Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 4 août 2026

Les Yézidis ou Yazidis

Les Yézidis ou Yazidis forment une des minorités confessionnelles en Irak, persécutées par l'Etat islamique (ISIS ou Daech). Le 3 août est la Journée du souvenir du génocide des Yézidis. En 2016, Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, deux jeunes Irakiennes yézidies, « ont reçu  le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit ». Le 26 juin 2026, Fawzia Amin Sido, survivante yézidie irakienne, a témoigné devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies : enlevée et vendue par Daech, contrainte à se convertir à l'islam, elle avait été réduite en esclavage, notamment sexuel, par le Hamas dans la bande de Gaza avant d'être libérée par une opération jointe impliquant notamment Israël et les Etats-Unis. Le 13 juillet 2026, un tribunal allemand "a condamné un homme et une femme irakiens, Twana HS et Asia RA, à de lourdes peines de prison pour avoir réduit en esclavage et maltraité deux jeunes filles yézidies pour le compte du groupe dit « État islamique » en Irak. 

L’Irak, une ex-mosaïque ethnico-religieuse
Les Yézidis ou Yazidis
L' Etat islamique
Interview de Bat Ye’or sur le califat et l’Etat islamique/ISIS


Les Yézidis ou Yazidis constituent une minorité ethnique, kurdophone confessionnelle. 

Le yézidisme ou yazidisme est une religion monothéiste, née au Moyen-Orient. Il emprunte des éléments au zoroastrianisme, au judaïsme, au christianisme et à l'islam.


"Bien que monothéistes, les Yézidis croient que Dieu a confié la direction des affaires terrestres à Malek Taous, littéralement "l’ange-paon", qu’ils adorent également, ce qui leur vaut de la part des musulmans les accusations de satanisme... Avant de repartir ils nous montrent avec fierté leur sanctuaire à l’architecture si particulière : une pièce très sombre dans laquelle on pénètre par une petite porte basse, sans poser le pied sur le seuil. Un dôme en étoile surmonte le bâtiment".

Les Yézidis souffrent d'être appréhendés comme des "adorateurs de Satan". « Pour Daech, nous ne sommes que des païens. Au prétexte que nos textes religieux ne sont pas cités dans la Bible ou le Coran, l'Etat islamique nous a exclus de la communauté des gens du Livre et ne nous laisse comme choix que la conversion ou la mort", a expliqué Khurto Hajji Ismail, "le baba cheikh des yézidis, le chef spirituel de cette minorité", en 2016.

Yézidis ne sont pas considérés comme des « gens du Livre » (« ahl al-kitab ») au même titre que les juifs et les chrétiens ; ils ne peuvent donc prétendre au statut de dhimmis.

Le calendrier des Yézidis commence 990 ans avant celui juif, 4 750 ans avant celui chrétien, et 5 329 ans avant celui islamique.


Les Yézidis pratiquent l'endogamie, et non le prosélytisme. 


Ils vivent principalement dans le nord de l'Iraq. La Syrie, la Géorgie, l'Arménie, la Turquie et divers pays occidentaux abritent des communautés yézidies. 


Les Yézidis ont été victimes de génocides en 1915 à 1918.  En 1914, plus de 750 000 Yézidis vivaient dans l'Empire ottoman. "Dans le Yezdistan, territoire au nord de l'Iraq, des Turcs ont massacré les Yézidis. Sinjar, Sinoun, Gobal, Dgour, Gali Ali Bage, Dhok, Zorava, Karse and Bare, Siba, Tlizer, Tlzafe, Khrbade Kavala, Grzark, Rmbousi, Sharok, Tlkazar, Tlbanta, Kocho, Khotmi, Mosoul, Rndavan, Amadia... Plus de 200 000 Yézidis y ont été assassinés".

Les Yézidis ont aussi été tués par des soldats turcs dans l'Ouest de l'Arménie : région de Van - 100 000 victimes innocentes -, région de Moush - plus de 60 000 victimes -, région d'Erzroum - 7 500 victimes -, région de Kars - 5 000 victimes -, Sourmalu - 10 000 victimes Yézidis… Cette liste n'est pas exhaustive.


Outre les massacres et les déportations, le gouvernement turc a contraint des Yézidis, dont la religion est liée au Soleil, à se convertir à l'islam. L'historien turc Katib Tchelebi estime qu'entre 1915 et 1918 environ 300 000 Yézidis ont été massacrés dans l'empire ottoman. D'autres sources évaluent à 500 000 le nombre de victimes Yézidies de ce génocide commis par des Turcs et Kurdes.


Environ 250 000 Yézidis ont été déportés et ont trouvé un refuge en :

- Iraq, près de Sinjar Mountain : 100 000 ;
- Turquie, dans les régions de Batman et Diarbeqir : 12 000 ;
- Syrie, dans la localité de El-Kamishli : 15 000 ;
- Arménie : 12 500 ;
- Géorgie : 3 000.

Des génocides à l'écho douloureux dans une actualité marquée par les crimes commis par les islamistes, notamment l'Etat islamique (ISIS) dans ce Moyen-Orient.

Environ 300 000 Yazidis se sont réfugiés auprès des Kurdes irakiens pour fuir les persécutions de l'Etat islamique : mise en esclavage, viols, etc.


L'Etat islamique (Daech, Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou en anglais Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) - al-Sham désignait la province de Syrie dans les précédents califats - a commis un génocide notamment à l'égard des Yézidis.

Le 3 août est la Journée du souvenir du génocide des Yézidis. Ce génocide a débuté le 3 août 2024 par l'agression djihadiste d'ISIS de Yézidis Kurdes à Sinjar : massacres, viols, kidnapping de fille Yézidis réduites en esclavage notamment sexuel, razzias, etc.

CYCI et Steve Maman

Homme d'affaires philanthrope canadien juif d'origine marocaine, Steve Maman a fondé CYCI (Christian and Yazidi Children of Iraq) en 2015. Cette fondation vise à libérer des femmes chrétiennes et yézidies réduites à l'esclavage sexuel par l'Etat islamique.

CYCI a allégué avoir libéré, via des intermédiaires et Gill Rosenberg, 140 Yézidies contre le versement de sommes d'argent.


Une polémique a surgi concernant l'authenticité de ces libérations. Certains ont aussi réclamé plus de transparences sur les actions menées par CYCI. Et ce, d'autant que cette fondation reçoit des fonds.


Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit 

Le 13 décembre 2016, au Parlement européen, Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, deux jeunes Irakiennes yézidies « ont reçu  le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit ». Kidnappées, asservies en esclaves sexuelles par l’Etat islamique, elles avaient fui. Elles ont exhorté à poursuivre les chefs de l'EI devant la Cour pénale internationale (CPI). 

Lamia Haji Bachar « raconte son enlèvement à 15 ans par des membres de l’Etat islamique, comment elle a été vendue à quatre reprises, l’enfermement, les tortures, les viols… Elle porte les stigmates de l’horreur sur son visage. Une mine antipersonnel l’a défigurée quand elle tentait de s’échapper. « Promettez-moi que plus jamais vous ne permettrez de tels actes », lance-t-elle à l’assemblée ». Et de poursuivre : « Quand nous avons subi les viols, quand nous avons été vendues et revendues par Daech, nous n'avons jamais perdu confiance en Dieu parce que nous savons que Dieu est là et nous n'avons jamais pensé à nous venger ».
  
« En costume traditionnel, le visage inexpressif, les yeux dans le vague », Nadia Murad « demande à l’Europe, à la communauté internationale d’en faire beaucoup plus pour les siens ! « Les minorités religieuses doivent être protégées, si le monde n’en est pas capable, je vous invite à ouvrir vos portes, à accueillir les quelques 500 000 Yézidis d’Irak, à organiser une migration comme celle qui a suivi l’Holocauste. Ce qui se passe à Alep, c’est de l’injustice pure et dure. Les premières victimes sont des innocents. Tout ce qui se passe en ce moment en Syrie se passait aussi en Irak. Et la cause de tout cela, c’est Daech  », a-t-elle expliqué. Et d’indiquer aux journalistes : « C'est notre espoir que le prix Sakharov "aide à changer la perception des gens vis-à-vis des réfugiés, que les réfugiés soient mieux tolérés ». Nommée mi-septembre ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains, Nadia Murad milite pour que les persécutions commises en 2014 contre les Yézidis soient considérées comme un génocide.

Toutes deux ont souligné « l'importance de ne pas seulement vaincre l'EI militairement, mais également de traduire ses chefs devant la Cour pénale internationale (CPI) : « Daech n’est pas qu’une force militaire. C’est aussi une idéologie. Il faut aussi stopper cette idéologie. Il faut prendre toutes les mesures pour mettre fin au soutien dont jouit Daech maintenant. Il faut combattre Daech militairement, il faut traduire les responsables de Daech devant la Cour pénale internationale. Il faut mettre fin à tout soutien militaire, logistique ou financier dont jouit encore Daech », a plaidé Nadia Murad. Elle a également souligné que « 3 500 femmes yézidies » restaient prisonnières du groupe jihadiste. La jeune femme est désormais ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains et milite pour que les persécutions commises en 2014 contre les Yézidis soient considérées comme un génocide. Les deux jeunes femmes ont exprimé l'espoir que le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, dont elles sont donc les lauréates 2016, aide à faire évoluer les mentalités et changer la perception des réfugiés auprès des citoyens européens ».

Père Patrick Desbois

Prêtre catholique, le Père Patrick Desbois "a consacré sa vie aux recherches sur la Shoah, au combat contre l’antisémitisme et à l’amélioration des relations entre catholiques et Juifs. Il préside Yahad-In Unum".

Il a co-écrit, avec Nastasie Costel, La Fabrique des terroristes - Dans les secrets de Daech. Le 29 juin 2017, sur i24News, le père Patrick Desbois s'est indigné du silence sur le génocide commis par l'Etat islamique à l'égard des Yézidis, et probablement aussi d'autres minorités religieuses : "Ce qui est le plus choquant pour moi c'est que Baghdadi, la police religieuse, ont commis un génocide contre les Yézidis et peut-être contre d'autres minorités. Ils ont aussi expulsé tous les chrétiens, les ont maltraités. Personne n'est accusé de génocide, on parle de l'Etat islamique comme d'une entité qui disparaît". Il a souligné l'importance de désigner les coupables de ce génocide par leur nom. Il demeure sceptique à l'égard de la "mort" de l'Etat islamique qui selon lui "a besoin d'argent", se projette ailleurs", dans d'autres pays, et compte sur ses "lionceaux" pour poursuivre sa guerre. Il a évoqué le sort bouleversant des enfants captifs, convertis de force, victimes de "lavages de cerveaux", revendus - 25 000 dollars la fille, 15 000 dollars le garçon - et ne reconnaissant pas leurs parents ou les traitant de "koufars" (mécréants, en arabe). Yadad-In Unum construit des "ateliers avec des psychologues pour réveiller les enfants yazédis", forme des femmes, souvent veuves, à des métiers afin qu'elles acquièrent leur indépendance, etc.

Yad Vashem

En juillet 2017, Nadia Murad et Haider Elia ont visité Yad Vashem, musée de la Shoah, à Jérusalem (Israël). Si d’autres Yézidis s’y étaient déjà rendus, Nadia Murad et Haider Elia s’en distinguaient par leurs objectifs : « apprendre comment raconter, commémorer et enseigner un génocide ».

Lors de cette visite, « l’ancienne esclave sexuelle de l’Etat islamique s’est effondrée. Deux ans après la découverte des premiers charniers à Sinjar, cette région du nord de l’Irak où sa mère et six de ses neufs frères ont été assassinés par l’Etat islamique en 2014, Nadia Murad, 24 ans, était en train de découvrir des photographies montrant les pelotons nazis de la mort en train d’observer les dépouilles des Juifs empilées dans des fosses fraîchement creusées ». Ambassadrice de bonne volonté de l’ONU et nominée au prix Nobel, elle vit en Allemagne.


« Si seulement nous étions en mesure de retourner sur notre terre ancestrale dont nous avons été chassés… Nous ferions la même chose », a-t-elle déclaré à l’issue de la visite. La communauté yézidie « serait capable de créer une sorte de musée similaire où on conserverait… Les foyers qui ont explosé, les piles d’os, les squelettes abandonnés, nous pourrions faire quelque chose de tout cela. Et toutes les choses qui nous sont arrivées – nous le rappellerions aux générations futures pour qu’elles puissent… se défendre et s’assurer que cela ne leur arrivera jamais à elles [ou à nous] à l’avenir », a-t-elle dit. Et de pointer des éléments communs avec la Shoah : « Le guide de Yad Vashem évoquait la faim, la colère, un morceau de pain – plus de 100 000 Yézidis se trouvaient dans les montagnes et ils étaient affamés, et cela est arrivé à des centaines d’entre eux, sinon des milliers. Les gens mourraient de faim tout comme il le racontait ». « S’adressant au personnel de Yad Vashem, Murad a indiqué qu’elle avait « toujours désiré pouvoir rencontrer des gens qui ont traversé les mêmes choses que ce qu’à traversé mon peuple ». Elle a souligné que les Yézidis ont appris qu’ils « doivent se protéger eux-mêmes » par un organisme sécuritaire régional. Et ce, pour éviter les conquêtes territoriales par l’Etat islamique.

« Contemplant une photographie représentant un soldat nazi tuant une femme et son enfant à bout portant, Haider Elia a écouté le guide de Yad Vashem se référer à une recherche de Christopher Browning, auteur du livre « Ordinary men », qui affirmait que les êtres humains sont intrinsèquement capables de faire le mal dans certains cadres sociaux. Des mots qui ont résonné pour Elias, né à Sinjar, qui a répondu que cette observation était « très pertinente » concernant les meurtres des yézidis tombés entre les mains de l’Etat islamique ». « La nuit dernière, une femme musulmane me demandait : ‘Ces membres de l’EI, ils avaient pris de la drogue ? Ils étaient alcooliques ? Ils étaient normaux ?' » « Ce qu’elle avait compris, m’a-t-elle dit, était qu’ils étaient toujours drogués avant de commettre un crime. Et je lui ai dit : ‘Non, ils étaient des gens ordinaires. C’était seulement des gens ordinaires mais qui se levaient pour tuer les autres ». Elias se trouvait au Texas le 3 août 2014 durant ces massacres au cours desquels son frère, son neveu et 50 de ses amis ont été tués par l’Etat islamique. A la fin de ce mois fatal, il a cofondé une organisation, Yazda, qui a commencé à réunir des témoignages oraux et des preuves contre les djihadistes dans l’espoir d’une future traduction en justice du groupe terroriste devant les tribunaux internationaux. Son témoignage personnel, où il se rappelle de sa vie à Sinjar avant l’Etat islamique et la tentative d’annihilation de son peuple, dure 13 heures et demi. Ce projet est une course contre le temps parce que « les souvenirs s’évanouissent et on oublie le détail de ce qu’il s’est exactement passé. La première année, les gens étaient très concentrés et ils pouvaient nous raconter exactement ce qu’ils avaient vécu », explique-t-il, ajoutant que certaines victimes ont été capables de dire les noms de leurs bourreaux de l’EI. « Aujourd’hui, ils ont tendance à oublier les détails et c’est pour cela que si c’est si important pour Yazda et pour ceux qui croient à ce projet… de créer ces archives ».

Vers un Etat Yézidi ? « Cela dépendra largement du soutien apporté par la communauté internationale parce que les Yézidis forment une communauté minuscule et ils n’ont pas de diaspora pour faire du lobby, juste quelques personnes comme moi… Peut-être en avons-nous une – il y a 100 000 personnes – mais nous ne sommes pas encore forts. [Sans intervention de la communauté internationale pour contribuer au retour des Yézidis à Sinjar] bien sûr, chacun partira dans un pays différent et nous n’aurons plus de terre natale », a expliqué Haider Elias. 


Environ 3 000 femmes yézidies se trouveraient captives des djihadistes dans le « califat » dominant des régions de l’Irak et de la Syrie. Les « garçons yézidis ont été intégrés par la force dans les rangs de l’EI et les tous petits ont été réduits en esclavage. Cinq différentes milices sont actuellement sur le front dans toute la région et des centaines de milliers de yézidis sont déplacés en Irak et en Turquie » selon les militants. Des milliers ont fui en Allemagne, au Canada et en Australie.

Les « Nations unies ont affirmé que les atrocités commises constituaient un génocide, puis les dirigeants américains, du Royaume-Uni, du Canada, de la France et d’Ecosse, ont également approuvé cette reconnaissance officielle. 


Lors d'une audience à la Knesset, Nadia Murad a demandé que le Parlement israélien reconnaisse ce génocide. « Les Juifs et les Yézidis partagent une histoire commune de génocide qui a modelé l’identité de nos populations mais nous devons transformer notre douleur en action. Je respecte la manière dont vous reconstruisez une communauté juive globale dans le sillage du génocide. C’est un voyage que ma communauté va devoir effectuer... Nous, Yézidis, sommes un peuple pacifique. Jamais, dans notre histoire de 5 000 ans, nous avons combattu et tué les autres. Mais ce caractère pacifique ne nous a pas rendu service. Nous avons dû affronter 74 pogroms, souvent motivés par des interprétations extrêmes de l’islam. Et j’ai peur que ce génocide, celui qui continue aujourd’hui, ne soit mené à bien si nous ne pouvons pas retourner sur la terre qui nous a vus naître », a déclaré Nadia Murad.

« L’Etat islamique a cherché à éliminer les yézidis par le meurtre, l’esclavage sexuel, l’esclavage, la torture et des traitements inhumains et dégradants, ainsi que par des transferts forcés qui ont causé des maux graves, que ce soit au niveau physique ou mental. L’organisation terroriste a infligé des conditions de vie qui entraînent une mort lente, l’imposition de mesures pour empêcher les enfants yézidis de naître, dont des conversions forcées d’adultes, la séparation des hommes et des femmes et des traumatismes psychologiques ; et le transfert des enfants yézidis obligés de quitter leur propre famille pour rejoindre les combattants de l’EI, en les coupant par conséquence de leurs croyances et des pratiques de leur propre communauté religieuse », indique un rapport onusien de juin 2016.

« Les Yézidis, un peuple entre exil et résistance »
En 2018, l’Espace architecture La Cambre Horta à Bruxelles (Belgique) a accueilli « Les Yézidis, un peuple entre exil et résistance », exposition de photographies prises par Johanna de Tessières Une initiative de la cellule Démocratie ou barbarie de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en partenariat avec l’ONG ULB-Coopération.

Johanna de Tessières a effectué trois reportages en trois ans sur les Yézidis en Irak, pour La Libre Belgique ("avec Christophe Lamfalussy dont les textes éclairent parfaitement l'exposition)". "L’émotion, et donc la prise de conscience, sont encore plus fortes quand on voit ces femmes esclaves qui ont pu s’échapper et sont arrivées au camp de Dohuk. Elles se cachent le visage pour ne pas être reconnues et que leurs familles en subissent les conséquences. Une d’elle a gravé sur l’avant-bras, « Sinjar » pour ne jamais oublier. On y reconnaît la militante Nadia Murad, prix Sakharov 2016. L’expo montre judicieusement que les Yézidis ne sont pas que victimes. On voit les portraits de ces « activistes » courageux qui ont organisé les exfiltrations des réfugiés et alerté les opinions. Johanna de Tessières a suivi le grand pèlerinage annuel des Yézidis au temple de Lalesh dans le Kurdistan irakien. Son reportage photographique continue en s’invitant dans la diaspora yézidie, en Allemagne (40 000 Yézidis, installés parfois depuis les années 60) et, en Belgique, à Liège où vit - bien peu le savent - une communauté yézidie de près de 5000 personnes, souvent arrivés de Turquie, déjà fin des années 80, fuyant les exactions alors de l'armée turque, quand la Belgique était plus ouverte aux réfugiés".



"Minorité parmi les minorités, le peuple yézidi installé dans le nord de l'Irak a connu au cours de son histoire de nombreuses vagues de persécutions. Tantôt tolérés tantôt faisant l'objet de répressions, les Yézidis ont été, à partir d'août 2014, directement visés par l’idéologie de Daech et ses atrocités. La population a été décimée, des milliers de femmes enlevées et réduites à l'état d'esclaves sexuelles, les hommes exécutés et de nombreux enfants convertis en enfants soldats appelés « lionceaux du califat ». Ceux qui ont pu fuir (420.000 personnes) ont trouvé refuge dans des camps ou se sont exilés. En Belgique, la communauté yézidie représente aujourd’hui entre 35.000 et 45.000 personnes, principalement installées à Liège."

« ARTE Regards - Des mots contre Daech  

Arte diffusa le 19 juin 2018 « ARTE Regards - Des mots contre Daech » (Re: Mit Worten gegen den IS - Eine Jesidin erhebt die Stimme) .

« Farida Khalaf est Irakienne et fait partie de la communauté kurdophone des Yézidis, persécutés de longue date par les djihadistes. Avec sa mère et ses deux frères, elle a échappé aux griffes de Daech et vit désormais en Allemagne. Elle témoigne des sévices dont elle a été victime ».


« Esclaves de Daech - Le destin des femmes yézidies »

« Esclaves de Daech - Le destin des femmes yézidies » (Sklavinnen des IS - Suche nach Gerechtigkeit) est un documentaire réalisé par Philippe Sands et David Evans : « Deux femmes yézidies réduites en esclavage sexuel par Daech en Irak livrent leur terrible témoignage, dans l’espoir que justice soit rendue. Bouleversant et courageux. » 

À l’été 2014, les yézidis se retrouvent au centre de l’attention internationale, quand l’État islamique » (ISIS ou ISIL) « prend Sinjar, principale ville de cette minorité monothéiste kurdophone, située dans le nord-ouest de l’Irak, près de la frontière syrienne ».

« Là et dans les villages alentour, Daech a perpétré des crimes épouvantables, jetant sur les routes des dizaines de milliers de personnes, assassinant les hommes et réduisant les femmes à l’esclavage sexuel ».


« Avec le concours de Jan Ilhan Kizilhan, psychologue allemand et yézidi, un millier de femmes victimes de violences sexuelles en Irak et en Syrie sont accueillies dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg. Parmi elles, Dalal et Lewiza réapprennent à vivre, portées par l'espoir que, notamment grâce à leur témoignage, justice soit rendue. Dalal et Lewiza ont accepté de raconter à visage découvert leur sort tragique face à la caméra de l’écrivain, avocat et réalisateur franco-britannique Philippe Sands, spécialisé dans la défense des droits de l’homme. Enlevées avec d’autres femmes et jeunes filles de leur famille, vendues puis revendues comme esclaves sexuelles, elles sont parvenues à fuir leurs ravisseurs après plusieurs mois de captivité. Dans une communauté où le viol déshonore celles qui en sont victimes et entraîne leur exclusion, ces deux témoignages se révèlent d’autant plus courageux et précieux que des dizaines de femmes yézidies abusées ont préféré se donner la mort plutôt que d’être reniées. Bouleversant et courageux ».

« Dans ce documentaire d’une rare intensité, coréalisé avec David Evans, Philippe Sands porte jusqu’à la Cour pénale internationale (CPI) le récit des atrocités subies par les deux jeunes femmes, avec pour but la tenue d’un procès international. »

Lewiza souligne l'attachement des Yézidis à leur village, se souvient de la peur généralisée à l'égard de l'Etat islamique.


Les femmes ayant pu fuir l'Etat islamique ont rejoint des camps de réfugiés.


« À terme, le calvaire des femmes yézidies pourrait être qualifié de génocide, le viol systématique étant reconnu comme tel et l’esclavage sexuel, comme un crime contre l’humanité ».


« Dans l’attente d’une telle issue, le film nous immerge dans le quotidien de Dalal et Lewiza, femmes à l’incroyable force de caractère, chacune tentant de surmonter son traumatisme et de s’intégrer dans un pays inconnu, si loin des quelques membres rescapés de leurs familles. Une lueur d’espoir apparaît quand, pour la première fois dans l’histoire de la communauté yézidie, le grand prêtre, qui représente l’instance suprême, s’emploie à réformer la tradition afin que les femmes violées ne soient plus rejetées par leurs familles, offrant ainsi un possible avenir à ces vies brisées. »

"Le combat de Nadia Murad"

Arte diffusa le 9 décembre 2018 à 23 h 55 "Le combat de Nadia Murad" (Nadia Murad) par Alexandria Bombach. "Transformée en esclave sexuelle par les djihadistes de Daech, Nadia Murad, prix Nobel de la paix 2018 (avec Denis Mukwege), se bat pour son peuple, les yézidis d’Irak, minorité chrétienne persécutée par l’État islamique. "

""Je suis l’une des victimes de la guerre, du terrorisme et de l’esclavage sexuel." À seulement 21 ans, Nadia Murad a côtoyé l’horreur. Celle qui se destinait à ouvrir un salon de beauté à Kocho, petite localité du Sinjar dans le nord de l’Irak, a vu sa vie basculer un jour d’août 2014 lorsque des combattants de l’État islamique ont ravagé son village, assassiné les hommes et condamné femmes et jeunes filles à l’esclavage sexuel. Rescapée de l'enfer, Nadia Murad, qui a perdu 18 membres de sa famille (morts ou emprisonnés), milite pour faire reconnaître comme génocide les atrocités commises sur sa communauté. Un engagement qui lui a valu le prix Sakharov en 2016 et le Nobel de la paix cette année, partagé avec le docteur Denis Mukwege. Aujourd’hui, outre les milliers de réfugiés yézidis, plus de 3 000 femmes et fillettes sont toujours captives dans les prisons de Daech."


"Des camps de réfugiés aux tribunes onusiennes, Alexandria Bombach a suivi pendant plusieurs mois la jeune Irakienne dans sa lutte pour la cause des yézidis. Entre réunions officielles, interviews et quotidien, elle la filme avec pudeur dans son combat, montrant aussi le fardeau de sa mission. Voix d’un peuple meurtri, abandonné par la communauté internationale, Nadia Murad, qui porte encore les stigmates de souffrances indicibles, tente inlassablement de panser les plaies des siens. En témoigne cette séquence poignante où, lors d’une commémoration yézidie à Berlin, après un discours, au bord des larmes, elle surmonte son émotion pour apaiser une femme en proie au désespoir. D’une rare intensité, ce documentaire rend hommage à son courage et à sa force de résilience."

"Irak: Yézidis les survivants" de Chloé Remond
Arte diffusa sur son site Internet, dans le cadre d'ARTE Reportage, "Irak: Yézidis les survivants" (Irak: Die Jesiden, die überlebt haben...) "Le 3 août 2014, les Yézidis, une minorité confessionnelle kurdophone, adepte d’un monothéisme qui leur vaut la réputation "d’adorateurs du diable", deviennent la cible de Daesh en Irak." 

"Pour les punir d’avoir toujours refusé de se convertir à l’islam, les djihadistes massacrent leurs hommes, réduisent leurs femmes à l’esclavage et embrigadent leurs enfants."

"Aujourd’hui, plus de 3.000 femmes et enfants sont encore portés disparus et 300 000 Yézidis vivent dans des camps au nord de l’Irak, sans ressources et sans perspective d’avenir. Cinq ans après le génocide, comment les survivants tentent-ils de reconquérir leur identité perdue aux yeux du monde ?"

Fawzia Amin Sido
Fawzia Amin Sido "est une femme yézidie d'Irak qui a subi dix années de captivité et d'esclavage sexuel aux mains de terroristes islamistes. En août 2014, à l'âge de 10 ans, elle a été enlevée par Daech (l'État islamique) lors du génocide yézidi à Sinjar. Elle a été acheminée en Syrie début 2015, puis dans la bande de Gaza. Durant cette période, elle a été violée, torturée et maltraitée par plusieurs hommes musulmans appartenant à des groupes terroristes islamistes (dont Daech et le Hamas). Elle a été contrainte de donner naissance à deux enfants."

"Les Yézidis sont une communauté non musulmane persécutée, originaire d'Irak, de Syrie et de Turquie. Plus de 6 000 Yézidis ont été enlevés par l'État islamique dans la région de Sinjar, en Irak; nombre d'entre eux ont été réduits en esclavage sexuel ou enrôlés comme enfants soldats. Ils ont été emmenés de force à travers les frontières, notamment en Turquie et en Syrie."  

"Fawzia Amin Sido et deux de ses frères, âgés de 7 et 10 ans à l'époque, figuraient parmi les milliers de Yézidis réduits en esclavage par l'EI en raison de leur identité yézidie.  Alors âgée de seulement 10 ans, elle a été  emmenée sur un marché d'esclaves sexuelles. Elle  a déclaré avoir ensuite été vendue à cinq reprises, contrainte de se convertir à l'islam et d'« épouser » un djihadiste palestinien-arabe. Elle a raconté son histoire  lors d'une interview : « Les deux premiers jours passés avec lui, il ne m'a pas approchée. Le troisième jour, il est venu me voir et m'a dit qu'il avait reçu l'autorisation de m'approcher contre mon gré. On lui avait dit de me violer même si je résistais. J'étais jeune et je ne pouvais pas supporter ça, c'est pourquoi il a décidé de me droguer. J'ai pris la drogue qui m'a engourdie, puis il m'a violée. » Le ravisseur est devenu de plus en plus violent, surtout après avoir pris une seconde épouse."

Au cours des années suivantes, Fawzia Amin Sido a été victime de trafic humain vers différents endroits dans plusieurs pays. « Nous nous sommes retrouvés au camp d'Al-Hol (en Syrie) avant d'être emmenés clandestinement à Idlib en 2019, et de là, nous sommes allés en Turquie. En 2020, ils m'ont obtenu un passeport en Turquie pour que je puisse prendre un vol d'Istanbul à Hurghada, en Égypte, puis à Gaza. »

Elle "a déclaré à CNN qu'elle était restée un an à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, décrivant sa vie comme « insupportable » :  « Le Hamas m’a constamment harcelé en raison de mes origines yézidies et a contacté ma famille, allant même jusqu’à formater mon téléphone [effacer son contenu] au cours de leurs enquêtes. » Dans  une autre interview , Fawzia Amin Sido a affirmé que le Hamas la traitait comme une esclave. Après le massacre du 7 octobre 2023, le Hamas l'a envoyée travailler dans un hôpital. Elle  a déclaré : « Tous les hôpitaux de la bande de Gaza servaient de bases au Hamas. Ils étaient tous armés. »

"Pendant des années, Fawzia Amin Sido a vécu en captivité dans la bande de Gaza. Vendue et forcée d'épouser un djihadiste, elle a tenté de se suicider à plusieurs reprises." 

"Durant la guerre israélo-palestinienne, Fawzia Amin Sido "se serait échappée après la mort de son ravisseur, tué lors d'une frappe vraisemblablement menée par les Forces de défense israéliennes (FDI). Elle aurait ainsi pu se réfugier dans une cachette à l'intérieur de la bande de Gaza. Lors d'une  opération complexe coordonnée entre  Israël, les États-Unis et d'autres acteurs internationaux, elle a été secourue lors d'une mission secrète en octobre 2024. Après son entrée en Israël, elle a rejoint la Jordanie par le pont Allenby, puis sa famille en Irak. En 2025, elle  s'est installée en Allemagne".

Le 26 juin 2026, Fawzia Amin Sido "a pris la parole lors de l'événement parallèle officiel de UN Watch à la 62e session du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, intitulé « Les droits des femmes en situation d'extrémisme et de conflit ». Elle a partagé son histoire d'esclavage et a demandé au gouvernement allemand d'accorder à sa mère malade et à son frère l'entrée humanitaire afin qu'elle puisse enfin retrouver sa famille".

Fawzia Amin Sido "est intervenue en tant que conférencière  lors de cet événement aux côtés de femmes afghanes, iraniennes, israéliennes et somaliennes qui ont témoigné au sujet des crimes islamiques fondés sur le genre, tels que les viols, l'esclavage sexuel, l'apartheid sexuel et les mutilations génitales féminines. "

Lors de son discours, Fawzia Amin Sido "s'est présentée comme « un être humain qui a enduré ce que personne sur cette terre ne devrait jamais avoir à endurer ». Elle  a déclaré : 
« Je m’appelle Fawzia, l’une des filles de Sinjar, cette femme blessée. Je suis ici pour porter haut et fort la voix de milliers de femmes et d’enfants yézidis dont la vie a été volée, et pour porter en moi une plaie béante née de dix années de captivité, d’esclavage et d’humiliation.
 À l'aube du 3 août 2014, le soleil ne se levait pas sur Sinjar ; nous respirions la mort. Daech et les tribus qui le soutenaient nous ont attaqués à al-Ba'aj, al-Khatuniyah et à Sinjar, ville qui résistait farouchement. Dans ces instants terribles, les forces de sécurité se sont retirées, nous laissant sans défense. Nos familles ont tenu bon, armées seulement d'armes légères et de leur courage, face à un arsenal d'armes lourdes et sophistiquées. 
En quelques jours seulement, nos familles ont été dévastées : plus de 1 292 personnes ont été tuées et 6 417 femmes et enfants ont été enlevés. Le massacre d’Alu Antar a fait des centaines de victimes, sans compter celles qui sont mortes de soif et de faim, piégées sur le mont Sinjar. 
Cette nuit tragique, nous avons dormi sur le toit de notre maison pour échapper à la chaleur estivale. Ma famille a dévalé les escaliers, paniquée, et moi, petite fille ignorant tout de la guerre, je suis restée seule sur le toit pendant deux heures, sous une pluie de balles. Lorsque nous avons finalement fui, je tenais la main de mon petit frère, qui n'avait que cinq ans à l'époque. Dans mon innocence enfantine, je croyais que la force de ma main le protégeait. Mais les monstres de Daech sont arrivés et m'ont arrachée de force à lui. Ce dernier contact, l'instant où la main de mon frère a été arrachée de la mienne contre mon gré, est le couteau qui me transperce le cœur à chaque seconde.
Je n’avais que dix ans — une enfant à qui l’on a volé son enfance — vendue d’un homme à l’autre comme un objet, sans sentiments, sans rêves, sans dignité. Ils m’ont enchaînée. Ils m’ont battue. Ils ont violé mon innocence et soumis mon corps fragile à des chocs électriques. 
En 2020, j'ai été emmenée captive dans la bande de Gaza, où j'ai été vendue à un djihadiste et, sous la menace de violences, forcée de l'épouser et d'avoir deux enfants. J'y ai vécu des années en esclavage. J'étais contrainte de tout faire, même de dormir. J'étais si épuisée et terrifiée que j'étais obligée de dormir debout.
J’ai été enfermée dans une pièce sombre sans fenêtres pendant trois mois et j’ai tenté de me suicider à plusieurs reprises pour échapper à cet enfer. Mais une chose m’a maintenue en vie : ma langue maternelle, mon identité et le souvenir de ma mère, que je refusais de laisser s’effacer de ma mémoire. 
Finalement, grâce à une femme courageuse qui m'a donné un téléphone en secret, j'ai enregistré une vidéo dans ma langue maternelle, vêtue de mon niqab, et je l'ai publiée sur TikTok, lançant ainsi mon dernier cri de détresse au monde entier. Mon histoire a été crue et une mobilisation internationale conjointe, impliquant les États-Unis, l'Irak, la Jordanie et d'autres pays, a été mise en place. Ils ont coordonné leurs efforts jusqu'à mon sauvetage et ma mise en sécurité.
Aujourd'hui, je suis en Allemagne sous protection humanitaire. Après dix ans d'enfer, la liberté me paraît irréelle. Mais hélas, mon bonheur est incomplet. Aujourd'hui, je ne suis qu'un corps sans âme. 
Pendant dix ans de captivité, le seul rêve qui me donnait de la force était de rentrer et de me jeter dans les bras de mon père. Mais il est mort il y a quelques mois, avant que je puisse le revoir, avant qu'il puisse m'enlacer de sa chaleur, à cause des obstacles liés au voyage et des complications juridiques. 
Et maintenant, ma mère est malade, seule, et elle se bat pour sa vie en Irak aux côtés de mon frère, tandis que je reste ici, impuissant, incapable de la rejoindre. 
Je vous le demande, au nom des valeurs humaines sous la bannière desquelles vous vous rassemblez : après tout ce que j'ai enduré — viol, torture, esclavage et dix années d'enfer — ne mérite-je pas de passer le reste de ma vie auprès de ma mère malade ? Toutes ces souffrances ne jouent-elles pas en ma faveur ? Ne me donnent-elles pas le droit, enfin, de revoir ma mère ? 
C’est pourquoi je ne suis pas venu ici pour implorer votre pitié. Je suis venu faire appel à votre conscience et contester des lois rigides et dénuées de compassion. 
J’appelle la communauté internationale, le gouvernement allemand et les organisations de défense des droits de l’homme à faciliter immédiatement un regroupement familial humanitaire exceptionnel avec ma mère et mon frère en Allemagne. 
Pour moi, le regroupement familial n'est pas qu'un simple bout de papier ou une procédure bureaucratique. C'est le seul remède et l'étape finale pour guérir mon âme brisée. C'est synonyme de sécurité et de dignité après des années de perte, de souffrance et de déracinement.
Avant de conclure, je tiens également à exprimer ma sincère gratitude à Steve Maman et Dawood Jajju, dont les efforts inlassables ont contribué à mon sauvetage et à mon retour à la liberté. 
Je vous en supplie : ne cessez pas de rechercher les Yézidis disparus. Derrière chaque personne disparue se cache une famille entière qui souffre chaque jour de l'angoisse de l'attente. Sauvez ce qui reste de ma famille et aidez-moi simplement à être un être humain, une fille qui puisse vivre en paix et en sécurité. »

Le "témoignage de Fawzia Amin Sido illustre les liens entre le Hamas, l'État islamique et d'autres groupes djihadistes dans la région. Elle déplore les crimes commis par ces organisations terroristes islamistes contre des civils, notamment des femmes et des enfants, en Irak, en Syrie et à Gaza, entre autres."

Pari Ibrahim, directeur exécutif de la Free Yezidi Foundation (FYF), a déclaré à IDI (Ideological Defense Institute) Center,
« Près de douze ans après le génocide yézidi perpétré par Daech, plus de 2 500 personnes sont toujours portées disparues au sein de notre communauté. C’est ce qui cause le plus de douleur et de souffrance. Les Yézidis ne bénéficient pas d’un vaste réseau de soutien international. Nous sommes une petite communauté. Bien que nous soyons profondément reconnaissants envers ceux qui nous ont soutenus pendant cette période difficile, nous avons le sentiment que le monde a tourné la page. Mais pour les centaines de femmes et de filles toujours portées disparues, retenues captives quelque part, la vie n’a pas repris son cours. Derrière chaque numéro se cache un nom, un visage, une identité, une histoire. Nous souhaitons toujours la mise en place d’un mécanisme international officiel pour identifier et secourir nos disparus. »

"Avec au moins 2 500 enfants et femmes yézidis toujours portés disparus, des djihadistes  terrorisant les nations africaines, la prise de contrôle de la Syrie par Al-Qaïda et l'EI en 2024, et le Hamas toujours présent à Gaza, l'idéologie inhumaine de ces groupes terroristes reste bien vivante, et la lutte contre eux demeure plus importante que jamais". 

Allemagne
Le 13 juillet 2026, un tribunal allemand "a condamné un homme et une femme irakiens, Twana HS et Asia RA, à de lourdes peines de prison pour avoir réduit en esclavage et maltraité deux jeunes filles yézidies pour le compte du groupe dit « État islamique » en Irak. Membre d'ISIS en Irak  et   en Syrie  entre octobre 2015 et décembre 2017, le couple irakien a été reconnu coupable de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité. Ils ont également été reconnus coupables d'abus sexuels sur mineurs et de complicité dans ces infractions. L’homme a été condamné à la prison à vie, tandis que son ancienne partenaire a écopé d’une peine de neuf ans et demi dans un centre pour mineurs." Le couple avait été arrêté dans l'État méridional de Bavière en avril 2024.
 …
"Le tribunal a prouvé que les accusés avaient réduit en esclavage deux filles yézidies alors qu'ils étaient membres du soi-disant « État islamique » qui a été documenté par plusieurs pays, dont l'Allemagne, comme ayant commis un génocide contre la population yézidie en Syrie et en Irak."

"L'accusée, aujourd'hui âgée de 30 ans, a présenté ses excuses durant le procès. Son ex-mari a refusé de témoigner devant le tribunal."

"Ce couple, qui vivait dans la partie de l'Irak contrôlée par l'État islamique, avait acheté comme esclaves deux enfants Yézidies : une fillette âgée alors de 5 ans et une fille alors de 12 ans. Il les avait réduites en esclavage respectivement dès fin 2015 et dès octobre 2017. "Avant de quitter la Syrie en novembre 2017, il avait remis les enfants à d'autres membres de l'EI. « Tout cela servait l’objectif de l’organisation, qui était d’anéantir la religion yézidie », avait déclaré le procureur."

"Il les avait amenées avec lui en Allemagne afin de bénéficier, en tant que faux demandeurs d'asile, de toutes les aides que l'État allemand, généreux. Il a  exploité les filles, les soumettant au travail forcé et à la torture. L'homme a été reconnu coupable d'abus sexuels sur les enfants, tandis que la femme aurait été complice."

"Le juge Philipp Stoll, qui présidait l'audience, a lu le témoignage d'une des plaignantes dans lequel elle déclarait que « même les chiens étaient tenus en plus haute estime que nous ». Le juge a également noté que le jugement de lundi constituait la première condamnation en Allemagne pour conversion religieuse forcée – en l’occurrence, le passage forcé des jeunes filles du yézidisme à l’islam…"

"En 2014, à l'apogée de sa puissance, l'État islamique a tué entre 3 000 et 5 000 Yézidis et enlevé plus de 6 800 femmes et enfants lors de son offensive génocidaire. Des femmes et des filles ont été réduites en esclavage sexuel, tandis que de jeunes garçons étaient enrôlés dans des camps d'entraînement et de désendoctrinement militaire de l'État islamique."

Procès de Zeinab Ahmad
Depuis juin 2026, Zeinab Ahmad, femme musulmane, comparait devant un tribunal australien à Melbourne. Elle est accusée d'avoir réduit en esclavage une fillette yézidie et n'a pas renoncé à l'idéologie de l'État islamique.

Zeinab Ahmad "n'a pas renié l'islam car elle le considère comme l'incarnation du véritable islam. C'est pourquoi son avocate, Grace Morgan, lui a proposé de suivre un programme de déradicalisation. Or, de tels programmes ont échoué partout où ils ont été mis en œuvre. Le principe même des programmes de « déradicalisation » repose sur l'idée que l'islam est une religion de paix que les djihadistes interprètent mal, dénaturent et détournent. Puisque ce postulat est erroné, et que la guerre contre les non-croyants est bel et bien enseignée dans le Coran et la Sunna, la « déradicalisation » se concentre sur d'autres problématiques, telles que la colère ou le sentiment d'« aliénation » que peut éprouver le djihadiste."

"Mais comme rien de tout cela ne modifie ce que le Coran et la Sunna disent de la guerre contre les non-croyants, cela ne « déradicalise » en rien le djihadiste. Un psychologue britannique à l'origine d'un programme de « déradicalisation » a également  admis  qu'il n'y a aucune garantie que les djihadistes puissent un jour être « guéris ». Et Jonathan Hall KC, qui était à l'époque l'expert indépendant britannique chargé de l'examen de la législation antiterroriste,  a déclaré qu'il n'existait « ni solution miracle ni pilule magique » pour aider à changer les terroristes djihadistes condamnés".

"Les procureurs fédéraux se sont opposés avec véhémence à la demande de libération sous caution de l'accusée".

"La procédure concernant Zeinab Ahmad, âgée de 31 ans, offre un aperçu rare et détaillé des défis juridiques et sécuritaires auxquels sont confrontés les gouvernements occidentaux lorsqu'ils poursuivent des citoyens qui se sont rendus au cœur du califat autoproclamé de l'État islamique. Ahmad, rentrée en Australie en mai 2026 après avoir été détenue dans un camp syrien, est accusée de crimes contre l'humanité, et plus précisément d'esclavage et d'utilisation d'un esclave. Ces accusations font suite à des allégations selon lesquelles sa famille aurait retenu captive une adolescente kurde yézidie à Raqqa, en Syrie, au plus fort du règne brutal de l'État islamique."

"Lors d'une audience de mise en liberté sous caution tendue devant le tribunal de première instance de Melbourne, les procureurs ont dressé le portrait d'un accusé profondément enraciné dans l'idéologie de l'État islamique. Le détective principal Marc Clendenning, enquêteur principal dans cette affaire, a témoigné qu'Ahmad représente toujours un risque inacceptable pour la communauté, soulignant qu'elle n'a pas renoncé à son soutien au réseau terroriste, selon un reportage de James Oaten d'ABC News. « Aucune condition de cette nature ne permettrait d’atténuer le risque, car l’idéologie de l’accusé comporte de nombreuses inconnues », a déclaré Clendenning au tribunal, faisant référence aux restrictions de libération sous caution proposées… "

"Selon le récit de l'accusation, détaillé au tribunal et rapporté par Rod McGuirk de l'Associated Press, la famille Ahmad a acheté une adolescente yézidie pour 14 000 dollars en 2017. La jeune fille aurait été forcée à l'esclavage sexuel et au travail domestique au domicile familial à Raqqa.Le tribunal a appris que le père de Zeinab Ahmad, Mohammad Ahmad, actuellement incarcéré en Irak, était le principal acheteur et agresseur, ayant prétendument soumis l'adolescente à de multiples agressions physiques et sexuelles."

"Les enquêteurs affirment que Zeinab Ahmad, qui avait une vingtaine d'années à l'époque, a maltraité la captive et a été complice des conditions de son asservissement avant que la jeune fille ne soit vendue à un autre acheteur plus d'un an plus tard…" 

"De plus, Morgan a proposé qu'Ahmad participe à un programme de lutte contre l'extrémisme violent (CVE) administré par la police de Victoria et le Conseil des imams de Victoria. Pour appuyer la demande, l'oncle d'Ahmad, Abraham Abbas, a témoigné qu'il l'hébergerait et fournirait une caution de 75 000 dollars. Prenant ses distances avec les accusations portées contre sa famille, Abbas a condamné avec véhémence l'État islamique devant le tribunal.« Ils sont malfaisants et ils ne représentent absolument rien de ce que nous avons à voir avec l'islam », a témoigné Abbas, s'excusant d'avoir utilisé un langage grossier pour décrire le groupe… De plus, Clendenning a fait valoir que le programme de déradicalisation du CVE est conçu pour les individus sur la « voie de la radicalisation », et non pour quelqu'un ayant été exposé pendant une décennie, comme Ahmad, au cœur de l'État islamique"…



Irak: Yézidis les survivants" de Chloé Remond
Auteur : Chloé Remond
France, 2019, 25 min
Disponible du 14/06/2019 au 04/06/2022


"Le combat de Nadia Murad" par Alexandria Bombach
Etats-Unis, 2018
Sur Arte le 9 décembre 2018 à 23 h 55

Allemagne, 2017
Sur Arte les 19 juin 2018 à 13 h, 4 juillet 2018 à 10 h 50

Allemagne, 2018
Sur Arte les 19 juin 2018 à 22 h 20, 5 mars 2019 à 22 h 40, 1er septembre 2020 à 23 h 15
Visuels : © SWR/Oxford Films

A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sur les émissions sont d'Arte. Cet article a été publié le 18 juin 2018, puis le 9 décembre 2018, 1er septembre 2020.

lundi 3 août 2026

Le houmous

Le houmous est un mets savoureux et fédérateur à base essentiellement de pois chiches et de tahini, crème ou purée de sésame. Ses bienfaits pour
 la santé : des protéines végétales prisées de végétaliens ou consommateurs végans, des fibres facilitant le transit intestinal, du sucre lent et de bonnes graisses. Depuis quelques décennies, cette préparation culinaire proche-orientale a séduit des gastronomes américains et européens. Le houmous a suscité une « guerre du houmous » médiatisée concernant la titularité des droits d’auteur sur ce mélange : Juifs ? Arabes (Egyptiens, "Palestiniens") ? Turcs ?  Arméniens ? Un récent article de Haaretz a relancé la polémique.

« Juifs et Arabes de France : dépasser la question israélo-palestinienne »
« Gaza, la vie » par Garry Keane 
« Femmes photographes de guerre » par Sigrid Faltin

Le houmous est un mets associant pois chiches mixés, ail, jus de citron, huile d’olive, cumin ou paprika, sel et tahini, crème ou purée de sésame. 

Des cuisiniers le déclinent avec des courgettes, aubergine, poivrons, tomates séchées et betteraves, du paprika, de la coriandre, etc.

Histoire
« C'est il y a 9000 ans que débute la culture du pois chiche. On trouve les premières mentions du houmous au VIII siècle avant notre ère en Mésopotamie. La forme moderne du houmous serait apparue dans l’Empire ottoman durant le XVe siècle. Tous les ingrédients nécessaires à sa confection sont présents à ce moment-là dans la région… Difficile donc de savoir quel peuple a eu le premier l'idée de prendre un mortier et de réduire en purée les pois chiches », a déclaré Nathalie Sosna-Ofir, correspondante de Radio J en Israël, dans sa chronique du « Journal de la culture israélienne » le 31 octobre 2022.

Et cette journaliste de rappeler : « Le plus ancien robot culinaire au monde - l'ancêtre du Magimix - a été mis à jour dans la grotte de Tabun sur le mont Carmel, près de Haïfa, et il date d'avant même l'apparition de l'Homo sapiens. De la forme d'un galet de dolomite arrondi, il porte des signes microscopiques d'abrasion, et d'après les archéologues était utilisé pour la transformation des aliments. Et notamment des pois chiches. Une découverte qui pour les puristes du houmous en Israël prouve qu'il est 100% israélien face aux libanais qui le revendiquent fermement. Au point d'attaquer Israël en justice pour violation du droit d'auteur On est en 2008, le Liban accuse Israël de revendiquer ce qui lui appartient. Les Libanais demandent à l'Union européenne de reconnaître le houmous comme un aliment libanais. Actuellement, la bataille est toujours en cours et il n'est pas certain qu'elle se termine bientôt. Le houmous pourrait être aussi un plat typiquement juif D'aucuns prêtent au houmous une origine biblique, et plus particulièrement juive, on trouve le mot hometz dans la Torah, cependant ce mot signifie également vinaigre en hébreu moderne. En fait, on pourrait résumer ainsi : le houmous est un plat du Moyen-Orient revendiqué par tous, mais qui en fait n'appartient à personne ».

Les bienfaits pour la santé du houmous ? « Il contient des protéines végétales, de la méthionine, un des huit acides aminés essentiels. C’est un aliment riche en fibres, et sa matière grasse est principalement monoinsaturée. C’est donc tout naturellement que le houmous a envahi depuis une dizaine d’années la scène culinaire healthy et veggie. Dans les grandes capitales il a même des “bars” à houmous et il pourrait être la solution à l'alimentation des astronautes dans l'espace car il est très nutritif. D'ailleurs en mars dernier l'une des expériences de l'astronaute israélien Eytan Stibbe dans la station spatiale internationale a consisté à faire pousser des pois chiches en état de gravité et ça a marché ! L'objectif : relever l’un des plus grands défis lors des séjours prolongés dans l'espace, l'approvisionnement alimentaire. Alors, c'est un fait le houmous est un aliment sain, mais il faut bien sûr éviter de l'accompagner de 10 pitot. Cependant, il fait bon l'accompagner de cette fameuse salade de crudités coupés en petits cubes Là aussi, c'est la guerre. Le monde arabe et Israël revendiquent la paternité de cette salade, composée notamment de tomates, concombres, qui doivent être coupés comme vous l'avez dit, en tout petit dès, moins d'un centimètre, arrosés d'un filet de citron et d'huile d'olive », a poursuivi Nathalie Sosna-Ofir. 

« Chaque année, les Israéliens consomment 40 000 tonnes de houmous. 93% des Israéliens en mangent au moins une fois par semaine, 50% au moins deux fois par semaine et 30% chaque jour. Et en Israël, chacun vous assure savoir où se trouve le meilleur houmous du pays ! Et si vous êtes en Israël et que quelqu'un vous demande « Ata Ba Le’nagev’ », littéralement "Tu viens essuyer ?", il ne vous invite pas à essuyer la vaisselle, mais du houmous, référence au geste circulaire de la main que l'on fait avec la pita dans l'assiette de purée de pois chiche. Le houmous est si ancré au patrimoine culturel d'Israël, qu'il a même son propre hymne », a conclu Nathalie Sosna-Ofir.

En 2012, l'Israélien Ben Lang, alors lycéen, a créé la Journée internationale du houmous - son inspiration vraisemblable la Journée mondiale du Nutella célébrée le 5 février. Il en a fixé la date - 13 mai - et acheté les droits du domaine HummusDay.com Mais il ne s'attendait pas à un tel engouement sur les réseaux sociaux où des .millions d'Internautes partagent leurs recettes ou photos de leur houmous, rivalisant avec le mets servi dans une hummusia (restaurant spécialisé dans le houmous), des ateliers culinaires sont organisés, des festivals attractifs, etc. Des évènements tenus d' Australie à la Hongrie, via le Mexique, et bénéficiant d'une large couverture médiatique.

Le 18 juillet 2026, le quotidien israélien de gauche Haaretz a publié l'article "Before 1948, Hummus Was an Arab Food. Most European Jews Never Ate It 
», sous-titré "The powerful forces that transformed hummus into Israel's national food – and a national obsession" (« Avant 1948, le houmous était un plat arabe. La plupart des Juifs européens n'en mangeaient jamais - Les forces puissantes qui ont transformé le houmous en plat national israélien – et en obsession nationale ») de Ronit Vered qui a écrit : "L'année 1958 a marqué un tournant dans l'histoire du houmous en Israël. Dans la seconde moitié des années 1950, face à la popularité croissante d'aliments comme le houmous, le tahini et le falafel, Telma, une entreprise alimentaire locale, a décidé de les ajouter à sa gamme de produits." Selon cet article, "le houmous était un plat arabe ou palestinien approprié par les Israéliens d'origine européenne". Le post d'Haaretz sur X, ex-Twitter, annonçant cet article a eu plus d'un million de vues, plus de mille reposts et environ 500 commentaires.

Le dernier épisode de la polémique autour du houmous.

Le 23 juillet 2026, Haaretz a publié l'article "When Discussing Hummus and History, Don't Erase My Mizrahi Family - Too often, participants in the online 'Hummus Wars' ignore Jews from Middle Eastern countries who have been eating the popular dish for generations, just like our Palestinian neighbors." (Quand on parle de houmous et d'histoire, n'effacez pas ma famille mizrahi (orientale, Ndlt). Trop souvent, les participants aux « guerres du houmous » en ligne ignorent les Juifs des pays du Moyen-Orient qui consomment ce plat populaire depuis des générations, tout comme nos voisins palestiniens) de Linda Dayan, d'origine syrienne. L'auteure alertait sur l'effacement de l'histoire et de la culture juives orientales.
 
Elle poursuivait :
"Le houmous figurait au menu du dîner de Shabbat de ma famille, avec le kibbeh, le lah'majine, les navets marinés rose vif,  le sambousak et les cigares de viande roulés finement. Rien de tout cela n'avait de lien avec la dépossession des Palestiniens...
Ma famille, qui a fui une Syrie ravagée par la violence et les troubles antisémites pour s'installer aux États-Unis, est trop souvent ignorée par ceux qui s'arrogent le droit de généraliser sur la nourriture, l'histoire et la culture. Il est plus facile de nier l'existence des Juifs du Moyen-Orient et de se concentrer sur le fait que les Juifs de Pologne et d'Allemagne ne consommaient effectivement pas de houmous jusqu'à une époque récente.
Les Juifs d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, après avoir fui leurs pays ou avoir été victimes de nettoyage ethnique, ont emporté leurs recettes avec eux : certains en Amérique, d'autres en Europe, et la majorité en Israël. Ceux qui sont arrivés en Israël se sont intégrés au tissu social du nouveau pays et ont partagé leurs tables avec leurs voisins ashkénazes.
Cela a permis à des plats comme le houmous, le falafel et la shakshuka de s'intégrer à la cuisine israélienne. Pour certains Juifs israéliens, ces aliments étaient nouveaux ; d'autres les consomment depuis des générations, tout comme leurs voisins palestiniens. Si les pays arabes d'où provenaient les Mizrahim ne souhaitaient pas que  les Israéliens consomment ces aliments  , ils auraient pu tout simplement ne pas expulser leurs populations juives.
Mais, encore une fois, il ne s'agit pas de houmous, et cela n'a jamais été le cas. Si, pour certains éléments du mouvement anti-israélien, le fait que les Israéliens mangent du houmous symbolise le vol de l'identité palestinienne, la volonté de nous en priver représente l'effacement de l'histoire et de la culture juives mizrahi.
Dans la plupart des pays du Moyen-Orient où la vie juive était autrefois florissante, la population juive se compte aujourd'hui sur les doigts d'une main, quand elle n'a pas disparu. Dans la plupart des cas, nous avons perdu la langue ; rares sont les Mizrahim qui parlent encore l'arabe de leurs grands-parents. Nous avons conservé les traditions et les pratiques religieuses, mais pour les laïcs d'entre nous, le lien le plus fort avec nos ancêtres se tisse autour de la table familiale.
Nous ne pouvons peut-être pas nous rendre en toute sécurité chez notre arrière-grand-mère à  Alep  ou à Bagdad, mais nous pouvons lui préparer du kibbeh hamdah et du t'beet . Alors que les jeunes générations se mélangent et se marient, s'affranchissant de la division historique entre Ashkénazes et Mizrahim et créant de nouvelles identités israéliennes, le partage de ces plats est l'un des derniers moyens de préserver ces cultures.
Mais, apparemment, si nous, Israéliens, agissons ainsi, nous participons à un grave acte de destruction et de pillage. L'article de Ronit Vered cite l'auteure Dafna Hirsch, qui a écrit un livre sur ce type d'appropriation culturelle, à propos de notre rôle dans ce « blanchiment du houmous ». « Les Juifs mizrahim ont souvent servi d'intermédiaires entre la cuisine arabe et le public ashkénaze », explique-t-elle. « Leur identification à un "orientalisme authentique" a légitimé le processus d'"israélisation du houmous" en l'associant aux Juifs mizrahim plutôt qu'aux Arabes. » Bon, alors, que sommes-nous censés manger ce soir pour ne pas participer à cette exploitation ?
La seule conclusion logique de ces arguments est que les Juifs mizrahim renonceraient à leur culture et à leur cuisine au nom du symbolisme. En fin de compte, nous empêcher de manger et de partager nos plats n'aide en rien les Palestiniens. Paradoxalement, cela ne fait qu'attiser les tensions autour d'un point commun positif que nous partageons avec eux. Et vu la situation actuelle au Moyen-Orient, il est inutile de se préoccuper de cuisine alors que nous avons déjà tant à faire."

Depuis l'agression djihadiste du 7 octobre 2023 en Israël, le Hamas a diffusé des vidéos montrant, dans ses tunnels de la bande de Gaza, ses terroristes joyeux, en excellente santé voire en léger surpoids, s'empiffrant de houmous, de fruits frais, dont des dattes, et autres nourritures non comprises dans l'aide alimentaire mondiale. Et ce, alors que la propagande anti-israélienne alléguait à tort une famine dans le territoire gazaoui sous contrôle du Hamas...

Par contre, les otages juifs israéliens filmés dans ces tunnels étaient squelettiques.

« En Palestine, le houmous de Fadi »
Arte diffusa le 09 novembre 2022 à 8 h 10, dans le cadre d’« Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), « En Palestine, le houmous de Fadi » (Palästina: Fadis Hummus).

Un exemple d'appropriation culturelle, plus précisément gastronomique, par Arte afin de rendre crédible la "Palestine" et le "peuple palestinien".

« Linda Lorin nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel ». Pour Arte, le houmous serait « palestinien ».

« À Bethléem, Fadi prépare le plat qui divise et réunit le Moyen-Orient : le houmous ». Bethléem est la ville biblique où naquit Benjamin, deuxième fils de Jacob et de Rachel qui y décède. 

Fadi « réalise une base classique avec des pois chiches, de l’ail, de la tahina, du citron et du cumin puis, pour ajouter un côté "décadent", il le recouvre d’agneau, de pignons de pin, d’amandes, d’aubergines farcies et d’herbes. »

« Breaking Bread »
« Breaking Bread » (Couper le pain, en américain) est un documentaire réalisé par Beth Elise Hawk. 

Il a été présenté dans des festivals cinématographiques et sur des chaines de télévision.

Ce film évoque « le festival A-Sham, un festival culinaire novateur où des chefs juifs et arabes travaillent en tandem pour créer des plats appétissants afin de favoriser le changement social. Fondé par la Dr Nof Atamna-Ismaeel, microbiologiste, première Israélienne musulmane à avoir remporté en 2014 le concours de cuisine amateur télévisé MasterChef, ce festival se déroule à Haïfa, modèle de coexistence multiculturelle. Les chefs donnent une tournure personnelle à des recettes traditionnelles transmises de génération en génération - dont le kishek (une soupe au yaourt syrienne) et le qatayef (un dessert servi pendant le Ramadan) - transformant les saveurs tandis que les différences politiques et religieuses s'estompent. Régal pour les sens, cette délectable vitrine du patrimoine culinaire donne de l'espoir à l'idée que la collaboration dans la cuisine pourrait être un pont vers la compréhension mutuelle et, peut-être, un premier pas vers une paix durable ».

"La Dr Nof Atamna-Ismaeel siège au conseil d'administration du Centre Peres pour la paix et l'innovation, où elle crée des programmes à thème culinaire pour favoriser les relations entre les cultures. Elle utilise ses compétences en cuisine et ses relations avec les chefs pour collecter des fonds pour l'hôpital Hillel Yafe de Hadera, en Israël, qui accueille des patients des communautés juive et arabe."

"Avec un quart de million de followers sur les réseaux sociaux, elle est un visage de grandes marques alimentaires israéliennes, comme Sugat et Tara, a collaboré avec le détaillant britannique Marks & Spencer sur une ligne de produits alimentaires arabes, et est présentée dans la série vidéo "World of Culinary Arts : Israel" du Culinary Institute of America. Lorsqu'elle n'apparait pas à la télévision, elle fournit des services de traiteur pour des événements fabuleux,  cuisine pour des dignitaires, et  enseigne la cuisine et la pâtisserie arabes à la prestigieuse école culinaire israélienne Danon."

« Ce documentaire présente une vision d'Israël optimiste et, soyons honnête, parfois un peu naïve, dans laquelle des chefs de tous horizons vivent en paix grâce à leurs cuisines. On y entend aussi s'exprimer des politiciens de la ville de Haïfa, cette ville mixte, où la coexistence est plutôt une réussite, et que l'on surnomme d'ailleurs l'oasis du moyen orient. La réalisatrice affirme que la cuisine a le pouvoir de combler leurs différences et réunifier un Israël divisé. "Il n'y a pas de place pour la politique dans la cuisine", entend-on déclarer le chef Shlomi Meir, un descendant de troisième génération de cuisiniers israéliens, qui perpétue l'héritage de la cuisine ashkénaze de son grand-père et même message du côté d'Oussama Dalal, un célèbre chef qui se revendique d'origine palestinienne et qui connait un succès culinaire mondial », a observé Nathalie Sosna-Ofir.



France, 2022, 5 min
Sur Arte les 8 novembre 2022 à 05 h 00, 09 novembre 2022 à 8 h 10
Sur arte.tv du 01/11/2022 au 06/02/2023
Visuel :
À Bethléem, Fadi prépare le plat qui divise et réunit le Moyen-Orient : le houmous.
© Elephant Doc


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Les citations sur le film proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 9 novembre 2022.