Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 24 juillet 2026

"Dirty Dancing". Comédie romantique engagée » de Leni Merat et Joséphine Petit

« Dirty Dancing » est un drame musical réalisé par Emile Ardolino (1987) avec Patrick Swayze et Jennifer Grey. Succès commercial et film devenu culte, ce film américain relate l’éveil à la sexualité d’une adolescente juive américaine, surnommée Bébé, durant son séjour familial estival dans la pension de famille Kellerman située dans la région des montagnes Catskill de l'État de New York. Arte diffusera le 26 juillet 2026 à 23 h 10, dans le cadre du « Summer of Disco », "Dirty Dancing". Comédie romantique engagée », documentaire de Leni Merat et Joséphine Petit.


« Cinquante ans après son avènement, la chaine franco-allemande ARTE consacre tout un « Summer of Disco » à ce genre musical influent. Des films, des documentaires et des captations de concerts retracent l’histoire du disco en tant que son d’une époque, espace d’émancipation et phénomène culturel mondial – entre paillettes, évolution sociale, hédonisme et histoire de la pop, dont l’influence perdure encore. »

« Il y a un demi-siècle, la vague disco faisait du dancefloor un joyeux et fiévreux espace d’émancipation. Du 28 juin au 9 août 52026, les mercredis et dimanches soir, à l’antenne et en ligne, ARTE célèbre par une programmation spéciale cette vibe libératrice et déroule sur la piste films cultes, musiques groovy et sagas documentaires. » 

Arte diffusera le 26 juillet 2026 à 23 h 10, dans le cadre du « Summer of Disco », "Dirty Dancing". Comédie romantique engagée » de Leni Merat et Joséphine Petit.

« Qu'est-ce qui rend "Dirty Dancing" culte ? Sous ses dehors d'irrésistible bluette, le film cache en creux un message politique détonnant, à rebours des comédies romantiques de l'époque. »

« Les jeunes femmes se succèdent à l'écran. À la question : "Combien de fois as-tu vu Dirty Dancing ?", les réponses s'enchaînent : "Trente à quarante fois", "soixante fois", "six fois au cinéma et six fois en VHS"… »

« Long métrage devenu culte pour plusieurs générations, Dirty Dancing a connu un succès stupéfiant en 1987 grâce à une recette simple : une héroïne qui n'a pas froid aux yeux (Jennifer Grey), un sex-symbol planétaire (Patrick Swayze), une passion dévorante, des chansons devenues des tubes et un porté mythique qui sera honoré par la pop culture au fil de détournements et d'hommages dans les films et les séries des années 2000, puis sur les réseaux sociaux. »

« Mais au-delà de l'irrésistible bluette, ce petit film indépendant réalisé par Emile Ardolino propose des éléments aux antipodes des comédies romantiques de l'époque, bien éloignés de la tiédeur hollywoodienne : un éveil sexuel et la présence en creux d’une pensée féministe (Frances porte son nom en hommage à Frances Perkins, la première femme à être entrée au gouvernement américain, en 1933), sans compter l'allusion à un avortement, illégal encore dans les années 1960 où se situe l'action du film… »

« En pleine vague viriliste (L'arme fatale, Predator, Robocop…), le succès de cette romance produite par deux femmes (Linda Gottlieb et Eleanor Bergstein) mettant en scène une jeune héroïne au physique atypique pour l'époque, détonne. »

« Les documentaristes Leni Mérat et Joséphine Petit ("Thelma et Louise" – Un western féministe) interviewent les protagonistes qui ont permis à Dirty Dancing d'exister malgré les écueils opposés à ce film fauché devenu triomphe surprise, retournent sur les lieux du tournage et éclairent une facette de ce petit ovni aux millions de fans : son propos féministe bien trempé. »

Arte, comme des critiques, omettent d'indiquer que la famille de l'adolescente est juive et que l'histoire se déroule dans le lieu de villégiature de la bourgeoisie juive newyorkaise, les montagnes Catskill.

Âgé de cinq ans, Joey Lewis, puis Jerry Lewis débute avec ses parents dans les spectacles organisés pour les estivants new-yorkais Juifs, pour la plupart ashkénazes, passant, leurs vacances dans les hôtels cacher de la populaire Jewish Borscht Belt (Ceinture Juive du Borscht), ou Jewish Alps (“Alpes juives”), désignant ces localités des montagnes Catskill, près de New York. Là, ont joué des artistes du stand-up : Mel Brooks, Woody Allen, Rodney Dangerfield, Joan Rivers, Lou Goldstein, etc. Un des hôtels de la chaîne Kutsher dans cette Ceinture a été démoli en mai 2014. 

Dans l'article "Skiing Through Sour Cream. How the Borscht Belt paved the way for Jewish athletes (Skier à travers la crème sure. Comment la Borscht Belt a ouvert la voie aux athlètes juifs) publié par Lilith (26 novembre 2025), Eileen Pollack évoque le rôle, dans l'entre-deux-guerres et après la Deuxième Guerre mondiale, des stations touristiques situées dans les montagnes Catskill, dans la Borscht Belt (« ceinture du bortsch ») de l'Etat de New York; dans l'intégration ou l'assimilation à l'american way of life - de juifs ashkénazes qui apprennent là un mode de vie différent de celui de leurs parents en Europe. Dans ces stations touristiques, ces Américains, immigrés européens ou enfants, voire petits-enfants de rescapés de la Shoah, souvent issus de la bourgeoisie petite ou moyenne, ont appris des sports : 


Par Delphine Simon-Marsaud, chargée de production web à la Cinémathèque française. 8 février 2024

« Le succès surprise de l'été 1987 auquel personne ne croyait, juste avant Prédator, Les Incorruptibles, Full Metal Jacket, et juste après Robocop et James Bond. L'une des comédies romantiques les plus populaires au monde doit sa réussite à l'authenticité du travail d'écriture, des interprètes et à sa réalisation, autant qu'à un gros coup de chance... Le destin de Dirty Dancing, sauvé in extremis d'une carrière directe en vidéo, raconté par ceux qui l'ont vécu.

Avec Eleanor Bergstein (scénariste), Kenny Ortega (chorégraphe), Emile Ardolino (réalisateur), Linda Gottlieb (productrice), Jennifer Grey (actrice), Mitchell Cannold (producteur), Dori Berinstein (productrice), Patrick Swayze (acteur), Miranda Garrison (assistante chorégraphe), Jimmy Ienner (coproducteur de la BO), Franke Previte (compositeur), David Chapman (décorateur), Jane Brucker (actrice), Samuel G. Freedman (journaliste au New York Times).
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DIRTY DANCING, UN TITRE A UN MILLION DE DOLLARS
Eleanor Bergstein (scénariste) : On m'a appelée Bébé jusqu'à mes 22 ans. Dirty Dancing s'inspire de ma vie, de ma famille et de mes vacances dans les Catskills avec mes parents : un père juif, médecin, les concours de mambo et de cha cha pendant que les adultes buvaient du champagne... Plus tard, les soirées à danser dans les sous-sols avec les jeunes de mon quartier... J'étais une très bonne danseuse et je pense que c'est l'idée de cette fille dans sa robe à volants en organdi, exécutant des danses sulfureuses avec détermination, qui faisait vibrer la salle tous les soirs.
Kenny Ortega (chorégraphe) : La danse dite dirty est essentiellement une danse de la rue. Collé, cambré, on est très proche l'un de l'autre. C'est comme une sorte de conversation entre les corps. L'expression verticale des désirs horizontaux.
Emile Ardolino (réalisateur) : C'est une danse de couple très sensuelle. Imaginez ça en 1963 avant la révolution sexuelle. Les gens voulaient se serrer les uns contre les autres, alors ils dansaient. D'une certaine manière, ça ressemble à des caresses sexuelles. À la fois romantiques, très physiques et bouleversantes.
Eleanor Bergstein : J'ai mixé et assemblé tous ces souvenirs. Je voulais écrire un film qui soit une célébration de la période de la vie où l'on croit à la possibilité de refaire le monde à son image. L'histoire devait se passer au cours de l'été 1963 – pas plus tôt, pas plus tard -, l'été du mouvement de la paix et du discours de Martin Luther King, avant l'assassinat du Président Kennedy et l'avènement des Beatles.
Linda Gottlieb (productrice) : Je travaillais pour la MGM. Eleanor est venue me voir et m'a parlé de son envie de faire un film sur deux sœurs en vacances dans les Catskills dans les années 60. J'ai d'abord été sceptique, jusqu'à ce qu'elle me raconte ses virées de dirty dance. Là, j'ai littéralement fait tomber ma fourchette. J'ai dit : « Ça, c'est un titre à un million de dollars ! »
Jennifer Grey (actrice) : Personne ne pensait que ce titre allait marcher. Dirty Dancing, ça faisait un peu scandale. Beaucoup ont cru qu'il s'agissait d'un film pornographique.
Linda Gottlieb : La MGM a renoncé au projet, on a alors décidé de faire le film Eleanor et moi. J'ai appelé la Paramount : non merci. Puis d'autres studios en Californie : non merci. Je l'ai ensuite proposé à de plus petits studios, des indépendants... Quarante-deux lettres de refus. Ils avaient peur d'un film de filles. Les studios étaient dirigés par des mecs, qui voulaient des films de gros durs.
Eleanor Bergstein : Pour convaincre les producteurs, j'envoyais le script avec une cassette audio de ma bande-son idéale. Je leur disais : « Quand vous lisez le scénario, écoutez la musique en même temps ». Tous les studios ont refusé. Selon eux, les jeunes n'allaient pas aimer cette musique ou l'histoire n'avait aucun sens. Ils n'aimaient pas.
Mitchell Cannold (producteur) : Je venais d'être embauché comme chef de production chez Vestron, une société de films vidéo spécialisée dans les films de série B.
Dori Berinstein (productrice) : Vestron recevait tous les scénarios rejetés par les studios. Il y en avait des bennes entières... On a lu, et lu, et lu... Un jour Mitchell est tombé sur Dirty Dancing...
Mitchell Cannold (producteur) : Forcément le titre a attiré mon attention. Et puis, comme mes parents m'emmenaient dans des clubs de vacances dans les Catskills, cette histoire m'était familière.
Jennifer Grey : Dans les années 50 et 60, les centres de villégiature des Catskills accueillaient essentiellement des familles juives new-yorkaises qui fuyaient en été la chaleur de la ville. On les appelait les Alpes juives. Elles ont une connotation particulière pour toutes les familles juives américaines comme la mienne.
Mitchell Cannold : En lisant le script, je riais, je pleurais, j'ai immédiatement appelé son agent. J'ai demandé : « Est-ce que ce film a été fait ? » « Non, personne ne veut le faire ». J'ai dit : « Moi, je veux le faire. »
Linda Gottlieb : J'ai cru à un canular téléphonique. C'était une petite société de production VHS, c'était leur premier film de cinéma, ils n'y connaissaient rien. Mais je me suis dit que c'était une belle opportunité...

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BEBE ET JOHNNY
Eleanor Bergstein : La première chose à faire était de trouver le bon réalisateur. Quelqu'un qui savait filmer les chorégraphies et surtout l'émotion qui passe par la danse.
Emile Ardolino : Je n'avais jamais tourné de long métrage, mais un documentaire, He Makes Me Feel Like Dancin', pour lequel j'avais remporté un Oscar en 1984. Je suis fan de danse et de musique, et Dirty Dancing en offrait un parfait ensemble sur fond de drame et de comédie. J'ai donc immédiatement adhéré.
Eleanor Bergstein : Ensuite, ç'a été très difficile de trouver qui allait jouer Bébé, parce que Vestron devait approuver le casting. J'imaginais une fille mince avec de longs cheveux dans le dos, comme moi. Et eux imaginaient Winona Ryder ou Jessica Parker. Mais lorsque Jennifer Grey s'est présentée au casting, j'ai su que c'était elle.
Jennifer Grey : À l'époque, je me sentais comme une sorte de vilain petit canard. J'étais trop « juive » pour Flashdance, pas assez jolie pour Endless Love de Zeffirelli. On ne voulait pas non plus de moi dans Le Clochard de Beverly Hills pour jouer la fille de Bette Midler et de Richard Dreyfuss. Ça m'avait achevée, pourquoi est-ce que je faisais ce métier ? Et puis ils m'ont choisie pour jouer Bébé, avant même de trouver l'interprète de Johnny Castle.
Eleanor Bergstein : Pour le rôle de Johnny, Linda Gottlieb pensait à Billy Zane qu'elle pensait être le nouveau Brando. Mais je trouvais qu'il dansait comme quelqu'un qui avait très bien appris à danser pour sa Bar Mitzvah. Nous avions besoin d'un très bon danseur, et je voulais qu'il ait un regard énigmatique. Parmi les photos du fichier, celle de Patrick Swayze est sortie du lot, mais malheureusement il était inscrit qu'il n'avait pas de compétences en danse.
Patrick Swayze : Je ne voulais plus danser à cause d'une blessure au genou faite au football. Et il était temps de me concentrer sur ma carrière d'acteur...
Emile Ardolino : Ce qu'Eleanor ne savait pas au sujet de Patrick et de ses beaux yeux, c'est qu'il était avant tout danseur, et que sa mère était la plus grande professeure de danse du Texas.
Kenny Ortega : Patrick était un excellent danseur. Il a fait autant pour la danse que n'importe quel chorégraphe de notre génération.
Jennifer Grey : Kenny Ortega, qui avait travaillé sur plusieurs films de John Hughes, dont La Folle Journée de Ferris Bueller, venait d'arriver de Los Angeles. Il avait apporté sa collection de vieux 45 Tours pour nous faire danser et il montrait des bases latines aux interprètes potentiels de Johnny, tandis que le reste de l'équipe, assise sur des chaises pliantes, vérifiait leur niveau de danse. La question clé était : une fois réunis, le gars et moi aurions-nous l'air sexy ensemble ? Ils recherchaient une créature insaisissable, qui n'existait peut-être même pas : un homme au magnétisme animal, un jeune Brando qui savait vraiment danser.
Mitchell Cannold : On a auditionné Benicio del Toro, Billy Zane... Mais dès que Patrick est entré, on a su que c'était Johnny. Lors des auditions, l'alchimie avec Jennifer était indéniable. Il y avait des étincelles entre eux. Le genre d'étincelles qui pouvaient très bien se traduire à l'écran.
Jennifer Grey : Quand ils m'ont parlé de Patrick, j'ai pensé qu'il était dans l'intérêt de tous qu'ils connaissent mon histoire avec lui. On avait déjà travaillé ensemble sur L'Aube rouge de John Milius. J'avais passé deux mois avec lui. Je leur ai dit : « Croyez-moi, ça ne va pas le faire. »
Eleanor Bergstein : Il y avait eu des antécédents entre eux sur le tournage de L'Aube rouge. Patrick était très macho, faisait de mauvaises blagues. Jennifer ne pouvait pas le supporter. Mais ils se sont mis à danser et c'était une évidence. Ils étaient extraordinaires ensemble. Avec eux, j'avais toute mon histoire qui défilait devant mes yeux.
Patrick Swayze : Au départ on m'a conseillé de ne pas faire Dirty Dancing (oh, je déteste ce titre), qui passait pour une simple histoire de danseur sexy. Mais je ressentais quelque chose pour le personnage de Johnny Castle, ce type issu de la rue, qui se bat d'abord pour s'aimer lui-même et pour croire qu'il existe autre chose que ce que la société lui promet.
Jennifer Grey : Patrick était une combinaison rare et magnifique de masculinité brute et de grâce étonnante. Superbe et fort, c'était en fait un vrai cow-boy au cœur tendre, mais tellement macho. Il n'avait peur de rien et était prêt à tout pour réussir. Il m'a emmenée à part et m'a dit : « Je t'adore et je suis vraiment désolé de t'avoir fait souffrir sur L'Aube rouge. Je sais que tu ne me veux pas avec toi sur ce film. » Il avait les larmes aux yeux. « Je te jure que je me rattraperai. Tu ne le regretteras pas. » Il a souri et a tenté de me faire sourire à mon tour. « Allez, tu sais bien que si on fait ça ensemble, on va tout déchirer ». Il m'a prise dans ses bras et je me suis dit : « Ok, c'est mort pour moi. »
Patrick Swayze : Jennifer avait très peur car elle n'était pas danseuse au départ. Mais son père l'était et elle possède un talent naturel phénoménal. On a travaillé ensemble pendant six semaines avant le tournage. Après j'ai laissé la responsabilité des chorégraphies à Kenny Ortega.
Jennifer Grey : Les semaines de répétitions de danse avant le début des prises de vue ont été, pour moi, le point culminant de tout le tournage. Kenny, très généreux, m'a enseigné avec amour les bases du mambo. Dans la danse en couple, il y a un courant presque électrique qui transmet tout ce qui existe entre le meneur et le suiveur. À l'intérieur de ce système fermé, il y a une conversation intime, improvisée, sans paroles. De l'extérieur, la danse semble d'une simplicité déconcertante, mais à l'intérieur, il se passe beaucoup plus de choses. Kenny et Emile formaient un duo de choc. Ils ont réussi à faire de la danse un langage capable de superposer différents niveaux de narration émotionnelle (intimité, érotisme, identité). Ils ont su parfaitement intégrer la danse dans l'intrigue d'Eleanor qui, pour moi, relève du génie. À travers la danse, elle parle de justice et de classes sociales.
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DERRIERE LA COMEDIE ROMANTIQUE, UN FILM ENGAGE
Miranda Garrison (assistante chorégraphe) : Les différentes classes seraient divisées en trois types de danse. Les frottements de la danse dirty pour la classe inférieure, le foxtrot pour les riches d'en haut, et entre les deux, vous avez Johnny Castle et Penny, duo de danseurs prêts à tout pour réussir.
Emile Ardolino : La danse était utilisée pour faire avancer l'intrigue, pour révéler des personnages en train de découvrir l'amour et la sexualité.

Jennifer Grey : Derrière le conte de fées romantique et cotonneux, Dirty Dancing apparaît comme un film féministe. Le personnage de Johnny est féministe. Il croise mon personnage, Bébé, et il change sa réalité, il débloque bien plus que sa sexualité, il débloque son pouvoir de séduction en tant que femme, elle qui avait peu d'estime de soi au départ. Je pense que pas mal de femmes se retrouvent dans ce personnage. Bébé était une fille à papa et elle devient une femme qui découvre sa libido en un éclair. Le film comporte en outre une intrigue secondaire qui est malheureusement toujours d'actualité : Penny (Cynthia Rhodes), l'ancienne partenaire de Johnny, lutte pour avoir accès à un avortement sûr.
Eleanor Bergstein : J'avais peu d'espoir que quelqu'un voie le film et encore moins qu'il influence qui que ce soit, mais juste au cas où, j'y ai mis des choses qui étaient importantes pour moi. Je pense que l'on peut faire un brillant documentaire sur l'avortement en noir et blanc, mais tous ceux qui le verront seront probablement déjà acquis à la cause. En revanche, si vous faites un film en couleurs avec des personnes sexy, de la musique, des danses sensuelles et une belle jeune fille blonde au visage de princesse délicate, qui n'a pas le choix et qui crie dans un couloir devant un couteau sale, cela peut faire changer d'avis certains opposants.
Jennifer Grey : Le film aborde les avortements illégaux en 1963, nous l'avons tourné à la fin des années 80, et c'est un thème très inhabituel dans une comédie romantique, non ? C'est un sujet assez lourd mais qui n'empêche pas le spectateur d'être emporté dans cette délicieuse histoire de plaisir sensuel.
Eleanor Bergstein : Afin d'obtenir le sponsoring d'une grande marque de cosmétique, les producteurs m'ont demandé de retirer l'avortement du scénario. J'étais sûre que ça arriverait, j'avais donc tout prévu et je leur ai répondu : « J'aurais été heureuse de le faire mais sans l'avortement illégal, il n'y a plus aucune raison que Penny arrête de danser avec Johnny, que Bébé aide Penny et qu'elle danse avec Johnny, ou qu'il se passe quoi que ce soit. Tout s'effondre. » Sans l'avortement, il n'y avait tout simplement pas de film.
Jennifer Grey : « On laisse pas Bébé dans un coin ». Si Patrick Swayze, à de nombreuses reprises, a tenté de faire supprimer cette réplique qu'il jugeait idiote, elle a eu une résonance incroyable. Cette phrase signifie tellement de choses. Il y a tellement de façons de se mettre au coin ou de penser que les autres nous mettent au coin. Nous devons être capable de reconnaître que notre place n'est pas dans un coin. 
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« TOUT CE QU'ON AVAIT DANS LE BUDGET, ON L'A MIS DANS LA MUSIQUE. »
Mitchell Cannold : Tout le monde s'est donné à fond. Mais Vestron n'avait jamais réalisé de film auparavant et disposait d'un très petit budget de 4,5 millions de dollars. Il était fort probable que le dévouement de chacun ne suffise pas à sauver le film du destin embarrassant d'une série B.
Eleanor Bergstein : Le film devait contenir d'anciennes chansons provenant de ma collection personnelle. J'avais divisé les sélections musicales en trois groupes : le latin mambo pour le dancefloor de la résidence, la pop propre aux adolescents pour le bungalow des Houseman, et la soul rock érotique pour les salles du personnel de la station. Je voulais trouver la musique la plus sexuellement évocatrice, la plus choquante pour une jeune femme qui n'en avait jamais entendue auparavant. Parce que j'imaginais que dans la chambre de Bébé, à la maison, on n'écoutait pas autre chose que les premiers Joan Baez, The Weavers ou Harry Belafonte.
Jimmy Ienner (coproducteur de la BO) : Si j'ai réussi à obtenir les licences de certaines chansons, il fallait cependant en créer de nouvelles, et donc trouver des auteurs et des interprètes...
Mitchell Cannold : Trois jours avant le début du tournage, on n'avait aucune musique. J'étais paniqué, car sans musique on ne pouvait rien tourner. Il se trouve que le compositeur qu'on avait au départ avait fini par dire : « C'est un petit film, j'ai autre chose à faire. » Je l'ai donc viré à deux jours du tournage.
Franke Previte (compositeur) : Quand Jimmy Ienner m'a appelé à la rescousse, je n'avais plus que 100 dollars sur mon compte en banque. Il m'annonce : « Il y a un petit film pour lequel je voudrais que tu écrives une musique, ça s'appelle Dirty Dancing. » J'ai pensé : « Oh, le pauvre Jimmy, il fait du porno ! » Je lui dis : « Écoute Jim, je ne sais pas si j'ai le temps pour ce genre de film. » Il répond : « Non, c'est la rencontre d'un garçon et d'une fille. C'est un bon petit film. Il faut que tu trouves du temps, ça va changer ta vie. » J'accepte mais il précise : « La mauvaise nouvelle, c'est que la chanson doit durer sept minutes. » Ok, il n'y avait aucune chance que ça devienne un single. J'ai écrit Time of My Life sur la route qui m'amenait au studio, griffonné sur une enveloppe dans la voiture sur une aire d'autoroute. Pendant ce temps, Patrick a proposé She's Like the Wind qu'il avait écrite quelques années plus tôt et qu'il interprète lui-même.
Jimmy Ienner (coproducteur de la BO) : L'album a reçu 85 disques d'or et de platine, plusieurs Grammys et deux Oscars, dont un pour la bande originale, qui reste l'un des albums les plus vendus de tous les temps. Un tournage électrique
Eleanor Bergstein : On avait très peu d'argent, surtout pour un film d'époque, car tout devait ressembler aux années 60 : les costumes, les décors...
Dori Berinstein : Pour le cadre, nous n'avions absolument pas les moyens de payer une résidence dans les Catskills, qui plus est pendant l'été avec tous les vacanciers. On a donc dû aller plus au sud.
David Chapman (décorateur) : On a trouvé refuge en Virginie, sur une montagne au bord d'un lac, Mountain Lake Lodge. Ce coin des États-Unis est normalement le dernier endroit du pays où les feuilles commencent à jaunir. Mais comme ils ne pouvaient se payer que 14 jours de tournage à cet endroit, ils ont dû trouver un deuxième camp de vacances en Caroline du Nord, avec de petites maisons et un pavillon où l'on pouvait faire les séquences de danse. On a réutilisé les mêmes lampadaires, les mêmes détails, ce qui fait qu'on ne se doute jamais qu'il s'agit de deux endroits différents.
Mitchell Cannold : Le tournage a commencé le 5 septembre 1986 en Virginie. Les résidents saisonniers et les campeurs étaient partis. Malheureusement, il commençait à faire froid et les feuilles tombaient des arbres. Elles étaient rouges orangé et le film est censé se passer en été. On a donc ramassé les feuilles, on les a peintes en vert à la bombe, puis on les a scotchées aux arbres.
Jennifer Grey : Il a beaucoup plu. Vraiment beaucoup. Et quand il a cessé de pleuvoir ? Il y avait des moustiques. Et comme je suis un aimant à moustiques et qu'il ne s'agissait pas d'un film sur une fille atteinte de la variole, la maquilleuse a dû recouvrir les marques rouges entre chaque prise, y compris pendant les scènes d'amour entre Bébé et Johnny, en tamponnant du maquillage sur presque toutes les parties de mon corps nu.
Patrick Swayze : Jennifer était particulièrement émotive, éclatant parfois en sanglots si quelqu'un la critiquait. D'autres fois, elle se laissait aller à des humeurs ridicules, nous forçant à refaire des scènes encore et encore.
Linda Gottlieb : Patrick et Jennifer ne s'aimaient pas. La scène où Johnny apprend à Bébé à se tenir en équilibre sur le tronc d'arbre au-dessus du ruisseau est la quintessence de leur différence. Jennifer disait : « Mais je pourrais tomber, même pas en rêve ». Et Patrick n'aimait pas ça.
Jennifer Grey : C'est une des seules scènes pour lesquelles j'ai utilisé une doublure. Patrick, lui, n'avait peur de rien. Son audace et ma trouille, son absence de judéité et ma super judéité... Tout nous opposait. Il aurait fait n'importe quoi et j'avais peur de faire quoique ce soit. Je suis convaincue qu'il me trouvait pénible. Moi aussi, je le trouvais pénible. Ce n'était pas fluide entre nous mais on n'en parlait pas. On ne cherchait pas à crever l'abcès.
Jane Brucker (actrice) : Patrick voulait tout faire tout seul et c'était un vrai macho. On lui disait : « Oh mais on sait que tu es l'homme le plus parfait, le plus sexy, tu n'as pas besoin de faire des cascades de macho, tu es parfait ! »
David Chapman : La scène du tronc d'arbre était vraiment dangereuse. Il y avait un ravin en dessous. J'ai dit à Patrick : « Si tu te trompes, tu as 100 personnes au chômage. »
Jennifer Grey : Patrick avait une ancienne blessure au genou, mais il a insisté pour faire les cascades sur le tronc d'arbre. Il est tombé et s'est blessé à nouveau. Son genou était gonflé comme un pamplemousse et il devait s'absenter pour se faire drainer. Le calendrier de tournage a été modifié, sans parler des jours de récupération, les maladies, la météo...
Miranda Garrison (assistante chorégraphe) : Patrick prenait le film vraiment sérieusement, beaucoup plus que Jennifer. Vous voyez, cette séquence du cours de danse, oùil fait glisser son bras sur le sien et elle commence à rigoler ? En fait, il était très tard, on tournait depuis longtemps, et cette chatouille et cette exaspération n'étaient absolument pas prévues. Et le réalisateur a dit : « Laissez la caméra tourner, c'est super ! »
Dori Berinstein : C'était un vrai moment de vérité entre eux deux. Les tensions étaient finalement bénéfiques au film. Ça renforçait l'alchimie du couple au cinéma. Ils avaient du mal à s'entendre, à être ensemble sur le plateau. Exactement comme ce que nous voulions raconter dans le film. Tout ça a finalement apporté une vraie authenticité à leur jeu.
Kenny Ortega : Ils amenaient avec eux tellement de choses chaque jour. Parfois, c'était un conflit, parfois c'était de l'amour. Il y avait quelque chose d'inexplicable entre eux, une énergie électrique.
Emile Ardolino : La scène où ils rampent sur le sol l'un vers l'autre n'était qu'un échauffement. J'ai trouvé la performance tellement géniale que j'ai décidé de la garder au montage.
Dori Berinstein (productrice) : Il suffisait de les regarder... La dynamique entre eux était de l'ordre du professeur-élève. Patrick était vraiment frustré quand Jennifer n'y arrivait pas, c'était très authentique. Ce que Jennifer apportait, c'était sa vulnérabilité et une maladresse qui était nécessaire au film.
Jennifer Grey : J'avais dans la vie les mêmes problèmes que Bébé. Par exemple, l'idée de pratiquer le « porté », ce vol audacieux dans les bras levés de Johnny qui constitue le point culminant du film, me terrorisait.
Eleanor Bergstein : Pour la scène du porté dans le lac, l'eau était si glaciale qu'ils étaient bleus en sortant. Jennifer m'a épatée, c'était un vrai soldat. Il faisait si froid qu'il a fallu cacher la fumée de leur souffle à l'image.
Patrick Swayze : On était en hypothermie ! On a joué et rejoué la scène avec nos vêtements mouillés. On a même dû être filmés de loin, car nos lèvres devenaient bleues.
Eleanor Bergstein : Parmi les nombreux aspects du film évoqués dans la culture populaire, c'est le porté qui revient le plus souvent. Au moment du tournage, nous n'avions pas conscience de l'impact que ce mouvement de danse aurait pendant tant d'années.
Jennifer Grey : Dès le premier jour de répétition et tout au long du tournage, Patrick voulait qu'on répète la scène de danse finale avec le porté. Je ne voulais pas la faire, j'avais trop peur de me faire mal. Il me disait : « Allez ! Tu peux y arriver. Je fais ça depuis toujours. Je n'ai encore jamais fait tomber personne et tu es toute légère ». Je savais qu'il me disait la vérité. Il soulevait des danseuses dans les airs depuis qu'il était enfant. Mais ça ne me rassurait pas. Et le jour de la prise, nous ne l'avions jamais répétée. Trois caméras étaient pointées sur nous, nous n'avons fait qu'une seule prise et c'était la bonne. C'était tellement émouvant que ça se voit sur mon visage : « Oh mon Dieu, je l'ai fait ! »
Patrick Swayze : J'étais fier d'elle. Tout au long du film, on la voit progresser, son personnage évoluer de gamine à jeune adulte. Elle a vraiment fait du bon boulot.
Jennifer Grey : Ce que vous voyez entre nous dans cette scène était réel. Il y avait un vrai respect. Une vraie attention. Si ça, ce n'est pas de l'amour, qu'est-ce que c'est ? Avec lui, j'ai réussi des choses que je ne savais pas faire, parce que je l'ai laissé prendre soin de moi. Je ne sais pas comment tous ces gens qui rejouent cette scène ont le courage de se jeter dans les bras de qui que ce soit d'autre que Patrick Swayze. C'est fou !
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« BRULEZ LES PELLICULES ET TOUCHEZ LES ASSURANCES ! »
Mitchell Cannold : La première version était terminée. On ne savait pas à quel point, mais on pensait que le film était réussi. On était plutôt fiers. Fiers comme des gens qui n'avaient jamais fait de film.
Jane Brucker : On a fait une première projection avec les pontes du studio. Pour eux, le film était insortable. C'était le pire film qu'ils aient jamais vu.
Mitchell Cannold : On a alors fait appel à Aaron Russo, le producteur d'Un fauteuil pour deux, pour avoir un autre avis. On s'est tous assis au fond de la salle, on a projeté le film. Les lumières se sont rallumées et il nous a dit : « Brûlez les pellicules et touchez les assurances ! Récupérez l'argent car vous n'allez jamais faire un centime avec ça. » On était anéantis.
Eleanor Bergstein : Tout le monde nous disait que c'était nul...Tout le monde a détesté : les patrons, les distributeurs et même le studio. On pensait qu'on allait être humiliés, que ça allait être horrible, que le film allait être mis direct dans les bacs vidéo. Et que ce serait difficile pour nous de retravailler un jour.
Mitchell Cannold : Et puis un journaliste du New York Times a écrit un article juste avant la sortie du film...
Samuel G. Freedman (journaliste au New York Times) : Dirty Dancing m'a tout de suite séduit par son aspect hybride. D'un côté ça me rappelait Flashdance ou Footloose, un divertissement sur le plaisir de la danse. Mais il y avait aussi une partie moins évidente du scénario qui donnait au film une profondeur inattendue. Le petit copain imprésentable, l'histoire d'amour transgressive, le milieu populaire et le milieu aisé. Bébé juive, pas Johnny. Et tout ça était transcendé par la nuit, où les barrières de classes et de religion étaient dépassées pour laisser place à une alchimie sexuelle.
Mitchell Cannold : Cet article donnait tout à coup au film une importance et une légitimité. Nous étions vraiment reconnaissants au New York Times, car il a eu un impact énorme. Les studios étaient tellement impressionnés qu'ils ont envoyé l'article à des milliers de journaux à travers le pays. Et alors qu'on s'attendait à être marketé comme un film pour ados, on a eu de vraies critiques d'adultes. Ç'a été le succès surprise de l'été 1987. Dirty Dancing avait coûté 5 millions de dollars, et allait en rapporter plus de 250 à travers le monde.
Samuel G. Freedman : Imaginez en 1987 la portée du New York Times qui mettait en lumière un tel film. Cela devenait un signal pour tous les autres médias du pays qui se disaient : «  Ouh là, attention à ce qu'on va écrire, si on n'est pas sur la même ligne que le Times. » Ou : « Peut-être qu'on devrait finalement écrire un article sur ce film. »
Dori Berinstein : Ce film parlait à tout le monde. On trouvait que Bébé, c'était la girl next door. Elle était jolie mais pas magnifique, elle était un peu gauche. Tout le monde pouvait s'identifier à elle et à l'histoire. Et puis elle arrive à avoir le beau gosse, donc c'était une histoire positive, pleine d'espoir.
Samuel G. Freedman : Bien que le film se déroule en 1963, la prise de position féministe participe au charme du film. Mais sa force est aussi d'avoir une résonance actuelle, car Bébé fait partie de ces personnages auxquels toutes les jeunes filles d'hier et d'aujourd'hui peuvent s'identifier.
Eleanor Bergstein : C'est aussi grâce au merveilleux public que le film est resté à l'affiche aussi longtemps, et qu'il est toujours en vie après toutes ces années. Et cela fait maintenant plusieurs générations... »
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« Propos extraits de :
Out of the Corner : A Memoir, Jennifer Grey, Ballantine Books, 2022
The Movie That Made Us (Ép. 1) : Dirty Dancing, 2020 (Netflix)
Patrick Swayze, acteur et danseur par passion, Derrik Murray, 2019 (Arte)
Dirty Dancing's Jennifer Grey on the enduring relatability of 'I carried a watermelon', Kristen Baldwin, August 19, 1922 (ew.com)
Patrick Swayze: Friends and colleagues pay tribute, September 14, 2009 (ew.com)
7 Secrets From Behind the Scenes of Dirty Dancing, Anya Jaremko-Greenwold, June 1, 2022 (firstforwomen.com)
Interview Jennifer Grey on her turbulent life – and the film that made her a star, John Crace, September 15, 2022 (theguardian.com)
20 Secrets About Dirty Dancing Revealed, January 25, 2024 (eonline.com)
Interview Kenny Ortega, October 20, 2017 (thesun.co.uk)
15 secrets sur le film Dirty Dancing (magazine.lecranpop.com)
How we made Dirty Dancing's (I’ve Had) The Time of My Life. Itw Franke Previte by Henry Yates, April 9, 2019 (theguardian.com)
Behind the Scenes of Dirty Dancing. An Interview with Eleanor Bergstein, Lauren Stannard (greenwichfilm.org)
Risky Business: Rock in Film, William D. Romanowski, Transaction Publishers 1991
Emile Ardolino, Director, Is Dead. Specialist in Dance Films Was 50, Jennifer Dunning, November 22, 1993 (nytimes.com)
Making of Dirty Dancing, Entrevistas de Cine (youtube.com)
The ‘Dirty Dancing’ Soundtrack: 10 Things You Didn’t Know, David Browne, August 21, 2017 (rollingstone.com)
Dirty Dancing, Emile Ardolino, 1987, Podcast (rts.ch) »


"Dirty Dancing". Comédie romantique engagée» de Leni Merat et Joséphine Petit
France, 2026, 52 min
Coproduction : ARTE France, Agat Films
Sur Arte le 26 juillet 2026 à 23 h 10
Sur arte.tv du 28/06/2026 au 27/03/2027
Visuels :
© John Barrett - Everett Collection - Bridgeman Images
© Yoan Crez - AGAT FILMS


mercredi 22 juillet 2026

Richard Wagner et les Juifs

Les relations entre Richard Wagner (1813-1883), célèbre compositeur et librettiste allemand d’opéras romantiques, concepteur de l’opéra comme Gesamtkunstwerk - « œuvre d’art totale » associant musique, danse, chant, poésie, théâtre et arts plastiques -, ainsi qu’auteur d’écrits antisémites, et des admirateurs ainsi que soutiens contemporains Juifs ont été complexes. L'interdiction de concerts de ses œuvres demeure un relatif tabou en Israël. Arte diffusera le 24 juillet 2026 à 19 h 30, dans le cadre de "Karambolage", "Festival de Bayreuth" réalisé par Claire Doutriaux.

Bertolt Brecht (1898-1956) 
Saleem Ashkar
Saleem Ashkar
Daniel Barenboim  
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz

« Richard Wagner et les Juifs » 
« Richard Wagner et les Juifs » (Wagner’s Jews) est un documentaire de Hilan Warshaw (2013)

Pour quelles raisons Richard Wagner, qui ne cachait pas son antisémitisme, a-t-il bénéficié de mécènes et soutiens, parmi les plus dévoués, Juifs ? Quels liens reliaient ceux-ci à Wagner malgré ses appels à l’élimination des Juifs de la vie allemande ? Pourquoi ces jeunes musiciens, producteur ou amis Juifs de Wagner lui ont-ils gardé leur affection et leur admiration, lui ont-ils apporté l’aide indispensable à sa carrière et à son travail, alors que leurs coreligionnaires se distançaient, et rompaient toute relation avec cet artiste ?

Quelles sont les racines de l’antisémitisme de Wagner ? Jalousie à l’égard du succès des opéras de son contemporain et rival Juif, Giacomo Meyerbeer (1791-1864) ? Doutes sur l'identité de son père et probabilité d'avoir une origine Juive honnie de lui ? 

Pour répondre à ces questions, et à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Richard Wagner, le réalisateur américain Hilan Warshaw s’intéresse à certains supporters ardents Juifs, tel Hermann Levi, fils d’un rabbin et artiste ayant dirigé la première du Parsifal de Wagner tout en refusant de se convertir au christianisme pour diriger cette oeuvre si chrétienne, Angelo Neumann (1838-1910) qui a produit des œuvres de Wagner en Europe et contribué à son succès public - Wagner reconnaissait que les spectateurs de ses spectacles, ou du moins "ceux des premières rangées", étaient majoritairement Juifs -, Joseph Rubinstein (1847-1884), pianiste proche de la famille de Wagner pendant des années, ayant achevé l’orchestration de certains de ses opéras et s’étant suicidé à la mort de Wagner, Carl Tausig (1841-1871), élève de Franz Liszt, pianiste et compositeur polonais, qui comptait parmi les collaborateurs les plus proches et appréciés de Wagner… Citons aussi le maître de chœur Heinrich Porges.

Hilan Warshaw se rend aussi là où a vécu et travaillé Wagner, en Allemagne, en Suisse et en Italie. Il se penche sur les rapports complexes qu'entretenait Wagner avec les Juifs.

En 1850, Wagner publie sous pseudonyme « K. Freigedank » (« libre pensée ») Das Judenthum in der Musik (La judéité dans la musique) dans Neue Zeitschrift für Musik. Il y écrit que la musique juive est dénuée de toute profondeur et expressivité, caractérisée par la froideur et l’indifférence, l’insignifiance et la bêtise. Ce pamphlet antijuif est republié sous le nom de Wagner en 1869.

Dans Deutsche Kunst und Deutsche Politik (1868), Wagner stigmatise « l’influence nuisible des Juifs sur la moralité de la nation ». Si cet antisémitisme est honni de Minna Player, première épouse de Wagner, il est partagé par Cosima von Bülow qui devient la seconde épouse de Wagner après que celui-ci a divorcé.

Le même Wagner a loué des compositeurs Juifs comme Félix Mendelssohn (1809-1847) (ouverture Les Hébrides) et Jacques-Fromental Lévy dit Halévy (1799-1862), auteur notamment de La Juive.

"Wagner, un génie en exil"
France 3 diffusa ce 18 mars 2015 à 23 h 45 Wagner, un génie en exild'Andy Sommer. "Dans ce « road movie » biographique, Antoine Wagner, jeune photographe de 30 ans habitant à New York, part en Suisse sur les traces des son arrière-arrière-grand-père, le célèbre compositeur Richard Wagner. L'histoire de Wagner et de sa musique ont fait l'objet de milliers de documents dans le monde entier, selon des approches multiples et des angles variés. Le réalisateur Andy Sommer a choisi de retracer le passage du compositeur en Suisse et d'offrir un panorama original de l'homme et de son oeuvre. C'est dans ce pays qu'il écrivit ses grands essais théoriques, s'attela à la composition de sa « Tétralogie », composa « Tristan und Isolde », ainsi que les « Wesendonck Lieder ».

Exposition "Wagner et les Juifs"
En 1985, l’exposition Wagner et les Juifs au Musée Richard Wagner à Bayreuth, cité bavaroise où est enterré Wagner et où il a fondé en 1876 le festival d’opéra dédié à l'exécution de ses dix principaux opéras, avait souligné la similitude entre les expressions antisémites de Wagner et celles des Nazis, et relevé que Wagner était revenu sur ses premières déclarations antisémites. Un festival dirigé à partir de 1930 par Winifred Wagner, belle-fille de Wagner et épouse de son fils Siegfried, et amie personnelle d’Hitler, devenu chancelier du IIIe Reich en janvier 1933. Dans la famille Wagner, Gottfried Wagner, musicologue et réalisateur né en 1947, et arrière-petit-fils de Wagner a critiqué les sympathies de sa famille pour le nazisme.
Si Wagner comptait à Vienne des admirateurs fervents, il y était vivement critiqué par l'écrivain Juif Daniel Spitzer.

"Wagner contre les Juifs"
En 2012, les éditions Berg ont publié Wagner contre les Juifs. « La Juiverie dans la musique » et autres textes, essai de l'historien Pierre-André Taguieff. L'éditeur présente ainsi cette somme :
"Dans l’histoire de l’antisémitisme moderne, le rôle joué par Richard Wagner (1813-1883) est aussi important qu’incomparable. Par son essai polémique publié en 1850, Das Judenthum in der Musik (« La juiverie dans la musique »), où il prend pour cible les Juifs dont il dénonce l’influence selon lui polymorphe et corruptrice, il a largement contribué à la formation de l’antisémitisme moderne en tant que « code culturel ». Ce pamphlet, réédité dans une version augmentée en 1869, fut suivi d’autres textes où Wagner a précisé ou développé ses prises de position antijuives. Wagner voit dans l’émancipation des Juifs la cause principale de l’« enjuivement » (Verjüdung) des sociétés modernes où ils ont pris place, accélérant ainsi la « décadence » des formes artistiques. Sa thèse centrale est que les Juifs ont transformé l’art en marchandise. En dénonçant le monde moderne comme « enjuivé », c’est-à-dire « dégénéré », Wagner rejoint sur un point essentiel les polémistes antimodernes. Dans le triomphe du modernisme, porté autant par la « puissance de l’argent » que par la « puissance de la plume » (celle du journaliste) et les séductions trompeuses de « la mode », il voit une « victoire du monde juif moderne ». L’antisémitisme wagnérien représente ainsi le prototype de l’antisémitisme « révolutionnaire conservateur ». Wagner a esquissé un programme de régénération du monde moderne qui tient en une formule : « désenjuiver » la culture européenne. En comprenant ce « désenjuivement » comme une libération des peuples européens, les wagnériens pangermanistes ont ouvert la voie à l’antisémitisme « rédempteur » qui sera au cœur de la doctrine hitlérienne. Dans cet ouvrage, Pierre-André Taguieff a choisi de privilégier le retour aux textes de Wagner sur et contre les Juifs et « la juiverie », trop négligés, mal lus et sous-estimés comme tous les écrits dits « théoriques » du Maître. Il montre que l’antisémitisme des écrits polémico-théoriques de Wagner est une réalité, alors que celui de ses œuvres poético-musicales n’est qu’une hypothèse, non sans suggérer que cette dernière est rendue vraisemblable par ses écrits antisémites et ses opinions antijuives maintes fois exprimées...
La réinvention des mythes germaniques par Wagner, adepte par ailleurs de la thèse de l'origine aryenne de la civilisation, a nourri l'idéologie allemande dès le Deuxième Reich, lui fournissant des modèles de héros et de créatures démoniaques ou repoussantes. Dans ses écrits doctrinaux et ses déclarations publiques, à partir de 1850, Wagner a beaucoup fait pour diffuser la thèse selon laquelle l'influence juive dans la culture européenne était essentiellement négative, porteuse de corruption et de dégénérescence, et qu'il fallait de toute urgence lutter contre le processus de « judaïsation (Verjüdung) de l'art moderne ». Ce qu'il stigmatise comme « enjuivement » ou « judaïsation » de l'art et plus généralement de la culture au XIXe siècle, il l'analyse à la fois comme un effet pervers de l'émancipation et comme un processus corrélatif de la « décadence » des formes artistiques en Allemagne. La « judaïsation » représente pour Wagner le triomphe du « Juif cultivé », du Juif moderne sorti du ghetto, un Juif ayant cessé de parler yiddisch, parlant et s'habillant comme un citoyen allemand, un Juif quasi-indiscernable perçu et dénoncé par Wagner comme le type même du « parvenu ». La thèse centrale du musicien-prophète est que les Juifs modernes ont transformé l'art en marchandise.  Dans son article intitulé « Modern » - qui joue sur les connotations du mot en allemand : d'une part, « moderne », mais, d'autre part, « pourrir » -, achevé le 12 mars 1878, Wagner dénonce dans le triomphe du modernisme, porté autant par la « puissance de l'argent » que par la « puissance de la plume » (celle du journalisme), une « victoire du monde juif moderne ». En posant que le monde moderne est un monde « judaïsé » ou « enjuivé », c'est-à-dire « dégénéré », Wagner rejoint sur un point essentiel les polémistes catholiques traditionalistes qui, dans le dernier tiers du XIXe siècle, radicalisent dans un sens antijuif la dénonciation des « erreurs modernes » par le Vatican, qui visait avant tout l'athéisme, le matérialisme et la franc-maçonnerie. Wagner a esquissé un programme de régénération du monde moderne, qui tient en une formule : « déjudaïser » la culture européenne. En comprenant cette « déjudaïsation » comme une libération ou une émancipation des peuples européens, Wagner a ouvert la voie à l'antisémitisme « rédempteur » qui sera au coeur de la doctrine hitlérienne".
Archives, interviews de musicologues – John Louis DiGaetani, Robert Gutman -, chefs d’orchestre - Asher Fisch, Leon Botstein, Zubin Mehta -, d’historiens – Dina Porat, responsable à Yad Vashem, Paul Lawrence Rose -, politiciens – Yossi Beilin, artisan de la « guerre d’Oslo  » -, et extraits d’opéras wagnériens composent ce documentaire qui évoque aussi le débat relatif à la représentation d’œuvres de Wagner en Israël.

Relatif tabou en Israël
En raison de l’antisémitisme de Richard Wagner et des sympathies nazies de Winifred Wagner, l’œuvre de cet artiste a été interdite de représentations dans les salles de spectacles israéliennes et notamment dès 1938 par l'orchestre de Palestine, préfiguration de l’orchestre philharmonique d’Israël et formé de Juifs ayant fui les persécutions antisémites notamment en Allemagne et en Autriche.

En 1981, Zubin Mehta, chef d’orchestre de l’orchestre philharmonique d’Israël, a voulu briser ce tabou en dirigeant l’ouverture de Tristan et Isolde (1865). Il a souligné le fait que dans un Etat au régime démocratique comme Israël, toutes les musiques devraient être interprétées. Il a ajouté que ceux blessés par la musique wagnérienne étaient libres de quitter la salle. Deux musiciens avaient sollicité et obtenu l’autorisation de ne pas interpréter Wagner.

En août 1995, la radio israélienne a diffusé en prime time, un samedi soir, l’opéra de Wagner Le Vaisseau fantôme (Der fliegende Holländer, 1843). Un relatif tabou était alors brisé.

On aurait pu croire le débat clos.

En 2000, l’orchestre de Rishon LeZion  dirigé par le survivant de la Shoah Mendi Rodan (1929-2009) a interprété L’idylle de Siegfried de Wagner.

Or, en juillet 2001, lors du festival d’Israël, le chef d’orchestre Daniel Barenboim a dirigé le Berlin Staatskapelle. Après la représentation, il a prévenu le public de son intention de diriger l’ouverture de Tristan et Isolde. Il a demandé au public si celui-ci voulait l’entendre. Un grand nombre de spectateurs ont protesté et ont quitté la salle, quelques uns sont restés. Une représentation révélant que l’hostilité à Wagner en Israël ne s’était pas émoussée au fil des ans. Un débat qui déborde le monde des mélomanes, et qui mêle des arguments fondés et des émotions vives.

Le 17 décembre 2013, lors d’un symposium dans la capitale israélienne visant à marquer le 200e anniversaire de la création de l’orchestre symphonique de Jérusalem placé sous la direction artistique du chef d’orchestre Frédéric Chaslin, Ran Carmi, un propriétaire trentenaire d’un magasin hiérosolomytain de musique, a interrompu  une conférence sur l’interdiction de représentation des œuvres de Wagner en Israël. Il a crié au public « Dachau, Auschwitz, Kapos », exprimé son opposition  au discours antisémite du compositeur et a entonné l’hymne national israélien. Il a été interpellé par des agents de police et a quitté la salle dont environ 10% des sièges étaient occupés. Le concert d’artistes ayant influencé Wagner ou ayant été influencé par lui a été annulé faute d’un nombre suffisant de réservations et en raison des mauvaises conditions climatiques qui ont empêché les répétitions.

"La Vienne juive et Richard Wagner"
Le Musée Juif de Vienne (Jüdisches Museum Wien) a présenté  l'exposition Euphorie und Unbehagen. Das jüdische Wien und Richard Wagner  (Euphoria and Unease. Jewish Vienna and Richard Wagner).

Le 26 juillet 2015, après cinq ans de rénovation - espace muséal doublé - et un "investissement de 20 millions d’euros", en plein festival de Bayreuth, le musée Richard Wagner de Bayreuth a accueilli de nouveau le public. Réunissant photographies en compagnie du dictateur  – fervent amateur de Wagner et du Festival de Bayreuth -, films et tracts antisémites détenus par la famille Wagner, il évoque la vie du compositeur et, pour la première fois, les relations entre la famille Wagner et le national socialisme, les liens des descendants de la famille Wagner - et notamment la belle-fille du compositeur, Winifried Wagner - avec Hitler, souvent invité de la famille, et appelé par les enfants « l’oncle Wolf ». « Lorsque que le musée a ouvert il y a près de 40 ans, il n’était pas complet. Le musée devait non seulement évoquer sa musique, ses opéras mais aussi la réception de son travail dans les décennies qui suivirent et les relations que sa famille a entretenu avec Hitler », a déclaré le directeur du musée Sven Friedrich. Maire de Bayreuth, Brigitte Merk-Erbe surenchérit : « Nous devons avoir conscience de notre histoire et travailler avec ». Édifiée par Richard Wagner entre 1872 et 1875 près du Palais du Festival de Bayreuth, la villa Wahnfried a été entièrement restaurée et propose au public une documentation authentique et précise sur la vie du compositeur. A proximité, un immeuble moderne présente les expositions temporaires et des costumes d’opéra.

"Wagner antisémite"
En 2015, a été publié Wagner antisémite de Jean-Jacques Nattiez. "La grandeur de l’un des plus remarquables musiciens du monde occidental peut‐elle excuser des positions parmi les plus abjectes qui soient ? Et surtout : peut‐elle justifier qu’on les ignore ? Leurs manifestations ne font malheureusement aucun doute : dans son essai « La judéité dans la musique » (1850) ou d’autres écrits dont on trouvera ici des traductions nouvelles, ainsi qu’un inédit en français. Mais peut‐on dire que les livrets et même la musique de ses opéras sont antisémites ? L’antisémitisme de Wagner est un sujet pour le moins controversé dans la littérature spécialisée dont on trouvera ici un bilan à la fois critique et polémique, mettant en jeu l’enquête biographique, l’histoire générale, l’histoire de l’antisémitisme, l’histoire de la musique,  la musicologie, la sémiologie, la psychanalyse et l’esthétique. Et comment l’expliquer ? Parce qu’il aurait été juif lui-même ? Beaucoup de ses contemporains le croyaient, comme l’atteste la vaste collection de caricatures du compositeur réunie dans cet ouvrage. Au terme d’un examen serré, il est nécessaire de poser des questions dérangeantes : faut‐il interdire l’exécution ou la représentation des opéras de Wagner ? Faut-il fermer Bayreuth ?"

Sur Arte
Le 25 janvier 2016, Arte diffusa La Folie Wagner (WagnerWahnde Rafl Pleger (2013) : "À l'occasion du deux-centième anniversaire du compositeur allemand, entrez de plain-pied dans la légende de Richard Wagner avec cette biographie documentaire captivante qui explore une vie et une oeuvre aussi complexes que flamboyantes. Libertin, égoïste, anarchiste en diable, Wagner mena son existence sous le signe des extrêmes. C’est seulement auprès de sa deuxième femme, Cosima von Bülow, que le compositeur put trouver complice à sa mesure, elle qui sut guider d’une main ferme son destin tumultueux et, après sa mort, construire à sa guise le “mythe Wagner”. Relecture originale du parcours du compositeur, ce documentaire se concentre sur leur extravagant duo, raconté à la manière d’un mélodrame hollywoodien des années 1950. Emmené par la musique de Wagner, ce voyage biographique hors des sentiers battus fait ainsi la part des choses entre mythe et réalité et aborde frontalement la personnalité complexe et controversée du compositeur, notamment ses convictions antisémites. Un regard inédit, éclairé par les analyses de wagnériens de renom".


« En 2021, le monumental opéra de Wagner, dirigé par sir Simon Rattle et revisité par Simon Stone, embrasait pour la première fois le festival provençal. » 
« Cet opéra en trois actes, inspiré de la légende médiévale de Tristan et Iseut et des sentiments du compositeur pour la poétesse Mathilde Wesendonck, a changé à jamais la musique. Pour accompagner les deux amants jusque dans l’éternité, entre vertige du désir et ivresse de la mort, Wagner a imaginé une partition d’une radicalité sonore et d’une intensité émotionnelle inédites jusqu’alors. À tel point que le maître du romantisme ne s’est jamais pardonné la mort du premier interprète de Tristan, terrassé après deux représentations. »
« Cela montre l’impact d’une œuvre qui a un cadre très clair, puis fait sortir avec fracas toutes les images et tous les sons de ce cadre. C’est quelque chose qui est fondamentalement impossible physiquement ou humainement ; et c’est, je pense, l’une des raisons pour lesquelles nous sommes si nombreux à être attirés par elle comme un papillon de nuit par la lumière, analyse Simon Rattle, qui s’est attaqué à ce monument sacré avec une remarquable maîtrise. » 
« Pour relever ce défi qui confine à la folie, l'excellent chef britannique a pu compter sur la virtuosité du London Symphony Orchestra, qu’il dirige depuis 2017, et sur un éblouissant casting dominé par deux des plus grands interprètes wagnériens d’aujourd’hui, Stuart Skelton et Nina Stemme. Mise en scène par l’Australien Simon Stone, cette production a bousculé le public en déplaçant le mythe dans la réalité contemporaine (entre open space et rames de métro) d’un couple brisé par l’adultère. 

Arte diffusera le 24 juillet 2026 à 19 h 30, dans le cadre de "Karambolage", "Festival de Bayreuth" réalisé par Claire Doutriaux.

Nike Wagner
En mai 2017, Nike Wagner, arrière-petite-fille de Wagner a renoncé à diriger le festival de Bayreuth. Elle a jugé « ennuyeux à mourir de ne faire que du Wagner ». Une manifestation fondée en 1876 par Wagner en personne. 

« Même les rêves peuvent un jour prendre fin», a déclaré Mme Wagner, 71 ans, au journal régional Rheinische Post. « Ne faire que du Wagner est ennuyeux à mourir », a ajouté la fille de Wieland Wagner, l'inspirateur du «Nouveau Bayreuth ». En 2008, au terme d'une guerre de succession de plusieurs années, Nike Wagner avait échoué à prendre la direction du prestigieux festival de Bayreuth, dans le sud de l'Allemagne, pour succéder à son oncle Wolfgang Wagner. Ce dernier avait démissionné après 57 ans aux commandes de la manifestation. Les administrateurs avaient rejeté la candidature qu'elle présentait en duo avec le Belge Gérard Mortier, qui dirigeait alors l'Opéra de Paris, lui préférant celle des demi-sœurs Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier, également arrière-petites-filles de Richard Wagner. Nike Wagner proposait d'élargir le répertoire à des compositeurs contemporains et de jouer hors les murs. Elle s'était également prononcée pour que le festival soit dirigé par une personne extérieure à la famille Wagner. Il n'y a «aucune animosité personnelle» entre elle et sa cousine Katharina, fille de Wolfgang Wagner, «même si la presse à scandale aimerait bien», a encore assuré l'arrière-petite-fille du compositeur. Elle dirige depuis 2014 le festival de Bonn dédié à Ludwig van Beethoven, après avoir été à la tête de celui de Weimar, consacré à Franz Liszt. Depuis la création de Bayreuth en 1876 par Wagner lui-même, ses descendants se déchirent régulièrement en d'interminables querelles intestines pour le contrôle de l'événement, où se presse chaque année l'élite politique et culturelle. La chancelière Angela Merkel et son époux, grand amateur de Wagner sont par exemple de grands habitués du festival".

Festival de Bayreuth 2017
Lors du festival de Bayreuth 2017, le metteur en scène australien, Barrie Kosky a "attaqué le compositeur allemand avec sa production politique des Maîtres chanteurs de Nuremberg"

"Présentée dans le cadre du célèbre festival d'opéra le 25 juillet, la comédie se veut une mise en garde contre l'intolérance et la haine. Une réalisation qui égratigne le mythe du compositeur préféré d'Adolf Hitler (1813-1883) a été présentée au public parmi lequel se trouvaient la chancelière allemande ainsi que le couple royal suédois."

"Tel était l'objectif du metteur en scène australien, Barrie Kosky : attaquer de front Richard Wagner dont l'antisémitisme a été clairement documenté à partir de ses écrits et correspondances au XIXe siècle. Un pari audacieux dans un festival d'opéra conçu à la gloire des œuvres du compositeur allemand et dirigé depuis les origines par ses proches et descendants, dont certains firent cause commune avec le IIIe Reich au XXe siècle."

"Barrie Kosky ne prend pas de gants: sa production des Maîtres chanteurs de Nuremberg, une comédie autour d'un concours de chant dans la ville bavaroise au XVIe siècle, se veut un appel à la vigilance face au danger continu de l'intolérance et de l'antisémitisme. Un des personnages, Beckmesser, greffier de la ville et membre du jury, se voit au deuxième acte harcelé par la foule et recouvert d'une gigantesque tête en carton-pâte de juif orthodoxe, tout droit tirée des caricatures antisémites, avec grand nez crochu et regard rempli de haine". "mise en scène s'inspire de la vie même de Wagner. Elle s'ouvre en forme de clin d'œil caustique dans un décor représentant l'ancienne maison du compositeur à Bayreuth. On y voit Wagner assis aux côtés de son épouse Cosima, antisémite notoire, et du compositeur juif allemand Hermann Levi, avec qui il eut une relation très ambivalente. Grand admirateur de Wagner et sa musique, Hermann Levi dirigea en 1882 la première de Parsifal. Mais il dût aussi à cette époque subir les pressions du compositeur qui voulait le persuader de se convertir au christianisme. Ce que Levi ne fit jamais".

"Barrie Kosky transforme plus tard la villa des Wagner en salle de tribunal où se déroulèrent les procès de Nuremberg contre les dignitaires nazis, dans une mise en scène truffée de références à l'importance prise par la ville de Nuremberg sous le régime d'Hitler".
"Dans un entretien l'an dernier à l'AFP, le metteur en scène australien de l'Opéra-comique de Berlin avait reconnu ses «sentiments ambivalents» à l'égard de Wagner, dont les œuvres ont été utilisées par les Nazis plus tard à des fins de propagande. «Je suis le premier metteur en scène juif qui monte cette œuvre à Bayreuth et, en tant que Juif, je ne peux pas, comme le font beaucoup de gens, prétendre» que cet opéra «n'a rien à voir avec l'antisémitisme, car il a bien sûr à voir avec lui», a-t-il développé dans un entretien diffusé par la chaîne culturelle germanophone 3-Sat, ce 25 juillet".

"Le personnage caricaturé de Beckmesser «ne vient pas sur scène seulement en tant que Juif, mais comme une sorte de créature de Frankenstein représentant tout ce que Wagner haïssait: les Juifs, les Français, les Italiens, les critiques», poursuit Barrie Kosky. Pari réussi pour le metteur en scène: les critiques des médias allemands étaient positives ce mercredi 26 juillet. «Un moment de plaisir politique et polémique», juge le quotidien Tagesspiegel. «Devait-on vraiment une fois encore se pencher sur l'antisémitisme de Wagner?», demande le Spiegel, Barrie Kosky «y est parvenu de manière étonnamment convaincante et amusante». «Barrie Kosky montre les Maîtres chanteurs de Wagner comme une œuvre de propagande antisémite», souligne pour sa part le quotidien Die Welt. Nombre d'Allemands, lassés de se voir ainsi sans cesse rappeler leur sombre passé pourraient en prendre ombrage, ajoute le quotidien, qui cite toutefois de récents propos du chef de la communauté juive allemande Josef Schuster: «Dans certains quartiers des grandes villes je recommande de ne pas montrer qu'on est juif. »

 
"Festival de Bayreuth" par Claire Doutriaux
France, 2016, 10 min
Production : Atelier de recherche d’ARTE France
Sur Arte le 24 juillet 2026 à 19 h 30
Sur arte.tv du 24/07/2026 au 25/07/2028

France, 2021, 239 min
Production : Bel Air Média, Festival d’Aix-en-Provence, Radio France, en association avec ARTE France 
Enregistré le 8 juillet 2021 
Composition : Richard Wagner
Mise en scène : Simon Stone
Direction musicale : Sir Simon Rattle
Orchestre : London Symphony Orchestra
Direction de chœur : Lpodewijk vann der Ree
Choeur : Estonian Philharmonic Chamber Choir
Chorégraphie : Arco Renz
Avec Nina Stemme, Stuart Skelton, Franz-Josef Selig, Jamie Barton, Josef Wagner, Dominic Sedgwick, Linard Vrielink, Ivan Thirion
Sur Arte le 18 juillet 2022 à 00 h 20
Disponible du 10/07/2022 au 23/07/2022


« Richard Wagner et les Juifs  » de Hilan Warshaw
Etats-Unis, 53 minutes
Diffusions les 19 mai 2013 à 16 h 50, 9 novembre 2014 à 17 h 35

Du 25 septembre 2013 au 16 mars 2014
Jewish Museum Vienna (Jüdisches Museum Wien, La Vienne Juive et Richard Wagner)

Palais Eskeles
Dorotheergasse 11
1010 Wien Tél : +43 1 535 04 31
Du dimanche au vendredi de 10 h à 18 h


Visuels :
© Overtone Films LLC

Wagner antisémite de Jean-Jacques Nattiez
Caricature de Wagner par K. Klic, Humoristische Blätter, Vienne, 18 mai 1873.


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Cet article a été publié les 19 mai et 18 décembre 2013, 14 mars et
- 5 novembre 2014, 18 mars 2015, 12 août 2015, 24 janvier 2016, 31 juillet 2017, 14 juillet 2022.