Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 19 août 2026

L'empereur Constantin 1er (272-337)

L'empereur Constantin 1er (272-337) est un empereur romain réformateur et converti au christianisme - en 325, il convoque le concile de Nicée, oecuménique. En 324, par sa victoire sur son co-empereur Licinius, il unifie le pouvoir impérial en le concentrant. En 330, il crée Constantinople. Arte diffuse sur son site Internet « Constantin le Grand, l’empereur de la nouvelle Rome » de Michael Gregor et dans la série « Quand l'histoire fait date » (Zahlen schreiben Geschichte), « 315, la donation de Constantin » (315, Konstantinische Schenkung) de Denis van Waerebeke.  

« Les synagogues : prestigieux témoins du judaïsme » par Emilie Langlade et Adrian Pflug
Trésors du ghetto de Venise
« Italie, une simple histoire d’amour. Témoignages d’un ambassadeur d’Israël » de Mordechaï Drory 

"Fils de Constance, un officier romain devenu César, et d'Hélène, une Grecque de modeste extraction", Constantin Ier (Flavius Valerius Aurelius Constantinus) est né en 272 à Naissus (Niš en Serbie) est un empereur romain important du IVe siècle de l'ère commune.

A la mort de son père Constance Chlore en 306, il est proclamé illégalement Auguste, 34e empereur romain, par les légions de l'actuelle Grande-Bretagne. En 310, son règne est accepté par l'empereur Galère, et s'achève à son décès en 337 près de Nicomédie (actuelle Izmit, en Turquie), dans la Province romaine de Bithynie et Pont. 
 
En 324, par sa victoire sur son co-empereur Licinius, il unifie le pouvoir impérial en le concentrant. S'achèvent ainsi trente-huit années de tétrarchie.

L'empereur Constantin Ier mène une vie politique militaire, religieuse et économique profondément réformatrice, qui lui permet de réunir sous son unique autorité un Empire affaibli et divisé. Il se débarrasse des empereurs Maxence en 312 (bataille du pont Milvius) et Licinius en 324 (bataille d'Andrinople).

Économiquement, il instaure une monnaie stable (le solidus, 312), développe l'administration centrale, défend les frontières de l'Empire contre les Francs, les Alamans, les Sarmates, les Goths et les Sassanides. 

C'est le premier empereur romain chrétien : il s'est converti en 312 ou 326 et est baptisé sur son lit de mort - . Par l'édit de Milan cosigné avec l'empereur Licinius (313) - une lettre circulaire -, les co-empereurs Constantin Ier et Licinius, païen régnant essentiellement sur la partie orientale de l'empire romain, autorisent la liberté de culte pour toutes les religions, notamment pour le paganisme, reconnaissent le christianisme comme religion légale et mettent un terme aux persécutions des chrétiens, qui représentent alors environ un dixième de la population de l'empire romain. Si l'édit de Sardique (311) leur conférait la liberté de culte de facto, l'édit de Milan la leur accorde de jure. En 325, durant le premier concile de Nicée au nord-est de l'Anatolie, l'empereur Constantin Ier impose l'unité des Eglises d'Orient divisées, et son autorité dans la sphère religieuse (césaropapisme). Durant ce concile, est établi avec précision, en latin, le Credo du christianisme. 

Constantin 1er s'efforce de mettre un terme aux divisions des Églises d'Orient en convoquant le premier concile de Nicée (325), et assoit son autorité dans le domaine religieux : c'est le césaropapisme. Il est devenu l'un des saints pour l'Église orthodoxe et un saint local pour l'Église catholique, sous le nom de « Constantin le Grand ».

L'empereur Constantin adopte des mesures favorables au christianisme : il érige le dimanche, jour du soleil païen (dies solis), en jour de repos légal, il reconnaît les tribunaux épiscopaux aux côtés des tribunaux civils, il édifie des églises ou des basiliques, telles la basilique Saint-Jean-de-Latran (Rome), la basilique Saint-Pierre (Vatican), la basilique Sainte-Sophie (Constantinople) ou l'église du Saint-Sépulcre (Jérusalem), tout en diffusant une monnaie frappées d'images païennes et glorifie le dieu Soleil. Il conserve le titre de grand pontife (pontifex maximus), qui lui donne autorité sur les cultes publics païens.

Empereur romain (361-363), Flavius Claudius Julianus (331 ou 332-363), Julien II, ou Julien l'Apostat par la tradition chrétienne, également appelé Julien le Philosophe, a tenté de rétablir le polythéisme. 

Par l'édit de Thessalonique (380), le christianisme devient l'Église d'État de l'Empire romain. 

Sous l'empereur Constantin le Grand, "le clergé juif bénéficiait des mêmes exemptions que le clergé chrétien. Les Juifs vivant dans l'Empire romain devaient légalement payer le Fiscus Judaicus depuis la destruction du Temple juif en 70 de l'ère commune. Cet impôt est maintenu durant son règne et certains historiens attribuent son abolition à l'empereur Julien en 362." 

Constantin soutient la séparation de la date de Pâques de la Pâque juive (Pessah), écrivant dans sa lettre après le premier concile de Nicée (qui avait déjà tranché la question) :
« … il paraissait indigne que, pour célébrer cette fête très sainte, nous suivions la pratique des Juifs, qui ont impiement souillé leurs mains d’un péché énorme et qui, par conséquent, sont justement affligés d’aveuglement d’âme… N’ayons donc rien en commun avec la foule juive détestable ; car nous avons reçu de notre Sauveur une autre voie. » 

Selon Mark DelCogliano, « ce n’est pas la pratique quartodécimale que Constantin cherchait à éliminer, mais plutôt la pratique dite « protopaschite » qui calculait la pleine lune pascale selon le calendrier lunaire juif et non selon le calendrier solaire julien ». 

L'Histoire ecclésiastique de Théodoret rapporte l'Épître de l'empereur Constantin, concernant les affaires traitées au Concile, adressée aux évêques qui n'étaient pas présents :
« Il fut, en premier lieu, déclaré inconvenant de suivre la coutume des Juifs dans la célébration de cette sainte fête, car, leurs mains étant souillées par le crime, l’esprit de ces misérables est nécessairement aveuglé. […] N’ayons donc rien en commun avec les Juifs, qui sont nos adversaires. […] Évitons […] soigneusement tout contact avec cette voie perverse. […] Car comment pourraient-ils avoir des opinions justes sur quelque point que ce soit, eux qui, après avoir commémoré la mort du Seigneur, sont devenus fous et ne sont plus guidés par la raison, mais par une passion débridée, où que leur folie innée les mène ? […] de peur que vos esprits purs ne paraissent partager les coutumes d’un peuple si totalement dépravé. […] Par conséquent, cette irrégularité doit être corrigée, afin que nous n’ayons plus rien en commun avec ces parricides et les meurtriers de notre Seigneur . […] aucun point commun avec le parjure des Juifs. » 

Hélène, mère de l'empereur Constantin, se convertit au christianisme, et effectue un pèlerinage en Judée, visitant tous les lieux où se déroulèrent les récits de la vie de Jésus et les nommant.

"Les écoles judéennes de Tibériade, de Tzippori et de Lydda continuèrent d'attirer des étudiants. De récentes fouilles archéologiques en Israël ont mis au jour de remarquables mosaïques au sol à Tzippori, témoignant de la richesse de la ville à cette époque. Les interprétations et les discussions fondées sur la Mishna et la Tosefta continuèrent de se développer."

Pendant des dizaines d’années, les spécialistes se sont accordés pour dire qu’une fois le christianisme légalisé par l’empereur Constantin, au début du IVe siècle de notre ère, le peuple juif avait été terriblement opprimé par les empereurs chrétiens, notamment Constance II (337-361), Théodose II  (408-450) et  Justinien Ier  (527-565), qui ont réduit leurs droits.

Armand Abécassis a écrit dans "Il était une fois le judaïsme" (Presses de la Renaissance, 2011) : :
"Avant que l’empereur Constantin ne se convertisse au christianisme, l’administration romaine fit preuve d’une certaine tolérance vis-à-vis de la religion juive, proclamée religio licita, alors qu’elle n’hésitait pas à persécuter les premiers chrétiens.
Lorsque le christianisme devint la religion officielle de l’empire au ive siècle, ce sont les communautés juives qui se trouvèrent marginalisées. Avec la naissance du christianisme, la persécution des Juifs reçut un fondement métaphysique et théologique. En déclarant Jésus-Christ comme le messie, l’Église prétendit être le nouvel Israël et les Juifs perdirent à ses yeux leur statut de peuple élu. Enfin, ils furent considérés comme déicides, responsables et coupables de la mort du « Fils de Dieu ».
Quand l’empereur Constantin se convertit au christianisme vers 314 et le déclara religion officielle de son empire, les humiliations, les violences et les lois anti-juives s’intensifièrent. En 415, de nombreux Juifs fuirent l’Égypte à la suite de sanglantes persécutions organisées sous l’impulsion de l’évêque d’Alexandrie, Cyrille. Le code théodosien au ve siècle et le code justinien au début du vie siècle exclurent les Juifs des fonctions publiques et leur interdirent toute mission auprès des païens".

"Mais de nouvelles fouilles sur une magnifique synagogue de Galilée laissent entendre qu’il pourrait en être allé tout autrement. Une équipe formée de chercheurs de plusieurs pays est parvenue à dater au carbone 14 plusieurs échantillons collectés à Huqoq, ancien village situé au nord de Tibériade, et les résultats, publiés dans la revue PLOS ONE en début de mois, confirment que la synagogue richement décorée de mosaïques de Huqoq a été érigée à la fin du IVe/début du Ve siècle, comme le suggéraient les céramiques et autres artefacts découverts sur place, et non aux IIe ou IIIe siècle, comme le laissait augurer son architecture".

"Cette découverte pourrait avoir des conséquences importantes sur notre manière d’envisager cette période, estime la directrice des fouilles de Huqoq, la Dr Jodi Magness, membre de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, l’une des auteures de cette publication universitaire en 2025. « Avant Constantin, les chrétiens ne pouvaient pas pratiquer leur culte ouvertement, mais au IVe siècle, ils ont commencé à ériger des églises monumentales pour la prière et le culte, richement décorées de peintures et de mosaïques de façon à diffuser le message chrétien, qui affirmait que Jésus avait remplacé le Temple... Je pense qu’à cette même période, les Juifs ont commencé à utiliser la synagogue pour faire passer, eux, le message juif, affirmant que le Temple devait encore être reconstruit et que la loi biblique était encore valide », explique la Dr Jodi Magness.

"Les impressionnantes mosaïques découvertes à Huqoq, représentant des scènes de la Bible comme la construction de la Tour de Babel, l’arche de Noé ou l’ouverture de la mer Rouge, auraient pu faire partie de cette entreprise tout autant culturelle que religieuse".

« Constantin le Grand, l’empereur de la nouvelle Rome »
Arte diffuse sur son site Internet « Constantin le Grand, l’empereur de la nouvelle Rome » de Michael Gregor.

« Au IVe siècle, Constantin le Grand a unifié un Empire romain divisé et ouvert la voie à sa christianisation. Se mettant dans ses pas, ce documentaire revisite, sous le regard expert des chercheurs, notamment archéologues et historiens, les lieux clés qui ont marqué sa vie et les grandes réformes de son règne. »

« Son père, le général Constance Chlore, a fait partie aux côtés de Dioclétien, Galère et Maximien, des "tétrarques", les quatre empereurs qui se sont partagé le pouvoir à Rome à la fin du IIIe siècle dans ce qu’on a appelé la tétrarchie. »

« Chacun d’entre eux administre alors une partie de l’empire, qui s’étend sur le continent européen – Grande-Bretagne, Balkans et Turquie inclus – ainsi que sur le pourtour méditerranéen, jusqu’à Jérusalem. »

« Établissant sa capitale à Trèves, en Allemagne, Constance Chlore gouverne l’Occident, le quart nord-ouest de cet immense empire de plus de 50 millions d’habitants. Se réservant l’Orient, Dioclétien s’établit à Nicomédie – aujourd’hui Izmit, en Turquie. Afin de brider les ambitions de Constance Chlore, Dioclétien garde auprès de lui le jeune fils de son rival, le futur Constantin le Grand, qui reçoit à sa cour une solide formation politique, littéraire et militaire. »

« Après avoir servi dans l’armée auprès de Galère, Constantin succède à son père en 306 avant d’être reconnu seul empereur d’Occident en 310 grâce à ses campagnes victorieuses, menées notamment en Gaule, en Espagne, en Italie et en Afrique du Nord. Son règne sera marqué par de profondes réformes militaires, économiques et religieuses, qui ont permis d'unifier un Empire romain affaibli et divisé. »

« D’Izmit jusqu’à Trèves, où Hélène, sa mère, rapporta des fragments de la tunique du Christ, de la Croix, ainsi qu’un clou de la crucifixion, en passant par Istanbul et Rome, où il a été le premier à faire ériger une église, son règne a scellé la fin des persécutions contre les chrétiens. »

« Avec lui, la page du paganisme polythéiste, jusqu’alors en cours, se tourne, ouvrant la voie à la christianisation de l’Empire romain. »

« Sans omettre les intrigues de palais dont il fut la victime ou l’auteur (il fit notamment assassiner Fausta, sa première concubine), la redécouverte de l'univers florissant d'un souverain qui sut concilier le pouvoir et la grandeur. »

Patrick Boucheron
Nommé au Collège de France en 2015, Patrick Boucheron dirige l’« Histoire mondiale de France » (Seuil, 2017) présentant "les nouvelles grandes dates mondiales qui ont façonné l’hexagone", "mettant en valeur les colonisés et l’islam" et assumant une "islamophilie systématique". Un anti-« Lieux de mémoire » du professeur Pierre Nora.

Un best-seller analysé dans « Histoire de l'islamisation française 1979-2019 » (Ed. L’Artilleur), controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public »).

Et fustigé par Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des « migrations germanique s» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; « l’honteux traité de Troyes » de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».


Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé : 
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère ! »
« Quand l'histoire fait date » 2020
« Quand l'histoire fait dates » est une collection documentaire de Patrick Boucheron et Denis van Waerebeke. Entrelaçant plaisir du récit, techniques d’animation et esprit critique, Patrick Boucheron dévoile vingt nouvelles enquêtes sur les grandes dates qui ont marqué l’histoire et la mémoire des hommes ».

« Dans cette deuxième saison de la série" « Quand l'histoire fait date », "aussi érudite et ludique que la précédente, le médiéviste Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, poursuit son exploration alerte des dates marquantes de l’histoire, des trésors artistiques ornant la grotte de Lascaux, en 18 000 avant notre ère, au coup d’État militaire contre le président chilien Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ». 

« Mobilisant son talent de conteur, associé à une animation qui s’appuie sur une riche iconographie, et convoquant éclairages de spécialistes et approche réflexive, l’historien bouscule notre regard sur vingt événements majeurs et les traces qu’ils ont laissées dans les mémoires, en les replaçant dans une perspective globale et en assumant les incertitudes de la science historique ». 

« Entrelaçant plaisir du récit, techniques d’animation et esprit critique, Patrick Boucheron dévoile vingt nouvelles enquêtes sur les grandes dates qui ont marqué l’histoire et la mémoire des hommes ».

« 315, la donation de Constantin »
Arte diffuse sur son site Internet, dans la série « Quand l'histoire fait date » (Zahlen schreiben Geschichte), « 315, la donation de Constantin » (315, Konstantinische Schenkung) de Denis van Waerebeke. 

« 315 est la date supposée de l’apparition du plus célèbre, ou du moins du plus influent des textes du Moyen Âge : la donation de Constantin ». 

« Censé organiser un transfert de pouvoir entre Constantin, l’empereur romain, et le pape Sylvestre, l’évêque de Rome", la
Donatio Constantini (donation de Constantin) "est cet acte qui va légitimer le pouvoir temporel des papes, mais aussi faire de la papauté une puissance territoriale ». 

Selon cette "donation", « la ville de Rome est cédée au pape, ainsi que toutes les régions occidentales de l’empire de Constantin. Mais son éblouissante réfutation par l'humaniste Lorenzo Valla en 1440, révèle sa vraie nature : il s'agit plus grand faux document de l'histoire de l'Occident. »

L'enjeu ? "Justifier ou condamner la construction des Etats de l'Eglise et la théocratie pontificale"

« Mais son éblouissante réfutation par l'humaniste Lorenzo Valla en 1440, révèle sa vraie nature : il s'agit du plus grand faux document de l'histoire de l'Occident », vraisemblablement élaboré au VIIIe siècle.

Les premiers doutes sont exprimés dès le début du XIe siècle. Mais en 1439-1440, Lorenzo Valla, un prêtre catholique et un humaniste de la Renaissance italien, a prouvé le caractère faux de cette "donation" en recourant, pour la première fois, à la philologie, notamment au registre lexical
.


« Médiéviste et professeur au Collège de France, Patrick Boucheron s’empare des dates ancrées dans la mémoire collective pour raconter l’histoire au travers d’une collection documentaire exigeante et vivante. Entretien. Propos recueillis par Manon Dampierre.
 
Vous prenez comme points de départ les grandes dates. Pourquoi ?
Patrick Boucheron : Nous avons voulu partir de ce qu’il y a de plus familier, de plus enfantin même, dans notre rapport à l’histoire : les dates que nous apprenons à l’école, parfois de manière rébarbative. Ainsi, le leitmotiv visuel de la série est une frise chronologique multicolore que nous nous proposons de désorganiser, d’"indiscipliner", en révélant des choses surprenantes sur des événements qu’on croit connaître. Mais au fond, il s’agit peut-être moins de raconter ces événements que de montrer la manière dont ils se construisent par la mémoire, et comment les historiens en relèvent les traces pour construire leurs intrigues. Chaque épisode s’apparente donc à une enquête et déploie la même grammaire : nous convoquons un second historien pour porter une parole plus précise et documentée ; nous allons sur les lieux de l’événement et faisons un pas de côté pour mieux comprendre ; nous étudions un document, une source historique déterminants ; nous finissons par un tour du monde synchronique, dans une séquence appelée "Et pendant ce temps-là…"

Comment avez-vous sélectionné les dix dates évoquées ?
Nous tenions à ce que toutes les périodes soient visitées, de la plus ancienne, la mort d’Alexandre le Grand en 323 avant J.-C., à la plus récente, la libération, en 1990, de Nelson Mandela. Nous voulions aussi que ces dates embrassent la gamme des problèmes visuels et narratifs que la série peut susciter : alors que la libération du leader sud-africain est documentée par des images d’archives, y compris télévisées, nous disposons à peine d’une iconographie pour reconstituer la crucifixion de Jésus.

Y a-t-il, derrière ce projet, une volonté de lutter contre une instrumentalisation de l’histoire ?
Dans chaque épisode, le narrateur – en l'occurrence, moi-même – fait part de ses doutes. À l’heure où sévissent les mésusages de l’histoire, des risques d’instrumentalisation, on pourrait trouver paradoxal de pointer ainsi la fragilité de l’opération historiographique. Je pense au contraire qu’on ne s’affaiblit pas en donnant à voir la méthode. L’attrait du public pour l’Histoire mondiale de la France * montre qu'il est possible d’exercer une pensée critique sans renoncer à l’allure entraînante des récits.

Comment avez-vous abordé cette expérience télévisuelle ?
La télévision peut être frustrante pour les historiens lorsqu’ils endossent le statut d’interviewé ou de conseiller historique. Ils viennent alors, à leur corps défendant si j’ose dire, apporter soit une caution, soit une voix à un chœur qu’ils n’orchestrent pas. Je tenais à être auteur de la série pour en maîtriser la narration. Même si ce n’était pas une volonté de ma part, j’apparais à l’écran parce que le téléspectateur a besoin de savoir qui lui parle, et parce que l’histoire relève de la science sans être dépourvue de point de vue. Pour la partie visuelle, j’ai fait entièrement confiance aux réalisateurs, et en premier lieu à Denis van Waerebeke avec lequel j'ai conçu le pilote. J'y ai appris que le sens pouvait s’exprimer autrement que par le texte : par l’image, l’animation, le montage. Nous espérons que la collection, à la fois exigeante et ludique, donnera lieu à des déclinaisons pédagogiques. »

* Paru en janvier 2017 au Seuil, cet ouvrage collectif dirigé par Patrick Boucheron est un succès de librairie.

(Arte mag n° 36. Le programme du 29 août au 4 septembre 2020)

« Pour sa deuxième saison, Quand l’histoire fait dates offre une exploration audacieuse de grands événements et de leurs représentations. Entretien avec son concepteur, l’historien Patrick Boucheron. Propos recueillis par Benoît Hervieu-Léger.

« Quels critères ont guidé votre approche pour ces vingt nouveaux épisodes ?
Patrick Boucheron : Nous avons radicalisé notre proposition initiale ! Depuis sa conception, la série interroge les diverses manières de faire événement.
Elle propose une collection de problèmes davantage que de périodes. Nous avons, cette fois-ci, voulu aller plus loin en retenant des dates dont on cherche l’événement, comme l’an mil. Nous avons joué sur le contre-factuel * dans l’épisode sur la mise à sac du palais d’été de Pékin en 1860. Nous avons même poussé l’audace jusqu’à dater un événement qui n’a pas eu lieu. Au IVe siècle, l’empereur Constantin est censé avoir donné la moitié de son empire au pape. Le texte de la donation est un faux. Le non-événement a pris une importance que l’événement réel n’aurait pas eue.

La représentation de l’histoire compterait donc plus que l’histoire elle-même ?
Une date a l’apparence de l’évidence, comme Marignan en 1515.
Or derrière chaque date il y a une petite intrigue aussi captivante à explorer que le récit en soi. C’est pourquoi la série inclut deux fils narratifs : le récit que l’on raconte et nous-mêmes en train de le raconter. Cette approche se lit en particulier dans l’épisode sur la révolution religieuse d’Akhenaton, en Égypte ancienne. À la fin de sa vie, Freud, miné par la maladie et l’exil, a voulu en percer le mystère pour expliquer la montée du nazisme et de l’antisémitisme à son époque. La solution aux énigmes du présent se trouve parfois dans le passé.
L’histoire de l’esclavage et de la colonisation resurgit depuis l’affaire George Floyd.

Un épisode aurait-il pu faire écho à ce présent si enraciné dans le passé ?
La question de la justice et de l’égalité, aiguisée par la crise sanitaire, est abordée avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis, en 1776. Ce moment marque la première affirmation des droits universels de l’humain dans un pays dont on sait qu’il détruit les nations indiennes et qu’il deviendra esclavagiste. La “question noire”, déjà traitée dans la première saison avec la libération de Mandela, revient maintenant avec le pèlerinage du roi malien Mansa Moussa en 1324.
Nous aurions certes pu aborder plus frontalement la question de la décolonisation. Elle apparaît malgré tout dans l’épisode sur le massacre des Algériens, à Paris le 17 octobre 1961. L’événement pose clairement la question du racisme, de la violence policière et du legs colonial en France.

* Type de raisonnement qui consiste à imaginer l’issue nouvelle d’un événement historique, après avoir modifié l’une de ses causes. »



Allemagne, 2026, 89 min
Production : doc.station, en association avec ZDF/ARTE
Sur arte.tv du 30/05/2026 au 27/08/2026
Visuels : © eco documentaries, DR


« 315, la donation de Constantin » de Denis van Waerebeke
France, 2020, 26 mn
Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici
Première diffusion : 6 septembre 2020
Sur Arte le 6 septembre 2020 à 16 h 10
Disponible du 30/08/2020 au 04/11/2020
Sur arte.tv du 10/06/2025 au 30/12/2027
Visuels : © Les Films d’Ici, DR


Les citations sur le film proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 31 août 2020.

mardi 18 août 2026

Des Justes parmi les Nations

Les Justes parmi les Nations sont des non-juifs ayant sauvé, souvent au péril de leur vie (Pologne), celle de juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. Ils sont reconnus, après étude d'un dossier contenant deux témoignages distincts, par Yad Vashem, Mémorial à Jérusalem (Israël) qui remet à ces Justes, ou à leurs ayants-droit, une médaille et un diplôme de Justes parmi les Nations durant une cérémonie hommage. Ainsi Israël exprime sa gratitude envers ceux qui ont aidé des juifs alors persécutés par les Nazis et leurs collaborateurs. Au 1er janvier 2023, 28 707personnes, dont plus de 7 300 Polonais, ont été distinguées comme Justes parmi les Nations : diplomates, couturière, paysan, artiste peintre, etc. « sont plus de 4 300 en France et vingt mille en Europe. 
Arte.tv diffusera dès le 24 août 2026 « Tzedek - Les Justes », série documentaire en deux parties de Marek Halter.


"L’attitude envers les Juifs durant la Shoah oscille principalement entre indifférence et hostilité. La majorité des gens demeurent passifs alors que leurs voisins de toujours sont arrêtés, déportés ou tués ; certains collaborent avec les meurtriers ; nombreux sont ceux qui bénéficient de l’expropriation des biens juifs". Des policiers ont prévenu des juifs de leur prochaine arrestation, des fermiers ont recueilli des enfants juifs, des agents municipaux ont fourni de faux papiers aux persécutés...

Toute une variété de situations se sont présentées durant la Deuxième Guerre mondiale. Certains ont hébergé et nourri des enfants juifs et les ont choyés, d'autres les ont fait travailler durement. D'autres encore les ont violés.

Au terme de l’examen des dossiers répondant à des critères exigeant au moins deux témoins, Yad Vashem a reconnu environ au 1er janvier 2016 26 120 Justes parmi les nations et, au 1er janvier 2023 28 707 Justes parmi les Nations, essentiellement en Europe. La Shoah n'est pas seulement une tragédie historique européenne ou sur le seul continent européen.

A Jérusalem (Israël), le Mémorial Yad Vashem remet aux Justes une médaille et un diplôme de Justes parmi les Nations lors d'une cérémonie d'hommage. L'allée des Justes parmi les Nations a été inaugurée en 1962 en présence de Golda Meir, alors ministre israélienne des Affaires étrangères. "Les onze premiers arbres sont plantés le long de l'allée menant à la Crypte du souvenir, sur la colline dénudée du Mont du souvenir... Dans les premiers temps, des arbres étaient plantés par certains des Justes, ou par leurs familles, sur le Mont du souvenir. Aujourd’hui, leurs noms sont gravés sur les murs du jardin des Justes."

Avec 6 620 Justes parmi les nations en 2016 et 7 318 Justes en 2023, la Pologne, où ceux qui aidaient les Juifs risquaient d’être exécutés avec leur famille, figure en première place dans la liste des Justes. Employée au Comité d’aide sociale de Varsovie, la Polonaise Irena Sendlerowa (1910-2008) a assuré l’évasion d’environ mille cinq cents enfants juifs du ghetto gardé par les nazis.

La France a abrité 3 925 Justes en 2016 et a 4 303 personnes distinguées comme Justes parmi les Nations en 2023.

Ont été reconnues comme Justes parmi les Nations en 2023, plus de 6 137 personnes aux Pays-Bas, 2 713  personnes en Ukraine, 1 819 personnes en Belgique, 75 en Albanie et 24 en Arménie.

"La Résistance danoise a demandé à ce que tous ceux de ses membres qui avaient participé au sauvetage de la communauté juive ne soient pas répertoriés un par un mais reçoivent un hommage collectif."

"Il convient de noter que le nombre de personnes reconnues comme Justes ne reflète pas l'ampleur réelle de l'aide apportée par des non-Juifs à des Juifs pendant la Shoah ; les chiffres étant essentiellement basés sur les témoignages et la documentation dont dispose Yad Vashem. La majorité des Justes ont été reconnus comme tels suite aux demandes faites par des Juifs sauvés. Dans certains cas, les survivants n'ont pas trouvé la force nécessaire pour faire face à leur douloureux passé et ne se sont pas fait connaître ; d'autres ignoraient l'existence du programme ou ne pouvaient pas déposer de demandes, notamment lorsqu'ils vivaient derrière le Rideau de fer durant les années du régime communiste en Europe de l'Est ; d'autres enfin sont morts avant d'avoir pu effectuer une demande. En outre, la majorité des cas reconnus correspondent à des tentatives réussies : les Juifs ayant survécu ont pu se manifester auprès de Yad Vashem pour demander la reconnaissance de leurs sauveteurs."

Aristides de Sousa Mendes
Aristides de Sousa Mendes (1885-1954) est un diplomate portugais né dans une famille noble catholique et monarchiste. Durant la Deuxième Guerre mondiale, dès fin 1939, ce quinquagénaire, père de quatorze enfants, est consul à Bordeaux. 

S'opposant à la circulaire 14 du gouvernement Salazar qui veut maintenir la neutralité du Portugal, il délivre sans autorisation préalable du ministère des milliers de visas à ceux devant quitter la France pour fuir le nazisme, les persécutions antisémites, etc. Parmi eux : Otto de Habsbourg, fils de Charles Ier d'Autriche, des ministres du gouvernement belge en exil, Guy Tavernier, physicien, des Juifs...

Le 8 juillet 1940, Aristides de Sousa Mendes rejoint le Portugal. A Lisbonne, le Conseil de discipline l'accuse de désobéissance, préméditation, récidive et cumul d'infractions, la délivrance de visas non autorisés, "la falsification de passeports et le crime d'extorsion (à la suite de la plainte de l'ambassade britannique)". Salazar lui inflige une peine légère afin que Sousa Mendes puisse percevoir son salaire de consul.

En 1966, Aristides de Sousa Mendes est déclaré « Juste parmi les nations », puis réhabilité par la République portugaise le 15 novembre 1986.


En 2012, le politicien portugais Abel Matos Santos a écrit sur Facebook à propos de Aristides de Sousa Mendes : "Pourquoi défendre Sousa Mendes, qui était un usurier requin de Juifs ?”  

Révélés en janvier 2019, ces propos ont suscité l'indignation, notamment des Juifs portugais qui ont évoqué une "offense à tous les juifs et non-juifs sauvés" des Nazis.


Le 31 janvier 2020, Abel Matos Santos, récemment élu vice-président du CDS, petit parti du peuple (droite), a présenté des excuses après que la communauté juive de Lisbonne ait protesté contre ces propos. Il a dit que le choix de ses mots était "malheureux", mais il a ajouté qu'il croyait que son commentaire reflétait un débat prochain sur les motifs d'Aristides de Sousa Mendes. Cependant, ce débat est "complètement non pertinent à la lumière des vies sauvées".


“J'aimerais présenter sincèrement mes excuses pour avoir blessé par mes mots écrits voici des années, et ayant été opportunément, maintenant, sortis de leur contexte", a écrit Matos Santos dans une lettre ouverte envoyée le 31 janvier 2020 à José Oulman Carp, président de la communauté juive de Lisbonne.

« Sauvés par des Justes » 
Diffusé dans le cadre d’une soirée spéciale consacrée à la libération des camps nazis sur Arte, le documentaire « Sauvés par des Justes » (Stille Retter) par Christian Frey et Susanne Wittek présente des témoignages de Juifs sauvés par des Justes parmi les nations : Robert Badinter, avocat, ancien garde des Sceaux et président du Conseil constitutionnel (1986-1995) et sénateur socialiste (1995-2011), Alfred Grosser, politologue et historien né en 1925 à Francfort-sur-le-Main, réfugié avec sa famille en France dès 1933.

« Gros plan sur ces citoyens qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont risqué leur vie pour sauver des Juifs en tout désintéressement », luttant face à la peur et contre le désespoir ». 

Après l'accession d’Hitler au pouvoir en janvier 1933, les « Juifs d’Allemagne sont rapidement mis à l’écart ». Les « Juifs d’Allemagne » étaient allemands. Pourquoi Arte les dénaturalise-elle ?

« Dès le mois d’avril, un boycott des magasins juifs est organisé, empêchant notamment les commerçants d’accéder à leur lieu de travail ». Et aussi les clients. Par qui est organisé ce boycott ?


« En 1935, les lois de Nuremberg ancrent l’antisémitisme dans la législation du IIIe Reich ».





« L'escalade se poursuit avec le pogrom de la Nuit de cristal, du 9 au 10 novembre 1938, qui contraint des milliers de juifs à l’exil ». Un pogrom, ou plutôt des pogroms en Allemagne, en Autriche et dans la région Sudètes, peuplée de Germanophones, annexées par le IIIe Reich.

Arte évite d’utiliser le mot « nazi ». Pourquoi ?


« Beaucoup choisissent de se réfugier dans la patrie de la Révolution et des droits de l’Homme. Mais après l’occupation d’une partie de la France par les troupes allemandes en 1940, la lutte pour la survie continue ».


« Malgré l’implication des autorités françaises dans leur persécution, les trois quarts des juifs, Français et réfugiés, échapperont à la déportation, notamment grâce à l’aide des Justes ». Grâce aussi à des organisations juives, à leurs amis, des relations professionnelles, le hasard...

Ces « gestes de solidarité ou de sauvetage, dès les rafles de l'été 1942, de la part de citoyens de toutes conditions sociales, opinions ou religions, seront reconnus en 1953 par une loi israélienne qui crée pour eux le titre de « Juste » (Righteous Among the Nations), rendant ainsi hommage à ceux « qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs en tout désintéressement ».

Instrumentalisation politique 
Ce titre de Juste parmi les Nations s’avère un enjeu politique instrumentalisé à des fins étrangères à la vérité, dans un but de rapprochement avec le monde arabe ou/et musulman, pour pallier le refus de mener le dialogue judéo-musulman, ou de la part d'Etats musulmans pour instrumentaliser le lobby juif américain afin d'obtenir son soutien à des fins de politique régionale (le Maroc impliqué dans le conflit du Sahara occidental).

Ainsi, avec l’appui de Juifs marocains, le Maroc tente d’obtenir ce titre pour le roi Mohammed V. Or, les travaux d’historiens ont prouvé que ce souverain, alors sultan Mohammed V, n’a protégé aucun Juif.


« Sur l’essentiel, le Sultan Mohammed n’a pas protégé les Juifs puisqu’il a même promulgué les statuts des Juifs en Dahir (décret) chérifien. En réalité, le Sultan Mohammed entend faire savoir aux autorités de Vichy qu’il reste le maître du pays. S’il y a persécution ou protection, il estime que c’est à lui à en décider. Le message est les suivant : les Juifs sont ses sujets et non pas ceux de Vichy. A travers les Juifs, le Sultan Mohammed réclame sa part d’autonomie vis-à-vis du gouvernement de Vichy. Les Juifs sont des pions parmi d’autres dans le rapport de force entre le Makhzen et Vichy. Par ailleurs, il ne fait preuve d’aucune détermination à défendre les Juifs : il ne rencontre les dirigeants de la communauté juive qu’une seule fois et en privé, au printemps 1942, pour leur dire qu’à titre personnel, il désapprouve les mesures de Vichy. En revanche, à titre officiel et publiquement, il ne prend aucune mesure en faveur des Juifs. Pire, il traduit les statuts des Juifs en Dahir chérifien ! », a déclaré l’historien Georges Bensoussan.

Et de réfuter le mythe selon lequel le sultan se serait opposé au port de l’étoile jaune par les Juifs : « Le port de l’étoile jaune est une mesure allemande qui n’a jamais été d’application en Zone libre, c’est-à-dire sur l’ensemble du territoire français placé sous l’autorité du gouvernement de Vichy. Et le Maroc (comme l’Algérie) faisait partie de la Zone libre. Seule la Tunisie s’est vue appliquée le port de l’étoile jaune dans la région de Sfax pendant les six mois qu’a duré l’occupation allemande. Or, les Allemands n’entrent pas au Maroc. Le Sultan Mohammed n’a donc jamais eu le moindre contact avec les Allemands. Il n’y a donc jamais eu d’étoile jaune au Maroc… Les 150.000 Français vivant au Maroc sont violemment antisémites. L’administration française est littéralement gangrenée par l’antisémitisme. Quotidiennement, elle apporte la preuve de son antisémitisme dans la façon dont elle traite les Juifs. Ainsi, le gouvernement de Vichy n’accorde aux Juifs que 50% des ressources alimentaires qu’il attribue aux musulmans. Dans ce contexte particulier, l’attitude du Sultan du Maroc -qui reçoit notamment les dirigeants de la communauté juive en audience privée pour leur témoigner de sa solidarité- fait le tour de tous les mellahs (quartiers juifs) du Maroc. En comparant son attitude avec celle des autorités françaises, il n’a aucune difficulté à apparaître comme un sauveur magnanime ».

Colloque

Dans le cadre de l’année croisée France-Israël, l’Association Bnai Brith Moshe Dayan, en partenariat avec le Comité Yad Vachem Nice Côte d’Azur et la ville de Nice, invita le 27 novembre 2018 à 18 h 30 au Centre Universitaire Méditerranéen. Christian Estrosi, Maire de Nice, Président de la Métropole, Président délégué de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Simon Benchimol, Président Bnai Brith Moshe Dayan, Denis Sibony Vice-Président en charge de la culture, tous les membres Association B'nai B'rith Moshe Dayan, Daniel Wancier, Président du Comité Yad Vashem Côte d'Azur, Anita Mazor, Ministre près l’Ambassade d’Israël à Paris en charge du sud de la France convièrent au colloque "Les Justes parmi les Nations". De la mémoire à la reconnaissance, comment Israël honore ses Justes", en présence de Martine Ouaknine, Adjointe au Maire, Conseillère métropolitaine, Conseillère départementale, de Justes, de descendants de Justes et des personnes sauvées qui livreront leurs témoignages. Entrée libre.

« Tzedek - Les Justes »
Arte.tv diffusera dès le 24 août 2026 « Tzedek - Les Justes », série documentaire en deux parties de Marek Halter.

« Dans les années 1990, l’écrivain Marek Halter, rescapé du ghetto de Varsovie, parcourt le monde à la recherche de femmes et d’hommes qui ont sauvé des juifs de la barbarie nazie. Un recueil de témoignages pour une émouvante ode à l’humanité. » 

"Selon le Talmud, le monde repose à chaque génération sur 36 Justes." Dans les années 1990, un demi-siècle après l’Holocauste, le célèbre écrivain français Marek Halter, juif d’origine polonaise, décide de partir à leur rencontre : de Sarajevo sous les bombes à Jérusalem, de la Côte d’Ivoire au Japon, de sa terre natale à sa patrie d’accueil en passant par de nombreux autres pays européens, dont l’Allemagne, il collecte les témoignages de femmes et d’hommes qui ont risqué leur vie pour sauver celle de ses coreligionnaires. »

« Parmi eux, Irena Sendler, dont le réseau a exfiltré 2 500 enfants du ghetto de Varsovie ; des religieuses polonaises ou italiennes qui ont caché des femmes et des enfants malgré le silence assourdissant du Vatican ; des diplomates qui ont usé de leur position pour favoriser la fuite des persécutés ; des pêcheurs danois dont les embarcations ont servi à évacuer une grande partie de la population juive vers la Suède ; des résistants de l’intérieur, à l’instar de l’industriel Berthold Beiz, qui employa quelque 800 juifs dans ce qui était à l’époque la seule compagnie pétrolière allemande ; et beaucoup de gens ordinaires qui, seuls ou organisés, ont nourri, hébergé, pourvu en faux papiers les personnes traquées… » 

« Pourquoi et comment ont-ils agi alors que tant d’autres sont restés immobiles face à l’entreprise d’extermination nazie ? Ont-ils eu peur ? Se comporteraient-ils de la même manière aujourd’hui ? À ces questions récurrentes, les Justes interrogés ici – ou leurs descendants – répondent avec une poignante modestie : tendre la main aux juifs s’est imposé à eux, par amitié, par amour de leur prochain, par refus de la barbarie. » 

« Leurs témoignages se mêlent à ceux, tout aussi déchirants, de survivants pour esquisser une puissante réflexion sur le bien et le mal. »

« En deux parties, un chant d’espoir dédié aux parents du réalisateur, Perl et Salomon Halter, qui lui "ont appris à ne pas désespérer de l’humanité". 

« Au moment où une grande partie de l’Europe se rend complice de la Shoah, des hommes et des femmes risquent leur vie et celle de leurs proches pour sauver des Juifs. Marek Halter part à la rencontre de Polonais, d’Allemands ou encore de Japonais, qui ont refusé de se soumettre à la peur pour éviter à 500 000 Juifs le sort qui leur était réservé par les nazis. »

« En France, en Italie, au Danemark et partout ailleurs, industriels, religieuses ou paysans témoignent des risques qu’ils ont pris pour sauver un demi-million de Juifs des camps d’extermination. » 


« Tzedek - Les Justes » de Marek Halter
France/Suisse, 1994, 2 x 1 h 20 mn
Auteurs : Marek Halter et Clara Halter
Production : Kurtz Production, Sara Films, Vega Films, France 2 Cinéma, Télévision Suisse Romande, Palmyre Productions, C.E.C. Rhône-Alpes 
Sur arte.tv du 24/08/2026 au 22/08/2027
Visuels : © Marek Halter

« Sauvés par des Justes » par Christian Frey et Susanne Wittek
2016, 52 min
Sur Arte le 24 janvier 2017 à 21 h 45
Visuels :
© Suzanne Radelhof
© Gebrüder Beetz Film

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations non sourcées proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 23 janvier 2017, puis les 28 novembre 2018, 26 février 2020.