Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)
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lundi 14 septembre 2026

Saul Steinberg (1914-1999)

Né dans une famille Juive en Roumanie, Saul Steinberg 
 (1914-1999) était un célèbre caricaturiste, graphiste, scénographe, dessinateur de mode, de publicité et presse et illustrateur américain, notamment pendant 60 ans pour The New Yorker. Un auteur au trait « élégant, incisif et inventif » et au style « entre humour, caricature et fable politique ». Durant la Deuxième Guerre mondiale, il avait fui l'Italie fasciste et s'était réfugié aux Etats-Unis. La Galerie Claude Bernard présente une vingtaine d'œuvres de Saul Steinberg du 17 septembre au 14 novembre 2026. Vernissage : jeudi 17 septembre de 18h30 à 20h.

« Dessiner est un dur plaisir », déclarait le photographe Henri-Cartier-Bresson.

Son ami Saul Steinberg renchérissait : « Il est difficile de reproduire la nature dans toute sa réalité substantielle, d'en saisir la vérité intrinsèque ; cela exige beaucoup d'efforts, un engagement auquel on se soustrait par paresse – il est tellement plus commode, moins fatiguant, d'inventer » (Ombres et reflets).

« Balkan Bazaar » (Charles Simic)
Saul Steinberg  naît dans une famille Juive d’origine russe de la petite bourgeoisie à Râmnicu Sărat, Buzău, (Roumanie) en 1914 : son père imprimeur fabriquait des boites cartonnées.

Il étudie pendant un an les lettres et la philosophie à l’université de Bucarest. 

Architecte formé à Milan (1933-1940) – son diplôme précise « Saul Steinberg, de race juive » -, il débute par des caricatures particulièrement incisives publiées dans un journal italien antifasciste, Bertoldo. 

Ses premiers dessins sont publiés en 1940 dans Life et Harper’s Bazaar, et au Brésil. 

Persécuté par les lois antisémites fascistes, Saul Steinberg  est interné six mois en 1941 dans un camp en Italie, et parvient à fuir ce pays.

Avant son arrivée aux Etats-Unis, alors qu'il attendait son visa à Saint-Domingue, il initie une collaboration de plus de 50 ans avec le réputé New Yorker  dont il illustre 90 couvertures et dont 1 200 dessins sont publiées en pages intérieures.


Pendant la Seconde Guerre mondiale, il crée en 1942 des dessins contre les forces de l’Axe pour le journal PM, et arrive à New York en juin 1942

Naturalisé américain en février 1943, il sert comme officier des services de renseignements de la Marine et du Bureau des affaires stratégiques (OSS). Affecté dans un centre d’entrainement en Chine en juillet 1943, il est affecté à Alger auprès des services de propagande (Morale Operations) du OSS.

La première exposition individuelle de Saul Steinberg a lieu à la Wekefield Gallery, à New York, en 1943.

En 1944, Saul Steinberg  sert à Naples, puis à Rome où il dessine des supports de propagande.

A l’automne 1944, il revient à Washington et épouse Hedda Sterne, artiste originaire de Roumanie.

Génie du dessin
En 1946, le Museum of Modern Art présente l’exposition Fourteen Americans, avec des œuvres de Steinberg, Arshile Gorky, Isamu Noguchi, et Robert Motherwell.

En 1947-1948, Saul Steinberg  conçoit "des œuvres murales pour le restaurant d’un hôtel moderne, le Terrace Place Hotel à Cincinnati (aujourd’hui conservée au Cincinnati Art Museum) et pour les bars de quatre bateaux de la compagnie maritime American Export Lines". Est publié son deuxième livre The Art of Living.

L’année suivante, son œuvre murale de la ville de Détroit est présentée à l’exposition phare de design intérieur « An Exhibition for Modern Living » au Detroit Institute of Arts.

Il s’impose comme dessinateur satirique, propagandiste, illustrateur, graphiste, muraliste, dessinateur de mode et de publicité, scénographe et créateur de livres d'images. L’un de ses dessins les plus célèbres est View of the World from 9th Avenue pour The New Yorker (29 mars 1976), carte représentant la géographie mentale des habitants de Manhattan.

Il dessine dans la section de l’Histoire de l’architecture du Children's Labyrinth  (Labyrinthe des enfants), œuvre murale pour la Xe Triennale de Milan en 1958 et un collage panoramique de 80 mètres de long The Americans  du pavillon américain pour la Foire mondiale de Bruxelles (1958).

En 1960, Saul Steinberg « se sépare de Hedda Sterne, avec laquelle il reste proche jusqu’à la fin de sa vie ». Il débute « sa relation avec Sigrid Spaeth, étudiante allemande en photographie et design. Il recentra désormais son travail autour de ses dessins et couvertures pour le New Yorker et de ses expositions pour les galeries américaines et européennes », et est influencé par sa lecture des comix underground en 1968.

Pour la galerie Maeght, il crée en 1966 Le Masque. Ce qui l’inspirera pour créer sa série Les Masques en papier marron découpé et décoré de visages. Une métaphore sur les personnages joués par tout un chacun dans la société. Des masques stylisés portés par des personnes, et photographiés  par Inge Morath.

Saul Steinberg se définissait comme « un écrivain qui dessine… Plus qu'un peintre peignant, je me sens chef d'orchestre », auteur de dessins comparables à des « leurres fascinants ».

Des rétrospectives de l’œuvre de Saul Steinberg ont été montrées aux Etats-Unis et en Europe, notamment au Whitney Museum of American Art (1978) et à l’IVAM (Institute for Modern Art in Valencia) en Espagne (2002).

En 2006, est inaugurée aux Etats-Unis la rétrospective itinérante Steinberg: Illuminations. En France, la Fondation Henri Cartier-Bresson la présente en 2008 en offrant aux visiteurs un aperçu global par une centaine de dessins, collages et assemblages réalisés des années 1930 aux années 1990.

En 2008, Quelques mois après la rétrospective Illuminations  à la Fondation Henri Cartier-Bresson, la galerie Claude Bernard  a présenté une vingtaine de collages, dessins et sculptures – techniques mixtes sur bois - de cet artiste américain populaire. Dans The American Corrida (1981), Saul Steinberg dessine ironiquement un Oncle Sam, aux allures du président Lincoln, qui tient dans une arène un fanion Stars and Stripes devant un immense paon faisant la roue. Une autre œuvre montre avec fantaisie des étiquettes surnageant entre les vagues d’un papier à musique. On retrouve ce goût des formes géométriques dans Easel (1988) composé d’une série de morceaux de bois semblant former un étrange oiseau. Préfacé par Philippe Dagen, un joli catalogue accompagnait l’exposition.

La Halle Saint Pierre a présenté l'exposition Les Cahiers dessinés (21 janvier-14 août 2015) réunissant plus de 500 œuvres de 67 artistes internationaux dont Anne GoroubenMarcel KatuchevskiRoland Topor et Saul Steinberg.

Originaire lui aussi de Roumanie, le dramaturge Ionesco disait de Saul Steinberg : « Je crois qu'aucun autre artiste n'a su comme lui ou n'a réussi comme lui à faire de la caricature un langage et une critique métaphysiques ».

Galerie Claude Bernard
A l'automne 2015, la Galerie Claude Bernard présenta l'exposition collective Sculptures avec notamment des œuvres de Saul Steinberg (1914-1999). En 1957, Claude Bernard ouvrait sa galerie en présentant des sculptures qu'il affectionnait tant. En 2015, la galerie propose une exposition de sculptures en bois, en marbre, en pierre, d'artistes tels Picasso, Max Ernst...

Du 17 septembre au 14 novembre 2026, la Galerie Claude Bernard présentera un ensemble exceptionnel d'une vingtaine d'œuvres de Saul Steinberg. Vernissage : jeudi 17 septembre de 18h30 à 20h. Cette exposition est la deuxième que la galerie consacre à Saul Steinberg, après celle de 2008.

« Réalisés entre 1951 et 1990, ces dessins, collages et assemblages donnent à voir l'univers singulier de l'artiste américain d'origine roumaine. Certaines de ces œuvres ont été publiées en couverture de The New Yorker, tandis que d'autres, études ou dessins préparatoires, dévoilent la genèse de son langage graphique. Le trait, à la fois d'une remarquable simplicité et d'une redoutable précision, a profondément renouvelé l'art du dessin. Figure majeure du XXᵉ siècle, Steinberg est notamment connu pour sa collaboration de près de soixante ans avec The New Yorker, où son regard satirique sur la société américaine s'est imposé comme l'une des références du magazine. » 

« Architecte de formation, Saul Steinberg est un créateur aux multiples facettes : dessinateur, caricaturiste, graphiste, muraliste, illustrateur de mode et de publicité, scénographe. Né en 1914 en Roumanie, il étudie d'abord les lettres et la philosophie à Bucarest avant de rejoindre, en 1933, le Politecnico de Milan pour y suivre des études d'architecture. C'est en Italie qu'il publie ses premières caricatures dans Bertoldo, journal satirique antifasciste. »

« En 1941, il quitte l'Italie fasciste pour les États-Unis. Avant même d'y poser le pied, alors qu'il attend son visa à Saint-Domingue, il publie un premier dessin dans The New Yorker. Débute alors une collaboration exceptionnelle de près de soixante ans, ponctuée d'environ quatre-vingt-dix couvertures et de plus de 1.200 dessins. En 1943, il participe à l'exposition Fourteen Americans au MoMA de New York, aux côtés notamment d'Isamu Noguchi et de Robert Motherwell. Ses publications dans The New Yorker, Life et Harper's Bazaar, ainsi que les nombreuses expositions qui lui sont consacrées, assurent rapidement sa renommée internationale. »

« Souvent décrit comme « un écrivain qui dessine », Saul Steinberg invente un langage où texte et image deviennent indissociables. Son dessin fonctionne comme une écriture : chaque ligne, chaque signe, chaque détail participe d'une réflexion sur le langage, les codes et les représentations. Son trait volontairement dépouillé, presque enfantin, décrit le monde avec acuité. Avec un humour subtil, souvent mordant, Steinberg tourne en dérision les conventions sociales, les postures de pouvoir, les mythologies nationales ou les travers de la modernité. Son œuvre ne caricature jamais gratuitement : elle révèle les mécanismes invisibles qui organisent nos façons de voir, de penser et de nous représenter. Comme l'a écrit un critique, « ses compositions mystérieuses regorgent de sagesse et de gaieté ; elles doivent être déchiffrées, un peu à l'instar des scènes narratives et initiatiques de l'Égypte antique combinant hiéroglyphes et pictogrammes ». Son vocabulaire visuel, d'une invention inépuisable, continue d'influencer artistes, architectes, écrivains et graphistes. »

« À travers cet ensemble se déploie toute la richesse de son univers : une économie de moyens au service d'une intelligence visuelle hors du commun, un humour qui oscille entre légèreté et causticité, une satire élégante des conventions sociales et une réflexion constante sur les signes, l'architecture, les territoires, l'identité et les représentations du monde. À la frontière du dessin, de l'écriture et de la pensée, l'œuvre de Saul Steinberg échappe aux catégories. Plus de vingt ans après sa disparition, elle conserve une force critique et une modernité saisissantes. »

"Saul Steinberg, entre les lignes"
Le Centre Pompidou présenta l'exposition "
Saul Steinberg, entre les lignes" dont les commissaires sont Anne Montfort-Tanguy et Valérie Loth. 

"De la revue satirique Bertoldo au magazine The New Yorker, le dessin de presse de l'artiste américain Saul Steinberg (1914–1999) est aisément reconnaissable, questionnant les us et coutumes de ses contemporains avec une légèreté toute poétique." 

"L'exposition propose d'élargir le regard sur l'œuvre d'un homme qui a traversé tout le 20e siècle et côtoyé, sinon collaboré avec des maîtres de toutes les disciplines artistiques (arts plastiques, photographie, design, cinéma, littérature), sachant toujours s’emparer de nouveaux supports pour libérer le dessin de la feuille de papier." 

Un artiste qui a inspiré son homologue admiratif, Sempé.

"Réunissant plus de quatre-vingts œuvres tous supports confondus (assemblages, dessins, objets, livres, photographies) dont un ensemble exceptionnel et monumental, The Art Viewers (1966) – rare témoignage de l’activité de muraliste de Steinberg –, « Entre les lignes » propose de s'immerger dans l'univers de Saul Steinberg (1914-1999). Grâce à la générosité de la Saul Steinberg Foundation, le Centre Pompidou conserve aujourd’hui un ensemble exceptionnel d’œuvres de l'artiste américain : aux trente-six dons consentis à l'American Friends of the Centre Pompidou, déposés au Musée en 2017, s’est ajoutée cette année une œuvre monumentale, The Art Viewers (1966), rare témoignage de l’activité de muraliste de Steinberg.

"Ce gigantesque assemblage n’a jusqu'alors été présenté au public que quelques semaines  à la galerie Maeght, pour laquelle il a été conçu. Proposant une sorte de suite virtuelle à l’exposition de ses œuvres, il offre une synthèse des réflexions de Saul Steinberg tant sur l’héritage moderniste que sur le fait social de l’art. Plus encore, The Art Viewers invite à repenser les rapports entre l’œuvre et le spectateur, le créé et le créateur." 

"De prestigieux prêts extérieurs, dont plusieurs d’œuvres jamais exposées auparavant, viennent compléter les deux donations présentées pour la première fois dans leur ensemble. Le parcours de l’exposition explore successivement l’usage fait par l’artiste de l’écriture du symbole, sa conception très personnelle du reportage et du dessin de presse, son intérêt pour le faux et le faux semblant, son questionnement sur l’identité au travers du thème du masque, avant de finalement interroger le caractère autobiographique de son travail."

"Regarder l’œuvre de Saul Steinberg incite irrémédiablement à se plonger dans l’histoire culturelle du 20e siècle. L’artiste a côtoyé Picasso, les peintres de l’action painting new-yorkaise et figure parmi les initiateurs du pop art américain. Steinberg a su innover en s’emparant de nouveaux supports pour libérer le dessin de la feuille de papier ; il a utilisé les ressources de la photographie avec la complicité de Henri Cartier-Bresson ou d’Inge Morath, et a collaboré avec des designers comme Charles et Ray Eames ou des cinéastes tel Alfred Hitchcock. Son œuvre inclassable, qui appartient tout autant à l’univers des beaux-arts qu’à celui du dessin de presse, a très vite attiré l’attention des plus grands historiens et critiques d’art de son temps, d’Ernst Gombrich à Harold Rosenberg. Féru de littérature, Steinberg a fréquenté nombre d’écrivains d’avant-garde comme Italo Calvino, Eugène Ionesco ou John Updike qui se sont intéressés en retour à son œuvre. Il demeure enfin une référence incontournable pour plusieurs générations de dessinateurs."

"Steinberg a conservé de sa formation d’architecte un goût prononcé pour les formes géométriques et les vues urbaines. Mais c’est dans le dessin de presse (de la revue satirique Bertoldo à sa longue collaboration avec le magazine The New Yorker), que l’artiste a forgé son style aisément reconnaissable où, sous couvert d’une légèreté poétique, il questionne les us et coutumes. Plusieurs fois contraint à l’exil par la montée des fascismes, Saul Steinberg a conservé cette curiosité distanciée de l’étranger vis-à-vis de son pays d’accueil. Ses dessins, transpercés par son regard amusé, parfois acerbe, sont d’une telle acuité qu’ils ont fini par incarner l’imagerie de la société américaine du siècle dernier. Polyglotte par la force des choses, cerclé d’imprimés, l’artiste a su s’affranchir des codes du langage et créer au sens propre comme au figuré, une écriture personnelle."



Du 17 septembre au 14 novembre 2026
Vernissage jeudi 17 septembre de 18h30 à 20h
7-9, rue des Beaux-Arts. 75006 Paris
Tél. : +33 (0)1 43 26 97 07 
Mardi-samedi 10h30-13h – 14h30-19h
Visuels 
Affiche
Still Life Cover (couverture du New Yorker, 20 septembre 1976), 1975
Crayon gras et graphite sur papier
65 x 48 cm

Eastern Federal Savings and Loan Association, 1978 
Acrylique et crayon de couleur sur papier
36 x 56,5 cm

Times Square, 1953
Gouache sur papier 58,5 x 74 cm

The American Sphinx, 1964
Crayon de couleur, aquarelle, encre et graphite sur papier 58,5 x 37 cm

Lex Pax Lux, 1969
Encre, graphite, crayon de couleur et tampon sur papier 58 x 72,5 cm


Du 29 septembre 2021 au 28 février 2022
Galerie d'art graphique
75191 Paris cedex 04
Tél. : 00 33 (0)1 44 78 12 33
Tous les jours sauf mardis de 11h à  21h. Réservation fortement recommandée
Visuels :
Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Autogeography
circa 1966
Encre, gouache et aquarelle sur papier (BFK)
Dimensions : 75 x 52,7 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Untitled
1974
Mine graphite et crayon de couleur sur papiers assemblés
Dimensions : 52,7 x 35 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Saul Steinberg
Art Viewers (détail), 1966 Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Don de la Saul Steinberg Foundation, New York © The Saul Steinberg Foundation / Adagp, Paris 2021.

Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Colors
1971
Collage de papier coupé et coloré (aquarelle, gouache), huile, crayon de couleur, vernis, tampon en caoutchouc sur papier
Dimensions : 75,2 x 55,5 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Inge Morath
(1923, Autriche - 2002, États-Unis)
Saul Steinberg masqué, New York
1959
Dimensions : 60,4 x 50,7 cm
Don du Jeu de Paume, avec le soutien de Magnum en 2013. Ancienne collection du Centre National de la Photographie.

Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Untitled
1954
Encre, aquarelle, mine graphite et crayon gras sur papier (Strathmore)
Dimensions : 57,86 x 73,5 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Du 1er au 31 octobre 2015
A la galerie Claude Bernard

7-9, rue des Beaux Arts 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 97 07
Du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30 et exceptionnellement le 12 octobre de 14 h 30 à 18 h 30

Du 21 janvier au 14 août 2015
la Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard. 75018 Paris
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h. Le samedi de 11 h à 19 h, le dimanche de 12 h à 18 h.
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89

Visuel :
SAUL STEINBERG - Révolution culturelle – Art news
1970 - Crayon - 58 x 74 cm
Coll. Isabelle Maeght, Paris © ADAGP, Paris 2015
Photo Galerie Maeght, Paris

A lire sur ce blog :
Articles in English

Cet article a été publié en une version concise dans L'Arche. Il a été publié sur ce blog les 23 janvier et 9 août 2015, 7 octobre 2015, 24 février 2022.

jeudi 20 août 2026

« Károly Ferenczy. Modernité hongroise »

Le Petit Palais présente la première rétrospective française « Károly Ferenczy. Modernité hongroise ». « Avec près de 140 œuvres, le parcours met en évidence les multiples facettes de la démarche − paysages, portraits, scènes familiales, sujets bibliques, nus ou caricatures − de Károly Ferenczy (1862-1917), artiste inclassable et polyglotte, et révèle son rôle fondamental dans l’émergence d’une école artistique proprement moderne en Hongrie.»

Le congrès de Vienne ou l’invention d’une nouvelle Europe
« Le fils de Saul » par László Nemes 

Károly Ferenczy (1862-1917) est né en 1862 à Vienne, alors dans l'Empire austro-hongrois, sous le nom de Carl Freund. Son père  est officier de construction ferroviaire autrichien, et sa mère Ida Graenzenstein. Anobli à Budapest, Karel Freund change son nom patronymique pour un nom hongrois, Ferenczy.

« Aussi célèbre en Hongrie qu’il est méconnu en France, Károly Ferenczy (1862-1917) est une figure majeure de la modernité en Europe centrale. Son oeuvre profondément singulier l’impose comme l’un des grands peintres du tournant des XIXe et XXe siècles. Par cette première rétrospective française, le Petit Palais entend mettre en lumière son originalité fondamentale. Ni naturaliste, ni symboliste, ni impressionniste, ni nabi, mais un peu tout cela à la fois, il incarne le cosmopolitisme de la fin-de-siècle dans toute l’étendue de sa culture. Membre fondateur d’une colonie d’artistes installée au coeur de la nature, Ferenczy fait de la peinture de plein air l’une de ses pratiques les plus emblématiques. Il prône le collectif comme idéal artistique et cherche dans la nature l’expression d’une spiritualité syncrétique. Sous son pinceau, le soleil apparaît souvent comme un protagoniste central dans des paysages d’une lumière sans équivalent. »

« Avec près de 140 œuvres, le parcours met en évidence les multiples facettes de sa démarche − paysages, portraits, scènes familiales, sujets bibliques, nus ou caricatures − et révèle son rôle fondamental dans l’émergence d’une école artistique proprement moderne en Hongrie.»

L’exposition a été conçue en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise. »

« Conçue comme un parcours principalement chronologique ponctué de sections thématiques, l’exposition retrace l’évolution stylistique de Ferenczy, depuis ses oeuvres de jeunesse marquées par ses voyages en Italie et en France jusqu’à ses dernières années. »

« Le visiteur est accueilli par un autoportrait entouré de deux oeuvres présentant l’artiste dirigeant la pose de son modèle. Cette entrée en matière introduit d’emblée les deux pôles structurants de son travail qui irriguent l’ensemble de sa carrière : la peinture de plein air et le travail en atelier. Les premières salles présentent ensuite ses oeuvres de jeunesse, réalisées à l’issue de ses voyages de formation, notamment en Italie, ainsi que ses premières années passées à Szentendre, en Hongrie. Ces tableaux témoignent de la culture visuelle acquise au contact des grands maîtres européens et de l’influence durable de son séjour parisien à l’Académie Julian. »

« L’exposition se poursuit par un ensemble thématique consacré aux portraits de ses proches : son épouse, son père, ses enfants et révèle un regard intime et attentif. Cette dimension personnelle entre en résonance avec une période décisive de sa formation : son séjour à Munich. L’oeuvre de Ferenczy y évolue vers un langage plus symboliste, étroitement lié à la nature, où la forêt devient un motif central. Plusieurs tableaux majeurs comme Le Chant d’oiseau (1893) ou Orphée (1894) illustrent cette transformation, affirmant une nouvelle profondeur narrative et spirituelle. »

« L’installation de Ferenczy dans la colonie artistique de Nagybánya marque un tournant essentiel dans sa carrière. Il y atteint une maturité artistique pleine et durable. Des oeuvres emblématiques de cette période témoignent de son originalité : sujets religieux transposés dans des paysages contemporains, coexistence de temporalités multiples et inscription d’une spiritualité diffuse au coeur de la vie quotidienne. Les thèmes bibliques, abordés à plusieurs reprises au fil du parcours, y trouvent une expression singulière, mêlant iconographie sacrée, observation de la nature et références au monde moderne. »

« L’exposition met également en lumière le dialogue étroit entre peinture et littérature au sein du cercle de Nagybánya, notamment à travers les illustrations réalisées par Ferenczy pour les poèmes de József Kiss. Ce lien souligne le caractère profondément intellectuel de l’artiste, lecteur passionné et fin connaisseur de la littérature européenne. Son ouverture sur le monde se prolonge dans l'attention qu'il porte aux scènes de la vie quotidienne et aux figures observées dans les environs de Nagybánya : paysans, bûcherons, bohémiens, cavaliers et petits métiers. Présentées en regard d’oeuvres d’artistes hongrois contemporains, ces peintures mettent en évidence la singularité de son regard et son rôle moteur dans l’émergence d’une modernité hongroise. »

« Après 1900, la peinture de Ferenczy s’ouvre à une période de grande luminosité. Paysages, scènes de baignade, rivières et chaumières traduisent une sérénité nouvelle et une maîtrise accomplie de la couleur et de la composition. Dans le même temps, Ferenczy poursuit son travail de portraitiste, élargissant son attention au milieu intellectuel et artistique qu’il fréquente, tout en développant une pratique plus libre et satirique à travers des caricatures révélant une facette plus intime et humoristique de son oeuvre. Les dernières années de sa carrière sont marquées par une exploration renouvelée de la représentation du corps. Les nus féminins, traités dans une approche classique en atelier, dialoguent avec des figures masculines saisies dans des contextes dynamiques, telles que le cirque ou l’athlétisme, où la mise en scène du mouvement occupe une place centrale. Cette réflexion trouve un prolongement majeur dans le vaste projet de La Pietà, auquel Ferenczy se consacre longuement entre 1913 et 1916. Cette oeuvre située au croisement de la peinture religieuse et d’histoire apparaît comme l’ultime et insolite chef-d’oeuvre du peintre, qui meurt avant que ne s’achève la Première Guerre mondiale. »

« Le parcours s’achève sur une série de paysages tardifs d’une intensité chromatique exceptionnelle. Dans ces oeuvres, la nature devient vibrante et presque méditative, témoignant de la pleine maîtrise picturale de Ferenczy. L’exposition se conclut avec Le Mur rouge IV (1910), tableau emblématique tant par la force de sa couleur que par l’atmosphère contemplative qui s’en dégage, laissant au visiteur un souvenir durable de l’art d’un peintre majeur de la modernité en Europe centrale. »

L’exposition a été conçue en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise.

Le commissariat général est assuré par Annick Lemoine, présidente de l’établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie, et le commissariat scientifique par Ferenc Gosztonyi, historien de l’art, chef de projet et muséologiste à l’Institut de recherche en histoire de l’art d’Europe centrale (KEMKI), Réka Krasznai, conservatrice en chef, directrice du département des peintures, Musée des BeauxArts de Budapest - Galerie nationale hongroise, Edit Plesznivy, conservatrice en chef, chargée des peintures hongroises des XIXe et XXe siècles, Musée des BeauxArts de Budapest – Galerie nationale hongroise, Baptiste Roelly, conservateur du patrimoine en charge des dessins, estampes, manuscrits et livres anciens au Petit Palais.

Catalogue de l’exposition
Károly Ferenczy. Modernité hongroise
« Károly Ferenczy (1862-1917), est peut-être moins connu en France que son contemporain et rival, le nabi József Rippl-Rónai. Son art n'en est pas moins remarquable. Cette première monographie en langue française révèle un artiste qui combine un naturalisme atypique avec un esthétisme « fin de siècle » et souligne l’importance et les singularités de sa peinture dans le contexte européen de son époque. Ferenczy est un artiste éminemment cultivé et profondément intellectuel.
C’est un lecteur passionné, doté d’une connaissance profonde de la littérature internationale. Il fréquente assidûment la bibliothèque spécialisée en histoire de l’art du Musée des Beaux-arts de Budapest, voyage beaucoup, visite les collections des grands musées européens. De 1887 à 1889, Ferenczy fait des études à l’Académie Julian à Paris. C’est à cette époque qu’il découvre la littérature contemporaine française. Il développe une aversion pour les romans trop «matérialistes» de Zola, mais s’enthousiasme pour Baudelaire et Huysmans.
Ce livre retrace la carrière de Ferenczy en mettant en lumière la diversité stylistique de son oeuvre et en montrant son rôle capital dans l’émergence d’une modernité hongroise.
Annick Lemoine, présidente de l'établissement public des Musées d'Orsay et de l'Orangerie Auteurs : Ferenc Gosztonyi, conservateur en chef, musée des Beaux-Arts de Budapest – Institut de recherche en histoire de l’art d’Europe centrale (Kemki) ; Réka Krasznai, conservatrice en chef, directrice du département des peintures, musée des Beaux-Arts – Galerie nationale hongroise, Budapest ; Edit Plesznivy, conservatrice en chef, chargée des peintures hongroises des XIXe et XXe siècles, musée des Beaux-Arts – Galerie nationale hongroise, Budapest ; Baptiste Roelly, conservateur du patrimoine en charge des dessins, estampes, manuscrits et livres anciens au Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. »
Format : 22 x 28 cm
Pagination : 240
Façonnage : Relié
Illustrations : 100 env.
39 €


Parcours de l’exposition

INTRODUCTION
« Aussi célèbre dans sa Hongrie d’origine qu’il est méconnu en France, Károly Ferenczy est un peintre parmi les plus singuliers du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Ni naturaliste, ni symboliste, ni nabi, ni impressionniste, mais un peu tout cela à la fois, il impose son originalité profonde à l’école hongroise et s’affirme comme une figure de proue de sa modernité. Issu d’une famille aisée, il voyage en Italie, en France, en Allemagne et se forge une solide culture européenne. Trop cosmopolite pour ne retenir que le folklore et le pittoresque hongrois dans ses oeuvres, Ferenczy est aussi trop indépendant pour n’être qu’un suiveur des courants modernes qui se développent dans les capitales de l’art. Tout en étant solitaire dans sa démarche artistique, il contribue de manière décisive à créer, à Nagybánya, une colonie d’artistes qui placent la nature au centre de leur philosophie et dont le quotidien est rythmé par des excursions pour peindre en plein air. L’Antiquité et les maîtres anciens que le peintre découvre en Italie demeurent des références essentielles tout au long de sa carrière, de même qu’il conserve toujours quelque chose du naturalisme auquel il s’est rompu à l’académie Julian à Paris et du symbolisme, caractéristique de l’Europe centrale, qu’il assimile à Munich. Si ses styles évoluent à mesure que son métier s’affine, certaines thématiques traversent sa carrière de part en part : la famille, le sacré, la nature… Sophistiqué et exigeant, Ferenczy sait aussi se concentrer sur les enjeux proprement picturaux de son métier et livre des morceaux de peinture parmi les plus éblouissants de son temps. »

FAIRE DE SON IMAGE UN MANIFESTE
« Réunies autour d’un autoportrait, deux oeuvres montrent Károly Ferenczy ajustant la pose de son modèle dans des environnements différents. Le peintre se met en scène dans un geste d’intimité créatrice et livre une part essentielle de sa démarche artistique. Les traits de l’artiste s’y révèlent par là entre deux de ses chefs-d’oeuvre, qui se répondent à la manière de pendants pour évoquer les deux principaux versants de son activité. Infatigable promeneur qui fait de la représentation du paysage en plein air l’une de ses pratiques d’élection, Ferenczy s’impose aussi comme un peintre de l’intimité familiale, des vues d’intérieur et du travail en atelier. Dans un cas comme dans l’autre, l’artiste étudie soigneusement ses cadrages et veille à ne laisser aucune pose au hasard. Le tableau représentant l’atelier de Ferenczy est à l’origine de l’un de ses plus grands succès internationaux : il lui a valu de recevoir une médaille d’or lors de la 6e Biennale de Venise en 1905. »

TEMPS 1
UN ARTISTE EN DEVENIR (1884-1896)

Des racines européennes
« Issu d’une famille originaire de Vienne et installée à Budapest, Károly Ferenczy baigne dès son plus jeune âge dans le cosmopolitisme caractéristique des élites de l’Europe centrale au XIXe siècle. Outre le hongrois, il lit aussi bien l’allemand, le français et l’anglais que l’italien. Entre Vienne et Rome, Naples et Paris, Munich et Budapest, les voyages qu’il entreprend pour se former dans les principales capitales de l’art lui permettent de développer un ancrage européen et une culture particulièrement large, sur les plans littéraire et visuel aussi bien que philosophique et historique. Ferenczy étudie les paysages, les vestiges antiques et les maîtres anciens en Italie, baigne dans le symbolisme à Munich, se laisse subjuguer par un naturalisme quasi photographique inspiré du peintre Jules Bastien-Lepage à Paris. Ces expériences et stimulis cumulés se décantent une première fois dans les oeuvres qu’il réalise à Szentendre, une ville située aux abords de Budapest, sur les rives du Danube, et dans laquelle il s’installe au terme de ses voyages. »

Visages familiers
« La cellule familiale joue un rôle essentiel dans la vie et dans l’oeuvre de Károly Ferenczy, qui dépeint les différents membres de sa famille tout au long de sa carrière. Son père, collectionneur de tableaux, fut l’un des membres fondateurs de la Société nationale hongroise des beaux-arts (OMKT). Son frère aîné, Ferenc s’illustre dans l’écriture de pièces de théâtre et son épouse, Olga Fialka, est elle-même artiste avant de renoncer à sa carrière pour élever leurs trois enfants et assurer le quotidien familial. Leur fils aîné, Valér, est destiné par son père à devenir peintre à son tour. Son autre fils, Béni, se forme à la sculpture et sa jumelle, Noémi, se tourne quant à elle vers les arts textiles. Tous trois bénéficieront d’une grande reconnaissance et seront considérés comme des artistes de premier rang. Les voyages, les visites de musées et les conversations esthétiques font partie de la vie familiale. »
« Les enfants effectuent leurs études à Munich, Paris, Vienne et Florence. En 1916, une exposition « familiale » est conjointement consacrée aux oeuvres du père et de ses trois enfants au musée Ernst de Budapest. »

Munich : l'éveil symboliste
« Károly Ferenczy quitte Szentendre en 1893 pour Munich, où il réside avec sa famille jusqu’en 1896. Ce séjour est un tournant dans l’oeuvre du peintre, qui s’ouvre aux inspirations bibliques et mythologiques. Il modifie sa technique et s’éloigne de la facture minutieuse des années précédentes. À la lumière unifiée des toiles naturalistes succèdent l’ombre et l’incertitude du crépuscule. Le paysage prend une place de plus en plus importante : Ferenczy fait de la forêt son nouveau terrain d'expérimentation. Plus grande que nature, la représentation d’Adam frappe par sa frontalité. Entouré d’animaux sauvages, le premier homme selon la tradition biblique s’éveille à la conscience et à la beauté de la Création. »
« Dans la monographie qu’il consacre à son père, Valér Ferenczy décrit cette oeuvre comme l’image du propre éveil du peintre à la nature. Cette communion avec le paysage est au coeur de son Autoportrait et du Chant d'oiseau. Mystérieuses et sensorielles, ces oeuvres convoquent l’ouïe, mais aussi la vue. Le nouveau regard que Ferenczy porte sur le monde est celui d’un symbolisme aussi envoûtant qu’énigmatique. »

TEMPS 2
UN ARTISTE ACCOMPLI (1896-1900)

Nagybánya, les premières années (1896-1900) : un atelier à ciel ouvert
« Dans les années 1890, de nombreux artistes d’Europe centrale rompent avec les circuits officiels des académies et salons pour s’installer à la campagne et pratiquer leur art plus librement. Pris dans cette tendance, Károly Ferenczy s’installe à Nagybánya avec ses amis Simon Hollósy, István Réti, Béla Iványi Grünwald ou János Thorma. Dans cette petite ville minière qui se trouve aujourd’hui en Roumanie, ils fondent une colonie d’artistes placée sous le signe du travail en plein air, de la vie collective et de la rupture avec la tradition. Le mouvement prend de l’ampleur, jusqu’à compter une cinquantaine de membres. Opérant un parallèle avec l’école française, un journal hongrois s’interroge en 1896 : « Et si Millet, Corot et Manet, peintres français mondialement connus, ont répandu grâce à leur art une lumière somptueuse sur toute la grande France depuis la petite ville de Barbizon, pourquoi une peinture belle, forte, saine et en tout point hongroise mais toujours de qualité européenne ne pourrait-elle pas se développer à Nagybánya ! »

Sacré
« Présente dans l’oeuvre de Ferenczy dès sa période munichoise, l’iconographie sacrée prend de l’importance après son installation à Nagybánya. Selon les témoignages de ses contemporains, Ferenczy n’était pas croyant. Son intérêt pour les sujets bibliques s’explique sans doute par son approche singulière de l’art, située à la jonction du naturalisme et du symbolisme. Le soleil ou le paysage se voient investis de connotations sacrées par les récits qu’ils accompagnent et la synthèse de ces différents registres n’est pas sans évoquer une conception panthéiste de la nature qui est largement répandue en Europe centrale à la fin-de-siècle. Le sacré serait ainsi partout dans la nature et il ne serait pas plus étonnant de voir les rois mages cheminer dans les forêts de Nagybánya que d’y assister au sermon de Jésus sur le flanc d’un vallon. L’intensité des drames humains qui se jouent dans la Bible semble avoir particulièrement intéressé Ferenczy. Dans plusieurs oeuvres, il traite des relations familiales, le plus souvent des relations père-fils ou de la complexité des liens fraternels. »

József Kiss, un poète à Nagybánya
« Aujourd’hui peu connu, József Kiss (1843-1921) est un poète hongrois dont l’oeuvre est parcourue par les thématiques de l’amour, du voyage, de l’histoire hongroise et de l’identité juive. En 1896, Kiss se rend à Nagybánya afin de proposer aux artistes qui s’y trouvent de participer à l’illustration d’une édition particulièrement luxueuse de ses poèmes. Károly Ferenczy, Simon Hollósy, Béla Iványi Grünwald, János Thorma et István Réti acceptent. Ferenczy retient douze poèmes, pour lesquels il réalise quatorze dessins et peintures. Dans ses illustrations, très graphiques par leur esthétique, l’expression naturaliste et tonale des scènes de la vie quotidienne se combine avec des accents décoratifs propres à l’Art nouveau (formes végétales, courbes, etc.). Iványi Grünwald réalise vingt-deux illustrations pour le recueil, Hollósy en livre cinq, Réti seize et Thorma quatre. La présentation de l’ouvrage en novembre 1897 est à l’origine de la première exposition publique du collectif de Nagybánya à Budapest. »

Le peuple de Nagybánya
« Károly Ferenczy réalise plusieurs toiles qui montrent les habitants de Nagybánya et leurs traditions populaires, sans pour autant tomber dans l’illustration anecdotique du folklore hongrois. Il inscrit dans le paysage des paysans, des bûcherons ou des tziganes saisis dans leurs activités quotidiennes. Ses confrères nagybaniens Béla Iványi Grünwald, Oszkár Glatz ou János Thorma font de même. Lorsqu’ils s’installent dans la ville, le travail dans les mines représente la principale source d’emploi pour les habitants. Ils font aussi bien poser ces derniers que les membres de leur propre famille pour réaliser leurs plus grandes compositions, mais se servent aussi mutuellement de modèles. Les artistes qui séjournent à Nagybánya et y prennent leurs habitudes, conservent leur résidence principale à Budapest et demeurent des citadins « étrangers » aux yeux de la population locale. »

Peindre au soleil
« A rebours du naturalisme ou des notes de symbolisme qui teintent sa première période, Károly Ferenczy évolue vers un chromatisme puissant et une touche simplifiée qui atteignent leur aboutissement dans son travail de plein-air à Nagybánya. Ce pan de sa carrière est appelé période « plein soleil ». Les tableaux que réalise alors l’artiste réservent un rôle clef à la lumière solaire. La meilleure manière de représenter l’effet du soleil sur un paysage devient la problématique centrale de son art, qui se concentre sur des sujets d’extérieurs tels des baigneurs, des paysages purs ou des loisirs de plein-air. Il expérimente beaucoup à cette fin, alternant les formats de ses toiles pour retenir des proportions de support qui lui semblent idéales et pratiquant tant la peinture à l’huile que la tempera pour envisager différents effets de matière. C’est en déclinant cette question de la lumière solaire que Ferenczy réalise certains de ses principaux chefs-d'œuvre, tels Au sommet de la colline (1901) et La Peintre (1903). »

TEMPS 3
ULTIMES EXPÉRIMENTATIONS (1906-1917)

Le corps en scène
« À partir de 1906, après avoir obtenu un poste de professeur à l’École supérieure des beaux-arts de Budapest, Ferenczy revient au travail en atelier pour réaliser des nus ou des sujets urbains, comme ses tableaux représentant le monde du cirque (acrobates, lutteurs…). Les séries des nus et du cirque s’articulent autour du même problème artistique séculaire qu’est la représentation des corps. Alors même que cette facette de son travail est souvent négligée au profit de ses seuls paysages, la beauté et le corps humain en tant que sujets de peinture ont joué un rôle important dans l’art de Ferenczy. À mesure qu’il avance en âge, il se concentre de plus en plus sur l’interprétation et le renouvellement de traditions picturales remontant à la Renaissance. Ses nus engagent ainsi un dialogue avec Titien, Vélasquez ou Courbet. En tant que familier du monde du théâtre, du cirque, du music-hall et du sport, Ferenczy étudie particulièrement les corps et mouvements des athlètes après 1910. »

La Pietà, dernier tableau sacré
« Sa Pietà est le dernier tableau religieux de Károly Ferenczy. L’artiste le présente à la 11ème Biennale de Venise, en 1914, ainsi qu’à Budapest, au palais des Expositions, en 1915. Il la considère comme l’une de ses œuvres les plus importantes, avant de la découper pour une raison inconnue. Il n’en demeure que trois fragments, une photographie d’archive et des études préparatoires. Le naturalisme extrême du corps du Christ et le fond sombre et homogène, caractéristique de la dernière période de l’artiste, forment un contraste saisissant. En 1915-1916, Ferenczy lutte contre la maladie et projette une seconde Pietà, qui restera inachevée. Les dessins réalisés par l’artiste pour cet autre tableau montre qu’il se distinguait principalement de la première version par la présence d’un ange qui tient une palme. »

Ferenczy portraitiste
« Le portrait occupe une place prépondérante dans la production de Károly Ferenczy : il correspond à plus d’un cinquième de son oeuvre, qui compte environ quatre cents tableaux dans l’ensemble. Outre ses célèbres autoportraits, les portraits de Ferenczy les plus connus sont ceux des membres de sa famille ou de ses amis. Ces tableaux à l’atmosphère intime témoignent d’un intérêt profond pour les subtilités de la nature humaine. »
« Le cercle d’amis de l’artiste est notamment représenté ici par le double portrait du peintre de Nagybánya d’origine espagnole Cézár Herrer et son épouse. Il a aussi répondu à des commandes de nombreuses personnalités hongroises, écrivains, journalistes ou collectionneurs et c’est ainsi tout le milieu dans lequel il baigne qui ressort de cette galerie de portraits. Ses dessins et caricatures comptent également certains des portraits les plus virtuoses ou drôles qu’il ait réalisé. »

Derniers paysages
« Bien qu’installé principalement à Budapest à compter de 1906, Károly Ferenczy conserve sa maison et son atelier à Nagybánya, où il continue d’effectuer des séjours réguliers. Ferenczy, qui pratique plusieurs sports, partage son amour de l’équitation avec sa famille et peint, à plusieurs reprises, ses enfants à cheval. Si l’on se réfère à sa correspondance, le tir à l’arc fait partie de leurs activités sportives à partir de 1905. Les paysages qu’il réalise dans ce dernier temps de sa carrière se démarquent des précédents par une nouvelle palette et une atténuation de la lumière solaire.
Il continue à effectuer de longues excursions ou des chevauchées familiales et s’emploie dorénavant surtout à restituer les couleurs délicates des variations d’une atmosphère tantôt couverte, tantôt ensoleillée. Cette subtilité nouvelle, proche des recherches des peintres nabis, tranche avec ses œuvres précédentes et joue de vibrations chromatiques aux tonalités sourdes pour mieux apprivoiser les couleurs les plus vives. »


Du 14 avril au 6 septembre 2026
Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris.
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris.
Tel : 01 53 43 40 00
Du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Nocturnes les vendredis et samedis jusqu'à 20h.
Visuels 
Affiche
Károly Ferenczy, Au sommet de la colline, 1901. Huile sur toile, 110 x 141,5 cm.
Musée des Beaux-Arts – Galerie nationale hongroise. © Musée des Beaux-Arts –
Galerie nationale hongroise, 2026.
Photographie recadrée

Károly Ferenczy, Le Peintre et son modèle dans la forêt, 1904.
Huile sur toile, 120 × 135 cm.
© Collection Barbara Czapolai

Károly Ferenczy, Jeunes filles cultivant des fleurs,1889.
Huile sur toile, 110 × 110 cm.
Collection particulière. Photo Tibor Master.

Károly Ferenczy, La Femme peintre, 1903.
Huile sur toile, 136 × 129,6 cm.
Musée des Beaux-Arts de Budapest – Galerie nationale hongroise. © Galerie nationale hongroise - Musée des Beaux-Arts, Budapest, 2026