samedi 20 août 2016

Maryan (1927-1977)


La Halle Saint-Pierre présente L’ESPRIT SINGULIER. Collection de l’Abbaye d’Auberive, exposition collective, avec des œuvres notamment des œuvres de Maryan (1927-1977), peintre expressionniste Juif d'origine polonaise et survivant de la Shoah. La (re)découverte d'un artiste fragile et attachant. 



« Je n’oblige personne à aimer ma peinture mais qu’on me colle pas des étiquettes, par exemple : peinture dénonciatrice, agressivité sans bornes, ou alors, on dit aussi : "Ça m’étonne pas avec son passé concentrationnaire" […] En ce qui concerne ma peinture, je déclare officiellement que moi j’aurais plutôt appelé ma peinture, peinture-vérité ». Maryan, in catalogue de la galerie Ariel, Paris, 1977

En 2013-2014, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté non une rétrospective, mais la première exposition importante en Europe dédiée à l’œuvre de Maryan et dénommée l'exposition La Ménagerie humaine. A l'exception d'un "tableau clé de 1952", cette exposition "reprend les temps forts de l’œuvre peint et dessiné de 1960 à 1977. Elle comprend, outre les carnets de 1971 – donnés par la veuve de l’artiste au Musée national d’art moderne en 2012 –, vingt peintures et une trentaine de dessins regroupés par séries. Des extraits du film Ecce homo, tourné au Chelsea Hotel en 1975, sont montrés dans le parcours". Pour la première fois, est montré un ensemble de dessins créés en 1971 par Maryan, Ecce homo, qui "constitue le cœur et la trame de l’exposition. Avec un humour désespéré et ravageur, l’artiste y revient sur son enfance, sur sa traversée de la guerre, qu’il accompagne de commentaires lapidaires dans un anglais mâtiné de français, de yiddish et de polonais".

Peinture-vérité
Mayan S. Maryan est né en 1927 à Novy-Sacz (Pologne) sous le nom de Pinchas Burstein.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Maryan survit dans différents ghettos, camps de travail et camps de concentration en Pologne. Sa famille est décimée lors de la Shoah.

En 1945, à la libération des camps par les Russes, Maryan est blessé par balle à la jambe et amputé. Il se trouve dans les camps de réfugiés en Allemagne, pays où il pense s’installer.

En 1947, persuadé par un dirigeant de l’Agence Juive, il fait son aliyah et est admis, grâce à une bourse, à la New Bezalel School of Art à Jérusalem (1948-1949), où il s’inscrit aux cours d’arts appliqués.

En 1949, a lieu sa première exposition personnelle à la YMCA, à Jérusalem.

Vers 1950-1962, Maryan s’installe à Paris. Il complète sa formation pendant trois ans à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts, dont deux ans dans la section « Lithographie ». Il réalise des lithographies, dont les illustrations pour « Le Procès » de Franz Kafka. Il assiste aux cours de Fernand Léger, voyage en Europe et aux Etats-Unis avec son épouse, Annette Minna rencontrée en 1950 à Paris.

Marqué par ses cinq années d’internement, il développe un style figuratif, expressionniste, coloré. Peint des monstres, personnages à l’expression grotesque ou clownesque, tirant la langue ou aux poses vulgaires, des hommes de pouvoir – soldats, juges – et des marginaux, des animaux quasi-humanisés ou des hommes animalisés. Imprègne ses premières œuvres de thèmes Juifs. Il participe au lancement du mouvement artistique de la Nouvelle figuration.

En 1952, la Galerie Breteau présente la première exposition parisienne de Maryan.

En 1956 débute la collaboration de l’artiste avec la Galerie de France (Paris).

Maryan est distingué en 1959 par le Prix des Critiques d’Art à la Biennale de Paris.

Il s’installe en 1962 à New York et se rend souvent en Europe où il expose.

En 1963, il commence sa collaboration avec la Allan Frumkin Gallery newyorkaise qui organise plusieurs expositions à New York et à Chicago.

Sa première exposition à la Galerie Claude Bernard date de 1966.

Maryan obtient la citoyenneté américaine sous le nom de Maryan S. Maryan en 1969.

En 1975, il réalise un film « Ecce Homo »

Il est nommé Chevalier de l’Ordre des arts et lettres par le Ministère de la Culture français en 1976.

Maryan meurt à New York en 1977, à l’âge de 50 ans. Il est enterré au Cimetière de Montparnasse à Paris.

En 2012, la galerie Claude Bernard a présenté des œuvres de Maryan. Le MAHJ rendra hommage à Maryan du 6 novembre 2013 au 9 février 2014.

Autour de son exposition, le MAHJ a proposé des conférences, lectures, visites guidées, podcasts, etc.

La Galerie Polad-Hardouin de Paris a présenté l'exposition  Jacques Grinberg, Michel Macréau, Maryan, Marcel Pouget : retour sur quelques artistes de la Nouvelle Figuration invitant à redécouvrir quatre peintres emblématiques de la Nouvelle Figuration : Jacques Grinberg, Michel Macréau, Maryan, Marcel Pouget. "Après le refus brutal du nouveau maire de Carcassonne cet été d’accueillir la donation qui était en cours de la collection Cérès Franco, sa fille, Dominique Polad-Hardouin, a choisi de mettre l’accent sur quatre artistes importants de la Nouvelle Figuration. La collection Cérès Franco est constituée de 1 500 œuvres (peintures, sculptures, dessins), d'une valeur de plus de 4 millions d'euros. Pendant près de 50 ans, Cérès Franco a rassemblé des œuvres de l’art populaire, de l’art naïf brésilien, d’artistes autodidactes (outsider artists) ou encore d’artistes se réclamant du courant de la Nouvelle Figuration". La "galeriste Cérès Franco, qui joua un rôle fédérateur au sein de ce mouvement, et plus particulièrement pour ces artistes. C’est donc naturellement que sa fille, Dominique Polad-Hardouin, s’est imprégnée de cette esthétique, et a exposé ceux qui, quelques générations plus tard, ont inscrit leurs pas dans ce chemin. En 2008, l’exposition collective « Nouvelle Figuration : acte III » organisée à la galerie entendait ajouter un troisième volet à celles de la galerie Mathias Fels (1961 et 1962) et mettre en lumière ce courant qui a perduré, malgré son manque de cohésion et de visibilité, et a infusé la jeune peinture contemporaine".

"Peintures, dessins, gouaches, sérigraphies, les supports utilisés sont aussi multiples que leurs univers graphiques. Pourtant, une vibration commune émane de ces œuvres : l’omniprésence de l’humain, et cette volonté forcenée de traduire ce qu’il a de plus ardent, de plus rayonnant, mais aussi ses méandres les plus sombres et les plus tragiques. Ces artistes ne reculent ni devant le grotesque ni devant la caricature pour exprimer ce monde qui les hante".

Maryan occupait l’espace 2 de la galerie, "avec une peinture de la fin des années cinquante, des pastels et un ensemble de sérigraphies en noir et blanc. On y retrouvait ces figures d’un carnaval mordant, affublées de masques et d’insignes de pouvoir, exorcisant la souffrance, l’humiliation et la mort. Exécutées pendant la période new-yorkaise de l’artiste, elles ont été montrées pour la première fois à la galerie".


La Nouvelle Figuration : chaînon manquant de la peinture contemporaine
L'expression "Nouvelle Figuration" apparaît pour la première fois en 1950 sous la plume de Jean-Michel Atlan, célèbre artiste COBRA, dont l'oeuvre "ni figurative ni abstraite, eut une influence décisive sur le jeune Maryan, arrivé récemment de Jérusalem. L’amitié solide qu’ils nouèrent métamorphosa le style de sa peinture, évoluant vers une abstraction narrative et géométrisante. Elle bascula ensuite dans les années 1960 vers la représentation obsessionnelle et symbolique de personnages solitaires incarnant un pouvoir aveugle et absurde".
Dans l'art à Paris alors dominé "d'un côté par l'abstraction, et de l'autre par les peintres figuratifs de la Nouvelle École de Paris, des artistes issus des mouvements expressionnistes et Cobra qui ne se reconnaissaient pas dans la figuration traditionnelle de leur époque, jugée trop académique, ont exploré une voie alternative".
Recourant à "la dynamique et la force lyrique de l’abstraction, ils dépassent ce clivage de la représentation pour exprimer un univers intérieur allusif, profus et inquiet. La figure humaine, les désirs et les angoisses, sont au coeur de leurs préoccupations".
En "1961 et 1962, deux expositions manifestes, « Une Nouvelle Figuration I&II », vont rassembler chez le marchand Mathias Fels à Paris, ces peintres en quête d'une autre représentation. Les critiques Jean-Louis Ferrier et Michel Ragon, donnent successivement corps, dans les textes d'introduction des catalogues, à une définition en creux de la Nouvelle Figuration. Venant d'horizons fort différents, ces artistes étaient moins réunis par un style ou une facture semblable, que par une insatisfaction commune face à la peinture de leur époque. Ainsi, Maryan et Marcel Pouget exposèrent aux côtés de Pierre Alechinsky, Enrico Baj, John Christoforou, Asger Jorn, Francis Bacon, Bengt Lindström, Jean Messagier, Paul Rebeyrolle et Peter Saul".
De ce "mouvement d'ampleur internationale fit de Paris son centre névralgique, où gravitaient artistes, critiques d'art et collectionneurs". Jacques Grinberg, "le plus jeune des quatre peintres exposés, fut une force vive de la Nouvelle Figuration, multipliant les expositions, et participant à des salons aux côtés de ses confrères".
En 1962, "la jeune critique d’art et commissaire d’exposition brésilienne", Cérès Franco, rencontra Michel Macréau et découvrit la Nouvelle Figuration. Cérès Franco eut "un rôle fédérateur entre les artistes de ce mouvement, qu’elle fit connaître hors de France, grâce à des expositions organisées au Brésil et en Espagne, et pour certains d’entre eux (Macréau, Pouget, Grinberg) dans sa galerie L'OEil de Boeuf, inaugurée en 1972".
"Parallèlement, un mouvement fédéré autour de la figure du critique d’art Pierre Restany vit le jour dès 1960 dans l’atelier d’Yves Klein. Plus uni, construit et répondant à des idéaux à la fois esthétiques et politiques communs, puisant son inspiration dans la réalité de son temps, le groupe des Nouveaux Réalistes (Arman, Raymond Hains, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Villéglé), eurent raison de la Nouvelle Figuration en tant que mouvement, et ouvrirent la voie à la Figuration Narrative (Erro, Rancillac, Klasen, Monory…). La Nouvelle Figuration ne parvint pas à se faire une place en France, ignorée des critiques d'art et des institutions pendant près de cinquante ans.
Manquant de cohésion, ce groupe se désagrégea au milieu des années 1960. Maryan, lassé des mondanités parisiennes s’était installé définitivement à New York dès 1962".
Si "la manière de Macréau, mêlant énergiquement peinture, écriture et graphisme, fut peu comprise de son temps, elle annonçait avec vingt ans d’avance l’esthétique de Jean-Michel Basquiat, A.R. Penck, et Robert Combas qui trouvèrent un écho autrement plus favorable au début des années 1980. Les affinités entre ces artistes méritent d’être creusées".
Quant "aux visions rythmiques et hallucinées du «psychopeintre» Marcel Pouget, sa manière de cerner de blanc les silhouettes de ses personnages, de recourir aux teintes électriques et acides, elles ont très certainement inspiré les Nouveaux Fauves allemands, en particulier certaines peintures de Jörg Immendorff. Ce dernier aurait d’ailleurs vu chez Cérès Franco, la toile La Salle de récréation de l’hôpital psychiatrique (1978), alors qu'elle l'exposait dans sa galerie. Jacques Grinberg, qui absorba tout au long de sa carrière des influences diverses (kabbale, tao), mais toujours fidèle à cette figuration énergique, symbolique et géométrique, porta la Nouvelle Figuration jusqu'au seuil du XXIe siècle".
"De l’autre côté de l’Atlantique, en observant les peintures et les dessins de Maryan, et plus précisément la série de la Ménagerie humaine, on ne peut que songer aux personnages cagoulés peuplant les toiles de Philip Guston. Celui qui décida en 1967 d’abandonner l’expressionnisme abstrait, partage avec le peintre d’origine polonaise ce même goût pour le grotesque, la dérision et un certain humanisme. Goût également partagé avec George Condo, où la composition, la récurrence des insignes de pouvoir tout comme les accoutrements de clowns que l’on retrouve dans ses récents portraits imaginaires, rappellent encore une fois la force colorée et brutale des oeuvres de Maryan".

La Halle Saint-Pierre présente L’ESPRIT SINGULIER. Collection de l’Abbaye d’Auberive, exposition collective, avec des œuvres notamment des œuvres de Maryan. L’Esprit singulier propose "le fonds de l’Abbaye d’Auberive. Son fondateur, Jean-Claude Volot, collectionneur conduit par son désir, son intuition et ses émotions, a réuni en trois décennies plus de 2500 œuvres constituant l’une des plus grandes collections d’art moderne et contemporain où dialoguent art singulier, expressionnisme figuratif et art populaire". 

L’exposition, montre "environ 600 œuvres de 70 artistes, parmi lesquels des grands noms de la photographie (Joel-Peter Witkin…), de l’art brut (Josée Francisco Abello Vives, Philippe Dereux, Anselme Bois-Vives), de l’art singulier (Louis Pons, Fred Deux, Michel Macréau), de la figuration libre (Robert Combas, Hervé di Rosa…), de l’art contemporain (Ernest Pignon-Ernest, Myriam Mihindou, Gao Xingjian…) ou encore surréaliste (Hans Bellmer). Les filiations, les jeux de miroir, les fils invisibles façonnent cet ensemble en nous rappelant que le fondement de l’art réside dans sa puissance à ébranler la norme".


Du 30 mars au 26 août 2016
A la Halle Saint-Pierre
2, rue Ronsard – 75018 Paris
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h, samedi de 11 h à 19 h et dimanche de 12 h à 18 h


Du 20 novembre 2014 au 17 janvier 2015
86, rue Quincampoix. 75003 Paris
Tél. : 33 (0)1 42 71 05 29 
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h. Fermeture annuelle du 20 décembre 2014 au 6 janvier 2015
Vernissage le jeudi 20 novembre à partir de 18 heures

Du 6 novembre 2013 au 9 février 2014
Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Dimanche de 10 h à 18 h.
Le musée est fermé les samedis et le mercredi 1er janvier 2014.

Jusqu’au 3 novembre 2012
7-9, rue des Beaux Arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 97 07
Du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30

Visuels :
Affiche
Maryan
Personnage (détail), 1962
Huile sur toile
Collection particulière, courtesy Michel Soskine Inc., Madrid-New York. © DR

Sans titre
1966
Pastel, 48 x 48 cm

Sans titre (PH1378)
1973
sérigraphie sur papier
70 x 50 cm

Illustration pour le procès de Franz Kafka
1952
Gravure
57 x 47 cm

Maryan
Sans titre (PH 1377)
1969
Acrylique sur papier
64 x 52 cm

Affiche Esprit singulier
MARYAN,
Sans-titre, série-Napoléon,1973-1974, crayon gras sur carton,101.76×76

Sans Titre, 1974, AST, 90 x 75 cm
© Atelier Démoulin


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Publié les 30 octobre 2012, 4 février et 20 novembre 2014, 16 janvier 2015 et 28 mars 2016. Cet article a été modifié le 28 juillet 2016.

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