au nord-ouest de Londres, et la Frick Collection, à New York. »

« L’exposition au Musée Nissim de Camondo est conçue comme un dialogue intime entre les œuvres d’Edmund de Waal et le mobilier historique de la demeure, édifiée par Moïse de Camondo en 1911. »

« Dans une mise en scène sensible et contemplative, Edmund de Waal présente un nouvel ensemble d’œuvres qui incarnent des conversations sur la famille, offrant à chacune des pièces exposées l’espace privilégié pour une réflexion sur la mémoire. ».

« Dans la cour d’honneur du musée, une série de huit sculptures en pierre dorée, plus connue en Angleterre sous le nom de Hornton stone, accueille les visiteurs. Ces blocs monumentaux polis jusqu’à la finesse sont conçus comme une invitation à s’asseoir. Ils sont ornés d’éléments de plomb et d’or, illustrant la perte et la réparation, en évocation aux céramiques japonaises élémentaires, réparées avec délicatesse lorsqu’elles ont été brisées, à l’instar de la pratique du Kintsugi. »

« Dans le vestibule, une des lettres du céramiste s’adressant à Moïse de Camondo repose sur une longue table : elle est réécrite avec des couches de porcelaine teintée d’or. De salles en salles, le visiteur découvre tessons, pots, vases, et mots rédigés sur des couches de porcelaine aussi fine et fragile que du papier et disposés dans des vitrines discrètes et minimalistes. Edmund de Waal convoque un univers épuré et sensible, créé en réponse à l’histoire de ce lieu de mémoire. »

« Cette exposition, inédite pour le Musée Nissim de Camondo, offre un nouveau regard sur la riche collection de mobilier et d’objets d’art du XVIIIe siècle rassemblée par Moïse de Camondo en les juxtaposant à des pièces contemporaines, révélant tout ce qu’il y a de plus vivant dans l’éternel et l’immuable. « Lettres à Camondo » reprend ainsi le fil des relations que l’artiste entretient avec d’autres musées de collectionneurs, comme le Waddesdon Manor, demeure de Ferdinand de Rothschild située à Aylesbury dans le Buckinghamshire, et la Frick Collection, à New York. »

« Le catalogue de l'exposition propose ainsi de découvrir les oeuvres d'Edmund de Waal grâce à des photographies de leur installation in situ, afin de percevoir combien elles habitent l'espace avec toute leur retenue, glissées dans les recoins de la demeure et même dans des endroits inaccessibles au public. Les photographies laissent une grande place à la lumière naturelle qui magnifie l'intérieur feutré de l'hôtel Camondo, et permettent de saisir tout le mystère qui entoure les vases et ces fragiles lettres de porcelaine, inspirés par la Chine de l'époque Song ou le Japon de l'ère Edo. Parfois ébréchées ou augmentées de dorures dans l'esprit du kintsugi, qui permet traditionnellement de réparer certaines porcelaines brisées avec des feuilles d'or ou de la laque, les céramiques d'Edmund de Waal sont comme de discrètes stèles qui accompagnent la mémoire des Camondo et qui tissent entre le passé et le présent des liens inaltérables. Ce catalogue est un ouvrage à la mise en page raffinée, qui restitue l'atmosphère des lieux et qui permet de saisir toute la délicatesse de l'intervention d'Edmund de Waal au musée Nissim de Camondo ».

Avant-propos d’Olivier Gabet
Directeur du Musée des Arts Décoratifs
et du Musée Nissim de Camondo

« Convier un artiste contemporain dans un musée d’art classique forme une évidence. Quand il s’agit du musée Nissim de Camondo, une invitation de ce type peut sembler, à bon droit, moins évidente.
L’esprit y est intensément paradoxal : maison d’une famille que l’Histoire a décimée, de la Grande Guerre à l’horreur absolue de la Shoah, elle est aussi la demeure d’un collectionneur parmi les plus éclairés de son temps, un hommage à l’art du XVIIIe siècle.
En l’offrant, le comte Moïse de Camondo ne savait sans doute pas qu’en plus d’inscrire ce lieu dans l’histoire de l’art il le destinait à devenir un lieu de mémoire.
Aussi ouvrir le musée à la création contemporaine est-il une gageure singulière, et c’est à Edmund de Waal qu’il revient de le faire. Exposé dans les musées les plus remarquables du monde, du Victoria & Albert Museum à Waddesdon Manor, Edmund de Waal tire son oeuvre de céramiste d’une curiosité inépuisable pour la Chine des Song, le Japon d’Edo ou l’esprit du Bauhaus. Écrivain émérite, il a donné à lire à des millions de lecteurs la beauté des pages qu’il a consacrées à son histoire familiale, Le Lièvre aux yeux d’ambre (2010), à la recherche de ses ancêtres Ephrussi entre la Vienne du Ring et le Paris de Manet. Citoyen du monde, il n’a jamais cessé de porter cette histoire comme une leçon de vie à l’usage de tous, notamment à Venise en 2019, avec sa Bibliothèque de l’exil et ses 2 000 livres offerts ensuite à la bibliothèque de l’Université de Mossoul, en Irak, renaissant de ses cendres.
Entre ses Lettres à Camondo (2021) et cette exposition, Edmund de Waal tisse encore les liens qui unissent toutes ces vies et celles des siens : exposition sensible, inframince, qui se pose dans les interstices de la demeure jusque dans les endroits inaccessibles, comme le cœur battant que l’on sent, que l’on entend, mais que l’on ne voit pas ».

Avant-propos d’Edmund de Waal 

« 
C’est une rue que je connais bien.
Cette belle colline de demeures dorées en lisière du parc Monceau est le lieu des commencements, un endroit où s’établissent des familles qui deviennent françaises. Les histoires sont chatoyantes, fissiles et vous brisent le cœur.
Le Musée Nissim de Camondo est entré dans ma vie il y a longtemps. Dans les années 1920, ma grand-mère rendit visite à ses cousins, à dix numéros seulement de l’hôtel. Je l’ai beaucoup fréquenté lorsque j’ai entrepris l’histoire d’une collection dont j’avais hérité, acquise dans les années 1870.
L’invitation à réaliser une exposition ici même, dans cette demeure familiale, représentait un honneur qui s’ombrait d’anxiété. Ce n’est pas simple.
On ne devrait jamais abruptement apporter du neuf dans un lieu si imprégné d’histoire.
Un frisson d’intrusion. Où sont les limites à ne pas franchir ? Ce n’est pas une maison vide.
Elle est loin d’être vide. Dans son testament, Moïse de Camondo a stipulé qu’il voulait que rien ne soit déplacé. Ne prêtez pas les objets. Gardez les volets fermés, ne laissez pas la poussière s’installer, n’ajoutez pas à ces collections.
Ces pièces forment en elles-mêmes une oeuvre d’art, un lieu de mémoire pour son père et pour son fils, mort à la guerre.
Ce don à la France était pour Moïse une manière de se projeter dans l’avenir en maintenant la mémoire. Il ne protégea pas sa famille. Il est devenu un mémorial pour sa fille Béatrice, son mari Léon et leurs deux enfants, Fanny et Bertrand, assassinés à Auschwitz. 
Je l’écoute. J’écoute la demeure. Elle bruit de la rumeur des cuisines, de l’office du maître d’hôtel, de la bibliothèque.
Puis je me rends dans mon atelier où je commence quelques réalisations en travaillant la porcelaine, l’or, la pierre.
Je pense à l’endroit où je pourrais les disposer pour qu’elles amplifient sans heurt certains des échos de l’hôtel, recueillent certains des silences. Je pense qu’il est possible d’être là, brièvement.
Je pense qu’il est possible de ne pas déplacer les choses, mais d’ajouter.
Car c’est une demeure d’archives, de choses appréciées puis remisées.
À l’étage des combles, on ouvre la porte d’un placard et on le découvre empli de luminaires, un autre et c’est une malle Vuitton. Une pièce pleine de chaises dorées. Des draps recouvrent les meubles de l’habillage de Béatrice.
Dans mon atelier, j’écris à Moïse sur la collection, sur la judéité, sur la cuisine et les chiens, sur Proust, la famille et les liens d’appartenance. Des lettres qui se multiplient jusqu’à former un livre, Lettres à Camondo, qui en compte cinquante-huit.
Je réalise des petits groupes avec la porcelaine, le chêne et l’or comme matériaux. Je mélange ces fragments.
Je les dispose sur les secrétaires où Moïse écrivait à ses amis et aux marchands d’art, sur les bureaux où le chef et le maître d’hôtel écrivaient leurs listes, leurs commandes aux fournisseurs. Je veux ajouter une nouvelle couche aux archives.
J’ai décidé que Moïse avait besoin d’un nouveau secrétaire. Il en possédait quantité. La plupart des pièces abritent un endroit pour s’asseoir et écrire.
Mon bureau revêt la forme d’une lettre, de mots écrits en porcelaine appliqués sur la feuille d’or. J’inscris : « I find this difficult. »
Je glisse quelques tessons dans un tiroir du bonheur-du-jour orné de plaques de Sèvres. Je glisse quelques notes dans la bibliothèque et quelques bols dans le cabinet des porcelaines pour tenir compagnie aux beaux oiseaux de Buffon.
D’autres coupes encore dans l’office du maître d’hôtel où l’on réglait avec vigilance la circulation des objets.
J’ai réalisé cinq vitrines noires garnies de tessons et de plomb. Des fragments pour étayer les ruines. Des stèles pour la famille, pour Nissim, Béatrice, Léon, Fanny et Bertrand. In memoriam.
J’ai installé dans la cour d’honneur huit bancs en pierre, pour faire une pause seul ou en compagnie. Ils sont en pierre de Homton, une pierre brune et dorée traversée de belles bandes sombres.
Ils sont polis pour imiter la patine du temps. Des feuilles de plomb doré épousent certains des bords. On peut ne pas les remarquer. C’est là ma forme de kintsugi, la façon que l’on a en Chine et au Japon de réparer certaines porcelaines brisées avec de la laque et de la feuille d’or, comme pour signer la perte.
On ne saurait réparer cette demeure ou cette famille. Mais l’on peut indiquer quelques brisures. Les indiquer proprement, dignement, avec affection.
Puis s’en aller à nouveau et laisser la demeure être.»


Edmund de Waal, Lettres à Camondo. Traduit de l'anglais par Lionel Leforestier. Éditions Les Arts Décoratifs, 2021. 146 pages. 35 illustrations. 13cm x 21cm.

Edmund de WaalLettres à Camondo. Edmund de Waal au musée Nissim de CamondoEditions du MAD, 2022. Relié à la japonaise. 64 pages. 79 photographies. 

Du 7 octobre 2021 au 15 mai 2022
63, rue de Monceau. 75008 Paris
Tél. : 01 53 89 06 50 ou 06 40
Visuels :
Portrait d’Edmund de Waal —
© Tom Jamieson *

Moïse de Camondo et son fils, le lieutenant Nissim de Camondo, dans le jardin du 63, rue de Monceau, été 1916 —
Archives du musée
Nissim de Camondo
© MAD, Paris

Edmund de Waal — Lettres à Camondo (pour P.G.), installation
Musée Nissim de Camondo, 2021
© Edmund de Waal et MAD, Paris,
Avec l’aimable autorisation de l’artiste et du Musée des Arts
Décoratifs, Paris.
Photo : Christophe Dellière

Edmund de Waal — muet, II- IV, installation
Musée Nissim de Camondo, 2021
© Edmund de Waal et MAD, Paris,
Avec l’aimable autorisation de l’artiste et du Musée des Arts Décoratifs, Paris.
Photo : Christophe Dellière

Edmund de Waal — Lettres à Camondo, I
2021
Porcelaine, or, chêne, pâte à porcelaine liquide, acier et plomb
© Edmund de Waal
Photo : Alzbeta Jaresova *

Edmund de Waal — petrichor, installation
Musée Nissim de Camondo, 2021
© Edmund de Waal et MAD, Paris,
Avec l’aimable autorisation de l’artiste et du Musée des Arts Décoratifs, Paris.
Photo : Christophe Dellière

Edmund de Waal — Lettres à Camondo (hold still), installation
Musée Nissim de Camondo, 2021
© Edmund de Waal et MAD, Paris,
Avec l’aimable autorisation de l’artiste et du Musée des Arts Décoratifs, Paris.
Photo : Christophe Dellière

Edmund de Waal — muet, I (détail)
2021
Porcelaine, or, chêne, oxyde de fer rouge et plomb
© Edmund de Waal
Photo : Alzbeta Jaresova *

Edmund de Waal et Olivier Gabet —
© MAD, Paris / Christophe Dellière

Edmund de Waal — i.m. (Nissim)
2021
Porcelaine, or, plomb, pigment rouge, aluminium, plexiglas et marbre
© Edmund de Waal
Photo : Alzbeta Jaresova *

Edmund de Waal, Solid Objects, installation, Musée Nissim de Camondo, 2021
© MAD, Paris / Christophe Dellière. Courtesy of the artist and of Musée des Arts Décoratifs, Paris

Articles sur ce blog concernant :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire