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mardi 23 mars 2021

Ashin Wirathu, moine bouddhiste

Ashin Wirathu est un moine bouddhiste birman quinquagénaire qui alerte sur le "péril islamique" pour la 
Birmanie ou Myanmar. Arte diffusera le 24 mars 2021 « Le vénérable W. » (Der ehrwürdige W.), documentaire partial de Barbet Schroeder.

  
Né en 1968 à Kyaukse, dans la région de Mandalay (Birmanie, Myanmar, république de l'Union de Birmanie ou république de l’Union du Myanmar), Ashin Wirathu est un moine bouddhiste du theravāda birman. 

Actif sur les réseaux sociaux, Ashin Wirathu alerte sur le « péril islamique ». 

Il dirige le mouvement 969, fondé en 1999 par Kyaw Lwin. Ces « trois chiffres représentent les 24 attributs des trois joyaux du bouddhisme : les 9 attributs du Bouddha, les 6 du Dharma et les 9 du Sangha ». « Acheter 969 », signifie acheter bouddhiste, et non chez des commerçants musulmans. Le nombre 969 correspond aussi « à l'opposé cosmologique de "786" qui signifie pour les musulmans : "Au nom d'Allah le Clément le Miséricordieux".

En 2013, le journaliste David Aaronovitch émettait un parallèle infondé et choquant : « L’Hitler de Birmanie est bouddhiste et ses juifs sont les musulmans rohingyas ». En juillet 2013, l'hebdomadaire Time le met en couverture en titrant « Le visage de la terreur bouddhiste » ; un numéro interdit en Birmanie. 

En 2014, Ashin Wirathu a créé Ma Ba Tha (Association patriotique du Myanmar, ou Association pour la protection de la race ou de la religion).

« Les rapports continus décriant les bouddhistes " antimusulmans " semblent passer à côté de l'essentiel : cette antipathie n'est pas apparue de nulle part, mais plutôt en réponse à l'agression islamique - la même agression islamique à laquelle le reste du monde tente de faire face... Le fait est que, comme dans d'autres pays où ils sont minoritaires, les musulmans des nations bouddhistes sont souvent à l'origine de la violence et du chaos. En Thaïlande, pays à majorité bouddhiste, où les minorités musulmanes sont concentrées dans le sud, des milliers de bouddhistes - hommes, femmes et enfants - ont été massacrés, décapités et violés, les musulmans tentant de nettoyer la région de toute présence "infidèle", a écrit Raymond Ibrahim dans son article « Missing the Point—and Lesson—of Buddhist Anti-Muslim Sentiment » (PJ Media, 2 mars 2015)

Et Raymond Ibrahim de préciser : « Wirathu, le moine bouddhiste "radical" cité par le FT (Financial Times), le NYT (New York Times) et Al Jazeera - ce dernier l'appelle simplement le "Ben Laden birman" - a déclaré : "Si nous sommes faibles, notre terre deviendra musulmane". Son parti parle des gens qui "vivent sur notre terre, boivent notre eau et sont ingrats envers nous" - une référence aux musulmans - et comment "Nous construirons une barrière avec nos os si nécessaire" pour les empêcher d'entrer. Ses brochures affirment que "le Myanmar est actuellement confronté à un poison des plus dangereux et effrayant, suffisamment grave pour éradiquer toute civilisation." Le NYT s'en moque, soulignant que "le bouddhisme semble avoir une place sûre au Myanmar. Neuf personnes sur dix sont bouddhistes... Les estimations de la minorité musulmane vont de 4 à 8 %." Comme mentionné, cependant, dans la Thaïlande voisine, les musulmans représentent également environ 4% mais sont engagés dans une violence généralisée contre les bouddhistes dans le sud où les musulmans sont concentrés... Les bouddhistes comprennent que leur civilisation entière est en jeu ».

« Au Myanmar (Birmanie), des minorités musulmanes non indigènes sont à l'origine d'actes de violence et de viols contre les infidèles. En réaction, le sentiment antimusulman a crû au sein des majorités bouddhistes, visés par les habituelles critiques des médias occidentaux. Ainsi, le leader bouddhiste populaire Ashin Wirathu, que les médias appellent le "Ben Laden birman", s'oppose farouchement à la présence musulmane au Myanmar : "Je les appelle des fauteurs de troubles, parce qu'ils sont des fauteurs de troubles". (Raymond Ibrahim, Why the West Should Listen to Hungary on Muslim RefugeesFrontPage Magazine, 21 septembre 2015, Meforum)

« Après plusieurs mises en garde des autorités religieuses bouddhistes, Wirathu a été, en mars, interdit de sermon pour une durée d’un an. Le 23 mai, trois jours après la présentation, en séance spéciale, au Festival de Cannes 2017, du Vénérable W., le mouvement dirigé par Wirathu, Ma Ba Tha était interdit en Birmanie, toutes ses pancartes de propagande devant être retirées avant le 15 juillet ». Ma Ba Tha a été renommé la Fondation philanthropique Bouddha Dhamma.

« Les Rohingyas, considérés par les autorités birmanes comme des immigrés illégaux originaires du Bangladesh, n’ont pas la nationalité birmane. Ils sont plus de 1 million dans le pays, concentrés dans l’Etat d’Arakan. « Quelque 120 000 d’entre eux sont confinés dans une quarantaine de camps d’internement en Arakan, indique Matthew Smith. Plus de 500 000 ont trouvé refuge au Bangladesh, d’autres en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie, en Arabie saoudite, au Pakistan, en Inde, etc. En raison des mauvais traitements qui leur sont infligés depuis des décennies, ils sont aujourd’hui plus nombreux à l’extérieur du pays qu’à l’intérieur. » (Le Monde, 7 juin 2017)

« Le vénérable W. »
Arte diffusera le 24 mars 2021 « Le vénérable W. » (Der ehrwürdige W.) de Barbet Schroeder.

« Dernier volet de la "trilogie du mal" de Barbet Schroeder, ce face-à-face glaçant avec un moine bouddhiste appelant au massacre des musulmans de la minorité rohingya offre un recul salutaire pour comprendre les turbulences que traverse actuellement la Birmanie. »

« Pour convaincre Wirathu de participer à son projet, Barbet Schroeder a mis  en avant le contexte politique français avant l’élection présidentielle de 2017 : le réalisateur lui a affirmé que Marine Le Pen « partage beaucoup de ses idées » et si « elle arrivait au pouvoir, elle ferait sans doute appliquer des lois semblables à celles qu’il venait d’arriver à faire voter dans son pays ».

« Les hommes bouddhistes doivent prendre la robe de moine une fois au cours de leur existence, pour la durée de leur choix ».
 
« Issu d'une famille birmane pauvre, Ashin Wirathu  a décidé, lui, de le rester toute sa vie. À 23 ans, il part s'installer à Mandalay, la "ville des moines", avec ses centaines de centres religieux ». 

« Il devient célèbre en publiant sous le manteau un traité de méditation qui critique les "maîtres", aussitôt censuré ». 

« Condamné en 2003 à vingt-cinq ans de prison pour incitation à la haine et au conflit religieux, il est libéré en 2012 lors d'une amnistie ». 

« Vénéré en Birmanie, Wirathu continue alors d'user de son influence pour attiser la détestation des musulmans de diverses minorités à coups de sermons virulents, de tracts incendiaires et d'appels au boycott. »

« Ce face-à-face avec un moine extrémiste offre une saisissante conclusion à la "trilogie du mal" de Barbet Schroeder, après Général Idi Amin Dada : autoportrait (1974) et L’avocat de la terreur (2007) ». 

« D'une inquiétante impassibilité, à peine voilée par un brin de mégalomanie, le "vénérable W." évoque d'un ton égal le souvenir du viol d'une jeune bouddhiste par des musulmans qui l'aurait marqué lorsqu'il avait 12 ans, ses débuts difficiles à Mandalay ou son obsession de la pureté de la race birmane ». 

« Un contrôle de soi que l'on retrouve dans ses sermons vengeurs, plus proches de l'embrigadement que du prêche ». 

« L'homme garde une part d'opacité : ses motivations demeurent mystérieuses et sa collusion avec la puissante caste militaire au pouvoir, probable, mais non démontrée ». 

« Mais le film documente admirablement la mécanique de la haine à l'œuvre en Birmanie et dont Wirathu est l'un des instigateurs ». 

« À mesure qu'il souffle sur les braises, un habile montage d'images d'actualité, d'interviews et de vidéos amateurs, parfois d'une insoutenable brutalité, démonte l'engrenage qui a conduit à des pogroms, à l'incendie de villages entiers sans réaction de l'armée ni de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, et in fine au génocide et à l'exil massif des Rohingya ». 

« Fasciné par le bouddhisme, Barbet Schroeder observe frontalement la manière dont le fanatisme peut instrumentaliser cette religion, à l'égal des autres. »

« Indispensable pour éclairer l'actualité récente – le nouveau coup d'État militaire et les manifestations monstres qu'il suscite –, son film atteint l'universel en décrivant la spirale du nettoyage ethnique et les dérives de la foi. »

Le dossier de presse du film ne mentionne pas le djihad.



« Alors que le coup d'État militaire du 1er février ébranle à nouveau le Myanmar, retour avec Barbet Schroeder sur son film Le vénérable W., portrait d'un moine birman ultranationaliste prêchant la haine des musulmans. Propos recueillis par Irène Berelowitch ».

« Le moine Wirathu, votre "vénérable W.", joue-t-il un rôle aujourd'hui dans les événements au Myanmar ?  
Barbet Schroeder : Je suis certain qu'il est l'allié des militaires, mais personne, et moi non plus, n'a réussi à le prouver. Cinq jours avant les élections générales du 8 novembre dernier, il s'est subitement constitué prisonnier, alors qu'il se cachait depuis un an en raison d'un mandat d'arrêt émis contre lui. Pourquoi ? Cela reste obscur. Quant au général Min Aung Hlaing, humilié par son score ridicule de moins de 10 % des voix, il n'a pas imaginé meilleure solution qu'un coup d'État. Ce qui me fascine, entre autres, c'est qu'une certaine naïveté caractérise les deux principaux acteurs du drame : alors que le général s'est persuadé qu'il saurait manipuler les électeurs, Aung San Suu Kyi a cru pouvoir manipuler le général. Cette erreur de jugement a motivé sa collaboration antérieure avec le pouvoir militaire.

Pourquoi Wirathu, arrêté une première fois en 2003, est-il alors resté neuf ans en détention ?  
La dictature, à cette époque, était certes impitoyable, mais différente. Comme le montre le film, il avait été emprisonné pour avoir organisé à l'époque une première émeute ayant fait couler le sang. Les opérations massives d'épuration ethnique contre les Rohingya, que le général Min Aung Hlaing a dirigées personnellement, n'avaient pas encore été planifiées. La libération anticipée de Wirathu, en 2012, a efficacement contribué à cet objectif.

Quatre ans avant les manifestations monstres pour la démocratie, vous filmiez des foules reprenant des slogans haineux…  
Il ne s’agit pas des mêmes, mais je n'ai pas d'illusion sur le fait qu'une majorité de Birmans considèrent, au mieux, que les Rohingya constituent des éléments étrangers à la nation, au pire, que les crimes perpétrés contre eux étaient justifiés. C'est d'ailleurs pourquoi Aung San Suu Kyi, quand les massacres à grande échelle ont commencé, en 2017, a jugé que les dénoncer signerait son arrêt de mort politique. Elle a sacrifié son image internationale en s'employant à nier l'évidence. Auparavant, elle s'était opposée à l'idée que des députés musulmans puissent être élus au Parlement… La Cour pénale internationale s'est mise en marche et j'espère qu'elle rendra justice aux Rohingya, même si tout le monde semble les avoir oubliés. Aujourd'hui, le Bangladesh s'est mis d'accord avec le Myanmar et la Chine pour organiser le transfert forcé des centaines de milliers de réfugiés qui croupissent sur son sol vers une île désertique, invivable, dans le golfe du Bengale. Les opérations ont déjà commencé, mais cela passe à peu près inaperçu.

Avec Wirathu se clôt votre "trilogie du mal". En avez-vous fini avec le sujet ?  
Le point commun entre ces trois films [avec Général Idi Amin Dada : autoportrait, 1974, et L'avocat de la terreur, 2007, consacré à Jacques Vergès, NDLR], c'est l'extrême intelligence et la complexité de ceux qui en sont les héros, et leur jouissance du pouvoir. J'ai tendance à considérer, d'ailleurs, que n'importe quel pouvoir constitue déjà le début du mal. Que ce soit une trilogie relève en partie du hasard. Si j'avais pu réaliser tous les documentaires que j’avais en projet, certains très avancés, j'aurais ajouté quelques personnages maléfiques à ma liste, dont Isabelita Perón et l’ensemble des chefs khmers rouges. La seule certitude, c'est que je n'ai aucune intention d'entamer une trilogie du bien.

Qu'éprouviez-vous, en filmant Wirathu ?  
La même chose que pour Général Idi Amin Dada… En tant que cinéaste, je ne suis pas là pour juger, mais pour montrer d'aussi près que possible ce qui est à l'œuvre chez un tel personnage. Je suis convaincu qu'il est important de combattre le mal, mais je cherche avant tout à saisir la vérité d'un individu. Au départ, je voulais comprendre comment le bouddhisme, cette religion qui prône l'amour et le respect de tous les êtres, avait pu donner naissance à ce commerce de haine. Finalement, avec Wirathu, je me suis retrouvé face à un phénomène devenu mondial : le nouveau populisme, incarné aussi par Trump et ses presque 75 millions d'électeurs. La xénophobie et le nationalisme, alliés au mensonge, se répandent partout. Qui aurait cru, il y a encore une décennie, que l'ignorance et la désinformation feraient de tels progrès ? Cela me fait peur, oui, mais je dois dire aussi que cela suscite ma curiosité.

Vous n'êtes pas tenté de regarder ailleurs ?  
Tout comme le jeu de dupes entre Aung San Suu Kyi et le général Min Aung Hlaing, le personnage de Trump m’intéresse. C'est comme ça que je regarde le réel, le cinéma, la vie : une histoire passionnante et inépuisable, qu'il faut essayer de toutes ses forces de comprendre. La technologie, par exemple, démultiplie la désinformation, mais elle a engendré aussi une forme de cinéma inédite, qui ouvre de nouvelles possibilités au documentaire. Des dizaines de milliers de témoins sont désormais capables de produire des images de la réalité en train d'advenir. On le voit dans mon film, car l'essentiel des images de violences a été réalisé par les victimes elles-mêmes. Le documentaire sur l'invasion du Capitole par les supporteurs de Trump, tourné par des milliers de téléphones-caméras, offre un nouvel et captivant exemple d’un film monté et réalisé par des avocats. Comment ne pas regarder ? »


« Le vénérable W. » de Barbet Schroeder
France/Suisse, 2016, 97 min
Coproduction : ARTE France Cinéma, Les Films du Losange, Bande à part Films, RTS, SRG SSR
Distributeur : Les Films Du Losange 
Commentaire dit par Bulle Ogier 
Sur Arte le 24 mars 2021 à 23 h
Disponible du 05/02/2021 au 31/03/2021
Visuels :
En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste respecté et très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l' islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction.
La Birmanie est un pays où 90% de la population a adopté le bouddhisme, religion pourtant fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.
© Les Films du Losange

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