Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

samedi 11 juillet 2026

James Gray

Né en 1969 à New York (Etats-Unis), James Gray est un réalisateur - 
Little Odessa (1994), The Yards (2000), La nuit nous appartient (We Own the Night, 2007), Two Lovers (2008), The Immigrant (2013), The Lost City of Z (2016), Ad Astra (2019), Armageddon Time (2022) -, scénariste et producteur juif américain. Arte diffusera le 12 juillet 2026 à 21 h « La nuit nous appartient » (We Own the Night) de James Gray avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Eva Mendes et Robert Duvall, puis le 16 septembre 2026 à 22 h 42 « James Gray, l'odyssée intérieure », documentaire de Claire Duguet.
  
Fred Astaire (1899-1987)

James Gray est né en 1969 à New York (Etats-Unis).

Son arrière-grand-père paternel avait été tué par les Cosaques lors d'un pogrom tsariste. Ses grands-parents paternels ont fui la guerre civile à Ostropol (Ukraine) pour immigrer aux Etats-Unis. Russophone, yiddishophones, ses grands-parents ne maîtrisent pas l'anglais. Leur nom patronymique - Greyzerstein - est américanisé en « Gray » quand ils s'installent à Brooklyn en 1923.

Américaine bourgeoise, sa mère décède quand il a 19 ans. 

Diplômé d'un doctorat en génie électrique, son père enseigne à New York, puis il deviendra entrepreneur, mais sans succès. 

James Gray Gray a étudié à la University of Southern California School of Cinematic Arts.

Il a réalisé Little Odessa (1994), The Yards (2000), La nuit nous appartient (We Own the Night, 2007), Two Lovers (2008), The Immigrant (2013), The Lost City of Z (2016), Ad Astra (2019), Armageddon Time (2022).

Cinémathèque française
En octobre 2019, la Cinémathèque française a présenté une rétrospective des films de James Gray. Jérôme Momcilovic a écrit :

« LA LUTTE QU'ETRE UNE PERSONNE IMPLIQUE
La formule est ample et précise, simple et complexe, en tous points fidèle à ses films dont elle entend ramasser l'immuable enjeu : « The struggle of what it means to be a person. » James Gray l'employait à deux reprises voilà deux ans, à la Cinémathèque, où il était venu présenter The Lost City of Z. Il faut l'entendre prononcer ces mots, dûment pesés, pour reconnaître leur double poids de mélancolie. Celle des personnages de ses films d'abord, tous alourdis du fardeau de cette lutte, tous maudits d'être nés sans avoir choisi leur place, et de grandir sans savoir jamais la trouver. Cette mélancolie, celle des désillusionnés, est l'objet de toute l'œuvre de James Gray à ce jour, dessinant un ensemble très cohérent de mélodrames existentialistes tortueux, dans les habits classiques du film noir (Little Odessa, The Yards, La Nuit nous appartient), de la romance (Two Lovers), du film d'époque (The Immigrant) ou d'aventures (The Lost City of Z). Mais il faut entendre aussi la mélancolie, maintes fois ressassée, du cinéaste lui-même, tant il sait inactuelle son ambition d'explorer ces gouffres avec les moyens qui furent ceux d'un grand cinéma populaire et adulte, subtil mais spectaculaire, auquel les studios hollywoodiens (ou ce qu'il en reste) ont renoncé en entraînant le public avec eux.

LA VOLUPTE DE LA MORT
Cette lutte, dit-il, le questionne depuis l'enfance. Dans l'appartement du Queens où il a grandi, enfant de l'immigration juive russe, il redoutait, les soirs, de voir s'éteindre sous la porte de la chambre des parents le mince filet de lumière qui les disait encore debout. Dans The Yards, un poste de télévision fera la réclame d'une comédie oubliée avec Doris Day, Where Were You When the Lights Went Out? Et dans Two Lovers, c'est une mère inquiète (elles le sont toutes, douloureusement) qui guettera le même filet de lumière sous la porte de son fils. Tous les films reviendront explorer cette pénombre, qui tombe comme une malédiction pour vous abandonner à la solitude. C'est d'abord le climat sépulcral de décors filmés comme autant de caveaux – tunnels (The Yards) et souterrains (The Immigrant), boîtes de nuit ou tripots comme des cryptes (La Nuit nous appartient), et bien sûr ces appartements familiaux, asphyxiants et viscontiens (pour guider la photographie sublime d'Harris Savides sur The Yards, il convoque un mot du Guépard : la « volupté de la mort »), où toute lumière est bue par la surcharge des bibelots et des papiers peints (autre souvenir d'enfance : l'appartement des grands-parents). Et l'on ne sort de ces décors que pour s'enfermer dans des extérieurs complices, guère plus respirables, jour laiteux et ciels bas d'hiver (Two Lovers, The Immigrant), ou jungle lointaine qui est le contraire d'une évasion car elle ne pousse en vérité qu'entre les boiseries d'un intérieur anglais (The Lost City of Z).

ON ERRE
C'est l'hiver que tout commence, dans la blancheur aveuglante et paradoxale d'un film qui reste le plus funèbre de tous. Sorti en 1994 et distingué par un Lion d'argent à Venise, Little Odessa fut à la fois porté et masqué par la vogue d'un cinéma « néo-noir », dont il se distingue par une gravité radicalement étrangère à l'ironie postmoderne qui accompagne alors le sacre du cinéma indépendant américain. Miramax, la société des frères Weinstein qui triomphe alors avec Pulp Fiction, produit le deuxième film de James Gray, The Yards, mais en massacre la sortie après avoir lui imposé de renoncer à une fin jugée trop sombre. C'est à la lumière de ce cruel malentendu (The Yards est sifflé à Cannes, et Gray devra attendre sept ans pour tourner de nouveau) qu'il faut envisager la suite de sa carrière, pour y admirer l'entêtement de ce cinéaste trop raffiné pour l'époque, et condamné par la désuétude de ses préoccupations – la lutte des classes, l'opéra, la grande forme narrative que lui ont inspirés Coppola et Visconti. L'entêtement se lit, avant tout, dans le sujet des films. D'un genre l'autre, il n'aura cessé de situer la lutte du côté des fils, sur le seuil où des familles claniques leur refusent la paix en les empêchant d'entrer (Little Odessa, The Yards, The Immigrant) ou de sortir (La Nuit nous appartient, Two Lovers) – et quand ils quittent la famille, c'est seulement pour aller chercher, à l'autre bout du monde, la possibilité de la rêver (The Lost City of Z). Irrémédiablement retenus par le passé, condamnés par lui à l'errance dans un monde qu'ils n'ont pas choisi (« On est des Juifs, on erre », dit Tim Roth dans Little Odessa), les personnages de Gray ne font qu'un avec son cinéma.

REMONTER LE TEMPS
Inactuelle et mélancolique, la filmographie de James Gray l'est aussi d'avoir gardé une idée du cinéma qui est celle de la mort au travail. Son attachement au 35 mm en est un signe. Un autre, moins explicite, tient dans son plaisir à filmer la photographie (les somptueux diaporamas disséminés dans La Nuit nous appartient, Two Lovers, The Lost City of Z) pour y voir vibrer le grain du temps. Complétant la minutie documentaire, très scorsesienne, avec laquelle ses films ont remonté l'histoire de sa famille comme celle de son pays, ce geste d'archiviste trouve une destination naturelle dans The Immigrant et The Lost City of Z, tous deux situés à l'aube du XXème siècle. Et il faut se garder de voir seulement, dans leurs dimensions réduites de fresques à l'élan brisé, l'absence de moyens à laquelle se heurte ce cinéma fait pour un autre temps. Car autant que la contingence, c'est le mouvement interne de l'œuvre qui leur dicte cette retenue, et retient leurs personnages sur de nouveaux seuils – pour l'immigrante : un cruel purgatoire au bord de l'Amérique ; pour l'explorateur : une jungle purement mentale, par définition introuvable. La grande histoire et le film d'aventure n'y sont que de nouveaux chemins pour explorer la même lutte, et régler toujours mieux la mécanique qui donne aux films de James Gray, depuis plus de vingt ans, les finales les plus subtils et bouleversants du cinéma contemporain. Preuve, peut-être, que sa tristesse sincère d'être né trop tard n'est qu'une ruse de son génie pour tracer le sillon qui lui convient. »

« James Gray, l'odyssée intérieure »
Arte diffusera le 16 septembre 2026 à 22 h 42 « James Gray, l'odyssée intérieure », documentaire de Claire Duguet qui a rencontré le réalisateur américain chez lui.

« Âgé de 55 ans, James Gray est l’un des chefs de file de la nouvelle génération du cinéma indépendant américain. De « Little Odessa » à « Armageddon Time », en huit films seulement, il a exploré tous les genres, policier, science-fiction, aventures, comédie intimiste. Et il a imposé son style, à la fois classique et ancré dans l’époque, entre nostalgie du grand rêve américain et acerbe critique sociale. Son refus des règles hollywoodiennes fait de lui un artiste à part, et sans doute le plus européen des cinéastes américains. »

«  Le réalisateur James Gray fait découvrir ses archives personnelles, ses premiers story-boards, ses scénarios et ses photos de plateau. »

« The Yards »
« The Yards » est un film de James Gray avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, James Caan, Charlize Theron.

« Un jeune repris de justice est témoin des pratiques mafieuses de son oncle pour assurer la prospérité de l’entreprise de maintenance ferroviaire qu’il dirige. Après "Little Odessa", James Gray dénonce l’avidité des élites dans un polar à la noirceur tragique. Avec Mark Wahlberg, James Caan et Joaquin Phoenix. »

« Libéré de prison après avoir purgé une peine pour un vol de voiture, le jeune Leo Handler n’a qu’un souhait : rester dans le droit chemin. Au cours de la fête familiale organisée par sa mère pour son retour, il retrouve son ami Willie Gutierrez. Filant le parfait amour avec sa cousine Erica, ce dernier travaille désormais pour Frank Olchin, le nouveau beau-père de la jeune femme, qui dirige l'Electric Rail Corporation, une entreprise bénéficiant de contrats de la ville pour l'entretien du métro dans le Queens. Prêt à aider Leo à se réinsérer, Olchin lui propose de suivre une formation pour devenir machiniste. Mais ayant besoin d’argent rapidement pour aider sa mère à la santé fragile, Leo préfère suivre Willie, généreusement payé pour graisser la patte des fonctionnaires municipaux et intimider les sociétés concurrentes. Une nuit, le sabotage de rames confiées à la Weltech, auquel Leo participe, tourne mal… »

« Cinq ans après Little Odessa, le coup de maître qui l’a révélé, James Gray s’inspire de faits réels – un scandale de corruption autour du métro new-yorkais vécu de l’intérieur par son propre père – pour dénoncer un ordre social défaillant sur fond de guerre entre les acteurs du monde ferroviaire. »

« Dans sa quête de rédemption, Leo (Mark Wahlberg) incarne la figure du naïf, manipulé avant d’être lâché par son oncle par alliance (James Caan) et surtout par Willie (Joaquin Phoenix, flamboyant), ce presque-frère pour lequel il s’est sacrifié en allant seul en prison et qui lui a aussi pris celle qu’il aimait en secret. Dans un polar à la noirceur tragique, le tableau d’une famille décomposée au sein d'une société décadente, rongée par l’avidité de ses élites. »

Compétition officielle, Cannes 2000


« La nuit nous appartient »
Arte diffusera le 12 juillet 2026 à 21 h « La nuit nous appartient » (We Own the Night) de James Gray.

« Quand la loi du sang, affaire de famille et de violence, s’empare de la nuit à New York... Nerveux, sombre et virtuose, le troisième film de James Gray ("Little Odessa", "Two Lovers") impressionne par son génie immersif et brutal. Un chef-d'œuvre du polar avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Eva Mendes et l'impeccable Robert Duvall. »

« New York, 1980. Au club El Caribe, des centaines de corps s'oublient dans la musique chaude et l'alcool. Flamboyant, radieux, Bobby Green navigue entre ses convives et sa maîtresse, la sculpturale Amada, le nez blanchi par la cocaïne. Gérant de la boîte de nuit, il est proche du propriétaire, un mafieux d'origine russe. À quelques rues de là, la police de New York s’épuise dans une lutte inégale. Sous l'uniforme, le père de Bobby et son frère Joseph cherchent à démanteler un réseau de drogue dans le quartier slave. Une nuit qui danse contre une autre qui tue, deux frères comme les deux facettes d'une même pièce, et la violence qui engendre la violence... Entre le pouvoir de l’argent et sa famille, Bobby devra choisir. »

« Pour son troisième film, chef-d’œuvre tendu de bout en bout, James Gray (Little Odessa, Two Lovers) fait montre d’une maîtrise absolue, tant dans l’écriture que dans la précision du cadre. »

« À travers le parcours de deux frères que tout oppose, par-delà les frontières de la morale et des territoires, il suit une sanglante et implacable passation de pouvoirs. D’un meurtre à l’autre, l’autorité du père, commandant de police (impeccable Robert Duvall), glisse sur les épaules du fils Joseph, l’héritier justicier, puis sur celles de Bobby, fils indigne et intense (Joaquin Phoenix, une fois encore habité), guidé par son seul instinct de survie. »

« Un polar traité comme un drame shakespearien, où s’entremêlent rivalité, cruauté et loyauté. Dos au mur, les protagonistes sont précipités vers leur destin, emportés par la terreur et la violence brute. Entre les chaudes couleurs des clubs où l’argent, l’alcool et la drogue coulent à flots, et l’austérité glacée des postes de police, deux univers se heurtent. Peu à peu, l’image se ternit et projette son aura, malade et blafarde, sur les mauvais choix, deuils et renoncements. »

« Le son nous immerge au cœur de l'action. Scène culte, la course-poursuite en voiture est filmée sous des trombes d'eau. Souffles courts, martèlement de la pluie, chuintement lancinant des essuie-glaces... : tout suggère l'étouffement et cette hyperconscience qui précède le désastre. Une leçon de cinéma, tout à la fois d'auteur et d'action. »

Sélection officielle, Cannes 2007. César 2008 : Meilleur film étranger

« Ce troisième long métrage impose James Gray comme l’un des auteurs majeurs du nouveau cinéma américain, et un maître du polar, du moins en Europe où sa réputation est bien plus grande que dans son pays d’origine. Le film baigne dans le climat d’insécurité du New York de la fin des années 80, décrivant un état d’impunité où les truands ne craignent plus la loi et peuvent condamner à mort les flics qui se dressent sur leur chemin », a analysé Olivier Père.

Et Olivier Père de poursuivre : « La nuit nous appartient comme Little Odessa et The Yards, précédents films de Gray, est avant tout une histoire de famille et de fratrie. Les trois films peuvent d’ailleurs s’appréhender comme une trilogie explorant les mêmes thématiques. L’enquête policière intéresse moins Gray que les émotions. Le film explore le cruel dilemme vécu par son personnage principal et les relations conflictuelles qu’il entretient avec son frère et son père, puis sa décision de les rejoindre dans leur croisade contre le crime organisé »

« Gray part d’un matériau documentaire – un article de journal, une longue préparation immersive, les photos en noir et blanc du générique sur les policiers de la brigade criminelle de New York, dont la devise « we own the night » donne son titre au film – pour déboucher, comme à son habitude, sur une véritable tragédie shakespearienne, peuplée d’âmes perdues et de créatures de la nuit. Vadim, le terrifiant trafiquant russe, est filmé comme un vampire, à l’instar de Tim Roth dans le premier long métrage de Gray, Little Odessa. La dramaturgie est la grande préoccupation de Gray, des scènes d’affrontements verbaux jusqu’à l’impressionnante fusillade lors d’une poursuite de voitures sous une pluie torrentielle. La mise en scène de Gray est superbe, privilégiant le cadre plutôt que le mouvement, instaurant une lenteur funèbre contrariée par des accès de violence névrotique. On pourrait aussi citer l’électrisante séquence d’ouverture au son du « Heart of Glass » de Blondie dans les coulisses d’un gigantesque night-club, dernier moment d’hédonisme et d’insouciance de Bobby avant que son destin ne le rattrape. Interprétation magistrale de Joachin Phoenix, figure très moderne et tourmentée de la masculinité que l’on retrouvera dans les films suivants de Gray, Two Lovers et The Immigrant », a conclu Olivier Père.



"Two Lovers"
Arte diffusa les 07 août 2022 à 21 h, 11 août 2022 à 13 h 35, 19 août 2022 à 13 h 35 "Two Lovers" de James Gray.

"Un trentenaire est tiraillé entre deux femmes que tout oppose. Par James Gray, un drame romantique émouvant avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw."

"Vieux garçon vivant encore chez ses parents, Leonard Kraditor peine à se remettre d'une douloureuse rupture qui l'a dévasté quelques années auparavant. Après une tentative de suicide ratée, il rencontre Michelle, la nouvelle voisine de ses parents. Leonard devient le complice et le confident de cette séduisante jeune femme blonde, dont il ne tarde pas à tomber éperdument amoureux. Il n'en continue pas moins de courtiser la brune et touchante Sandra. Entre ces deux femmes que tout oppose, Leonard devra faire un choix."

"Pour son quatrième long métrage, James Gray (Little Odessa, La nuit nous appartient, The Immigrant...) laisse de côté le polar pour s'essayer avec brio au mélodrame. Joaquin Phoenix y campe un célibataire un brin névrosé, qui travaille dans la laverie familiale de Brighton Beach. Solitaire un peu gauche, ce personnage attendrissant est écartelé entre sa passion dévorante pour sa sensuelle voisine et la promesse de stabilité affective d'un mariage avec l'aimante fille du futur associé de son père. Dans la peau de la girl next door, Gwyneth Paltrow interprète une jeune femme à la vie dissolue, entre prise de drogues et relation avec un homme marié. En parfait contrepoint, Vinessa Shaw revêt les atours de la fiancée idéale, sensible et attentionnée." 

"Si Gray abandonne le film policier, il en conserve néanmoins les ingrédients, en mettant en scène un huis clos étouffant où les personnages passent leur temps à s'espionner l'un l'autre. Pour ce faire, le cinéaste filme une nouvelle fois le monde de la nuit new-yorkaise, devenu le refuge d'un héros qui fuit un cocon familial à la fois rassurant et oppressant. Une solitude qui contraste avec la cohésion de la communauté juive de Brooklyn dont il est issu, et dont le réalisateur se plaît une fois de plus à dépeindre affectueusement les petits travers."

"Two Lovers est sans doute le meilleur film de James Gray, du moins notre préféré. Pour la première fois de sa carrière le cinéaste américain se débarrasse des oripeaux du film noir ou du thriller pour mettre en scène un pur mélodrame, sans conteste la plus belle et la plus triste des histoires d’amour du cinéma contemporain. La plus belle rencontre aussi, fugace mais inoubliable", a écrit Olivier Père.

"New York est la ville de James Gray et il continue de la magnifier dans Two Lovers, en la filmant dans sa quotidienneté, ses multiples facettes. Malgré son charme et sa sensibilité artistique Leonard est un jeune homme fragile, suicidaire depuis une rupture douloureuse, qui vit et travaille encore avec ses parents. Ce sont eux qui lui présentent la belle Sandra, car elle est la fille de l’homme avec qui sont père est en affaires, et les deux familles appartiennent à la communauté juive de la ville. Presque au même moment, Leonard fait la connaissance de sa ravissante voisine, la blonde Michelle qui semble traverser une mauvaise passe. Michelle est le genre de femme qu’on a envie de protéger, et d’aimer malgré où à cause de tous les obstacles et complications qui rendent cet amour impossible. Car l’amour, dixit Truffaut, « c’est une joie et une souffrance… », analyse Olivier Père.

"Leonard est partagé entre ces deux femmes, l’une qui représente la tradition, la complicité et la stabilité dont il aurait besoin, l’autre l’aventure et la passion qui lui manquent et lui permettraient de s’évader d’un cocon parental étouffant d’une manière bien plus radicale. L’une est brune, l’autre est blonde, l’une est sage, l’autre est volage, mais James Gray a l’intelligence de faire de Sandra une amante tout aussi désirable que Michelle", poursuit Olivier Père.

Et Olivier Père de conclure : "James Gray est aujourd’hui l’un des seuls (le seul ?) cinéaste américain de sa génération qui puisse revendiquer l’héritage de Michael Cimino, Francis Coppola, Elia Kazan. L’héritage, mais aussi l’ambition et le talent. La principale différence avec ces cinéastes et leur position dans les années 60 et 70 est que les studios américains n’accordent pas beaucoup de crédit à James Gray qui doit se battre pour produire chaque nouveau film, avec des moyens modestes par rapport à ceux de ses collègues célèbres, malgré la notoriété méritée dont il jouit en Europe. Gray confirme avec Two Lovers ses renversantes qualités de scénariste et de cinéaste. La lumière, le rythme, la dramaturgie du film sont inhabituels car ils renvoient à une forme de classicisme qui n’est plus de mise dans le cinéma contemporain, en Amérique et ailleurs. Mais la magie du film émane avant tout de ses trois comédiens principaux : Joachin Phoenix, déjà dans The Yards et La nuit nous appartient, Vinessa Shaw (découverte dans Eyes Wide Shut et qui ne tourne pas assez à notre goût) et Gwyneth Paltrow sont magnifiques. Cette dernière est sans doute la merveilleuse surprise du film, car elle ne s’était pas beaucoup fait remarquer auparavant par la qualité de sa filmographie et ses talents d’actrice. Dans Two Lovers, elle est belle et émouvante, on comprend les sentiments qu’elle inspire à Leonard, et on regrette que cette performance en tous points remarquable soit restée sans lendemain. Mais elle restera aussi, à tout jamais, dans les souvenirs des amoureux du cinéma et donc de ce film."


« The Immigrant »
« The Immigrant » (2013) est un film réalisé par James Gray. 

Un « mélo déchirant, signé James Gray, qui met en scène l’envers du rêve américain, l’âpreté de l’exil et la force de l’espoir ». 

"1920, deux sœurs polonaises arrivent à New York après un long voyage. À Ellis Island, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine tandis qu’Ewa fait la connaissance de Bruno, un souteneur sans scrupules. Dans l’espoir de sauver sa sœur, Ewa se livre à la prostitution pour le compte de Bruno. L'arrivée d'Orlando, le cousin illusionniste de Bruno lui redonne confiance". 

« New York, 1921. Ewa et sa sœur Magda, qui émigrent de Pologne, débarquent à Ellis Island, la Terre promise au fond des yeux. Mais Magda, tuberculeuse, est aussitôt placée en quarantaine, avant son expulsion programmée, au grand désespoir d’Ewa, qui jure de la sortir de là. Isolée et désemparée, cette dernière est bientôt recueillie par Bruno Weiss, un proxénète, homme tout à la fois providentiel et vénéneux, qui lui propose du travail en échange de la libération de sa sœur. Pour sauver Magda, Ewa, la catholique, consent alors à se prostituer avant qu’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, ne fasse renaître en elle un espoir, sous le regard fou de jalousie du maquereau ».

« Épopée tragique aux accents dostoïevskiens, The immigrant suit le sacrifice sublime de son héroïne comme un long chemin de croix, jusqu’à la rédemption et la grâce. Car en acceptant la souillure par amour pour sa sœur, Ewa n’en finit plus de s’élever ». 

« Dans le New York corrompu des années 1920 aux allures de XIXe siècle, porte d’un dévorant mirage américain, c’est aussi la rencontre de deux âmes perdues – Ewa, la catholique, que Marion Cotillard incarne avec force, tout en douleur retenue, et Bruno, le maquereau, en proie au désir, incarné par Joaquin Phoenix » [frère de River Phoenix], « touchant d’ambivalence et de fragilité. Des êtres qui se déchirent pour se révéler et peut-être mieux se pardonner ». 

« Liens du sang, conflits intérieurs, âpreté de l’exil et perversion du capitalisme : James Gray met en scène, dans un très religieux clair-obscur, un bouleversant mélo ».

James Gray considère que c'est son film « le plus personnel ». Il « avait évoqué les racines juives russes de sa famille dans son tout premier film, Little Odessa (1994) ». Il « s’est inspiré de photos prises par son grand-père, arrivé de Russie à Ellis Island en 1923, ainsi que des anecdotes de l’un de ses arrière-grands-pères, tenancier de bar dans le Lower East Side à New York, à la même époque ».

« Mes grands-parents sont arrivés aux Etats-Unis de Russie – ou d’Ukraine, selon l’époque dont on parle. Ils venaient d’Ostropol, une ville proche de Kiev. Les parents de ma grand-mère ont été assassinés par l’armée russe blanche pendant la guerre civile, lors d’un pogrom. Et en 1923, mon grand-père et ma grand-mère sont arrivés aux Etats-Unis en passant par Ellis Island. J’ai entendu, bien sûr, d’innombrables anecdotes sur Ellis Island, et le lieu m’a longtemps obsédé. J’y suis allé pour la première fois en 1988, avant la restauration de l’île. Tout était resté intact, comme figé par le temps. C’était une vision troublante, ces formulaires d’immigration à moitié remplis, répandus par terre… Ellis Island m’est apparue comme un endroit hanté par des fantômes, ceux de toute ma famille. J’ai donc conçu le projet d’un film qui viendrait de cette histoire. Et puis j’avais aussi, du côté de ma mère, un arrière-grand-père qui tenait un restaurant dans le Lower East Side et y côtoyait tout un tas de personnages douteux. Je me suis renseigné sur ce monde, et j’ai découvert un souteneur local qui s’appelait Max Hockstim. C’est ainsi qu’est né Bruno, ce personnage qui recrute à Ellis Island les femmes célibataires auxquelles on refuse l’entrée aux Etats-Unis et les enrôle dans son harem. Je trouvais que cette histoire pouvait être passionnante, si on l’alliait à l’expérience de l’immigration que mes grands-parents avaient vécue, ce sentiment déchirant d’avoir été arraché à l’Europe de l’Est. Émigrer pour les Etats-Unis était un processus plein de regrets et d’angoisse, et bien sûr d’impatience », a déclaré James Gray.

En 2013, le film a été présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Sélection officielle. Marion Cotillard a reçu le New York Film Critics Circle Award 2014 et le Toronto Film Critics Association Awards 2014 de la Meilleure actrice.




« James Gray, l'odyssée intérieure » de Claire Duguet
France, 2025, 52 min
Production : Folamour
Sur Arte le 16 septembre 2026 à 22 h 42
Sur arte.tv du 01/04/2026 au 30/09/202
Disponible à partir du 09/09/2026

« The Yards » de James Gray
Etats-Unis, 2000, 111 min
Production : Miramax, Industry Entertainment
Scénario : James Gray, Matt Reeves
Avec : Mark Wahlberg, James Caan, Charlize Theron, Ellen Burstyn, Faye Dunaway, Tony Musante, Steve Lawrence
Sur arte.tv du 01/04/2026 au 30/09/2026
Visuel : © DR
 

« La nuit nous appartient » de James Gray 
États-Unis, 2007, 1 h 53 mn, 
Production : 2929 Productions, Industry Entertainment
Producteurs : Nick Wechsler, Marc Butan, Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix
Scénario : James Gray
Image : Joaquin Baca-Asay
Montage : John Axelrad
Musique : Wojciech Kilar
Avec Joaquin Phoenix (Robert Grusinsky/Bobby Green), Mark Wahlberg (Joseph Grusinsky), Eva Mendes (Amada Juarez), Robert Duvall (Burt Grusinsky), Moni Moshonov (Marat Buzhayev), Alex Veadov (Vadim Nezhinski)
Sur Arte le 12 juillet 2026 à 21 h
Sur arte.tv du 12/07/2026 au 18/07/2026
Visuels : © 2929 Productions


"Two Lovers" de James Gray

États-Unis, 2008, 1 h 42 mn
Production : 2929 Productions
Scénario : James Gray, Richard Menello
Avec : Joaquin Phoenix (Leonard Kraditor), Gwyneth Paltrow (Michelle Rausch), Vinessa Shaw (Sandra Cohen), Moni Moshonov (Reuben Kraditor), Isabella Rossellini (Ruth Kraditor), John Ortiz (Jose Cordero), Bob Ari (Michael Cohen), Elias Koteas (Ronald Blatte), Julie Budd (Carol Cohen) 
Sur Arte les 07 août 2022 à 21 h, 11 août 2022 à 13 h 35, 19 août 2022 à 13 h 35
Sur arte.tv du 07/08/2022 au 13/08/2022
Visuels : © Wild Side Films


« The Immigrant » par James Gray
Etats-Unis, 2013, 110 min
Image : Darius Khondji
Montage : John Axelrad, Kayla M. Emter
Musique : Christopher Spelman
Production : Worldview Entertainment, Keep Your Head, Kingsgate Films
Producteur/-trice : James Gray, Anthony Katagas, Greg Shapiro, Christopher Woodrow
Scénario : James Gray, Richard Menello
Avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner, Dagmara Dominczyk, Jicky Schnee, Angela Sarafyan
Sur Arte le 14 décembre 2016 à 20 h 55
Sur OCS City le 3 novembre 2017, à 9 h 45
Sur TCM Cinéma les 18 mars 2019 à 15 h 30, 22 mars 2019 à 11 h 30 et 28 mars 2019 à 17 h 25
Sur Ciné + Emotion les 21 janvier 2020 de 18h45 à 20h50, 23 janvier 2020 de 01h55 à 03h50, 25 janvier 2020 de 10h25 à 12h20, 31 janvier 2020 de 02h00 à 03h55


A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sur le film sont d'Arte et du dossier de presse.
Cet article a été publié le 14 décembre 2016, puis les 31 octobre 2017 et 19 mars 2019, 23 janvier 202, 7 août 2022.

jeudi 9 juillet 2026

« Les coulisses du pouvoir » de Dror Moreh

Arte diffusera le 21 juillet 2026 à 23 h 25 « Les coulisses du pouvoir », documentaire partial de Dror Moreh. « Pourquoi, malgré le "Plus jamais ça" promis au lendemain de la Shoah, les massacres et les génocides se sont-ils succédé depuis la fin de l'URSS ? Pour tenter de comprendre, Dror Moreh ("The Gatekeepers") confronte d'ex-secrétaires d'État américains (James Baker, Colin Powell, Madeleine Albright et Hillary Clinton) à leurs décisions passées. » 

Les chrétiens en "Palestine"
« Gaza, la vie » par Garry Keane 

« Au lendemain de la Shoah, les Nations unies s'étaient engagées à ne plus jamais laisser perpétrer ni génocide ni crimes contre l'humanité, notions juridiques reconnues pour la première fois lors du procès de Nuremberg. »

« Or, dans l'après-guerre froide, les crimes de masse se sont multipliés sous l'œil des caméras, des massacres de la population musulmane durant la guerre de Bosnie (1992-1995) au génocide des Tutsi rwandais de 1994, de la désintégration de l'Irak après l'invasion américaine de 2003 aux guerres civiles libyenne (2014-2020) et syrienne (2011-2024). » Une juxtaposition de faits : quel rapport entre le génocide des Tutsis au Rwanda et le djihad de l'Etat islamique en Syrie ?

« Pourquoi la superpuissance américaine, gendarme autoproclamé du monde après la chute de l'URSS, n'a-t-elle pas su prévenir ou interrompre ces massacres dont elle n'ignorait rien ? » Le nouvel ordre mondial né de la Charte des Nations unies n'impose pas aux Etats-Unis de s'affranchir du droit international et de devenir le gendarme du monde. Et ce d'autant que les Etats-Unis sont critiqués, qu'ils interviennent contre la République iranienne ou signent un cessez-le-feu avec le régime des mollahs iraniens. Quid des forces des Nations unies dans le monde ? Quid de la FINUL critiquée pour avoir laissé le mouvement islamiste Hezbollah avoir créé une infrastructure terroriste au sud-Liban ? 

« Cherchant à comprendre son inaction au regard des millions de vies humaines sacrifiées, Dror Moreh interroge les plus hauts responsables de la politique extérieure américaine sous les administrations Bush senior, Bush junior, Clinton, puis Obama : entre autres les ex-secrétaires d'État James Baker (1989-1992), Colin Powell (2001-2005), Madeleine Albright (1997-2001) et Hillary Clinton (2009-2013), ainsi que leurs conseillers, mais aussi Samantha Power, journaliste devenue ambassadrice auprès de l'ONU, puis, de 2021 à 2025, administratrice de l'USAid, l'agence américaine pour le développement. » Des démocrates...

« Par le biais des archives et du montage parallèle, le réalisateur confronte leurs doutes, leurs justifications et leurs remords à la réalité des guerres contemporaines dont les civils sont les premières cibles. »

« Au travers des choix militaires et politiques qui ont façonné notre présent, un face à face avec le pouvoir, la décision et la responsabilité, que le réalisateur des Gatekeepers a tourné sur sept années. »

« Alors que l'Ukraine subit depuis plus de quatre ans une invasion russe d'une violence terrifiante, alors que la guerre d'anéantissement menée par Israël contre les populations civiles à Gaza se poursuit, qu'une nouvelle guerre à l'initiative de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, lequel s'affranchit de toute considération du droit international, embrase encore plus le Moyen-Orient, que l'USAid a été pratiquement démantelée et que le droit du plus fort cherche partout à s'imposer, on ne peut plus tout à fait regarder ce documentaire comme lors de sa sortie en salle en 2024 ». 

La guerre en Ukraine n'a pas commencé en 2022, mais en 2014. Le protocole de Minsk, ou Minsk I est un accord signé le 5 septembre 2014 à Minsk (Biélorussie), accord de cessez-le-feu en Ukraine orientale. En février 2015, les accords de Minsk II le remplacent en conférant à la France et à l'Allemagne le soin de veiller à son respect. Ainsi que l'a avoué François Hollande, alors Président socialiste français, la France et l'Allemagne ont gagné du temps pour permettre à l'Ukraine de mieux affronter militairement la Russie qui a vu les Etats-Unis ne pas respecter son engagement en intégrant dans l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord) des pays limitrophes de la Russie. Celle-ci ne pouvait pas demeurer indifférente à la guerre menée par l'Ukraine au régime corrompu, au Président Vladimir Zélensky sans mandat, contre sa minorité russophone. 

Le samedi 7 octobre 2023 au matin, lors de Sim’ha Torah (Souccot), environ 6 000 Gazaouis lourdement armés - 3 800 terroristes islamistes, notamment du Hamas, et 2 200 civils -, ont envahi, le sud de l’Etat d’Israël pour commettre le djihad en criant « Allah Akbar ». Nul ne qualifie pertinemment d’agression djihadiste les actes - invasion, viols, 1200 assassinats, razzias, rapts… - commis par 6 000 Gazaouis : civils, dont des employés de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East), et membres d'au moins cinq mouvements islamistes : Hamas - dont la Nukhba, unité militaire d'élite -, Djihad islamique, Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et Brigades des martyrs d'Al Aqsa liées au Fatah. 

Depuis, Israël mène une guerre existentielle Swords of Iron (Epées de fer) contre l'Iran et ses proxys : le Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, les factions islamistes en Judée et en Samarie... L'armée israélienne vise exclusivement les djihadistes, prévient les civils par tracts, appels téléphoniques, créations de corridors humanitaires, etc. Bien que les djihadistes utilisent les civils comme boucliers humains - armes et munitions stockées dans des maisons, tirs de roquettes à partir d'hôpitaux, etc. -, le rapport entre terroristes tués et civils victimes collatérales dans la bande de Gaza est le plus faible au monde (1/1,5). Chaque victime civile innocente est à déplorer. Et l'armée israélienne se conduit d'une manière éthique, encadrée par des juristes.

Quant à l'US Aid (Agence américaine pour le développement international), elle contrôlait 50 milliards de dollars par an, dont une partie importante finançait comme l'AFD françaises des actions absurdes : "par exemple, 2 millions de dollars pour des opérations de changement de sexe au Guatemala, 20 millions pour Sesame Street en Irak, 8 millions pour former des journalistes sri-lankais à éviter le langage binaire des genres, 1,5 million pour la défense des droits des personnes transgenres en Jamaïque, 1,5 million pour les médias cubains, 3,9 millions pour les causes transgenres en Macédoine, 1 million « pour aider les personnes handicapées du Tadjikistan à devenir des leaders climatiques ». Mais le pire, ce sont les révélations selon lesquelles l'USAID a dépensé de l'argent pour faire tomber des populistes dans le monde entier – Bolsonaro au Brésil, Le Pen en France – et a versé 20 millions de dollars pour obtenir des informations compromettantes sur Rudy Giuliani susceptibles de servir à destituer Donald Trump. Des sommes colossales ont été dépensées pour financer la « vérification des faits » – et nous savons ce que cela signifie. Un demi-milliard de dollars a été versé au réseau Internews, qui a « formé » des milliers de journalistes à travers le monde et encouragé la censure sur les réseaux sociaux. « La quasi-totalité des médias traditionnels – dans le monde entier – a été financée par le gouvernement américain par le biais de l'USAID », a tweeté Ron Paul. Le plus incroyable, c'est que l'USAID a bel et bien envoyé de l'argent à des groupes et des États terroristes, comme l'a révélé Daniel Greenfield : par exemple, 2,3 milliards de dollars à la Somalie ces deux dernières années, 2,1 milliards à Gaza et en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, 3,7 milliards aux talibans depuis leur prise de pouvoir en Afghanistan et 1,1 milliard au Liban, contrôlé par le Hezbollah. Même des projets qui semblent relever des compétences de l'USAID se révèlent avoir été menés avec une incompétence notoire : des envois de matériel médical jamais arrivés à destination, une centrale électrique jamais achevée. On découvre que l'USAID était un instrument de la CIA et d'autres services de renseignement, menant pour leur compte des activités secrètes sans aucun lien avec l'aide étrangère. Sans parler des fraudes pures et simples, des pots-de-vin, de la corruption, des escroqueries : toutes sortes de chiffres et de noms circulent – ​​Bill Kristol, les Clinton (inévitablement) – même si la vérité et les chiffres exacts restent à établir. Et ce qui est encore plus sidérant que l'ampleur de ces dépenses, c'est l'ampleur des réactions hypocrites et moralisatrices de nombre de ceux qui y ont participé, l'ont dissimulée et/ou en ont profité – ou qui, tout simplement, partagent l'idéologie des radicaux d'extrême gauche de l'USAID et savaient pertinemment qu'il s'agissait d'une opération malhonnête. Au lieu de se cacher honteusement, ces individus ont redoublé d'efforts dans leur malhonnêteté et se sont mis à indigner de façon outrancière... La BBC a eu l'honnêteté d'admettre que sa propre organisation caritative, BBC Media Action, avait reçu 3,23 millions de dollars de l'USAID en 2024 – sans toutefois expliquer pourquoi l'USAID distribuerait une telle somme d'argent du contribuable américain à la BBC, qui tire déjà suffisamment de revenus du vol des citoyens britanniques" (Defending USAID de Bruce Bawer, FrontPage Magazine, 12 février 2025). 

Allouant des salaires mirobolants à des dirigeants, "l'USAID a bel et bien dilapidé l'argent des contribuables. De même, le magazine Time a dressé une longue liste de programmes de l'USAID, pour la plupart aux allures louables, dont l'efficacité reste à prouver, mais, là encore, n'a pas cherché à justifier les dépenses absurdes mises au jour par Musk..." 

"Et Samantha Power, la directrice de l'USAID fidèle alliée d'Obama, a proclamé que les merveilleuses personnes qui travaillent à l'USAID ne choisissent pas d'y travailler « pour l'argent » mais parce qu'elles « veulent changer le monde » – oui, en poursuivant leurs propres objectifs avec des milliards de dollars provenant de l'argent des autres, sans aucune transparence, sans aucun contrôle et sans le moindre souci des souhaits ou du bien-être des contribuables américains. Power a pris la parole pour défendre « les personnes vulnérables du monde entier ». Qu'en est-il des personnes vulnérables aux États-Unis ? Pourquoi l'USAID n'a-t-elle pas aidé les habitants de Maui, de Pacific Palisades ou de l'ouest de la Caroline du Nord ? Bien sûr, nous savons pourquoi : parce que pour un progressiste illuminé, dépenser 1,5 million de dollars pour promouvoir la diversité, l'équité et l'inclusion en Serbie ou 2 millions de dollars pour soutenir « l'activisme LGBT » au Guatemala est bien plus excitant que de loger et nourrir les Américains sans abri suite à un incendie ou une inondation."

« Les contempteurs de la raison d'État (dont Samantha Power, qui fustige "l'anesthésie émotionnelle générée par la bureaucratie") pourront y voir un riche nuancier des diverses couleurs de la langue de bois, dans lequel les droits humains ne comptent pas, ou si peu. »

« Mais s'il pointe avec une terrible efficacité les limites, voire les mensonges de la diplomatie, Dror Moreh interroge surtout la nature de l'aveuglement et de l'indifférence, bien au-delà des positions de ces hauts responsables et de leur personne. Il rend ainsi hommage à toutes les victimes abandonnées à leur sort et rappelle combien la démocratie et la paix sont fragiles. » 

 

« Les coulisses du pouvoir » de Dror Moreh
France, Israël, 2022, 2 h 09
Coproduction : ARTE France Cinéma, Dror Moreh Productions, Les Films du Poisson, Katuh Studio, SWR, BR/ARTE, The Post Republic
Sur Arte le 21 juillet 2026 à 23 h 25 
Sur arte.tv du 21/07/2026 au 27/07/2026
Visuels : © Les Films du Poisson