Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)
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jeudi 9 juillet 2026

« Les coulisses du pouvoir » de Dror Moreh

Arte diffusera le 21 juillet 2026 à 23 h 25 « Les coulisses du pouvoir », documentaire partial de Dror Moreh. « Pourquoi, malgré le "Plus jamais ça" promis au lendemain de la Shoah, les massacres et les génocides se sont-ils succédé depuis la fin de l'URSS ? Pour tenter de comprendre, Dror Moreh ("The Gatekeepers") confronte d'ex-secrétaires d'État américains (James Baker, Colin Powell, Madeleine Albright et Hillary Clinton) à leurs décisions passées. » 

Les chrétiens en "Palestine"
« Gaza, la vie » par Garry Keane 

« Au lendemain de la Shoah, les Nations unies s'étaient engagées à ne plus jamais laisser perpétrer ni génocide ni crimes contre l'humanité, notions juridiques reconnues pour la première fois lors du procès de Nuremberg. »

« Or, dans l'après-guerre froide, les crimes de masse se sont multipliés sous l'œil des caméras, des massacres de la population musulmane durant la guerre de Bosnie (1992-1995) au génocide des Tutsi rwandais de 1994, de la désintégration de l'Irak après l'invasion américaine de 2003 aux guerres civiles libyenne (2014-2020) et syrienne (2011-2024). » Une juxtaposition de faits : quel rapport entre le génocide des Tutsis au Rwanda et le djihad de l'Etat islamique en Syrie ?

« Pourquoi la superpuissance américaine, gendarme autoproclamé du monde après la chute de l'URSS, n'a-t-elle pas su prévenir ou interrompre ces massacres dont elle n'ignorait rien ? » Le nouvel ordre mondial né de la Charte des Nations unies n'impose pas aux Etats-Unis de s'affranchir du droit international et de devenir le gendarme du monde. Et ce d'autant que les Etats-Unis sont critiqués, qu'ils interviennent contre la République iranienne ou signent un cessez-le-feu avec le régime des mollahs iraniens. Quid des forces des Nations unies dans le monde ? Quid de la FINUL critiquée pour avoir laissé le mouvement islamiste Hezbollah avoir créé une infrastructure terroriste au sud-Liban ? 

« Cherchant à comprendre son inaction au regard des millions de vies humaines sacrifiées, Dror Moreh interroge les plus hauts responsables de la politique extérieure américaine sous les administrations Bush senior, Bush junior, Clinton, puis Obama : entre autres les ex-secrétaires d'État James Baker (1989-1992), Colin Powell (2001-2005), Madeleine Albright (1997-2001) et Hillary Clinton (2009-2013), ainsi que leurs conseillers, mais aussi Samantha Power, journaliste devenue ambassadrice auprès de l'ONU, puis, de 2021 à 2025, administratrice de l'USAid, l'agence américaine pour le développement. » Des démocrates...

« Par le biais des archives et du montage parallèle, le réalisateur confronte leurs doutes, leurs justifications et leurs remords à la réalité des guerres contemporaines dont les civils sont les premières cibles. »

« Au travers des choix militaires et politiques qui ont façonné notre présent, un face à face avec le pouvoir, la décision et la responsabilité, que le réalisateur des Gatekeepers a tourné sur sept années. »

« Alors que l'Ukraine subit depuis plus de quatre ans une invasion russe d'une violence terrifiante, alors que la guerre d'anéantissement menée par Israël contre les populations civiles à Gaza se poursuit, qu'une nouvelle guerre à l'initiative de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, lequel s'affranchit de toute considération du droit international, embrase encore plus le Moyen-Orient, que l'USAid a été pratiquement démantelée et que le droit du plus fort cherche partout à s'imposer, on ne peut plus tout à fait regarder ce documentaire comme lors de sa sortie en salle en 2024 ». 

La guerre en Ukraine n'a pas commencé en 2022, mais en 2014. Le protocole de Minsk, ou Minsk I est un accord signé le 5 septembre 2014 à Minsk (Biélorussie), accord de cessez-le-feu en Ukraine orientale. En février 2015, les accords de Minsk II le remplacent en conférant à la France et à l'Allemagne le soin de veiller à son respect. Ainsi que l'a avoué François Hollande, alors Président socialiste français, la France et l'Allemagne ont gagné du temps pour permettre à l'Ukraine de mieux affronter militairement la Russie qui a vu les Etats-Unis ne pas respecter son engagement en intégrant dans l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) des pays limitrophes de la Russie. Celle-ci ne pouvait pas demeurer indifférente à la guerre menée par l'Ukraine au régime corrompu, au Président Vladimir Zélensky sans mandat, contre sa minorité russophone. 

Le samedi 7 octobre 2023 au matin, lors de Sim’ha Torah (Souccot), environ 6 000 Gazaouis lourdement armés - 3 800 terroristes islamistes, notamment du Hamas, et 2 200 civils -, ont envahi, le sud de l’Etat d’Israël pour commettre le djihad en criant « Allah Akbar ». Nul ne qualifie pertinemment d’agression djihadiste les actes - invasion, viols, 1200 assassinats, razzias, rapts… - commis par 6 000 Gazaouis : civils, dont des employés de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East), et membres d'au moins cinq mouvements islamistes : Hamas - dont la Nukhba, unité militaire d'élite -, Djihad islamique, Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et Brigades des martyrs d'Al Aqsa liées au Fatah. 

Depuis, Israël mène une guerre existentielle Swords of Iron (Epées de fer) contre l'Iran et ses proxys : le Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, les factions islamistes en Judée et en Samarie... L'armée israélienne vise exclusivement les djihadistes, prévient les civils par tracts, appels téléphoniques, créations de corridors humanitaires, etc. Bien que les djihadistes utilisent les civils comme boucliers humains - armes et munitions stockées dans des maisons, tirs de roquettes à partir d'hôpitaux, etc. -, le rapport entre terroristes tués et civils victimes collatérales dans la bande de Gaza est le plus faible au monde (1/1,5). Chaque victime civile innocente est à déplorer. Et l'armée israélienne se conduit d'une manière éthique, encadrée par des juristes.

Quant à l'US Aid (Agence américaine pour le développement international), elle contrôlait 50 milliards de dollars par an, dont une partie importante finançait comme l'AFD françaises des actions absurdes : "par exemple, 2 millions de dollars pour des opérations de changement de sexe au Guatemala, 20 millions pour Sesame Street en Irak, 8 millions pour former des journalistes sri-lankais à éviter le langage binaire des genres, 1,5 million pour la défense des droits des personnes transgenres en Jamaïque, 1,5 million pour les médias cubains, 3,9 millions pour les causes transgenres en Macédoine, 1 million « pour aider les personnes handicapées du Tadjikistan à devenir des leaders climatiques ». Mais le pire, ce sont les révélations selon lesquelles l'USAID a dépensé de l'argent pour faire tomber des populistes dans le monde entier – Bolsonaro au Brésil, Le Pen en France – et a versé 20 millions de dollars pour obtenir des informations compromettantes sur Rudy Giuliani susceptibles de servir à destituer Donald Trump. Des sommes colossales ont été dépensées pour financer la « vérification des faits » – et nous savons ce que cela signifie. Un demi-milliard de dollars a été versé au réseau Internews, qui a « formé » des milliers de journalistes à travers le monde et encouragé la censure sur les réseaux sociaux. « La quasi-totalité des médias traditionnels – dans le monde entier – a été financée par le gouvernement américain par le biais de l'USAID », a tweeté Ron Paul. Le plus incroyable, c'est que l'USAID a bel et bien envoyé de l'argent à des groupes et des États terroristes, comme l'a révélé Daniel Greenfield : par exemple, 2,3 milliards de dollars à la Somalie ces deux dernières années, 2,1 milliards à Gaza et en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, 3,7 milliards aux talibans depuis leur prise de pouvoir en Afghanistan et 1,1 milliard au Liban, contrôlé par le Hezbollah. Même des projets qui semblent relever des compétences de l'USAID se révèlent avoir été menés avec une incompétence notoire : des envois de matériel médical jamais arrivés à destination, une centrale électrique jamais achevée. On découvre que l'USAID était un instrument de la CIA et d'autres services de renseignement, menant pour leur compte des activités secrètes sans aucun lien avec l'aide étrangère. Sans parler des fraudes pures et simples, des pots-de-vin, de la corruption, des escroqueries : toutes sortes de chiffres et de noms circulent – ​​Bill Kristol, les Clinton (inévitablement) – même si la vérité et les chiffres exacts restent à établir. Et ce qui est encore plus sidérant que l'ampleur de ces dépenses, c'est l'ampleur des réactions hypocrites et moralisatrices de nombre de ceux qui y ont participé, l'ont dissimulée et/ou en ont profité – ou qui, tout simplement, partagent l'idéologie des radicaux d'extrême gauche de l'USAID et savaient pertinemment qu'il s'agissait d'une opération malhonnête. Au lieu de se cacher honteusement, ces individus ont redoublé d'efforts dans leur malhonnêteté et se sont mis à indigner de façon outrancière... La BBC a eu l'honnêteté d'admettre que sa propre organisation caritative, BBC Media Action, avait reçu 3,23 millions de dollars de l'USAID en 2024 – sans toutefois expliquer pourquoi l'USAID distribuerait une telle somme d'argent du contribuable américain à la BBC, qui tire déjà suffisamment de revenus du vol des citoyens britanniques" (Defending USAID de Bruce Bawer, FrontPage Magazine, 12 février 2025). 

Allouant des salaires mirobolants à des dirigeants, "l'USAID a bel et bien dilapidé l'argent des contribuables. De même, le magazine Time a dressé une longue liste de programmes de l'USAID, pour la plupart aux allures louables, dont l'efficacité reste à prouver, mais, là encore, n'a pas cherché à justifier les dépenses absurdes mises au jour par Musk..." 

"Et Samantha Power, la directrice de l'USAID fidèle alliée d'Obama, a proclamé que les merveilleuses personnes qui travaillent à l'USAID ne choisissent pas d'y travailler « pour l'argent » mais parce qu'elles « veulent changer le monde » – oui, en poursuivant leurs propres objectifs avec des milliards de dollars provenant de l'argent des autres, sans aucune transparence, sans aucun contrôle et sans le moindre souci des souhaits ou du bien-être des contribuables américains. Power a pris la parole pour défendre « les personnes vulnérables du monde entier ». Qu'en est-il des personnes vulnérables aux États-Unis ? Pourquoi l'USAID n'a-t-elle pas aidé les habitants de Maui, de Pacific Palisades ou de l'ouest de la Caroline du Nord ? Bien sûr, nous savons pourquoi : parce que pour un progressiste illuminé, dépenser 1,5 million de dollars pour promouvoir la diversité, l'équité et l'inclusion en Serbie ou 2 millions de dollars pour soutenir « l'activisme LGBT » au Guatemala est bien plus excitant que de loger et nourrir les Américains sans abri suite à un incendie ou une inondation."

« Les contempteurs de la raison d'État (dont Samantha Power, qui fustige "l'anesthésie émotionnelle générée par la bureaucratie") pourront y voir un riche nuancier des diverses couleurs de la langue de bois, dans lequel les droits humains ne comptent pas, ou si peu. »

« Mais s'il pointe avec une terrible efficacité les limites, voire les mensonges de la diplomatie, Dror Moreh interroge surtout la nature de l'aveuglement et de l'indifférence, bien au-delà des positions de ces hauts responsables et de leur personne. Il rend ainsi hommage à toutes les victimes abandonnées à leur sort et rappelle combien la démocratie et la paix sont fragiles. » 

 

« Les coulisses du pouvoir » de Dror Moreh
France, Israël, 2022, 2 h 09
Coproduction : ARTE France Cinéma, Dror Moreh Productions, Les Films du Poisson, Katuh Studio, SWR, BR/ARTE, The Post Republic
Sur Arte le 21 juillet 2026 à 23 h 25 
Sur arte.tv du 21/07/2026 au 27/07/2026
Visuels : © Les Films du Poisson


jeudi 23 avril 2026

« Yalda, la nuit du pardon » de Massoud Bakhshi

Arte diffusera le 27 avril 2026 à 01 h 00 « Yalda, la nuit du pardon » de Massoud Bakhshi. « Condamnée à mort, une jeune Iranienne joue sa vie sur un plateau de téléréalité... Inspiré d’une émission réelle, ce deuxième long métrage de Massoud Bakhshi ("Une famille respectable") jette un regard aiguisé sur une violence sociale dont les femmes portent le poids le plus écrasant. »  


Né à Téhéran, Massoud Bakhshi « a été critique de film, scénariste et producteur de 1990 à 1998", puis il étudie la réalisation pendant un an en Italie puis la finance culturelle à Paris en 2005. Il a réalisé "12 documentaires et courts‑métrages récompensés à travers le monde", notamment "Téhéran n'a plus de grenades" et le court métrage "Bag Dad Bar Ber" (35 mm, 2008), . 

Son premier long-métrage de fiction, « Une famille respectable », a été présenté au festival de Cannes 2012 (Quinzaine des réalisateurs). 

« Yalda, la nuit du pardon » est son deuxième long-métrage sélectionné à Sundance où il a obtenu le Grand Prix du jury et au 70ème festival de Berlin Génération 14+ en Compétition.

Arte diffusera le 27 avril 2026 à 01 h 00 « Yalda, la nuit du pardon » de Massoud Bakhshi.

« En Iran, Maryam est condamnée à mort pour avoir tué – accidentellement, selon elle – son vieux et riche mari, Nasser, 65 ans, dont elle fut d’abord la domestique. »

« Le seul moyen pour cette jeune fille de 22 ans d’échapper à l’exécution est d’obtenir le pardon de Mona, la fille du défunt, en vertu d'un système judiciaire qui intègre la loi du talion, et accorde aux victimes, ou à leurs familles, un droit de regard sur la peine prononcée. »

« Les deux femmes acceptent de participer à une célèbre émission de téléréalité, où les tractations vont se dérouler en direct devant des millions de spectateurs, eux-mêmes invités à donner leur sentence par SMS. »

« En ce soir de Yalda, fête du solstice d’hiver marquant la plus longue nuit de l’année, débute un face-à-face entre deux femmes, dont l’une a sur l’autre un pouvoir de vie ou de mort. »

« Cette émission grand public, où le destin des accusés se débattent sur un plateau, a bel et bien existé en Iran pendant une dizaine d’années. »

« C’est une des grandes qualités de Yalda : condenser dans le temps du programme et le huis clos du studio de télévision la complexité et la violence d’une société profondément inégalitaire, et muselée par une oppression généralisée, exercée d’abord à l'encontre des femmes. »

« En jouant sur l’obscénité kitsch de cette téléréalité de l’extrême, Massoud Bakhshi orchestre un drame intense et éprouvant. »

« Autour de deux actrices bouleversantes, l'auteur d’Une famille respectable (film qui lui valut en 2012 des menaces de mort et fut interdit en Iran) tend de nouveau à son pays un miroir ravageur. »

« La révolte désespérée que la violence d’État qui se déchaîne échoue à faire taire donne à Yalda un poignant écho. »

Grand prix du jury, Festival du film de Sundance 2020 – Meilleur scénario, Sofia 2020 – En compétition, Berlinale 2020


ENTRETIEN AVEC MASSOUD BAKHSHI
Propos recueillis par Marie-Pierre Duhamel, 2019

D’OÙ VIENT L’IDÉE DE CE FILM ?
Après la sortie européenne de mon premier film, Une famille respectable, j’ai eu de gros problèmes dans mon pays liés à son caractère très frontal. Des plaintes ont été déposées contre moi et contre le producteur alors que le film n’est jamais sorti en Iran ! Des gens réclamaient ma pendaison dans la presse… C’était absurde et effrayant… 
J’ai donc vécu une longue période d’attente avant de faire un deuxième film. J’avais déjà en tête l’histoire d’une femme condamnée à mort pour avoir tué son mari. J’y décrivais tous les événements depuis la rencontre, le mariage temporaire, les conflits avec le mari et la famille du mari, en particulier sa fille. L’attente tourmentée que j’ai subie a enrichi mon récit d’une dimension plus personnelle : je comprenais cette femme condamnée. Attendre un verdict et subir une punition alors qu’on ne connait pas précisément sa faute et ses conséquences, c’est douloureux.

D’OÙ VOUS EST VENUE L’IDÉE DE CE SHOW TÉLÉVISÉ ?
Des émissions de téléréalité similaires existent bel et bien dans mon pays… Elles mettent en scène, et en jeu, le pardon de condamnés sous différentes formes.
L’émission qui m’a particulièrement inspiré existe depuis une dizaine d’année, c’est un des grands succès de la programmation du mois du Ramadan en Iran. Un ami qui connaissait mon projet de film m’a conseillé de la regarder. J’ai été bouleversé : la vie et la mort d’un être comme sujet d’un show télévisé en direct ! Cette émission a inspiré le show du film que j’ai baptisé de manière satirique Le plaisir du pardon.

ET LE TITRE DU FILM ?
Yalda est une fête zoroastrienne qui marque le début de l’hiver, la nuit la plus longue de l’année. Les familles se réunissent avec leurs proches et leurs amis, on raconte des histoires et on récite des poèmes de Hafez, un des piliers de la culture persane. Cette fête m’a marqué depuis l’enfance, et j’y ai vu le moment parfait pour le déroulement de mon film : une longue nuit, où tout peut basculer, le temps pour Maryam, l’héroïne condamnée à mort, de donner enfin sa version du drame. On peut trouver troublant de rapprocher une fête d’une tragédie où se décide la vie ou la mort, et c’est bien ce qui fonde les contradictions entre le producteur et la responsable de l’antenne. À l’une qui reproche à l’émission d’être trop dure et pas assez « festive », l’autre oppose sa détermination à sauver la vie de Maryam.
Mona (la fille de la victime) va quitter le pays. Cette nuit de fête est la dernière chance de Maryam d’obtenir le pardon de Mona, d’où sa lutte constante pour dire sa vérité, après l’éprouvante attente en prison.

LA LOI DU TALION ET LE PARDON SONT AU COEUR DE VOTRE FILM…
Le talion, qu’on connaît par la formule « oeil pour oeil, dent pour dent », fait partie intégrante de la loi islamique. C’est un droit accordé à la société civile. Si la famille de la victime pardonne, il n’y a pas de mise à mort, le condamné doit purger une peine de prison en fonction du crime et acquitter le « prix du sang » à la famille de la victime. Ce prix est calculé selon des critères détaillés (il y a plus de 80 types de cas). 
La base archaïque du talion, c’est la vengeance. Mais la vengeance doit être contenue par le droit, la mort n’est jamais une solution. Aujourd’hui, des personnalités célèbres (artistes, sportifs, journalistes etc…) poussent les familles concernées au pardon et au recours au prix du sang qu’elles aident à collecter… Le taux d’exécution diminue, il a été divisé par deux en 2018, sous la pression d’une partie de l’opinion publique. La vraie solution est donc culturelle.

MARYAM A ÉPOUSÉ NASSER ZIA EN MARIAGE TEMPORAIRE… POURRIEZ‑VOUS NOUS EN DIRE PLUS SUR CETTE NOTION DU MARIAGE TEMPORAIRE ?
Le mariage temporaire (sigheh) est un contrat de mariage qui limite la durée du mariage d’un commun consentement. Ce mariage peut durer un jour ou bien des mois. Les époux doivent respecter cette durée. Le mariage temporaire date du début de l’islam. A l’époque, il y avait beaucoup de guerres et donc beaucoup de veuves, ainsi les hommes pouvaient avoir plusieurs femmes pour s’occuper de leurs enfants. Par ce contrat, la femme peut recevoir une somme qui est aussi négociée par consentement mutuel (ou rien du tout), mais ne peut en aucun cas prétendre à l’héritage du mari. En revanche, si un enfant est issu de ce mariage temporaire, il aura bien droit à une part d’héritage de son père. Mais il est fréquent que des hommes quittent leurs femmes « temporaires » en laissant des enfants sans nom, sans père, des « bâtards ». Des lois récentes sur le mariage temporaire essaient à présent de mieux protéger les femmes et les enfants issus de ces mariages.

UNE LUTTE DES CLASSES SEMBLE AUSSI SE JOUER EN FILIGRANE SUR CE PLATEAU DE TÉLÉVISION… MARYAM N’EST PAS DE LA MÊME CLASSE SOCIALE QUE MONA, LA FILLE DE SON DÉFUNT MARI…
Il y a 40 ans, à l’époque de la révolution, la société iranienne était à 30% urbaine et à 70% rurale.
Aujourd’hui, c’est l’inverse. Depuis l’ère dite de la « reconstruction » qui a suivi la guerre avec l’Irak, l’Iran est impacté par les bienfaits comme par les méfaits du monde néolibéral, du marché mondial, sans y être vraiment intégré. De grands changements sociologiques et démographiques affectent les campagnes et les petites villes, la culture traditionnelle bouge. Et dans cette société, il y a plus d’étudiantes que d’étudiants, les universités sont remplies par les filles. C’est dans ce contexte qu’advient la confrontation entre classes. Et c’est de ces changements que procède la venue à Téhéran de la famille de Maryam. Son père était le chauffeur de Nasser Zia, riche publicitaire et futur mari de Maryam. Il a ensuite aidé la famille à la mort du père. Il reste là quelque chose de très traditionnel. La question de classe se voit bien dans ce mariage temporaire entre Maryam et Nasser Zia.
Maryam n’est ni une « innocente » ni une femme diabolique. J’ai écouté de nombreux témoignages de femmes condamnées à mort pour avoir tué leurs maris. On voit que ces criminelles sont aussi les victimes de leurs maris, de leurs familles, de cette société où la confrontation de classes est attisée par les rêves d’ascension sociale. À cet égard, le personnage-clé de mon film est la mère de Maryam, manipulatrice, dominatrice, et elle‑même victime de son sort et de ses ambitions.
A la fin du film, Mona pardonne mais elle refuse le nom de son père à l’enfant de Maryam, et l’enfant n’héritera pas. Il y a une dimension dramatique à la voir ainsi refuser de s’abaisser devant la famille d’un chauffeur et renier son demi-frère.

UNE GRANDE PARTIE DE VOTRE FILM SE SITUE AU SIÈGE DE LA TÉLÉVISION, AVEC UNE UNITÉ DE TEMPS, DE LIEU ET UN HUIS CLOS PRESQUE TOTAL…
C’était une volonté assumée et ça a changé profondément le devenir du récit. Il s’agissait d’une décision délicate, qui impliquait de ne pas montrer les événements antérieurs, de ne pas développer certains faits en toile de fond, de ne pas entrer dans le détail de la loi. J’ai choisi un lieu filmique unique, sur le modèle réel, qui combine le plateau et ses coulisses, le spectacle et le drame invisible aux téléspectateurs.

ET COMMENT AVEZ-VOUS CHOISI ET PRÉPARÉ VOS ACTEURS ?
Pour trouver la comédienne qui jouerait Maryam, j’ai appris à mieux connaître la nouvelle génération des actrices iraniennes. Sadaf Asgari n’avait joué que dans un long-métrage et quelques courts‑métrages, mais son énergie et sa motivation pour le rôle m’ont convaincu. De plus, quand elle m’a raconté sa vie, l’histoire de sa famille, sa relation avec son père, ses expériences d’étudiante qui a toujours dû travailler pour vivre, j’ai vu qu’elle n’était pas si loin du personnage.
J’ai adapté le scénario pour que Maryam ait l’âge de Sadaf. Avant le film, j’ai demandé à Sadaf de visiter des prisons et d’assister à des procès. On a visionné ensemble des documentaires et des fictions, dont mes films préférés sur le rapport mère-fille, Sonate d’automne de Ingmar Bergman et La Pianiste de Michael Haneke.
Behnaz Jafari qui incarne Mona jouait le rôle de la mère du héros dans Une famille respectable.
Elle avait aussi le rôle principal dans le film de Jafar Panahi Trois Visages. Elle a une place particulière dans le cinéma iranien, elle joue aussi au théâtre et à la télévision, elle sait s’adapter à chaque type de jeu et de spectateurs. Elle avait des idées et n’hésitait pas à parler du caractère de Mona. Au premier essai, elle est tombée par terre en pleurant. Elle m’a dit qu’elle voyait la solitude et le désespoir de cette femme. Pour moi, Mona représentait une grande bourgeoise sûre d’elle, autoritaire, manipulatrice et directe. Behnaz a apporté une autre dimension qui l’a préservée des clichés. Mona n’est pas un être diabolique, elle a sa part de contradictions et de solitude.
Babak Karimi interprète Ayat, le mystérieux producteur du show ayant des liens avec des juges et des avocats, ce qui lui donne un pouvoir tout particulier. Babak voulait parfois jouer Ayat avec plus d’autorité, mais je lui disais que le personnage s’imposait sans avoir besoin de crier.
Tout le monde l’écoute, c’est lui qui a le contrôle de tout et de tout le monde.

EN QUOI VOTRE FILM REFLETE‑T‑IL LA SOCIÉTÉ IRANIENNE D’AUJOURD’HUI ?
Pour moi, tous les genres, même le mélodrame, reflètent du réel. Mais je viens du documentaire et il m’importait de croire à chaque détail du récit, que l’histoire soit ancrée dans la société contemporaine iranienne. Les rebondissements et les tournants de l’histoire, comme l’apparition de l’enfant de Maryam, la fuite de Mona, le dévoilement des faits et des calculs, tout est issu d’évènements qui se déroulent dans la réalité iranienne. Au cours de mes recherches, j’ai notamment visité une maternité de femmes prisonnières, dans une banlieue à 60 km de Téhéran.
Quant à l’épisode de l’accident de Mona avec un motard, il a pour moi quelque chose de symbolique : il évoque l’injustice qui règne dans les sociétés de notre temps, l’affrontement entre riches et pauvres. Le motard que Mona renverse pourrait être le fils du petit vieux du studio qui circule avec un plateau de boissons, et qu’on regarde à peine. Il m’est ainsi arrivé à Téhéran de tomber sur un chauffeur de taxi de 80 ans, qui avait du mal à conduire, mais qui était obligé de travailler. Ces personnages représentent cette couche de la société, fière, qui refuse de mendier.
Le motard que Mona renverse avec sa grosse voiture a cette fierté. Il ne manie pas l’insulte, il se met en colère parce que Mona le méprise. Dans ce monde, ce sont souvent les plus pauvres qui sont les plus fiers, les plus humains et les plus dignes.

ET SI VOUS DEVIEZ QUALIFIER YALDA, LA NUIT DU PARDON ?
Je dirais que Yalda, la nuit du pardon est avant tout « un film de procès » dans lequel j’invite les spectateurs à interroger leur place de juges. L’idée  des étudiants du fictif « Institut d’application de la morale » invités sur le plateau a bien sûr une dimension satirique, mais elle permet aussi de renvoyer la question à la posture morale de l’Etat : Où donc est la morale de ce suspense entre vie et mort dans le kitsch et l’émotion tire-larmes, au prétexte du pardon ? Et de dire aux spectateurs : Vous êtes la morale.
J’aimerais aussi que le film soit une réflexion sur la télévision. La distance critique, c’est de montrer comment est fabriquée et comment fonctionne, coulisses incluses, la machine de ce spectacle.
Les pubs de vie idéale qui passent dans l’émission paraissent absurdes par rapport à ce qui advient dans la réalité... La télévision vend aux gens une recette de bonheur, une image de réussite sociale, une illusion. L’actrice qui vient réciter une poésie de Hafez est typique de ces intermèdes qui viennent casser le côté dur ou répétitif de ces émissions et le producteur doit à tout prix maintenir sa part d’audience, même si c’est au nom du pardon.
Beaucoup méprisent sans regarder ou critiquer en profondeur ce type de télévision alors que c’est une partie intégrante de notre quotidien et que des millions d’Iraniens y adhèrent. Je pense qu’il est important de montrer que ça existe. Certes, le spectacle et le kitsch sont là, mais la réalité aussi.

COMMENT LE FILM A-T-IL ÉTÉ PRODUIT ?
La production fut difficile et compliquée. Mes producteurs, Marianne Dumoulin et Jacques Bidou de JBA Production m’avaient déjà accompagné sur mon premier long, Une famille respectable. Le financement de Yalda, la nuit du pardon a nécessité plus de 5 ans de recherche pour trouver des coproducteurs et des fonds de divers territoires, pour monter une équipe mixte d’Iraniens et d’Européens, et avoir les autorisations nécessaires pour tourner le film en Iran. Sans l’accompagnement de Jacques et Marianne, je n’aurais pas pu faire ce film.

PARLEZ-NOUS DU TOURNAGE.
Mon parcours de documentariste me faisait désirer un vrai studio de télé, pour la préparation, les répétitions et le tournage. J’ai fait des recherches de décors pendant près d’un an, mais comme la télé est de la production industrielle, il n’y a jamais de régie disponible. On a donc décidé de reconstruire entièrement un studio de télé, régie incluse. Le décor a été fabriqué puis installé dans un théâtre, construit il y a quelques années, qui n’est pas dans le centre de Téhéran comme les autres, et donc un peu déserté.
Mon équipe était composite entre techniciens iraniens, qui travaillent peu en dehors du pays ou des pays limitrophes, et techniciens européens.
Le mélange a été enrichissant pour tous, l’équipe s’est montrée soudée et extrêmement solidaire du projet, je lui dois beaucoup. Nous avons souvent tourné de nuit. Il s’agissait constamment de conserver la cohérence temporelle de l’action, la continuité de l’espace, de rechercher l’effet du temps réel de l’histoire.
Les coulisses sont en mouvement, agitées, étouffantes, sombres, filmées à l’épaule près des personnages, et le show est lumineux et coloré, posé, dans le kitsch du bonheur prescrit. C’est un travail de contraste et de distance.

POURRIONS-NOUS CONSIDÉRER QUE YALDA, LA NUIT DU PARDON SE TERMINE SUR UN HAPPY END ?
De quel happy end s’agit-il ? Désormais, Maryam ne retrouvera que du malheur dans cette société. Si en ce monde la moralité semble morte, il faut en construire une nouvelle, qu’on appellera « humanité » si on veut, où le pardonconsiste à se mettre à la place de l’autre. Plutôt  qu’un rebondissement émotionnel, j’ai choisi de montrer, de loin, des voitures qui prennent des directions différentes dans la nuit. Des destins se séparent, à nous d’imaginer les longues nuits qui vont suivre. »


« Yalda, la nuit du pardon » de Massoud Bakhshi
France, Allemagne, Iran, 2019
Production : Ali Mosaffa Productions, Amour Fou Luxembourg, ARTE, Close Up Films, JBA Production, NiKo Film, Schortcut Films, Tita B Productions, ZDF/Das kleine Fernsehspiel
Producteurs : Jacques Bidou, Marianne Dumoulin
Scénario : Massoud Bakhshi
Image : Julian Atanassov
Montage : Jacques Comets
Décors de film : Massoud Bakhshi
Son : Dana Farzanehpour, Denis Séchaud
Avec Sadaf Asgari (Maryam), Behnaz Jafari (Mona), Babak Karimi (Ayat) Fereshteh Sadr Orafaee (la mère), Forough Ghajebeglou (Keshavarz), Arman Darvish (Omid), Fereshteh Hosseini (Anar)
Sur Arte le 27 avril 2026 à 01 h 00
Sur arte.tv du 26/04/2026 au 02/05/2026
Visuels© Julian Atanassov/Niko Film/ZDF/arte