lundi 1 mai 2017

« Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne » de Pierre Razoux



Les éditions Perrin ont publié une édition actualisée de « Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne », une somme passionnante, didactique, précise et quasi-exhaustive de Pierre Razoux, dont la première édition date de 2006. Style clair, vivant et précis, cartes, annexes précieuses… Tout concourt à informer sur la spécificité de cette armée dont les qualités se sont vite imposées sur les champs de bataille et la renommée affirmée dans le monde. Un livre de référence qui n’élude pas les échecs subis et présente les défis à relever par les Forces israéliennes de défense (IDF). Yom HaZikaron est la journée à la mémoire des soldats morts lors des guerres de l'Etat d'Israël et des victimes du terrorisme depuis 1860, soit au 1er mai 2017, 23 544 soldats israéliens morts en actions, dont 97 l'année juive 5776 (2016-2017). Ce qui représente 9 157 parents endeuillés, 4 881 veuves et 1 843 orphelins. Le 1er mai 2017, 1,5 million d'Israéliens se recueilleront dans 52 cimetières militaires. A 11 h, retentira pendant deux minutes une sirène. Le 30 avril 2017, a été inauguré un Mémorial en hommage à ces soldats. Doté d'une hauteur de 18 mètres, il est situé "à l'entrée du cimetière du Mont Herzl. "Dans le hall du Mémorial, plus de 6000 briques de pierre alignées s'ouvrent comme une cheminée en spirale sur le ciel. Elles sont séparées d'un espace pour laisser passer la lumière. Sur chacune de ces briques figure le nom d'un soldat tué et sa date de décès.Les noms sont classés chronologiquement selon les dates de décès des soldats. Un ordinateur est également mis à la disposition des visiteurs, qui peuvent localiser rapidement la pierre d'un soldat grâce à un système de recherche. Des photos, des films, ainsi que de courtes biographies de chaque soldat sont également accessibles. Grâce a une application, les visiteurs peuvent aussi prendre une photo d'un nom et obtenir directement des informations sur le soldat recherché. L'objectif de ce nouveau mémorial est de permettre au pays de se souvenir de ces soldats disparus en tant qu'individus et de leur histoire personnelle. Le site, dont la construction a démarré en janvier 2015, ouvrira ses portes au public lundi, jour du Souvenir des victimes du terrorisme dans tout le pays".
 Yom HaZikaron est la journée à la mémoire des soldats morts lors des guerres de l'Etat d'Israël - au nombre de 23 169 en mai 2014 - et des victimes du terrorisme depuis 1860. Le nombre de membres de familles endeuillées s'élève à 17 038dont 9 931 parents4 966 veuves et veufs, et 2 141 orphelins. Le ministre de la Défense estime qu'un million et demi de personnes ont assisté aux cérémonies commémoratives dans un des 57 cimetières militaires.


Pierre Razoux est un jeune fonctionnaire, responsable de recherches au Collège de défense de l'OTAN à Rome après s’être distingué au sein du ministère français de la Défense.


Les lecteurs de Guysen ont pu lire un résumé de son article Les réorientations de Tsahal depuis l’été 2006.


« La guerre au Proche-Orient est un conflit générique où il y a beaucoup à apprendre. Depuis la Seconde Guerre mondiale, toutes les tactiques, toutes les technologies, toutes les philosophies y ont été utilisées. Ce n’est pas un conflit israélo-palestinien. Il l’est devenu, mais sa thématique est israélo-arabe, lié à la terre, l’eau, la religion », confie cet historien militaire « athée, neutre » à Guysen-Paris.

Son livre actualisé Tsahal, Nouvelle histoire de l’armée israélienne est le fruit de 20 ans de recherches.


Plutôt que de présenter l’histoire de Tsahal – abréviation de Tsva Haganah Le’Israel (Forces de défense d’Israël) - par thèmes, ce qui aurait induit des redondances, Pierre Razoux a retenu, avec justesse, l’ordre chronologique en y insérant des remarques sur des sujets transversaux, tels le Code déontologique ou le rôle des femmes.

De plus, son ouvrage « traite de questions brûlantes tels que le rôle des grandes puissances, l’importance du facteur nucléaire, le poids des services de renseignements, ou bien encore l’impact du terrorisme sur la politique sécuritaire d’Israël et de ses voisins ».

L’une des originalités remarquables est de remonter à l’Antiquité – la ruse pour compenser l’infériorité numérique des Hébreux, professionnalisation de l’armée par un service militaire obligatoire de plusieurs années - afin d’éclairer les stratégies, les mythes fondateurs ou les décisions contemporaines de l’Etat juif et de ses dirigeants.

Pierre Razoux souligne comment tous les éléments constitutifs de l’Etat d’Israël, notamment l’armée, existent dès le Yishouv, la communauté Juive d’avant 1948, plus de vingt-cinq ans avant l’indépendance de l’Etat d’Israël proclamée par David Ben Gourion, au terme d’une « guerre coûteuse : 5 700 morts et 12 000 blessés graves » et qui a révélé la pertinence de l’emploi des chars, un concept défendu par Ytzhak Sadeh, et le rôle majeur de l’aviation.


L'auteur a le mérite de rappeler que c’est « le Grand Mufti Hadj Amine el-Husseïni, rentré d’Allemagne, qui décrète le djihad (guerre sainte) contre les Juifs de Palestine et crée l’Armée du djihad » car il refuse le plan de partage de la Palestine mandataire en 1947.

Tsahal accorde un rôle fondamental à l’officier dont les « qualités de courage, d’initiative, d’autorité et d’ardeur au combat constituent les principaux critères d’avancement ». Habile à décrire de manière passionnante les batailles, l’auteur soulève deux problèmes du système israélien : la « maturité parfois insuffisante des officiers et leur manque d’expérience dans les poste d’état-major ».

Pierre Razoux souligne l’originalité et l’importance accordée au service de renseignement militaire au sein de Tsahal.

Il précise les fonctions protéiformes de Tsahal, armée de conscrits juifs, Druzes, Bédouins, Arabes de Jérusalem, etc., caractérisée par la place défavorisée de la marine : assurer la défense d’un Etat juif menacé et représenter un creuset favorisant l’intégration des olim (nouveaux immigrants en Israël). Et pépinière de talents dans de multiples secteurs, notamment le High Tech.

Dès l’origine, la stratégie de Tsahal, « résolument offensive – notion originale de raid destiné à punir l’adversaire -, doit déboucher sur une victoire incontestable ». Emergent des figures quasi-mythiques : Ben Gourion, Ezer Weizman[1], Moshe Dayan, Ytzhak Rabin, Ariel Sharon[2], Shimon Peres[3]


Pierre Razoux décrit l’essor d’une industrie nationale de la défense, avec le soutien constant des autorités publiques et pour « pallier l’embargo sélectif de grandes puissances ». Ainsi, sont conçus l’avion de combat Kfir ou le char Merkava.


La guerre des Six-Jours « permet d’inverser les données stratégiques au profit d’Israël » et marque l’orientation vers une « stratégie défensive » avec la Ligne Bar Lev.


La victoire israélienne induit une sur-confiance dont Israël paie un prix humain élevé lors de la guerre du Kippour (1973). Celle-ci marque un autre tournant majeur et constitue un « véritable électro-choc » en Israël, comme plus tard la guerre du Golfe.

A chaque fois, les autorités israéliennes tirent les leçons en adaptant Tsahal et affûtant sa stratégie avec, dans les années 1990, l’ISR (Révolution dans la politique de sécurité d’Israël) afin d’avoir la « connaissance la plus parfaite du champ de bataille afin de s’assurer un avantage décisif sur l’adversaire ». Ainsi sont perfectionnés les drones aériens (Hermes, Heron) ou navals de protection (Katbam, Protector)

En 1998, après l’Intifada I et sous les accords d’Oslo, la nouvelle doctrine d’Israël « s’appuie sur quatre éléments clés : la dissuasion, l’alerte précoce, la recherche d’effets militaires décisifs et la riposte systématique en cas d’attentats terroristes ».


Les prouesses de Tsahal ? Bien sûr, les raids sur Entebbe en Ouganda (juin 1976) et la centrale nucléaire en Irak (1981). Mais l’opération « Paix en Galilée » en 1982 induit « l’illusion d’une victoire » parmi les Israéliens et le « bourbier libanais ».

Pierre Razoux insère son histoire de Tsahal dans la géopolitique en insistant sur des partenariats stratégiques : les liens d’Israël avec la France si profonds jusqu’à la guerre des Six-jours se distendent ensuite, et ceux avec les Etats-Unis se renforcent sous certaines présidences.

Ce livre s’achève sur les menaces actuelles : le Hezbollah qui renforce son influence et son armement au Nord malgré la guerre contre ce mouvement islamiste à l’été 2006, le Hamas dans la bande de Gaza, le nucléaire iranien...

Tout ou presque tout
Pierre Razoux a su éviter deux écueils : l’admiration béate et l’esprit détracteur partial.

La grande qualité de son livre est d’aborder les sujets avec un souci d’honnêteté dans la présentation et de rigueur dans l’analyse, sans occulter les erreurs ou fautes de Tsahal.

Il démythifie l’aide tchécoslovaque – en fait du matériel soviétique – à l’Etat d’Israël renaissant, le faux couple mythique Rabin/Peres et l’invincibilité de Tsahal.

On n’est guère convaincu quand il qualifie de « défaite en pointillés » la guerre menée contre le terrorisme palestinien depuis un demi-siècle, allègue que, lors des massacres de Sabra et Chatila, « une impitoyable chasse à l’homme se déroule à travers les venelles des camps sous le regard indifférent des militaires israéliens » (p.410)[4], présente de manière partielle l’affaire Jonathan Pollard[5] (pp.431-432) ou le début de l’Intifada II (pp.487-488) imputée à tort à Ariel Sharon[6] et déclenchée par les dirigeants de l'Autorité palestinienne.

Pierre Razoux se méprend sur les « jeunes femmes et enfants [qui] sacrifient volontairement leur vie, soulignant l’état de désespoir dans lequel se trouve la société palestinienne » (p.496)[7].


Curieusement, Pierre Razoux endosse une version erronée de l’attaque menée par l’Irgoun à Deir Yassin en 1948 : en fait, ce village n’était pas seulement habité par des civils, mais aussi par des combattants de plusieurs nationalités (60 d'entre eux sont morts lors des combats). Si ce groupe Juif avait souhaité massacrer des civils, pourquoi a-t-il pris le soin à plusieurs reprises, lors des combats, d’assurer l’évacuation de plus d’une centaine de femmes, d’enfants et de personnes âgées ? Il s'agissait d'une bataille rude, vitale pour les indépendantistes, dans un lieu stratégique.


Force est de regretter l’utilisation de certains vocables - « résistance » pour qualifier le Fatah (p.258) ou les fomenteurs de l’attentat de Lod (p.280), Holocauste, qui suggère un caractère religieux, au lieu de Shoah, et « colonies » au lieu d’implantations -, l’absence d’un index et de mention sur les aspects et les enjeux médiatiques, notamment Pallywood et l’affaire al-Dura (p. 488) qui ont si gravement détérioré l’image de Tsahal.

Malgré ces remarques et l’absence de photos, la lecture de cet excellent livre, assorti d’une chronologie, de notes et d’annexes éclairantes, s’avère indispensable en cette période si cruciale.
  
Le chapitre 6 Une décennie demodernisation peut être lu sur le site Internet des éditions Perrin.


Pierre Razoux, Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne. Editions Perrin, collection Tempus. Paris, version actualisée 2008. 736 pages. ISBN : 978-2-262-02792-6


[1] Discours de Ariel Sharon lors de la cérémonie à la mémoire de l’ancien président Ezer Weizman (z’’l), traduction par Véronique Chemla, 26 avril 2005, http://www.guysen.com/
[2] Freddy Eytan, Sharon, le bras de fer. Picollec, 2006. 410 pages. ISBN : 2864772213
Michel Gurfinkiel, Le testament d’Ariel Sharon. Editions du Rocher, 2006. 201 pages. ISBN : 978-2268058610
Luc Rosenzweig, Ariel Sharon. Librairie Académique Perrin, 2006. 433 pages. ISBN : 978-2262024116
[3] Michel Bar-Zohar, Shimon Peres et l’histoire secrète d’Israël. Odile Jacob, 2008. 416 pages. ISBN : 2-7381-1995-6
[4] La source est Alain Ménargues… Extrait du dossier Ménargues publié par L’Arche n° 560 (novembre-décembre 2004), http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=9139&noCat=125&id_key=125
Mitchell G. Bard, Myths and Facts
[5] David Ruzié, Le mystère de l’affaire Pollard, 23 juin 2004, http://www.guysen.com/articles.php?sid=2419 et http://www.jonathanpollard.org/
[6] Khaled Abu Toameh, Intifada II : Comment la guerre a commencé, Jerusalem Post, 19 septembre 2002
[7] Il s’agit en fait de l’instrumentalisation des enfants, transformés cyniquement en enfants-soldats, et des femmes par les mouvements terroristes palestiniens.

Visuels : © DR, Tsahal, Library of Congress

Articles sur ce blog concernant :











Cet article a été publié par Guysen, et sur ce blog le 25 acril 2012, puis le :
- 14 avril 2013 à l'approche du jour de Yom HaZikaron, journée à la mémoire des soldats morts lors des guerres de l'Etat d'Israël - au nombre de 22 993 en avril 2012, 23 085 en avril 2013 - et des victimes du terrorisme (2 493 civils) ;
- 13 septembre 2013 à la mémoire des soldats morts - plus de 2500 - ou blessés lors de la guerre du Kippour en 1973. Le ministère israélien de la Défense a rendu publics des documents sur ce conflit, notamment le témoignage de Golda Meir devant la Commission Agranat ;
- 5 mai 2014. Yom HaZikaron est la journée à la mémoire des soldats morts lors des guerres de l'Etat d'Israël - au nombre de 23 169 en mai 2014 - et des victimes du terrorisme depuis 1860. Le nombre de membres de familles endeuillées s'élève à 17 038, dont 9 931 parents4 966 veuves et veufs, et 2 141 orphelins. Le ministre de la Défense estime qu'un million et demi de personnes ont assisté aux cérémonies commémoratives dans un des 57 cimetières militaires ;
- 26 février 2015. Toute L'Histoire a diffusé le 27 février 2015 le documentaire Tsahal (1994) ;
- 21 avril 2015. Yom HaZikaron est la journée à la mémoire des soldats morts lors des guerres de l'Etat d'Israël et des victimes du terrorisme depuis 1860, soit 23 320 en avril 2015, dont 67 lors de l'opération Bordure protectrice ;
- 11 mai 2016. Yom HaZikaron est la journée à la mémoire des soldats morts lors des guerres de l'Etat d'Israël et des victimes du terrorisme depuis 1860, soit au 6 mai 2016, 23 447 soldats israéliens morts en actions, dont 68 l'année juive 5775 (2015-2016). Ce qui représente 9 442 familles endeuillées, 4 917 veuves et 1 948 orphelins. Le 11 mai, 1,5 million d'Israéliens se sont recueillis dans 52 cimetières militaires. A 11 h, retentit pendant deux minutes une sirène. 

1 commentaire:

  1. je possede la premiere version de ce livre , mr razoux n'echappe pas a la bienpensance a la française qui melange ideologie fumeuse et realité tronquée , sans parler d'une certaine jalousie de certains cercles proche de l'armee française pour tsahal et ses faits d'armes

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