Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 14 juillet 2026

Axel Springer (1912-1985) et son groupe médiatique sioniste

Axel Springer (1912-1985) était un magnat allemand chrétien sioniste de la presse qui a bâti un groupe européen médiatique puissant, Axel Springer AG, dont l’un des fleurons est le célèbre quotidien  Bild (plus de trois millions de lecteurs). Un artisan de la réunification allemande qui a renforcé les liens entre la République fédérale d’Allemagne (RFA) et l’Etat d’Israël dont il était un fervent supporter. Un homme en quête spirituelle, intéressé par l'astrologie et marqué par la Shoah. Son groupe médiatique est dirigé par 
Mathias Döpfner qui se définit comme un "sioniste non-juif". En mars 2026, il a racheté le journal britannique Telegraph convoité par les Emirats Arabes Unis (EAU).


« Les trois vies d’Axel Springer » 
« Les trois vies d’Axel Springer » (Drei Leben: Axel Springer. Verleger, Feindbild, Privatmann), est un documentaire (2012) de Manfred Oldenburg, Jobst Knigge et Sebastian Dehnhardt. 

En trois parties, le film 
« Les trois vies d’Axel Springer » (Drei LebenAxel Springer. Verleger, Feindbild, Privatmann),  un documentaire (2012) un peu décousu de Manfred Oldenburg, Jobst Knigge et Sebastian Dehnhardt montre la personnalité complexe d'un magnat de la presse pro-israélien.

Une irrésistible ascension
Né le 2 mai 1912 près de Hambourg, Axel Cäsar Springer débute en 1933 comme journaliste à l’Altonaer Nachrichten jusqu’à la fermeture du journal en 1941.

Il travaille aussi comme compositeur et éditeur dans la maison familiale d’édition Hammerich & Lesser-Verlag (1941-1945). Et il complète sa formation dans l’agence de presse Wolff's Telegraphisches Bureau et comme correspondant du journal Bergedorfer Zeitung.

Réformé - il souffre d'une maladie pancréatique -, il n'est pas intégré dans l'Armée du IIIe Reich.

En outre, il n'adhère pas au Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP)

Il travaille en 1941 comme projectionniste au cinéma Le Waterloo qui présente des films américains.

Sa première épouse était demi-juive selon les lois de Nuremberg. La Shoah le hantera.

Après la défaite du IIIe Reich (1945), cet homme ambitieux, séducteur, obtient une licence des autorités britanniques et fonde en 1946 son entreprise d’édition Axel Springer GmbH à Hambourg. Il débute dans un abri antiaérien de cette ville largement rasée par les bombardements alliés. Il vise un lectorat populaire.

Il publie le Hamburger Abendblatt, et des magazines dont celui hebdomadaire et populaire sur les programmes de radio, puis de télévision, Hör zu (Die Rundfunkzeitung). Plus d'un million d'exemplaires.

Axel Springer lance en 1946 Die Welt (le monde, en allemand), puis en 1952 le célèbre quotidien tabloïd allemand Bild (ou Bild-Zeitung, Journal image) - jusqu'à 12 millions de lecteurs par jour - à l’influence notable sur l’opinion publique et critiqué pour tabler sur le sensationnel. Ses journaux représentent des idées conservatrices. Axel Springer amène les gents à lire quotidiennement un journal.

En 1953, il compatit aux Allemands de l'Est qui se soulèvent à Berlin-Est.

Une telle pression pèse sur ses épaules qu'elle accentue sa fragilité psychique (dépression en 1957). Il entame une quête mystique, intéressé par les ermites médiévaux. Profondément religieux, il veut aider les opprimés - les Allemands vivant de l'autre côté du Rideau de Fer -, les pauvres. Cet homme énergique met son pouvoir et son influence au service de sa mission. C'est ce qui l'a guéri selon son épouse.

En janvier 1958, Axel Springer rencontre Nikita Khrouchtchev à Moscou (URSS) et tente vainement de gagner l’appui du Kremlin à la réunification de l’Allemagne. Un entretien tendu de quatre heures. Axel Springer devient un éditeur politique.

En mai 1959, il pose la première pierre du siège de son groupe à Berlin en présence de Willy Brandt, maire de Berlin-Ouest et alors son allié dans cette ville divisée. La liberté devient un sujet de plus en plus central pour cet homme intuitif qui a méprisé les nazis. Ce démocrate  modèle fait face au passé de l'Allemagne.

En juin 1966, il effectue sa première visite en Israël. Au maire de Jérusalem Teddy Kollek, il remet un million de dollars destinés à une bibliothèque et à une nouvelle aile au musée d’Israël. Jérusalem sera la « deuxième patrie » d'Axel Springer. Honni en Allemagne, ce patriote est aimé en Israël.

En 1967, dans un discours à Hambourg, Axel Springer annonce ses principes d’édition, qui seront modifiées en 1990 et 2001 : soutenir la liberté et au droit en Allemagne, pays membre de l’Occident, et poursuivre l’unification de l’Europe ; promouvoir la réconciliation des Juifs et des Allemands et soutenir l’Etat d’Israël et son existence ; soutenir l’Alliance transatlantique et la solidarité avec les Etats-Unis dans les valeurs communes des nations libres ; rejeter toutes les formes d’extrémisme politique et soutenir les principes de l’économique libre et sociale de marché. Une philosophie inscrite dans les contrats de travail des employés de ce groupe devenu le plus important en Europe.

Dans une Allemagne divisée par les Etats vainqueurs, pendant la Guerre froide et la Détente, Axel Springer devient rapidement le patron de presse le plus riche et le plus puissant de l’Allemagne fédérale, à l’ère du miracle économique germanique dont il est l’une des grandes figures de proue. « Ici, le roi » , annonce-t-il au début de sa conversation téléphonique.

En 1970, Axel Springer transforme sa compagnie en société par actions dont il est le seul actionnaire. Avec 230 journaux et magazines et des sites Internet, ce groupe est l’un des principaux vecteurs médiatiques européens. Pour Axel Springer, les ennemis sont les « terroristes occidentaux », la Fraction armée rouge. Cet anticommuniste figure sur la listes des hommes à abattre par les gauchistes. 

Axel Springer est la cible de violentes polémiques et d’attaques politiques (1968-1975) – émeutes devant sa maison d’édition et ses domiciles, explosions devant le siège de son groupe, son chalet à Gstaad (Suisse) est incendié, menaces de mort - de la part de jeunes gauchistes et communistes, opposant à la guerre du Vietnam. Le «  groupe Springer fait campagne contre les étudiants ».  «  Expropriez Springer ! Springer assassin », crient les étudiants qui réclament le démantèlement du groupe et manifestent après l'attentat contre Rudi Dutschke en 1968. Des mouvements de révolte encouragés par la Stasi - police politique de renseignement et d'espionnage - de la RDA (République démocratique allemande).

Heinrich Böll évoque ce magnat de la presse allemande, puissant et redouté, dans son roman L’honneur perdu de Katharina Blum, Comment peut naître la violence et où elle peut conduire (Die verlorene Ehre der Katharina Blum, Wie Gewalt entstehen und wohin sie führen kann, 1974), porté à l’écran par Volker Schlöndorff.

Axel Springer publie en 1971 son premier livre Von Berlin aus gesehen (Vu de Berlin), et en 1980 Aus Sorge um Deutschland.

Grâce aux témoignages souvent inédits de sa famille, de ses amis et adversaires, ce documentaire nous révèle des aspects inconnus de sa vie personnelle - « fils à maman », séducteur, collectionneur, philanthrope - et familiale d’Axel Springer, marié à cinq reprises et divorcé quatre fois, père de trois enfants dont le photographe Sven Simon qui se suicide en 1980, après le décès de Rudi Dutschke (1940-1979, militant gauchiste.

La motivation d'Axel Springer ? Ni l’argent - son groupe lui a rapporté 1,5 milliard de marks, selon un biographe - ni le pouvoir.  Axel Springer se retire progressivement de la gestion de son groupe, organise sa succession et garde 26,1% de la société par actions nouvellement créée avant l'entrée en Bourse.

Son but suprême poursuivi toute son existence, c’est la réunification de l’Allemagne, avec Berlin pour capitale dans une Europe en paix. Un objectif qu’il ne verra pas car il meurt en 1985. Quatre ans avant la chute du mur de Berlin.

Un groupe de presse sioniste
A l’initiative d’Axel Springer AG et de l’Institut pour le dialogue stratégique présidé par Lord Weidenfeld se tient le dialogue européen-israélien.

Le 7 avril 2011, sa onzième édition a réuni 45 politiciens – dont Avigdor Lieberman et Guido Westerwelle, ministres israélien et allemand des Affaires étrangères, et Natan Sharansky -, journalistes, auteurs - Hamed Abdel-Samad - et entrepreneurs – John Elkann - israéliens, européens et égyptien.

Au programme : les événements récents au Moyen-Orient, le rôle de l’islam et d’éventuelles améliorations dans les relations politique et économiques entre l’Europe et l’Etat d’Israël.

« A la lumière des développement récents au Moyen-Orient, un échange européo-israélien d’idées est plus important que jamais. En fin de compte, les deux régions ont des intérêts communs économiques, de politiques étrangère et de sécurité », a alors déclaré Mathias Döpfner, journaliste allemand né en 1963, PDG d’Axel Springer AG depuis 2002.

Le 8 avril 2012, Mathias Döpfner a déclaré au Jerusalem Post : Axel Springer « pensait qu’une nouvelle Allemagne ne peut se développer que si elle définit ses relations avec Israël… [Celui-ci] est la tête de point de la démocratie au Moyen-Orient. Aussi, est-il dans l’intérêt de l’Europe de le soutenir et de le renforcer. Nous partageons les mêmes racines culturelles et les mêmes intérêts en terme de stratégie et de politique étrangère… L’Etat d’Israël devrait être membre de l’Union européenne ».

Et de souligner la nécessité de ne pas oublier « ce que l’Allemagne a fait et sa responsabilité particulière pour soutenir Israël » et de définir de manière distincte un intérêt pour Israël : société dirigée par l’éducation, l’entrepreneuriat…

Autre exemple de la philanthropie de ce groupe fidèle à son fondateur : journaliste Juif allemand et président de la Fondation Axel Springer, Ernst Cramer a créé un programme décennal destiné aux journalistes allemands et israéliens, sponsorisé sous la forme de bourses par le groupe Axel Springer.

Quotidien le plus lu en Allemagne, le  Bild Zeitung a publié le 11 août 2014, et sous le titre “La guerre d'Israël contre les terroristes du Hamas : Les visages de ceux qui sont tombés au combat”, les visages des 64 soldats israéliens tués lors du conflit dans la bande de Gaza lors de l'opération Bordure protectrice. De courtes biographies ont accompagné les visages. Signé par Anne-Christine Merholz, le reportage décrit ces soldats comme “64 fils, amis, époux qui ne retourneront jamais rejoindre leurs familles. Ils sont morts pour leur patrie, en combattant le Hamas à Gaza”. Diffusé à au moins 3,5 millions d'exemplaires chaque jour, le  Bild Zeitung est publié par la compagnie Axel-Springer, à la ligne éditoriale pro-israélienne, visant à "promouvoir la réconciliation entre Juifs et non-Juifs en Allemagne et à soutenir le droit d'Israël à exister".

En 2019, le Conseil central des Juifs d'Allemagne a décerné le Leo Baeck Prize, doté de 10 000 €, au journaliste allemand  Mathias Dopfner, qui se décrit comme étant un sioniste non-Juif, "pour son engagement envers Israël et les Juifs allemands", et pour avoir rendu "son combat contre l'antisémitisme sa cause personnelle". "Improvisant son discours, Döpfner a dit que sa première visite en Israël, en 1981, avait façonné le reste de sa carrière. Ses amitiés avec des survivants de la Shoah l’ont aussi influencé. Döpfner a indiqué avoir le sentiment qu’on n’en fait jamais assez pour condamner l’antisémitisme, il faut se dresser contre. « Pourquoi cela mérite-t-il un prix ?  Cela devrait être une chose évidente », a-t-il déclarant en recevant sa récompense."

En 2020, Friede Springer, "héritière du groupe Axel Springer, veuve d'Axel Springer et mère de leur fille Ariane, a désigné Mathias Döpfner comme son successeur en lui cédant notamment 19,1% de ses parts dans l'entreprise, dont 15% à titre gracieux." 

P
résident de la maison d'édition Springer, Mathias Doepfner a hissé, pendant une semaine, fin juin 2021, et en soutien à l'Etat Juif, le drapeau israélien sur le siège du groupe après des défilés antijuifs durant l'opération militaire "Gardien des murailles", guerre d'Israël contre le mouvement terroriste Hamas dans la bande de Gaza. Et ce, après des défilés antijuifs durant la guerre d'Israël contre le mouvement terroriste Hamas dans la bande de Gaza. 

Et il a signifié aux employés du groupe en les invitant, en cas de désaccord, à quitter la maison d'édition. « Je pense, et je suis très franc avec vous, que ceux qui ont un problème avec le fait que le drapeau israélien sera hissé pendant une semaine ici suite à des manifestations antisémites, devraient se mettre en quête d’un nouvel emploi », a déclaré Mathias Doepfner, le président d’Axel Springer, lors d’une visioconférence avec des milliers de ses employés à travers le monde, a rapporté Israel Hayom

En 2025, deux ans après l'agression djihadiste en Israël du 7 octobre 2023, le Président israélien Isaac Herzog a remis la Medal of Honor à Mathias Doepfner. 

En octobre 2025, Mathias Döpfner a publié une tribune libre dans le média américain Politico. Il accusait l'aide de l'Union européenne (UE) à la "Palestine" d'avoir financé le terrorisme, et considérait qu'en réduisant son aide à Israël, l'UE se situait du « mauvais côté de l'histoire ». Dans une autre tribune libre de mars 2026 dans Politico, il affirmait son soutien à Israël et aux États-Unis en guerre contre le régime des mollahs iraniens.

Le 27 avril 2026, lors d'une réunion avec des dirigeants de Politico dont certains 
l'accusaient de "poursuivre un agenda politique"Mathias Döpfner a réitéré le caractère indéfectible du respect des principes guidant le groupe Springer. « Personne ne devrait travailler pour Axel Springer si ces principes fondamentaux ne lui conviennent pas ou s’il est en désaccord avec l’un d’entre eux. Si ces principes ne sont pas attrayants, s’ils n’ont pas un effet d’attraction, s’ils ne constituent pas une raison de travailler pour cette entreprise, je ne peux que recommander de travailler pour d’autres entreprises », a déclaré M. Döpfner.

Mathias Döpfner "a fait remarquer qu’il existait « de nombreuses options » où « les valeurs ne jouent pas un rôle aussi important – ou bien où d’autres valeurs priment », citant en exemple les organisations de gauche, les investisseurs financiers et d’autres éditeurs. « Nos valeurs sont très claires. Elles sont très transparentes, tant pour nos lecteurs que pour nos employés, et seuls ceux qui se sentent profondément attirés par ces valeurs devraient travailler pour nous », a-t-il déclaré."

Les "principes de l’entreprise comprennent le soutien à l’OTAN, à l’économie de marché, à la démocratie et à la lutte contre l’antisémitisme – le droit d’Israël à exister en tant qu’État juif sûr figurant en tête de liste. M. Döpfner a souligné : « Si le Parti vert en Angleterre affirme que le sionisme est du racisme, je tiens à préciser très clairement que nous considérons que le sionisme est, selon la définition officielle, le droit d’Israël à l’autodétermination et son droit d’exister en tant que refuge sûr pour les Juifs » – ces mêmes Juifs « qui ont failli être exterminés lors de l’Holocauste ». Il a toutefois ajouté que ce soutien ne signifiait pas que Politico ne pouvait pas critiquer Israël ou l’Occident, « comme il le fait chaque jour ».

Mathias Döpfner "a également critiqué la lettre du personnel elle-même, dans laquelle les employés affirmaient que qualifier l’Iran d’« agressif » était « trompeur et ne répondait pas à nos normes journalistiques ». Il a répondu : « Si vous dites qu’il ne faut pas affirmer que les dirigeants iraniens, les mollahs, sont des agresseurs, vous avez peut-être raison. Cette formulation relève davantage de l’euphémisme. Nous devrions plutôt dire qu’ils sont des terroristes, ou qu’ils sont des auteurs de massacres. Ce serait plus approprié, compte tenu de l’ampleur du terrorisme perpétré par les mandataires iraniens que sont le Hezbollah, le Hamas, les Houthis et d’autres organisations terroristes. Je pense que les qualifier d’agresseurs est une version édulcorée de la réalité. » Il a ajouté : « Ces deux faits — à savoir que les Iraniens travaillent à la bombe nucléaire et qu’ils sont des agresseurs depuis des décennies — sont tellement évidents, tellement prouvés à maintes reprises, qu’ils en sont presque… C’est comme dire que les États-Unis sont la plus grande démocratie du monde. »

Mathias Döpfner "a clairement indiqué qu’il comptait continuer à rédiger des tribunes libres – « encore plus à l’avenir, et non moins » – mais a souligné qu’elles ne dictaient pas la ligne éditoriale de Politico. « Cela ne signifie pas que nous ne critiquons pas le gouvernement israélien, ce qui arrive tous les jours. Mais nos valeurs sont claires. »

Le "nouveau rédacteur en chef, Jonathan Greenberg, s’est rangé du côté de M. Döpfner, déclarant que celui-ci « n’allait pas me dire quoi faire… C’est une ressource, et j’apprécie cela ». Il a ajouté que ces valeurs « coexistent » avec le journalisme, sans le compromettre." Les propos tenus lors de la réunion ont été révélés par Jewish Insider. Politico n’a pas souhaité faire de commentaire.

Dans un discours prononcé en mai 2026, Mathias Döpfner "a dénoncé la vague mondiale d’antisémitisme et a critiqué les médias qui « craignent les réseaux sociaux et leur public » – favorisant ainsi, selon ses propres termes, un discours partial et parfois dangereux. « Je suis allemand et je suis sioniste », a déclaré M. Döpfner. Il a souligné : « L’antisémitisme n’est pas seulement un problème juif, mais un problème pour l’humanité tout entière. L’antisionisme est du racisme. »

M. Döpfner a déclaré qu’« Israël a été désigné comme bouc émissaire alors même qu’il était attaqué ». Il a également critiqué le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui a déclaré après le 7 octobre que « les événements ne se sont pas produits dans le vide ». « En d’autres termes », a ajouté M. Döpfner, « c’est encore la faute des Juifs ». Il a averti que « l’antisémitisme s’est mondialisé – en particulier chez les jeunes ».

"Dans une attaque directe contre les réseaux sociaux, M. Döpfner a déclaré que TikTok « est l’une des machines de propagande les plus dangereuses au monde ». Il a fait valoir qu’après le déclenchement de la guerre, « il y avait 17 fois plus de publications pro-palestiniennes que pro-israéliennes » sur la plateforme, et a mis en garde contre le fait qu’une génération de jeunes soit systématiquement exposée à des contenus partiaux, incitant à la haine et parfois antisémites. Il a évoqué la décision américaine exigeant que TikTok soit vendu à des propriétaires non chinois et a déclaré : « L’Europe doit suivre cet exemple. »

Döpfner "n’a pas non plus épargné ses critiques à l’encontre des militants pro-palestiniens du monde entier. Dans une référence directe et inhabituelle à Greta Thunberg, Döpfner a déclaré qu’elle « ne se souciait pratiquement plus de l’empreinte carbone, mais se passionnait de plus en plus pour attiser les préjugés antisémites ». Selon lui, il s’agit là d’un exemple frappant d’un activisme occidental qui a perdu ses repères moraux et privilégie les discours populaires au détriment de la vérité. Döpfner a accusé ce qu’il a qualifié d’« activisme à la mode » de choisir ses combats en fonction des tendances plutôt que des valeurs. « Lorsque les Juifs sont attaqués, nous n’entendons que le silence. Mais c’est un choix – pas une erreur. Il y a des manifestations massives sur le climat, mais pas sur l’antisémitisme », a-t-il déclaré."

M. Döpfner "a également consacré une partie de son discours à critiquer les institutions internationales. « Il n’est pas sans ironie que nous nous réunissions ici aujourd’hui, à Genève précisément, pour débattre de ce sujet… Genève est également le siège du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, où Israël a été de loin le pays le plus condamné au fil des ans — plus souvent que la Syrie, la Corée du Nord, l’Iran et le Venezuela réunis. Ils préfèrent se pencher sur de prétendues violations des droits de l’homme en Islande plutôt que sur les massacres commis dans des dictatures comme la Russie ou la Chine… Ce Conseil des droits de l’homme des Nations unies est devenu un conseil qui déforme les droits de l’homme », a-t-il déclaré."

« Trop de médias ont peur : peur des réseaux sociaux, peur de leur public, peur de dire la vérité », a-t-il déclaré. Il en résulte, selon lui, une couverture médiatique superficielle, partiale et parfois dangereuse".

M. Döpfner a averti que « l’Allemagne, la France et l’Angleterre ne sont pas véritablement des pays sûrs pour les Juifs », et a appelé l’Europe à encourager l’immigration et la naturalisation des Juifs afin de renforcer la société européenne et ses valeurs démocratiques. « Se souvenir est important, mais cela n’empêche pas la haine. Si nous n’agissons pas maintenant, nous nous retrouverons une fois de plus à dire “plus jamais ça”, sans que cela ait de sens. »

Censure d'Arte, liberté de Springer
Véronique Cayla, présidente, Alain Le Diberder, directeur des programmes, et les responsables de secteurs d’Arte France, refusèrent de diffuser  Un peuple élu et mis à part : l’antisémitisme en Europe, ("Auserwählt und ausgegrenzt - Der Hass auf Juden in Europa“) documentaire de 90 minutes écrit et réalisé par Joachim Schroeder et Sophie Hafner (Preview Production). Un refus datant du 26 avril 2017. « Motif : on y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme ». Un « documentaire de quatre-vingt-dix minutes, produit et financé par Arte. Ce projet était porté par le pôle allemand d’Arte, et plus précisément par la chaîne publique Westdeutscher Rundfunk (WDR), membre de l’ARD, la première chaîne allemande. Il avait été validé en avril 2015 par la conférence des programmes. Pour Arte France, « la dénonciation de l’antisémitisme se limite à l’exploration répétitive de « ce ventre fécond dont est sorti la bête immonde », le nazisme archéo et néo, l’extrême droite dans toutes ses déclinaisons régionales, du FN français au Jobbik hongrois en passant par les néerlandais de Geert Wilders », a résumé Luc Rosenzweig, journaliste.

Et de poursuivre : 
"Le film de Joachim Schroeder et Sophie Hafner reçut pourtant l’aval, de justesse, de la conférence des programmes après que les auteurs ait accepté la suggestion de s’adjoindre comme co-auteur Ahmad Mansour, un psychologue d’origine arabe israélienne exerçant depuis dix ans en Allemagne. Ce dernier est une personnalité reconnue outre-Rhin comme porte-parole d’un islam des Lumières, modéré et violemment hostile au jihadisme. Il joue dans le débat public allemand un rôle similaire à celui tenu naguère dans le débat français par le regretté Abdelwahab Meddeb. Le courant passe entre les cinéastes allemands et Mansour, mais ce dernier n’accepte qu’un rôle de conseiller de ce documentaire, son emploi du temps ne lui permettant pas de participer à de chronophages phases de tournage à l’étranger et à d’interminables séances de montages. Mais il suit régulièrement la progression de la réalisation du film, et répond à toutes les demandes de conseils venant des réalisateurs. Dans l’esprit des dirigeants d’Arte, Mansour devait jouer le rôle de « commissaire politique » du film, veillant à ce que les auteurs restent bien dans les clous d’une vision de l’antisémitisme épargnant autant que faire se peut sa version arabo-islamique, et ce nouvel antisémitisme des banlieues européennes.
Il n’en a rien été, et Schroeder et Hafner, soutenus par la responsable de la coopération avec Arte au sein de la WDR, Sabine Rollberg ont persévéré dans leur projet de démasquer cet antisémitisme qui se camoufle sous le masque de l’antisionisme. Le couperet tombe en février 2017, sous la forme d’un sèche lettre de refus de diffusion du documentaire ainsi motivée : « Le film achevé ne correspond pas sur des points essentiels au projet accepté par la conférence des programmes. Par ailleurs on ne voit pas la trace de la collaboration d’Ahmad Mansour, qui devait garantir l’équilibre et l’impartialité du projet… » (Cet extrait est une traduction de la lettre adressée en allemand aux responsables du pôle allemand d’Arte, dont la direction, contactée par nos soins a refusé de nous transmettre sa version originale en français). Précisons qu’Alain Le Diberder ne parle pas un mot d’allemand, et que le film qu’il condamne n’a pas de version française… 
Mis en cause, Ahmad Mansour réplique vertement aux assertions d’Alain Le Diberder dans un courrier adressé à Sabine Rollberg. Après avoir confirmé qu’il avait bien décliné la fonction de co-auteur pour des raisons personnelles, et que le contenu du film avait été établi avec son accord il poursuit. « Ce film est remarquable et arrive à point nommé. Certes, il révèle des réalités dérangeantes, les mêmes que je rencontre dans mon travail quotidien. Je suis surpris qu’une chaine publique de la réputation d’Arte puisse avoir tant de problèmes avec le réel. Dans mon activité professionnelle j’exige constamment que l’on prenne conscience politiquement de cette réalité pour alimenter un débat public dans la société et faire face à ces nouveaux défis. C’est pourquoi je trouve ce film important et nécessaire ».

Les auteurs du documentaire ont expliqué avoir accepté de remonter leur film conformément aux vœux d'Arte France. En vain.

Alain Le Dibernier a invoqué le non respect par les documentaristes de la commande d'Arte. Il a déclaré au Monde ne pas avoir peur de diffuser un « brûlot », « mais la n’est pas la question. Nous n’avons jamais eu peur de diffuser des films à thèse ». 

« Il faut que vous compreniez que le sujet est très délicat. Nous sommes coincés entre les lobbys juifs et musulmans. C’est la raison pour laquelle la conclusion de ce documentaire doit rester indéterminée. », a déclaré un jour Marco Nassivera, directeur de l’information d’Arte.

WRD "avait expliqué sa décision de ne pas montrer le documentaire en disant qu'il ne répondait ni à ses exigences journalistiques ni à ses principes éditoriaux". La chaîne allemande WRD a allégué dans un communiqué "que le film ne répond ni à ses exigences journalistiques ni à ses principes éditoriaux. « Par exemple, sans citer de sources, il y est dit que "selon des estimations sérieuses, l'UE, des gouvernements européens, des églises européennes ainsi que des organisations onusiennes cofinancées par l'Union européenne auraient versé 100 millions d'euros par an à des ONG politiques connues pour mener des campagnes anti-israéliennes"». NGO Monitor (Observatoire des ONG) a prouvé les financements étrangers, notamment de l'Union européenne et d'Etats la composant, de mouvements israéliens.

Des organisations juives françaises ont exprimé leur indignation à l'égard de cette censure.

Aliza Bin Noun, ambassadrice d'Israël en France, a écrit à Véronique Cayla :
"Nous avons été stupéfaits et consternés d’apprendre qu’Arte ait refusé de diffuser le documentaire intitulé « Un peuple élu et mis à part : l’antisémitisme en Europe », réalisé par Joachim Schroeder et Sophie Hafner, d’autant plus qu’il fut produit à la demande d’Arte. Ce refus constitue une dissimulation de la réalité au public et une atteinte à son droit à l’information, surtout lorsqu’il s’agit de sujets importants tels que l’antisémitisme qui se répand à nouveau dangereusement en Europe, entraînant des conséquences graves sur les communautés juives, sur l’Etat d’Israël et sur l’ensemble des sociétés démocratiques. La France, Israël et d’autres Etats démocratiques luttent conjointement contre l’antisémitisme, au nom des valeurs qui nous unissent. Ce combat est d’autant plus crucial que l’antisémitisme tue encore aujourd’hui. En France, en 2012,  des enfants ont été tués à Toulouse parce que Juifs ; à Paris, en 2015, des Français ont été tués parce que juifs, à l’Hyper Cacher ; et encore tant  d’autres actes antisémites se produisent, en France et ailleurs, toujours guidés par la haine aveugle du Juif.   De surcroît, l’antisémitisme, qui s’exprime de nos jours aussi à travers l’antisionisme, contribuent à nier et délégitimer le droit d’Israël à exister en tant qu’Etat-nation du peuple juif, portant atteinte à un pays allié et ami de la France et l’Europe. C’est pourquoi, au nom de nos valeurs de démocratie et de liberté d’expression, et conformément à ce que représente Arte, il est fondamental de diffuser ce documentaire".
Le 13 juin 2017, Bild a diffusé sur son site Internet, pendant 24 heures, ce documentaire en l'entourant d'explications. "Notre responsabilité historique nous oblige à nous confronter à l'indicible que nous révèle ce documentaire. Pour que nous puissions tous savoir de quoi il en retourne", a écrit Julian Reichelt, directeur des rédactions du Bild, qui qualifie la décision d'Arte de le déprogrammer de « dégoûtante et honteuse ». Ce fleuron du groupe de presse Springer a publié les soutiens aux documentaristes de nombreux politiciens, intellectuels et historiens allemands, tels Götz Aly, Matthias Küntzel, Ahmad Mansour et Michael Wolffsohn

L'American Jewish Committee (AJC, Comité juif américain), le Centre Simon Wiesenthal (CSW) et le Conseil central des juifs d'Allemagne avaient exprimé leur indignation devant ce refus d'Arte.

Le 14 juin 2017, Arte a publié un communiqué de presse indiquant : « Arte ne veut légitimer a posteriori le documentaire en le diffusant sur son antenne, sachant qu’il s’éloigne considérablement du concept initialement convenu, lequel a été modifié sans qu’Arte n’en ait été informée ». Arte a ajouté qu’affirmer que « pour des raisons politiques le film n’aurait pas sa place dans le programme d’Arte est parfaitement absurde : la proposition acceptée par la Conférence des programmes prévoyait expressément, conformément à la ligne éditoriale d’Arte, chaîne européenne, de traiter de l’antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël, et cela non pas au Proche-Orient, mais en Europe. ». La chaîne est surprise par cette diffusion par Bild; mais n’a élevé « aucune objection » à cette diffusion. 

Arte "a balayé les accusations de censure, affirmant que le film s'était éloigné "considérablement du concept initialement convenu" et assurant ne pas en avoir été informée pendant sa phase de réalisation. "Insinuer que c'est pour des raisons politiques que le film n'aurait pas sa place dans le programme d'Arte est parfaitement absurde : la proposition acceptée par la Conférence des programmes prévoyait expressément, conformément à la ligne éditoriale d'Arte, chaîne européenne, de traiter de l'antisémitisme masqué derrière la critique d'Israël, et cela non pas au Proche-Orient, mais en Europe". 

La version sous-titrée en français de ce documentaire a été publiée sur Youtube. Ce documentaire démontre le soutien, notamment financier, de l'Union européenne (UE) à la haine antisémite et l'incitation à cette haine de médias européens.

Le 15 juin 2017, le Centre Simon Wiesenthal (CSW) a écrit à Antonio Tajani, président du Parlement européen : «Visionnez le film d’Arte pour prouver que les arguments de la chaîne en faveur de la censure du film contreviennent à votre nouvelle Définition de l’antisémitisme » :
« Ce mois-ci, le 1er juin, le Parlement européen (PE) a adopté une résolution dont le premier jet avait été élaboré en 2005 par l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes – organe qui a ensuite été rebaptisé Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne. Plus récemment, cette résolution allait être connue sous le nom de Définition de travail de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA, Alliance internationale dédiée à la mémoire de l’Holocauste).Le Parlement européen s’est donc maintenant doté d’un indicateur pour évaluer l’argument apparemment tendancieux d’Arte. En outre, de nombreux universitaires et spécialistes de l’antisémitisme – notamment le musulman Ahmad Mansour, coauteur/consultant du film agréé par Arte, ainsi que le Centre Wiesenthal – ont apporté leur soutien enthousiaste à ce documentaire tant attendu.En 1989, on avait fait appel à nous pour organiser la projection du chef-d’œuvre de Claude Lanzman, Shoah, au Parlement européen. En 2008, feu votre prédécesseur, Bronislaw Geremek, avait présidé la séance de présentation de La vie et l’héritage de Simon Wiesenthal, film réalisé par notre propre Centre, dans cette même Chambre. Sur la base de ces deux précédents et en tant qu’organisation dont la division Moriah Films a déjà produit quatorze films et reçu deux Oscars, nous nous tournons vers vous – en accord avec le réalisateur, Joachim Shroeder – pour demander que Élus et exclus – la haine des juifs en Europe soit projeté en avant-première au Parlement européen afin de vérifier et de renforcer ainsi la propre Définition de l’antisémitisme du PE ».
Le CSW proposait « de fournir la version intégrale du film et d’assurer la présence du réalisateur et du coauteur pour répondre à tout commentaire » : « Monsieur le Président, nous serions ravis de venir à Bruxelles pour organiser avec vous et avec votre personnel la logistique et la date de cette projection », concluait M. Samuels.

Le 16 juin 2017, ARD, "dont l'une des chaînes de son réseau de télévisions locales, WDR, avait commandé le film et avait également renoncé à le montrer", a publié un communiqué de presse. : "La Première (ARD, ndlr) va diffuser le 21 juin 2017, à 20 h 15, le documentaire produit pour Arte "Les nouveaux visages de l'antisémitisme. Le thème du documentaire est important pour nous (...) Nous avons examiné le film de façon intense et j'ai pris la décision de soumettre de façon transparente ce documentaire au débat", a déclaré Tom Buhrow, le directeur d'ARD, cité dans le communiqué. Un débat suivra cette diffusion. "Je pense qu'il est juste qu'un large public ait maintenant accès à ce documentaire controversé, et cela en dépit de ses défauts" afin que "chacun puisse se faire une idée", a poursuivi Volker Herres, directeur des programmes de cette chaîne de télévision, dans le communiqué.

Le 19 juin 2017, le Centre Simon Wiesenthal (CSW) a annoncé qu'il diffusera ce documentaire dans son Musée de la Tolérance.

Le 20 juin 2017, le CRIF a reçu en son siège Anne Durupty, vice-présidente du Comité de gérance et Alain Le Diberder, gérant et directeur des programmes. Son président Francis Kalifat, Gérard Unger, vice-président du Crif et Robert Ejnès, directeur exécutif, assistaient également à la rencontre. Arte avait annoncé sa décision de déprogrammer un documentaire sur l'antisémitisme en Europe. Le Crif avait été saisi de nombreuses réactions de responsables communautaires et de Français juifs qui s'étonnaient, voire s'indignaient de cette déprogrammation, considérant qu'il s'agissait pour Arte d'un refus d'aborder le sujet de l'antisémitisme d'origine islamiste.  De plus le débat faisait rage en Allemagne – comme nous l'avions révélé dans la Newsletter du Crif – où le magazine Bild avait décidé de mettre le film sur le Net".

"Dès le début de l'entretien, Francis Kalifat a exprimé son indignation  concernant cette déprogrammation, interpellant les responsables d'ARTE sur la difficulté de la chaîne de traiter de l'antisémitisme d'origine arabo-musulmane, directement lié à la situation au Proche-Orient. Dans le contexte actuel de violences et de recrudescence de l'antisémitisme, cette position paraissant irresponsable. Il a notamment fait valoir le récent vote au Parlement européen d'une définition de l'antisémitisme incluant l'antisionisme".

Les "responsables d'Arte ont voulu assurer Francis Kalifat de la bonne foi de la chaîne. La déprogrammation n'avait rien à voir avec le sujet de l'antisémitisme, mais avec le respect des procédures internes dans la programmation des émissions au sein de la structure de la Chaîne".

Francis Kalifat "a insisté sur la nécessité de diffuser ce documentaire qu'il avait pu visionner l'après-midi et qui décrit une situation alarmante qu'il faut présenter et dont il faut pouvoir débattre". 

ARTE "a annoncé aujourd'hui par communiqué son intention de reprogrammer le documentaire mercredi 21 juin, suivi d'un débat. Le Crif en prend acte et salue cette décision".

Rachat du Telegraph
"Après avoir postulé depuis plus de deux ans pour racheter le prestigieux titre londonien The Telegraph, le groupe américano-émirati RedBird IMI (contrôlé à 75 % par l’émirati IMI) a été contraint de céder sa place à un puissant groupe allemand, Axel Springer." 

"Il faut savoir que RedBird IMI avait repris la dette des anciens propriétaires britanniques, mais n’a pas pu finaliser le rachat, suite à une campagne acharnée menée par des politiques et des députés hostiles à tout investissement étranger dans la presse locale, sous prétexte que cela en influencerait les lignes éditoriales. Ceux-ci arguaient du fait que les Émirats arabes unis, principal actionnaire du groupe, affichaient un bilan « peu glorieux » en matière de droits de l’homme et de liberté d’expression".

"Mais ce n’est pas le cas avec les Allemands ! En moins de deux mois, le groupe Springer, assuré du feu vert de Londres (mais aussi de Vienne et de Dublin), a annoncé avoir bouclé l’opération, le 30 juin dernier, en versant 575 millions de livres au groupe américano-émirati. La direction a été la première à s’en réjouir : « Le Telegraph est enfin en sécurité sous la direction ambitieuse d’Axel Springer », a écrit le quotidien londonien dans un éditorial."


« Chez Axel Springer, la liberté n'est pas seulement une valeur ; c'est notre principe directeur. Nous la défendons fermement, convaincus qu'elle est le moteur du progrès – dans les affaires, dans la société et, plus particulièrement, dans le journalisme.

L'héritage de notre fondateur, Axel Springer, perdure aujourd'hui dans nos valeurs. Il défendait le droit de chaque individu à une vie de libre choix et considérait ce droit comme la pierre angulaire de la démocratie, l'État en étant le garant et les médias, le défenseur.

Nous défendons ces principes aujourd'hui et assumons pleinement notre responsabilité sociale envers la démocratie, avec clarté et transparence. Axel Springer se distingue dans le secteur des médias par sa constitution d'entreprise unique, les Essentiels. Rédigée en 1967 par Axel Springer et légèrement adaptée au fil du temps, elle témoigne de nos valeurs fondamentales.

1. Nous défendons la liberté, la liberté d'expression, l'état de droit et la démocratie.
2. Nous soutenons le droit à l'existence de l'État d'Israël et nous nous opposons à toutes les formes d'antisémitisme.
3. Nous préconisons l'alliance entre les États-Unis d'Amérique et l'Europe.
4. Nous défendons les principes d'une économie de marché libre.
5. Nous rejetons l'extrémisme politique et religieux ainsi que toutes les formes de discrimination. »



« Les trois vies d’Axel Springer » (Drei Leben
: Axel Springer)
Documentaire de Manfred Oldenburg, Jobst Knigge et Sebastian Dehnhardt
ZDF, 2012, 1 h 30
Diffusions les 1er mai 2012 à 22 h 30 et 15 mai 2012 à 10 h 30

Visuels :
Photos en noir et blanc
© Axel Springer AG et Sven Simon

De gauche à droite : Guido Westerwelle, ministre des Affaires étrangères d’Allemagne et vice Chancelier, Mathias Döpfner, CEO Axel Springer AG, et Avigdor Lieberman, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères d’Israël.
© Fabian Matzerath

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 30 avril 2012, puis les 15 août 2014, 16 juin 2017 et 29 juin 2021.

lundi 13 juillet 2026

« L’affaire Dreyfus à Rennes »

Pour les 120 ans de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus, le musée de Bretagne-Les Champs libres propose l’exposition permanente « L’affaire Dreyfus à Rennes » consacrée à un procès important dans une affaire politique, médiatisée, teintée d'antisémitisme. Le 22 décembre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935) est condamné à l'unanimité pour trahison, « à la destitution de son grade, à la dégradation militaire, et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée », c'est-à-dire au bagne en Guyane. Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement de 1894, et renvoie Alfred Dreyfus devant un nouveau conseil de guerre à Rennes. Celui-ci condamne de nouveau l'officier français juif, en assortissant son jugement de circonstances atténuantes. Peu après, le Président de la République Émile Loubet gracie Alfred Dreyfus. En 1904 débute la révision du procès de Rennes, et le 12 juillet 1906 la Cour de cassation reconnait l'innocence d'Alfred Dreyfus qui est réintégré dans l’armée avec le grade de commandant et nommé chevalier de la Légion d’honneur. Entrée libre.


« En 2006, dès l’ouverture des Champs Libres, une première exposition permanente, basée sur les collections du Musée de Bretagne, revenait sur l’affaire Dreyfus et sur le procès en appel de Rennes. »

« En 2026, à l’occasion des 120 ans de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus, le Musée de Bretagne réaffirme son engagement à défendre cette mémoire et produit une nouvelle exposition permanente en phase avec les enjeux contemporains, l’éducation aux médias et à l’information et la lutte contre l’antisémitisme. »

« L’exposition est produite par Rennes Métropole et soutenue par la Fondation du Judaïsme français. »

Le site Internet des Archives de Rennes a réuni des documents, dont un dossier pédagogique, une frise chronologique et une cartographie, sur l'affaire Dreyfus

Le conseil scientifique est composé de :
Marie Aynié, historienne, secrétaire générale du comité d’histoire de la ville de Paris
Claire Decomps, conservatrice en chef du patrimoine, responsable de la conservation au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Charles Dreyfus, petit-fils d’Alfred et Lucie Dreyfus
Michel Dreyfus, arrière petit-fils d’Alfred et Lucie Dreyfus
Vincent Duclert, historien, inspecteur général de l’éducation nationale
André Hélard, historien, professeur de lettres classiques
Pierre Karila-Cohen, historien, professeur d’histoire contemporaine
Philippe Oriol, historien, directeur de la Maison Zola / Musée Dreyfus
Pascal Ory, historien, membre de l’Académie française
Jean-Marc Perl, arrière petit-fils d’Alfred et Lucie Dreyfus
Paul Salmona, directeur du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme

Une exposition labellisée « Exposition d’intérêt national » 
« Cette nouvelle exposition est labellisée « Exposition d’intérêt national ». Ce label est attribué par le ministère de la Culture depuis 1999 aux musées de France présentant des expositions dites remarquables. Les structures recevant le label doivent présenter des expositions ayant une approche thématique inédite d’intérêt national, une qualité scientifique et muséographique exemplaire, ainsi qu’une scénographie et un dispositif de médiation ayant pour objectif de toucher les publics les plus variés. Cette appellation valorise les initiatives en région et reflète la richesse et la diversité des collections des musées de France. » 
 
Retour sur l’affaire « du siècle »

« L’affaire Dreyfus est une machination militaro-judiciaire, mais aussi une grave crise politique qui marque la France au tournant du 20e siècle : durant 12 ans (1894-1906), elle emporte un homme, le capitaine Alfred Dreyfus. »

Chronologie de l’Affaire
« Le 15 octobre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935) est arrêté au ministère de la Guerre. Il est accusé sur la base d’un document trouvé dans une corbeille à papier de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Ce document, dénommé le bordereau, contient des informations militaires prétendument secrètes. Dreyfus est reconnu coupable de haute trahison au terme d’un procès militaire qui bafoue les droits de la défense. 

Il est condamné à la dégradation et à la déportation sur l’île du Diable, en Guyane. Le coupable, le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, est identifié en 1896. Il faudra toute l’énergie de Lucie et Mathieu Dreyfus pour obtenir la révision du procès. 

Au lendemain de l’acquittement d’Esterhazy, Émile Zola publie dans le journal L’Aurore daté du 13 janvier 1898 son célèbre « J’Accuse…! », qui fait basculer la situation : l’écrivain accuse nommément plusieurs hauts-gradés d’avoir monté une machination contre Dreyfus. 

Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement de 1894, et renvoie Dreyfus devant un nouveau conseil de guerre à Rennes. À l’issue de ce second procès, Dreyfus est de nouveau condamné, mais avec d’absurdes circonstances atténuantes. Quelques jours plus tard, il est gracié par le Président de la République Émile Loubet.

En 1904 commence la révision du procès de Rennes, et le 12 juillet 1906 la Cour de cassation affirme la pleine innocence du capitaine. Il est réintégré dans l’armée avec le grade de commandant et nommé chevalier de la Légion d’honneur. »

Les répercussions de l’Affaire
« L’Affaire a des répercussions mondiales, bien au-delà de la situation individuelle d’Alfred Dreyfus et des déchirements français. L’affrontement entre dreyfusards et antidreyfusards engendre des clivages idéologiques qui perdurent tout au long du 20e siècle. »

« Ce sont les valeurs de justice, de vérité, de citoyenneté et d’équité qui ont été mises à l’épreuve, et qui résonnent encore aujourd’hui lorsque l’on évoque l’affaire Dreyfus. Cette mémoire est particulièrement forte à Rennes, qui accueillit le procès en révision en 1899. »
 
« C’est à Rennes qu’eut lieu l’un des plus sombres épisodes de l’Affaire et c’est au sein des Champs Libres, au Musée de Bretagne, que dans une exposition permanente exceptionnelle, Rennes célèbre la pleine réhabilitation de mon grand-père Alfred Dreyfus. J’en suis ému et reconnaissant ». 
Charles Dreyfus
Petit-fils d’Alfred Dreyfus 

« Rien ne prédisposait la ville de Rennes à occuper pendant un mois de l’été 1899 l’attention internationale. Il en fut pourtant ainsi. Mais le plus remarquable de toute cette histoire se mesure au travers du long cheminement qui a conduit le Musée de Bretagne à devenir le grand lieu de mémoire de l’« Affaire ». Et, là aussi, la surprise est grande de découvrir dans les collections de ce musée non seulement les articles et dessins de presse ou la correspondance privée qu’on est en droit d’y trouver mais encore l’émouvant trésor des messages de sympathie envoyés, du monde entier, au capitaine et à son épouse ». 
Pascal Ory
Historien, Membre de l’Académie Française 


Un portrait signé Jef Aérosol
« Les Champs Libres ont proposé à l’artiste Jef Aérosol de signer le visuel de l’exposition et de réaliser une oeuvre monumentale à l’entrée de la salle. Visible dès le hall des Champs Libres, elle propose un regard intemporel sur la figure presque iconique de Dreyfus. Par sa présence, l’oeuvre marque l’implantation centrale de l’exposition au coeur des Champs Libres. » 

UNE SCÉNOGRAPHIE ORIGINALE
« La scénographie a été réalisée par l’agence In Site, accompagnée par la graphiste Mesh. Elle se propose de faire ressentir l’ambiance rennaise de cette fin du 19e siècle, à travers l’évocation de la ville, de ses lieux emblématiques, pour la plupart toujours reconnaissables. Les images de Rennes en 1890 issues des fonds photographiques du musée côtoient les collections de journaux d’époque, qui relatent chaque jour les audiences du procès rennais. Des espaces plus intimistes permettent de découvrir l’importante correspondance de soutien reçue par Lucie et Alfred Dreyfus, ou de mieux connaitre certains protagonistes présents à Rennes lors du procès. »
DISPOSITIFS DE MÉDIATION
« Au fil du parcours, plusieurs dispositifs permettent de montrer le rôle central de la presse durant l’Affaire, de développer l’esprit critique des visiteurs, tout en questionnant plus largement leur rapport à l’information. 
Chacun de ces dispositifs, s’appuyant sur les grandes thématiques de l’Éducation aux Médias et à I’Information, prend comme point de départ une collection ou un évènement afin de questionner le poids des images et des mots, le traitement d’une information ou encore la polarisation des opinions.
Par exemple, dans la manipulation « L’île du diable, entre invention et réalité », les visiteurs découvrent que l’exil d’Alfred Dreyfus a souvent été représenté dans les médias comme des vacances sur une île paradisiaque, mais la réalité est tout autre.
Dans la manipulation « Unes en pagaille », les visiteurs doivent retrouver les bonnes unes en associant le titre du journal à son illustration et sa légende, selon les orientations de chaque journal. »
ZOOM SUR LE PARCOURS ENQUÊTE LUDIQUE
« Conçu par les Francs Limiers et adapté pour un public à partir de 12 ans, il est jouable en groupe de 2 à 6 personnes, de façon autonome, 3 groupes peuvent jouer simultanément dans leur résolution de leur enquête. Ce parcours enquête est pleinement intégré à l’exposition avec des énigmes à résoudre grâce à de nombreux dispositifs à manipuler et indices dissimulés tout au long du parcours. Il invite, par l’exploration des collections, à découvrir d’une autre manière les contenus et le propos de l’exposition. 
Synopsis : l’influenceur controversé Histobuzz, coutumier de la réalisation de vidéos fake news, annonce qu’il va sortir d’ici 1h, une vidéo remettant en cause l’innocence de Dreyfus. À l’aide d’un carnet d’enquête, les joueurs doivent retrouver les preuves pour démonter un à un les arguments d’Histobuzz. » 


Le parcours de l’exposition

L’exposition « présente un parcours en 6 séquences, avec une attention particulière portée aux adolescents et jeunes adultes. » 

1. QUI EST ALFRED DREYFUS ? L’HOMME DERRIÈRE L’AFFAIRE
« Cette partie permet de comprendre qui était Alfred Dreyfus : ses origines, sa formation, sa profession, son mariage, ses enfants, son lien à l’armée, son rapport à la religion… L’exposition présente notamment un arbre généalogique, des photographies familiales et un fac-similé de sa veste d’officier d’artillerie. »

Alfred Dreyfus artilleur à Bourges, photographie, Franck (photographe), Bourges, 1889, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
« 9 artilleurs sont répartis autour d’une pièce d’artillerie dans des poses peu conventionnelles (pipe à la bouche, vestes ouvertes). Des inscriptions figurent sur celles-ci : «Vive la Flotte», «Vive L’Arti» (sur la veste d’Alfred Dreyfus). Chaque personne a signé sur la marge inférieure du support. Alfred Dreyfus est le deuxième en partant de la gauche. »

2. LES GRANDES ÉTAPES DE L’AFFAIRE
« L’affaire Dreyfus est un évènement complexe qui a connu de nombreux rebondissements. Pour appréhender pleinement ses enjeux, une frise chronologique illustrée de collections (une de journaux, estampes, photographies…) pose les grands jalons de l’Affaire. Un épisode de 10 minutes de l’émission Karambolage (Arte) vient compléter cette présentation. À travers la profusion de caricatures, que l’on trouvait dans des journaux, cartes postales ou même objets du quotidien, l’exposition montre le climat antisémite de l’époque qui irrigue la sphère politique et plus largement toute la société.  »

Canne de marche au pommeau sculpté d’une effigie caricaturale antisémite, vers 1880, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
Dès le 18e siècle ont été réalisés des objets usuels à caractère antisémite : pipes, cannes, figurines qui transmettent déjà des stéréotypes qui persistent tout au long des siècles suivants. On voit ici un personnage au nez très long, surmonté de petites lunettes supposées évoquer l’usurier. Cheveux frisés et, papillotes évoquent l’appartenance religieuse. L’autre face figure une tête de mort coiffée de la kippa. Ce type d’objets luxueux, destinés à une clientèle aisée, témoigne de la très large diffusion de la caricature antisémite. » 

3. RENNES 1899 – LE PROCÈS DU SIÈCLE
« Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement de 1894 et renvoie Alfred Dreyfus devant le conseil de guerre de Rennes. Émile Zola désigne le procès de Rennes comme « La suprême bataille ». Le procès se déroule du 7 août au 9 septembre 1899 au lycée de garçons de Rennes – actuel lycée Zola. »

« Les visiteurs découvrent l’ambiance de Rennes en cette fin de 19e siècle à travers une projection d’images de l’époque et des grandes reproductions de photographies. Pierre-François Lebrun a réalisé un film mêlant photographies, dessins d’animations et vues contemporaines pour retracer de manière vivante le procès jour après jour (production JPL Films). »

« Enfin les lieux et les acteurs du procès de Rennes sont mis en avant à travers une grande carte et des documents d’époque. »

Audience du conseil de guerre de Rennes
, photographie, Valerian Gribayedoff (photographe), 7 août 1899, Rennes, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
« Rare photographie de l’intérieur de la salle des fêtes du lycée Zola, prise le premier jour du procès. » 

4. LE PROCÈS FAIT LA UNE !
« Le procès de Rennes est le premier procès médiatique international de l’histoire contemporaine. Rennes reçoit des journalistes du monde entier : presse nationale et locale font le récit au jour le jour des audiences du procès grâce à l’essor de nouveaux outils facilitant la communication. Pour la première fois, la photographie produit un grand nombre d’images qui illustrent les revues. L’évocation d’un étal de marchand de journaux permet de montrer le rôle central de la presse et la polarisation de l’opinion selon l’orientation dreyfusarde ou antidreyfusarde des journaux. » 

Les journalistes français et étrangers, album de photographie, Valérian Gribayedoff (photographe) ou Léon Bouët (photographe), été 1899, Rennes, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public


5. LES AMIS INCONNUS DE DREYFUS
« Dès 1898, des milliers de personnes témoignent leur soutien au capitaine Dreyfus et à son épouse Lucie. Après l’injustice criante du verdict de Rennes, ils reçoivent une immense correspondance. Mots de réconfort, d’amitié, de consolation et d’encouragement : des milliers de lettres parviennent à Lucie et Alfred Dreyfus de toute la France et de toute l’Europe. Ces témoignages d’indignation et de solidarité révèlent l’ampleur du mouvement d’opinion qui se développe autour de l’Affaire. Une grande carte du monde présente quelques exemples de cette riche correspondance. Il est également possible de lire et d’écouter des lettres qui prennent vie grâce aux lectures des élèves de l’école du Théâtre National de Bretagne (TNB).» 

Portrait d'Alfred Dreyfus, épinglette, années 1890
« Le soutien à une cause, hier comme aujourd’hui, s’accompagne parfois de petits objets, ostensiblement portés par ceux qui adhérent à la cause évoquée. Ces petites épinglettes n’étaient pas destinées à être conservées, de fait elles sont aujourd’hui rares. »

6. VERS LA RÉHABILITATION
« La dernière partie de l’exposition présente sous forme de frise chronologique les évènements qui se sont déroulés entre le jugement de 1899 et la mort d’Alfred Dreyfus en 1935.

« Elle revient sur l’héritage de l’Affaire, qui a continué à s’écrire, que ce soit avec des travaux d’historiens ou à travers des œuvres artistiques (littérature, cinéma, arts plastiques...). Des extraits de films de fiction viennent conclure l’exposition. »

Alfred Dreyfus dans la cour de l’École militaire après la cérémonie de réhabilitation
, carte postale, 12 juillet 1906, Éditions Ernest Le Deley, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public 

Un espace d’ouverture : Dreyfus et nous
« À la sortie de l’exposition, un espace donne la parole à celles et ceux pour qui l’affaire Dreyfus a compté dans leur trajectoire personnelle, professionnelle - des hommes politiques, des historiens, les descendants d’Alfred Dreyfus - mais aussi des jeunes qui la découvrent dans le cadre des projets d’éducation artistique et culturelle menés durant la phase de conception du projet d’exposition.

En 2027, il sera réaménagé comme un laboratoire de la pensée critique qui invitera le public à questionner la polarisation de la société et à explorer des pistes de dialogues pour dépasser les divisions. »

JEF AÉROSOL

« Né à Nantes en 1957, Jef Aérosol (pseudonyme de Jean-François Perroy) vit et travaille à Lille depuis 1984. Artiste français issu de la première vague d’art urbain, il a posé son premier pochoir sur les murs de Tours en 1982. 
Depuis, il a sillonné les rues de nombreux pays pour y peindre ou coller ses personnages, souvent représentés à l’échelle 1. Également muraliste, Jef Aérosol a réalisé de nombreuses fresques, tant en France qu’à l’étranger.
Son travail est désormais caractérisé par l’usage important du noir et blanc à l’exception de cette fameuse flèche rouge, marque de fabrique et « élément perturbateur » ! Ses œuvres sont visibles dans de nombreuses expositions en galeries et musées, festivals, art fairs, ventes publiques et événements internationaux.
Plus poétique que politique, le message délivré par Jef Aérosol est avant tout humaniste, ce qui rend son travail universel et intemporel. Dans les yeux de ses personnages passent toutes les émotions. Inconnus ou reconnus, ils reflètent le regard juste et attentif que l’artiste pose sur le monde et sur l’époque. »

« Transmettre le flambeau de l’Histoire pour éviter qu’elle ne se répète »
Par Nathalie Appéré,
Maire de Rennes, Présidente de Rennes Métropole

« À Rennes, « l’affaire du siècle » tient une place particulière. C’est dans notre ville qu’a eu lieu le procès en révision du capitaine Alfred Dreyfus, victime de l’une des plus grandes injustices du 19e siècle, parce qu’il était juif.
C’est dans notre ville que le jugement du conseil de guerre fut rendu dans ce qui était autrefois le lycée de Rennes, et qui porte depuis plus d’un demi-siècle le nom d’Émile Zola.
Dès leur ouverture en 2006, Les Champs Libres ont accueilli une première exposition permanente, pour commémorer, comprendre, enseigner cet événement historique majeur. 
Aujourd’hui, voilà 120 ans qu’Alfred Dreyfus a été réhabilité.
À cette occasion, le Musée de Bretagne franchit une nouvelle étape pour défendre notre mémoire commune, à travers une exposition permanente 2.0, autour des enjeux contemporains liés à l’éducation aux médias et à la lutte contre l’antisémitisme.
Au-delà de cet indispensable devoir, célébrer la réhabilitation d’Alfred Dreyfus, c’est surtout transmettre le flambeau de l’Histoire pour éviter qu’elle ne se répète, à l’heure où les relents de haine qui conduisirent à cette affaire ont une résonnance singulière. Si les époques se succèdent, certaines passions mortifères demeurent et l’antisémitisme gangrène encore notre société
À rebours des logiques de repli sur soi et de rejet de l’autre, cette exposition a été pensée pour nous éclairer sur le chemin de l’apaisement de notre société. Nous souhaitons qu’elle puisse constituer le point de départ d’une réflexion plus globale sur la fabrique de l’opinion ou encore la place de la justice face à la haine. 
Je tiens à remercier l’ensemble des actrices et des acteurs qui ont participé à la construction de cette exposition d’une grande richesse, ainsi qu’à la volonté de celles et de ceux qui viendront apporter leur éclairage sur l’affaire Dreyfus en elle-même, comme sur les questions de société qui lui font écho aujourd’hui. »

L’affaire Dreyfus, « une leçon vivante de citoyenneté »
Par Céline Chanas,
Directrice du Musée de Bretagne

« En 2026, 20 ans après l’ouverture des Champs Libres à Rennes et la première exposition consacrée à l’affaire Dreyfus en France, le Musée de Bretagne ouvre une nouvelle exposition, symboliquement placée au coeur des Champs Libres. Son ambition est claire : faire dialoguer l’histoire avec le présent et la rendre accessible aux jeunes. Car l’affaire Dreyfus n’est pas qu’un épisode lointain de la IIIe République, elle est une leçon vivante de citoyenneté. En suivant l’injustice subie par le capitaine Alfred Dreyfus, condamné à tort dans un climat d’antisémitisme et de raison d’État, le public est invité à se questionner sur ce que représentent la justice, la vérité ou l’engagement. Partie prenante du réseau des musées engagés, le Musée de Bretagne assume une ligne : parler d’histoire, asseoir son récit au plus près des parcours de ceux qui les ont vécus et portés ; parler du temps présent inspiré des écrits de Marc Bloch, « Sans se pencher sur le présent, il est impossible de comprendre le passé ».
Au-delà de l’histoire, ce sont bien les enjeux contemporains qui affleurent. Désinformation, justice médiatique, discriminations : les parallèles avec notre époque sont troublants. L’exposition ne les impose pas, mais les suggère subtilement. À l’heure où l’opinion publique se forge parfois en quelques clics, revisiter l’affaire Dreyfus devient un acte presque nécessaire. Les Champs Libres proposent ainsi bien plus qu’une exposition : un espace de transmission et de réflexion. En plaçant la jeunesse au centre du dispositif, ils rappellent que la citoyenneté s’apprend tôt, et que comprendre le passé est une clé pour agir avec lucidité dans le présent. »

L’exposition, « Une démarche scientifique »
Laurence Prodhomme
Commissaire d’exposition

« Pour concevoir cette nouvelle exposition, le Musée de Bretagne s’est appuyé sur sa collection exceptionnelle de plus de 8 000 documents, constituée dès 1899 puis enrichie notamment grâce à des dons de la famille Dreyfus et des achats sur le marché de l’art. 
Un conseil scientifique réunissant des historiennes et des historiens, ainsi que des descendants d’Alfred Dreyfus a été constitué pour accompagner le musée dans chaque étape du projet : scénario, textes, choix des collections. Laurence Prod’homme, commissaire d’exposition, revient sur la démarche scientifique. Cette nouvelle exposition permanente consacrée à l'affaire Dreyfus est l'héritière au sein du Musée de Bretagne, de nombreuses autres expositions sur le sujet. Expositions temporaires dans les années 1970 et 1990, première exposition permanente en 2006, toutes ont tracé le chemin.
Durant ce laps de temps qui s'étire sur plus de 50 ans, le travail des historiens a développé de nouveaux axes de recherches et interrogé d'autres sources archivistiques. Nourris par leurs travaux et conscients des manques que pouvait présenter l'exposition précédente, nous avons souhaité mettre en avant quelques thèmes et en priorité la personne d'Alfred Dreyfus. »
Mieux connaître l’homme derrière l’Affaire
« Longtemps présenté comme une simple victime, fade et peu investi dans la défense de sa propre cause, Alfred Dreyfus s’est en réalité battu durant 12 ans pour faire reconnaitre son innocence. 
« À travers des cartels spécifiques, les témoignages et les prises de position du capitaine trouvent une place essentielle dans l’exposition. Les liens indéfectibles avec sa famille sont évoqués par le biais de l’immense correspondance conservée au musée, dont des extraits peuvent être lus et écoutés. Un fac-similé de son uniforme permet d’incarner l’homme et sa fidélité à l’armée.
Rennes durant le procès
La seconde thématique s’articule autour de la place de la ville de Rennes au moment du procès. Nous voulions permettre au public de se plonger dans l’atmosphère rennaise à l’été 1899, mettre en avant quelques moments forts, évoquer le quotidien des Rennais, leur indifférence ou leur engagement. Nous avons pour cela confié la création d’un film au réalisateur Pierre-François Lebrun (production JPL films). Ce court-métrage permet également de suivre le procès au jour le jour.
Le rôle de la presse
Enfin, une place essentielle est consacrée à la presse. En effet, elle s’empare de l’Affaire d’une manière inédite : titres nationaux et journaux régionaux y consacrent leur une de manière régulière. 
Au-delà des nombreuses collections iconographiques conservées par le musée, des objets acquis au fil du temps retiendront plus concrètement l’oeil du visiteur et souligneront l’impact de l’Affaire. »


A partir du 20 juin 2026
10, cours des Alliés. 35000 Rennes
Tél. 02 23 40 66 00
Entrée gratuite.
Ouverture du mardi au dimanche
Visuels :
Portrait d'Alfred Dreyfus, photographie, Aaron Gerschel (photographe), vers 1890, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public 

Dreyfus se promenant entre deux gardes dans la cour de sa prison, album de photographies, Léon Bouët (photographe), été 1899, Rennes, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public. 
Les numéros présents sur la photographie indiquent : 1 : Alfred Dreyfus, 2 : la cellule de l’accusé, 3 : la Manutention, 4 : le poste de police


Le traître, dégradation d’Alfred Dreyfus, Le Petit Journal illustré (Supplément du 13 janvier 1895), Henri Mayer (dessinateur), coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public

Vendeur de journaux, plâtre d'après l’œuvre du sculpteur José Emmenez de Charmoy, F. Gilles (sculpteur), 1931, coll. Musée de Bretagne, CC-BY

L’affaire Dreyfus, affiche de cinéma, film de José Ferrer, Metro Goldwin Mayer, 1958, tous droits réservés

Lettre enluminée adressée à Lucie Dreyfus par les lecteurs du journal anglais le Morning Herald. Elle était accompagnée d’un coffret en argent offert à l’épouse du capitaine. 1899.coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public 

La case de Dreyfus, carte postale, Jean Hess (illustrateur), 29 septembre 1898, Éditions Meulenhoff, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public
"Le journaliste Jean Hess est chargé par le journal Le Matin de réaliser un reportage sur les conditions de détention réelles d’Alfred Dreyfus. Il publiera même un livre A l'Ile du Diable ; enquête d'un reporter aux Iles du Salut et à Cayenne, 1898"

Sortie de Dreyfus, album de photographies, été 1899, Rennes, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public

Laissez-passer pour le journal New York Herald, été 1899, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public 

Alfred Dreyfus à bord du Sfax le ramenant en métropole, photographie, anonyme, 24 juin 1899, coll. Musée de Bretagne, marque du domaine public

Alfred Dreyfus avec les enfants de son fils Pierre, photographie, 1934, coll. de la famille Dreyfus