mercredi 13 mai 2015

La problématique ambassade d’Israël en France


L’ambassade d’Israël en France s’avère problématique en raison d’une communication, classique et digitale, biaisée et carencée, d'un fonctionnement en vase clos, avec des représentants souvent timorés dans leur défense d'Israël, incompétents et pratiquant l'autocongratulation sans raison, ainsi que de ses soutiens à des manifestations "artistiques" ou "pour la paix" partiales, parfois visant à la destruction de l’Etat Juif.  Ce qui réduit l'efficacité de son action, et creuse un fossé entre cette ambassade et des organisations françaises Juives. Et ce, dans un contexte, national et international, dramatique : les intérêts de l'Etat d'Israël divergent parfois de ceux des Français Juifs. Cet article est republié en hommage à Meir Rosenne, décédé le 14 avril 2015. Fin bretteur, ardent sioniste, il représentait un modèle d'ambassadeur d'Israël. Au début des années 1980, lors d'une conférence à Sciences Po, il était interrogé par un étudiant sur les liens entre l'Etat d'Israël et l'Afrique du sud de l'apartheid. Placide, avec son ironie coutumière, il a rappelé que la France devançait largement l'Etat Juif par l'importance de ses échanges commerciaux avec l'Afrique du sud au régime décrié. 


L’ambassade d’Israël en France représente un poste essentiel en Europe : en France, vit la communauté Juive la plus importante numériquement d’Europe, et l’une des plus visées par les agressions antisémites. Là, y ont été assassinés, depuis l’Intifada II : Sébastien Selam (2003), Ilan Halimi (2006), Jonathan, Arye et Gabriel Sandler ainsi que Miriam Monsonego (2012), Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François-Michel Saada (2015).

C’est aussi la France qui a diffusé le 30 septembre 2000 le reportage télévisuel controversé « al Dura ». A l'instar de son ministère de tutelle, l'ambassade d'Israël a souvent préféré le silence et l'inaction à un combat pour faire émerger la vérité.

La France joue un rôle majeur dans la diplomatie de l'Union européenne, et dispose d'un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Rappelons que la diffamation et la délégitimation de l'Etat d'Israël constituent les principaux carburants de l'antisémitisme contemporain (rapport Rufin), et qu'Abraham Fox, président de l'Anti-Defamation League (ADL) a demandé à l'Etat d'Israël d'aider les Juifs de diaspora à lutter contre l'antisémitisme.

Lors d’une cérémonie au Mémorial de Caen, le 13 février 2011, de remise de la médaille des Justes parmi les Nations, Ziv Nevo-Kulman, conseiller culturel à l’ambassade d’Israël en France, s'est indigné de la diffamation de son Etat par la plaidoirie de Mahmoud Arqan, de « Hébron (Palestine) », récompensée par le 1er Prix du Mémorial et de la Ville de Caen, véritable tribune internationale, le 30 janvier 2011. Il a rappelé l’aide médicale israélienne aux Palestiniens et souligné le danger des allégations mensongères antisémites ayant généré des persécutions des Juifs.

Un « dôme d’acier » juridique

A « l’initiative du Département juridique du ministère israélien des Affaires étrangères, en partenariat avec l’Association France Israël, la section française de l’Association internationale des Juristes Juifs (l’AIJJ), le Rassemblement des avocats Juifs de France (RAJF) et l’Ambassade d Israël » s’est tenu à Paris, le 20 juin 2012, le colloque Israël face aux défis du droit. Deux invités exceptionnels : Danny Ayalon, vice ministre israélien des Affaires étrangères, et Elyakim Rubinstein, juge de la Cour suprême de l’Etat d’Israël.

Buts : « Renforcer les liens et la coopération entre professionnels du droit, et mettre en place des passerelles et des mécanismes de mutualisation sur le long terme ».

Un programme très intéressant abordant notamment les aspects juridiques dans le traitement médiatique d’Israël.


Manque de respect et de politesse : Elad Ratson, directeur de l'information et de communication de cette ambassade, désinvite, la veille au soir de ce colloque, certains inscrits. Sans présenter d’excuse dans un pays qui apprécie la courtoisie. Un spectateur ayant assisté à l'une des premières conférences en France d'Elad Ratson, se souvient que celui-ci parlait alors en "petit-nègre", un français baraguiné à partir de bribes du français entendu lors d'un précédent poste en pays africain. La maitrise de la langue française s'avère pourtant essentielle dans ce poste si stratégique.

Une photographie de ce colloque révèle un public restreint, de l’ordre de quelques dizaines de spectateurs, avocats et médecin. Un peu mince pour constituer ce « Dôme d’acier juridique » souhaité par Danny Ayalon. Ces organisateurs ont donc fait venir des politiciens et juristes de haut niveau pour une vingtaine d'avocats parisiens !? Des juristes français dramatiquement absents des prêtoires français lors des nombreux procès dans l'affaire al-Dura ou les boycotts de produits israéliens.

Pour de happy few - bloggeurs et journalistes de médias français Juifs -, une rencontre est organisée avec Danny Ayalon en présence de Yaron Gamburg, porte-parole de l’ambassade. Danny Ayalon s’est plaint auprès d’eux de la désinformation et a compté sur ses interlocuteurs pour améliorer l’image de son pays. Ces rares bloggeurs et médias Juifs français conviés ne peuvent pallier les failles béantes de la communication du gouvernement israélien ni suppléer ses carences et l'absence d'une stratégie israélienne de communication politique à court et moyen termes. 

A l’évidence, les organisateurs de ce colloque n’ont pas anticipé le nombre élevé de candidats, et n’ont pas su/voulu s’adapter à ce succès public par le choix d’un lieu plus spacieux, ni une sélection plus pertinente des spectateurs.

Et, en privilégiant des déjà convaincus et dont on aimerait obtenir des détails sur leur activisme en faveur d'Israël, ils ont privé les journalistes des argumentations juridiques énoncées lors de ce colloque et dont ils ont besoin dans leur activité professionnelle.

Voici quelques années, l’ambassade d’Israël en France organisait des conférences de presse de ministres israéliens au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE) lors de leur passage à Paris. Force est de constater que l’ambassade d’Israël en France a déserté ce lieu prestigieux. Une faute professionnelle que ne commettent pas les ennemis de l’Etat Juif qui y ont multiplié les rencontres avec les journalistes du monde entier. Doit-on alors s’étonner du faible écho de la parole du gouvernement israélien parmi les médias en France, en particulier lors de ces attaques du Hamas contre le Sud d'Israël, et de l’image biaisée et ternie de cet Etat dans l’opinion publique française ?

Enfin, est-il normal que le site Internet de l'ambassade d'Israël en France ne présente aucune page sur les arguments juridiques en faveur de l'Etat Juif ? Sa page "Histoire" contenait trois lignes, et en anglais, sur "Biblical Times" (Ere biblique) et renvoyait vers une autre page en anglais et s'arrêtant à 538 avant l'ère commune ! Quand on sait les problèmes des Français à comprendre une autre langue que le français et les ratés de l'enseignement de l'anglais dans les établissements scolaires français... Résultat : les Internautes vont chercher des arguments ailleurs sur Internet, et notamment sur mon blog.

Lors de l'opération Bordure protectrice, cette ambassade est restée plus d'une semaine sans porte-parole, entre le départ de Yaron Gamburg et l'arrivée de sa successeur. Et rares ont été les interventions dans les médias de diplomates israéliens passifs, face à des adversaires pleins de verve haineuse.

Après plusieurs mois "en construction" en 2014, la nouvelle configuration du site Internet de l'ambassade s'avère affligeante par ses nombreuses pages vides, sans aucune hasbara, aucun dossier historique, juridique et religieux fondant la légitimité de l'Etat d'Israël... 

Une ambassade sioniste ?
Dans les années 1990, un jeune Français, sidéré, a vu des membres de cette ambassade, enthousiasmés par la signature des accords d'Oslo, persuadés d'avoir un "partenaire pour la paix", jeter leur documentation de hasbara (information/communication) de l'ambassade. Il a tenté de les persuader de les conserver. En vain. Exeunt leurs argumentations historiques, géographiques et juridiques si précieuses.

Depuis plusieurs années, cette ambassade s’avère problématique aussi par ses soutiens incompréhensibles, voire choquants. Quelques exemples.

Lors de l'Intifada II, les attentats des islamikazes, expression forgée par Raphaël Israéli, se produisaient en Israël. Juste après l'une de ces attaques terroristes, un journaliste avait joint en fin d'après-midi le service du porte-parole de l'ambassade afin d'avoir des informations et une réaction de l'ambassade à citer dans son article. Éberlué, il recevait cette réponse : "Ma journée de travail est terminée". Quant à l'ambassadeur, il répondait au journaliste lors de son week-end en Suisse : "Je me repose. Je ne répondrai pas à vos questions". 


En 2004, le service culturel de cette ambassade a soutenu l’exposition d’Orly Dahan « La robe de mariée ». Le summum de cette exposition navrante de prétention et confondante d’ennui : le film diffusé en boucle par le poste de TV : « Israël-Palestine, Abou Dabis, février 2004 » (17 minutes). Les images sont signées Rula Halwani et le montage Idith Bloch. Une balade devant le « Mur » (la barrière de sécurité anti-terroriste) qui se poursuit dans l’appartement cossu d’une Palestinienne. Celle-ci demande à son fils de chanter la chanson du « Mur », puis allègue confusément que les Israéliens s’emparent de l’argent dans une banque palestinienne. Quand j’avais interrogé Francine Lutenberg, responsable des projets culturels à l'ambassade, celle-ci m’avait répondu, sur un ton dédaigneux, qu’Orly Dahan était en quête de son identité israélienne. J’avais alors répliqué : « Et elle la trouve auprès d’une Palestinienne ?! »

 Le 3 avril 2008, sur RCJ, radio Juive francilienne liée au FSJU (Fonds social juif unifié), Francine Lutenberg, responsable des projets culturels à l'ambassade d’Israël en France, a recommandé cette exposition Les inquiets. Yael Bartana, Omer Fast, Rabih Mroué, Ahlam Shibli, Akram Zaatari. 5 artistes sous la pression de la guerre En 2008, le Centre Pompidou a présenté l’exposition éponyme assortie d’un catalogue et d'un dépliant gracieusement mis à la disposition du public, tous trois partiaux et problématiques notamment par leur terminologie biaisée, le mélange de fiction et de réalité, l'indifférence à l'égard des victimes du terrorisme, etc. Les œuvres – vidéos, installation et photographies - de cinq jeunes artistes – les Israéliens Yael Bartana, Omer Fast et Ahlam Shibli, les libanais Rabih Mroué et Akram Zaatari – portent sur les « questions liées à la guerre au Moyen-Orient ».


En mars 2010, c'est la revue Controverses dirigée par Shmuel Trigano qui a traduit en français le rapport Goldstone diffamant l'Etat d'Israël à propos de l'opération militaire Plomb durci, et en a présenté des analyses pertinentes dans un numéro spécial. Ce numéro a été alors offert aux convives du diner du CRIF. L'ambassade d'Israël en France a publié le site Internet Gaza Facts: The Israeli Perspective. Des rubriques Questions/Réponses qui renvoient à des réponses brèves en français, et détaillées en... anglais ! 


21 septembre 2010. Dans le cadre du projet Construire la paix, les jeunes Israéliens et Palestiniens s’engagent (19-23 septembre 2010) promu par Valérie Hoffenberg, alors Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient, Daniel Shek, alors ambassadeur d’Israël en France, a assisté avec d’autres diplomates de cette ambassade et une représentante du ministère israélien de l'Education, à la cérémonie au quai d’Orsay au cours de laquelle était exposé un dessin représentant la Palestine » et la « paix » par la disparition de l’Etat Juif. Sans réagir.

A l'automne 2010, lors de sa 185e session, le Conseil exécutif de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) a adopté cinq résolutions, dont une « palestinisant » la tombe de la matriarche biblique Rachel, stigmatisant l’Etat d’Israël. L'ambassadeur d'Israël  auprès de l'UNESCO avait alors refusé de répondre à mes questions. Le gouvernement israélien n'a réagi officiellement qu'après la révélation de ce vote par des médias. Indigné, il a suspendu partiellement sa collaboration avec cette organisation.  Ce vote a signé les échecs des diplomaties israélienne et américaine ainsi que de cette Organisation onusienne à remplir sa mission.


Mars 2011. Le site Internet de l’ambassade d’Israël en France a publié un commentaire, en fait une diatribe anti-israélienne en réaction à un article sur l’aide internationale à la bande de Gaza. Il ne l’a ôté qu’après la publication de mon article m’étonnant de cette étrange tolérance.

5 février 2012. Invité de l'Union des patrons Juifs de France (UPJF), Yossi Gal, ambassadeur d’Israël en France, a désigné par « colonies » les implantations Juives en Judée et en Samarie. Et ce, devant des députés français ! Qu’il soit ou non l’auteur de ce discours, Yossi Gal aurait du recourir à des termes neutres et adéquats historiquement et juridiquement. Nul dans cette ambassade n'aurait lu la tribune Israel's Right in the "Disputed" Territories de Danny Ayalon dans The Wall Street Journal ? Nul dans cette ambassade n'a vu la vidéo The Truth about the West Bank de Danny Ayalon ? Il est curieux que cette ambassade ne soutienne pas l'histoire et le droit international, surtout lorsqu'ils soutiennent les revendications et la légitimité d'Israël. A déplorer : le silence des responsables de la communauté Juive française présents à cet événement public et de journalistes de médias Juifs ayant couvert l’événement. A noter : comme d'autres diplomates de cette ambassade, Yossi Gal ne maîtrisait pas la langue française lors de son arrivée en France à ce poste si crucial. Sa présence, ou celle d'un responsable de cette ambassade, dans les médias français est très rare. Et c'est un euphémisme.

Printemps-Eté 2012. On cherche vainement l’information sur le site Internet de cette ambassade pour contrecarrer la propagande en faveur de Mahmoud Sarsak, « combattant ennemi » palestinien détenu en Israël en raison de ses liens avec le Jihad islamique.


Juillet 2012. Le service culturel de cette ambassade soutient l’exposition de vidéos de neuf artistes israéliens, Là-bas, à la MEP (Maison européenne de la photographie) à Paris. « Dans sa vidéo "Pippi Longstocking" (2008), Rona Yefman… tente de déplacer "le mur de séparation" », « "Planter sa tente", c'est justement ce qu'on fait des milliers de Tel-Aviviens durant l'été 2011 pour manifester leur indignation face à leurs dirigeants, et leur désir de changer le système social de leur pays », « solution pacifique du conflit israélo-palestinien », etc. En lisant le texte de Marie Shek, commissaire de cette exposition, d’où sont extraites ces citations, on s’interroge : s’agit-il d’une « conception esthétique de l'art » ou d’une « conception politique de l’art » ? S’agit-il vraiment d’un « conflit israélo-palestinien » ? Des activistes ne cherchaient-ils pas à instrumentaliser cette indignation à des fins politiques sous couvert artistique ?  J'ai interrogé la Ville de Paris et la MEP sur la légalité de soutenir par des fonds publics cette exposition partiale Là-bas et sur la nécessité de respecter le principe de neutralité d'un service public culturel.


Via sa newsletter et un site Internet, ce service culturel assure aussi la promotion d'évènements partiaux, dont l'exposition Ici à la galerie Michel Rein et la pièce de théâtre Jérusalem Plomb durci lors du festival d'Avignon. Ce spectacle a suscité l'indignation du Centre Simon Wiesenthal-Europe et du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA).


Une promotion dont bénéficie aussi l'exposition  Pluriel -  Regards sur l'art contemporain israélien (26 octobre-22 novembre 2012). Cette exposition parisienne mêle oeuvres artistiques et oeuvres politisées telles la vidéo Fasatine de Raida Adon ou celle dans laquelle Sigalit Landau fait du "Hoola Hoop avec un cerceau en fil de fer barbelé qui l’auto-flagelle sur la plage de Tel-Aviv".

 Le dossier de presse de l'exposition Entre terre et mer. L’extraordinaire bestiaire de la mosaïque romaine de Lod présentée au printemps 2013 au Louvre comprend notamment une page dédiée à l'un de ses partenaires : le service culturel de cette ambassade. Signé par Coolisrael.fr, ce texte bref fourmille de fautes basiques de français !
Le 3 mars 2014, Francine Lutenberg a évoqué sur RCJ, sans réaction de la journaliste Culture Sandrine Sebbane, notamment A portée de crachat, pièce anti-israélienne de Taher Najib, bientôt présentée au Théâtre du Rond-Point (12 mars-12 avril 2014). L'auteur a écrit cette pièce en 2002, "en Palestine", et après un séjour à Paris, sauf la fin rédigée lors de sa résidence d'un mois, sous l’égide de Harold Pinter, au Royal Court Theater à Londres. En 2006, cette pièce a été primée lors du festival Theatroneto - festival de pièces à un seul acteur - à Tel Aviv.


  Selon la traductrice Jacqueline Carnaud, le mot hébreu "crachat" signifie aussi « tir ». Et Francine Lutenberg a présenté cet auteur comme un Arabe israélien palestinien !? Ce dramaturge politisé a déclaré être né en 1970 "à Umm el Fahem, dans le nord de la Palestine" (sic). Une ville située en Galilée (Israël). Et Taher Najiba a indiqué : "On nous appelle les Palestiniens de 48, ceux qui sont demeurés en Palestine après le désastre de 1948". En 2011, cette pièce était présentée, dans une mise en scène de Laurent Fréchuret, dans des salles de spectacles et des lycées de Bois d'Arcy, Guyancourt, Herblay, Limay, Magnanville, Maisons-Laffitte, Marcq, Mantes-la-Jolie, Marly-le-Roy, Poissy, Saint-Germain-en-Laye, Saint-Quentin-en-Yvelines, Sartrouville, Vélizy-Villacoublay, Vernouillet, Viroflay, et même à la maison d'arrêt de Poissy. A portée de crachat a été traduite en arabe littéraire afin que des lycéens de l'option arabe du lycée Evariste-Gallois, à Sartrouville, "puissent en interpréter des extraits", relate Clarisse Fabre dans Le Monde (5 février 2011). Plusieurs proviseurs ont refusé de programmer la pièce "de peur de raviver des tensions entre les jeunes issus du Maghreb ou de pays arabes ". Ou par crainte que ces jeunes agressent des Français Juifs ? Au lycée Antoine de Saint-Exupéry "situé à l'entrée du quartier "sensible" du Val-Fourré" à Mantes-la-Jolie (Yvelines), Taher Najib répondait à une lycéenne : "Je ne suis pas né en Israël. Israël est né chez moi... Les Israéliens ont besoin des Palestiniens pour exister, et vice-versa... Aucun théâtre israélien n'a programmé" cette pièce. En 2014 comme en 2011, la newsletter culturelle de l'ambassade d'Israël en France assure la promotion de cette pièce ; ce qui avait suscité l'indignation de Richard Abitbol, président d'une loge francilienne du B'nai B'rith. Une pièce créée "dans le cadre d’Odyssées en Yvelines – biennale de création théâtrale conçue par le Théâtre de Sartrouville – Centre dramatique national, en collaboration avec le Conseil général des Yvelines".

L'affiche de ce spectacle parisien s'avère problématique : elle représente un fil de fer barbelé entourant un jeune homme en jean et basket, en équilibre jambes tendues en l'air : main droite sur le sol, et main gauche tenant une valise oranger. Sur celle-ci est dessinée en jaune la carte de l'Etat d'Israël dont les territoires disputés sont délimités par des pointillés.

Très appréciée du public lors de la représentation du 15 mars 2014 à Paris, c’est une pièce (1 h 10) parfois grossière, toujours de faible intérêt artistique, essentiellement nombriliste, misérabiliste et manichéenne, très politisée – "l’Occupation" et les accords d’Oslo stigmatisés, la nakbah et la naksah, "la défaite", "l’humiliation"  -, et révisionniste :  des "étrangers... viennent nous chier dessus, nous tirer dessus, nous monter dessus - et ça depuis plus de mille ans, d'abord les Croisés, puis les Turcs, puis les Anglais, et maintenant ceux-là”. Les digressions ne servent qu’à faire passer un message anti-israélien et susciter l’empathie pour le jeune “Palestinien”, qui cherche "Zouzou" et est interprété avec talent par Mounir Margoum. L'auteur précise : "Zuzu (zehout) signifie identité en hébreu. Dans la pièce, le protagoniste se confronte à sa propre identité perdue, sans la désigner nommément... Il s’agit bien sûr d’un symbole, celui de l’identité perdue". Et en 2011, il évoque Arafat "confiné dans son bureau de Ramallah et y est resté jusqu’à ce qu’on l’y empoisonne".


Cette pièce perverse – le personnage s’apitoie, mais fait rire, sur les attentats du World Trade Center, tout en occultant ceux en Israël -  a été publiée par les éditions Théâtrales-Maison Antoine Vitez avec le concours du Centre national des Lettres, avec le soutien de l’ambassade d’Israël à Paris et introduite par l’éloge de Peter Brook. 38 pages : 11 € !! Après la représentation, l'auteur et le comédien répondent aux questions du public et dévoilent "les coulisses du spectacle".

Déjà, en 2011, le théâtre du Rond-Point avait présenté Harper Regan, pièce controversée en raison d'une diatribe antisémite écrite par le britannique Simon Stephens, et mise en scène par Lukas Hemleb.

L'affaire al-Dura se révèle aussi significative à cet égard : Philippe Karsenty a du affronter l'indifférence ou l'hostilité d'ambassadeurs ou de responsables de la communication de cette ambassade.

Le 22 mai 2013, le site Internet de cette ambassade a publié le communiqué sur le rapport de la commission de révision gouvernementale sur le reportage controversé diffusé par France 2 le 30 septembre 2000 et alléguant la "mort de Mohamed al-Dura". Ce communiqué indique : "A la lumière d’un réexamen minutieux des éléments relatifs à l’affaire, la commission a conclu que les affirmations et les accusations  essentielles émanant du reportage de France 2, étaient dénuées de tout  fondement". Pourtant, ce rapport n'a pas été traduit en français ni publié sur le site de cette ambassade. Alors qu'il dénie tout fondement au blood libel emblématique de l'Intifada II...

Le 11 mai 2015, la newsletter de cette ambassade annonçant les événements culturels évoque le colloque Exils des langues, langues d’exil : les deux rives de la Méditerranée à l'Université Sorbonne Nouvelle Paris III. Une journée d'études Paris-CEAO ainsi présentée sur le site Internet de Cool Israël 67 : "Le projet « Exil de Langues, Langues d’Exil », initialement ancré autour de la Méditerranée, accorde désormais une place importante à la recherche dans d’autres aires socioculturelles dans le cadre européen. Après deux journées d’étude organisées à Lille 3 les 21 et 22 avril, celle de Paris 3 le 12 mai abordera les stratégies linguistiques d’auteurs en exil en analysant leurs modes d’expression et la manière dont ils utilisent le langage dans leurs textes. Au programme : l’expression poétique de l’exil ; les littératures juives en exil ; les deux rives de la Méditerranée". Sadia Agsous (Inalco) présentera "Les écrivains palestiniens d’Israël, l’exil comme métaphore : La littérature de la minorité palestinienne d’Israël est produite dans sa majorité en langue arabe. Toutefois, elle cède un espace, certes étroit, pour ceux, comme Atallah Mansour et Anton Shammas, qui ont exprimé l’identité et la terre palestinienne dans le champ littéraire en langue hébraïque. Nous examinerons à travers les expériences de Taha Mohammed Ali, d’Émile Habibi et de Sayed Kashua une littérature tourmentée par l’écrivain « enraciné », non exilé : celui de l’intérieur. Edward Said dit qu’« être à l’intérieur est un privilège qui est malheur, pareil au sentiment d’être prisonnier dans une maison qu’on possède » (Said, 1999). Ainsi, écrire sur cette terre et sur cette identité ne représente-t-il pas un exil symbolique ? Cette communication s’attachera à mettre en évidence le lien entre l’exil du déraciné Mahmoud Darwich et celui des écrivains et poètes palestiniens d’Israël pour interroger une identité palestinienne qui s’articule tel un exil métaphorique qui continue à nourrir une littérature minoritaire bilingue". Un texte qui accrédite l'idée d'une prétendue "Palestine" avec sa prétendue "identité" et d'un "exil intérieur" provoqué par la refondation de l'Etat d'Israël, en citant Edward Said, universitaire anti-israélien !? Rien sur la langue judéo-arabe, langue de Juifs exilés par exemple de Tunisie.

Les attachées culturelles à l'ambassade exercent leur fonction quelques années à Paris, mais Francine Lutenberg demeure à son poste. Sur quels critères choisit-elle les événements culturels qu'elle promeut ? Et pour quelles raisons ?

Consternant ? Lamentable ? Désespérant ? Incompétences ? Erreurs de castings dans une ambassade si importante en Europe ? Des cas d’écoles (study cases) pour les étudiants en formation par le ministère des Affaires étrangères en Israël, et ailleurs. Et des exemples de hiatus graves entre des représentants de l'Etat d'Israël et la communauté Juive française. A lire les réactions indignées du BNVCA ou du CSW-Europe, on peut se demander qui défend (le mieux) les intérêts de l'Etat d'Israël en France : son ambassade ou des personnes, morales ou physiques, françaises, généralement sans moyen financier conséquent ?

Par ailleurs, le soutien de l'ambassade d'Israël en France à ces spectacles anti-israéliens entrave et réduit la marge de réaction et de manœuvre des dirigeants communautaires ainsi que de cette ambassade. Comment celle-ci peut-elle s'indigner d'un blood libel (accusation diffamatoire portée à l'égard des Juifs accusés de tuer un enfant non-juif pour utiliser son sang dans la confection de mets juifs) récompensé par le Mémorial de Caen et soutenir activement des vecteurs de haine anti-israélienne ?

Alors qu'environ un quart des Israéliens vit en 2012 sous le seuil de pauvreté, il est aberrant que le gouvernement israélien ait financé la publication d'un pièce délégitimant Israël et ternissant son image.

Des observateurs proches de cette ambassade la décrivent comme un lieu divisé par des "baronnies", peuplé de "personnes nommées grâce à leurs relations" et "motivées par des projets personnels de carrière".

Le plus ahurissant est l'autocongratulation exprimée par ces représentants de l'Etat d'Israël lorsqu'ils sont interviewés par des médias français Juifs au terme de leur mission dans cette ambassade. Et de brosser un tableau irréaliste, flatteur, de leur action. Sans aucune contradiction de journalistes.

Le 14 novembre 2015, Aliza bin Noun, ambassadrice d'Israël en France, a assuré les Français de la solidarité des Israéliens. "Les actes brutaux d'assassinat, en plein coeur de Paris et leur degré d’atrocité, touchent les cœurs de chaque État, et de chaque personne attachée à la paix et à la liberté. Votre douleur est partagée par nous tous ; et nous, les Israéliens - qui avons connu la terreur depuis des décennies - sommes particulièrement sensibles à la douleur de la France", a écrit Aliza bin Noun dans, non pas un journal français, mais dans Yediot Aharonot. Un texte publié en français sur le site de l'ambassade.

Des actions vers les musulmans

En novembre 2012, CoolIsraël a consacré deux articles au séjour d'une semaine en Israël et dans les territoires disputés de "quinze imams de France, dont le très médiatique Hassan Chalgoumi, imam de Drancy". "C'est le projet le plus ambitieux de l'ambassade depuis dix ans", a estimé Elad Ratson.

Un séjour "financé en partie par le ministère israélien des Affaires étrangères et soutenu par le Quai d'Orsay". Ces imams représentent "plus de deux cent mille musulmans de France". L'ambassadeur d'Israël Yossi Gal les reçoit ainsi que les présidents des communautés musulmanes sénégalaises, égyptiennes, maliennes, marocaines, comoriennes et algériennes, et s'exprime en... arabe, "langue de son enfance" ! Quel est le désir spontané de ces imams : "présenter un autre islam de France".


 Ce site publie aussi des photos et vidéos des imams au Mémorial de Yad Vashem, et indique que cette "délégation s'est recueillie au cimetière de Givat Shaul, près de Jérusalem, sur les tombes des victimes de l'attentat terroriste de Toulouse qui a coûté la vie à quatre personnes, dont trois enfants". Pourquoi ne pas mentionner que ces quatre victimes sont juives ? Pourquoi ne pas qualifier cet attentat d'islamiste ?

A leur retour en France, trois de ces imams - Hassan Chalghoumi, Kamadou Gassama, imam dans le XXe arrondissement de Paris, et cheikh Ali Mohamed Kassim, grand mufti de Marseille et autoproclamé "homme de paix" - sont invités le 4 décembre 2012 au Grand Journal de Canal +, une émission en direct, très écoutée, à 19 h 10. A Michel Denisot qui les interroge sur les motifs de leur voyage en Israël, Hassan Chalghoumi, et les deux autres imams, parlent immédiatement de leurs rencontres avec des dirigeants de l'Autorité palestinienne, dont Mahmoud Abbas, Salam Fayyad, le ministre des Affaires religieuses et le mufti -, leurs prières à al-Aqsa et des Palestiniens. Un imam trouve "regrettable" que lors de leur séjour, il y ait eu des bombes. Sans mentionner la raison de la riposte israélienne aux tirs incessants du mouvement terroriste Hamas contre les Israéliens. Tous trois s'accordent dans des appels à la paix "entre les deux Etats" - le mot "Israël" est rarement prononcé. Pour Hassan Chalghoumi, l'intérêt d'Israël est qu'il y ait une "Palestine. C'est une demande forte des citoyens en Israël : "On en a marre de la guerre" Ils ne veulent plus entendre les sirènes, les martyrs". Et cet imam de soutenir le Fatah tout en voulant "un Etat palestinien sans les intégristes". Quid de l'enseignement à la haine et au terorisme à l'initiative des dirigeants de l'Autorité palestinienne ? L'attentat antisémite jihadiste de Mohamed Merah à Toulouse le 19 mars 2012 ? "L'islam n'a rien à voir avec cela", déclare l'imam de Marseille. Puis, le journaliste Augustin Trapenard vante Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle, BD primée - la caméra s'attarde sur des pages concernant la barrière de sécurité antiterroriste -, et stigmatise "ce mur de séparation qui représente l'occupation, l'humiliation quotidienne". Enfin, Nadine Morano, ancienne député de l'UMP, conclut sur les vertus du dialogue interreligieux. Sur sept minutes et trente secondes, que d'Israel bashing à une heure de grande écoute sur la chaine qui "façonne l'opinion" ! Quel échec cuisant pour cette ambassade qui ne semble pas en avoir pris conscience !


Le 20 décembre 2012, CoolIsraël a publié l'article élogieux Ces Arabes devenus influents en Israël d'Ella Sticot, afin de souligner que les Arabes israéliens sont des "citoyens à part entière de l'Etat d'Israël". Cependant, il occulte des faits têtus nuançant le tableau idyllique brossé sur ces citoyens. Exemples : Salim Joubran, magistrat à la Cour suprême et chrétien, a refusé de chanter l'hymne national israélien lors d'une cérémonie officielle en 2012. Trois partis arabes - Raam Ta'al, Balad et Hadash - sont représentés à la Knesset d'un pays dont ils contestent l'existence. Certains demandent l'interdiction du parti Balad qualifié de "traitre", car ses membres multiplient les actes anti-israéliens : Azmi Bishara a fui pour éviter son arrestation motivée par l'aide qu'il a apporté au Hezbollah pendant la guerre contre ce mouvement terroriste en 2006, Hanin Zouabi était à bord de la flottille visant à rompre le blocus naval légal de la bande de Gaza, etc. CoolIsraël cite aussi des artistes Arabes Israéliens en occultant certains faits : Mohammed Bakri a réalisé le film controversé Jenin Jenin diffamant l'Etat Juif à propos de l'Opération Remparts (2002), l'actrice Hiam Abbas se définit comme "Palestinienne", alors qu'elle est née en Israël, etc.

Lors de la visite en France du président Shimon Peres, cette ambassade lui a organisé une rencontre le 10 mars 2013 avec l'imam Chalghoumi, qui a déclaré : "Mohamed Merah a tué des musulmans avant de tuer des Juifs... Nous sommes les premières victimes de l'intégrisme ". Cette affirmation-ci est démentie par les statistiques des actes racistes et antisémites en France en 2012.

La "visite historique et symbolique" en France de cinq imams israéliens (3-10 avril 2013) a eu lieu à l'initiative notamment de l'ambassade d'Israël en France et de l'imam Chalghoumi. CoolIsraël consacre huit articles à ce séjour : Les musulmans de France à la découverte de l’islam en Israël, Prière musulmane à la résidence de l’ambassade d’Israël en France, Les imams israéliens reçus par l’homme d’affaires Tarak Ben Ammar, Les imams israéliens rencontrent la communauté comorienne à Marseille, Rencontre inter-religieuse à Marseille avec les Imams d'Israël, Les imams d’Israël et l’imam Hassen Chalghoumi accueillis à la nouvelle mosquée d’Asnières, Les imams français à leur gouvernement : « Prenez exemple sur Israël », Les imams israéliens reçus par l’homme d’affaires Tarak Ben Ammar. Celui-ci a loué cette démarche qui montre "le véritable visage de l'islam, une religion d'amour et de fraternité", et les a encouragés "à promouvoir ces paroles de paix au sein du monde arabe et des médias du monde entier".

Oubli ou ignorance de CoolIsraël ? Tarak Ben Ammar a distribué via sa société QuintaDistribution en France en 2004 de La Passion du Christ (The Passion of the Christ), film controverséde Mel Gibson en raison de sa représentation négative des Juifs et qui a suscité l'indignation notamment d'organisations américaines Juives et françaises, ainsi que celle du producteur et distributeur français Marin Karmitz, n'aurait pas été distribué en Israël selon The Los Angeles Times, mais a rencontré un succès public dans des pays arabes.

Et sa présentation des différences dans l’organisation des cultes en France et en Israël est lacunaire. L’ambassade d’Israël en France s’ingère-t-elle ainsi dans les affaires françaises ? Ces imams instrumentaliseraient-ils ce « modèle israélien » pour des revendications religieuses inconciliables avec la laïcité républicaine française ?

Il est glaçant d'entendre ces imams prier "Allah aqbar" (Allah est (le) plus grand) dans la résidence d'un fidèle à l'Eternel. D'autant que cette résidence peut être considérée comme liée au service public diplomatique, et relevant donc d'une certaine neutralité. Pourrait-on avoir des sous-titres traduisant en français ou/et en hébreu cette prière islamique pour vérifier les "paroles de paix" ?

Combien de ces musulmans ont soutenu l'Etat Juif lors de l'opération Bordure protectrice (juillet-août 2014) ? Combien ont participé au rassemblement unitaire organisé à l'appel du CRIF près de l'ambassade d'Israël en France ? Un ? Deux ?

Hélas ! Cette ambassade n'a pas tiré les leçons de cet échec. Elle a soutenu le voyage en Israël - Mur des lamentations, mosquée al-Aqsa, Mont Herzl, mer Morte et recueillement devant la tombe du Premier ministre israélien assassiné en 1995, Yitzhak Rabin - et dans les territoires disputés, dont Ramallah, de 17 lycéens, chrétiens et musulmans, de Garges et de Sarcelles, organisé par l'association Imad fondée par Latifa Ibn Ziaten (22-28 avril 2015). En 2014, cette association avait amené des lycéens au Maroc. Latifa Ibn Ziaten leur a-t-elle fait visité le Sahara occidental occupé par le Maroc ? Elle projette un nouveau séjour avec des adolescents au Maroc. Prévoit-elle une visite aux Sahraouis ?

"Whalid, élève de 3e au collège Jean-Lurçat de Sarcelles, avait déjà voyagé dans le cadre d'un échange avec des lycéens marocains, l'an dernier. « Là, ça va être différent car on va vraiment voir trois religions qui vivent côte à côte, explique le jeune de 14 ans. Mais déjà, à Casablanca, on a vu comment chacun respecte le lieu de culte de l'autre. Les gens se considèrent d'abord Marocains et la religion passe après. Ici, c'est l'inverse. J'aimerais que ça change... »

« Je pars avec l'envie de me faire ma propre opinion », déclare Hassna, excellente élève de 3e au lycée Jean-Lurçat  Sarcelles, âgée de 14 ans et souhaitant embrasser la profession de journaliste,  « Au début, j'avais un peu peur car j'entends beaucoup de monde dire qu'Israël, c'est dangereux, que c'est la guerre.  Mais j'avais envie de découvrir par moi-même », explique l'adolescente. Et d'ajouter : il « n'y a pas beaucoup de gens qui ont la chance de faire ce voyage. « On part là-bas pour observer beaucoup de choses, être très à l'écoute, et raconter à la fin tout ce qu'on aura vu.  Je pars en Israël avec l'envie de me faire ma propre opinion, explique-t-elle. J'espère que ce que je verrai sera positif, mais je ne le saurai qu'au retour » Elle prend au sérieux son "futur rôle de mini-ambassadrice de la paix lui tient également à cœur. « C'est bien d'être la représentante d'une cause, d'avoir la responsabilité de faire passer un message positif. Latifa Ibn-Ziaten, marraine de son collège, a un message de paix, de solidarité... Ça m'a beaucoup marquée. »

 « Le constat qu'on fait, c'est que toutes les haines qui existent dans le monde sont dues au fait que les peuples ne se connaissent pas, estime le proviseur du lycée Arthur-Rimbaud de Garges, Christophe Buatois. Le but de ce voyage, c'est que les jeunes apprennent à découvrir l'autre, qu'ils écoutent et qu'ils observent sans préjugés. C'est cela qui permet de générer du respect et de la non-violence. »

Pour les briefer avant leur départ, ces élèves ont bénéficié pendant trois ans du savoir de Marie-Odile Dolivet, « formatrice à la culture de paix » - autoproclamée ? -, car dès leur retour, ils "auront pour mission de délivrer à leur tour un message de paix et de vivre-ensemble auprès de leur entourage. Des « mini-Latifa » qui pourront intervenir dans d'autres écoles ou à l'occasion d'événements, à l'image de leur marraine". Qui est Marie-Odile Dolivet ? C'est une "formatrice à la culture de paix au Tchad et en Côte d'Ivoire. Quel rapport avec le conflit né du refus musulman d'un Etat Juif ? Les professeurs d'histoire n'auraient pas pu assurer ce briefing ? « Vous avez une chance extraordinaire, mais aussi beaucoup de responsabilités sur les épaules », a rappelé Marie-Odile Dolivet. « Quels sont les préjugés que vous connaissez ? » a-t-elle notamment demandé. « Les Arabes sont des voleurs ! » s'exclame un collégien. « Les Noirs sont de bons danseurs », poursuit l'un de ses camarades, provoquant le rire du groupe. « Mais tu as raison, rétorque la formatrice. Il y a des préjugés négatifs, mais aussi des positifs. Or, il faut comprendre que chaque personne est unique. » Et de prendre l'exemple sur leur futur voyage : « Il ne faut surtout pas coller d'étiquettes sur le front, ou sur la tête (elle mime le port d'une kippa). Ne vous dites pas : J'ai un a priori positif sur les Palestiniens, car ils sont Palestiniens. Ou j'ai un a priori négatif sur les juifs car ils sont juifs. Car dans tout groupe humain, il y a des gens ouverts, au cœur large, et d'autres plus fermés. Certains veulent la paix, d'autres cherchent la guerre. » Consternant, mais si révélateur de l'opinion publique en France.

"J’ai vu en Israël – berceau de toutes les religions et de la civilisation – une population issue de plusieurs pays et de plusieurs nationalités, vivre parfaitement ensemble. Une région d’une grande richesse historique, archéologique, spirituelle et géographique. Entre modernité et tradition, héritière de tant de culture, la Terre Sainte fascine par sa multiplicité, mosaïque de paysages et de peuples. Un exemple pour les jeunes qui font ce voyage, que nous avons justement intitulé « le vivre ensemble en Israël et Palestine », deux terres voisines dotées d’une histoire et d’un patrimoine uniques au monde. Notre espoir est que chacun revienne dans son établissement scolaire en tant qu’Ambassadeur de la Paix après avoir partagé les valeurs du vivre ensemble, le sens du respect et l’esprit de tolérance", a déclaré Latifa Ibn Ziaten. Celle-ci semble ignorer que cette coexistence dans l'égalité entre Juifs et musulmans n'existe que dans un Etat Juif, car dans un Etat musulman, les Juifs seraient des dhimmis.

Autant on compatit à la douleur de Latifa Ibn Ziaten dont le fils, soldat français, Imad a été assassiné le 11 mars 2012 par le moudjahidin Mohamed Merah, autant on éprouve une certaine gêne à entendre son discours affirmant sa volonté d’œuvrer à un "authentique dialogue interreligieux" tout en évitant soigneusement d'établir le moindre lien entre l'islam et l'islamisme ou d'évoquer l'antisémitisme islamique. Révélant ses lacunes historiques et religieuses - Israël est le berceau du judaïsme et du christianisme, et non de l'islam né dans la péninsule arabique -, Latifa Ibn Ziaten nuance son discours selon ses interlocuteurs : à SelectIsrael, elle déclare que ce voyage offre aux jeunes l'opportunité "pour qu’ils puissent déceler les différences, mais aussi les similitudes entre les religions. Nous voulons que nos jeunes comprennent que nous pouvons vivre différemment tout en restant frères dans notre spiritualité. Un voyage qui leur sera très enrichissant sur le plan de la connaissance de l’autre, en l’occurrence le Juif et l’Israélien", et au site musulman Yabiladi omet les similitudes : "Une chance pour notre jeunesse de s'enrichir en découvrant l'Autre dans sa particularité et sa différence". A Telavivre, elle déclare croire qu'Israël veut la paix. Le Hamas, dont la charte vise à éliminer l'Etat Juif, veut-il la paix ? "Je ne sais pas, tout est possible" (sic), répond-elle.

Qu'ont retenu les sept élèves du lycée Arthur Rimbaud de Garges-lès-Gonesse et les huit collégiens de Jean Lurçat à Sarcelles, "sélectionnés pour leur engagement au sein du conseil de la vie lycéenne", de leur séjour d’une semaine en Israël ? « On revient différent d’un tel voyage. Grandi », confie Yassine au Parisien (31 mai 2015). Des clichés ont été supprimés : « Avant, je pensais que les Israéliens ne se mélangeaient pas avec les étrangers, mais en fait, ils sont très chaleureux », raconte Dilan, en Terminale. « On a vu des musulmans faire la prière sur l’herbe, en plein centre de Jérusalem. Je pensais que ça n’était pas possible », souligne Omer. « A la télé, on ne montre que la guerre, alors qu’on ne ressent pas de tension, note Steve. Finalement, leur guerre, ce n’est pas une guerre de religion mais de territoire. Et les différentes religions cohabitent mieux qu’ici. » Au début, pour certains, ça n’a pas été facile de faire accepter un tel voyage. « Pour plusieurs membres de ma famille, c’était mal vu d’aller en Israël », raconte Dilan. « Mais maintenant, tout le monde nous dit qu’on a de la chance, les gens posent plein de questions », remarque Angela... La découverte, pour beaucoup, ça a aussi été celle du judaïsme. Les rites, l’histoire, les traditions, on leur a tout expliqué. « La prière est différente mais au fond, on a tous le même Dieu », constate Dilan. Le petit groupe a même été invité à célébrer Shabbat dans une famille. Un des moments forts du voyage".

« Un mur qui sépare les populations, c’est choquant, injuste », s’exclame Steve, toujours marqué par les images de ces morceaux de béton érigés autour des territoires palestiniens, couverts de graffitis tels que « Freedom ». « On prend aussi conscience de la chance qu’on a, observe Yassine. On se plaint beaucoup, mais nous, on a la liberté d’aller et venir comme on veut. Les Palestiniens, non. » Yassine se souvient notamment de ce jeune du lycée français de Jérusalem, mais habitant de Ramallah, dont le seul moyen pour passer la frontière est d’emprunter le bus diplomatique qui passe une fois par jour. Ou de cette jeune Palestinienne qui a perdu deux membres de sa famille, tués lors d’une manifestation". Quid des victimes israéliennes du terrorisme palestinien ?

Le Parisien poursuit : "Alors que faire de toutes ces rencontres ? Les élèves ont pour mission de devenir ambassadeurs de la paix. « Au fond, on est tous pareils, insiste Yassine. Il faut arrêter de vivre enfermé. » Le 11 juin, tous livreront une présentation de leur voyage au sein du" lycée.

Proviseur du lycée Arthur Rimbaud de Garges, Christophe Buatois a participé au voyage  d'avril 2015 : « S’il y a des tensions, c’est parce que les gens ne se connaissent pas »  Il se dit fier de ses élèves. Il a porté le projet avec Latifa Ibn Ziaten. Un voyage nécessaire pour casser les barrières. « Notre constat de départ, c’était de dire : s’il y a des tensions dans le monde aujourd’hui, c’est parce que les gens et les peuples ne se connaissent pas. L’idée, c’était d’aller voir sur place, pour bousculer les idées reçues, sans juger. » Et il l’avoue, pour les élèves, tout n’a pas été simple. « Je me souviens par exemple qu’au début, un de nos élèves musulman a eu du mal à accepter l’idée de mettre une kippa, se souvient le proviseur. Mais très vite, il a compris que c’était une question de respect dans une synagogue. » Le vivre-ensemble, il fallait aussi le faire au sein même du groupe. « On a nos propres tensions de quartiers », note le proviseur. Son rôle, en amont, a aussi été de rassurer les parents, souvent inquiets d’un tel voyage. « Certains pensaient qu’on allait mourir là-bas, sourit Christophe Buatois. Nous les avons conviés aux séances de préparation, pour leur présenter le projet. Ça les a rassurés. Ils nous ont fait confiance. » Lui-même a découvert là-bas un pays riche et une ville de Jérusalem magnifique. « J’ai promis à ma famille d’y retourner avec elle », glisse-t-il".

En résumé : le chabbat aurait pu être observé dans une famille Juive française. Le narratif palestinien n'a pas été démonté par le rappel de faits historiques et juridiques, notamment sur la barrière de sécurité antiterroristes dont la partie infime sous la forme de mur vise à éviter les tirs. Le conflit "israélo-palestinien" est instrumentalisé pour expliquer les "tensions" en France, ce qui évite d'évoquer la haine contre les mécréants de l'islam. Présumé faux : la connaissance de l'autre fait disparaître les "tensions" et prélude le vivre ensemble.

On appréhende les messages véhiculés par ces "ambassadeurs de paix" ignorant les informations essentielles du conflit.

Les relations avec la communauté française Juive institutionnalisée
A plusieurs reprises, des dirigeants communautaires français ont alerté l'ambassade sur cette promotion par son service culturel de manifestations anti-israéliennes. En vain.

Par ailleurs, c'est le BNVCA qui a dirigé le combat juridique en France contre le boycott des produits israéliens, sans guère de soutien de cette ambassade, en tout cas au début de sa lutte.


Nouveautés 2013 de la réception de l'ambassade d'Israël en l'honneur de la refondation de l'Etat d'Israël : un film vidéo montrait sur grand écran la variété des paysages israéliens, une série de panneaux didactiques détaillait des innovations scientifiques et universités israéliennes, ainsi que la présence de... Guilad Shalit. Voici quelques années, cette ambassade avait autorisé la distribution aux invités d'Israël Science Info, "magazine de l'innovation et de la performance scientifique internationale" dirigé par Esther Kagan. Le renouvellement de cette opération aurait pu compléter logiquement cette exposition sur les innovations israéliennes. En ce 17 avril 2013, quelques numéros d'Actualité juive, avaient été amenés par Lydie Bénattar et Sandrine Szwarc, respectivement directrice et responsable des pages Culture de cet hebdomadaire incontournable de la communauté Juive française, et déposés gracieusement dans cette Salle Wagram. C'est symptomatique de la "communautarisation" de cette réception. Dans son article laudateur publié par Actualité juive du 26 avril 2013 et immédiatement promu par Nosnondits, "blog non officiel du service de presse de l'ambassade d'Israël en France", Sandrine Szwarc évoque des "personnalités politiques de tout bord" à cette réception. CoolIsrael publie sous le titre tonitruant Le Tout-Paris présent à la soirée de l'indépendance d'Israël une vidéo qui démontre l'échec de cette ambassade à attirer des "personnalités politiques de tout bord" et ce Tout-Paris.

Cependant, des divergences risquent de s'aggraver entre cette ambassade et la communauté Juive française. Zvi Tal, ministre plénipotentiaire à l'ambassade d'Israël en France, a déclaré au Times of Israel (11 juillet 2013) "L'ambassade prend soin de ne pas être vue comme intervenant dans les affaires internes de la communauté. Cela n'est pas facile en raison d'une communauté large, active et avec des membres importantes qui maintiennent des liens avec l'Etat d'Israël, dont des Israéliens influents. Cette communauté commentera si l'ambassade n'a pas répondu assez rapidement ou avec assez de force à des évènements qu'elle considère comme préjudiciables à Israël. Nous disons gentiment : "Avec tout notre respect, et comme ambassade étrangère, nous ne pouvons pas toujours faire ce que vous, citoyens loyaux, peuvent faire. Notre agenda diffère légèrement du vôtre". Questions : quel est l'agenda de cette ambassade ? Et quel est celui de cette communauté ? 


Le 31 octobre 2014, JSSNews alléguait dans l'article Sacha Reingewirtz, Président de l’UEJF, humilie les Juifs de France que ce dirigeant de l'Union des étudiants Juifs de France aurait refusé fin septembre 2014 de rencontrer Naftali Bennett, ministre israélien de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi et chargé de la Diaspora, président du parti sioniste religieux Habayit Hayehudi (Foyer Juif), lors de sa récente visite à Paris. S'en est suivie une controverse.

C'est au pure player Alliance.fr (5 novembre 2014) et à Actualité juive hebdo (6 novembre 2014), qui, souffre de problèmes de distribution et n'a pas jugé utile de publier son article sur son site Internet, que Sacha Reingewirtz, "choqué", "abasourdi" par la violence de la polémique, a réservé ses explications. Il leur a indiqué n'avoir pas été invité par l'ambassade d'Israël en France à rencontrer Naftali Bennett avec d'autres dirigeants communautaires - une mise en cause réelle ou fausse de cette ambassade problématique ? - et il a ajouté : "Lorsqu'on nous a demandé de lui organiser une conférence, j'ai simplement répondu que nous ne pouvions pas le faire à ce moment-là. On reçoit des dizaines de demandes d'organisation de conférences et il s'avère que, selon le contexte et le timing, il n'est pas toujours possible de les accepter".

Pourquoi cette ambassade n'aurait-elle pas invité des dirigeants de l'UEJF à rencontrer ce ministre israélien ? Pourquoi n'aurait-elle pas organisé bien en amont, et avec l'UEJF, une conférence avec Naftali Bennett ? Trop occupée à choyer en vain ses interlocuteurs musulmans ? Conviction que les jeunes Français Juifs feront tôt ou tard leur aliyah

Force est de constater le fossé s'approfondissant entre cette ambassade et certaines organisations communautaires françaises, dont l'UEJF ancrée à gauche.

Sur Youtube, la vidéo de la cérémonie du 5 mai 2015 pour l'anniversaire de la refondation de l'Etat d'Israël a été vue... 19 fois.


La diplomatie digitale israélienne
Le 12 février 2013, un rapport israélien a pointé les failles de la diplomatie israélienne : diminution du nombre de diplomates et d'ambassades israéliens à l'étranger depuis les années 1970, baisse du budget du ministère israélien des Affaires étrangères - il représente 0,15% du PIB contre 0,9% pour la Norvège et 0,4% pour l'Allemagne - , réduction du montant alloué aux relations publiques, etc. Ainsi, sur les plus de 160 Etats avec lesquels Israël a des relations, seulement 103 pays ont des diplomates israéliens sur leur territoire. Ce qui laisse la place aux représentants des pays Arabes et des Palestiniens pour diffuser leurs propagandes.

Pire : le tableau du fonctionnement de ce ministère brossé par le professeur Mordechaï Kedar dans son article The Ministry of Extraneous Affairs (22 mars 2013) : l'agenda politique ancré à (l'extrême) gauche de fonctionnaires de ce ministère sur le modèle des "Akhusalim" (Prof. Baruch Kimmerling) -  ashkénazes laïcs, travaillistes, nationalistes -, usage d'une terminologie politique anti-israélienne, absence de hasbara, etc.


Le ministère israélien des Affaires étrangères mise sur la diplomatie digitale. L'Etat d'Israël s'efforce d'établir des passerelles virtuelles avec les populations qui, dans son environnement régional hostile, éprouvent de l'amitié pour l'Etat Juif.

Et cette ambassade à Paris se prévaut de sa présence sur la Toile : blogs, sites, newsletter, compte Twitter, page Facebook, etc.

Sur sa page LinkedinElad Ratson cite parmi ses projets deux sites Internet ciblés visant à montrer d'autres facettes de l'Etat d'Israël : CoolIsraël et SiliconWadi. CoolIsraël est consacré à la culture, la gastronomie, aux médias, à des faits de société. Quant à SiliconWadi, il publie des articles sur l'économie, les recherches médicales et scientifiques, les entreprises israéliennes. "Pourquoi avoir choisi un mot arabe "wadi", et non pas le terme hébreu "émec" (עמק) pour traduire "vallée" ?", s'étonne Richard Abitbol, le 13 mars 2014.


Pourtant, ces deux sites, qui mêlent textes et vidéos,  occultent tout lien avec cette ambassade. Alors pourquoi Elad Ratson souligne-t-il sur sa page Linkedin son rôle dans ces deux sites ? Ce qui ruine tous les avantages espérés en termes de communication par la création de ces deux espaces sur Internet. La communication, c'est aussi de la rétention intelligente d'informations. Quand un diplomate avance masqué, il ne doit pas tout dévoiler sur Linkedin...


Avez-vous essayé de faire un copier-coller d'un article de CoolIsraël et SiliconWadi ? Impossible ! Pour re-publier les articles, il faut remplir un questionnaire indiscret ("Indiquer l'URL du site ou vous voulez re-publier l'article de siliconwadi.fr"). De quoi décourager plus d'un Internaute habitué à l'ultra-rapidité, à l'indépendance et à son anonymat. "Des contraintes inutiles" selon le site IsraelValley. En effet, pourquoi verrouiller une information vouée à circuler ? Pourquoi contrôler autant la diffusion des articles, alors que les textes de l'ambassade d'Israël ou d'autres sites officiels israéliens sont aisés à recopier. Ce procédé choisi par Elad Ratson, professionnel de l'informatique, semble plutôt contre-productif.

D'une part, cette ambassade est naïvement fascinée par Internet qu'elle perçoit à tort comme la miraculeuse e-solution à la désinformation diffamant Israël ; d'autant qu'elle n'intègre pas  la communication numérique dans une stratégie globale privilégiant les arguments basiques et déclinés selon les publics visés, et semble dédaigner la diplomatie classique.

Et d'autre part, elle manque de réactivité : par exemple, elle ne réagit pas sur Twitter aux allégations diffamantes, lors de nombreuses interviews télévisées, de Stéphane Hessel, ni Juif, ni "survivant de la Shoah" - il a été un déporté politique -,  ni "grand résistant", ni co-auteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme,  mais apôtre virulent du boycott d'Israël.
  
Révélatrice des limites de cette diplomatie israélienne : la réception annuelle organisée par l'ambassade d'Israël en France pour l'anniversaire de la refondation de l'Etat Juif (Yom Haatsmaout, 5 Iyar 5708). Au fil des ans, elle accueille un nombre d'invités de plus en plus réduit et composé quasi-essentiellement de membres de la communauté française Juive : de rares politiciens et artistes, majoritairement Juifs, s'y rendent. Le 17 avril 2013, délaissant le Pavillon Dauphine ensoleillé, l'ambassade avait organisé cette réception dans la sombre Salle Wagram. Pour ce 65e anniversaire, l'ambassadeur Yossi Gal a loué l'amitié franco-israélienne, et la réception s'est conclue par les hymnes israélien et français.

Selon Haaretz (15 août 2012), le ministère israélien des Affaires étrangères a mis à jour son Guide des réseaux sociaux destiné à ses représentations diplomatiques dans le monde. à la suite de tweets et messages sur Facebook publiés par des diplomates israéliens. Il les a invitées à la neutralité et à la prudence : "Quelle est la différence entre un briefing de presse et un tweet ? En ce qui vous concerne, il n'y a aucune différence", écrit Yoram Murad, directeur du département de la diplomatie digitale au sein du ministère israélien des Affaires étrangères, aux diplomates israéliens en Israël et à l'étranger.


Il a particulièrement souligné l'importance de Twitter, considéré par des journalistes comme la source première d'informations. Ce Guide vise à inciter les diplomates israéliens à ouvrir des comptes sur Twitter et Facebook, de leur indiquer les consignes à adopter et les écueils à éviter afin d'informer et d'influer sur l'opinion publique via ces réseaux sociaux.


Haaretz cite de récents tweets et textes édités sur Facebook par des diplomates israéliens et qu'il juge "embarrassants", par exemple les tweets de l'ambassade d'Israël à Dublin. Lors d'interviews à des médias et de conférences en Irlande, Haneen Zoabi, députée Arabe israélienne (parti Balad), a allégué que l'Etat d'Israël était "raciste" et "non démocratique". Pour contrer les allégations diffamantes de cette parlementaire, cette ambassade, qui représente un gouvernement élu démocratiquement, a réagi le 7 août 2012, sur Twitter,  en diffusant une vidéo montrant Haneen Zoabi sur le Marvi Marmara, en mai 2010, avec des terroristes armés de la flottille qui voulait forcer le blocus maritime et légal de la bande de Gaza et qui était organisée par le mouvement terroriste turc Insani Yardim Vakfi (IHH), en rappelant les hautes fonctions exercées par sa parentèle - un de ses oncles est maire de Nazareth et vice-ministre de la Santé, un autre juge à la Cour suprême - et par des statistiques démontrant l'absence de racisme de l'Etat Juif.

Un exemple de diplomatie à l'heure du Web 2.0 à suivre pour l'ambassade d'Israël en France.

Effet boomerang
Cette e-diplomatie ne saurait pallier les insuffisances graves et durables du gouvernement israélien et de ses représentants dans le monde, en particulier en France, pour défendre avec ardeur l'Histoire, le narratif israélien fondé sur la Bible et le droit international, dans cette "guerre des esprits" (Melanie Phillips), psychologique, médiatique, et non seulement militaire, contre l'Etat d'Israël, dans ce jihad visant l'éradication d'Israël et la création d'un califat mondial.

Des élus français ont alerté sur ces carences et faillites de la diplomatie israélienne. Ainsi, le 14 novembre 2014, sur RCJ, François Pupponi, député-maire socialiste de Sarcelles, a déploré l'absence d'information, de hasbara (explication) en France, ce qui y laisse toute place à la propagande anti-israélienne.

Un exemple ? A l'automne 2014, la diplomatie israélienne a déployé d'importants efforts pour contrer l'offensive visant à la reconnaissance unilatérale et immédiate de la "Palestine". Une reconnaissance soutenue par le Parlement britannique, par la Suède... Dans ce cadre, Yossi Gal, ambassadeur d'Israël en France, a écrit une tribune publiée par Le Figaro du 17 octobre 2014. Un texte mal construit, sans accroche vive, avec une hiérarchie aberrante des arguments, etc. En effet, il débutait par un paragraphe général sur le Moyen-Orient, puis un autre sur la reconstruction dans la bande de Gaza, avant d'aborder cette reconnaissance unilatérale de l'Etat palestinien. Malheureusement, cette tribune a aussi pêché par une explication incompréhensible : le lecteur lambda ne comprend pas pourquoi cette reconnaissance unilatérale ne résoudra aucun des problèmes "sur la table des pourparlers : la sécurité, les frontières, les réfugiés, les implantations, Jérusalem, etc." et pourquoi "cela portera un coup sérieux aux perspectives de paix".

En effet, l'Etat d'Israël n'a pas une position claire : elle dénonce parfois l'irrédentisme du président Abbas (Abou Mazen) tout en exhortant à la reprise des négociations avec lui, et elle adhère à la solution des deux Etats en exigeant la démilitarisation utopique de la "Palestine" !? L'observateur béotien prend donc parti pour celui dont la thèse claire est continuellement rabâchée : celle des "Palestiniens-qui-veulent-un-pays-et-la-paix". D'autant que si le lecteur non découragé poursuit sa lecture, il ne découvrira les arguments israéliens qu'en seconde moitié de cette tribune de Yossi Gal !?

Aux dirigeants et journalistes communautaires, partageant le refus israélien d'une reconnaissance unilatérale par la France d'une "Palestine" incluant le mouvement terroriste islamiste Hamas, et les avisant du danger de cette reconnaissance politique, les édiles, promoteurs et soutiens de résolutions parlementaires visant à cette reconnaissance, répondaient, un brin cyniques : "Israël et vous disiez que l'OLP était un mouvement terroriste. Et pourtant, Israël a signé en 1993 les accords d'Oslo avec l'OLP, et Rabin a serré la main d'Arafat. Vous qualifiez maintenant le Hamas de mouvement terroriste, mais il évoluera comme l'OLP si on l'intègre dans un gouvernement palestinien d'union nationale, au lieu de le marginaliser, ou de l'exclure de la vie politique..."

Par cette "guerre d'Oslo", l'Etat d'Israël a commis une faute dont il ne cesse de subir les "effets boomerang", à l'intérieur et à l'extérieur. Les arguments qu'il avait exprimés en 1993 pour faire avaliser son revirement suicidaire à 180° à l'égard de l'OLP lui sont retournés avec la vigueur d'un uppercut. Il a donné sa caution au narratif palestinien et a ouvert son carnet d'adresses, ainsi que celui des communautés Juives de diaspora, à l'OLP, dont la charte continue de viser à la destruction de l'Etat Juif.

La propagande anti-israélienne suscite d'autant plus l'adhésion de l'opinion publique française que l'ambassade d'Israël en France non seulement ne lui oppose ni son narratif, ni l'Histoire, ni le droit international, mais promeut le narratif palestinien sapant la légitimité de l'Etat Juif et diabolisant Israël, Etat et peuple.

En 1989, Gueorgui Arbatov, conseiller diplomatique de Gorbatchev, déclarait aux Occidentaux : « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi ! » En 1993, l'OLP a fait pire avec la "guerre d'Oslo" : elle est demeurée l'ennemi irrédentiste d'Israël, tout en jouant le rôle de "partenaire pour la paix". Et l'Etat d'Israël et ses ambassades sont empêtrés politiquement, diplomatiquement, financièrement, symboliquement, psychologiquement, moralement, etc. dans cette fiction perverse et létale.

"Dieu nous a donné cette Terre"
Le 21 mai 2015, Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères, a déclaré aux membres de son administration dans un discours diffusé aux 106 représentations diplomatiques israéliennes dans le monde : "De nombreuses fois, dans nos relations internationales, il semble que l'on nous demande plus d'utiliser les arguments qui sonnent bien diplomatiquement, que de souligner la justesse de notre cause. Mais à une époque où l'existence même d'Israël est remise en question, il est important d'avoir raison. La communauté internationale use de considérations de justice et moralité. Nous devons revenir à la vérité basique de notre droit sur cette terre. Le journaliste et dirigeant des localités Uri Elitzur a dit que, au cours des 40 dernières années, alors que les Palestiniens exigeaient leurs terres, Israël répondait : "Nous avons des intérêts stratégiques et des inquiétudes sécuritaires". Ces arguments sont ceux d'un voleur. Si je porte votre manteau car il fait froid, et je prouve pragmatiquement et analytiquement que j'ai froid, le monde posera une question primitive et analytique : "A qui appartient ce manteau ?" Dans ce contexte, il est important de dire que ce manteau est le nôtre, ce pays est le nôtre, entièrement. Nous ne sommes pas venus ici pour nous excuser de cela".

Elle a cité une interview de Shlomo Ben-Ami, ancien ministre travailliste des Affaires étrangères du gouvernement d'Ehud Barak, après l'échec des pourparlers de Camp David en  2000. Ben-Ami a dit qu'il lui était impossible de se défaire de l'impression que plus qu'une solution au conflit, les Palestiniens veulent mettre Israël au banc des accusé. Plus que leur Etat, ils veulent nous éjecter du notre. Au sens le plus profond, c'est un éthos négatif".

Tzipi Hotovely a souligné : C'est pourquoi, à la différence des Sionistes, les Palestiniens sont incapables d'un compromis, car ils n'ont pas une image d'une société future dans laquelle le compromis vaille la peine. Selon Rashi, célèbre commentateur médiéval, la première phrase de la Torah concerne l'histoire de la création car, quand le monde appellerait Israël "voleur" pour avoir dérobé la Terre d'Israël, les Juifs pourraient répondre que la terre appartient à Dieu, et que Dieu l'a donnée à qui il a voulu".

Elle a expliqué : "Si les Juifs étaient convaincus de la justesse de leur voie, et que c'est leur terre, ils pourraient s'arranger avec le monde", en citant le rabbin Yehuda Leon Ashkenazi, un des dirigeants de la communauté Juive française au XXe siècle.

Hotovely a conclu sur sa détermination à restaurer le statut de son ministère comme bras central de la diplomatie israélienne.


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 24 juin 2012, puis le :
- 9 avril 2013 à l'occasion de la "visite historique et symbolique" en France de  cinq imams israéliens (3-10 avril 2013) à l'initiative de l'ambassade d'Israël en France ;
- 12 mars 2014. Cette ambassade promeut de nouveau A portée de crachat, pièce anti-israélienne de Taher Najib présentée au Théâtre du Rond-Point (12 mars-12 avril 2014).
Il a été modifié pour la dernière fois le 24 novembre 2015.

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