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dimanche 15 février 2026

Affaire Lawee : Un jugement inique du Tribunal administratif de Paris

Le 2 février 2026, le Tribunal administratif de Paris a rejeté les demandes de trois ayants-droit canadiens de Khedouri Lawee (1891-1968) et d’Ezra Lawee (1894-1982), deux frères hommes d’affaires juifs exilés d’Irak depuis 1948, propriétaires d’une Résidence et d’un Terrain à Bagdad (Irak) loués en 1964 à la France – celle-ci a localisé son ambassade et son consulat dans leur demeure. Ces ayants-droit – Mayer Lawee, Selman Khazzam, Philip Khazzam - avaient réclamé à la France 14 millions d’euros de loyers impayés - partiellement depuis 1969 et totalement depuis 1974 -, 7 millions d’euros de dommages et intérêts, et 20.000 euros au titre de leurs frais judiciaires. Ils sont invités par le Tribunal à les réclamer en… Irak ! Un jugement semblant inique. Un scandale d’Etat aux enjeux juridiques – refus de reconnaitre la responsabilité de la France pour violation d’un contrat administratif de bail, malgré la réunion des critères juridiques, et la compétence dudit Tribunal -, financiers – enrichissement de la France au détriment de ses bailleurs juifs -, historique – exil de près d’un million de juifs du monde arabe ou/et musulman essentiellement des années 1940 aux années 1970 -, moraux – soumission de la France à la législation irakienne antijuive contraire à ses valeurs, à ses textes fondamentaux et aux conventions internationales signées, actes spoliateurs de la France envers ses cocontractants juifs -, politique – approbation tacite des plus hautes autorités de l’Etat -, diplomatiques - cynique « politique arabe » de la France -, et communautaire : silence de dirigeants d’organisations juives...


Nés à Bagdad (Irak), Khedouri Lawee (1891-1968) et Ezra Lawee (1894-1982), deux frères hommes d’affaires juifs irakiens, avaient acheté en indivision en 1935 un terrain de 3.808 m² dans un quartier résidentiel au centre de Bagdad, sis Kard el Pacha n° 9/3/1. De 1935 à 1937, ils y ont fait construire leur résidence familiale majestueuse dénommée Beit Lawee (maison Lawee, en hébreu), un palais aux lignes épurées, agrémenté d’une piscine et de fontaines, d’un jardin avec une serre, de deux garages, d’une maison pour le gardien… Ils ont aussi acquis le « Terrain » (1.147 m²), situé en face et constitué de deux lots : l’un de 403 m², l’autre de 744 m².

Dès 1948, les 130 000 juifs irakiens ont été victimes, de nouveau, de la politique irakienne antisémite, présentant des similarités avec celle nazie : interdiction de quitter le pays (juillet 1948), arrestations, lourdes amendes, spoliations, loi privant de nationalité les juifs irakiens immigrant en Israël (1950, 1951), loi gelant les biens juifs (loi 1951) – une forme de spoliation sans transfert officiel de propriété -…

De 1949 à 1952, environ 120 000 Juifs opprimés, dont 18 000 juifs kurdes, ont émigré , généralement vers Israël et par avions. 

Sur le conseil du roi d’Irak, la famille Lawee a quitté dès 1948 l’Irak, mais avait confié, au préalable, la protection de ses deux biens à un gardien. Elle s’est dirigée vers le Royaume-Uni, puis les Etats-Unis, et une partie s’est fixée en 1953 au Canada où elle a travaillé dans l’immobilier. Elle a acquis la nationalité canadienne, sans avoir eu connaissance de la déchéance de sa nationalité irakienne.

Le 28 décembre 1964, les frères Lawee ont loué leurs Résidence et « Terrain » au gouvernement français qui cherchait un lieu prestigieux comme siège de son ambassade. Le contrat de location a pris effet le 16 avril 1965. D’une durée de deux ans, renouvelable par tacite reconduction, il stipulait le paiement de 2.000 dinars irakiens (IQD) payables par trimestre et d’avance. Un montant additionnel du loyer de 24.185 francs français par trimestre était payable sur un compte bancaire ouvert en France aux noms des frères Lawee, rassurés d’avoir un cocontractant fiable, éminent, pour prendre soin de leurs biens.

Ce contrat a été renouvelé tacitement et les loyers versés aux propriétaires. Depuis 1965, soit depuis plus de 60 ans, l’ambassade et le consul de France en Irak se trouvent à Beit Lawee.

Après la défaite des armées Arabes lors de la guerre des Six-jours (1967), la situation des juifs en Irak s’est détériorée gravement. Au pouvoir depuis juillet 1968, le nouveau gouvernement baassiste a traqué un prétendu « réseau d'espionnage américano-israélien » qui tenterait de « déstabiliser l'Irak ». Dans ce cadre, quatorze hommes arrêtés, condamnés à mort pour espionnage ou sabotage au profit d’Israël ont été exécutés le 27 janvier 1969 par pendaison en place publique devant des centaines de milliers d’Irakiens : neuf juifs de Bagdad et de Bassorah, trois musulmans et deux chrétiens. La radio de Bagdad avait invité les citoyens à se rendre sur la place Tahrir pour « profiter de la fête ». Leur haine attisée par de hauts dirigeants, ces Irakiens se sont divertis devant les cadavres restés pendus pendant plus de 24 heures. Le 26 août 1969, trois autres juifs irakiens ont été exécutés.

En 1969, sous la Vice-Présidence de Saddam Hussein, le gouvernement irakien a fait savoir à son homologue français que celui-ci devait désormais lui payer les loyers concernant la Résidence et le « Terrain », soit 2.000 IQD. Une décision non notifiée aux propriétaires. Le bien immobilier des Lawee a été « gelé » (« frozen ») et inscrit au nom des ministères irakiens de la Justice et de l’Electricité. Leur gestion a été assurée par la municipalité de Bagdad au statut de fiduciaire (« trustee »). Les cadastres de Bagdad mentionnent à ce jour la famille Lawee comme propriétaire de la Résidence et du « Terrain ».

Après la guerre du Kippour (1973) et le premier choc pétrolier – quadruplement du prix du pétrole -, la « politique arabe de la France » a été renforcée.

En 1974, la France a cessé de payer aux propriétaires juifs la somme additionnelle trimestrielle extra-contractuelle de 24.185 francs français.

Dès 1974, les propriétaires, puis leurs ayants-droits ont tenté d’obtenir de la France le versement des arriérés locatifs et des informations sur l’état de leur demeure. Le gouvernement irakien a dit à un tiers mandaté par la famille Lawee que leur Résidence était « séquestrée ».

En 1975, sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing, et le mandat de Premier ministre de Jacques Chirac, la France a construit Osirak, réacteur nucléaire dans le centre de recherche nucléaire d'Al-Tuwaitha, près de Bagdad. Le 8 septembre 1975, Saddam Hussein a déclaré au journal libanais El Ousbou El Arabi : « L'accord avec la France est le premier pas concret vers la production de l'arme atomique arabe ». Par diverses actions, l’Etat d’Israël visé s’est efforcé de ralentir les progrès de ce programme nucléaire, puis le dimanche 7 juin 1981, a bombardé ce réacteur.

En 1978, la France a renégocié avec les autorités irakiennes un contrat de bail plus avantageux (loyer moins élevé).

Le 2 mars 2004, Me Lucien Bouchard, avocat des ayants-droits des frères Lawee, ancien Premier ministre du Québec, a écrit à Dominique de Villepin, alors ministre français des Affaires étrangères, pour rappeler les droits de ses clients et leur droit à indemnisation pour non-perception des loyers dus. Il n’a reçu aucune réponse.

En octobre 2021, Me Jean-Pierre Mignard, avocat de Mayer Lawee ainsi que de Philip et Selman Khazzam, ayants-droits des frères Lawee, a adressé au ministre français des Affaires étrangères, alors Jean-Yves Le Drian des documents attestant de la qualité de propriétaires desdits biens de ses clients. Des rendez-vous avec les services du ministère se sont déroulés sans médiatisation.

Par lettre du 14 mars 2022, le ministre Jean-Yves Le Drian a reconnu la validité du contrat de bail signé en 1964 et de celui signé en 1978. Il a mandaté l’ambassadeur de France en Irak pour « prendre l’attache des autorités irakiennes afin de les sensibiliser à l’importance que nous [la France] accordons à ce dossier, et à ce que toutes les mesures d’élucidation soient conduites à ce sujet pour permettre qu’une réponse soit apportée aux sollicitations de la famille Lawee/Khazzam ».

L’échec de cette médiation française pour le « dégel » de leurs biens a peu surpris la succession Lawee : la France a signé le 27 janvier 2023 un traité de partenariat stratégique avec l’Irak.

Les ministres ayant succédé à Jean-Yves Le Drian, Catherine Colonna et Stéphane Séjourné, n’ont pas manifesté la même détermination. Cependant, sous le ministère de Catherine Colonna et avec l’aide de l’ambassade de France en Irak, une expertise mandatée par les propriétaires a été effectuée à Beit Lawee.

Le 28 mai 2023, trois experts judiciaires irakiens, agréés à la Haute Cour de Justice de Bagdad, ont effectué une expertise dans l’immeuble siège de l’Ambassade de France à Bagdad, hormis des parties sous haute sécurité, et le Terrain. Leur mission : évaluer le montant réel des loyers relatifs à ces lots et dûs par le Gouvernement français. Dans ce cadre, ils bénéficiaient de l’autorisation et de l’aide de l’Ambassade de France à Bagdad ainsi que de l’Ambassadeur. Ils ont tenu compte des caractéristiques de ces biens et de l’état du marché immobilier irakien ; par manque de certaines informations à Bagdad, leur expertise a concerné les seules vingt dernières années (2003-2022).

Le 1er mars 2024, les ayants-droits des frères Lawee - Mayer Lawee, Selman Khazzam, Philip Khazzam – ont réclamé auprès du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, alors Stéphane Séjourné, l’indemnisation de leurs préjudices financiers et moraux, soit la somme totale de 22.583.349,22 US dollars (20.824.106,31 d’euros ).

Le 19 mars 2024, le ministère des Affaires étrangères a rejeté leur réclamation indemnitaire, mais a proposé d’aider la famille Lawee à trouver un accord avec les autorités irakiennes.

Les trois ayants-droit - Mayer Lawee, héritier légal direct d’Ezra Lawee, de Selman Khazzam, héritier légal indirect de Khedouri Lawee, et de Philip Khazzam, héritier légal indirect d’Ezra Lawee, son grand-père – représentant la vingtaine d’ayants-droit des frères Lawee, ont contesté ce rejet par une requête devant le Tribunal administratif de Paris.

En février 2025, JJAC « a publié un rapport évaluant les pertes en propriétés (actifs, institutions, biens saisis) des Juifs irakiens à 34 milliards de dollars au cours actuel ».

Quel droit applicable ?
Le 19 janvier 2026, le Tribunal administratif de Paris a donc examiné cette affaire.

Dans le Marais (75004), ce Tribunal occupe l'hôtel d'Aumont , situé à mi-chemin entre le célèbre Pletzl (« petite place » en yiddish, la « place Saint-Paul » ou « place des Juifs ») et le Mémorial de la Shoah aux expositions « arabiquement et islamiquement correctes ». Dans son périmètre large, ce quartier juif  dès le XIIIe siècle a été marqué par l’Histoire parfois tragique : les juifs, essentiellement ashkénazes dans l’entre-deux-guerres, ont été décimés par la Shoah, des juifs sépharades ayant du fuir le monde arabe/musulman s’y sont réfugiés dans les années 1950 et 1960, le Fatah-Conseil révolutionnaire (FCR) y a commis en 1982 l’attentat  contre le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers… La judéité du quartier s’est estompée depuis quelques décennies.

La salle d’audience du Tribunal ? Banalisée, au mobilier moderne, sans aucun des symboles  de la justice : la déesse grecque Thémis ou romaine Justitia les yeux bandés, tenant dans une main une balance et de l’autre une épée ou un glaive. Décorée par une petite affiche représentant le visage de profil droit stylisé de Marianne portant le bonnet phrygien orné de la cocarde tricolore. Deux grands écrans surplombent les magistrats et le public.

Honte de défendre juridiquement un scandale d’Etat teinté d’antisémitisme ? Indifférence ou dédain envers les impudents juifs qui osent réclamer leur dû à la patrie des droits de l’Homme ? Peur de questions gênantes de journalistes ? Était absent à cette audience publique un représentant de la France poursuivie judiciairement pour arriérés locatifs comme un vulgaire squatteur : le gouvernement français se voyait réclamer 14 millions d’euros d’arriérés locatifs, 7 millions d’euros de dommages et intérêts et 20.000 euros de frais de justice. Bagatelle ?

Certes, la procédure  devant le Tribunal administratif est essentiellement écrite . Mais quand même ! Quand on se targue d’être un Etat de droit, d’avoir respecté le droit, on se déplace pour faire valoir ses arguments.

Au centre des débats, la question fondamentale : quel droit s’applique au litige, le droit irakien ou celui français ? Et donc les ayants-droit ont-ils valablement saisi la juridiction administrative de première instance parisienne ? Dans l’affirmative, le tribunal statue sur cette affaire. Dans la négative, il se déclare incompétent et déboute les demandeurs de leurs demandes.

Le tribunal administratif applique le droit administratif, essentiellement prétorien, c’est-à-dire forgé par le juge. Donc, de nombreux arrêts du Conseil d’Etat, au sommet de la juridiction administrative, ont été cités lors de l’audience.

Après un résumé des faits par le rapporteur, le rapporteur public a pris la parole : sa fonction est de proposer une solution juridique au Tribunal, libre de le suivre ou de statuer différemment. Citant moult jurisprudence, réduisant la pertinence de son raisonnement par l’occultation de faits déterminants, tel le paiement d’une part importante du loyer en francs français sur un compte au nom des Lawee dans une banque en France, il a conclu au rejet des demandes : le droit administratif ne s’appliquerait pas au contrat de bail, donc le Tribunal serait incompétent.

Et il a allégué : « Il n’est pas impossible de faire exécuter [le contrat] par le régime irakien ». Surprenant. Le 10 novembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a reconnu la qualité de réfugié à un Irakien homosexuel « confronté au risque de subir à nouveau des violences de la part de membres de sa famille sans qu'il lui soit possible d'obtenir une protection effective des autorités irakiennes » (n° 21011453). Quant au ministère des Affaires étrangères, son site Internet  recommande la « vigilance renforcée  » aux ressortissants français en Irak, et il liste les « risques encourus : terrorisme, criminalité organisée, activité des groupes paramilitaires », etc. Le quai d’Orsay attire aussi l’attention sur la « situation sécuritaire en Iran »  voisin…

Sous le regard semblant quelque peu goguenard du rapporteur public et celui attentif de la Présidente, Me Jean-Pierre Mignard, qui a confié dans sa plaidoirie avoir manifesté contre l’exécution des juifs irakiens en 1969, et Me Imrane Ghermi, avocats des ayants-droits des frères Lawee, ont argumenté, jurisprudence, doctrine, réalisme et logique à l’appui, sur le caractère administratif du contrat de bail de 1964 et donc la compétence du Tribunal administratif de Paris.

Comment imaginer que l’Etat français et les frères Lawee exilés aient pu choisir en 1964 de contracter un bail régi par le droit irakien ? Le ministère français des Affaires étrangères a rédigé en français ce contrat car il était administratif. De plus, aucune référence au juge ou au droit irakien n’y est mentionnée, et l’essentiel du montant du loyer est versé en francs français dans une banque française. Ce qui résultait de la volonté des deux contractants et parait logique : il est impensable que ce ministère, sourcilleux quant à sa souveraineté, ait pu accepter la primauté du droit irakien sur celui français.

Les avocats ont démontré que le contrat de bail signé entre la France et les propriétaires Lawee réunissait les critères alternatifs du contrat administratif (CE, sect., 8 avril 1956, Époux Bertin, n°98637). D’une part; la présence de clauses exorbitantes du droit commun bénéficiant au seul gouvernement français : dénonciation du bail à l’expiration d’un préavis de deux mois en cas de fermeture des bureaux de l’ambassade (article 7 dudit contrat), résiliation unilatérale sans justification ni compensation en respectant un préavis d’un mois (article 12). Et, d’autre part, la participation directe au service public : activités d’état-civil du consulat et diplomatiques de l’ambassade, Résidence aménagée spécifiquement en fonction de ces missions.

Ils ont envisagé la responsabilité de la France pour faute et sans faute, en raison de la théorie dite du fait du Prince - soumission de la France à la législation antisémite irakienne influençant l’exécution du contrat - ainsi que pour enrichissement sans cause : en ne payant pas ses loyers aux propriétaires, la France s’est enrichie en appauvrissant son créancier bailleur.

Ils ont procédé par étapes, en démontrant comment un même fait engageait la responsabilité de l’Etat sur des fondements distincts. Par exemple, l’arrêt du paiement des loyers constitue une modification unilatérale du contrat engageant la responsabilité de l’Etat. La conclusion d’un nouveau contrat de bail, plus avantageux pour la France avec l’Irak en 1978, s’interprète comme une résiliation unilatérale du contrat originel, sans information, ni préavis ni indemnisation, et donc comme une faute de l’Etat. Ces deux actes traduisent aussi le fait du Prince, c’est-à-dire « un évènement extérieur, imprévisible, manifestant la supériorité du pouvoir de l’Etat sur ses cocontractants ». Rien ne justifiait que cessât en 1974 le paiement du loyer en France, pays où ne s’appliquait pas la législation antisémite irakienne. La France avait le choix d’agir autrement : elle aurait pu résilier le contrat dans le respect de ses clauses, et quitter la Résidence pour un autre emplacement à Bagdad. L’action de l’État français était par conséquent « volontaire, illégale, et fautive ».

Une activité administrative ou un service public peuvent être qualifiés de français malgré leur caractère d’extranéité, et le juge administratif est compétent pour tout contrat régi par le droit administratif (CE, sect., 19 novembre 1999, Tégos, n°183648). Même conclu et exécuté hors de France, ce contrat de bail concernant l’activité de l’administration à l’étranger est administratif, et régi par le droit administratif.

C’est donc à bon droit qu’a été saisi le Tribunal administratif de Paris, pouvant seul statuer quand aucun tribunal administratif n’est compétent pour juger d’un litige (article R. 312-19 du Code de justice administrative).

Ces deux avocats ont souligné combien, en se soumettant à la législation antisémite irakienne, la France avait commis une faute « au regard de son histoire » – responsabilité reconnue dans la déportation des juifs de France - et de sa culture. Elle a aussi perpétré un acte illégal car violant ses textes fondamentaux - articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, article 1er de la Constitution de 1958 -, « sa devise républicaine, ses lois (loi Gayssot), ses déclarations et plans de lutte contre l’antisémitisme, ses engagements européens - article 21 § 1 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (UE), Convention européenne des droits de l’Homme dont la France a été corédactrice (1974) - et internationaux ratifiés : Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de racisme (21 décembre 1965), Pacte sur les droits civils et politiques (16 décembre 1966) adoptées dans le cadre des Nations unies.» 

Le fait du Prince est une décision de l’Administration, ouvrant droit à indemnité au profit du titulaire d’un contrat administratif, lorsqu’elle lui cause un préjudice, c’est-à-dire lorsqu’elle affecte substantiellement les stipulations du contrat ou ses conditions d’exécution. En l’occurrence, il s’agit de la décision de l’Etat français de se soumettre à la législation irakienne discriminatoire, et de décider de payer les loyers aux autorités irakiennes, à la place des propriétaires légaux. Un acte imprévisible en 1964. Si l’Etat français n’avait pas d’alternative à la soumission à la règlementation irakienne, il pouvait continuer à verser la part des loyers, en francs français sur un compte bancaire en France, aux propriétaires juifs. Le non-paiement durant plus d’un demi-siècle des loyers a causé « un préjudice spécial et anormal aux propriétaires devant être entièrement indemnisés pour rétablir l’équilibre financier du contrat. La famille Lawee demeure toujours propriétaire (cadastre, registre), mais les éléments composants le titre de propriété – usus, abusus, fructus – ont été substantiellement affectés par l’attitude commune de la France et l’Irak ».

Le rapport des trois experts judiciaires irakiens indique que le loyer, réglé actuellement par la France à la municipalité de Bagdad pour la location d’un seul des lots loués par les Lawee à la France, représente une part faible du prix du marché locatif bagdadi. Ainsi, le contrat de bail entre la République française et la mairie de Bagdad fixe en 2018, pour les dix années suivantes, un loyer annuel de 48 millions d'IQD pour la parcelle où se trouve la Résidence. Or, pour 2018, ces experts ont évalué le loyer annuel de cette parcelle à 193,33 millions d'IQD, et, pour les trois parcelles à 440,80 millions d'IQD. L’État français s’acquitte ainsi d’un loyer représentant près du quart (24,82 %) de la valeur locative du marché bagdadi calculée par ces experts. Il bénéficie depuis lors d’un enrichissement injustifié, aux dépends de la succession Lawee qui, elle, s’est appauvrie. L’enrichissement sans cause est constitué.

Les avocats ont réclamé le montant total d’arriérés locatifs dus par le gouvernement français à leurs clients : 3.063.864,06 USD entre 1969 et 2002 (loyers en Dinars irakiens), 5.481.580,87 USD entre 1974 et 2002 (loyers en Francs français), 7.037.904,30 USD entre 2003 et le 1er juin 2024. Soit au total : 15.583.349,23 USD ou 14.482.790,31 euros. Cette somme doit être assortie des intérêts, compensatoires et moratoires, au taux légal à compter de la date de la réclamation préalable. 

Les requérants « se sont sentis trahis, humiliés, par la France, patrie des droits de l’homme. Ils ont dialogué sans ébruiter l’affaire depuis 2021 ». Ils sollicitaient sept millions d’euros au titre de leur préjudice moral. 

Les deux avocats ont répondu au mémoire en défense du 23 octobre 2025 du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui avait conclu à l’incompétence du Tribunal administratif, et donc au rejet de leur requête. Un mémoire émaillé d’erreurs factuelles sur la durée du contrat et le montant du loyer ainsi que les modalités de paiement, d’allégations non étayées de preuves – non communication d’une prétendue lettre du ministère des Affaires étrangères réclamant à Mᵉ Lucien Bouchard la transmission du bail initial à laquelle les ayants-droit n’auraient pas répondu - et d’arguments juridiques infondés. Et ce ministère a refusé de verser aux débats des pièces qu’il citait.

Il a avancé essentiellement la loi de 1950 sur la déchéance de nationalité des ressortissants irakiens de confession juive souhaitant quitter l’Irak, la loi du 10 mars 1951 sur « le contrôle et la gestion des fonds des Juifs dont la citoyenneté a été perdue », et la prescription quadriennale frappant les sommes dues.

Or, cette loi irakienne de 1950 ne s’applique pas en l’occurrence, car les frères Lawee avaient quitté légalement l’Irak dès 1948, et sans se rendre en Israël. Aucune déchéance de nationalité ne leur a jamais été notifiée par le gouvernement irakien sur la base de cette loi. Ainsi, les passeports irakiens de la famille Lawee avaient été renouvelés en 1952, 1953, 1957 et 1961.

Quant à la loi de 1951, elle prévoyait une procédure de retour des juifs en Irak dans un délai de deux mois ; à défaut de retour, les juifs étaient considérés comme ayant définitivement quitté le pays, et étaient déchus de leur nationalité irakienne. Or, la famille Lawee n’a pas été informée de cette loi. Sa citoyenneté lui ayant été retirée, elle a opté pour la nationalité canadienne pour éviter d’être apatride.

Le bail signé par l’ambassade de France avec le gouvernement irakien en 1978 s’est effectué par l’intermédiaire du « Secrétariat général pour l’administration des biens des Juifs qui ont été privés de la nationalité Irakienne », un « organisme spécialement affecté à la gestion de biens spoliés sur la base d’un motif religieux ». Le ministère français des Affaires étrangères n’a montré aucune « réticence à une situation qui rappelait pourtant exactement celle dans laquelle se sont trouvés de nombreux biens juifs français gérés par le Commissariat général aux questions juives (1941-1944) durant la période de l’Occupation allemande lors de la Seconde guerre mondiale ».

Le Conseil d’Etat « a confirmé la possibilité d’engager la responsabilité sans faute de l’Etat français résultant de l’immunité d’exécution consentie par la loi française à un souverain étranger (CE, 10 juil. 2023, req. n°454276, 454277 et 461669). Selon la doctrine, le Conseil d’Etat a cherché, par cet arrêt, à « compenser la courtoisie que l’Etat français a manifesté à ce souverain au détriment des intérêts du créancier. Ce cas d’espèce peut être rapproché de la situation des membres de la famille LAWEE, lesquels ont subi les conséquences excessivement dommageables de l’attitude complaisante de la France à l’égard des autorités irakiennes et de sa législation discriminatoire. »

La succession Lawee a souhaité une « solution globale avec le ministère des Affaires étrangères portant sur le statut de l’immeuble, la vente éventuelle de celui-ci à l’ambassade de France qui avait fait de nombreux travaux, et d’obtenir le paiement des loyers dus. Il s’agissait d’une négociation amiable, globale et en des termes équitables. Le paiement des loyers perçus ne saurait s’analyser comme une « libéralité », c’est-à-dire un « don généreux » (dictionnaire Le Robert), tel que l’affirme non sans condescendance le Ministère dans sa lettre du 19 mars 2024, mais bien comme une véritable dette de l’Etat français. » 

Les avocats ont insisté sur le manque de transparence et la duplicité du ministère français des Affaires étrangères. Le 24 mars 2022, ils avaient adressé leur dossier à Mᵉ Ali Al-Yaqoobi, avocat irakien inscrit au barreau de Bagdad, recommandé par ce Ministère et l’ambassade de France à Bagdad. Après avoir « étudié le dossier à l’ambassade » – sans même en avoir informé au préalable la succession Lawee et ses avocats –, Mᵉ Ali Al-Yaqoobi a affirmé que « rien ne pouvait être fait dans l’intérêt de la famille Lawee. Joint de nouveau par la succession Lawee », il confia que « travailler sur un tel dossier (…) pose des problèmes dangereux ici où tout est compliqué, en particulier dans ce domaine ». Il n’a pas répondu aux relances des avocats de la succession Lawee. Or, le ministère des Affaires étrangères a joint à son mémoire en défense la consultation juridique du 3 novembre 2024 de cet avocat irakien ! « L’attitude de Mᵉ Ali Al-Yaqoobi est contraire aux règles élémentaires de la déontologie puisque manifestant un indéniable conflit d’intérêts. Quant aux deux autres avocats irakiens indiqués par un diplomate français, Mᵉ Jawad Khalaf et Mᵉ Mohammed Koperly, ils ont demandé des honoraires exorbitants avant d’engager toute action, puis ont abandonné toute prestation. Par peur de s’aliéner l’administration irakienne par ce dossier sensible. » 

La succession Lawee ne pouvant entrer en Irak, elle ne disposait d’aucun droit au recours devant les autorités irakiennes, et ses avocats s’en étaient remis à l’ambassade de France pour contacter le Premier ministre irakien et son Conseiller à la sécurité nationale ainsi que l’administration irakienne afin de savoir si cette dernière était prête à dialoguer avec elle. Seule la France, en tant qu’Etat, pouvait accomplir cette médiation en raison de ses « anciens liens d’amitié et de coopération avec l’Irak : depuis 1933, elle est liée à la République d’Irak par 77 accords, dont le plus récent est un Traité de Partenariat stratégique signé le 26 janvier 2023 par le Président Emmanuel Macron. Si l’Etat français ne pouvait contester la décision unilatérale et souveraine du gouvernement irakien de « geler » le bien des frères Lawee, il pouvait, en raison de ses relations privilégiées avec l’Irak, au moins s'efforcer d’infléchir la situation en faveur de ses bailleurs originels. Las ! L’effondrement institutionnel de l’Irak est attesté par des chercheurs et experts le décrivant comme « en cours de désintégration ». Par comparaison, le nouveau gouvernement syrien, musulman, a confié à une association juive la mission de proposer un plan de restitution des biens juifs spoliés sous le régime du clan Assad. 

De plus, la consultation de Mᵉ Ali Al-Yaqoobi confirme que la succession Lawee ne pouvait bénéficier du régime de réparation évoqué par ce ministère : cet avocat indique que la loi irakienne sur la nationalité n°26 de 2006 permettant à tout Irakien, dont la nationalité irakienne a été révoquée pour des raisons politiques, raciales ou sectaires de la récupérer, exclut ceux ayant perdu la citoyenneté irakienne en vertu de la loi n°1 de 1950 et de la loi n°12 de 1951, c’est-à-dire aux juifs irakiens. Ainsi, selon lui et « en théorie », seule une nouvelle loi sur le statut des juifs irakiens souhaitant retourner en Irak, ou un hypothétique recours devant la Cour Suprême Fédérale d’Irak afin de contester la loi n°26 de 2006, permettraient à la succession Lawee d’être réintégrée dans ses droits. Des évènements si peu probables... 

La référence à l’article 41 de la convention de Vienne par le ministère est hors sujet, car il vise les agents diplomatiques bénéficiant de privilèges et immunités sur le sol étranger.

Les avocats ont demandé la communication de lettres adressées par Ezra Lawee au ministère français des affaires étrangères le 29 janvier 1975, puis le 19 janvier 1977, et les réponses apportées par le Ministère, tous documents évoqués par ce ministère. En vain.

Pour déterminer les montants des loyers versés par l’État français aux propriétaires Lawee jusqu’en 1974, ils ont demandé au Tribunal d’enjoindre au ministère de « produire une copie du registre récapitulant l’intégralité des dépôts et versements par l’Etat français de loyers afférents au bail litigieux ». Pour estimer le montant des loyers dus entre 2003 et 2024, les requérants ont recouru au rapport du 28 mai 2023 par lesdits trois experts judiciaires. 

Quant à l’éventuelle prescription, elle ne pouvait être opposée aux requérants car, dès les 29 janvier 1975 et 19 janvier 1977, les Lawee avaient écrit au ministère français des Affaires étrangères pour obtenir le paiement de l’arriéré locatif. Les requérants ont demandé au Tribunal d’ordonner audit ministère de communiquer ces lettres et les réponses du ministère qui était informé dès 1975 de son occupation sans titre de biens dont la succession Lawee demeure juridiquement la propriétaire, en droit irakien.

L’article 3 de la loi du 31 décembre 1968 dispose que la "prescription ne court pas contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l’intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure". Certes, sauf la lettre de Mᵉ Lucien Bouchard le 2 mars 2004, la succession Lawee et ledit Ministère n’ont pas correspondu durant des années. Les Lawee et leurs familles ont du affronter les problèmes des exilés pour survivre. Déçus, découragés par l’attitude de la France, ils ont désespéré. Ce qui explique leur long silence. C’est la 3e génération, celle des petits-enfants de Khedouri et Ezra Lawee qui a décidé, souvent après le décès de ses aînés, d’agir afin que justice lui soit rendue. Ces faits dramatiques sont assimilables à un fait de force majeure. Plus d’un demi-siècle après avoir transporté des juifs vers les camps nazis d’extermination, la SNCF (Société nationale des chemins de fer français) a été condamnée en 2001 par le Tribunal administratif de Toulouse saisi par des familles de déportés juifs pour avoir transporté des juifs à Drancy en 1944 (TA Toulouse, 6 juin 2006, Guidéon et Lipietz : AJDA 2006, p. 2292, note Chrestia). La jurisprudence du Conseil d’Etat se réfère à l’attitude de l’Administration pour ne pas appliquer la prescription quadriennale, notamment si celle-ci "a été de nature à détourner le créancier de l’exercice de ses droits". 

En sortant de l’audience, Me Jean-Pierre Mignard a affiché la détermination de ses clients et la sienne à éventuellement interjeter appel ou recourir à des mesures d’exécution afin d’obtenir justice. Il a confié aussi avoir bien connu Jacques Barrot, père de l’actuel ministre des Affaires étrangères...

Silences
Quel silence d’organisations de lutte contre l’antisémitisme, notamment juives ! Rien dans la newsletter du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Aucun post sur les réseaux sociaux. Pas de communiqué de presse. Idem pour des médias communautaires. Pourtant les Lawee sont issus d’une des plus anciennes communautés juives et l’antisémitisme s’avère prégnant dans cette affaire… Et le CRIF et la LICRA se sont battus pour la liberté des Juifs d’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) et de Syrie.

Pourquoi aucun dirigeant d’organisations censées lutter contre l’antisémitisme ne n’est-il exprimé officiellement, publiquement, sur l’affaire Lawee ? Ignorance ? Pourtant, depuis l’été 2025, la presse française et étrangère – américaine, israélienne, canadienne, britannique - ont consacré moultes articles à cette affaire hors norme.

Indifférence ? Cynisme ? Trop grande proximité avec le pouvoir ? Cécité plus ou moins volontaire? Conception erronée et étroite de leurs fonctions ? Habitude malsaine à l’inaction dont ont pâti notamment des Juifs spoliés, dont Monica Waitzfelder (« L’Oréal a pris ma maison. Les secrets d’une spoliation ») et le Dr Lionel Krief ? Conscience de leurs faiblesses ? Faible capacité à analyser l’actualité ? Peur d’affronter l’Etat ou le « gouvernement des juges », ou volonté de se préserver du malheur affligeant des victimes d’antisémitisme ? Déconnexion de la réalité ? Dédain commun avec des élites « sachantes » hexagonales pour le vulgum pecus (commun des mortels, multitude ignorante) ? Agacement envers des coreligionnaires qui viendraient troubler leur train-train quotidien caractérisé par un entre-soi malsain avec des dirigeants politico-médiatico-communautaires, de Bruxelles à New York via Bruxelles ou Londres, et réclament – naïvement ? Impudemment ? – justice, voire simplement le respect des valeurs de la France ? Ou z’avaient tous piscine, ces happy few ?

L’affaire Lawee concerne des sujets tabous : l’antisémitisme islamique, l’exil contraint de près d’un million de juifs du monde musulmans ou/et arabe des années 1940 aux années 1970, la « politique arabe » de la France, la permanence de l’antisémitisme du quai d’Orsay analysé  par David Pryce-Jones dans « Un siècle de trahisons. La diplomatie française, les Juifs et Israël, 1894-2007  », sa force perdurant malgré la réforme initiée par le Président de la République Emmanuel Macron qui exprime une hostilité maximale envers Israël, l’inexistence historique du « vivre ensemble » au centre de la doxa...

L’affaire Lawee, c’est aussi le révélateur de l’inutilité d’organisations communautaires, souvent mondaines. Pire, de leur rôle néfaste dans la diffusion du bla bla bla sur la « détermination-des-autorités-françaises-à-lutter-contre-l’antisémitisme ». Comme l’affaire du Dr Lionel Krief, mais à un degré plus élevé, c’est un antisémitisme d’Etat que ces organisations « ne sauraient voir ». 

J’ai sollicité l’avis de Yonathan Arfi, Président du CRIF, Me Elie Korchia, et David Amar, Présidents des Consistoires respectivement de Paris Ile-de-France et de France, du Grand Rabbin de France Haïm Korsia, de Me Muriel Ouaknine-Melki, Présidente de l’Organisation juive européenne (OJE), du Collectif Nous vivrons , d’Arié Bensemhoun , Président d’ELNET (European Leadership Network) France , de l’Observatoire des Juifs Réfugiés des Pays Arabes  (OJRPA), l'INSSEF  (Institut Européen du Monde Séfarade), Shannon Seban , Secrétaire nationale Les Républicains, auteure de « Française, juive, et alors ? » et Directrice de Combat Antisemitism Movement , de Simone Rodan-Benzaquen et d’Anne-Sophie Sebban-Bécache, directrices, respectivement la première jusqu’en décembre 2025 et la seconde depuis janvier 2026, de l’AJC (American Jewish Committee) France, de l’Elysée et du ministère des Affaires étrangères, ainsi que de trois députés de la majorité présidentielle représentants des Français établis hors de France  et membres de la Commission des affaires étrangères  : Christopher Weissberg , élu (Ensemble pour la République) de la 1re circonscription (Etats-Unis, Canada), Amélia Lakrafi , élue apparentée au groupe Ensemble pour la République, de la 10e circonscription qui englobe l’Irak, et Caroline Yadan , élue, apparentée au groupe Ensemble pour la République, de la 8e circonscription qui comprend l’Etat d’Israël.

A l’Elysée, Eva Machado, Chargée de projet au Service de Presse, m’a écrit le 21 janvier 2026 : « Je vous laisse prendre attache avec le Quai d’Orsay concernant cette demande. » Je lui ai répondu : « Je sollicitais l'opinion du Président de la République car les Affaires étrangères relèvent du "domaine réservé ou partagé" du Chef de l'Etat. L'affaire Lawee est grave, et revêt des enjeux variés : juridiques, moraux, politiques, en terme d'antisémitisme, etc. Je vous serais reconnaissante de bien vouloir solliciter le Président de la République Emmanuel Macron ». Silence de l’Elysée.

Quant à Simone Rodan-Benzaquen, elle m’a indiqué le 22 janvier 2026 : « J’ai suivi un peu cette affaire mais je ne suis plus chez AJC depuis décembre ».

Le 20 janvier 2026, Caroline Yadan a posté  sur X, ex-Twitter :
« Fière et émue de l’ADOPTION ✅, aujourd’hui en Commission des lois, de ma proposition de loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme.
▶️ Renforcement du délit d’apologie du terrorisme ;
▶️ Création d’un nouveau délit d’appel à la destruction d’un État ;
▶️ Lutte contre la banalisation outrancière et la minoration de la Shoah.
Des mesures fermes et courageuses, pour adresser un message clair à nos concitoyens : la France protège, sans condition, tous ceux qui vivent sur son sol. Elle le fait avec la force du droit, la clarté des principes et la fidélité à son histoire. »

Bravo ! Il y aurait donc une banalisation « non démesurée », « non excessive » de la Shoah qui serait légale, moralement acceptable. Un triomphe du « en même temps » macronien ? Et qui va apprécier cette « banalisation outrancière » ? Des juges laxistes envers l’antisémitisme dans les « territoires perdus de la justice » ? 

Le 20 janvier 2026, le Sénat a adopté  une loi anti-squat.

Le 22 janvier 2026, le tribunal de Nanterre a condamné  le Palestinien ayant agressé le rabbin Elie Lemmel en pleine rue, et à coups de chaise, le 6 juin 2025, à Neuilly-sur-Seine (92), à trente mois de prison, dont dix-huit mois ferme. Un procès médiatisé.

Le 27 janvier 2026, Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste , le Président de la République Emmanuel Macron a posté  sur X, sans écrire le mot « juif » : 
« En cette Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, la France se souvient.
Face au négationnisme qui tente d’effacer Auschwitz et les camps de la mort, à l’antisémitisme qui veut propager la haine de l’autre, la France ne transige jamais ».
C’est vrai, la France n’a pas transigé dans l’affaire Lawee : elle avait accepté de verser le loyer en monnaie irakienne au gouvernement irakien antisémite au lieu des frères Lawee, puis de ne plus verser de loyers en francs français aux propriétaires juifs, et elle a refusé tout accord amiable pour résoudre ce différend.

Ce même jour, l’Agence pour les droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne (UE) a rendu public son rapport  « Insufficient monitoring and recording hinder efforts to effectively tackle widespread antisemitism  » (« L’insuffisance de la surveillance et de l’enregistrement entrave les efforts visant à lutter efficacement contre l’antisémitisme généralisé »). Ce document indique  : « Les incidents antisémites doivent être correctement consignés, et les forces de l'ordre doivent être formées à la reconnaissance et à l'enregistrement des indicateurs de partialité. Ceci permettra d'appuyer les enquêtes sur ces incidents, indispensables aux poursuites judiciaires : sans preuves solides d'antisémitisme, les auteurs ne peuvent être poursuivis efficacement. Enfin, les auteurs de ces actes doivent se voir infliger des peines effectives, proportionnées et dissuasives ». En occultant l’affaire Lawee, tous ces dirigeants contribuent à des statistiques officielles ne reflétant pas la réalité. Ce qui ravit le pouvoir politique, renvoie une image flatteuse à des dirigeants communautaires problématiques et… alimente l’aliyah.

Le 28 janvier 2026, le Président Emmanuel Macron a déclaré, en groenlandais : « Le Groenland n’est ni à vendre, ni à prendre. Ce sont les Groenlandais qui décideront de leur avenir ». Beau respect du droit de propriété.

Le 28 janvier 2026, le Sénat  « a adopté  le projet de loi relatif à la restitution de biens culturels provenant d'États qui, du fait d'une appropriation illicite [entre 1815 et 1972], en ont été privés ». La « concrétisation d'une promesse du Président Emmanuel Macron lancée à Ouagadougou en 2017 ».

Le Grand Palais  expose les vitraux contemporains , d’un coût de quatre millions  d’euros, créés par l’artiste Claire Tabouret, fabriqués par l’atelier verrier rémois Simon-Marq, et qui remplaceront ceux de la cathédrale Notre-Dame de Paris créés par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), pourtant intacts malgré l’incendie et classés monuments historiques. La réalisation de la volonté du Président Emmanuel Macron exprimée dès décembre 2023, malgré la contestation de défenseurs du patrimoine. 

Bref, quand la France, ou Jupiter, veut, elle peut.

Mais, concernant la famille juive Lawee, la France, au plus haut niveau, ne veut pas.

Jugement
Le 2 février 2026, le Tribunal administratif de Paris a rejeté toutes les demandes des ayants-droit des frères Lawee. Un jugement rempli d’erreurs factuelles, allant contre des jurisprudences constantes et d’allégations non motivées.

Le jugement débute par la signature du contrat en 1964, sans évoquer le complément payé en francs dans une banque française sur le compte des frères Lawee.

Il présente un cadre législatif irakien depuis 1951 : par « la loi n° 5 du 10 mars 1951, les fonds des ressortissants juifs irakiens déchus de leur nationalité ont été gelés et par un amendement à cette loi intervenu le 25 septembre 1967, la citoyenneté irakienne a été retirée aux ressortissants de confession juive n’ayant pas révélé avoir obtenu une autre citoyenneté et leurs biens ont été gelés. […] Par une loi du 3 mars 1968, le gouvernement irakien a interdit les transactions liées à la location pour plus d’un an de tout bien appartenant aux personnes de confession juive. C’est dans ce contexte que les consorts Lawee, de confession juive, ont quitté l’Irak et se sont installés au Canada, pays dont ils ont acquis la nationalité en 1967. » Non. La famille Lawee a quitté l’Irak en 1948. On ne demandait pas au Tribunal de remonter au Farhud (1941), pogrom fomenté par le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, ni au discours comminatoire de Heykal Pasha, délégué égyptien, le 14 novembre 1947 au Comité politique de l’Assemblée générale de l’ONU annonçant l’exil d'environ un million de Juifs vivant dans le monde musulman en réaction à la partition onusienne de la Palestine mandataire, mais au moins aux lois de 1948 imposant de lourdes amendes aux juifs aisés, interdisant aux Juifs de quitter le pays. Mais c’était montrer le lien avec le refus islamique ou/et Arabe de la renaissance de l’Etat d’Israël dans sa terre historique.

Et le jugement continue : « Il est en outre constant que les consorts Lawee n’ont perçu de la part de l’Etat français aucun versement au titre des loyers de l’ambassade de France depuis l’année 1974 au moins. » Quid de l’arrêt du paiement des loyers en dinars irakiens en 1969 ? Pourquoi n’avoir pas précisé que l’arrêt de 1974 concerne le complément en francs français dans une banque française ?

Le jugement rappelle des faits : « En 1978, un bail relatif à cet immeuble a été conclu entre l’ambassade de France et un administrateur irakien « secrétaire général pour l’administration des biens des juifs qui ont été privés de la nationalité irakienne ». En 1983, un contrat de location a été signé entre l’ambassade de France et la ville de Bagdad, contrat qui a depuis été renouvelé à plusieurs reprises. » Pourquoi n’avoir pas indiqué les montants des loyers de ces contrats ? 

Puis le Tribunal rappelle les demandes des requérants : « Par une lettre du 1er mars 2024, M. Mayer Lawee, M. Selman Khazzam, M. Philip Khazzam, ayants droits de M Ezra Lawee et de M. Khedouri Lawee, ont demandé à l’Etat français le versement d’une somme de 22 583 349, 22 US Dollars au titre des préjudices matériels et moraux subis du fait du non-paiement des loyers depuis 1974 en contrepartie de l’occupation de l’immeuble par l’ambassade de France. Par une lettre du 19 mars 2024, la secrétaire générale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. Lawee et M.M. Khazzam demandent au tribunal de condamner l’Etat au paiement de la somme de 21 482 790, 31 euros, en réparation des préjudices matériels et moraux qu’ils estiment avoir subis du fait du non versement de ces loyers depuis 1974. » Non. Les montants sollicités par les ayants-droit des frères Lawee incluent le non-paiement des loyers depuis 1969. 

Curieusement, le Tribunal a débuté par son… incompétence : « Le juge administratif n’est pas compétent pour connaître d'un litige né de l'exécution d'un contrat qui n'est en aucune façon régi par le droit français. » Curieux de commencer d’une manière si partiale.

Le Tribunal présente son raisonnement sur le contrat de bail en posant la règle, puis en examinant le cas d’espèce : « Les contrats conclus par les services de l'État à l'étranger sont, à défaut de dispositions législatives ou réglementaires contraires, régis par la loi choisie par les parties, selon un choix exprès ou qui doit résulter de façon certaine des stipulations du contrat. A défaut, ces contrats sont régis par la loi du pays où ils sont exécutés. Or, il ne résulte d’aucune stipulation du contrat de bail conclu le 28 décembre 1964 entre M.M. Lawee et l’ambassadeur de France en Irak que les parties auraient souhaité soumettre ce contrat au droit français. La circonstance que le contrat de bail ait prévu une possibilité de résilier unilatéralement la convention de la part du locataire, prérogative existant notamment dans le régime général des contrats administratifs de droit français, étant insuffisante pour l’établir. De même, le fait que le contrat ait été rédigé en français, qu’il ait été signé par un représentant de l’Etat français pour héberger un service public français, que des compléments de loyers auraient été versés en France en francs français jusqu’en 1974, ou que le contrat de bail n’ait pas explicitement fait mention d’une juridiction irakienne en cas de litige, ne sauraient être regardés comme des éléments révélant le choix des parties de soumettre la convention au droit français. » En droit administratif, un seul de ces critères suffit pourtant à qualifier le contrat d’administratif, et leur cumul, plus pertinent qu'un faisceau d'indices, associé à l’absence de « mention d’une juridiction irakienne en cas de litige », ne convainc pas le Tribunal ! Comprenne qui pourra… On s'interroge : quel élément aurait pu être considéré par le Tribunal comme décisif pour qualifier le bail de contrat administratif ? Une mention expresse de soumettre le contrat au droit administratif ? Une exigence formelle que le juge administratif n'exige pas généralement, a fortiori quand les critères alternatifs sont réunis. De plus, le Tribunal ne motive pas son refus de reconnaitre le caractère administratif du contrat. Ce qui n’est pas légal. Et le Tribunal recourt au conditionnel pour évoquer le montant additionnel versé par la France en francs français dans une banque française… Le refus même du ministère de communiquer le relevé depuis 1964 des montants versés en francs français par la France aux bailleurs ne suscite aucune interrogation du Tribunal !? 

Le Tribunal en conclut à son incompétence pour juger de la responsabilité contractuelle de l’Etat : « Les conclusions des requérants tendant à l’engagement de la responsabilité contractuelle de l’Etat sur les différents fondements précités doivent être regardées comme étant présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître ».

Cette incompétence du Tribunal entraine le rejet des conclusions sur la responsabilité délictuelle de l’Etat : « Par ailleurs, le juge administratif […] ne saurait davantage, le contrat n'ayant pas été déclaré nul par le juge compétent, connaître des conclusions subsidiaires des intéressés tendant, dans une telle hypothèse, à l'engagement de la responsabilité quasi-contractuelle de l'Etat sur le fondement de l'enrichissement sans cause ».

Le Tribunal refuse de retenir « l’engagement de la responsabilité sans faute du fait de l’immunité d’exécution des Etats étrangers ». Il invoque divers textes : selon « une règle coutumière du droit public international que les Etats bénéficient par principe de l’immunité d’exécution pour les actes qu’ils accomplissent à l’étranger. Cette immunité fait obstacle à la saisie de leurs biens, à l’exception de ceux qui ne se rattachent pas à l’exercice d’une mission de souveraineté. En vertu du quatorzième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère le Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, « la République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international ». L’article L. 111-1 du code des procédures civiles d’exécution prévoit que l’exécution forcée et les mesures conservatoires ne sont pas applicables aux personnes qui bénéficient d’une immunité d’exécution… La responsabilité de l’Etat est, par suite, susceptible d’être recherchée, sur le fondement de la rupture de l’égalité devant les charges publiques, dans le cas où son application entraîne un préjudice grave et spécial ».

Le Tribunal refuse d’admettre la responsabilité sans faute de l’Etat, et donc d’allouer des dommages et intérêts aux requérants : « Dès lors que le présent litige n’est pas lié à l’action d’un Etat étranger sur le territoire français, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la responsabilité de l’Etat est engagée sur le fondement de la responsabilité sans faute du fait de l’immunité d’exécution dont bénéficient les Etats étrangers. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement doivent être rejetées » Les avocats des ayants-droit avaient pourtant prouvé l’engagement de la responsabilité sans faute de l’Etat dans les relations interétatiques.

Le Tribunal conclut en faisant droit à la thèse du ministère des Affaires étrangères ayant allégué son incompétence : « Il résulte de ce qui précède que la juridiction administrative n’est pas compétente pour connaître des conclusions présentées par M. Lawee et M.M. Khazzam et que l’exception d’incompétence soulevée par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères en défense doit être accueillie ».

En lisant les conclusions du ministère des Affaires étrangères et ce jugement, je pensais aux articles de Maurice Duverger, alors chargé de conférences à la faculté de droit de Bordeaux, publiés sous le régime de Vichy par la « Revue de droit public et de la science politique ». En juin et décembre 1941, un de ses articles en deux parties, « La situation des fonctionnaires depuis la révolution de 1940 », portait sur les lois d’exclusions des juifs de la fonction publique. Agrégé de droit en 1942, devenu un constitutionnaliste réputé, Maurice Duverger avait ensuite allégué que son article « se voulait purement scientifique, c’est-à-dire descriptif et neutre Selon l’usage, l’auteur  n’avait pas à juger du bien-fondé de ces mesures. Une expression était jugée particulièrement malheureuse, celle qui qualifie « d’intérêt public » ces lois de bannissement. Maurice Duverger affirmait avoir donné à cette expression un sens exclusivement juridique, signifiant que les juifs étaient en droit d’exiger des indemnités de l’administration pour en avoir été chassés. » Mais certains juristes ont interprété cet article comme une légitimation de lois antisémites du régime de Vichy.

C'est un jugement scandaleux. Malgré la réunion des critères jurisprudentiels du contrat administratif dans le bail, malgré le paiement du loyer en francs français à une banque en France, c'est... le droit irakien qui s'appliquerait !? Plus précisément la sharia ? Et les ayants-droits juifs seraient réduits à la dhimmitude sans bénéficier de l’égalité de droit bénéficiant à tout justiciable français ? C’est comme si un tribunal disait à un juif français, réfugié au Canada sous l’Occupation nazie et le régime de Vichy : « Allez revendiquer vos droits devant un Tribunal français épuré de ses magistrats juifs et qui a édicté des Statuts des juifs ! »

Pourquoi le Tribunal n’a-t-il pas suivi les jurisprudences constantes en matière de contrat et de responsabilités administratifs ? Pour ne pas condamner l’Etat français ? Pourquoi ? Ce serait le « pot de terre contre le pot de fer » ? Pourtant, le juge administratif a déjà condamné l’Etat français dans des affaires sensibles…

Ce tribunal a scellé, certes provisoirement, l’impunité de la France débitrice. Tel un magicien, il a fait disparaitre une dette importante. Volatilisé, l’arriéré locatif ! Le Tribunal a annulé de jure une dette locative importante, et affiché une partialité envers les gouvernements français et irakien. Car seule la France devait rendre la justice dans ce procès. Pas l’Irak antisémite. En 2025, IMPACT-se et la Ronald S. Roadburg Foundation a présenté un rapport  sur « 38  exemples parmi les plus alarmants du programme scolaire 2024-2025, extraits de 21 manuels de sciences humaines – dont langue et littérature arabes, Coran/éducation islamique, sciences sociales et histoire – et les a évalués au regard des critères de l'UNESCO en matière de paix et de tolérance. La plupart des contenus problématiques des éditions précédentes sont conservés et republiés pour l'année scolaire en cours… Le tableau d'ensemble est préoccupant. Le djihad violent et le martyre sont glorifiés – même dans les cours de langue – et les élèves sont encouragés à considérer le sacrifice de soi comme honorable… Les stéréotypes antisémites sont récurrents : les Juifs sont dépeints comme fourbes ou hostiles, des épisodes clés comme le pogrom de Farhud et la Shoah sont passés sous silence, et Israël est effacé ou réduit à une simple « entité sioniste » raciste et coloniale, les liens juifs avec Jérusalem étant niés. Les chrétiens et les autres non-musulmans sont parfois présentés comme étant dans l'erreur ou voués au châtiment. Ces tendances soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la manière dont le système éducatif irakien aborde la tolérance, la diversité et l'égalité des sexes, et quant au non-respect persistant des normes internationales. » Et c’est devant des magistrats éduqués dès leur plus jeune âge dans la haine des Yahud (juifs, en arabe) que justice pourrait être rendue à la succession Lawee ? La Présidente ayant rédigé ce jugement aurait ignoré ce rapport, parmi d’autres, et n’aurait fait qu’appliquer le droit, rien que le droit, et tout le droit ?

Si le jugement liste des lois antisémites de l’Irak, comment qualifier les actes de l’Etat français acceptant en 1969 les mesures antijuives irakiennes, décidant seul de cesser de verser le complément de loyer en francs français aux propriétaires juifs, tirant un profit considérable de ces vilénies, squattant trois biens de la succession Lawee depuis plus d’un demi-siècle, agissant en médiateur avec les autorités irakiennes par des actions imprécises, vaines, chronophages, comme si la France n’avait rien à se reprocher ?

« Ce jugement, dont nous allons faire appel, revient à donner une compétence à un Tribunal chiite de Bagdad pour juger du préjudice subi par la famille Lawee. Ce qui est surréaliste », ont commenté les avocats de la succession Lawee.

En suivant les conclusions de rejet du rapporteur, le Tribunal a ouvert une boite de Pandore qu’il appartiendra à la Cour administrative d’appel de Paris de fermer au plus tôt. Dans l’intérêt de la France dont le déni de justice, risque à terme une condamnation par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).

En effet, ce jugement du « gouvernement des juges » va susciter une méfiance fondée chez tous les cocontractants à l’étranger du gouvernement français. Le contrat signé par les frères Lawee est un contrat-type élaboré par le ministère français des Affaires étrangères qui le propose, ou l’impose à ses bailleurs. Qui va désormais louer un bien immobilier à la France cherchant, par exemple, un lieu pour y loger son ambassade, son consulat ou ses diplomates, et célèbre désormais mondialement pour être mauvaise payeuse ? Combien de bailleurs vont demander à renégocier leurs contrats signés avec le gouvernement français, au cas où… ? Aucun n’est à l’abri de cette jurisprudence administrative. Même avec un contrat « bétonné ». A moins que le gouvernement français n’ait pas acquitté ses loyers uniquement à des propriétaires juifs…

Si la France perdait cette affaire, elle aurait le choix entre acheter ou quitter la Résidence. Elle sait qu’elle ne trouverait pas ailleurs dans Bagdad, une résidence aussi magnifique et sécurisé que Beit Lawee pour son ambassade et son consulat.

Après le jugement
Pure coïncidence ? Ce même 2 février 2026, Le Monde  révélait que deux mandats d’amener avaient été délivrés fin juillet 2025 visant deux Franco-israéliennes : Nili Kupfer-Naouri, fondatrice et présidente de l’association Israel Is Forever, et Rachel Touitou, porte-parole du collectif Tsav 9. Et ce, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour « complicité de génocide » et « provocation publique et directe au génocide ». Elles sont soupçonnées d’avoir participé, entre janvier et novembre 2024, et en mai 2025, à des actions de blocage de l’aide humanitaire à Gaza ; une grande partie de cette aide gratuite était volée par les djihadistes qui la revendaient au marché noir. A l’origine : des plaintes avec constitution de partie civile déposées en novembre 2024 par l’Union juive française pour la paix (UJFP), Urgence Palestine, la FIDH, Al-Haq, une femme « franco-palestinienne » ayant de la famille à Gaza, etc. Ces plaintes  avaient été instruites, rapidement, par le Pôle Crimes contre l’humanité du Tribunal judiciaire de Paris. « Les avocats des plaignants qualifient cette procédure de « première mondiale » : une juridiction nationale enquêtant sur une complicité de génocide liée au blocage d’aide humanitaire ». C’est curieux que la France n’ait pas débouté les plaignants en arguant que la juridiction israélienne était seule compétente, ou qu’aucune Cour de justice internationale n’a affirmé qu’un génocide se déroulait à Gaza.

« C’est historique ! Pour la première fois, l’État français a reconnu l’existence et la persistance de lois raciales en Irak visant des minorités, notamment juives. Cette reconnaissance intervient à l’issue du procès intenté par une famille juive irakienne spoliée de ses biens et de son hôtel particulier, aujourd’hui loué à l’ambassade de France à Bagdad. Si le tribunal s’est déclaré incompétent, estimant que le litige relève du droit irakien, il a néanmoins acté une réalité majeure : ces lois discriminatoires sont toujours en vigueur. Une avancée juridique et symbolique déterminante dans la reconnaissance des spoliations subies », s’est réjoui Me David Dahan, Président de l’Observatoire des Juifs réfugiés des pays Arabes (OJRPA), interviewé le 5 février 2026 par Ilana Ferhandian sur Radio J, radio juive parisienne qui n’avait pas couvert l’audience, ni annoncé ou analysé le jugement. Cet avocat a éludé tous les aspects choquants de cette affaire, notamment l’antisémitisme de l’Etat français avalisant celui irakien et contribuant à la spoliation de la succession Lawee.

Le seul dirigeant d’une association juive française à avoir commenté ce jugement.

Le 7 février 2026, Sarah Aizenman, Présidente du Collectif nous vivrons, a participé à l’Elysée à une réunion sur la lutte contre l’antisémitisme en présence du Président de la République Emmanuel Macron et de ses conseillers. Elle n’a pas évoqué l’affaire Lawee, absente du rapport sur l’antisémitisme en 2025 de ce Collectif. Ignorance ? Indifférence ? Mépris ashkénaze pour les Sépharades ? Incompréhension des enjeux ?

Le 5 février 2026, quelques jours à peine après ce jugement, Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, a effectué  une visite  officielle à Bagdad. « M. Barrot, se trouve ce soir en Irak et il séjournera à l’ambassade de France dans ce pays. Ne sentez-vous pas que le sol de l’ambassade de France à Bagdad vous brûle les pieds ? [Le gouvernement français] ne peut pas se retrancher derrière une dispute juridique qui sera longue pour nier les droits de personnes exclues de leur bien du seul motif qu’elles étaient juives. [La France] peut-elle accepter, 80 ans après la spoliation des biens juifs durant l’occupation, de se déclarer aussi connivente d’une spoliation que notre droit, notre histoire et nos valeurs récusent ? », ont interrogé Mes Jean-Pierre Mignard et Imrane Ghermi dans un communiqué  à l’AFP.

Le 25 octobre 2024, sur Franceinfo, Jean-Noël Barrot avait déclaré : « Lorsque l'on se revendique de la civilisation comme le fait Benyamin Netanyahou, il faut montrer l'exemple et respecter le droit international ». La France donneuse de leçons de droit et de morale, dont elle s’affranchit si aisément, si durablement envers la succession Lawee… 


vendredi 13 février 2026

Le procès du gang des Barbares devant la Cour d'assises des mineurs de Paris (1/5)

En 2006, le jeune Français Juif Ilan (arbre, en hébreu) Halimi, âgé de 23 ans, était victime de rapt, de séquestration à Bagneux accompagnée d’actes de torture et d’assassinat antisémite, commis par le gang des Barbares dirigé par Youssouf Fofana. Ce gang a été jugé en 2009 par la Cour d'assises des mineurs de Paris. Le 25 octobre 2010, 18 des 25 condamnés dans l’affaire du gang des Barbares ont été jugés en appel devant la Cour d’assises des mineurs de Créteil (Val-de-Marne). Le procès s'est achevé le 17 décembre 2010Condamné en 2009 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté pour avoir séquestré, torturé et tué Ilan Halimi en 2006, Fofana a vu sa peine accrue par des peines additionnelles pour avoir commis des violences sur des surveillants. Pour le 20e anniversaire de la mort d'Ilan Halimi, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé le 13 février 2026 à 11 h à l'Elysée un discours lamentable d'échecs, instrumentalisant la lutte contre l'antisémitisme pour proposer une mesure peu démocratique, puis a planté un chêne dans le jardin de l'Elysée en hommage à la jeune victimeA Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), était inaugurée l'allée Ilan Halimi et dévoilée une "plaque devant un olivier symbole de paix et de rédemption en hommage au martyr d’Ilan Halimi".

A shorter version of this article was published in English by FrontPage Magazine
Une version abrégée de cet article a été publiée en anglais par FrontPage Magazine
De nouveau, c’est la même question : le procès se déroulera-t-il en audiences publiques ?

Comme lors de l’ouverture du procès le 29 avril 2009 devant la Cour d’assises des mineurs de Paris : deux accusés, dont « Yalda » (l’appât ayant attiré Ilan Halimi dans le piège), étaient mineurs à l’époque des faits.

Le principe devant les Cours d’assises, notamment de mineurs, est que les débats y sont publics. Cependant, devant la Cour d’assises des mineurs, la loi a réservé aux seuls mineurs à l’époque des faits la faculté de décider du huis clos, de la publicité restreinte ou de la publicité totale des débats . « Pour Mme Halimi, un procès public aurait une vertu pédagogique. Il permettrait de mieux comprendre l'engrenage criminel, de faire réfléchir parents et adolescents. C'est la loi du silence qui a tué son fils, il serait intolérable qu'elle s'impose encore aux assises, en cas de huis clos », s'indignait son avocat, Me Francis Szpiner, le 23 mars 2009.

Les mineurs de ce procès ont refusé des débats publics demandés par cet avocat. Les audiences ont été régies par la publicité restreinte qui, comme le huis clos, exclut le public et les médias.

Vingt-sept accusés comparaissaient pour des affaires au mode opératoire similaire : des Juifs ciblés comme tels attirés dans un piège par un « appât ».

Radio J avait couvert dans son blog le procès en appel du gang des Barbares

Les faits
En décembre 2005, à la demande de Youssouf Fofana, Alexandra S. contactait, à des fins professionnelles, Michaël D. qui possède un studio d’enregistrement à son domicile, et son fils Jimmy. Le 5 janvier 2006, alors qu’il la raccompagnait dans un immeuble à Arcueil (banlieue Sud de Paris), Michaël D. était agressé à coups de barre de fer par Jean-Christophe S. et par Youssouf Fofana, qui proférait « Sale juif, crève ! Sale youpin ! » Il a survécu grâce à l’intervention de locataires ayant entendu ses cris. Ses agresseurs ont fui, le laissant dans une mare de sang. Sur son crâne et son visage, le médecin a compté 96 impacts de coups.

Vendeur comme Ilan Halimi dans une boutique de téléphonie du boulevard Voltaire (Paris), Marc K. avait été contacté par « Léa » (Audrey) envoyé par Youssouf Fofana. Méfiant, il n’avait pas donné suite à ses avances.

Le 20 janvier 2006, attiré dans un traquenard par « Yalda », le jeune Ilan Halimi était kidnappé et amené à Bagneux, une banlieue près d’Arcueil. Là, il a été séquestré dans un appartement, puis dans un sous-sol, et torturé pendant 24 jours, tandis que le gang réclamait une rançon exorbitante à sa famille de condition modeste car il pensait que la communauté juive solidaire paierait. Le 13 février, Youssouf Fofana poignardait à plusieurs reprises Ilan Halimi et lui mettait le feu. Brûlé à 80 %, nu, la tête tondue, Ilan Halimi était laissé pour mort près d’une gare à Sainte-Geneviève-des-Bois (banlieue de Paris). Découvert par une automobiliste, il décédait lors de son transfert à l’hôpital. Il avait 23 ans. Il avait été enterré en France. Puis sa famille a décidé de son exhumation, puis inhumation le 14 octobre 2007 dans un cimetière de Jérusalem (Israël) en présence notamment de sa famille, de Jean-Michel Casa, ambassadeur de France en Israël, et de Joseph Haïm Sitruk, grand rabbin de France.

Un verdict rendu lors du chabbat
Le procès de 27 membres présumés du gang des Barbares s'était ouvert le 29 avril 2009. Après dix semaines de débats à publicité restreinte, la dernière audience s'est tenue le 8 juillet 2009. Puis le jury a délibéré pour statuer sur les éventuelles condamnations qu'il prononcera.

10 juillet 2009. Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), expliquait aux journalistes venus au Palais de Justice entrendre le verdict que ce procès concerne la société française :

« Si le procès s’était déroulé publiquement, il aurait montré les mécanismes dans un groupe de 50 personnes qui tous n’appartiennent pas à la bande, mais malheureusement étaient motivés par l’avidité, la lâcheté, l’antisémitisme, la soumission à l’autorité. Ces mécanismes ont fait du juif le bouc-émissaire rêvé… Je redoute que certains d’entre eux n’aient pas compris et que leurs excuses ne visaient qu’à rechercher une diminution de peine… Je suis choqué par la faiblesse des peines requises contre deux-trois accusés. Le père de l’un des accusés était au courant de l’enlèvement, et il n’a pas jugé utile d’en faire part. C’est extraordinairement grave ».
Youssouf Fofana a souri et applaudi en entendant sa condamnation à la réclusion à perpétuité, dont 22 ans de sûreté.

Les 26 co-accusés ont écopé de peines souvent moins lourdes que celles requises par l’avocat général Philippe Bilger, soit des peines de 18 ans de prison à six mois avec sursis et deux acquittements. Ainsi, un des lieutenants de Youssouf Fofana, « l’autre boss », a été condamné à 15 ans de réclusion, alors que l’avocat général avait requis 20 ans, et non 25 ans.

Me Françoise Cotta, Philippe Pétillault et Didier Seban, avocats d’accusés, se réjouissaient du verdict : « Il n’y a pas eu d’amalgame autour de Youssouf Fofana, ni de condamnation pour l’exemple ».

« Je me réjouis que le jury et la Cour d’assises de Paris ait reconnu le caractère antisémite du crime. Et c’est bien parce qu’il était juif qu’Ilan Halimi a été tué et torturé », affirmait Me Francis Szpiner. Indigné par la clémence à l’égard de co-accusés, il sollicitait du ministère public et de la Garde des Sceaux qu’ils interjetassent appel pour une dizaine de responsables : appât, ravisseurs, deux geôliers, tortionnaires. En effet, concernant les peines prononcées, les parties civiles sont dépourvues de cette faculté .

Appel du parquet visant 18 des 27 accusés
« La présidente était exceptionnelle. Le jury hors du commun. C’est un verdict équilibré », se félicitait Philippe Bilger, avocat général, sur Judaïques FM, le 12 juillet 2009. Une manière de signifier qu’il n’interjetterait pas appel.

« Si le verdict est exemplaire, pourquoi la Cour n’a-t-elle pas suivi les réquisitions de l’avocat général ? », ironisait Me Patrick Klugman, conseiller de Paris.

Quant au CRIF, il espérait que, « s’il y a appel, la législation permettra à ce nouveau procès d’être public, l’excuse de minorité étant clairement inadaptée ». En effet, si la proposition de loi déposée le 8 juillet 2009 par les députés François Baroin et Jack Lang était votée à l’automne 2009, alors les débats devant la Cour d’assises des mineurs seront publics « à moins que la publicité ne soit dangereuse pour l’ordre ou les mœurs », et dans ce cas, c’est cette Cour, et non un accusé, qui décidera du huis-clos.

Me Francis Szpiner et les dirigeants communautaires admettaient la hiérarchie de responsabilités et l’individualisation des peines. Mais ils critiquaient l’inadaptation de la répression au crime.

Le 13 juillet, à la demande de la ministre de la Justice, le parquet général de Paris annonçait un appel des condamnations inférieures aux réquisitions de l'avocat général. Une voie de recours légale qui visait 14 des 27 accusés, mais qui suscitait les critiques d’avocats et de magistrats arguant de l’indépendance de la justice et d’un « verdict exemplaire ».

Les dirigeants de la communauté juive française accueillaient favorablement la décision de la ministre. Cependant, ils maintenaient, peut-être à tort, leur appel, lancé dès la connaissance du réquisitoire de l’avocat général, et prévu le 13 juillet 2009, à 19 h, devant le ministère de la Justice. S’y rendaient quelques centaines de personnes.

Le 16 juillet 2009, interrogée au Sénat, la ministre de la Justice justifiait sa décision dans « l'intérêt de la société et de la paix publique ».

Dans un communiqué au Nouvelobs.com, 24 avocats de la défense dénonçaient « l'ingérence du pouvoir politique dans l'autorité judiciaire ». Ils demandaient « au Garde des Sceaux d’ordonner au Parquet Général de retirer son appel ».

Le 17 juillet 2009, le parquet annonçait avoir interjeté appel des condamnations visant quatre accusés, dont des complices importants de Youssouf Fofana. Me François-Pascal Gery, avocat de Fofana, annonçait que son client avait interjeté appel de sa condamnation. Fofana s’est désisté de son appel en février 2010.

Me Francis Szpiner se réjouissait d’un appel général pour une meilleure « compréhension de l’affaire ».

Le 21 juillet 2009, lors d’une conférence de presse, les avocats de la défense, en compagnie d’un magistrat, réitéraient leur opposition à cet appel « politique et idéologique » du Parquet et focalisaient leurs attaques contre Me Francis Szpiner.

Une controverse empreinte d’hypocrisie
Etaient défavorables à cet appel : des avocats, principalement ceux d’accusés, des médias. Cet appel était aussi vivement critiqué par des syndicats de magistrats stigmatisant « la victoire de la politique sur la justice ». D’aucuns évoquaient des « pressions de la communauté juive » qui chercherait à se venger. D’autres encore doutaient du caractère pédagogique d’un procès. Certains avançaient qu’un procès public violerait la convention internationale des enfants, notamment son article 30 !

Lors de la conférence de presse du 21 juillet 2009, les avocats de la défense et un magistrat du SDM (Syndicat de la magistrature) étaient interloqués quand un journaliste leur rappelait que Rachida Dati, alors garde des Sceaux, avait demandé que le parquet fasse appel du jugement annulant un mariage civil entre époux musulmans parce que l'épouse avait menti sur sa virginité.

Foin d’hypocrisie et de mauvaise foi ! Ledit appel est légal : le parquet, notamment le procureur, est placé sous l’autorité de la ministre de la Justice, et celle-ci a le droit/devoir de définir une politique pénale publique. Et quel désaveu cinglant des réquisitions de l’avocat général Philippe Bilger et du verdict du jury où ont siégé des magistrats professionnels. « On nous reproche notre corporatisme et je crois, la plupart du temps, qu'on a raison », écrit le magistrat Philippe Bilger, le 15 juillet 2009 .

Cette polémique s’insère dans un contexte tendu : des magistrats et des avocats mécontents des réformes opérées par Rachida Dati, précédente ministre de la Justice, des syndicats de magistrats désireux peut-être aussi de tester la fermeté de Michèle Alliot-Marie ministre nommée en juin 2009.

Curieusement, magistrats et journalistes n’ont pas dénoncé l’« ingérence politique » du Président de la République Nicolas Sarkozy dans les justices française et tchadienne quand il a ramené en France en 2007 trois journalistes français (affaire du transfert illégal d’enfants tchadiens en France par l’association L’Arche de Zoé), et quand il a reçu en 2008 la famille du juge français Bernard Borrel assassiné à Djibouti en 1995 et a « fait prendre un tournant à 180 degrés à ce dossier politico-judiciaire » .

Nier les vertus pédagogiques d’un procès, notamment à l’égard des prévenus, n’est pas fondé. Les classes qui se pressent aux audiences judiciaires et les déclarations d’une amie d’un « appât » interviewée 11 juillet 2009 sur France 3 démontrent les vertus pédagogiques des procès.

« Il est de plus en plus fréquent ces dernières années qu’à l’issue d’un procès, les parties civiles réclament une réforme du droit pénal. Souvenez-vous du meurtre de la petite Karine, en 1994, à la suite duquel le législateur a créé la “peine de perpétuité réelle”, ou encore de la loi sur la rétention de sûreté adoptée dans la foulée de toute une série de crimes commis à l’encontre des enfants », expliquait Denis Salas, magistrat et auteur de « La volonté de punir », dans La Croix, le 14 juillet 2009.

Et ce quotidien catholique de poursuivre : « En exigeant du pouvoir politique la révision des règles du huis clos, de même que la tenue d’un nouveau procès, la famille Halimi tente, à son tour, de faire évoluer le droit ». Comme d’autres familles de victimes, dont nombre d’entre elles, de toutes confessions, ont été reçues à l’Elysée ou au ministère de la Justice .

Bizarrement, ni ces magistrats ni ces médias ni ces avocats ne condamnent la publication d’articles rendant compte des audiences par la journaliste Elsa Vigoureux dans son blog du Nouvel Obs. La loi est pourtant claire : le compte-rendu des débats de procès devant la Cour d’assises des mineurs dans la presse est interdit . Selon Elsa Vigoureux, la Cour avait envisagé d’en faire interdire la publication. Pourquoi s’est-elle ravisée ? La publicité des débats aurait permis une information du public plus équilibrée. Le huis clos, c’est la situation la meilleure pour la défense : elle évite que soit révélée l’étendue des responsabilités des accusés.

Nadia Ajjan, présidente critiquée de la Cour
L’avocat général et des avocats d’accusés louaient le déroulement du procès à huis-clos. Or plusieurs témoignages nuancent fortement cette image.

Dès la première audience, Youssouf Fofana menaçait la Cour, les jurés. Les avocats des parties civiles demandaient à Nadia Ajjan, présidente de la Cour, d’acter ces menaces, c’est-à-dire de les indiquer dans le dossier. Devant le refus de la présidente, ils quittaient l’audience « pour rencontrer le parquet », nous confiait Me Muriel Ouaknine-Melki, avocate de MM. D., le 11 juillet 2009.

Et d’ajouter : « Dès la première semaine, des incidents étaient soulevés en défense afin de retarder le moment d’étudier le fond. J’aurais préféré plus de fermeté de la présidente ». Ce que confirme le témoignage d’une personne ayant assisté aux audiences.

Refus de comparaître de Fofana, provocations – jet de chaussure vers les parties civiles et leurs avocats – de Fofana, refus de Fofana entériné par la présidente de répondre à des questions d’avocats …

« La dignité et la sérénité des débats ont profité aux accusés », estime Me Muriel Ouaknine-Melki .

« Dans l’esprit de la présidente et de l’avocat général, l’antisémitisme se résumait à Youssouf Fofana. Il ne fallait pas en parler pour les autres accusés. La présidente souhaitait mener son audience sans incident et a suivi l’incrimination juridique pas à pas. Pour l’avocat général, l’antisémitisme concernait le seul Youssouf Fofana. L’avocat général ne maîtrisait pas très bien son dossier. Il était peu présent dans les débats. Il n’a pas toujours été d’une parfaite clarté dans son appréhension de l’antisémitisme. Il avait l’impression que le plus important était Youssouf Fofana, qui ne le contrariait pas et en rajoutait dans sa responsabilité. Il est tombé dans le piège de Fofana qui affirmait : ‘J’ai tout fait, les autres m’ont obéi’», nous résumait Me Francis Szpiner le 14 juillet 2009 .

Et Me Francis Szpiner de poursuivre : « La loi punit l’antisémitisme comme circonstance aggravante du meurtre et des actes de torture et de barbarie. En revanche, elle ne retient pas l’antisémitisme comme circonstance aggravante en matière d’enlèvement et de séquestration, quand bien même la personne a été enlevée et séquestrée parce qu’elle était juive. Ce n’est pas parce que la loi ne le prévoit pas qu’une partie de ceux ayant participé à ces faits ne sont pas antisémites. C’est un fait : peu voulaient en discuter lors des audiences » .

La stratégie des co-accusés ? Aux questions risquant de révéler leur responsabilité, « ils étaient assez malins pour répondre ‘Je ne me souviens plus précisément’ ou par des phrases convenues », nous a indiqué Me Muriel Ouaknine-Melki en juillet 2009. Et d’ajouter : « Les avocats des accusés ont pris à parti les responsables de la police sur ses choix, sur ce fil directeur : ‘Vous n’avez pas bien fait votre travail, vous n’êtes pas intervenus à temps, Ilan Halimi a été tué, et nos clients se sont retrouvés dans cette situation’ ». La police n’avait pas diffusé les portraits-robots des appâts « qu’elle trouvait peu précis et pour ne pas mettre en danger la vie d’Ilan Halimi ».

Philippe Bilger, avocat général médiatique, ou « l’accusation a failli » (Me Szpiner)
Me Muriel Ouaknine-Melki se souvient :
« Youssouf Fofana était interrogé sur sa mise à mort d’Ilan Halimi. Il répondait sans exprimer de regret. Une telle barbarie était difficile à entendre. L’avocat général, l’a interpellé : ‘Monsieur Fofana, ne croyez-vous pas que par votre acte vous avez rendu l’antisémitisme odieux ?’ Nous nous sommes levés immédiatement sur le banc des parties civiles. Nous nous sommes rendu compte que quelque chose d’anormal se passait et nous avons exprimé, par la voix de Me Szpiner, notre indignation. Me Szpiner a demandé à Philippe Bilger : ‘Monsieur l’avocat général, existe-t-il un antisémitisme qui ne soit pas odieux ?’ L’avocat général s’est embrouillé. Et c’est bien là le problème. Sa réponse a été complètement confuse. Il nous a dit : ‘Mais non. Il faut prendre ce que j’ai dit dans le contexte particulier’. A partir de ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait être particulièrement vigilant sur le discours qui sera tenu par l’avocat général lors de son réquisitoire, car nous risquions d’avoir de grandes surprises. Je ne me suis plus sentie soutenue par l’avocat général, et je me suis dit qu’il fallait faire un travail proche de celui du parquet pour arriver à faire émerger au sein du box des accusés toute forme d’antisémitisme ».
La « logorrhée antisémite violente » de Fofana, qui a revendiqué le meurtre d’Ilan Halimi, tranchait avec l’attitude des co-accusés. Me Muriel Ouaknine-Melki les a « interrogés :
« ‘Comment les juifs étaient-ils perçus dans la cité ?’ Une accusée a répondu, avec franchise, spontanément, en racontant l’antisémitisme ambiant : dans la cité, quand on partageait un paquet de gâteaux, on disait de manière complètement banale : ‘Fais pas ton feuj ! Ne mange pas en Feuj’, c’est-à-dire ‘Ne mange pas en juif, en radin’. Je lui ai demandé si ce genre de propos ne la choquait pas. Elle m’a répondu qu’au début cela l’avait peut-être choquée, mais qu’elle les entendait cinq-six fois par jour, donc cela ne la choquait plus ».
« L’accusation a été faible. Elle a failli comme défenseur de la société et dans sa mission d’informer le jury. Dans son réquisitoire l’avocat général a fait part de ses états d’âme : ‘J’aurais pu demander 25 ans pour les lieutenants de Youssouf Fofana. Je demande 20 ans’. Il n’a pas expliqué les raisons du choix de peines les plus basses. Le grand reproche qu’on pourrait lui adresser est qu’il n’a pas lutté contre la banalisation de l’enlèvement. Quand on prend le risque d’enlever un homme, on prend le risque de participer à un meurtre. Beaucoup de rapts finissent mal. L’avocat général ne l’a pas dit », nous déclarait Me Francis Szpiner.

Me Muriel Ouaknine-Melki s’insurge devant les réquisitions de l’avocat général qui, le 30 juin, « distinguait un antisémitisme violent incarné par Youssouf Fofana et un antisémitisme banal représenté par ses complices ». Et cette avocate d’insister qu’il « n’y a pas deux antisémitismes : l’un inacceptable, et l’autre tolérable. C’est le même antisémitisme qui a mu tous les accusés. Toute forme d’antisémitisme est violente. L’avocat général a tenu un discours ambigu. Il a soutenu la thèse de la défense. Lors de ses réquisitions, il hésitait sur la peine à requérir ».

« On peut s’interroger sur l’opportunité de la publication de l’interview de cet avocat général par Paris-Match quelques jours avant le verdict », relève Me Muriel Ouaknine-Melki. Philippe Bilger y déclare : « Mon père, Joseph Bilger, a été condamné à la Libération à dix ans de travaux forcés pour collaboration avec l’ennemi. Il avait, au nom de la politique du moindre mal, entretenu des relations avec l’administration lorraine, sous tutelle de l’occupant. Si ma passion professionnelle m’a conduit à affronter les accusés, à les écouter, peut-être à les comprendre, c’est parce que mon père a été accusé, qu’il a été condamné et qu’on ne chasse pas aisément son père de soi ».

Philippe Bilger y stigmatise aussi les « intellectuels [qui] ont voulu se faire passer pour Sartre quand ils n’étaient tout au plus que des essayistes de l’instant, des maîtres de la flatterie et des handicapés de l’universel. Je songe à Alain Minc, Jacques Attali, Max Gallo, André Glucksmann. Et bien sûr Bernard-Henri Lévy » . Sauf Max Gallo, tous sont juifs.

« Il est très dommage d'avoir choisi cet avocat général pour un procès comme celui-là, où il y a de l'antisémitisme… L'antisémitisme, peut-être que certains en voient partout, mais d'autres comme Philippe Bilger le minimisent... Il y a donc une suspicion, un malaise concernant M. Bilger », résumait Richard Prasquier, à Mediapart, le 17 juillet 2009 .

Esquisses d’explications d’un « verdict déséquilibré »
« Le verdict n’est pas laxiste, mais déséquilibré. Les complices de Youssouf Fofana n’ont pas été condamnés à la hauteur du crime », estimait Me Francis Szpiner.

En général, un mineur bénéficie de l’excuse de minorité : le mineur délinquant ne peut se voir infligé une peine supérieure à la moitié de celle frappant un majeur délinquant. Cependant, cette excuse de minorité peut tomber si le mineur est âgé de plus de 16 ans et si les circonstances de l'espèce et sa personnalité le justifient.

« Les juges pour enfants de la Cour d’assises des mineurs ont tendance à reconnaître l’excuse de minorité : le mineur de 17 ans a agi dans l’instantanéité, a été inconscient. Mais dans l’affaire du rapt et du meurtre d’Ilan Halimi, c’est différent : l’appât a eu le temps de réfléchir avant de s’engager : elle a appelé Ilan cinq fois. Cela a duré dans le temps. L’appât a participé au rendez-vous pour mettre sur pied l’enlèvement d’Ilan, lui a fixé rendez-vous. Si à 17 ans, on ne sait pas que ce n’est pas bien ! », nous a expliqué Me Francis Szpiner en juillet 2009.

Le jury a suivi la voie tracée par l’avocat général, sans aller au-delà des peines requises comme l’en avait exhorté Me Francis Szpiner. Ayant condamné Youssouf Fofana à la peine maximale – il ne pouvait pas faire moins -, il a usé, à l’égard des autres accusés, de sa liberté en choisissant des peines inférieures à celles requises.

Le jury a voulu juger une affaire, et non faire preuve de pédagogie ou juger pour l'exemple. Mais il a banalisé ce crime extra-ordinaire dont il ne semble pas avoir perçu la dimension : tuer un Juif parce que Juif dans une cité marquée par l’omerta de plus d’une cinquantaine d’individus au courant de la séquestration. Ce faisant, ce jury adresse un signal inquiétant à la société. Il révèle une certaine érosion des valeurs, un certain délitement de la cohésion sociale, une sensibilité de relative clémence à l’égard de co-accusés.

Le jury a vraisemblablement tenu compte de la jeunesse des accusés et de leur vécu. Peut-être a-t-il perçu ces jeunes comme trop peu conscients de la gravité de leurs actes, influençables, peu intelligents ou faiblement éduqués. Mais « sans les complices, sans la conspiration du silence, rien n’est possible pour Fofana », insistait Me Francis Szpiner, le 12 juillet, sur Radio J.

Par leur nombre élevé, les jeunes accusés, dont certains présentaient des excuses, et leurs avocats occupaient davantage l'espace et les esprits que les parties civiles - une famille souffrante et digne, les témoignages d’adultes Juifs ayant eu de la chance -, leurs avocats et l’écoute de l’enregistrement de la voix émouvante du jeune Ilan torturé et assassiné. L’extrémisme revendiqué de Fofana jouait en faveur des co-accusés adoptant un « profil bas », et atténuant la perception de la gravité de leurs actes.

L’absence d’associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme au côté des parties civiles a renforcé l’isolement de celles-ci.

Et puis, « le statut des victimes est peu enviable en France », observe Me Muriel Ouaknine-Melki.

Des condamnés et leurs complices représentaient-ils des individus sans morale ni civisme d'une « France Black/Blanc/Beur » unie contre un Juif sans défense ?

Les membres du jury populaire ont-ils pensé que leurs enfants auraient pu se trouver sous l'emprise d'un criminel ? En tout cas, ils ne se sont pas identifiés à la famille d'Ilan Halimi martyrisé car ce qui arrive à un Juif ne peut pas leur arriver.

Le jury a-t-il eu peur de représailles de complices ? Avant le prononcé du verdict, un avocat des parties civiles recommandait à un spectateur de ne pas désigner du doigt un accusé, car c'est un « méchant qui a des amis dans le public ». De plus, un des complices de Fofana n'a jamais pu être arrêté par la police.

Des affaires révélatrices d’une société « ensauvagée » (Ivan Rioufol)
« Ce procès est le procès de la société française », a écrit Richard Prasquier .

Que révèlerait un nouveau procès médiatisé ? L’horreur des actes barbares infligés à Ilan Halimi et l’ancrage de l’antisémitisme cimentant des individus. Le délabrement moral d’une partie de la société française : jeunes décérébrés, motivés par la cupidité ; adultes échouant dans leur mission éducative. Le délitement d’une société à l’identité insuffisamment affirmée, à l’histoire méconnue ou assumée trop souvent avec complexes, réticences et honte . Des zones de non-droit aux portes de Paris. Les conversions à l’islam radical d’accusés. L’antisémitisme de membres du gang où se mêlent les stéréotypes anciens – "Juifs riches", "complot juif" - et l’influence des islamistes : dans un enregistrement transmis à la famille, Ilan Halimi est contraint de décliner son identité comme le journaliste américain Daniel Pearl - « Je suis Ilan. Ilan Halimi. Je suis le fils de Halimi Didier et de Halimi Ruth. Je suis juif, on me retient en otage » - ; il est photographié par les kidnappeurs sur un fond à dominante oranger, couleur des vêtements des détenus à Guantanamo, un pistolet pointé contre sa tempe et les poignets liés... Une comparaison soulignée par le magazine Choc.

Le nouveau procès montrerait le fonctionnement effrayant de groupes dans les cités, la supériorité dans des cités de l’omerta sur la loi républicaine, ainsi que les erreurs ou fautes commises par la police.

« Nous avons échoué », reconnaissait Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, à la famille et à l’amie d’Ilan Halimi après le meurtre de celui-ci .

Dans son livre, Ruth Halimi, stigmatise la stratégie de la police : refus d’admettre le caractère antisémite du rapt, conviction qu’il s’agissait d’une « affaire strictement crapuleuse », non perception de « la haine » et méprise sur le profil des kidnappeurs, dysfonctionnements induits par une mauvaise circulation des informations, difficultés à résoudre les problèmes spécifiques de l’enquête, inexpérience de certains policiers, refus de tenir compte des conseils de la famille souhaitant un maximum de publicité autour du rapt, etc.

La police a mené l’enquête en acceptant d’agir sur le terrain choisi par l’adversaire qui maîtrisait de nouvelles technologies très rapides, alors qu’elle était contrainte au respect de procédures rigides chronophages. Or, c’est la bonne vieille technique du portrait-robot médiatisé qui, 48 heures après diffusion, a amené un appât (Audrey) à se rendre au commissariat de police. Grâce aux informations qu’elle donnait, la police arrêtait le Gang en quelques jours.

Quelle leçon la police en a-t-elle tirée ? « À la suite de cet échec, nous avons noué un dialogue avec les opérateurs et les fournisseurs d'accès à Internet. Ils se sont engagés à améliorer leur système d'exploitation », disait le 29 mai 2009 François Jaspart, directeur de la police judiciaire de la Préfecture de police de Paris lors de l'enquête sur l’enlèvement d’Ilan Halimi .

Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) et commissaire de police à la retraite, rappelle les écueils à éviter en matière de rapt :
« Il ne faut pas laisser le temps courir ni couper le contact avec les kidnappeurs. Le silence a tué : il aurait fallu distribuer tout de suite les portraits-robots ».
Il souligne combien la communauté Juive française, et notamment sa jeunesse, demeurait marquée par le meurtre d’Ilan Halimi.

Un des deux premiers assassinats antisémites, après celui du jeune DJ Sébastien Selam le 20 novembre 2003, et de Sarah Halimi dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, en France, lors de l'Intifada II.

Qui savait quoi dans la communauté Juive française sur l'enlèvement et les tortures infligées à Ilan Halimi pendant ces 24 jours ? Un sujet encore tabou.


Addendum

2011
France 2 a diffusé le 13 novembre 2011 à 22 h 45, du numéro de Faites entrer l’accusé (100 minutes) consacré à cette tragédie et réalisé par Bernard Faroux. Curieusement, le
communiqué de cette chaine publique s’achève ainsi : « Crime crapuleux ou crime antisémite ? »

2012
Un rassemblement silencieux avec une bougie a été organisé par la Fraternité judéo-noire (FJN) le 13 février 2012, de 19 h à 20 h 30, devant le magasin de téléphonie du 229 boulevard Voltaire (75011 Paris) où travaillait Ilan Halimi quand il a été contacté par Emma, qui a servi d'appât pour le compte du gang des Barbares. Le 20 janvier 2012, Le Parisien a annoncé que cette dernière avait été récemment libérée ; elle comparaitra le 14 février 2012 devant le tribunal correctionnel de Versailles pour recel dans une autre affaire.
Le 7 mars 2012 Youssouf Fofana, chef du gang des Barbares, a été soupçonné d'avoir posté sur Internet une quinzaine de vidéos de sa cellule à la prison de Clairvaux. Une enquête a été ouverte par la justice française. Le parquet de Troyes a demandé le retrait de ces vidéos, dont certaines sont encore visibles sur Youtube.
Le 24 octobre 2012, Youssof Fofana a été condamné à un an de prison supplémentaire pour violences le 10 septembre 2012 contre un détenu qui a eu une fracture du nez. Une sentence prononcée par le tribunal correctionnel de Moulins.

2013
Le 13 février 2013, Youssof Fofana a été condamné à sept ans de prison supplémentaires pour apologie du terrorisme et provocation à la discrimination raciale : depuis sa cellule de la prison de Clairvaux (Aube), il avait publié à la fin de 2011 une quinzaine de vidéos dans lesquelles il louait "al-Qaïda et les combattants de la cause d'Allah". Les vidéos avaient ensuite été ôtées d'Internet. Fofana a aussi été condamné pour avoir refusé un prélèvement biologique.
Jérôme Guedj, président socialiste du Conseil régional de l'Essonne, a annoncé la création d'un Prix Ilan Halimi contre l'antisémitisme. Doté de 10 000 euros, ce Prix vise à "déconstruire les stéréotypes antisémites: travail de recherche universitaire, initiative culturelle, projet associatif, scolaire ou périscolaire. Ce prix qui incarnera les valeurs de fraternité de cohésion et d’universalisme du département sera remis par un jury composé d’élus, de personnalités académiques et intellectuelles, de membres du CRIF, de représentants de l’éducation nationale et des associations de lutte contre le racisme ".
Le 21 février 2013, Me Francis Szpiner comparaitra devant la Cour d'appel de Lyon pour avoir déclaré en juillet 2009, au Nouvel Observateur et à propos de Philippe Bilger que celui-ci était un "traitre génétique". La Cour d'appel avait relaxé Me Szpiner, mais le 4 avril 2012 la Cour de cassation a cassé l'arrêt de la Cour d'appel car elle a considéré que ces propos manquaient de "délicatesse".
Trois films sont en préparation sur cette tragédie : avec le soutien de Ruth Halimi, mère d'Ilan Halimi, le réalisateur Alexandre Arcady adapte 24 jours de Ruth Halimi et d'Emilie Frèche, l'acteur Richard Berry songe à adapter Tout, tout de suite de Morgan Sportès et le producteur Thomas Langmann envisage un long métrage intitulé Les Ignorants.
Diverses organisations françaises Juives ont organisé un rassemblement à la mémoire d'Ilan Halimi, le mercredi 13 février 2013, à 19 h, au 229 boulevard Voltaire, 75011 Paris (Métro : Rue des Boulets).
Deux films sortiront en 2014 sur cette tragédie : l'un réalisé par Richard Berry qui s'inspire du livre de Morgan Sportès, l'autre par Alexandre Arcady qui s'inspire du livre de Ruth Halimi et Emilie Frèche et vient de débuter le tournage du film. La regrettée Valérie Benguigui (z''l), décédée à l'âge de 47 ans d'un cancer du sein, devait y interpréter le rôle de Ruth Halimi. Elle excellait dans les comédies dramatiques et conférait au personnage incarné l'humanité, la gravité, la profondeur, la tendresse  et une certaine réserve qui pouvait éclater de manière inattendue et parfois cocasse. J'adresse mes condoléances à la famille de cette actrice. 

2014
Le 10 février 2014, Youssouf Fofana a agressé un surveillant de la prison ultra moderne d'Alençon-Condé-sur-Sarthe (Orne). Il était sorti de sa cellule d'isolement pour téléphoner à son amie détenue dans une prison à Rennes (Bretagne). Avec une brosse à dents aiguisée, il a légèrement blessé ce surveillant à la main.  Celui-ci a été soigné sur place. Fofana a été replacé dans sa cellule d'isolement. Diverses organisations françaises juives ont rejoint l'appel de la Fraternité judéo-noire (FJN) au rassemblement le 13 février 2014, à 19 h, au 229 boulevard Voltaire (75011 Paris), à la mémoire d'Ilan Halimi.
Le 19 février 2014, le tribunal d'Alençon a condamné, dans le cadre de la comparution immédiate, Fofana à  trois années de prison, peine plancher, pour cette agression et pour menaces de mort et violences sans interruption de travail commises le 24 décembre 2013 contre trois surveillants de cette prison.
Le 25 février 2014, le journaliste Renaud Revel se fait l'écho de l'indignation d'Alexandre Arcady car France Télévisions a refusé de s’associer à son dernier film 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi. Président de France Télévisions, Rémy Pflimlin a estimé que cette histoire "n’a pas sa place dans les grilles de programme du groupe, car jugé trop dure". Par contre, Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, a jugé ce « film très fort ».
Lors du dîner du CRIF  du 4 mars 2014, Alexandre Arcady m'a confié que France Télévisions avait allégué que son projet de film ne correspondait pas à la "ligne éditoriale" du groupe public audiovisuel. Je lui ai dit : "Quand les journaux télévisés de France Télévisions ont évoqué l'affaire du gang des Barbares, cela ne correspondait pas à la "ligne éditoriale" de France Télévisions ?"
Le réalisateur Alexandre Arcady a reçu un Prix lors du dîner de gala du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme). Avec dignité et tristesse, il a évoqué les refus de France Télévisions, de Canal + et de la Commission d'avances sur recettes du CNC (Centre national du cinéma) - celle-ci avant la réalisation du film, puis lors du visionnage du film monté - de financer son film 24 jours. La vérité sur l'affaire Ilan Halimi. Il a remercié le Dr Sydney Ohana pour avoir co-produit ce long métrage qui a été vu par environ 225 000 spectateurs en France. Expliquant pourquoi il considérait que cet assassinat était le premier en France, il a dressé un parallèle entre le traitement des Juifs pendant la Shoah et le calvaire enduré par Ilan Halimi déshumanisé, affamé, torturé, brûlé et tué parce que Juif.
Le 13 juin 2014, la cour d'appel de Caen a aggravé la peine à laquelle Youssouf Fofana, chef du « gang des Barbares », avait été condamné en février 2014, et l'a condamné à verser 120 € de frais de justice. Elle a ajouté un an aux trois années de prison infligées en première instance "pour avoir agressé à deux reprises des surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe-Alençon... avec des armes artisanales fabriquées, avec une boîte de sardine en décembre, puis avec une brosse à dent affûtée en février" 2014. "Prendre encore dix ans, ça ne me dérange pas", a déclaré Fofana à l'énoncé de sa condamnation.
Le 18 juin 2014, deux détenus dont Youssouf Fofana ont agressé physiquement deux surveillants dans cette prison de l'Orne. "Lors de la distribution des repas dans le quartier disciplinaire, un premier détenu a tenté de planter son arme artisanale, son pic, dans la gorge du premier surveillant distribuant le repas. Ce qui a occasionné un changement de cellule... Puis, Fofana a tenté de planter son stylo dans la nuque du surveillant. Ce qui est gravissime est que les points visés étaient des points vitaux. Nous sommes passés encore une fois à côté d'un drame", a constaté Nicolas Caron, secrétaire national de Force ouvrière-Pénitentiaire, sur BFM-TV. Un "incident fortuit et sans gravité" selon le ministère de la Justice.
Selon Alliance.fr, la mairie de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a recruté en mai 2014 Linda Benakouche, qui, contrairement aux allégations de Christian Bartholmé n'était pas alors mineure, avait séquestré une jeune femme enceinte et tué son fœtus et qui est l'épouse de Jean-Christophe Soumbou. Cette chargée de mission politique urbaine à la mairie est "une amie de longue date" de Christian Bartholmé, 1er adjoint au Maire et conseiller communautaire.
Condamné en 2009 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté pour avoir séquestré, torturé et tué un jeune Français Juif de 23 ans, Ilan Halimi, en 2006, Fofana a vu sa peine accrue par des peines additionnelles pour avoir commis des violences sur des surveillants. Le 28 juillet 2014, Fofana, détenu âgé de 33 ans à la prison de Condé-sur-Sarthe/Alençon (Orne), ouverte en mai 2013 pour les détenus les plus dangereux et présentée comme la plus sécurisée de France, a été condamné par le tribunal correctionnel d’Alençon à trois ans de prison ferme pour une énième agression d’un surveillant en juin 2014. Fofana avait alors "attaqué un surveillant à la nuque avec un stylo au moment où on voulait le sortir de sa cellule".

2015
Une marche silencieuse à la mémoire d'Ilan Halimi et de toutes les victimes de la barbarie s'est déroulée le 12 février 2015 : elle est partie du 229 boulevard Voltaire à 18 h et a rejoint l'Hyper Cacher, Porte de Vincennes. Ses slogans : "Ensemble, nous sommes la France ! Nous sommes la République ! #Unis Contre La Barbarie, Levons-nous et marchons".

Le 12 janvier 2015, au cimetière Har Amenouhot dans le quartier de Givat Shaoul (Jérusalem, Israël), a eu lieu un rassemblement pour Ilan Halimi : "Depuis de nombreuses années, la communauté juive de France est confrontée à une idéologie antisémite que propagent diverses officines.  Une propagande haineuse, souvent inspirée par des organisations islamistes, est la cause principale des agressions à répétition et d'un sentiment d'insécurité. Pour dire Stop à la Haine ! Participez au rassemblement pour Ilan, l'une des victimes de cette haine".


2016
Le 14 février 2016 à 16 h, un rassemblement unitaire au 229 boulevard Voltaire a rendu hommage à Ilan Halimi.


Le 11 mai 2016, est sorti en France Tout tout de suite, film de Richard Berry.


2017
Le 10 janvier 2017, Fofana a comparu devant le tribunal correctionnel de Paris "pour avoir envoyé, entre 2002 et 2004, des lettres de menaces et des demandes de rançon à une quarantaine de personnes, pour la plupart dirigeantes d’entreprises, de Rolex à Whirlpool en passant par Toshiba".
« Je suis un trader de la terreur », a-t-il déclaré lors de l’audience, "en réponse à la présidente qui l’interrogeait sur son identité".
Après une heure d'audience, à sa demande, M. Fofana a rejoint sa cellule dans la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne).
« Aujourd’hui on avait la possibilité de comprendre la montée en puissance » de Youssouf Fofana, a regretté le procureur Youssef Badr, évoquant des tentatives d’extorsion qui pourraient presque passer pour celles d’un « amateur ». Mais « M. Fofana a coupé court au débat judiciaire. Il était intéressant de savoir ce qu’était devenu le bourreau d’Ilan Halimi, la réponse est là : il n’a pas changé », a-t-il déploré.
Youssouf Fofana a été condamné à dix années de prison supplémentaires pour tentatives d'extorsion de fonds et menaces. "Cette condamnation, qui correspond aux réquisitions du procureur, est assortie d’une période de sûreté des deux tiers". Elle s'ajoute à la perpétuité à laquelle il avait été condamné en 2009, "assortie d’une période de sûreté de 22 ans, pour l’assassinat d’Ilan Halimi".

Le 1er mai 2017, Canal + diffusa Tout tout de suite, réalisé par Richard Berry, avec Marc Ruchmann, Steve Achiepo, Romane Rauss, Richard Berry, Idit Cebula, Pascale Louange, Morgane Nairaud, Edouard Giard, Rabah Nait Oufella, Arnon Ardruber, Hedi Bouchenafa, Idrissa Diabaté. "Février 2006. La police a trouvé le corps d'Ilan Halimi sur le bord d'une route à Sainte-Geneviève-des-Bois, nu, brûlé à 80 %. Kidnappé, il a été séquestré et torturé pendant trois semaines dans une cité HLM de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine. Vendeur travaillant dans un magasin de téléphonie mobile du boulevard Voltaire à Paris, il était juif. Et donc supposé, selon ses ravisseurs, avoir de l'argent. Ilan a été la victime de Youssouf Fofana, antisémite forcené et au casier judiciaire déjà chargé, et de sa bande surnommée le gang des Barbares. Une fois arrêtés, les membres du gang passent aux aveux..." Le 6 septembre 2017, Canal + Cinéma  diffusa ce film.

2018
Le 12 Février 2018 à 19 h, le Collectif Ilan HALIMI avec la Ligue de défense juive (LDJ), OJE (Organisation juive européenne), Europe Israël et une autre association, a organisé un rassemblement à la mémoire d'Ilan Halimi, douze ans après son assassinat. Lieu :  229 boulevard Voltaire à Paris, devant le magasin de téléphonie où travaillait Ilan Halimi. Au fil des années, le nombre de personnes se rendant à ce rassemblement a diminué. En 2018, aucun dirigeant des principales organisations juives n'était présent à ce rassemblement. Le CRIF a twitté un message navrant de vacuité, sans oser utiliser certains mots comme "assassinat", "antisémitisme". Lamentable.

Le 1er octobre 2018, le Prix Ilan Halimi, qui existe en Essonne depuis 2014 - Jérome Guedj (PS) présidait alors le conseil général (départemental) -, est devenu national. 


La ministre de la Culture Françoise Nyssen a lancé le Prix Ilan Halimi destiné à promouvoir les initiatives citoyennes de jeunes contre l’antisémitisme. Ce prix « viendra récompenser des projets portés par des jeunes de moins de 25 ans pour lutter contre les stéréotypes racistes et antisémites. Nous ouvrons ce soir l’appel à candidatures... L’antisémitisme est une insulte à la France […] Nous ne laisserons plus passer cette haine qui se nourrit de l’ignorance. La meilleure réponse est de répondre par ce qui nous rassemble, l’éducation et la culture », a déclaré Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, dont  », a annoncé Françoise Nyssen. Un jury, chargé de départager les candidats, sera présidé par la femme de lettres Emilie Frèche, très engagée dans ce combat. Le Prix Ilan Halimi sera remis le 13 février 2019 et renouvelé le 13 février de chaque année, date anniversaire du jour de la mort de Ilan Halimi en 2006. Les projets pourront être à caractère éducatif, culturel, sportif, ou dans le champ du numérique. Pourquoi la ministre de la Culture et de la Communication a-t-elle lancé ce prix qui aurait pu ou/et du être présenté par le ministre de l'Education nationale avec celle des Sports ?

Ce Prix s’inscrit dans le « Plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme » présenté par le Premier ministre Édouard Philippe en mars 2018. 

« A la mémoire d’Ilan Halimi s’est ajoutée, depuis, celle de dix autres de nos concitoyens, assassinés sur le sol français parce qu’ils étaient juifs », a rappelé Françoise Nyssen, citant les noms des victimes de Mohammed Merah - Myriam Monsonego, Arié, Gabriel et Jonathan Sandler - celles d’Amedy Coulibaly - Yoav Hattab, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada - ainsi que Sarah Halimi et Mireille Knoll. Et oubliant Sébastien Selam.


"On espérait que le génocide des Juifs aurait débarrassé le monde de l’antisémitisme, fondé en partie sur ce cliché ancestral. C’était une erreur d’appréciation, et la mort d’Ilan Halimi, en France en 2006, nous l’a tragiquement prouvé. Créer aujourd’hui un prix national qui porte son nom, c’est prendre la mesure de cette méprise. C’est comprendre que ce préjugé est tenace et qu’à chaque génération, il faut lutter contre. Alors, luttons contre", a écrit Émilie Frèche.
Doté de 9 000 € destinés à la réalisation du projet sélectionné, "ce prix national récompense les initiatives engagées par des collectifs de jeunes de moins de 25 ans qui, par leur créativité et leur inventivité, contribuent à faire reculer les préjugés et les stéréotypes racistes et antisémites. Les projets retenus pourront avoir été réalisés dans un cadre scolaire ou non, et relever des domaines culturel, artistique, sportif ou numérique. Pour cette première édition, les actions présentées devront avoir eu lieu en 2017 ou en 2018. Outre le prix Ilan Halimi, quatre autres distinctions seront décernées. Le prix Ilan Halimi sera remis le lundi 13 février 2019 par le Premier ministre, M. Edouard Philippe. Il est soutenu par le Premier ministre, la ministère de l’Education nationale, le ministère de la Culture, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) et la MGEN."

Le 4 octobre 2018, France 3 diffusa "24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi" d'Alexandre Arcady (2014, 110 minutes) avec Zabou Breitman, Pascal Elbé, Sylvie Testud, Jacques Gamblin. Le film est adapté de "24 jours : La Vérité sur la mort d'Ilan Halimi" de Ruth Halimi et Émilie Frèche. Il a été tourné au 36 quai des Orfèvres et projeté à l'Elysée au Président de la République, alors François Hollande. Quatre ans avant que le service public audiovisuel, qui a refusé de le financer, le diffuse !? Ce film montre les échecs d'une police - psychologue comprise - qui jamais ne remet en cause sa stratégie erronée, jamais ne prend conscience de la nature des événements - rapt, séquestration et tortures subies par un Juif et commis essentiellement par des musulmans, jamais ne comprend les enjeux. Même quand elle entend Ilan Halimi prononcer les paroles du journaliste juif américain Daniel Pearl (1963-2002) kidnappé puis égorgé par al-Qaïda : "Je suis le fils de... et de ... Je suis Juif". Quand la police admet finalement la vérité - des centaines d'habitants de la cité où Ilan Halimi avait été torturé savait et se sont tus -, elle révèle son impuissance, son absence de ce "territoire perdu de la République". Nul parmi les dirigeants de la police ou du ministère de l'Intérieur  n'a démissionné. C'est aussi cela la France. Il aurait suffi dès le début de diffuser, comme lors de l'enlèvement d'enfants, le portrait-robot de "l'appât" pour faire tomber le gang des Barbares par des pressions sur les cercles moins proches du chef de ce gang, Youssouf Fofana. Demeure l'immense courage et dignité d'Ilan Halimi

"Déception pour Alexandre Arcady. Sorti en France en mai 2014 "sur 151 copies, son film 24 jours n'a attiré que 54 800 spectateurs" après les cinq premiers jours d'exploitation. "Le long-métrage se classe 16e du box-office, derrière les autres nouveautés de la semaine. Et semble donc ne pas avoir trouvé son public, en dépit d'une forte médiatisation, marquée notamment par polémique déclenchée par le cinéaste suite à son face-à-face, coupé au montage, avec Aymeric Caron dans "On n'est pas couché" sur France 2. Invité de l'émission "Les Grandes Gueules", sur RMC, Alexandre Arcady s'était ému des propos du polémiste. "Il a dit qu'on pouvait comprendre (le meurtre d'Ilan Halimi - ndlr) parce que les soldats israéliens tuaient des enfants palestiniens. Ce sont des raccourcis qui font mal et qui peuvent perturber beaucoup les esprits", avait déclaré le réalisateur., reprochant ensuite à son interlocuteur d'avoir dévié sur l'affaire Merah.  Aymeric Caron lui a répondu sur le plateau de "Salut les terriens", sur Canal + : "Je n'ai fait que souligner quelque chose que je regrettais, que je dénonçais, à savoir que le conflit israélo-palestinien, la mort d'enfants palestiniens, étaient utilisés, récupérés par certaines personnes pour aller justifier l'injustifiable." Laurent Ruquier a apporté son soutien au chroniqueur, accusé d'antisémitisme : "Qui a vu des propos choquants ? Arcady déforme les propos de Caron", s'est emporté l'animateur sur Twitter. 24 jours a peut-être également pâti de la concurrence de l'un des blockbusters les plus attendus de la saison. The Amazing Spider-Man 2, avec Andrew Garfield et Jamie Fox, a ainsi attiré plus d'un million de spectateurs de mercredi à dimanche, ne laissant que des miettes aux autres sorties. Seule la comédie Barbecue s'en tire avec les honneurs, avec plus de 540 000 spectateurs dans toute la France".

2019
Le 29 décembre 2019, Patrice Quarteron, champion du monde IKF dans la catégorie des poids lourds en 2008, a déclaré en s'indignant dans une vidéo sur Facebook : "Au moment du jugement dans l'affaire Ilan Halimi, un mec, un collègue vient me voir et me dit : "Viens on va défendre la mère à Fofana. On va la soutenir. Y'a les Feujs, ils veulent la niquer". C'était banal d'entendre ce genre de bêtises. J'ai halluciné. J'ai même pas réagi." Et Patrice Quarteron a ajouté : "Je me souviens d'un Zénith, j'avais un copain boxeur Idéal Grave, un Juif qui combattait contre la petite vedette du 93 (numéro du département francilien de Seine-Saint-Denis, près de Paris, Ndlr). La moitié de la salle criait dans la plus grande des banalités "Fume le Feuj !" et moi je criais "Allez Israël ! Haï Israël ! Fume-le !" Et j'entendais les types qui me disaient : "Hé Patrice, tu fais quoi ?" Patrice Quarteron a aussi évoqué ceux qui ont allégué une conspiration visant le terroriste islamiste Mohamed Mérah.

2021
Jean-Christophe Lagarde, député centriste de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis depuis 2002 et maire de Drancy (2001-2017), avait fait recruter, par la mairie de Bobigny, Lynda Benakouche, compagne de Jean-Christophe Soumbou, "considéré comme le n° 2 du « gang des Barbares » et condamné à 18 ans de prison pour enlèvement et séquestration d'Ilan Halimi. 

"En juin 2014, un tract anonyme avait dénoncé cette embauche. Soupçonnée d'être l'auteur du tract, Mme Saïdi est convoquée dans le bureau du premier adjoint, Christophe Bartholmé. "Tu crois que tu parles à qui ? Y'a personne qui me parle comme ça dans cette ville !", éructe Kianush Moghadam, son bras droit, présent lui aussi. L'adjointe ayant enregistré la conversation, un procès s'ensuit. A la barre, M. Moghadam, 35 ans, justifie le recrutement de la femme de Jean-Christophe Soumbou par ses liens d'amitié avec ce dernier. Relaxée en diffamation, Sabrina Saïdi obtient en janvier 2016 la condamnation de Christian Bartholmé et Kianush Moghadam pour violences en réunion."

La "mairie de Bobigny s'acharne à embaucher Lynda Benakouche alors que la préfecture de Seine-Saint-Denis a exercé trois recours devant le tribunal administratif pour faire annuler trois recrutements successifs, car elle considère ses diplômes et son niveau de rémunération comme incohérents par rapport à ses postes... Le premier recours concernait son premier recrutement après la victoire de l'UDI en qualité d'agent non titulaire pour une durée d'un an à compter du 2 juin 2015. Pour justifier sa demande d'annulation, la préfecture faisait notamment valoir au tribunal administratif de Montreuil que « le recrutement n'a pas été précédé d'une délibération créant l'emploi » et qu'il était entaché « d'une erreur manifeste d'appréciation dans la détermination du niveau de rémunération retenu ». Dans un jugement datant de juin 2017, le tribunal lui a donné raison et a annulé son arrêté de recrutement, considérant que « sa rémunération principale calculée par référence à l'indice brut correspondant au 11e échelon du grade d'attaché territorial » ne correspondait pas à ses diplômes et à son expérience professionnelle. Par la suite, Lynda Benakouche a été à nouveau embauchée le 25 mai 2018 par le maire de Bobigny. Dans un deuxième recours, la préfecture de la Seine-Saint-Denis a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler le nouveau contrat de renouvellement du recrutement de Mme Benakouche en qualité d'agent contractuel pour assurer les fonctions de chargée d'étude et d'évaluation des politiques sociales d'une durée d'un an. Un poste normalement réservé à un fonctionnaire, mais la loi permet aux communes de recruter des contractuels pour remplacer momentanément un titulaire en cas d'impossibilité de pourvoir le poste. Considérant notamment que la commune n'a pas démontré « l'impossibilité de recruter un fonctionnaire », le tribunal a donc annulé le contrat en 2019". Le 4 décembre 2019, le préfet de Seine-Saint-Denis a demandé l’annulation judiciaire de ce recrutement. 

En 2020, a été publié Le Maire et les Barbares d'Ève Szeftel, journaliste de l'AFP en poste à Bobigny (2014-2018). "Bobigny, préfecture du département le plus pauvre de France, va être le théâtre de la promotion de la voyoucratie et l’envers de la méritocratie républicaine. Jusqu’à ce sms qui dénonce qu’il y a bien eu un pacte avec les cités pour la prise du pouvoir. Cette enquête sidérante révèle que tout est possible pour gagner une mairie, certains pactisant avec des logiques mafieuses et le communautarisme. Mais l’impensable ne s’arrête pas là. Ce pacte cache un autre pacte, secret celui-ci, qui renvoie à l’une des pires affaires criminelles françaises : l’assassinat d’Ilan Halimi. Ils ont pactisé avec les barbares. Une plongée au cœur de la corruption et du clientélisme politique qui détruisent la République."

"En poste à Bobigny, Eve Szeftel connaît bien les ficelles de la politique locale. "Pour conquérir cette ville, la droite pouvait s'appuyer sur l'électorat pavillonnaire mais les cités étaient acquises à la gauche ou à l'abstention", détaille-t-elle. Or, dans une ville de 50.000 habitants et 20.000 inscrits sur les listes électorales, entre l'abstention et les nationalités étrangères, "seules 5.000 voix suffisent pour gagner une élections". Et c'est dans les cités qu'il faut aller les chercher... À Bobigny, c'est la cité Paul Éluard qui est la plus imposante. "C'est ici qu'a grandi Jean-Christophe Soumbou, le numéro deux du gang des barbares, et ses copains... On les retrouve ensuite au pouvoir ou dans les allées du pouvoir", s'indigne Eve Szeftel. Pour conforter leur implantation dans ces cités, les municipalités n'hésitent pas à financer "les associations dont les responsables sont les caïds locaux", témoigne-t-elle. Dans une autre cité de la ville, à l'Abreuvoir, "c'est le club de football dont le président va devenir directeur de cabinet", rapporte la journaliste. Un système bien ficelé où "les leaders sont récompensés par des postes à responsabilité". Dans son livre, Eve Szeftel décrypte "une promotion de la voyoucratie, l'appareil municipal recyclant la voyoucratie". Certains se placent même "à des postes très importants avec des niveaux de rémunération que l'on atteint notamment au bout de 20 ans d'ancienneté", remarque-t-elle.

Jean-Christophe Lagarde avait allégué en mars 2020 à i24news : « Rien dans la loi française ne permet à la ville de Bobigny de dire : ‘Madame, votre contrat s’arrête, vous êtes licenciée parce que votre conjoint est reconnu coupable ». Accusé de clientélisme, le député centriste s’était défendu en citant Joseph Goebbels, un des dirigeants les plus puissants du régime nazi. « Comme le disait Goebbels, plus le mensonge est gros, plus il passe », avait-il déclaré".

En septembre 2020, Abdel Sadi, nouveau maire communiste (PCF) de Bobigny, a posé avec Lynda Benakouche." La Chambre régionale des comptes l’avait aussi « épinglée » pour des revenus estimés bien supérieurs au regard de ses compétences. Sans compter qu’en 2005, elle avait aussi été condamnée pour violences sur une autre femme".

Le 10 février 2021, Le Canard enchainé a révélé que, le 8 janvier 2021, le tribunal administratif de Montreuil "a considéré que cette arrivée au sein de la mairie était « dépourvue de toute cohérence » et que « la prise en compte des diplômes et expérience de l’intéressée pour occuper l’emploi n’est pas établie. »  

En 2021, "15 ans après la mort d’Ilan Halimi, une commémoration était organisée ce dimanche 14 février à 14h, au jardin Ilan Halimi, 54 rue de Fécamp dans le 12e arrondissement de Paris. Un rassemblement auquel une page Facebook est dédiée.

En février 2021, deux organisations juives françaises membres du CRIF avaient été annoncées comme participant, aux côtés d'associations de gauche et d'extrême-gauche, à ce rassemblement à la mémoire d'Ilan Halimi le 14 février 2021. 

"La cérémonie, « contre les crimes antisémites et tous les actes racistes », est organisée par le Réseau d’actions contre l’antisémitisme et tous les racismes, le Collectif des Juifves VNR, le Mémorial 98 et les Juives et Juifs révolutionnaires

D’autres organisations juives, de lutte contre l’antisémitisme, antiracistes, de gauche et d’extrême gauche soutiennent l’évènement : Ayeka, Beit Haverim, Hashomer Hatzaïr, Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE), Une Autre Voix Juive (UAJV), Comité Adama Traoré, Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie (ACORT), Collectif Nta Rajel, Association Ibuka, Collectif Golema, Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP), SOS Racisme, QTPOC autonomes Confédération Générale du Travail (CGT), Fédération syndicale unitaire (FSU), Union syndicale Solidaires, Solidaires Étudiant-e-s, Union Départementale des Syndicats CGT de Paris, UNEF (l’Union Nationale des Etudiants de France) Vigilance Informations Syndicales Antifascistes (VISA), Ensemble, Fédération Anarchiste (FA), Génération.s, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Union Communiste Libertaire (UCL), Attac France, Action révolutionaire LGBQTI, Collectif Ecolo-Libertaire Anti-fasciste & Féministe (ELAfF), Collectif Irrécupérables, Editions syndicalistes, IPAM/CEDETIM, Jeune Garde, La Horde, Les Amis de La Révolution Prolétarienne (Revue), SIAMO, Séminaire ETAPE, Transgrrrls, RESOME, Aplutsoc – Arguments Pour la Lutte Sociale, PEPS (Pour une Ecologie Populaire et Sociale".

Le texte de ce rassemblement est le suivant :
"Il y a 15 ans, Ilan Halimi était kidnappé, séquestré, torturé et assassiné parce que Juif.
Il était retrouvé le 13 février agonisant sur les rails du RER C. Ilan manque à sa famille et à ses proches. Et nous ne l’oublierons jamais.
Ce sont les stéréotypes antisémites les plus anciens qui ont mené à son assassinat : les Juifs seraient riches et maniganceraient dans l’ombre.
Depuis 2006, de l’école Ozar Hatorah à Toulouse jusqu’à l’Hypercacher de la Porte de Vincennes, onze hommes, femmes, enfants ou personnes âgées ont été tuées en France parce que Juives.
Les actes antisémites et les violences racistes sont en augmentation, ici et ailleurs dans le monde.
Les vingt-quatre jours qui ont amené à la mort tragique d’Ilan Halimi nous obligent à une détermination sans faille contre l’antisémitisme et contre toute forme de racisme.
C’est pourquoi le dimanche 14 février à 14h nous appelons, en sa mémoire, ainsi qu’à celle de toutes les victimes de crimes antisémites et racistes, à un rassemblement au jardin Ilan Halimi, 54 rue de Fécamp.
Nous demandons explicitement qu’aucun drapeau national ne soit brandi, afin de ne pas détourner le sens de cette commémoration".
Le 9 février 2021, le TimesofIsrael a révélé ce rassemblement. LeMondeJuif s'est indigné de la participation du Beit Haverim, groupe LGBT de France, à ce rassemblement réunissant des associations de gauche et d'extrême gauche aux positions anti-israéliennes, proches des Indigénistes ou autres "racialisés" et adepte de la "Woke culture".

Le Beit Haverim a démenti sur Twitter toute participation "au rassemblement Ilan Halimi organisé par le collectif des juifs révolutionnaires", un groupuscule méconnu. 

Quels "couacs" ! Et c'est un euphémisme. Comment et pourquoi ces deux organisations - le mouvement de jeunesse sioniste de gauche Hachomer Hatzaïr et le Beit Haverim -   membres du CRIF ont-elles pu accepter de participer à ce  rassemblement ? Aucune des trois associations n'a informé sur ce qui a conduit à ce rapprochement. Cela mériterait peut-être une enquête interne...

Le même jour, la Ligue de défense juive organisera "à 14h, au 229 boulevard Voltaire dans le 11e arrondissement de Paris, adresse de la boutique où travaillait Ilan Halimi".

Le 11 février 2021, lors de la cérémonie de remise du Prix Ilan Halimi à Matignon, le Premier ministre Jean Castex a déclaré :
"C'est vrai que les contraintes sanitaires nous ont empêché de tous nous retrouver, mais nous avons évidemment tenu à ce que cette cérémonie puisse à tout prix se maintenir, avoir lieu, y compris en partie en présentiel tant le sujet est important et je ne vous cacherai pas mon émotion parce que je me souviens très bien de cette très triste affaire, cette très triste affaire qui a beaucoup marqué, j'ai eu une petite pensée d'emblée pour la famille d'Ilan HALIMI, Ilan HALIMI, c'est le père de famille autant que le Premier ministre qui s'exprime à ce moment-là. Je me suis dit, je me dis toujours comment la nature humaine peut-elle s'ignorer à ce point ? Comment on peut perdre tous nos attributs d'humanité élémentaire ? Comment ça peut se produire ici, dans notre République française, terre des droits de l'homme, fille des Lumières ? Comment un tel obscurantisme peut-il voiler nos cœurs et notre image collective ?
C'est une affaire profondément, certes révoltante, qui nous oblige, vous l'avez dit, vous les jeunes, qui est aussi profondément, profondément triste à tous égards. Les faits eux-mêmes, évidemment, mais tout ce qu'elle représente, je l'ai déjà dit de déshumanisation, d'incompréhension, on n'arrive pas à comprendre comment on peut faire ça. Certes, il est vrai, incompréhensible et inacceptable puisque, vous le savez, le prix que je viens de vous remettre porte le nom d'un jeune homme qui a été martyrisé avec une sauvagerie que l'on peut à peine concevoir...
Nier l'humanité de sa victime, c'est évidemment se préparer à l’exterminer de sang-froid et c'est ce qui s'est passé avec Ilan HALIMI de ce terrible mois de janvier 2006. Pourquoi ? Pourquoi ça ? Pourquoi ce crime ? Pourquoi des filles et des garçons qui avaient à peu près l'âge de leur victime se sont-ils acharnés ainsi avec cette cruauté sur un jeune homme sans histoire ? Vous, moi, nos enfants pour une raison folle. Dans l'esprit, c'est ce qu'ils ont dit, je ne refais pas le procès, ce n'est pas mon rôle, dans l'esprit de ses bourreaux, Ilan était juif et comme tous les juifs sont réputés être riches, il était donc riche. Il suffit donc de l'enlever et de le réclamer une rançon pour gagner facilement beaucoup d'argent...
Le jury a désigné ses premiers lauréats en 2019 et cette année, cela a été dit, ce sont plus de 53 candidatures qui ont été déposées et parmi lesquelles, c'est le rôle du jury, il a fallu choisir... Et le jury a choisi cette année de récompenser le projet d'un groupe, alors si j'ai bien compris, de lycéens et d'élèves en classe prépa - c'est ça, Mademoiselle, jeune homme ? - du lycée Les Bruyères à Sotteville lès Rouen, c'est en Normandie, je le dis pour Roselyne. Un projet dans l'intitulé Tous égaux sous le masque, clin d'œil évidemment à l'actualité, est déjà en soi une formidable trouvaille. Oui, toutes les Françaises, tous les Français, tous ceux qui vivent et ont choisi de vivre sur le territoire de la République sont égaux derrière le masque, car la lutte contre le virus est l'affaire de tous et que le virus, lui aussi, se moque bien de la religion ou des origines de ceux qu’il infecte. Avec un professionnalisme que le jury a voulu saluer, alors là, il faut que les informations soient exactes, Hakim, Anaïs, Mélissa, Caroline et Flavia. C'est ça ? Très bien. J'ai commencé par Hakim parce qu'on voit bien quand même que c'est une équipe très féminine, Mesdames, qui a gagné. Ça t’étonne, Roseline ? Et toi ? Bien. Vous avez, j’ai trouvé formidable, décidé de mobiliser finalement tous les supports à votre disposition pour lutter contre les préjugés racistes et antisémites. Vous avez commencé par une traditionnelle campagne d'affichage dans votre établissement puis, vous avez diffusé, si j'ai bien compris, sensibiliser vos camarades de secondes en utilisant tout à la fois la radio, la vidéo et les célèbres réseaux sociaux. Cette campagne de communication est ainsi devenue une véritable opération multimédia. C'est bien la preuve qu'utilisés par de jeunes intelligences, les réseaux sociaux peuvent diffuser autre chose que la bêtise et la haine parce que ça leur arrive aussi, y compris, malheureusement, sur le terrain du racisme et de l'antisémitisme. Il faut nous en féliciter et surtout les féliciter, ainsi que leurs professeurs, en les encadrant, que je salue tout particulièrement. Deux autres projets ont retenu l'attention du jury et méritent eux aussi d'être salué. D'abord, les basketteuses de Bagnolet. On me dit que vous êtes 5, bah, il y en a 3, c'est ça, vous êtes 5, les filles ? Bon, alors, les basketteuses de Bagnolet, elles ont organisé une exposition sur leur propre terrain de jeu pour présenter aux jeunes de la ville les grandes figures de l'antiracisme qui l'ont porté en pensant à Nelson MANDELA, à GANDHI ou bien sûr à Martin LUTHER KING. Et je voudrais saluer ici le rôle du sport, le rôle du sport partout, partout comme ferment de la société, est vecteur de l'intégration et de la lutte contre toutes les formes d'exclusion, de racisme et d'antisémitisme. Et enfin, le très beau livre sur le racisme et l'antisémitisme réalisé par les
Hôtel de Matignon - 57, rue de Varenne - 75007 PARIS
élèves. Il me voit de la classe Ulis du complexe Saint Pierre Fourier à Paris. Aussi, un très joli projet dont je voudrais vraiment vous féliciter du fond du cœur.
Trois projets différents, mais qui témoignent tous d'un même engagement et surtout d'une formidable créativité. Il va sans dire chère Elisabeth que le Gouvernement non seulement soutient de telles actions mais il doit être à la pointe je l’ai dit, je le répète et je le revendique de ce combat contre le racisme, l’antisémitisme et tous leurs préjugés. Ces actions sont incompatibles avec notre République. Incompatibles et inacceptables. C’est évidemment l’objet de la plateforme anti-discriminations annoncée par le Chef de l’Etat le 4 décembre dernier et que le Président suite à un travail formidable, formidable, Madame MORENO et ses équipes vont inaugurer en personne dès demain. Ce nouvel outil, je vous le dis à toutes et à tous, adossé au service du Défenseur des droits, doit permettre dans un premier temps de signaler toute forme de discrimination. Il n'y a malheureusement pas que les discriminations à caractère racial ou religieux et les violences qui peuvent les accompagner, mais surtout de permettre ensuite aux victimes de connaître leurs droits et les procédures qu'elles peuvent engager. Évidemment, je sais pouvoir compter dans ce combat sur l'engagement sans faille des ministres qui ont en plus particulièrement la responsabilité. Évidemment, Elisabeth MORENO, la culture, l'éducation, meilleurs antidotes finalement contre ce mal qui essaie de nous ronger, mais qui n'aura raison ni de nos valeurs ni de notre détermination, soyez-en assurés. Aujourd'hui, nous combattons un virus, je l'ai dit, qui n'a ni conscience, ni volonté, ni représentation politique. Mais n'oublions jamais, un souvenir que la société peut être contaminée à tout moment par la haine et que cette maladie de la raison qu'est le racisme peut être aussi dangereuse, sinon pire encore, qu'une maladie ordinaire. C'est le sens de la démarche qui nous réunit aujourd'hui. Celui de l'hommage, celui de la vigilance mais aussi, je le dis en voyant ces jeunes visages, celui de l'espérance, celui que ce combat permanent. Eh bien, nous allons ensemble le gagner."
Le vocable "juif" a deux occurrences. Le terme "antisémitisme" revient à sept reprises, dont cinq dans un contexte général, sans être associé à l'islam. Les mots "islamique" ou "musulman" n'apparaissent pas dans le texte du discours.

Sur le compte Twitter du Premier ministre Jean Castex, aucun (re)twitt sur cette cérémonie. Par contre, le Premier ministre a retwitté le 12 février 2021 le message de Moreno informant du lancement de la Plateforme de signalement et d’accompagnement des victimes ou témoins de discriminations. Le site Internet de cette Plateforme a en en-tête "Défenseur des droits".

Le 12 février 2021, Claire Hédon, Défenseure des droits, publiait un communiqué de presse sur son "nouveau service de signalement et d’accompagnement des victimes" :
"Doté d’un numéro de téléphone à 4 chiffres (39 28), d’un tchat, et d’un accès sourds ou malentendants, il est destiné aux personnes victimes ou témoins de discriminations, quel qu’en soit le motif (origine, handicap, sexe, etc.) et le domaine (emploi, logement, accès à un service, accès à un service, etc.). Des juristes du Défenseur des droits écoutent, accompagnent et orientent gratuitement les personnes pour les rétablir dans leurs droits.
Le président de la République et Elisabeth Moreno, ministre délégué chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances ont souhaité confier à une institution indépendante la création et la gestion de la plateforme de lutte contre les discriminations annoncée en décembre 2020. Le Défenseur des droits, qui est notamment chargé de la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité, bénéficie d’une expertise juridique reconnue et des relais d’accompagnement sur le territoire, nécessaires à la bonne mise en œuvre de ce service, avec un réseau de plus de 530 délégués répartis en métropole et en outre-mer."
En effet, le 4 décembre 2020, lors d'une interview au média en ligne Brut, et dans un contexte de critiques de "violences policières" - interpellation de Michel Zecler - le Président de la République Emmanuel Macron avait annoncé la création d'une plateforme contre les discriminations :  « C’est vrai qu’aujourd’hui, quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé. Et encore plus quand on est un garçon. On est identifié comme étant un facteur de risques, de problèmes : c’est insoutenable. Le seul moyen de faire cela, parce qu’on a tout dit, tout essayé, et moi-même je suis fatigué de l’avoir dit - et de là où je suis je ne serais pas crédible si je vous disais cela sans bouger. Donc le seul moyen de bouger, c’est de faire ce qu’on a su faire sur d’autres violences, c’est de mettre en plus une plateforme commune pour que les gens puissent dénoncer de manière très simple, unique et nationale ».

Déjà, en avril 2019, Marlène Schiappa, alors secrétaire d' État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes et Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement, signaient une tribune dans Le Parisien, intitulée “Nous lançons une brigade anti-discriminations”, la Badi, “visant à mettre en relation les victimes et les acteurs de la lutte contre les discriminations”. Une page Facebook est alors créée. Mais il semble que le succès n’ait pas été au rendez-vous puisqu’en un an, seules un peu plus de 700 personnes s'y sont abonnées." 

Bref, "rien de nouveau sous le soleil". (Ecclésiaste I,9)

On a l'impression pourtant de revivre une séquence d'un passé récent. Souvenez-vous.

Le 22 mai 2003, lors d'une cérémonie à l'Elysée à l'occasion du soixantième anniversaire du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France et alors que le nombre d'agressions antisémites demeurait à un niveau élevé, le Président de la République, alors Jacques Chirac, avait annoncé qu'il allait créer une autorité indépendante de lutte contre les discriminations : 
"La République doit à tous ses enfants la protection de la loi. L'antisémitisme est contraire à toutes les valeurs de la France. Il est insupportable. Les actes antisémites doivent être combattus sans relâche et poursuivis avec la plus grande sévérité. Personne, en France, ne doit pouvoir être agressé à cause de son origine ou de sa religion. Dans notre pays, qui est celui des droits de l'Homme, personne ne doit souffrir pour ce qu'il est. Tous nos compatriotes, d'où qu'ils viennent, quelles que soient leur histoire ou leurs croyances, ont leur place dans cette maison commune qu'est la République. C'est dans cet esprit que verra prochainement le jour, à ma demande, une autorité indépendante de lutte contre toutes les formes de discrimination, d'où qu'elles viennent. La Nation n'est pas seulement notre héritage. Elle est aussi notre avenir. C'est elle qui garantit nos libertés fondamentales : la liberté de conscience, la liberté de pensée, la liberté religieuse. C'est elle qui respecte les différences et leur offre un cadre protecteur. La République assure à chacun, en toute sécurité, le droit au respect de ses choix, de ses appartenances et de ses origines. Elle est un bien trop précieux pour qu'on laisse s'ouvrir des brèches qui menaceraient à terme notre cohésion nationale. C'est pourquoi le Gouvernement exerce et exercera la plus grande fermeté à l'égard de tous les actes et de tous les propos à caractère antisémite, qu'ils soient dirigés contre des personnes, des symboles ou des biens. Nous ne laisserons pas faire l'apologie du crime et de la haine. La France n'est pas un pays antisémite."
Le CRIF s'était réjoui de cette annonce en espérant que cette nouvelle instance allait lutter contre l'antisémitisme. En fait, la France se conformait à une directive de l'Union européenne (UE), et elle reléguait à une "autorité indépendante" ce qui devait relever d'une action (inter)ministérielle. Et la HALDE, créée sur ce malentendu, fut installée le 23 juin 2005. Présidée par Louis Schweitzer, elle a été critiquée pour avoir accepté des atteintes islamiques à la laïcité (affaire du voile d'une salariée musulmane à la crèche Baby Loup) et son "bilan mitigé après cinq ans d'action" : politique "du chiffre",  "train de vie choquant", "marchés à la limite de la légalité", "opacité dans les opérations financières" et "conflits d'intérêts" selon la Cour des comptes, non respect du principe du contradictoire, etc. La Halde s'est-elle occupée de l'antisémitisme ? Non. Et elle a été rattachée ou fondue dans le Défenseur des droits. Qu'a fait ce dernier, alors Jacques Toubon, quand il a été informé de l'affaire du Dr Lionel Krief ? Rien. Par contre, le Défenseur des droits a réagi publiquement quand un coiffeur a été traité de « PD » par son ex-employeur.

Qu'apportera cette Plateforme dans la lutte contre l'antisémitisme ? Vraisemblablement rien.

Le 12 février 2021, jour de lancement de la Plateforme, la défenseure des droits Claire Hédon a déclaré à Franceinfo : « Mes grandes inquiétudes, c'est la question des contrôles d'identité. Cela fait un moment que l'on demande que soient menées des expérimentations parce qu'au bout d'un moment dans certains quartiers, pour certains jeunes, cela devient insupportable. Donc, est-ce qu'on ne peut pas expérimenter l'arrêt du contrôle d'identité : des zones sans contrôle d'identité. Dans 95% des cas les contrôles d'identité ne donnent rien ». "Une manière, selon elle, de limiter les discriminations". Quid de l'antisémitisme ? Il n'était pas nommé dans l'interview.

Ah ! J'oubliais. Le 13 février 2021, le Président Emmanuel Macron a twitté : "Il y a 15 ans, la barbarie antisémite arrachait la vie d’Ilan Halimi. N’oublions jamais. La lutte contre toutes les formes de haine est un combat quotidien."

No comment.

Le CRIF a retweeté ce post du Président de la République, et ceux du gouvernement diffusant le 11 février 2021 la cérémonie de remise du Prix Ilan Halimi, de Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur et des Cultes - "Il y a 15 ans, Ilan Halimi était torturé et lâchement assassiné parce qu’il était juif. Pensées pour sa famille et ses proches. La France ne baissera jamais la garde face à l’antisémitisme" -, d'Anne Hidalgo, Maire de Paris - "Il y a 15 ans, Ilan Halimi était enlevé, torturé et tué parce que juif. Nous lui rendons hommage aujourd’hui dans le jardin qui porte son nom dans le 12e arrondissement. N’oublions jamais" - du Défenseur des droits et de FranceInfo annonçant le lancement de la Plate-forme, ainsi que d'Anne Rosencher, journaliste à L'Express et éditorialiste à Europe 1.

Le CRIF a aussi twitté : "#Hommage - Ce matin, nous rendons hommage à #IlanHalimi dans le jardin du 12ème arrondissement de Paris qui porte son nom. L'émotion est au rendez-vous, 15 ans après la mort de ce jeune homme victime de la barbarie antisémite. Le souvenir d'Ilan Halimi reste intact." Le 12 février 2021, une cérémonie à la mémoire d'Ilan Halimi s'est déroulée dans le jardin Ilan Halimi en présence d'Anne Hidalgo, d'élus parisiens, de Francis Kalifat, président du CRIF, de Haïm Korsia, grand rabbin de France, du réalisateur Alexandre Arcady et d'autres dirigeants d'organisations juives.

Le 12 février 2021, le CRIF a twitté : "#Hommage - Cela fait 15 ans qu'Ilan Halimi a été retrouvé agonisant le long des voies ferrées de Sainte-Geneviève-des-Bois. 15 ans que le monde a appris son nom. Nous ne l'oublierons jamais. #IlanHalimi".

Le 11 février 2021, il a consacré deux twitts au vote par l'Assemblée nationale de l'article 20 de la loi dénommée "PJLPrincipesRépublicains" par la députée Laetitia Avia (LREM) et "séparatisme" par Francis Kalifat, président du CRIF ("Voulu par le ministère de la Justice, [cet article] instaure que les auteurs de propos haineux sur Internet seront désormais jugés en comparution immédiate. @FrancisKalifat salue vivement cette décision"). A l'évidence, le CRIF espère beaucoup de l'application de cet article.

2022
Le 13 février 2022, l'UPJF, le BNVCA, l'OJE, Europe Israël,  le Bétar, Israel Is Forever et All With Us - Tous avec nous ont organisé une cérémonie pour honorer le souvenir d'Ilan Halimi au 229 boulevard Voltaire à Paris (75011) . L'affiche indiquait "Tu aurais eu 40 ans aujourd'hui si tu n'avais pas croisé le chemin de ces barbares il y a 16 ans. Repose en paix Ilan, nous veillons sur toi". De 60 à 80 personnes ont répondu à l'appel des organisateurs. 

Gil Taieb, vice-président du CRIF, est arrivé peu avant le début de la cérémonie. Il est resté isolé, alors qu'il y a encore vingt ans, il aurait été entouré par des admirateurs, applaudi et invité à prendre la parole.

Alexandra Barouch a rappelé les noms des victimes de l'antisémitisme, mais en oubliant notamment Jean-Louis Lévy, et a refusé toute consigne électorale. L'imam Hassen Chalghoumi a tenu son discours classique. Une conseillère municipale du XVIe arrondissement de Paris a souligné son refus du pardon et de l'oubli ainsi que l'aliyah cette année de ses trois enfants. Un orateur pour le BNVCA a lu sa "lettre à Ilan" fustigeant notamment la campagne de la Commission de l'Union européenne (UE) illustrant une de ses affiches concernant la Conférence sur l'avenir de l'Europe par une femme à la tête couverte par le foulard islamique ou hijab, posant comme un mannequin, avec le slogan « L'avenir de l'Europe est entre vos mains » et "Faites entendre votre voix". Puis un rabbin a dit le Kaddich, prière associée aux morts, et des personnes ont allumé des bougies à la mémoire d'Ilan Halimi.

D'autres cérémonies ont eu lieu près de la voie ferrée à Ste Geneviève-des-Bois, où fut retrouvé Ilan gravement brûlé, et au jardin Ilan Halimi à l’initiative de l’UEJF. 
 
A Marseille, une cérémonie avec des dirigeants locaux, politiques et d'institutions juives - Bruno Benjamin, président du CRIF Marseille Provence, Michel Cohen Tenoudji, président du Consistoire israélite de Marseille, et Lionel Stora, président régional du Fonds Social Juif Unifié -, sous le haut patronage de Benoît Payan, marie de la cité phocéenne, s'est tenue au parc Bagatelle.

2023
Le 12 février 2023, au 229 boulevard Voltaire 75011 Paris, la Ligue de Défense Juive (LDJ), Israel Is Forever,  l'UPJF, l'Observatoire Juif de France, le BNVCA ont organisé un rassemblement à la mémoire d'Ilan Halimi, "torturé et assassiné en France à l'âge de 23 ans PARCE QUE TU ETAIS JUIF". 

"17 ans se sont douloureusement écoulés depuis que ton chemin a croisé celui du Gang des Barbares. Aujourd'hui ils sont tous en liberté, sauf ton bourreau, et toi, tu n'es plus à nos côtés. NI OUBLI - NI PARDON. Repose en paix Ilan, nous veillons sur toi".

2025 
Le 22 octobre 2025, le Tribunal de Bobigny a condamné les deux prévenus pour avoir coupé l’arbre, mais n’a pas retenu le motif antisémite : "huit mois de prison ferme pour Brahim, cible d’un mandat d’arrêt pour violences aggravées dans un dossier pendant, peine avec sursis pour Ismaël. Reconnus coupables de l’abattage de l’arbre, ils n’auraient pas eu conscience de commettre un acte antisémite : la qualification la plus grave est écartée". 

Le tribunal les "a relaxés du fait de violation d'un monument dédié à la mémoire des morts commise en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion, estimant qu'il n'y avait pas assez d'éléments permettant d'établir que les deux hommes avaient conscience qu'il s'agissait d'un monument en la mémoire d'Ilan Halimi." L'ancien Président de la République Nicolas Sarkozy a été condamné à une peine de prison ferme sans preuve de sa culpabilité.

Comme beaucoup de plaques à la mémoire de victimes juives assassinées depuis 2000 par des meurtriers musulmans, la plaque en hommage à Ilan Halimi omet sa judéité et le fait que son meurtrier, chef du gang des Barbares, Youssouf Fofana était, comme la quasi-totalité du gang, musulman.
Sur cette plaque est inscrit :
"En hommage à Ilan HALIMI

... Et le juste sera comme un arbre 
planté près du ruisseau...
... Et dont le feuillage ne se flétrit point...
extrait du livre des Psaumes du Roi David"

2026
Vingt ans après, l'appât est libre, et deux membres du Gang des Barbares, après être sortis de prison, ont récidivé en commettant des délits : (Source : CNews)
- Jean-Christophe S., lieutenant de Fofana : condamné à 18 ans de prison, sorti en 2019, condamné à un an de prison en 2024 pour vol avec violence en réunion ;
- Cédric B, geôlier d'Ilan Halimi : condamné à 12 ans de prison, libéré en 2017, deux ans de prison en 2017 pour refus d'obtempérer, interpellé en 2021 pour port d'arme.

Le 13 février 2026 à 11 h, pour 
les 20 ans de l’assassinat d’Ilan Halimi, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours compassionnel en présence de la famille de la victime et de dirigeants communautaires. Une cérémonie opportune pour un Président impopulaire - 23% des Français le considèrent être un "bon président" selon le  baromètre politique d’Odoxa et Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale (27 janvier 2026) - et à un mois des élections municipales (15 et 22 mars 2026).

Sur CNews, l'ambassadeur d'Israël en France Joshua L. Zarka a annoncé qu'il n'avait pas été invité à cette cérémonie. Et ce, alors qu'Ilan Halimi a été inhumé en Israël car sa famille craignait une profanation de la sépulture en France, et que la situation des Français juifs aurait été pire sans l'existence de l'Etat Juif.

Le Président Emmanuel Macron a nommé des victimes d'antisémitisme en France depuis 2000, et évoqué celles à l'étranger notamment contre la synagogue de La Ghriba (Tunisie) et en Australie (Bondi Beach), mais pas en Israël. Une liste incomplète, mais incluant René Hadjadj - alors que le 5 février 2026, la Cour d'assises a refusé de retenir la circonstance aggravante d'antisémitisme dans ce crime ; qui détermine le caractère antisémite, le juge ou le Chef de l'Etat ? - et Sébastien Selam auquel justice n'a pas été vraiment rendue.

Le Chef de l'Etat a déclaré : "Beaucoup a été entrepris par les gvt en matière de sécu des lieux de culte, de formation des forces de sécu et des magistrats, d'éducation, de diplomatie, avec l'adoption de la définition de l'antisémitisme, telle que reconnue par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste. En vingt ans, et malgré l'action résolue de nos policiers, gendarmes, magistrats, professeurs, élus, l'hydre antisémite n'a cessé de progresser. Prenant sans cesse des visages nouveaux, elle s'est immiscée dans l'intimité de nos sociétés, dans chaque interstice, accompagnée très souvent par ce parti des lâchetés : ne pas dire, refuser de voir". En évoquant "l'antisémitisme islamiste du 7 octobre", il a occulté l'antisémitisme islamique dans son discours, or, l'islam était pourtant point commun des membres du gang des Barbares. Il a dénoncé les "prêcheurs de haine" avec "parfois la complicité de médias étrangers complices" qui "entendent faire régner la terreur". Il a fustigé l'extrémisme de gauche et celui de droite "avec ses clichés sur la puissance et la richesse". Ce stéréotype du Juif puisant ou riche est largement partagé à gauche stigmatisant le capitaliste juif dominant le monde. Quant aux médias étrangers haineux, pourquoi le Président de la République ne fait-il pas interdire la chaîne qatarie al-Jazeera ? Peu après cette cérémonie, on apprenait qu'un jeune militant proche du Collectif Némésis avait été tabassé par des « antifas », après une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan (La France Insoumise, LFI) le 12 février 2026 au soir à l’IEP (Institut d'Etudes politiques) de Lyon, et était en état de mort cérébrale. Ce groupe d'« antifas » représente depuis des années une menace pour la République, mais a été toléré par la Macronie. D'où vient vraiment le danger, de l'extrême-droite fantasmée ou de l'extrême-gauche violente ?

Il a alerté sur "l'antisémitisme qui utilise le masque de l'antisionisme pour progresser à bas bruit", et sur "celui qui s'appuie sur la critique de la politique d'Israël pour décrédibiliser, assigner et nier le droit à l'existence de l'Etat hébreu et finit par nier le droit des juifs à vivre. Celui-là même qui, dans une inversion historique vertigineuse entend faire des juifs des génocidaires d'une manière inacceptable et odieuse. L'Assemblée générale de l'ONU avait en 1948 voté une résolution partageant la Palestine mandataire notamment en un "Etat Juif", et non hébreu, un Etat Arabe et une zone autour de Jérusalem. Le Président Emmanuel Macron a révélé son rapport difficile avec l'Etat d'Israël. Qui avait, le 10 novembre 2023, sur la BBC, accusé Israël de tuer des bébés (blood libel) - accusation fausse, diffamatoire, portée contre les juifs accusés de tuer des enfants non-juifs (crime rituel), et dont on sait la portée létale pour les Juifs dès le Moyen-âge ?

Il a cité Hannah Arendt (la "banalité du mal") et refusé les tentatives de "déshumaniser nos compatriotes juifs... Les statistiques [d'actes antisémites] sont en forte hausse depuis le 7 octobre n'enregistrent qu'imparfaitement [ces actes]". Déplorant le "sentiment d'abandon" des Juifs, il a poursuivi : "C'est pourquoi la lutte contre l'antisémitisme est le combat de chaque Français. On ne saurait effacer les Français juifs de la photo de famille de la République...  "Votre place est ici... La France a besoin de vous [juifs, Ndlr] pour être elle-même". 

"La mobilisation doit redoubler. Pour lutter contre le poison de la haine numérique, la France demandera solennellement des comptes aux grandes plateformes et des résultats mesurables dans le retrait rapide des contenus haineux. Si les engagements ne sont pas tenus, nous activerons le droit européen qui prévoit des amendes significatives. Et j'ai saisi la Présidente de la Commission européenne en ce sens. N'en déplaise à certaines puissances qui voudraient nous donner des leçons, dans la France des Lumières, le free speech s'arrête à l'antisémitisme et au racisme. Nous demanderons des comptes, et exigerons des résultats", a annoncé le Président Emmanuel Macron. Une attaque injustifiée contre les Etats-Unis non nommés, mais qui défendent la liberté d'expression. Des mesures liberticides. Ces mesures ont déjà réduit considérablement la visibilité de comptes pro-israéliens sur X, ex-Twitter, sans supprimer des comptes antisémites. Tel un autocrate, le Chef de l'Etat a instrumentalisé la lutte contre l'antisémitisme pour accentuer son combat aux niveaux national et européen, contre les grandes plateformes et imposer sa doxa sans contestation tolérée.  

'Trop souvent, les peines délivrées contre les auteurs de délits et de crimes antisémites semblent dérisoires. Trop souvent encore, le caractère antisémite des délits comme des crimes peine à être reconnu. Nous renforcerons la formation en ces matières de nos magistrats, et, pour faire la transparence et la vérité, je souhaite que soit mis en place un suivi précis des peines et des sanctions. Sur cette base, le gouvernement et le Parlement travailleront à un renforcement de la pénalisation des actes antisémites et racistes", a insisté le Chef de l'Etat. Un renforcement que le "gouvernement des juges" n'appliquera pas. Aucune des plaintes pénales contre l'eurodéputée Rima Hassan (LFI) n'a abouti à l'ombre d'une date d'audience.

"L'autorité judiciaire fait son travail en toute indépendance", a affirmé le Chef de l'Etat qui a souhaité un "suivi des peines et sanctions" judiciaires [une demande du CRIF depuis tant d'années, Ndlr] et "que soit instaurée une peine d'inéligibilité obligatoire pour les actes et propos antisémites, racistes et discriminatoires". (Applaudissements) Une revendication liberticide, peu démocratique, du Grand rabbin de France Haïm Korsia ainsi que du Collectif Nous vivrons, et qui viserait Eric Zemmour, fondateur de Reconquête ! dont la candidate à Paris, Sarah Knafo, aux prochaines élections municipales, progresse dans les sondages sur les intentions de vote. A entendre ces applaudissements, on s'interroge : qui instrumentalise qui ? Le Président de la République Emmanuel Macron utiliserait-il peut-être le combat contre l'antisémitisme et le racisme - et pourquoi pas aussi la lutte contre les discriminations LGBT+++++++ ? - et des dirigeants communautaires, à des fins servant ses intérêts politiques ? Ou des dirigeants communautaires, peu attachés à la démocratie, utiliseraient-ils peut-être le combat contre l'antisémitisme également pour viser des personnalités aux opinions différentes des leurs, de la Gôche bienpensante ?

Le 24 octobre 2024, lors de la conférence internationale sur le Liban organisée à l'Élysée, le Président de la République Emmanuel Macron a répondu au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qui, la veille sur CNews, évoquait une « guerre de civilisation contre la barbarie », c'est-à-dire les djihadistes du Hamas, du Djihad islamique, etc. : « Je ne suis pas sûr qu'on défende une civilisation en semant soi-même la barbarie ». Une déclaration critiquée notamment par Yonathan Arfi, Président du CRIF. Et c'est ce Chef de l'Etat, dont le statut lui confère une quasi-irresponsabilité, qui propose une telle mesure ?! 

"Il y a eu trop de mots. Il y a eu trop de morts. L'heure est à l'action et à une intransigeante mobilisation patriotique et républicaine !", a déclamé le Chef de l'Etat en évoquant la prochaine Journée de commémoration du capitaine Alfred Dreyfus et la prochaine panthéonisation le 23 juin 2026 de l'historien et résistant Marc Bloch qui "aimait à dire qu'il ne revendiquait son origine que dans un cas : en face d'un antisémite" ; c'est dénier le juif pieux, pratiquant, fier du judaïsme. De la communication politique évènementielle où le comédien pourra surjouer en lisant un discours au mieux creux, au pire problématique.

Le mot "Nation" est le grand oublié du discours. Force est de constater que les juifs sont occultés du Récit national, donc n'habitent pas l'imaginaire français. C'est le combat essentiel pour intégrer les juifs et le judaïsme dans le Récit national réhabilité qu'il importe de mener et que le Président de la République Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs n'a pas agréé. 

S'il a parlé de la République, le Président Emmanuel Macron n'a jamais loué la démocratie tant il prise la censure. Dans une démocratie, seul le peuple choisit ses représentants. Ce sont les électeurs qui, informés, élisent leurs élus. Seuls des régimes autocratiques, haïssant ou méprisant le peuple jugé incapable de "savoir ce qui est bien, moral", sélectionnent les candidats acceptables pour le pouvoir en place.

Bref, un discours instrumentalisant à des fins politiciennes l'assassinat d'Ilan Halimi, et plus généralement l'antisémitisme. Sur Facebook, il a été diffusé par l'Elysée en direct. Qu'après près de neuf ans à l'Elysée, à environ un an de la fin de son second mandat, le Président de la République Emmanuel Macron tienne ce discours d'échecs s'avère lamentable. De la communication politique sur fond d'antisémitisme !? 

Puis, sous la pluie, le Président de la République Emmanuel Macron a planté, avec une sœur d'Ilan Halimi, un chêne sans feuille - c'est l'hiver - faisant penser à une menorah (chandelier à sept branches symbole de l'identité juive), dans le jardin de l'Elysée, en hommage à Ilan Halimi dont le prénom signifie "arbre" en hébreu. 
A peine, les pelletés étaient-elles mises autour du chêne, que le grand rabbin de France Haïm Korsia s'est approché de ce groupe. Quel intérêt de planter cet arbre à l'Elysée ? Quel texte sera inscrit dans l'éventuelle plaque posée près de ce chêne ? Mystère. Seule compte l'image présidentielle.

Sur Radio J,  le journaliste Paul Amar avait dit avant la cérémonie : "Emmanuel Macron est excellent dans l’hommage rendu aux morts. On aurait préféré qu’il marche avec les vivants et qu’il protège les vivants. »

Le Grand rabbin de France Haïm Korsia a posté deux messages sur X.
Le premier retwittait un post du Président de la République Emmanuel Macron - un post indisponible - et le commentait ainsi :
"Clarté, fermeté et souvenir - Le chêne planté à la mémoire d’Ilan Halimi fait de son destin tragique un souvenir indéracinable de la mémoire de la Nation. La France rappelle que la patrie est en danger et la République, oubliée, partout où les Juifs sont en danger https://x.com/emmanuelmacron".
De nombreux Internautes ont critiqué le Grand rabbin et le Chef de l'Etat : 
- "Quand, dans une situation tragique, tu te contentes de (très) peu…" (journaliste Joseph Mace-Scaron)
- "N'importe quoi. Soit vous vous laissez bananer par le petit machiavel soit vous êtes complice. Ce n'est pas un gland qui sauvera nos compatriotes juifs et notre pays qui leur est indissociable."
- "Macron cherche à se refaire une virginité après ses lâchetés contre la communauté, et contre nous israéliens en reconnaissant un état de Fakestine, après nous avoir traités de barbares. Était-il indispensable que vous soyez à cette mascarade ? Et les juifs vivants, il fait quoi?"
- "Oui, pour le symbole, non à cette justice qui n'instruit pas les innombrables plaintes à l'encontre des antisémites de la @FranceInsoumise, à commencer par @RimaHas @Portes_Thomas"
- "Le monde des lâches. Plus facile de planter un arbre en toute sécurité à l'Élysée que de marcher en tête d'un cortège contre l'antisémitisme."
- "Arrêtez de faire de la politique, ce président est celui qui sera allié avec les antisémites de gauche et aura reconnu un état terroriste musulman de plus qui retenait et assassinait des otages. Vous nous faites honte."

Quant au second twitt, il retwittait un post de l'Elysée présentant ainsi une vidéo prise dans le jardin de l'Elysée :
"Plantation du chêne en hommage à Ilan Halimi au Palais de l'Élysée."
On peine à comprendre la présence de Brigitte Macron sur la photographie officielle.

Les commentaires des Internautes critiquaient souvent l'évènement :
- "Et pour les Elias, Philippine, Lola ... Plantera-ton des arbres ???"
- "9 ans sans rien faire contre antisémitisme il croit faire oublier en platant un arbre pauvre gland"
- "L'état français n'étant pas capable à deux reprises de protéger un olivier planté en l'honneur d'un juif, la dernière solution".

Ni le CRIF ni son Président Yonathan Arfi n'ont publié sur X et sur Facebook la moindre photographie ou vidéo du discours et du Président de la République Emmanuel Macron plantant ce chêne. Ils ont diffusé des statistiques sur les actes antisémites en 2025. Ils ont diffusé les statistiques des actes antisémites en 2025 recensés par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) et le ministère de l'Intérieur. Yonathan Arfi a répondu à des interviews dont les vidéos ont été postées sur les réseaux sociaux.

Président du FSJU et de la Fondation du Judaïsme Français (FJF), Me Ariel Goldmann a reposté sur X le twitt de Constance Le Grip, députée des Hauts-de-Seine (apparentée au groupe Ensemble pour la République), conseillère municipale de Neuilly-sur-Seine :
"Magnifique discours du Président de la République sur la lutte contre l'antisémitisme, celui de l'extrême-gauche comme celui de l'extrême-droite. Un chêne planté au cœur du jardin de l'Elysée portera pour toujours le souvenir d' #IlanHalimi . Et une annonce précise : celle d'un texte prononçant l'inéligibilité des personnes condamnées pour des actes ou propos racistes ou antisémites".

Sur X, ex-Twitter, le Collectif Nous Vivrons, proche du Parti socialiste (PS) s'est vanté :

"#PasDeMandatPourLaHaine 
Nous Vivrons salue cette proposition du Président @EmmanuelMacron que nous appelons de nos vœux depuis plusieurs mois. 
Après les mots, les actes. Comme l’a dit le Président dans son discours « les élus sont les sentinelles de la République », il ne peut pas y avoir une prime électorale aux discours de haine".
Dans sa précipitation et son exaltation, le Collectif Nous Vivrons n'a pas remarqué que le twitt du quotidien Le Parisien qu'il transférait, avait commis une faute d'orthographe sur le nom patronymique de la jeune victime : il  avait appelé Ilan Halimi, "Ilan Hamili" !

Sarah Aizenman a déclaré à RCJ, radio de la fréquence juive parisienne financée par le Fonds social juif unifié (FSJU) : 
"Cela fait des mois que l'on plaide auprès du Président de la République pour une prise de parole forte et salutaire visant à réconcilier la communauté juive avec la République par l'intermédiaire du Président. Donc on se félicite des mots très forts, sans concession, prononcés par le Président pour toucher notre intime. Je crois qu'il a compris ce que vivaient les juifs depuis deux ans. L'antisémitisme, c'et pas que des chiffres, ce sont des vies derrière, c'est ce qui transparaissait dans ce discours. Ce qui me réjouit encore plus, c'est que nous plaidons depuis des  des mois pour la promulgation de cette loi visant à rendre inéligibles de manière automatique les candidats et élus condamnés pour racisme et antisémitisme. Et cette loi va probablement voir le jour, en tout cas le pouvoir politique l'a appelée de ses vœux par la voix du Président. Je crois qu'on peut toujours faire mieux, on peut toujours faire plus. Mais on a de la chance de vivre dans un pays qui résiste. Les résultats ne sont probablement pas au rendez-vous, mais l'arsenal juridique est en place, les moyens sont déployés. On va aller encore plus loin. C'est un bon indicateur pour nous, les juifs, mais surtout pour les antisémites. Car ce qu'a dit aujourd'hui Emmanuel Macron, c'est entre autre qu'on ne peut pas être antisémite en toute impunité Ce n'est pas aux juifs de quitter la République. C'est aux antisémites". 

Indifférente à l'affaire Lawee, semblant ignorer la différence entre "nation", "pays" et "République", Sarah Aizenman ne parait pas avoir conscience que cette proposition peu démocratique  permet au Président Emmanuel Macron de parachever sa stratégie visant à réduire l'effectivité d'une l'alternance politique : en plus de ses nominations politiques - Présidents du Conseil constitutionnel, de la Cour des Comptes, etc. -, il peut compter sur le "gouvernement des juges" et la majorité faible à l'Assemblée nationale constituée de députés (PS, Les Républicains) ayant peur d'affronter le suffrage universel et de perdre leur siège, pour écarter ceux qui, en particulier Eric Zemmour, déjà condamné, souhaitent redresser et reconstruire la France divisée, détruite par la Macronie. Une faute majeure.

Le 7 février 2026, le Collectif Nous Vivrons et Me Patrick Klugman, ancien conseiller socialiste de Paris, proche de la Maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, avaient eu une réunion avec le Président Emmanuel Macron et des conseillers du Chef de l'Etat à l'Elysée. En septembre 2025, ce Collectif avait participé à un diner à l'Elysée. Cette association a été enregistrée le 23 février 2024. Son siège est celui du FSJU. Sa Présidente, Sarah Aizenman, avait inventé en 2025 "une centaine d'actions" menées par ce Collectif qui n'en avait organisé qu'une trentaine, essentiellement des manifestations ou rassemblements. Au mépris de la liberté de réunion, au risque de subir des violences physiques, le Collectif Nous Vivrons perturbe des réunions d'Aymeric Caron ou de dirigeants de LFI. Comment ce groupuscule si récent peut-il avoir ses entrées à l'Elysée et mobiliser tant de conseillers présidentiels et le Président Emmanuel Macron, qui semble dubitatif, ennuyé, sur le cliché d'une récente réunion ? Une réunion non indiquée dans l'agenda présidentiel sur le site Internet de l'Elysée.

Ce même 13 février 2026, Arno Klarsfeld, fils de Serge Klarsfeld qui est le co-Président des Fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF), postait sur X :
"Au même moment à L’Elysee et à Hénin-Beaumont, le Président de la République et Marine Le Pen rendaient hommage à la mémoire de Ilan Halimi et à son terrible calvaire. Il faut les remercier tous deux et il faut aussi être reconnaissant à Marine Le Pen d’avoir su faire évoluer son parti et d’en avoir fait aujourd’hui un parti qui soutient les Français juifs, qui honore la mémoire de la Shoah et comprend les difficultés qu’ont Israël et les Juifs de vivre dans un univers hostile."

Quid d'Ilan Halimi ? Pour le savoir, il fallait lire des twitts de Marine Le Pen et Steve Briois, maire de la ville et la presse. A Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), "fief emblématique du RN dans l’ex-bassin minier du nord de la France", était inaugurée l'allée Ilan Halimi et dévoilée une "plaque devant un olivier symbole de paix et de rédemption en hommage au martyr d’Ilan Halimi", en présence de Steeve Briois, d'Arno Klarsfeld, des députés Marine Le Pen, Présidente du groupe Rassemblement national à l'Assemblée nationale, Bruno Bilde et Bruno Clavet, du sénateur du Pas-de-Calais Christopher Szczurek, et du conseil municipal d’Hénin-Beaumont. 

Sur la plaque de l'allée est mentionné : "Allée Ilan HALIMI 1982-2006 Martyr de l'antisémitisme". Sur la plaque près de l'olivier est inscrit ce texte : "En hommage à Ilan Halimi victime du Gang des Barbares sauvagement assassiné à 24 ans parce qu'il était juif". La nationalité française est omise.

"Dans quelques mois, une fois que le bâtiment aura été entièrement rénové, nous inaugurerons l’Espace Michon et les nombreuses personnes qui emprunteront cette allée pour le rejoindre emprunteront un chemin de mémoire en hommage à Ilan Halimi. Aujourd’hui, en honorant la mémoire de ce jeune homme, nous rendons plus qu’un hommage : nous renouvelons un pacte pour que la France ne renonce jamais à refuser la haine et se battre pour la Justice. Ilan est une lumière qui guide nos conscience, une lumière qui nous rappelle, chaque jour, que la vie humaine est inviolable, précieuse, sacrée", a écrit Steve Briois sur X. 

Ces dernières vingt années, « l’antisémitisme a progressé dans notre pays », avec « une flambée particulière depuis le pogrom du 7 octobre commis par le Hamas. Il est même parfois revendiqué, assumé et légitimé au cœur même du débat politique. Gardons en mémoire notre devoir de lutte, constante, exigeante, contre toutes les manifestations de ce nouvel antisémitisme qui prospère sur notre sol » et qui « conduit chaque jour un nombre croissant de nos compatriotes juifs à quitter tel quartier, telle ville, et de plus en plus souvent la France, leur pays », a déclaré Marine Le Pen.

Elle a posté sur X : "Pour que vive la mémoire d’Ilan Halimi, pour que vive la République et vive la France. Merci à @arnoklarsfeld pour sa présence, et à @SteeveBriois, qui en inaugurant une allée à son nom à Hénin-Beaumont, honore sa mémoire" et "En hommage à Ilan Halimi, sauvagement assassiné parce qu’il était juif."

Arno Klarsfeld a rappelé que "pour tous et surtout pour les pouvoirs politiques l'assassinat antisémite et crapuleux du jeune Ilan Halimi aurait dû être au-delà des indignations une alerte et un appel à agir. A l'extrême gauche déjà à l'époque un certain nombre de responsables avaient refusé de considérer le caractère antisémite du crime préférant y voir seulement une affaire de droit commun."

Il a poursuivi :

"Aucun plan d'urgence ou à long terme ne fut alors décidé comme si cet assassinat était un acte isolé. Il est bien difficile et complexe pour les politiques d'être confronté à une situation et d'en tirer les conclusions de fermeté et d'éducation qu'il faut en tirer au moment où il faut les tirer. Pourtant les Juifs qui fuyaient déjà certains quartiers, l'impossibilité dans certaines classes d'enseigner la Shoah, la haine anti juive sur les réseaux sociaux naissants auraient dû être des signaux forts pour les pouvoirs publics. Quelques années plus tard Mohammed Merah qui n'était pas un loup solitaire mais la pointe de l'iceberg antisémite assassinera des enfants dans une école juive à Toulouse.

Jamais depuis le Moyen-âge une petite fille juive n'avait été mise à mort sur le sol de France parce qu'elle était juive. La police de Vichy avait arrêté des Juifs et les avait livrés aux Allemands qui les assassinaient alors sur les terres de Pologne...

Les Français d'alors n'avaient pas été profondément gangrénés par la propagande antijuive du gouvernement et des antisémites mais une partie de la jeunesse d'aujourd'hui a été gangrénée par la haine antisémite des islamistes qui véhicule les préjugés sur les Juifs et les déshumanise afin de mieux les persécuter.

Je vous remercie Monsieur le Maire d'avoir du cœur et d'honorer la mémoire d'Ilan Halimi contre tous ceux qui cherchent à l'abattre même après sa mort parce qu'il est devenu le symbole de la haine antisémite."

Le lendemain, il a publié son discours sur son compte X 

En décembre 2025, Serge Klarsfeld avait proposé à Chef de l'Etat, absent de la manifestation contre l'antisémitisme le 12 novembre 2023, de mener une grande manifestation contre l'antisémitisme. L'Elysée n'avait pas répondu positivement à cette suggestion. Peu auparavant, Serge Klarsfeld n'avait pas été invité à l'Elysée à la réunion de dirigeants d'associations juives françaises, probablement car il a déclaré, depuis plusieurs années, que le Rassemblement national (RN) n'était pas le Front national (FN) et n'était pas un mouvement politique antisémite. Ce qui avait déplu au Président Emmanuel Macron dont la stratégie du "barrage républicain" avait besoin de brandir la menace d'une extrême-droite représentée par le RN afin de se présenter comme un "centre républicain" et d'obtenir l'adhésion par défaut de ses candidats.

Le 14 février 2026, Eric Coquerel, député LFI de la Seine-Saint-Denis, Président de la commission des Finances à l'Assemblée nationale, a déclaré : "Des militants ont besoin de protéger nos réunions publiques. Cela fait des jours et des jours que tous nos assemblements sont perturbés par des Collectifs, Némésis et Nous vivrons. Nous prévenons le préfet de police". 

Le 15 février 2026, sur Radio J, le Président de la République Emmanuel Macron a déclaré : Le gouvernement va présenter un texte [pour interdire tout candidat condamné pour antisémitisme ou racisme à se présenter à une élection]... Comme tout loi pénale elle n'est pas rétroactive... Des circulatoires pénales ont été prises par le Garde des Sceaux [sur l'antisémitisme]." 


Articles sur ce blog concernant :

Actualisé au 12 février 2021, cet article a été republié les :
- 13 novembre 2011, 13 février 2012, 7 mars 2012 et 25 octobre 2012, et 12 février, le 6 mai 2013 à l'approche de l'émission des Dossiers de Karl Zero consacrée au Gang des Barbares le 7 mai 2013 à 20 h 45 sur RMC Découverte, le 10 novembre 2013 ;
- 10 novembre 2013 à l'approche de l'émission "Faites entrer l'accusé" sur France 2 est consacrée ce 10 novembre 2013 à 22 h 10 à Youssouf Fofana et le gang des Barbares ;
- 12 février 2014. Diverses organisations françaises juives ont rejoint l'appel de la Fraternité judéo-noire (FJN) au rassemblement le 13 février 2014, à 19 h, au 229 boulevard Voltaire (75011 Paris), à la mémoire d'Ilan Halimi. 
Le 10 février 2014, Youssouf Fofana a agressé un surveillant de la prison ultra moderne d'Alençon-Condé-sur-Sarthe (Orne). Il était sorti de sa cellule d'isolement pour téléphoner à son amie détenue dans une prison à Rennes (Bretagne). Avec une brosse à dents aiguisée, il a légèrement blessé ce surveillant à la main.  Celui-ci a été soigné sur place. Fofana a été replacé dans sa cellule d'isolement. Le 19 février 2014, le tribunal d'Alençon a condamné, dans le cadre de la comparution immédiate, Fofana à  trois années de prison, peine plancher, pour cette agression et pour menaces de mort et violences sans interruption de travail commises le 24 décembre 2013 contre trois surveillants de cette prison Fofana a agressé à plusieurs reprises des surveillants et a notamment été condamné le 13 juin dernier par la cour d’appel de Caen, pour deux de ces agressions, à quatre ans de prison ;
- 30 avril 2014. Alexandre Arcady, réalisateur du film 24 jours. La vérité sur l'affaire Ilan Halimi, les acteurs principaux et des médias souvent communautaires, répètent qu'il s'agissait du premier assassinat antisémite. Pourquoi oublier ou occulter l'assassinat antisémite de Sébastien Sélam ?
- 4 octobre 2018. Le 4 octobre 2018, France 3 diffusa "24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi" d'Alexandre Arcady.
- 18 juin 2014, 11 février 2015, 14 février et 10 mai 2016, 12 janvier et 7 septembre  2017, 12 février 2018, 3 janvier 2020, 12 février 2021, 12 février 2023.