Pour les 120 ans de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus, le musée de Bretagne-Les Champs libres propose l’exposition permanente « L’affaire Dreyfus à Rennes » consacrée à un procès important dans une affaire politique, médiatisée, teintée d'antisémitisme. Le 22 décembre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935) est condamné à l'unanimité pour trahison, « à la destitution de son grade, à la dégradation militaire, et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée », c'est-à-dire au bagne en Guyane. Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement de 1894, et renvoie Alfred Dreyfus devant un nouveau conseil de guerre à Rennes. Celui-ci condamne de nouveau l'officier français juif, en assortissant son jugement de circonstances atténuantes. Peu après, le Président de la République Émile Loubet gracie Alfred Dreyfus. En 1904 débute la révision du procès de Rennes, et le 12 juillet 1906 la Cour de cassation reconnait l'innocence d'Alfred Dreyfus qui est réintégré dans l’armée avec le grade de commandant et nommé chevalier de la Légion d’honneur. Entrée libre.
A l’Ecole militaire, le Président Jacques Chirac a présidé la cérémonie nationale en hommage à Alfred Dreyfus
A l’époque de l’affaire Dreyfus
A l’époque de l’affaire Dreyfus
« En 2006, dès l’ouverture des Champs Libres, une première exposition permanente, basée sur les collections du Musée de Bretagne, revenait sur l’affaire Dreyfus et sur le procès en appel de Rennes. »
« En 2026, à l’occasion des 120 ans de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus, le Musée de Bretagne réaffirme son engagement à défendre cette mémoire et produit une nouvelle exposition permanente en phase avec les enjeux contemporains, l’éducation aux médias et à l’information et la lutte contre l’antisémitisme. »
« L’exposition est produite par Rennes Métropole et soutenue par la Fondation du Judaïsme français. »
Le site Internet des Archives de Rennes a réuni des documents, dont un dossier pédagogique, une frise chronologique et une cartographie, sur l'affaire Dreyfus.
Le conseil scientifique est composé de :
Marie Aynié, historienne, secrétaire générale du comité d’histoire de la ville de Paris
Claire Decomps, conservatrice en chef du patrimoine, responsable de la conservation au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Charles Dreyfus, petit-fils d’Alfred et Lucie Dreyfus
Michel Dreyfus, arrière petit-fils d’Alfred et Lucie Dreyfus
Vincent Duclert, historien, inspecteur général de l’éducation nationale
André Hélard, historien, professeur de lettres classiques
Pierre Karila-Cohen, historien, professeur d’histoire contemporaine
Philippe Oriol, historien, directeur de la Maison Zola / Musée Dreyfus
Pascal Ory, historien, membre de l’Académie française
Jean-Marc Perl, arrière petit-fils d’Alfred et Lucie Dreyfus
Paul Salmona, directeur du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Une exposition labellisée « Exposition d’intérêt national »
« Cette nouvelle exposition est labellisée « Exposition d’intérêt national ». Ce label est attribué par le ministère de la Culture depuis 1999 aux musées de France présentant des expositions dites remarquables. Les structures recevant le label doivent présenter des expositions ayant une approche thématique inédite d’intérêt national, une qualité scientifique et muséographique exemplaire, ainsi qu’une scénographie et un dispositif de médiation ayant pour objectif de toucher les publics les plus variés. Cette appellation valorise les initiatives en région et reflète la richesse et la diversité des collections des musées de France. »
Retour sur l’affaire « du siècle »
« L’affaire Dreyfus est une machination militaro-judiciaire, mais aussi une grave crise politique qui marque la France au tournant du 20e siècle : durant 12 ans (1894-1906), elle emporte un homme, le capitaine Alfred Dreyfus. »
Chronologie de l’Affaire
« Le 15 octobre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935) est arrêté au ministère de la Guerre. Il est accusé sur la base d’un document trouvé dans une corbeille à papier de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Ce document, dénommé le bordereau, contient des informations militaires prétendument secrètes. Dreyfus est reconnu coupable de haute trahison au terme d’un procès militaire qui bafoue les droits de la défense.
Il est condamné à la dégradation et à la déportation sur l’île du Diable, en Guyane. Le coupable, le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, est identifié en 1896. Il faudra toute l’énergie de Lucie et Mathieu Dreyfus pour obtenir la révision du procès.
Au lendemain de l’acquittement d’Esterhazy, Émile Zola publie dans le journal L’Aurore daté du 13 janvier 1898 son célèbre « J’Accuse…! », qui fait basculer la situation : l’écrivain accuse nommément plusieurs hauts-gradés d’avoir monté une machination contre Dreyfus.
Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement de 1894, et renvoie Dreyfus devant un nouveau conseil de guerre à Rennes. À l’issue de ce second procès, Dreyfus est de nouveau condamné, mais avec d’absurdes circonstances atténuantes. Quelques jours plus tard, il est gracié par le Président de la République Émile Loubet.
En 1904 commence la révision du procès de Rennes, et le 12 juillet 1906 la Cour de cassation affirme la pleine innocence du capitaine. Il est réintégré dans l’armée avec le grade de commandant et nommé chevalier de la Légion d’honneur. »
Les répercussions de l’Affaire
« L’Affaire a des répercussions mondiales, bien au-delà de la situation individuelle d’Alfred Dreyfus et des déchirements français. L’affrontement entre dreyfusards et antidreyfusards engendre des clivages idéologiques qui perdurent tout au long du 20e siècle. »
« Ce sont les valeurs de justice, de vérité, de citoyenneté et d’équité qui ont été mises à l’épreuve, et qui résonnent encore aujourd’hui lorsque l’on évoque l’affaire Dreyfus. Cette mémoire est particulièrement forte à Rennes, qui accueillit le procès en révision en 1899. »
« C’est à Rennes qu’eut lieu l’un des plus sombres épisodes de l’Affaire et c’est au sein des Champs Libres, au Musée de Bretagne, que dans une exposition permanente exceptionnelle, Rennes célèbre la pleine réhabilitation de mon grand-père Alfred Dreyfus. J’en suis ému et reconnaissant ».
Charles Dreyfus,
Petit-fils d’Alfred Dreyfus
« Rien ne prédisposait la ville de Rennes à occuper pendant un mois de l’été 1899 l’attention internationale. Il en fut pourtant ainsi. Mais le plus remarquable de toute cette histoire se mesure au travers du long cheminement qui a conduit le Musée de Bretagne à devenir le grand lieu de mémoire de l’« Affaire ». Et, là aussi, la surprise est grande de découvrir dans les collections de ce musée non seulement les articles et dessins de presse ou la correspondance privée qu’on est en droit d’y trouver mais encore l’émouvant trésor des messages de sympathie envoyés, du monde entier, au capitaine et à son épouse ».
Pascal Ory,
Historien, Membre de l’Académie Française
Un portrait signé Jef Aérosol
« Les Champs Libres ont proposé à l’artiste Jef Aérosol de signer le visuel de l’exposition et de réaliser une oeuvre monumentale à l’entrée de la salle. Visible dès le hall des Champs Libres, elle propose un regard intemporel sur la figure presque iconique de Dreyfus. Par sa présence, l’oeuvre marque l’implantation centrale de l’exposition au coeur des Champs Libres. »
UNE SCÉNOGRAPHIE ORIGINALE
« La scénographie a été réalisée par l’agence In Site, accompagnée par la graphiste Mesh. Elle se propose de faire ressentir l’ambiance rennaise de cette fin du 19e siècle, à travers l’évocation de la ville, de ses lieux emblématiques, pour la plupart toujours reconnaissables. Les images de Rennes en 1890 issues des fonds photographiques du musée côtoient les collections de journaux d’époque, qui relatent chaque jour les audiences du procès rennais. Des espaces plus intimistes permettent de découvrir l’importante correspondance de soutien reçue par Lucie et Alfred Dreyfus, ou de mieux connaitre certains protagonistes présents à Rennes lors du procès. »
DISPOSITIFS DE MÉDIATION
« Au fil du parcours, plusieurs dispositifs permettent de montrer le rôle central de la presse durant l’Affaire, de développer l’esprit critique des visiteurs, tout en questionnant plus largement leur rapport à l’information.
Chacun de ces dispositifs, s’appuyant sur les grandes thématiques de l’Éducation aux Médias et à I’Information, prend comme point de départ une collection ou un évènement afin de questionner le poids des images et des mots, le traitement d’une information ou encore la polarisation des opinions.
Par exemple, dans la manipulation « L’île du diable, entre invention et réalité », les visiteurs découvrent que l’exil d’Alfred Dreyfus a souvent été représenté dans les médias comme des vacances sur une île paradisiaque, mais la réalité est tout autre.
Dans la manipulation « Unes en pagaille », les visiteurs doivent retrouver les bonnes unes en associant le titre du journal à son illustration et sa légende, selon les orientations de chaque journal. »
ZOOM SUR LE PARCOURS ENQUÊTE LUDIQUE
« Conçu par les Francs Limiers et adapté pour un public à partir de 12 ans, il est jouable en groupe de 2 à 6 personnes, de façon autonome, 3 groupes peuvent jouer simultanément dans leur résolution de leur enquête. Ce parcours enquête est pleinement intégré à l’exposition avec des énigmes à résoudre grâce à de nombreux dispositifs à manipuler et indices dissimulés tout au long du parcours. Il invite, par l’exploration des collections, à découvrir d’une autre manière les contenus et le propos de l’exposition.
Synopsis : l’influenceur controversé Histobuzz, coutumier de la réalisation de vidéos fake news, annonce qu’il va sortir d’ici 1h, une vidéo remettant en cause l’innocence de Dreyfus. À l’aide d’un carnet d’enquête, les joueurs doivent retrouver les preuves pour démonter un à un les arguments d’Histobuzz. »
Le parcours de l’exposition
L’exposition « présente un parcours en 6 séquences, avec une attention particulière portée aux adolescents et jeunes adultes. »
1. QUI EST ALFRED DREYFUS ? L’HOMME DERRIÈRE L’AFFAIRE
« Cette partie permet de comprendre qui était Alfred Dreyfus : ses origines, sa formation, sa profession, son mariage, ses enfants, son lien à l’armée, son rapport à la religion… L’exposition présente notamment un arbre généalogique, des photographies familiales et un fac-similé de sa veste d’officier d’artillerie. »
Alfred Dreyfus artilleur à Bourges, photographie, Franck (photographe), Bourges, 1889, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
« 9 artilleurs sont répartis autour d’une pièce d’artillerie dans des poses peu conventionnelles (pipe à la bouche, vestes ouvertes). Des inscriptions figurent sur celles-ci : «Vive la Flotte», «Vive L’Arti» (sur la veste d’Alfred Dreyfus). Chaque personne a signé sur la marge inférieure du support. Alfred Dreyfus est le deuxième en partant de la gauche. »
2. LES GRANDES ÉTAPES DE L’AFFAIRE
« L’affaire Dreyfus est un évènement complexe qui a connu de nombreux rebondissements. Pour appréhender pleinement ses enjeux, une frise chronologique illustrée de collections (une de journaux, estampes, photographies…) pose les grands jalons de l’Affaire. Un épisode de 10 minutes de l’émission Karambolage (Arte) vient compléter cette présentation. À travers la profusion de caricatures, que l’on trouvait dans des journaux, cartes postales ou même objets du quotidien, l’exposition montre le climat antisémite de l’époque qui irrigue la sphère politique et plus largement toute la société. »
Canne de marche au pommeau sculpté d’une effigie caricaturale antisémite, vers 1880, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
Dès le 18e siècle ont été réalisés des objets usuels à caractère antisémite : pipes, cannes, figurines qui transmettent déjà des stéréotypes qui persistent tout au long des siècles suivants. On voit ici un personnage au nez très long, surmonté de petites lunettes supposées évoquer l’usurier. Cheveux frisés et, papillotes évoquent l’appartenance religieuse. L’autre face figure une tête de mort coiffée de la kippa. Ce type d’objets luxueux, destinés à une clientèle aisée, témoigne de la très large diffusion de la caricature antisémite. »
3. RENNES 1899 – LE PROCÈS DU SIÈCLE
« Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement de 1894 et renvoie Alfred Dreyfus devant le conseil de guerre de Rennes. Émile Zola désigne le procès de Rennes comme « La suprême bataille ». Le procès se déroule du 7 août au 9 septembre 1899 au lycée de garçons de Rennes – actuel lycée Zola. »
« Les visiteurs découvrent l’ambiance de Rennes en cette fin de 19e siècle à travers une projection d’images de l’époque et des grandes reproductions de photographies. Pierre-François Lebrun a réalisé un film mêlant photographies, dessins d’animations et vues contemporaines pour retracer de manière vivante le procès jour après jour (production JPL Films). »
« Enfin les lieux et les acteurs du procès de Rennes sont mis en avant à travers une grande carte et des documents d’époque. »
Audience du conseil de guerre de Rennes, photographie, Valerian Gribayedoff (photographe), 7 août 1899, Rennes, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
« Rare photographie de l’intérieur de la salle des fêtes du lycée Zola, prise le premier jour du procès. »
4. LE PROCÈS FAIT LA UNE !
« Le procès de Rennes est le premier procès médiatique international de l’histoire contemporaine. Rennes reçoit des journalistes du monde entier : presse nationale et locale font le récit au jour le jour des audiences du procès grâce à l’essor de nouveaux outils facilitant la communication. Pour la première fois, la photographie produit un grand nombre d’images qui illustrent les revues. L’évocation d’un étal de marchand de journaux permet de montrer le rôle central de la presse et la polarisation de l’opinion selon l’orientation dreyfusarde ou antidreyfusarde des journaux. »
5. LES AMIS INCONNUS DE DREYFUS
« Dès 1898, des milliers de personnes témoignent leur soutien au capitaine Dreyfus et à son épouse Lucie. Après l’injustice criante du verdict de Rennes, ils reçoivent une immense correspondance. Mots de réconfort, d’amitié, de consolation et d’encouragement : des milliers de lettres parviennent à Lucie et Alfred Dreyfus de toute la France et de toute l’Europe. Ces témoignages d’indignation et de solidarité révèlent l’ampleur du mouvement d’opinion qui se développe autour de l’Affaire. Une grande carte du monde présente quelques exemples de cette riche correspondance. Il est également possible de lire et d’écouter des lettres qui prennent vie grâce aux lectures des élèves de l’école du Théâtre National de Bretagne (TNB).»
« Le soutien à une cause, hier comme aujourd’hui, s’accompagne parfois de petits objets, ostensiblement portés par ceux qui adhérent à la cause évoquée. Ces petites épinglettes n’étaient pas destinées à être conservées, de fait elles sont aujourd’hui rares. »
6. VERS LA RÉHABILITATION
« La dernière partie de l’exposition présente sous forme de frise chronologique les évènements qui se sont déroulés entre le jugement de 1899 et la mort d’Alfred Dreyfus en 1935.
« Elle revient sur l’héritage de l’Affaire, qui a continué à s’écrire, que ce soit avec des travaux d’historiens ou à travers des œuvres artistiques (littérature, cinéma, arts plastiques...). Des extraits de films de fiction viennent conclure l’exposition. »
Un espace d’ouverture : Dreyfus et nous
« À la sortie de l’exposition, un espace donne la parole à celles et ceux pour qui l’affaire Dreyfus a compté dans leur trajectoire personnelle, professionnelle - des hommes politiques, des historiens, les descendants d’Alfred Dreyfus - mais aussi des jeunes qui la découvrent dans le cadre des projets d’éducation artistique et culturelle menés durant la phase de conception du projet d’exposition.
En 2027, il sera réaménagé comme un laboratoire de la pensée critique qui invitera le public à questionner la polarisation de la société et à explorer des pistes de dialogues pour dépasser les divisions. »
JEF AÉROSOL
« Né à Nantes en 1957, Jef Aérosol (pseudonyme de Jean-François Perroy) vit et travaille à Lille depuis 1984. Artiste français issu de la première vague d’art urbain, il a posé son premier pochoir sur les murs de Tours en 1982.
Depuis, il a sillonné les rues de nombreux pays pour y peindre ou coller ses personnages, souvent représentés à l’échelle 1. Également muraliste, Jef Aérosol a réalisé de nombreuses fresques, tant en France qu’à l’étranger.
Son travail est désormais caractérisé par l’usage important du noir et blanc à l’exception de cette fameuse flèche rouge, marque de fabrique et « élément perturbateur » ! Ses œuvres sont visibles dans de nombreuses expositions en galeries et musées, festivals, art fairs, ventes publiques et événements internationaux.
Plus poétique que politique, le message délivré par Jef Aérosol est avant tout humaniste, ce qui rend son travail universel et intemporel. Dans les yeux de ses personnages passent toutes les émotions. Inconnus ou reconnus, ils reflètent le regard juste et attentif que l’artiste pose sur le monde et sur l’époque. »
« Transmettre le flambeau de l’Histoire pour éviter qu’elle ne se répète »
Par Nathalie Appéré,
Maire de Rennes, Présidente de Rennes Métropole
« À Rennes, « l’affaire du siècle » tient une place particulière. C’est dans notre ville qu’a eu lieu le procès en révision du capitaine Alfred Dreyfus, victime de l’une des plus grandes injustices du 19e siècle, parce qu’il était juif.
C’est dans notre ville que le jugement du conseil de guerre fut rendu dans ce qui était autrefois le lycée de Rennes, et qui porte depuis plus d’un demi-siècle le nom d’Émile Zola.
Dès leur ouverture en 2006, Les Champs Libres ont accueilli une première exposition permanente, pour commémorer, comprendre, enseigner cet événement historique majeur.
Aujourd’hui, voilà 120 ans qu’Alfred Dreyfus a été réhabilité.
À cette occasion, le Musée de Bretagne franchit une nouvelle étape pour défendre notre mémoire commune, à travers une exposition permanente 2.0, autour des enjeux contemporains liés à l’éducation aux médias et à la lutte contre l’antisémitisme.
Au-delà de cet indispensable devoir, célébrer la réhabilitation d’Alfred Dreyfus, c’est surtout transmettre le flambeau de l’Histoire pour éviter qu’elle ne se répète, à l’heure où les relents de haine qui conduisirent à cette affaire ont une résonnance singulière. Si les époques se succèdent, certaines passions mortifères demeurent et l’antisémitisme gangrène encore notre société
À rebours des logiques de repli sur soi et de rejet de l’autre, cette exposition a été pensée pour nous éclairer sur le chemin de l’apaisement de notre société. Nous souhaitons qu’elle puisse constituer le point de départ d’une réflexion plus globale sur la fabrique de l’opinion ou encore la place de la justice face à la haine.
Je tiens à remercier l’ensemble des actrices et des acteurs qui ont participé à la construction de cette exposition d’une grande richesse, ainsi qu’à la volonté de celles et de ceux qui viendront apporter leur éclairage sur l’affaire Dreyfus en elle-même, comme sur les questions de société qui lui font écho aujourd’hui. »
L’affaire Dreyfus, « une leçon vivante de citoyenneté »
Par Céline Chanas,
Directrice du Musée de Bretagne
« En 2026, 20 ans après l’ouverture des Champs Libres à Rennes et la première exposition consacrée à l’affaire Dreyfus en France, le Musée de Bretagne ouvre une nouvelle exposition, symboliquement placée au coeur des Champs Libres. Son ambition est claire : faire dialoguer l’histoire avec le présent et la rendre accessible aux jeunes. Car l’affaire Dreyfus n’est pas qu’un épisode lointain de la IIIe République, elle est une leçon vivante de citoyenneté. En suivant l’injustice subie par le capitaine Alfred Dreyfus, condamné à tort dans un climat d’antisémitisme et de raison d’État, le public est invité à se questionner sur ce que représentent la justice, la vérité ou l’engagement. Partie prenante du réseau des musées engagés, le Musée de Bretagne assume une ligne : parler d’histoire, asseoir son récit au plus près des parcours de ceux qui les ont vécus et portés ; parler du temps présent inspiré des écrits de Marc Bloch, « Sans se pencher sur le présent, il est impossible de comprendre le passé ».
Au-delà de l’histoire, ce sont bien les enjeux contemporains qui affleurent. Désinformation, justice médiatique, discriminations : les parallèles avec notre époque sont troublants. L’exposition ne les impose pas, mais les suggère subtilement. À l’heure où l’opinion publique se forge parfois en quelques clics, revisiter l’affaire Dreyfus devient un acte presque nécessaire. Les Champs Libres proposent ainsi bien plus qu’une exposition : un espace de transmission et de réflexion. En plaçant la jeunesse au centre du dispositif, ils rappellent que la citoyenneté s’apprend tôt, et que comprendre le passé est une clé pour agir avec lucidité dans le présent. »
L’exposition, « Une démarche scientifique »
Laurence Prodhomme
Commissaire d’exposition
« Pour concevoir cette nouvelle exposition, le Musée de Bretagne s’est appuyé sur sa collection exceptionnelle de plus de 8 000 documents, constituée dès 1899 puis enrichie notamment grâce à des dons de la famille Dreyfus et des achats sur le marché de l’art.
Un conseil scientifique réunissant des historiennes et des historiens, ainsi que des descendants d’Alfred Dreyfus a été constitué pour accompagner le musée dans chaque étape du projet : scénario, textes, choix des collections. Laurence Prod’homme, commissaire d’exposition, revient sur la démarche scientifique. Cette nouvelle exposition permanente consacrée à l'affaire Dreyfus est l'héritière au sein du Musée de Bretagne, de nombreuses autres expositions sur le sujet. Expositions temporaires dans les années 1970 et 1990, première exposition permanente en 2006, toutes ont tracé le chemin.
Durant ce laps de temps qui s'étire sur plus de 50 ans, le travail des historiens a développé de nouveaux axes de recherches et interrogé d'autres sources archivistiques. Nourris par leurs travaux et conscients des manques que pouvait présenter l'exposition précédente, nous avons souhaité mettre en avant quelques thèmes et en priorité la personne d'Alfred Dreyfus. »
Mieux connaître l’homme derrière l’Affaire
« Longtemps présenté comme une simple victime, fade et peu investi dans la défense de sa propre cause, Alfred Dreyfus s’est en réalité battu durant 12 ans pour faire reconnaitre son innocence.
« À travers des cartels spécifiques, les témoignages et les prises de position du capitaine trouvent une place essentielle dans l’exposition. Les liens indéfectibles avec sa famille sont évoqués par le biais de l’immense correspondance conservée au musée, dont des extraits peuvent être lus et écoutés. Un fac-similé de son uniforme permet d’incarner l’homme et sa fidélité à l’armée.
Rennes durant le procès
La seconde thématique s’articule autour de la place de la ville de Rennes au moment du procès. Nous voulions permettre au public de se plonger dans l’atmosphère rennaise à l’été 1899, mettre en avant quelques moments forts, évoquer le quotidien des Rennais, leur indifférence ou leur engagement. Nous avons pour cela confié la création d’un film au réalisateur Pierre-François Lebrun (production JPL films). Ce court-métrage permet également de suivre le procès au jour le jour.
Le rôle de la presse
Enfin, une place essentielle est consacrée à la presse. En effet, elle s’empare de l’Affaire d’une manière inédite : titres nationaux et journaux régionaux y consacrent leur une de manière régulière.
Au-delà des nombreuses collections iconographiques conservées par le musée, des objets acquis au fil du temps retiendront plus concrètement l’oeil du visiteur et souligneront l’impact de l’Affaire. »
10, cours des Alliés. 35000 Rennes
Tél. 02 23 40 66 00
Entrée gratuite.
Ouverture du mardi au dimanche
Visuels :
Portrait d'Alfred Dreyfus, photographie, Aaron Gerschel (photographe), vers 1890, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
Dreyfus se promenant entre deux gardes dans la cour de sa prison, album de photographies, Léon Bouët (photographe), été 1899, Rennes, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public.
Les numéros présents sur la photographie indiquent : 1 : Alfred Dreyfus, 2 : la cellule de l’accusé, 3 : la Manutention, 4 : le poste de police
Le traître, dégradation d’Alfred Dreyfus, Le Petit Journal illustré (Supplément du 13 janvier 1895), Henri Mayer (dessinateur), coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
Vendeur de journaux, plâtre d'après l’œuvre du sculpteur José Emmenez de Charmoy, F. Gilles (sculpteur), 1931, coll. Musée de Bretagne, CC-BY
L’affaire Dreyfus, affiche de cinéma, film de José Ferrer, Metro Goldwin Mayer, 1958, tous droits réservés
Lettre enluminée adressée à Lucie Dreyfus par les lecteurs du journal anglais le Morning Herald. Elle était accompagnée d’un coffret en argent offert à l’épouse du capitaine. 1899.coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
La case de Dreyfus, carte postale, Jean Hess (illustrateur), 29 septembre 1898, Éditions Meulenhoff, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
"Le journaliste Jean Hess est chargé par le journal Le Matin de réaliser un reportage sur les conditions de détention réelles d’Alfred Dreyfus. Il publiera même un livre A l'Ile du Diable ; enquête d'un reporter aux Iles du Salut et à Cayenne, 1898"
Sortie de Dreyfus, album de photographies, été 1899, Rennes, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
Laissez-passer pour le journal New York Herald, été 1899, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
Alfred Dreyfus à bord du Sfax le ramenant en métropole, photographie, anonyme, 24 juin 1899, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
Alfred Dreyfus avec les enfants de son fils Pierre, photographie, 1934, coll. de la famille Dreyfus
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