Citations

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« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

jeudi 6 juin 2013

Mon interview par Radio Chalom Nitsan le 6 juin 2013


J'ai été interviewée par Radio Chalom Nitsan  (RCN), radio Juive de la Côte d'Azur le jeudi 6 juin 2013, vers 13 h 30-13 h 40. L'interview pourra être entendue pendant une semaine sur le site de ce média. Article actualisé.


Le premier thème a été le scandale lié aux plagiats commis par le grand rabbin Gilles Bernheim et sa non-détention de l’agrégation de philosophie mentionnée dans ses notices biographiques :

-          la stupéfaction exprimée par des dirigeants et journalistes communautaires est-elle réelle ou feinte ? Le 9 avril 2013, le Grand rabbin Gilles Bernheim a déclaré sur Radio Chalom que la rumeur sur « son agrégation » avait circulé lors de la campagne électorale au Grandrabbinat de France en 2008. Pourquoi ceux qui savaient se sont-ils tus, au risque d’éclabousser toute la communauté Juive française ? Comment des journalistes décideurs et le leadership communautaire familiers des arcanes du Consistoire ont-ils pu ignorer une rumeur qui a été portée à ma connaissance lors de cette campagne, alors que je n’étais pas journaliste spécialisée dans le judaïsme ? Pourquoi aucune analyse et aucun mea culpa n’ont émané de médias communautaires et des Consistoires israélites de Paris Ile-de-France et de France ? La communauté Juive institutionnalisée française risque de donner l'impression d'être une communauté "je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette".

-          A-t-on assisté à un « printemps Juif français » : des Juifs lambda réclamant le respect du droit et de la morale à un leadership communautaire divisé et embarrassé ? C’est symptomatique du hiatus entre une base juive française soucieuse de morale, d’éthique, de respect du droit et un leadership communautaire clivé, empêtré dans ces scandales, voire minorant la gravité des faits commis par le Grand rabbin Gilles Bernheim ;

-          des articles et des photographies sont reproduits par des médias et des organisations communautaires sans le consentement de leur auteur, sans le rémunérer, sans le créditer comme auteur. L’un de mes interlocuteurs sur RCN s’est indigné par mes propos qui « stigmatiseraient la communauté » et a déclaré que ces plagiats étaient dus à Internet, etc. J’ai répondu que je visais certains médias et certaines organisations communautaires, qu’il ne fallait pas déresponsabiliser leurs dirigeants et que les plagiats étaient commis aussi hors de la communauté. Pour preuves de mes dires, j’ai suggéré que des donateurs à des organisations communautaires françaises affichent la même exigence morale et juridique à leur égard en leur demandant s'ils ont commis des plagiats ou des contrefaçons, de s'engager à respecter le droit d'auteur, etc.

-          un modeste blog a affaibli une institution juive française incontournable et napoléonienne ;

-          le 2 juin 2013, lors des 2e assises des communautés Juives de France, le Président de la République François Hollande a fait une allusion ironique et blessante aux plagiats commis par le grand rabbin Gilles Bernheim.

 J’ai évoqué ensuite le diner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du 20 mars 2013 :

-          Les mêmes discours des Présidents du CRIF et de la République française répétés d’année en année. Le Président du CRIF alerte sur le niveau élevé des statistiques d’agressions antisémites, la désinformation, la diplomatie française déséquilibrée, etc. Le Président de la République répond en louant la contribution des Juifs à l’histoire de France, en soulignant le devoir de mémoire à l'égard des victimes de la Shoah, en promettant de lutter activement contre l’antisémitisme, et décline la « politique arabe de la France » ;

-          Les discours sont « islamiquement corrects » : ces fins connaisseurs de l’islam distinguent l’« islam » de « islamisme radical », et occultent l’antisémitisme et l'anitjudaïsme du Coran et de hadiths. Après les assassinats antisémites du jihadiste Mohamed Merah à Toulouse en 2012, ils n'étaient que quelques dizaines de musulmans à se rassembler place de la Bastille (Paris), dont certains brandissaient une banderole contre l'islamophobie !

-          le CRIF ne parvient pas à capitaliser sur ce diner quasi-unique en France, et à définir une stratégie d’actions plus efficaces que ce diner ou ces récents rassemblements crépusculaires : tels ces défilés-parades (Israel Day Parade) à Londres et à New York pro-Israël le 2 juin 2013 qui visent à inscrire les Juifs dans la cité d’une manière joyeuse, festive, alors qu’ils sont occultés par des expositions sur le photographe André Kertesz au Jeu de Paume, sur les jouets au Grand Palais et au musée du Moyen-âge, etc.  Le Festival de la culture Juive à Cravovie (Pologne) organise des concerts publics gratuits dans l'ancien quartier Juif. Contrairement à l'annonce publicitaire de son organisatrice Paule-Henriette Lévy, le festival des cultures juives ne "déboule" pas dans les rues de la capitale, mais se produit dans des espaces fermés. Un interlocuteur de RCN a déclaré que ces défilés ne résolvaient pas tous les problèmes. J'ai répondu que tel n'était pas leur rôle : ces parades visent à inscrire les Juifs dans la cité, à montrer une autre image des Juifs, etc. Au printemps 2002, à l'appel de la communauté française Juive institutionnalisée, des centaines de milliers de Juifs ont défilé à Paris et dans de grandes villes en soutien à l'Etat d'Israël, contre l'antisémitisme et contre le terrorisme palestinien. Ils se mobilisent moins depuis quelques années. Déception à l'égard de leur leadership communautaire ? Préoccupations personnelles et familiales ? Autres formes de soutien à Israël préférées ?

Et ces problèmes ne seront pas résolus par des dirigeants moins âgés...

 Enfin, j’ai brossé un rapide portrait d’Elie Szapiro (1939-2013), médecin devenu galeriste, libraire et expert reconnu en art judaïca, dont les obsèques ont eu lieu ce 4 juin 2013 au cimetière Montparnasse à Paris. Là, l’eulogie émouvant a été prononcé par le grand rabbin Alain Goldmann.

Elie Szapiro est né à Cahors en 1939. Il est le descendant d’une « lignée de lettrés et de rabbins » polonais – « mon grand père maternel, directeur d’une école juive à Opatov puis à Varsovie, avait une très importante bibliothèque, brûlée dans le ghetto de Varsovie où il est mort ». Ingénieur, son père Oszer est fait prisonnier en 1939 et reste prisonnier jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sans être dénoncé comme Juif par ses camarades. A la libération, la famille Szapiro se retrouve miraculeusement rescapée de la Shoah.

Elie Szapiro étudie la médecine à Toulouse. Là, il fonde la loge Maïmonide du B'nai B'rith.

Il se marie et s'installe à Paris. Le couple a un fils devenu haut fonctionnaire. 

Il est recruté par une firme pharmaceutique, rivale de celle où travaille son beau-père. Diplômé du Centre de perfectionnement aux affaires (CPA) dans les années 1970, il a poursuitvicette carrière brillante.

Avec son épouse Francine, et grâce à des prêts, il ouvre une galerie d'art près du musée du Moyen-âge dans le quartier Saint-Michel (Paris), puis, le succès venant, il quitte cette galerie pour une deuxième galerie Saphir d'art spécialisée dans la mode dans le XVIIe arrondissement (Espace Art/Mode), puis une troisième qui jouxte le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (75003) et une quatrième à Dinard (Bretagne).

Ce libraire érudit participe à la fondation des Archives Juives, puis des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs-France.

C'était un homme cultivé, courtois et sioniste, un ancien édile amoureux de Dinard, un poète dont le recueil de poèmes Repaires Repris a été republié avec des illustrations de Vladimir Kara.

Au fil des décennies et de ses « chines », avec passion, patience et émotion, le couple Szapiro a sauvé de la disparition des objets alors négligés et témoins de l’histoire et de la culture juives. Ils ont organisé la vente exceptionnelle, « rare et recherchée » à Drouot Richelieu (Paris), le 23 mars 2011, de leur collection personnelle « Hébraïca-Judaïca » : près de 400 « objets et peintures qui ne sont pas sortis sur le marché depuis 30 ans ». Elie Szapiro a privilégié les manuscrits et livres, ainsi que le Midi de la France - marranes du Sud-ouest, du Comtat Venaissin et de Provence - où il a grandi.

Malgré la maladie qu’il combattait avec courage, il a aussi rédigé le catalogue de la vente aux enchères d'articles judaïca de la collection de Marc Gordon du 27 novembre 2012.

A lire sur ce blog :
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 Cet article a été publié le 6 juin 2013 et modifié pour la dernière fois le 9 juin 2013.

3 commentaires:

  1. Je vous ai écouté sur http://www.radiochalomnitsan.com/
    Puis j'ai cherché ce que le mot plagiat voulait dire et voici ce que j'ai trouvé sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Plagiat : Il convient de distinguer le plagiat, qui consiste à prétendre qu'on est l'auteur original de ce qui n'est qu'une copie, et la contrefaçon, qui consiste «  à prétendre que ce qui n'est qu'une copie est en réalité l’œuvre de l'auteur original » .
    Dans ce cas que pensez-vous de YOUTUBE quand il permet à Bastian Baker de chanter " Hallelujah " de Bob Dylan ? ( chanson reprise par Jeff Buckley également) Ce chanteur a peut-être eu l'autorisation avec l'auteur mais le public "inculte" aimerait tout de même le savoir .
    Et pour aller plus loin , ne peut-on pas parler de plagiat pour les Écritures dites saintes , qu'elles soient chrétiennes ou musulmanes ?

    Christine LM

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    1. C'est Leonard Cohen qui a écrit Hallelujah, mais merci, maintenant je sais qu'il y a une version de Dylan aussi, je m'en vais y jeter une oreille!

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  2. L’article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle définit et sanctionne la contrefaçon (http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006279172&cidTexte=LEGITEXT000006069414) :
    « Toute édition d'écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit.
    La contrefaçon en France d'ouvrages publiés en France ou à l'étranger est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende.
    Seront punis des mêmes peines le débit, l'exportation et l'importation des ouvrages contrefaisants.
    Lorsque les délits prévus par le présent article ont été commis en bande organisée, les peines sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 500 000 euros d'amende ».
    Ce Code fixe aussi les modalités de reproduction d’œuvres d’auteur, etc.
    Sauf erreur de ma part, il n’existe pas de définition du plagiat dans ce Code.
    Je ne connais pas le cas de cette chanson de Bob Dylan.
    Je crois que le terme « plagiat » pour évoquer les « Ecritures dites saintes » est inadéquat. La Bible chrétienne n’est pas comparable au Coran, "parole incréée d'Allah" (http://www.veroniquechemla.info/2010/12/leurope-et-le-spectre-du-califat-de-bat.html).

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