Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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dimanche 6 octobre 2024

L’agression djihadiste du 7 octobre 2023, la guerre israélienne « Glaives de Fer » et la France

Le samedi 7 octobre 2023 au matin, lors de Sim’ha Torah (Souccot), environ 6 000 Gazaouis lourdement armés - 3 800 terroristes islamistes, notamment du Hamas, et 2 200 civils -, ont envahi, le sud de l’Etat d’Israël pour commettre le djihad en criant « Allah Akbar ». Hausse immédiate et dramatique du nombre d’actes antisémites, refus du Président Emmanuel Macron de participer à une marche contre l’antisémitisme, instrumentalisations politiques des Français juifs, carences du leadership communautaire… Un bilan inquiétant près d’un an après cette agression djihadiste et la réponse militaire existentielle israélienne « Glaives de Fer » (Swords of Iron). Article publié en une version plus concise dans le numéro 12 (octobre 2024) de Torah Times Magazine.
 
« Le monde d’Albert Kahn. Moyen-Orient : la naissance des nations » de David Okuefuna
« La fin des Ottomans », par Mathilde Damoisel
« Cent ans de guerre au Moyen-Orient. L'accord secret Sykes-Picot et ses fatales conséquences  » par Alexander Stenzel
Daniel Greenfield quoted in American English part of my article in FrontPage Magazine
« Made in France - Au service de la guerre » de Sophie Nivelle-Cardinale et Alice Odiot

« Offensive de grande envergure », « pogrom », « méga-pogrom d’intention génocidaire » (Pierre-André Taguieff, philosophe, historien des idées),  « attaque terroriste », « le plus grand massacre de juifs depuis la Shoah », « attentat terroriste », voire selon des islamogauchistes « acte de résistance »… La terminologie n’est pas fixée dans les discours français, et occulte généralement l’implication des civils gazaouis et le caractère islamique de l’agression par terre, air et mer du 7 octobre 2023.

Conformisme au « politiquement correct » ? Ignorance ? Nul ne qualifie pertinemment d’agression djihadiste les actes - invasion, viols, assassinats, razzias, rapts… - commis par 6 000 Gazaouis : civils, dont des employés de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East), et membres d'au moins cinq mouvements islamistes : Hamas - dont la Nukhba, unité militaire d'élite -, Djihad islamique, Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et Brigades des martyrs d'Al Aqsa liées au Fatah. 

Et pourtant, les signes ne manquent pas : cris "Allah Ouakbar" des djihadistes gazaouis lors de l'opération "Déluge d'Al-Aqsa" - la mosquée al-Aqsa est un thème central, fédérateur, dans la rhétorique des Frères musulmans -, opération « Khaybar » du Hezbollah lancée début octobre 2024 contre l'Etat d'Israël - lors d'une bataille dans l'oasis Khaybar (dans l'actuelle Arabie saoudite), Mahomet, prophète de l'islam, et ses compagnons avaient attaqué et vaincu la tribu juive, prospère et érudite des Banu Nadir qui y vivait -, etc. Ainsi, "journaliste" de la chaine qatarie Al Jazeera, titulaire de la carte d'identité militaire du Hamas qu'il avait rejoint en 2013, Anas al Sharif écrivait sur Telegram le 7 octobre 2023 : "C'est un djihad, un djihad de victoire et de martyre. Allah Akbar et merci à Dieu".

Pour des raisons diplomatiques et économiques, les soutiens des djihadistes – Iran et ses proxys (Hamas dans la bande de Gaza, Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen), Qatar – ou leur complice – Egypte – ne sont pas toujours nommés.

La classe politique a généralement condamné, sous des modalités sémantiques différentes, ces actes, en évitant quasi-systématiquement de caractériser ce terrorisme d’« islamiste ». Et La France Insoumise (LFI) a refusé de qualifier le Hamas de « terroriste ».

Est vite arrivé le temps de la justification – « l’occupation » ou « la colonisation de la Cisjordanie » - puis le déni et la revendication d’une « Palestine de la mer au Jourdain » par des islamo-gauchistes.

Antisémitisme islamique tabou
Sur les 1676 actes antisémites recensés en 2023 par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), « plus de 1200 actes antisémites ont été signalés du 7 octobre au 31 décembre 2023 ». Presque le quadruple du nombre en 2022 (436). Ces actes « se sont produits sur presque tout le territoire national... Près de 60% visent des personnes ».

Au premier semestre 2024, « 887 faits » antisémites ont été recensés, contre 304 au cours de la même période en 2023. « Les deux tiers des actes antireligieux  sont contre les juifs », a déclaré Gérald Darmanin, ministère démissionnaire de l’Intérieur, le 25 août 2024. Les Français juifs représentent environ 0,6% de la population française.

« Importation du conflit israélo-palestinien », « antisémitisme d’atmosphère », « antisémitisme sous couvert d’antisionisme », « composante de l’islamo-gauchisme »… Telles sont les « explications » avancées prudemment… pour éviter d’évoquer un antisémitisme et un antijudaïsme islamiques que seul, Eric Zemmour, Président de Reconquête !, désigne en les liant à l’immigration « de culture arabo-musulmane ».

« L'honnêteté intellectuelle consisterait à reconnaître l'importance des préjugés [antisémites chez les musulmans] pour mieux les combattre, et non à les mettre sous le tapis comme le fait le recteur [de la Grande mosquée de Paris Hafiz Chems-eddine]… sous le regard perplexe du [Grand Rabbin de France ou GRF Haïm Korsia] qui s'abstient de le tacler par amitié », a écrit Ferghane Azihari, chroniqueur au Point, sur X, le 28 octobre 2023.

Publiée en mai 2024 par l’Institut français d'opinion publique (IFOP) pour l’American Jewish Committee (AJC) Paris, en partenariat avec la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), « la radiographie de l’antisémitisme en France » a souligné l’« augmentation des préjugés antisémites chez la population musulmane ».

Le principal carburant de cet antisémitisme demeure le « palestinisme » (Sammy Ghozlan).

Par deux circulaires - 10 octobre 2023 et 29 avril 2024 -, le Garde des Sceaux et ministre de la justice Eric Dupond-Moretti a demandé aux procureurs une « réponse pénale ferme et rapide » face à l’antisémitisme et à « l’apologie du terrorisme ». Présidente de l’Organisation Juive Européenne (OJE), Me Muriel Ouaknine-Melki a déploré le 24 août 2024 sur CNews la non-application des circulaires, et a exhorté à des « sanctions plus rapides, plus fermes ».

Manifestations et rassemblements haineux, blocages et occupations d’établissements prestigieux, tels la Sorbonne et l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Paris par des individus pro-Hamas portant masques et keffiehs, brandissant des drapeaux palestiniens aux cris de « Free Palestine »... Des actions aux mots d’ordre mensongers - « massacre », « génocide », « famine » à Gaza – qui ont réactivé le stéréotype antisémite du juif cruel, meurtrier.

Une propagande anti-israélienne reprise par des politiciens et des médias partiaux diffusant des images de Pallywood comme reflétant la réalité.

Derrière cette agitation islamo-gauchiste : essentiellement le Comité Palestine et Urgence Palestine, surprise de l’absence de répression gouvernementale de ses actes. Leur dissolution n’a pas été initiée, malgré les troubles à l’ordre de public commis.

Réalisées par l’IFOP pour le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), quatre enquêtes (2023-2024) sur « le regard des Français sur le conflit israélo-palestinien et ses conséquences sur la France » ont révélé leur soutien durable à Israël : en juin 2024, « 72 % éprouvent un peu ou beaucoup de sympathie pour les Israéliens, et 56 % considèrent que l'objectif d'Israël d'éliminer le Hamas est justifié ».

Instrumentalisations politiques
« Les services de renseignements français avaient repéré des indices d'une attaque terroriste. Ils ignoraient la date. Jusqu’au 7 octobre, en vertu d'un accord entre le Président Jacques Chirac et Yasser Arafat, le renseignement n’était pas partagé avec Israël. Le Président Emmanuel Macron a-t-il été informé ? Ce n'est pas impossible », avait révélé le journaliste Georges Malbrunot le 30 août 2024 sur RTL.

Le 7 octobre 2023, le Président Emmanuel Macron avait condamné « les attaques terroristes », et demandé la libération des otages ainsi qu’un cessez-le-feu. 

Après son échec à constituer une coalition internationale pour lutter contre le Hamas et après le vote de la France Pour la résolution onusienne du 27 octobre 2023 ne condamnant pas le Hamas, le Chef de l’Etat a, les 10-12 novembre 2023, multiplié les actes graves hostiles aux juifs et à Israël. 

Sur la BBC, il a accusé Israël de tuer des bébés (blood libel) - accusation fausse, diffamatoire, portée contre les juifs accusés de tuer des enfants non-juifs (crime rituel), et dont on sait la portée létale pour les Juifs dès le Moyen-âge. Puis, dans un hommage au Soldat inconnu, il a rétrogradé les juifs en dernière position, après les musulmans et les catholiques. Last, not least, il a refusé de participer à la « marche contre l’antisémitisme et pour la république » : il estimait que sa fonction présidentielle excluait de manifester, et voulait « préserver l’unité de notre pays. » Une décision influencée par l'humoriste franco-marocain controversé Yassine Belattar qui avait alerté les conseillers élyséens « à ne pas commettre l’erreur irréparable qui donnera aux quartiers des raisons de s’enflammer ».

Après la déclaration du Président de Gaulle en novembre 1967 (« peuple sûr de lui et dominateur »), le GRF Jacob Kaplan avait exprimé son indignation. Et c’était de Gaulle ! Le vendredi 3 octobre 1980, vers 18 h 37, à l’entrée du chabbat, explosait une bombe visant la synagogue libérale rue Copernic. Raymond Barre, alors Premier ministre et élu de Lyon, déclara « Cet attentat odieux voulait frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ». 

Le 4 octobre 1980, sur les conseils du Secrétaire général de l’Elysée, Jacques Wahl, le Président de la République Valéry Giscard d'Estaing (UDI) adressa une lettre au Grand Rabbin de France, alors Jacob Kaplan, après cet attentat : "J'exprime mon émotion et mon indignation devant l'odieux attentat contre la synagogue de la rue Copernic. En ce moment de douleur, je vous redis l'estime et l'amitié personnelles que je porte à la communauté juive de France. J'ai donné des directives expresses afin que tout soit mis en oeuvre pour retrouver et traduire devant la justice, les auteurs de cette action criminelle. Sachez que, dans une semblable circonstance, le sentiment qui réunit les Français de toutes origines et de toutes confessions, est celui de leur étroite solidarité". 

Et en 2023 ? Rien.

Initiative des Présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat – respectivement Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher -, cette marche a réuni en France 182 000 personnes, dont des élus du Rassemblement national (RN), et à Strasbourg quelques élus de LFI. Une marche silencieuse et sans drapeaux israéliens !?

On reste perplexe devant les contradictions françaises : intervention militaire aux côtés d’Israël lors de l’attaque de l’Iran (13-14 avril 2024) et interdiction gouvernementale des stands d’Israël à Eurosatory, Salon international consacré à la défense et à la sécurité terrestres et aéroterrestres (17-20 juin 2024) à Villepinte. Un boycott étatique illégal.

Selon la « radiographie de l’antisémitisme » réalisée par IFOP Opinion, LFI, qui avait placé l’activiste anti-israélienne Rima Hassan au centre de sa campagne pour les élections européennes 2024 afin de capter le « vote halal », est perçue par 92% des Français juifs comme contribuant à la montée de l’antisémitisme. Si 31% des Français considèrent que Renaissance, parti macronien, participe à cette montée, les Français juifs sont 19% à partager cet avis.

L’accusation d’antisémitisme doit être crédibilisée par la « caution » de dirigeants communautaires qui s’avèrent perdants dans leur immixtion dans la vie politique. Brandie par la Macronie, elle a permis d’écarter de « l’arc républicain », de disqualifier, un adversaire politique diabolisé, le RN qui, comme LFI, n’a jamais été dissous. 

Aux élections législatives anticipées 2024, malgré les accusations d’antisémitisme visant LFI, la gauche, dont le Parti socialiste réclamant « un embargo sur les armes et munitions à Israël », a rallié LFI dans le Nouveau Front populaire (NFP). Quant à la Macronie, dont Gabriel Attal alors Premier ministre, elle a appelé à voter pour le NFP contre le RN. Puis, elle a accordé des postes-clés à l’Assemblée nationale aux députés LFI vers qui se sont portés aussi les votes du… RN. Celui-ci justifiant ses votes par le respect de la démocratie. Comprenne qui pourra.

Une communauté fragilisée
Près d’un quart de siècle depuis le déclenchement de l’Intifada II par Arafat en 2000, des dirigeants d’organisations juives françaises (Consistoires, CRIF, Union des étudiants juifs de France ou UEJF…) n’ont aucune stratégie d’actions, du court au long termes.

Incapables du moindre mea culpa, figés dans des « postures morales » anachroniques, laissant perdurer la seule image préjudiciable de coreligionnaires apeurés (film « Retrouvons notre fraternité » de la LICRA/Maurice Lévy/animateur Arthur), ils réagissent par de la communication, des rassemblements, la multiplication de Collectifs souvent ancrés à gauche…

Commis par des Algériens – l’un visé par une OQTF (Obligation de quitter le territoire français) depuis 2022, l’autre connu défavorablement des services de police -, les incendies des synagogues de Rouen (17 mai 2024) et de La Grande Motte (24 août 2024) sont liés à une immigration massive non contrôlée, majoritairement musulmane, surreprésentée dans la délinquance, servant de vivier et de « bouclier humain » aux djihadistes. Une réalité tue par des dirigeants communautaires « politiquement corrects ».

Ces dirigeants se sont mobilisés publiquement pour de brillants élèves juifs du prestigieux lycée Yavné ayant eu des notes anormalement basses dans une épreuve du Bac, mais pas pour des lycéens juifs inadmissibles, malgré leurs excellents dossiers scolaires, à l’épreuve orale pour l’admission au Bachelor de Sciences Po !? Si de grandes écoles et des campus universitaires sont interdits de facto aux juifs français, où la jeunesse juive française pourra-t-elle étudier ? Combien d’établissements scolaires juifs devront être ouverts pour accueillir l’afflux enregistré à la rentrée 2024 d’élèves dont la sécurité n’est plus assurée dans « l’école publique » ? Et, est-ce la seule solution ?

Par manque de lucidité, ce leadership communautaire ne s’est pas indigné quand a été introduite et généralisée, dans l’enseignement et les entreprises, la « discrimination positive » favorisant la « diversité », notamment une « beurgeoisie » pas très judéophile, et antithèse de la méritocratie républicaine qui avait permis l’émergence d’une bourgeoisie juive française généreuse donatrice pour la Tsedaka.

N’ayant pas combattu pour la vérité dans l’affaire al-Dura et pour l’intégration des juifs et du Judaïsme dans le « récit national », ces dirigeants ne savent pas contrer la désinformation, comme l’a montré l’interview sur BFM du GRF Haïm Korsia, pour le moins maladroit. Ce sont des militants ou lanceurs d’alertes, tels le Collectif des vigilants ou SwordOfSalomon, qui, sur les réseaux sociaux, repèrent les antisémites ainsi que les fake news, et réinforment.

Bénéfique électoralement à l’« extrême-centre », la ligne politique « ni extrême-gauche ni extrême-droite » d’un leadership refusant de hiérarchiser les menaces pour nouer des alliances tactiques, a été remise en question par Serge Klarsfeld, Président des Fils et Filles des déportés juifs de France (FFDJF), Richard Prasquier, Président d’honneur du CRIF, et des dirigeants communautaires franciliens. Ceux-ci, « à l’écoute de la voix juive des quartiers » (Albert Myara, Président de communauté, 94), ont contesté la « représentativité politique » de ce leadership. Entre les deux tours des élections législatives anticipées, ils ont rencontré Marine Le Pen, Présidente à l'Assemblée nationale du groupe RN, pour l’interroger notamment sur la she’hita (abattage rituel juif). Une action contrant la stratégie mitterrandienne brandissant la menace d’une « extrême-droite fasciste » qui n’était « que du théâtre » (Lionel Jospin, ancien Premier ministre socialiste).

Ce leadership communautaire n’a pas réagi adéquatement après le blood libel du Président Emmanuel Macron. Pire, ce Chef d’Etat a reçu à l’Elysée, le 7 décembre 2023, le Prix Rabbi Lord Jakobovits de la Conférence des rabbins européens (CER) dont le premier vice-Président est le GRF Haïm Korsia. Lors de la cérémonie de remise, ce thuriféraire de la laïcité a allumé… une bougie de Hanoucca - ou pour les victimes de cette agression djihadiste ? -, ce qui a suscité une polémique et induit une plainte pour non respect de la laïcité. Une réelle « amicale complicité » existe-t-elle entre le Président Emmanuel Macron et le GRF Haïm Korsia dont les intérêts sont parfois divergents, et sert-elle la communauté juive française ?

En outre, « les mois qui ont suivi le massacre du 7 octobre ont révélé l’échec de l’éducation occidentale sur la Shoah, qui n’a jamais visé à éclairer les séquelles de l’idéologie nazie dans le monde musulman », a observé l’essayiste allemand Matthias Küntzel. Effectivement, ce leadership communautaire a présenté depuis des décennies une Shoah « islamiquement correcte ». Et, il ne rappelle pas le souvenir de l’exil contraint de près d’un million de juifs du monde arabe ou/et musulman, essentiellement des années 1940 aux années 1970. Une "épuration ethnico-religieuse".

Ces dirigeants communautaires restent isolés. Ils soutiennent la « solution à deux Etats »… alors que la Knesset a majoritairement adopté en juillet 2024 une résolution contre la création d’un Etat palestinien. Si les relations institutionnelles judéo-catholiques se sont révélées solides, celles avec des instances musulmanes se sont profondément délitées. Signe de l’échec du « dialogue judéo-musulman ». 

Dans ce contacte alarmant, « les demandes d’ouverture de dossiers d’aliyah (6 440) auprès de l’Agence juive ont augmenté depuis le 7 octobre de plus de 510 % par rapport à la même période de l’an passé. » Et le gouvernement israélien envisage une aliyah d’urgence de France.

La parenthèse historique ouverte après 1944 et bénéfique pour les Français juifs s’est-elle progressivement fermée depuis 1967 ?


8 octobre 2024 à 19 h à Paris : soirée de soutien, de la loge Ben Gourion @BnaiBrithFrance, au kibboutz agricole Messiloth à portée de missiles du Hezbollah, à 7 km de la frontière 🇯🇴, sans barrière de sécurité anti-terroriste. 
En présence de Me Gilles-William Goldnadel. 


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié dans le numéro 12 (octobre 2024) de Torah Times Magazine.

samedi 5 octobre 2024

Arnold Schönberg (1874-1951)

Arnold Schönberg (1874-1951) était un compositeur majeur du XXe siècle et peintre amateur, juif né à Vienne, exilé aux Etats-Unis. Il s'est illustré dans la 
dodécaphonie. Dans le cadre du 150e anniversaire d’Arnold Schönberg, Arte lui rendra hommage en diffusant le 7 octobre 2024 à 00 h 10 « Arnold Schönberg - L’inlassable visionnaire », documentaire d’Andreas Morell, puis à 01 h 40 « Transfiguré - 12 vies de Schönberg » réalisé par Louise Narboni.



Arnold Schoenberg (1874-1951) est né dans une famille juive viennoise : si sa mère est pratiquante, son père est libre-penseur.

Orphelin à 16 ans, il exerce divers métiers. Cet autodidacte effectue des copies, écrit les arrangements et les orchestrations de chansons et d’opérettes.

Dès 1894, il reçoit l’enseignement en art du contrepoint auprès d’Alexander Zemlinsky.

Influencé par son ami le chanteur d’opéra Walter Pieau, dans un but d’assimilation, ce lecteur de la Bible se convertit au protestantisme luthérien et se fait baptiser en 1898.

Admirateur de Richard Wagner et de Johannes Brahms, Arnold Schoenberg crée ses premières œuvres - La nuit transfigurée (1899) - en les inscrivant dans la tradition romantique allemande.

En 1903, il rencontre Gustav Mahler à Vienne, et est recruté comme professeur. Parmi ses élèves : Berg et Webern.

En 1910, il enseigne à l’Académie de musique (Vienne), et s’intéresse à la peinture expressionniste.

En 1911, il termine son Traité d’Harmonie qu’il dédie à Mahler, et vit à Berlin. Là, il fait la connaissance de Ferruccio Busoni.

Il s’engage dans la voie de l’atonalité en s’émancipant de la dissonance (Erwartung, Pierrot Lunaire).

Il s’inspire de la Bible pour son oratorio L’Échelle de Jacob (Die Jakobsleiter) débuté en 1914 et inachevé. Une étape dans son retour au judaïsme.

Dans les années 1920, Arnold Schoenberg  invente le dodécaphonisme sériel.
En dépit de sa conversion au protestantisme luthérien « dans sa jeunesse, Arnold Schoenberg a été la cible d’attaques antisémites dès 1921 » lors d’un séjour à Mattsee. « La violence de ce rejet le décida à renouer avec ses racines, tout en développant une lecture personnelle » de la Bible hébraïque.

Frappé par les lois antisémites du régime nazi, Arnold Schoenberg est exclu de la Preußische Akademie der Künste de Berlin où il assurait la fonction de professeur de composition.

« La leçon qui m’a été inculquée de force l’année dernière, je l’ai enfin apprise, et jamais je ne l’oublierai : je ne suis pas un Allemand, ni un Européen, peut-être même à peine un être humain, mais je suis juif », constate Arnold Schoenberg (1874-1951), revenu  au judaïsme le 24 juillet 1933, à la synagogue de la rue Copernic, à Paris, en présence de Marc Chagall et du docteur Marianoff, peu avant son exil définitif aux Etats-Unis où il enseigne à Boston, puis à New York.

« Esquissé sous la forme d’une cantate, bientôt élargie à celle d'un oratorio », le projet artistique « devint un opéra philosophique et religieux opposant les deux frères Moïse, le penseur, à Aaron, l’homme d’action, la radicalité au compromis, la parole embarrassée au lyrisme du chant, face à la communauté versatile incarnée par des chœurs à l’importance exceptionnelle ».

« Arnold Schönberg - Aux frontières de la tonalité ». « Il y a 150 ans naissait Arnold Schoenberg (1874 -1951). Compositeur, inventeur du dodécaphonisme, peintre, et concepteur d’un plateau d’échecs pour quatre joueurs à ses heures perdues, il était un artiste polyvalent et visionnaire. Découvrez sur Arte un univers audacieux, qui a profondément bouleversé les codes de la musique, et transformé le paysage sonore du XXe siècle. »

« Arnold Schönberg - L’inlassable visionnaire »
Arte diffusera le 7 octobre 2024 à 00 h 10 « Arnold Schönberg - L’inlassable visionnaire », documentaire d’Andreas Morell.

« Un portrait plein de vie de l'inventeur du dodécaphonisme, le célèbre compositeur d’origine viennoise Arnold Schönberg, à l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance. »

« Il a composé, peint, écrit, conçu un plateau d’échecs pour quatre joueurs et rédigé un précis de tennis : Arnold Schönberg, né à Vienne en 1874 et mort à Los Angeles en 1951, était un artiste polyvalent et visionnaire. »

« Inventeur du dodécaphonisme – une technique de composition qui donne une importance comparable aux douze notes de la gamme chromatique, rompant totalement avec la tonalité –, il a profondément influencé la musique du XXe siècle. »

« À l’occasion de son 150e anniversaire, le réalisateur Andreas Morell retrace le parcours d’Arnold Schönberg, marqué par des drames personnels, deux guerres mondiales, l’antisémitisme et l’exil. »

« De l’Autriche aux États-Unis en passant par Berlin et Venise, son documentaire ressuscite les moments essentiels de sa biographie à travers un matériau d’une passionnante richesse : archives, notamment familiales, interviews de ses proches, dont ses enfants, extraits de ses œuvres, peintures animées, reconstitutions incarnées par le comédien Dominique Horwitz, qui s’empare de fragments de son journal et de ses lettres... »

« Des musiciens d’aujourd’hui, comme la violoniste Patricia Kopatchinskaja et le clarinettiste et compositeur Jörg Widmann, se joignent également à cet hommage à un artiste à l’inventivité sans limites. » 

« Transfiguré - 12 vies de Schönberg »
Arte diffusera le 7 octobre 2024 à 01 h 40 « Transfiguré - 12 vies de Schönberg » réalisé par Louise Narboni.

« Hommage au compositeur Arnold Schönberg, avec douze de ses oeuvres mises en scène par le cinéaste Bertrand Bonello, sous la direction musicale d'Ariane Matiakh. Un spectacle puissant mêlant musique, images et textes. »

« Arnold Schönberg, un artiste "dégénéré", comme le qualifièrent les nazis ? Le génie du compositeur autrichien, pourtant, bouleversa le visage de la musique du XXe siècle. Avec le dodécaphonisme, Arnold Schönberg inaugura une ère esthétique nouvelle, faite de rupture atonale et de disparition de la mélodie et de l’harmonie. »

« À l’occasion des 150 ans de sa naissance, la cheffe d’orchestre Ariane Matiakh et le cinéaste Bertrand Bonello offrent une vision kaléidoscopique du phénomène Schönberg au prisme du chiffre 12 : douze comme les notes de la gamme chromatique fondant le système dodécaphonique, et comme les douze extraits d'œuvres représentatives de son imaginaire en perpétuelle métamorphose, de Pelléas et Mélisande à La nuit transfigurée, de Pierrot lunaire à Kol Nidre. » 

« Porté par l'Orchestre de Paris, le spectacle mêle musique, images et textes, en donnant à suivre, de 1899 à 1948, l'évolution de l'œuvre de celui qui fut aussi théoricien et peintre, ainsi que celle de l'Allemagne, jusqu’à l’effondrement. »

« L’ambitieuse scénographie de Bertrand Bonello utilise l'architecture de la Philharmonie de Paris et de sa grande salle Pierre-Boulez (du nom de l’un des plus célèbres héritiers de Schönberg) comme le réflecteur des tourments intenses de ce rénovateur radical et des tragédies du monde contemporain. »

« La soirée oscille entre l’élan des grandes formations présentes dans la salle – les cent musiciens et quatre-vingts choristes de l’Orchestre de Paris – et les interventions des comédiens et danseurs arpentant la scène, auxquelles répondent les partitions des solistes, le pianiste David Kadouch et la soprano Sarah Aristidou »

« En arrière-plan apparaissent de puissants effets optiques, telles des formes fantastiques ou des vues de l'esprit. Un hommage d’une grande densité à l’inventivité proliférante d’Arnold Schönberg. »  

« Schönberg vs Stravinsky »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre de la série « Les grands rivaux en musique », « Schönberg vs Stravinsky » de Sylvie Kürsten.

« Retour sur le conflit qui a violemment opposé, dans les premières décennies du XXe siècle, les deux figures de proue de la modernité musicale, Arnold Schönberg et Igor Stravinski. »  

« Bien qu’Arnold Schönberg et Igor Stravinski aient tous deux influencé le quatrième art de manière décisive, leurs créations demeurent diamétralement opposées. »

« Alors que l’Autrichien développe la méthode dodécaphonique, mettant les douze notes de la gamme chromatique au cœur de la technique de composition au détriment des tonalités, son rival russe fonde sa pratique sur l’éclectisme stylistique. »

« Leurs partisans se rangent en deux camps adverses, et les deux compositeurs, l’un père de la seconde école de Vienne, l’autre du néoclassicisme, deviennent au gré de leurs succès les figures de proue d’un conflit qui a marqué l’histoire de la musique par sa durée et son intensité. »

« Si, en 1910, les deux maîtres se saluaient encore avec respect, leurs rapports se dégradent par la suite, chacun restant convaincu d’avoir trouvé la véritable manière de composer. »

« Ironie de l’histoire, à la fin de sa vie, l’exilé (en France, puis aux États-Unis) Stravinski opère une volte-face spectaculaire en s’essayant au sérialisme, une technique de composition fondée sur le dodécaphonisme. »

"Moses und Aron"
« Inimaginable parce qu’invisible, parce qu’inconcevable, parce qu’infini, parce qu’éternel, présent partout, tout puissant ». (Moïse et Aaron, Acte I, scène 2)

Arte diffuse sur son site Internet, après l'avoir diffusé en direct de l’Opéra de Paris  « Moïse et Aaron » (Moses und Aron), par Arnold Schönberg (1874-1951), compositeur majeur du XXe siècle, juif né à Vienne, exilé aux Etats-Unis, sur un livret en allemand du compositeur inspiré par le livre biblique L’Exode, dirigé par le maestro suisse Philippe Jordan, mis en scène par Romeo Castellucci et réalisé par François-René Martin. Conçu de 1930 à 1932, créé en 1954, cet opéra inachevé en deux actes – la musique manque au 3e acte - a été diffusé en différé sur France Musique le 31 octobre 2015. Le « conflit entre l’esprit et la matière, l’idée et sa représentation, la pensée et le verbe » exprimé par un Juif sioniste. 

Pour composer son quatrième opéra, Arnold Schoenberg s’inspire de sa pièce de théâtre, Der biblische Weg (« La Voie biblique »), un drame auquel il pense dès 1922, et qu’il achève quatre à cinq ans plus tard, ainsi que de L’Exode et du Livre des Nombres. Max Aruns, personnage principal dont le nom est né de la première syllabe d’Aaron et de celui de Max Nordau, un fondateur avec Theodor Herzl du sionisme politique moderne, songe à fonder en Afrique un Etat pour y recevoir les Juifs du monde entier. David Asseino, porte-parole de l’orthodoxie religieuse, qui prononce les paroles décisives dans son dialogue avec Aruns au troisième acte : « Max Aruns, vous voulez être Moïse et Aaron en une même personne ! Moïse, à qui Dieu concéda la pensée, mais à qui faisait défaut la force de la parole, et Aaron, qui ne savait pas concevoir la pensée mais qui était capable de l’exprimer et de toucher les masses ».

Arnold Schoenberg compose Moses und Aron de 1928 à 1932, selon la méthode dodécaphonique qu’il a inventée. L’argument est ainsi résumé par l’universitaire Christian Merlin : « Au buisson ardent, Dieu s’adresse à Moïse et fait de lui son prophète. N’étant pas doué pour l’art oratoire, Moïse demande à son frère Aaron de parler à sa place et de révéler au peuple que Dieu l’a élu et qu’il doit se libérer du joug du Pharaon. L’homme d’idées (Moïse) entre en conflit avec l’homme de communication (Aaron), ce dernier ne croyant pas que le peuple adorera un Dieu que l’on ne peut représenter. Devant la réticence d’une partie du peuple, Aaron réalise trois miracles : le bâton de Moïse est changé en serpent, sa main devient lépreuse et l’eau du Nil prend la couleur du sang. Seul dans le désert, le peuple se sent abandonné de Moïse et de Dieu. À l’acte II, Moïse s’est absenté pour se rendre sur le Sinaï afin de recevoir les tables de la loi. Même Aaron semble en proie au doute et se laisse convaincre par le peuple de rétablir les anciennes idoles. On érige un veau d’or autour duquel se déroule une danse sauvage. La cérémonie païenne tourne vite à l’orgie et même au sacrifice humain, lorsque quatre jeunes vierges sont livrées au couteau des prêtres. Descendu de la montagne, Moïse, hors de lui, détruit le veau d’or en prononçant une seule parole. Le peuple prend la fuite devant cette manifestation spectaculaire de la puissance du Dieu auquel il refusait de croire. Furieux, Moïse reproche à Aaron d’avoir trahi l’idée même de Dieu. Son frère réplique que l’idole n’était qu’une image, une manière de rendre ce Dieu lointain accessible au peuple. De désespoir, Moïse brise les tables de la loi : il ne comprend pas que l’on soit obligé de falsifier la vérité dès que l’on veut l’exprimer. Moïse est en prise directe avec les idées mais il lui manque les mots pour les transmettre. C’est ainsi que s’achève la partition de Schoenberg, mais il peut être utile de rappeler le contenu du dernier acte, resté à l’état d’ébauche. Moïse y visite son frère qui a été fait prisonnier pour trahison du Dieu véritable. C’est le point culminant du débat philosophique entre Moïse et Aaron : les mots que l’on adresse au peuple sont forcément interprétés par lui, donc trahis. Aux Juifs qui lui demandent s’ils doivent tuer Aaron, Moïse recommande de se battre uniquement pour l’idée de Dieu et de vivre désormais dans le renoncement. Il ordonne qu’on libère Aaron qui s’écroule, mort ».

Le compositeur et librettiste « modifie parfois sensiblement la source biblique pour intensifier l’opposition entre les deux frères, c’est-à-dire entre l’esprit et la matière, l’idée et sa représentation, la pensée et le verbe, nous livrant sa propre réflexion sur les notions centrales d’irreprésentabilité, d’interdiction de faire des images, d’élection du peuple juif », écrit Christian Merlin. Ainsi, l’auteur attribue à Aaron des prodiges que la Bible confère à Moïse.

Afin de « traduire musicalement l’antithèse entre les deux frères, Arnold Schoenberg a eu l’idée de leur attribuer deux modes d’écriture vocale opposés : Moïse s’exprime en Sprechgesang et Aaron recourt au chant lyrique. Pour souligner encore ce contraste, le rôle de Moïse revient à un baryton-basse à la voix plus sombre et rocailleuse, Aaron étant tout naturellement dévolu à un ténor, voix plus lumineuse et séduisante. Le Sprechgesang est une technique de parlé-chanté que Schoenberg avait lui-même inaugurée dans ses Gurrelieder avec la partie finale du récitant, puis développée dans le célèbre Pierrot lunaire (1912), où les poèmes d’Albert Giraud sont traités sur ce mode. Le hiératisme austère de la déclamation propre à Moïse se distingue ainsi immédiatement du chant volontiers mélodique, lyrique, voire héroïque d’Aaron ».

L’écriture musicale, Moïse et Aaron relève de « la période sérielle de Schoenberg... La technique compositionnelle du musicien est passée par trois phases. Ses premières œuvres, marquées par le chromatisme wagnérien et straussien et par un certain expressionnisme, recourent encore à la tonalité, même si elles en dissolvent déjà les contours (1899 : Nuit transfigurée, 1900-1901 : Gurrelieder, 1902-1903 : Pelléas et Mélisande, etc.). Suit la période dite atonale, où Schoenberg tire les conséquences de la perte des repères tonaux et renonce à la hiérarchie tonale (1907-1908 : Quatuor à cordes n°2, 1908-1909 : Le Livre des jardins suspendus, 1909 : Erwartung et Cinq pièces pour orchestre op. 16, etc.). Après un silence de plusieurs années, c’est dans les années vingt que Schoenberg commence à composer selon le système qu’il a lui-même mis au point : la musique dodécaphonique (1923 : Sérénade op. 24, Suite pour piano op. 25, 1926-1928 : Quatuor à cordes n°3, 1928 : Variations pour orchestre op. 31, 1928-1929 : Von Heute auf Morgen, etc.). Ce système de composition repose sur l’utilisation exclusive des séries dodécaphoniques : les douze degrés de la gamme chromatique y sont utilisés sous formes de séries au cours desquelles aucune note ne peut être répétée avant que les onze autres n’aient été énoncées. Il existe ainsi 479 001 600 séries possibles, chaque série pouvant elle-même revêtir 48 formes différentes (formes originale, récurrente ou rétrograde, renversée ou miroir, récurrente renversée ou rétrograde du miroir, chacune de ces formes étant transposable sur les onze autres degrés de l’échelle chromatique). Jusqu’ici, Schoenberg avait surtout utilisé cette technique sur de relativement petites formes : Moïse et Aaron allait permettre de prouver que l’écriture sérielle peut également s’étendre à la durée d’un opéra ».

Au lieu de s’achever sur la mort d’Aaron et la victoire de Moïse, qui ne meurt pas comme dans la Bible mais survit et guide le peuple juif, l’opéra se termine sur le terrible constat d’échec de Moïse : « Oh verbe, verbe qui me manque ! » (« O Wort, du Wort, das mir fehlt! »). La « dernière réplique prononcée par Moïse, condense la faiblesse tragique du prophète et l’expression de son impossibilité à surmonter ses propres contradictions ». 

« Revenu officiellement au judaïsme à Paris peu avant son exil aux États-Unis, l'inventeur du dodécaphonisme fut lui-même en proie, durant les deux décennies qui lui restaient à vivre, à une impuissance quasi existentielle, celle d’achever Moses und Aron  ». Pourquoi ? Manque d’argent à l’avènement du nazisme ? Actions militantes visant à solliciter la solidarité internationale des 16 millions de Juifs dans le monde pour financer l’exil, le sauvetage des « sept millions de Juifs menacés » ? Traumatisme de la Shoah ? Réponses à des commandes, dont un Kol Nidre, aux Etats-Unis induisant le report de l’achèvement de cet opéra ? Problèmes oculaires du septuagénaire ?

Opéra fondateur du XXe siècle, Moses und Aron n’avait plus été représentée à l’Opéra de Paris depuis quarante ans, depuis sa présentation au public, sous l’ère de Rolf Liebermann, sous la direction  de Georg Solti.

Première création de la saison 2015-2016 et de l’ère Stéphane Lissner, nommé directeur de l’institution en 2015, Moïse et Aaron « représente un défi pour le charismatique maestro suisse Philippe Jordan, confirmé au poste de directeur musical, ainsi que pour le metteur en scène Romeo Castellucci, qui effectue des débuts très attendus sur la scène de l’Opéra Bastille. L’agitateur du théâtre contemporain Romeo Castellucci s’allie à la baguette magique du maestro Philippe Jordan pour la très attendue création » à l’Opéra Bastille de « Moïse et Aaron.

Un des petits-enfants d’Arnold Schönberg, Me Randol Schoenberg est devenu célèbre en défendant Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d'origine viennoise, pour récupérer des biens familiaux, dont cinq tableaux de Gustav Klimt (1862-1918) - deux portraits de sa tante Adèle Bloch-Bauer et trois paysages (1900-1907) - ayant appartenu à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, spolié en 1938 par les Nazis.


Allemagne, 2024, 88 min
Coproduction : ARTE/WDR, Accentus Music  
Sur Arte le 7 octobre 2024 à 00 h 10
Sur arte.tv du 13/09/2024 au 04/11/2024
Visuels :
© Arnold Schönberg Center, Wien
© Emilian Tsubaki/Accentus Music


« Transfiguré - 12 vies de Schönberg » de Louise Narboni
France, 2024, 101 min
Production : Walter Films, en association avec ARTE France - Enregistré les 09 et 10/01/2024 à la Philharmonie de Paris 
Composition : Arnold Schönberg
Mise en scène : Bertrand Bonello
Direction musicale : Ariane Matiakh
Orchestre : Orchestre de Paris
Chœur : Choeur de l'Orchestre de Paris
Avec Sarah Aristidou (Soprano) et David Kadouch (piano)
Sur Arte le 7 octobre 2024 à 01 h 40 
Sur arte.tv du 29/09/2024 au 04/11/2024
Visuels : © Greg Veraeghe


« Schönberg vs Stravinsky » de Sylvie Kürsten
Allemagne, 2020, 53 min
Disponible jusqu'au 21/12/2024
                   
« Moïse et Aaron » par d'Arnold Schönberg
2015, 115 min
Choeur : Choeur de l'Opéra National de Paris
Chorégraphie : Cindy Van Acker
Composition : Arnold Schönberg
Direction musicale : Philippe Jordan
Décors : Romeo Castellucci
Mise en scène : Romeo Castellucci
Orchestre : Orchestre de l'Opéra National de Paris
Présentation : Edouard Fouré Caul-Futy
Réalisation : François-René Martin
Avec Thomas Johannes Mayer(Moïse), John Graham-Hall(Aaron), Julie Davies(Jeune fille),  Catherine Wyn-Rogers(Une malade), Nicky Spence(Jeune homme)
Disponible jusqu'au 14/03/2025

Articles sur ce blog concernant :
Les citations non sourcées proviennent d'Arte et de l'Opéra de Paris. Cet article a été publié le 22 octobre 2015, puis le 28 septembre 2016.

mercredi 2 octobre 2024

« Elisabeth Ollé Curiel. L'art est une fête »

Née dans une famille juive sépharade de financiers amateurs d'art et philanthropes, Elisabeth Ollé Curiel est une artiste espagnole polyglotte. La Galerie Saphir a publié aussi la monographie qui lui est consacrée, "La beauté voyageuse" écrite par l’historienne de l’art Delphine Durand. Le 7 août 2025 de 18 h à 21 h, la galerie Saphir à Dinard propose, lors du vernissage de l'exposition "Élisabeth Ollé Curiel. l'amour, la mer", la conférence de l'historienne de l'art et des religions Delphine Durand, auteure de la magnifique monographie consacrée à Elisabeth Olle Curiel, artiste inclassable dont l'œuvre est le fruit d un brassage culturel fécond."

 « L’atelier en plein air. Les Impressionnistes en Normandie
Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
Paul Rosenberg (1881-1959)
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange

Née dans une famille juive sépharade de financiers amateurs d'art et philanthropes, Elisabeth Ollé Curiel est une artiste espagnole polyglotte.

« Elisabeth Ollé Curiel est une artiste singulière plongée dans l’exaltation des formes. De par ses origines, elle nourrit son œuvre de références vénézuéliennes, de symboles amérindiens, mêlant les cultures sépharades et européennes. Libérant les frontières pour dépasser l’exil et les identités blessées. La famille d’Elisabeth Ollé Curiel s’enracine au sein des Antilles néerlandaises, ces iles-sous-le-vent qui furent accueillantes aux Juifs chassés d’Espagne en 1492. A Willemstad, capitale de Curaçao se développe la plus grande communauté́ du Nouveau Monde. C’est là que tout commence avec Elias Curiel (1863-1928) consul d’Espagne, banquier, cousin du grand poète du Venezuy Elias David Curiel. Une lignée où s’illustre le philanthrope Morris Elias Curiel (1920-2007), bienfaiteur du musée sépharade de Caracas et de l’université́ de Tel Aviv. L’artiste, sortie des migrations et des brassages caribéens, atteint dans son art le ressort d’une résilience magnifique. « L’amour est à réinventer » écrivait Rimbaud. Elisabeth Ollé Curiel réinvente aussi la peinture dans sa promesse d’enchantement et de sublimation », a écrit Delphine Durand, historienne de l’art et des religions, auteure de la monographie "Elisabeth Ollé Curiel. La beauté voyageuse" publiée par la Galerie Saphir.

 Delphine Durand décrit ainsi l'artiste et son oeuvre :
« De par ses origines, elle réinterprète les couleurs des Caraïbes dans une expression multiculturelle vivifiante. Elle nourrit son œuvre de références vénézuélienne, amérindienne, juive sépharade, catalane, libérant les frontières. » 
« De Barcelone à Caracas, d’Aruba à Paris, ses œuvres convoquent Soto, Picasso, Maillol, Matisse, tissant des dialogues avec les maîtres européens, réinventant la mémoire des formes et du monde. »
« De par ses origines, elle réinterprète les couleurs des Caraïbes dans une expression multiculturelle vivifiante. Elle nourrit son œuvre de références vénézuélienne, amérindienne, juive sépharade, catalane, libérant les frontières. » 
« De Barcelone à Caracas, d’Aruba à Paris, ses œuvres convoquent Soto, Picasso, Maillol, Matisse, tissant des dialogues avec les maîtres européens, réinventant la mémoire des formes et du monde. »
« Née le 27 août 1960 à Barcelone, elle entreprend des études à l’Université San Jorge. Dans son poème Mariposa de obsidiana (1950) Octavio Paz écrit : « Oui, moi-même la mère de la pierre à feu et de l’étoile, moi enceinte du rayon du soleil, je suis la plume bleue qu’abandonne l’oiseau dans la ronce. Je dansais, la poitrine dressée, et tournant, tournant jusqu’à rester immobile ; alors je commençais à lancer des feuilles, des fleurs, des fruits. Dans mon ventre battait l’aigle. » L’oeuvre d’Elisabeth Ollé-Curiel est à chercher dans cette adaptation toujours nouvelle de la foi, de l’origine et de l’imaginaire. Son oeuvre se situe au plus sensible des émotions, celles arrachées à sa propre chair. Sous ses apparences fantasques, l’artiste est habitée par ce démon mystérieux de l’art qui agit en elle et la pousse vers la peinture. L’enfance, la beauté, la violence, l’amour sont étroitement et indissociablement mélangés dans le luxe qu’elle crée autour d’elle, cet excès, cette emphase des couleurs et des parfums, le divin, l’humain, la fascination pour les processus créatifs et physiques. » 
« Dans cette intensification de la vie et des sens. Ce que Barthes souligne justement en parlant de la peinture : « le socle d’une réalité, d’une chair qui résiste, de l’intérieur, à sa néantisation, et nous met en contact avec le pathétique de toute icône, sa fragilité ». Une chair qui résiste. Il s’agit de rendre visibles les forces qui œuvrent en elle. Ce qui importe c’est l’élaboration de l’expérience psychique et de l’intuition magique, rêve et subconscient. L’artiste va utiliser son corps, son intimité et son expérience biologique pour atteindre un lieu sublime, ce territoire du féminin où se glissent pudeur et explosion, désir et interdit. Qui est Elisabeth ? Avec une résistance hors du commun, une inaltérable alegria, elle s’applique à surmonter les obstacles qui jonchent sa route, elle fait un sort à sa souffrance physique et morale par la couleur. Si Gabriel Garcia Márquez faisait du papillon jaune l’allégorie de la mémoire dans Cien anos de soledad (Cent ans de solitude, 1967), Ollé-Curiel, elle, exploite toutes les métaphores de la couleur caribéenne. Baignés du bleu intense du Venezuela, les jaunes et les verts ardents d’Aruba se transfusent dans une surabondance de forces primaires. »
« Au-delà de son goût singulier pour la peinture, elle va transformer une position extrême de détresse en passion créatrice, qui va se matérialiser par une production picturale salvatrice. Son oeuvre exhale la lumière et la vie. C’est en cela que réside la beauté de sa création comme de son ode irréductible à la féminité, à la mère perdue. C’est l’absence de cette mère vénézuélienne et juive, en qui elle retrouve la même expérience de la fragilité, de la solitude et de la maladie, le même esprit libre et poétique, qui la marque dans la chair du sceau de l’insaisissable. La peinture est une sorte de confession en images, une manière de conjurer la mort. Comment ne pas lire l’expression de la douleur de survivre et de résister au désastre dans son langage pictural, ses amours tumultueuses, son impossibilité d’enfanter ; la pureté, la folie, la maladie, le mystère ? »
« Son désir d’être mère devient une hantise, mêlée de fascination et de répulsion. Qui est-elle ? L’espagnole catholique ou la descendante de Moses Curiel, madone pâle ou fatale, soleil ou lune, symbole de la féminité. Parallèle du yin et du yang de la philosophie chinoise, jour et nuit, soleil et lune, spiritualité lumineuse et matière ténébreuse s’entremêlent, entre le masque d’une idole ou de Vénus, la déesse du désir, magie de cette nature qui l’entoure et l’enlace, parfois la blesse et la torture. Elle s’inscrit dans les mythes des origines, la thématique du cycle de la fécondité et de la mort dévoilés à travers de rayonnants symboles. L’activité picturale effrénée est conjuratoire. Une délivrance et une nécessité pour échapper à l’emprise de la folie. Tant de choses la rapprochent du monde de l’inconscient, milieu naturel de l’art surréaliste, des dadaïstes et des recherches expressionnistes. Le spectateur est entrainé dans la naïve beauté des efflorescences, dans un monde fantastique qui donne à chaque chose un sens double, voire triple en conservant une structure artistique unique. »
« Elle suggère une mystérieuse collusion du désir et du hasard, orchestrée par la main secrète du destin. »
« Telle est la vision symbolique du monde que perçoit la conscience d’une artiste qui suffoque de joie à travers l’éruption aveuglante de souvenirs tournoyant dans la couleur. Et c’est pour échapper à la mort, celle de l’âme et celle du corps, qu’elle arrache une plume de l’aile de l’ange, pour peindre un au-delà éblouissant. Et confirmer la supériorité de la vie. »
En 2024, la Galerie Saphir a présenté, à l'occasion des Journées européennes de la culture et du patrimoine juifs en France (JECPJ), la première rétrospective « Elisabeth Ollé Curiel. L'art est une fête ». Elle a publié aussi la monographie qui lui est consacrée, "La beauté voyageuse" écrite par l’historienne de l’art Delphine Durand. 

Dans la galerie Saphir à Paris, les œuvres d'Elisabeth Ollé Curiel, artiste espagnole polyglotte née dans une famille juive sépharade de financiers amateurs d'art et philanthropes, attirent le regard par la juxtaposition de couleurs nettes parcourues d'un trait épuré, de visages jeunes au profil antique et aimants, et les sculptures, en bois, aluminium ou verre de Murano, lisses, vernies, brillantes, émaillées de cœurs, de colombes et d'yeux, peuplées d'hidalgos.

Le dimanche 13 octobre 2024 en fin d'après-midi à 18 h, la galerie Saphir organisa une visite privée avec la présence exceptionnelle de l'artiste, qui reviendra spécialement de Barcelone avant son départ à Aruba, et de Delphine Durand.

Le 7 août 2025 de 18 h à 21 h, la galerie Saphir à Dinard propose, lors du vernissage de l'exposition "Élisabeth Ollé Curiel. l'amour, la mer", la conférence de l'historienne de l'art et des religions Delphine Durand, auteure de la magnifique monographie consacrée à Elisabeth Olle Curiel, artiste inclassable dont l'œuvre est le fruit d un brassage culturel fécond."

Delphine Durand, historienne de l'art et des religions, a écrit :
"Elisabeth Ollé Curiel est une artiste singulière plongée dans l’exaltation des formes. De par ses origines, elle nourrit son œuvre de références vénézuéliennes, de symboles amérindiens, mêlant les cultures sépharades et européennes. Libérant les frontières pour dépasser l’exil et les identités blessées. La famille d’Elisabeth Ollé Curiel s’enracine au sein des Antilles néerlandaises, ces îles -sous-le-vent qui furent accueillantes aux Juifs chassés d’Espagne en 1492. A Willemstad, capitale de Curaçao se développe la plus grande communauté du Nouveau Monde. C’est là que tout commence avec Elias Curiel (1863-1928) consul d’Espagne, banquier, cousin du grand poète du Venezuy Elias David Curiel.
Une lignée où s’illustre le philanthrope Morris Elias Curiel (1920-2007), bienfaiteur du musée sépharade de Caracas et de l’université de Tel Aviv. L’artiste, sortie des migrations et des brassages caribéens, atteint dans son art le ressort d’une résilience magnifique. « L’amour est à réinventer » écrivait Rimbaud. Elisabeth Ollé Curiel réinvente aussi la peinture dans sa promesse d’enchantement et de sublimation."
"Une belle avant-première à sa présentation en « One woman show » au futur Salon d Automne 2025, Place de la Concorde à Paris et, en parallèle, à la Galerie Saphir parisienne, au 69 rue du Temple dans le Marais."

"Une soirée exceptionnelle sous le signe des Caraïbes et du Venezuela, une artiste sans frontières nous offre une vision solaire, féministe et diaprée de couleurs !"


Delphine Durand, Elisabeth Ollé Curiel. La beauté voyageuse. Galerie Saphir, 2024. 206 pages

Du 7 août au 30 septembre 2025
38, rue du maréchal Leclerc. 35800 Dinard
Conférence / Vernissage, jeudi 7 août 2025 de 18 h à 21 h.


Du 19 septembre au 31 octobre 2024
69, rue du Temple. 75003 paris
Tél. : +33 (0)1 42 72 61 19
Tous les jours de 13 h à 19 h
Visuels :
Elisabeth Olle Curiel
La fontaine du coeur
Sculpture en verre de Murano

Romana
Tempera sur papier
2020
75 x 55 cm

Caballero con sombrero rojo
Sculpture en aluminium peint
2017


Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 2 octobre 2024.