vendredi 19 décembre 2014

A la recherche d'Albert Kahn. Inventaire avant travaux


Le musée Albert-Kahn présente l’exposition éponyme  Abraham, dit Albert, Kahn  (1860-1940), Français Juif banquier, philanthrope et curieux du monde. De 1898 à 1931, Abraham, dit Albert, Kahn œuvre à « l’établissement de la paix universelle » et constitue les « archives de la Planète » afin de conserver les traces visuelles – en autochromes  couleurs et en films noir et blanc – des vies quotidiennes des hommes sur tous les continents. 


« J’ai beaucoup voyagé, nous dit-il, j’ai beaucoup lu et j’ai connu tous les grands hommes de mon époque… Ce que j’ai cherché, c’était le chemin de la vie et les principes de fonctionnement ; or, plus j’ai avancé dans la vie et plus j’ai vu la hardiesse et l’extrême difficulté de cette tâche… Essayer de tâcher d’y arriver, reste le plus noble devoir de l’homme », a écrit Albert Kahn (France Japon, n°32 du 15 Août 1938).

« Structurée en deux grands volets - Portraits d’un homme ; Portraits d’une œuvre -, l’exposition « permet de faire un point sur l’état des connaissances accumulées au fil du temps « sur Abraham, dit Albert, Kahn  (1860-1940) et « de le présenter dans son contexte historique, social et politique ».

Une famille Juive alsacienne
Aîné de quatre enfants, Albert Kahn est né Abraham Kahn le 3 mars 1860 à Marmoutier (Bas-Rhin) dans une famille aisée. Son père Louis est marchand de bestiaux ; sa mère Babette Bloch est femme au foyer et meurt quand Albert est âgé de dix ans.

Après la guerre entre la France et l’empire allemand de 1870, le traité de Francfort (1871) attribue à l’Allemagne victorieuse l’Alsace et une partie de la Lorraine. Comme de nombreux Alsaciens fervents patriotes, une partie de la famille Kahn décide de demeurer, et fuit leur village en 1872, pour se fixer hors des « provinces perdues », à Saint-Mihiel (Meuse).

Abraham Kahn est scolarisé au collège de Saverne (1873-1876).

Banquier à Paris
À Paris, la famille Kahn emménage dans le quartier du Marais. Agé de seize ans, Abraham Kahn prend pour prénom d’usage Albert.

Il est engagé chez un confectionneur de la rue Montmartre, puis à la banque des frères Charles et Edmond Goudchaux. Parallèlement, il reprend ses études en bénéficiant de l’aide d’un jeune et brillant élève puis professeur à l’École normale supérieure, Henri Bergson (1859-1941), qui devient son précepteur et ami ainsi qu’en témoigne leur correspondance.

Albert Kahn obtient ses baccalauréats de lettres (1882) et de sciences (1883) et débute des études de droit. Il a sa licence en 1885.

À la banque Goudchaux, il est repéré dès l’âge de 21 ans par ses talents. De 1889 à 1893, il édifie une fortune en spéculant sur les mines d’or et de diamants d’Afrique du Sud.

Albert Kahn devient associé principal du banquier Edmond Goudchaux.

En 1893, il « loue une maison au 6 quai du 4-Septembre à Boulogne-sur-Seine. Devenu propriétaire de la maison, il débute la constitution de ses jardins, qu’il achète parcelle après parcelle ». Le paysagiste Achille Duchêne y élabore un jardin français. Albert Kahn y ajoute un « verger ornemental », un jardin anglais, un jardin japonais à l’instar de celui du château de son voisin Edmond de Rothschild, et au nord, trois « bois ornementaux ».

Des espaces arpentés par les invités d’Albert Kahn : le philosophe Henri Bergson, Rodin, Colette, Manuel de Falla, Anatole France, Marcel Dassault, André Michelin, Jean Perrin, Anna de Noaïlles…

En 1898, Albert Kahn fonde la « banque Kahn », banque d’affaires sise au 102 de la rue de Richelieu (Paris). La « banque prospère, collabore avec des établissements financiers bien établis et apparaît dans des syndicats de placement au bénéfice de projets industriels ou d’emprunts nationaux et internationaux, japonais notamment. La banque Kahn s’assure aussi des revenus générés par les transactions sur toutes sortes de valeurs spéculatives, cotées ou non en Bourse ». Albert Kahn effectue des investissements fructueux en Extrême-Orient.

« L’aptitude d’Albert Kahn à détecter les hausses de valeur des titres est exceptionnelle. Le patrimoine de la banque et celui de Kahn augmentent considérablement et le financier jouit d’une excellente réputation en France et à l’étranger ».

Pour la « paix universelle »
Dès le 10 février 1887, Albert Kahn écrit à Bergson : « Cela va assez bien en ce qui concerne les affaires mais, vous le savez, ce n’est pas mon idéal ».

« L’homme mûr, le banquier qui a réussi, va donc consacrer sa vie et sa fortune, entre 1898 et 1931, à l’établissement de la paix universelle ».

A cette fin, Albert Kahn « crée de nombreuses institutions destinées à favoriser la compréhension entre les peuples et la coopération internationale : ses « bourses Autour du Monde » offrent à de futurs enseignants l’opportunité de voyager et de découvrir les réalités du monde. Ces boursiers confrontent leur expérience avec des sommités intellectuelles de l’époque au sein de la « Société Autour du Monde ». Un « Comité National d’Études Sociales et Politiques » (C.N.E.S.P.) compare les solutions apportées aux maux de l’humanité dans divers pays, appuyé par deux centres de documentation sociale. Les « Archives de la Planète » recensent en photographies couleur et films noir et blanc les aspects de la vie dans les cultures humaines...

Albert Kahn crée aussi une chaire de géographie humaine à la Sorbonne, le Comité du Secours national pour aider les victimes civiles de la Grande Guerre, un laboratoire de Biologie pour perfectionner la microcinématographie, un centre de médecine préventive destiné aux étudiants.

Des « œuvres qui contribuent à éveiller la conscience et aiguiser le regard des élites de l’époque et qui tenteront d’être pérennisées dans la Centrale de Recoordination ».

Albert Kahn, discret
« Se tenant souvent en retrait, Albert Kahn refuse de parler de lui-même ».

Que sait-on de cet homme discret ? « Selon différents témoignages, il s’exprimait avec un accent alsacien très prononcé ». Il était végétarien. Il aimait la compagnie des chiens.

Ses vêtements ? Simples.

Son « ascétisme se manifestait dans de nombreux aspects de sa vie ». Ses journées débutaient à cinq heures du matin.

« S’il avait choisi de vivre seul, il lui arrivait de recevoir quelques amis comme Bergson ou Rodin, auquel il acheta quatre marbres ».

Pianiste - il consacrait son mercredi à prendre des leçons de piano -, il « assistait régulièrement à des concerts, notamment au festival de Bayreuth ».

Albert Kahn « alterne déplacements d’affaires et voyages d’agrément, mais le plus souvent paraît cumuler les deux. Entre 1886 et 1912, il voyage en Europe, au Venezuela, en Égypte, en Russie, au Japon, effectue un tour du monde entre novembre 1908 et mars 1909 et passe par les États-Unis et Hawaï, mais aussi la Chine, l’Asie du sud-est et l’Inde ». Il se rend également en Uruguay, en Argentine et au Brésil.

Le krach boursier de 1929
Le krach boursier de 1929 « porte un coup fatal à la fortune du banquier âgé alors de 69 ans. A l’instar d’autres banques françaises, la banque Kahn enregistre un premier déficit à la fin de 1930, nettement aggravé à la clôture de l’exercice suivant ».

En 1931, il ne reste que trois opérateurs aux Archives de la Planète ; la société Autour du Monde traverse une période financièrement délicate ; les bourses de voyages prennent fin, ainsi que les débats du CNESP.

Pour « réinjecter de l’argent, Albert Kahn hypothèque entre fin 1930 et 1932, les propriétés de Boulogne et du Cap Martin. Puis les fonds propres ne suffisent plus ; Albert Kahn nantit les titres auprès d’autres établissement financiers ; les valeurs continuent de s’effondrer ; il est acculé. Ces créanciers assignent Albert Kahn en justice. En 1932, la banque d’Albert Kahn est déclarée en faillite. Les biens d’Albert Kahn sont peu à peu saisis et vendus aux enchères en 1933 et 1934 ».

Une « partie de la propriété (comprenant les collections de photographies et de films) est achetée par le département de la Seine. Albert Kahn conserve l’usage de sa maison de Boulogne, bien qu’elle ne lui appartienne plus. En 1937, les jardins sont ouverts au public.

Dans la nuit du 13 au 14 novembre 1940, Albert Kahn meurt dans sa maison de Boulogne, à l’âge de 80 ans ».

« De lui, il nous reste la propriété boulonnaise aux splendides jardins, les Archives de la Planète qui rassemblent la plus importante collection au monde de plaques autochromes- premier procédé de photographie en couleur -, mais aussi un esprit toujours vivace qui anime la Vallée de la Culture des Hauts-de-Seine ».

Les « archives de la Planète »
De 1898 à 1931, Abraham, dit Albert, Kahn œuvre à « l’établissement de la paix universelle » et constitue les « archives de la Planète » afin de conserver les traces visuelles – en autochromes  couleurs et en films noir et blanc – des vies quotidiennes des hommes sur tous les continents. Ces autochromes, qui constituent le premier procédé de films photographique en couleurs breveté par les frères Lumière en 1903.

Pour ce faire, il constitue une équipe d’une douzaine d’opérateurs - photographes ou/et cinéastes - qui arpentent des contrées lointaines.

Parmi ces opérateurs : Auguste Abraham Isaac Léon (1857-1942). Né à Bordeaux, il voyage pour constituer les « Archives de la planète ». Puis, à Boulogne, il gère le laboratoire de ces Archives, conseille les opérateurs et photographie les invités de ce visionnaire.


Constituées par Albert Kahn (1860-1940) à la fin du XIXe siècle et lors des trois premières décennies du XXe siècle, les « archives de la Planète » - 72 000 autochromes, 4 000 photographies, une centaine d’heures de films -, témoignages visuels exceptionnels, sont déposées au musée Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Elles font l’objet d’expositions et sont publiées dans de beaux livres.

Le krach boursier de 1929 ruine Albert Kahn, sexagénaire, et met un terme à cette collection.

Coproduite par la BBC et le musée Albert-Kahn en 2007, la série Le monde d’Albert Kahn présente par thèmes géographiques des montages d’images, fixes et animées, extraites des « archives de la Planète ».

Réalisée par David Okuefuna, elle est souvent diffusée par Histoire et par Arte. L’occasion de (re)découvrir ces images rares de mondes disparus.


Le monde d'Albert Kahn consacré au Moyen-Orient (The Wonderful World of Albert Kahn, Middle East) montre des images souvent inédites, passionnantes, accompagnées par un commentaire parfois biaisé et évoquant la déclaration de Lord Arthur Balfour (2 novembre 1917).

La fin d’une époque est centrée sur les Balkans. En 2003, le musée Albert-Kahn avait présenté l’exposition La Macédoine en 1913. Autochromes de la collection du musée Albert-Kahn.


Hommes du monde, premier numéro  de la série télévisée Le monde d’Albert Kahn
BBC, 55 minutes
Sur Histoire  les 10 et 16 janvier 2014 .


Du 18 juin 2013 au 21 décembre 2014
10-14, rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt
Tel : 01 55 19 28 00
Hiver : du mardi au dimanche de 11 h à 18 h (Du 1er octobre au 30 avril)
Eté : du mardi au dimanche de 11 h à 19 h (Du 1er mai au 30 septembre)


Visuels :
Albert Kahn sur le balcon de sa banque, 102 rue de Richelieu, Paris.
Autochrome de Georges Chevalier, 1914, inv. I135
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

La Mercedes Simplex 60 chevaux d’Albert Kahn près du lac de
Guéry en Auvergne. Auguste Léon, 20 juillet 1911, inv. A 6 251.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Autour de la fontaine Sainte-Geneviève, Paris (5e arrondissement).
Stéphane Passet, 25 juillet 1914, inv. A 13 652
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Le Pourquoi pas ? IV de Jean-Baptiste Charcot dans l’Antarctique.
opérateur non mentionné, sans lieu ni date.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine. DR

Le village japonais d'Albert Kahn.
Autochrome d'Auguste Léon, Boulogne, 20 avril 1915, inv. B 541.
© Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine

Aristide Briand avec des membres de la délégation française à la
conférence de Locarno. D’après film noir & blanc 35 mm de Camille Sauvageot, 3-17 octobre 1925, inv. AI 95 102.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Enfants jouant aux quilles dans les ruines de Reims (place d’Erlon).
Fernand Cuville, 6 mars 1917, inv. A 6 251.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Le verger-roseraie, dessiné par Achille Duchêne (1896-1900).
Auguste Léon, Boulogne, 6 juillet 1915, inv. B 587.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

La villa Kahn au cap Martin.
Camille Sauvageot, janvier-février 1927, inv. C 1 074.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Vasque de la basilique San Zeno à Vérone, Italie.
Fernand Cuville, 16 mai 1918, inv A 71 243 X.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

L’opérateur Paul Castelnau à Ismaïlia, Egypte.
Charles Winckelsen, 15 juin 1918, inv. A 15 907
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Chef de canton et autorités villageoises devant la maison communale
de Nam-giu, Tonkin, Indochine (auj. Vietnam), Léon Busy, mai 1915, inv. 13 652.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

Joueurs de tambours Yorouba à Sakété, Dahomey (aujourd’hui Bénin)
Frédéric Gadmer (mission R. P. Aupiais), 14 janvier 1930, inv. A 63 190 S.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Sein

Fayz Bey el Azm, un compagnon de l’émir Fayçal, Quweira,
Arabie (aujourd’hui Jordanie). Paul Castelnau, 2 mars 1918, inv. A 15 506.
© Musée Albert-Kahn – Département des Hauts-de-Seine

 A lire sur ce blog :

Les citations proviennent du dossier de presse.
Cet article a été publié le 19 décembre 2014. Les 10, 16 janvier, 22 et 28 janvier 2014, Histoire  a diffusé Hommes du monde, premier numéro  de la série télévisée Le monde d’Albert Kahn.

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