lundi 15 août 2016

« Mouvement » de Per Bak Jensen

La Maison du Danemark a présenté à Paris l'exposition « Mouvement » du photographe danois Per Bak Jensen. Un accrochage organisé par le service culturel de l’Ambassade de Danemark en France et Gl Holteggaard qui l’a présenté en début d’année. Près de 20 photographies en couleurs, grands formats, prises en Israël. Des clichés souvent énigmatiques au premier abord et nourris de références puisées dans la Bible et de symboles chrétiens. Cet article est republié en ce jour d'Assomption.

Dès l’entrée, on est surpris par le premier grand format Tour de guet à Bethlehem (2010). On se dit : « Zut, encore une exposition partiale sur un conflit au Proche-Orient, avec le « mur de séparation » photographié sous tous les angles pour apitoyer sur le sort des pauvres Palestiniens ».

Or, il n’en est rien.

« Cette photographie semble politique. Mais je ne la vois pas ainsi. Cette photo invite à réfléchir sur ce qui est de l’autre côté du mur. C’est une sorte de symbole : c’est le mur qu’on porte en soi, tout le temps », m’a répondu le photographe Per Bak Jensen lors du vernissage, le 6 avril 2011.

Et d’ajouter à propos de toutes les photos de cette exposition : « C’est une réflexion sur ce que doit être l’art. C’est comme une porte : on peut l’ouvrir ou la laisser close. Mais si vous l’ouvrez, vous trouverez que la porte montre l’histoire d’Israël et celle du Christ ».

Les visiteurs sont donc conviés à aller au-delà de ce qu’ils voient, à chercher un sens second, peut-être caché, en tout cas spirituel et chrétien.

Per Bak Jensen répond en artiste à mes questions, refusant de se prononcer sur le conflit et laissant chaque visiteur libre de son commentaire.

Lieux bibliques
Né en 1949 à Copenhague, ce photographe danois est professeur à l’Académie royale danoise de Beaux-arts. Ses œuvres ont été acquises notamment par la Bibliothèque nationale à Paris et le Museum of Modern Art de New York.

Les titres des photographies de Mouvement ? Le premier mot désigne ce qui est visible immédiatement dans la photo ; le second le lieu biblique.

Ces Poissons (Tabgha, 2010) semblent incongrus parmi ces clichés de paysages de Jérusalem, Bethléhem, Jéricho, la Galilée ou la Mer morte. Pourtant, ils évoquent deux épisodes de la Bible chrétienne : la distribution de poissons lors de la démultiplication des pains et la préparation du repas de poisson par Jésus ressuscité sur les rives du lac de Tibériade.

Ces photographies suivent l’itinéraire personnel de Per Bak Jensen au travers des localités de la Bible parfois confrontées à la modernité (tourisme, modes de consommation, etc.) : téléphérique installé dans un relief escarpé à Jéricho, gobelet près du mur occidental à Jérusalem.

Per Bak Jensen recourt aux grands formats pour attirer l’attention sur un détail à valeur de symbole : câble cassé que l’on a tenté de réparer. Partant d’éléments réels, le photographe parvient à quasi-transformer le figuratif en abstraction, à styliser le paysage en lui conférant un caractère intemporel.

Le catalogue bilingue de l’exposition présente d’autres photographies en noir et blanc.

Il est regrettable que le texte concis introduisant cette exposition ne mentionne pas son message religieux. Ce qui aurait évité un malentendu sur la nature de l'exposition et des remarques biaisées et antisémites lors du vernissage. En cette fin d’après-midi ensoleillée, une visiteuse a alors dévidé un discours anti-israélien niant les droits Israéliens sur Eretz Israël, a assimilé la Bible à un recueil de tueries, a ignoré les valeurs communes entre juifs et chrétiens, etc. Quand j’ai évoqué les vestiges archéologiques attestant de la présence Juive dans la région dès l'Antiquité et montrés dans les documentaires diffusés par Arte, cette visiteuse a répliqué : « Ils sont tous Juifs sur Arte. Arte est dirigé par des Juifs… » Un cliché antisémite.


Jusqu’au 22 mai 2011
2e étage
142, avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris
Tél. : 01 56 59 17 40
Du mardi au vendredi de 13 h à 19 h
Samedi, dimanche et jours fériés de 13 h à 18 h

Per Bak Jensen, Bevægelse/Movement. gl Holtegaard, 2011. 85 pages. Bilingue danois/anglais.

Visuels de haut en bas de Per Bak Jensen :
Drapé, mur des Lamentations. Jérusalem, 2010

Tour de guet, Bethlehem, 2010

Rayons de lumière. Le champ des bergers. Bethlehem, 2010

Maison. Jérusalem, 2010

A lire sur ce blog :

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Cet article a été publié pour la première fois sur ce blog les 23 avril 2011, 31 mars 2013 et 20 avril 2014, 6 avril 2015 et 27 mars 2016.

1 commentaire:

  1. Un cliché antisémite ?

    Selon "Un écho d'Israël" en novembre 2010 (http://www.un-echo-israel.net/Arte-suspend-son-soutien-au-cinema), plus d'une vingtaine de films israéliens attendaient d'être diffusés par ARTE. Sur 50 films étrangers auxquels la chaîne franco-allemande a apporté un appui financier, non moins de 25 sont israéliens.

    Si cliché il y a il faut admettre alors que la direction de la chaîne a fait de son mieux pour le nourrir.

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