Citations

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mercredi 12 août 2026

Jeanne Moreau (1928-2017)

Jeanne Moreau (1928-2017) était une comédienne - 
Ascenseur pour l'échafaud, Les Amants, Moderato cantabile, Jules et Jim, Eva, Le Journal d'une femme de chambre, Viva Maria !, La mariée était en noir, La Vieille qui marchait dans la mer... -, pensionnaire de la Comédie Française (1947-1952), chanteuse, scénariste, réalisatrice, fine cuisinière et gastronome française, membre de  l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France. Durant l'Occupation, par solidarité avec ses condisciples juives, elle a porté l'étoile jaune. Elle soutenait Israël. 
Arte rediffusera le 22 août 2026 à 13 h 30 « Gas-oil » de Gilles Grangier avec Jean Gabin, Jeanne Moreau, Roger Hanin, Marcel Bozzuffi, Robert Dalban, Ginette Leclerc.


Pour Jeanne Moreau (1928-2017), la vie d'un être humain était composée d'une série de premières fois.

« Jeanne Moreau, l'affranchie »
Arte diffusa en 2021 « Jeanne Moreau, l'affranchie » (Jeanne Moreau - Die Selbstbestimmte), documentaire réalisé par Virginie Linhart qui souligne les obstacles - physique dénigré - surmontés par la jeune comédienne au début de sa carrière cinématographique, mais omet les engagements féministes (manifeste des 343), politiques et artistiques - membre du TNP (Théâtre national populaire) de Jean Vilar au côté de Gérard Philipe - de Jeanne Moreau.

« Disparue en 2017, à l’aube de ses 90 ans, "Mademoiselle Moreau" a placé sa vie et sa carrière sous le signe de la liberté. Flash-back sur les films et les réalisateurs (d’Antonioni à Truffaut en passant par Demy, Bunuel et Welles) qui l’ont révélée au public en même temps qu’à elle-même. »

"Dès qu’il y a une nouvelle vague quelque part, on sonne à ma porte", se plaisait à affirmer celle qui a fougueusement embrassé l’audace de cinéastes en quête de modernité ». 

« Formée à la Comédie-Française, qui encaisse péniblement ses infidélités, l’actrice traverse une décennie de films commerciaux avant de trouver sa place dans le septième art ». 

« Quasi novice, son pygmalion se nomme Louis Malle, qui lui crée un rôle de toutes pièces dans son adaptation du roman de Noël Calef, Ascenseur pour l’échafaud (1958). Les déambulations nocturnes de la comédienne, illuminées par les néons de la capitale et bercées par la trompette de Miles Davis, propulsent alors le cinéma hexagonal dans une nouvelle ère ». 

« La même année, Les amants, dans un film homonyme infusé de leur passion, dynamiteront les conventions en emplissant le cadre d’une nudité et d’une sensualité jusqu’ici refoulées en contrechamp ». 

« Après avoir incarné les bourgeoises à la dérive dans Moderato cantabile (1960) de Peter Brook et La notte (1961) d’Antonioni, l’actrice trouve dans la Nouvelle Vague un écho à son désir de légèreté : Jules et Jim (1962) et son tourbillon d’amour triangulaire, mis en scène par François Truffaut, la consacre égérie moderne en même temps que chanteuse d’immortelles ritournelles ». 

« Sublimée par les tenues de Pierre Cardin, couturier homosexuel dont elle partage un temps la vie, l’actrice crève l’écran en noir (Eva de Joseph Losey) comme en blanc (La baie des anges de Jacques Demy), en France comme à l’international (Orson Welles, Luis Buñuel et son Journal d’une femme de chambre). »

« Composé d’extraits de ces pellicules inoubliables et d’interviews de l’actrice et de ceux qui l’ont dirigée, ce voyage cinéphile dans la décennie qui la vit éclore rend un vibrant hommage au jeu et à la personnalité hors du commun de celle qui incarna l’émancipation féminine avant l’heure, à la vie comme à la scène ».

"Jeanne Moreau, actrice et inspiratrice"
Serge Toubiana a rendu ce bel hommage à Jeanne Moreau lors d'une rétrospective à la Cinémathèque française en 2008 :

"Rieuse et tendre. C’est ainsi que François Truffaut décrit celle qu’il dirigea deux fois : dans Jules et Jim puis dans La Mariée était en noir. Mais leur complicité se manifesta auparavant sous forme d’un clin d’œil, dès Les Quatre cents coups. Jeanne Moreau y faisait une apparition très poétique aux côtés de Jean-Claude Brialy. Souvenez-vous : Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) erre dans les rues de Pigalle. Il a fugué et cherche un endroit pour dormir. Il croise une femme emmitouflée dans un manteau, qui court après son chien. Oh ! vous pouvez m’aider à l’attraper ? Surgit Brialy dans le rôle du dragueur : Eh ! Petit, c’est ta sœur ? Jeanne Moreau fut donc en quelque sorte la marraine de Truffaut en cinéma. Rôle hautement symbolique, qui dit l’importance de leur relation ou de leur lien. Auparavant, il y eut Louis Malle. Rencontre décisive, pour l’un comme pour l’autre. Ascenseur pour l’échafaud, puis Les Amants, et plus tard encore Viva Maria. Quand il évoque cette période, Malle est d’une totale franchise : « Quand j’ai tourné Ascenseur pour l’échafaud, j’avais une peur bleue des acteurs, tout simplement parce que je n’avais pas l’habitude d’avoir affaire à eux. Et s’il n’y avait pas eu Jeanne Moreau, qui m’a incroyablement aidé dans les deux premiers films que j’ai tournés avec elle… j’étais tellement novice, tellement ignorant ; dans ce genre de situation, quand on est paniqué… et jeune… on a tendance à vouloir jouer au chef. Pour ne pas se laisser dominer, sans doute. Et quand je revois mes anciens films, je me rends compte que j’ai fait des erreurs monumentales, non seulement dans la direction d’acteurs, mais parfois dans le casting. Mais c’est comme ça qu’on apprend. […] Il m’a fallu plusieurs films pour apprendre à connaître les acteurs ».

Ce que Jeanne Moreau apporta à cette génération de cinéastes, c’est d’abord l’audace, le courage d’innover, de prendre des risques, de se libérer du poids de la technique cinématographique. D’oser filmer vrai. Louis Malle dit aussi ceci, qui est essentiel : « On s’est soudain rendu compte qu’elle pouvait être une star de cinéma. Jusque-là, on disait que tout en étant une grande actrice, et très sexy, elle n’était pas photogénique. J’avais avec moi Henri Decae, ce grand opérateur que je connaissais des premiers films de Melville, comme Bob le flambeur. Ainsi que tous ceux de la Nouvelle Vague, je l’admirais énormément. Il m’a lancé, il a lancé Chabrol, puis Truffaut, et plusieurs autres. Mais j’étais le premier de ma génération à travailler avec lui. Quand on a commencé à tourner [Ascenseur pour l’échafaud], les premières scènes qu’on a faites avec Jeanne Moreau se passaient dans la rue, sur les Champs-Élysées. La caméra était dans une voiture d’enfant et Jeanne Moreau n’était pas éclairée… c’était un film en noir et blanc, bien entendu ; on avait pris ce nouveau film rapide, la Tri-X qui, de l’avis des cinéastes sérieux, donnaient un grain trop gros. Nous avons fait plusieurs longs travellings de Jeanne Moreau et, bien sûr, quand le film a été terminé, on a mis la magnifique musique de Miles Davis, plus sa voix à elle, sa voix intérieure. Elle n’était éclairée que par les vitrines des Champs-Élysées. Ça ne s’était encore jamais fait. Les opérateurs voulaient toujours qu’elle soit maquillée et ils l’éclairaient beaucoup, sous prétexte qu’elle n’avait pas un visage photogénique. La première semaine, il y a eu une émeute parmi les techniciens du labo, quand ils ont vu les rushes. Ils sont allés trouver le producteur et lui ont dit : « Il faut empêcher Malle et Decae de détruire Jeanne Moreau. ».

Détruire Jeanne Moreau. On se demande qui aurait pu détruire cette actrice, qui avait débuté une dizaine d’années avant que Malle ne lui confie le rôle inoubliable d’une femme errant la nuit dans les rues de Paris à la recherche de son amant. Tout commence au théâtre, où elle passe par le Conservatoire, puis par la Comédie-Française, puis encore par le TNP de Jean Vilar, où elle joue aux côtés de Gérard Philipe dans Le Cid. Au cinéma, elle tourne de nombreux films, alternant rôles secondaires et principaux, réalisés par Gilles Grangier (Gasoil, Trois jours à vivre, Échec au porteur), Jacques Becker (Touchez pas au grisbi), Henri Decoin (Dortoir des grandes, Les Intrigantes), Marc Allégret (Julietta), Jean Dreville (La reine Margot) ou d’autres encore, avant de croiser la génération de la Nouvelle Vague. Avec Malle, Truffaut, Roger Vadim (Les Liaisons dangereuses), Michelangelo Antonioni (La Notte), Joseph Losey (Eva, et plus tard : Monsieur Klein, puis La Truite, adaptation du roman de Roger Vailland), Orson Welles (Le Procès, Falstaff, Une histoire immortelle, The Deep/Dead Reckoning), Jacques Demy (La Baie des anges), Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre) et tant d’autres, Jeanne Moreau est une actrice qui inspire ses metteurs en scène. Louis Malle, encore lui, rappelle que c’est par son intermédiaire qu’il rencontra Louise de Vilmorin, qu’il sollicitait en vue d’adapter une nouvelle de Vivant-Denon, Point de lendemain, qui devait donner Les Amants. Lorsqu’il entra en relation épistolaire avec Henri-Pierre Roché, sollicitant son approbation pour adapter Jules et Jim, Truffaut envoya une photo de Jeanne Moreau (vraisemblablement dans Les Amants) à l’écrivain, en lui disant à peu près ceci : Voilà, c’est elle qui sera Kate (ou Catherine) dans mon film. « Grand merci pour les photos de Jeanne Moreau. Elle me plaît. Je n’ai bien sûr pas pu sortir pour voir Les Amants. Je suis content qu’elle aime Kathe. J’espère la connaître un jour. » C’est cela, une actrice qui inspire les cinéastes : celle qui, en plus de jouer, fait aussi trait d’union. C’est-à-dire rend possible leur désir ou leur rêve. Jeanne Moreau incarne, avant même que le film ne se tourne, le personnage et l’univers romanesque du film. Donc sa matérialité même.

Comment l’imaginer, sinon au centre ou au croisement de plusieurs mondes où se côtoient la littérature, la musique, la chanson bien sûr (impossible d’oublier Le Petit théâtre de Jean Renoir : une prise, une seule, sur Jeanne Moreau chantant Q*uand l’amour meurt*), disons tous les arts, et le cinéma. L’aventure (sentimentale) du cinéma. Elle autorise ces croisements, elle les permet, pour ne pas dire qu’elle les met elle-même en scène. Il y a cette double dimension chez Jeanne Moreau, d’actrice et d’inspiratrice. Les cinéastes qui la choisissent l’ont fait en connaissance de cause. Pour sa voix, sa grâce, sa force de caractère et sa fragilité, son audace – car elle peut tout dire, user du langage avec mélodie, musicalité, tout en étant aussi parfois très prosaïque. Elle a fini par incarner le cinéma. Je n’aime pas beaucoup l’expression facile, souvent utilisée en parlant d’elle, d’ « ambassadrice du cinéma ». Cela la met sur un piédestal, alors qu’elle est infiniment plus simple et plus abordable, prête à toutes les aventures cinématographiques. Ce que prouve sa belle filmographie. C’est ce caractère qui me paraît la définir de la manière la plus vraie. Du côté des cinéastes, prête à prendre des risques avec eux, en protégeant leurs films. Donc leurs rêves. Protéger un film, qu’est-ce que cela veut dire ? De quoi faut-il protéger un film en train de se faire ? Bien sûr, des intempéries. Mais, surtout, de la perte de confiance, du train-train professionnel, du manque d’entrain et de gaieté. De l’ardeur de faire un film ensemble, acteurs et techniciens réunis. Truffaut encore : « À l’intérieur de mes vingt ans de cinéma, le tournage de Jules et Jim, grâce à Jeanne Moreau, reste un souvenir lumineux, le plus lumineux. »

Un mot, un seul, résume ce caractère ou ce sentiment : Liberté. J’ai retrouvé la lettre que Jeanne Moreau écrivit, à l’occasion d’un hommage rendu à Orson Welles en 1975, par l’American Film Institute :
« Orson Welles, où êtes-vous ? Chasseur chassé dans votre recherche sans fin, où êtes-vous ? Partout. Combien d’avions ? Combien de vols ? Combien d’aéroports ? Combien de villes et de pays ? Combien de suites d’hôtels ? Combien de tampons sur vos passeports ? Combien de coups de téléphone ? On vous croit ici, mais vous êtes déjà là. « Autrefois, quand faire des vœux était encore de quelques secours », vous auriez possédé le monde. Maintenant il n’y a ni pays heureux, ni paix, ni beauté à posséder, mais personne ne peut être dépouillé de sa fantaisie. […]
Orson Welles est devenu un fabricant de rêves, un magicien des sons, un poète, un cinéaste.
Quand l’écran lui appartient, nous lui appartenons.
Séquences fluides, gros plans, mots, mouvements de caméra ;
L’œil de la caméra d’Orson Welles,
Regardant, scrutant, contemplant, glissant, crée le charme qui rompt le mauvais sort.
Nous regardons.
Nous savons que nous ne serons pas trompés. […]
Un poète nous aide à vivre. Un homme libre est partout »
Lorsque l’on retrace le parcours de Jeanne Moreau, actrice et inspiratrice, elle-même cinéaste (Lumière et L’Adolescente), on croise à maintes reprises la liberté. C’est à cela que la Cinémathèque rend hommage."

« Gas-oil »
Arte rediffusera le 22 août 2026 à 13 h 30 « Gas-oil » de Gilles Grangier avec Jean Gabin, Jeanne Moreau, Roger Hanin, Marcel Bozzuffi, Robert Dalban, Ginette Leclerc..

« Un routier débonnaire, un cadavre mystérieux, des truands patibulaires : Gilles Grangier adapte un des romans de la "Série noire" de Gallimard, avec Jean Gabin et Jeanne Moreau. Une plongée dans le monde des transporteurs routiers relevée par la gouaille des dialogues de Michel Audiard. »

« Routier sans histoire, Jean Chape promène son camion flambant neuf sur les petites routes de France, de livraison en livraison. Mais un matin pluvieux, après avoir pris congé de sa compagne, il roule sur le corps inanimé d'un gangster qui s'était récemment évanoui dans la nature en doublant ses associés, escamotant 50 millions de francs. »

« Au chômage forcé après la mise à la fourrière de son véhicule, Jean voit débarquer dans sa campagne les complices du malfrat, persuadés qu'il a subtilisé le magot… Pour déjouer leurs plans macabres, il fait appel à ses amis routiers. »

« Qu'ils sonnent bien dans la bouche de Gabin, les dialogues savoureux de Michel Audiard pour cette première collaboration cinématographique, avant les cultes Le cave se rebiffe ou Un singe en hiver… »

« Le scénario simpliste (on embête Jean Gabin, Jean Gabin se fâche), adapté d'un roman de la collection "Série noire" de Gallimard, s'oubliera sans regrets. Mais on s'immerge avec délectation dans ce document quasi ethnologique d'une France rurale des années 1950 en bras de chemise, où les routiers font leur sieste sur le bord des départementales et, en passant à la station-service, en profitent pour réserver leur pot-au-feu du soir auprès du boucher, venu faire le plein de sa camionnette… »

« Ascenseur pour l’échafaud »
« Ascenseur pour l’échafaud » est réalisé par Louis Malle.

« Un meurtrier reste bloqué dans un ascenseur, tandis que sa maîtresse erre dans Paris à sa recherche. L'éblouissant "exercice de style" de Louis Malle, sublimé par la BO de Miles Davis et la présence magnétique de Jeanne Moreau. »

 « Julien Tavernier, ancien para', accomplit le crime parfait en supprimant le mari de sa maîtresse, un marchand de canons. Mais, contraint de revenir sur les lieux, il est bloqué dans l’ascenseur par une panne de courant. Sa complice l’attend en vain au café, puis passe la nuit à chercher sa trace… »

« En 1957, Louis Malle a 25 ans. Après avoir obtenu la récompense suprême à Cannes pour Le monde du silence, coréalisé avec le commandant Cousteau, il reçoit le prix Louis-Delluc pour ce premier long métrage de fiction qu’il voit comme un "exercice de style". »

« Sur la base d’un polar classique, le film rend hommage au cinéma américain et à Hitchcock spécifiquement. Dans la scène de l’ascenseur, l’attention portée aux objets (le briquet, le paquet de cigarettes, le couteau…) évoque Robert Bresson, dont Louis Malle a été l’assistant. »

« En même temps, Ascenseur pour l’échafaud annonce une rupture avec la production de l’époque. Construction abstraite du récit, parti pris de ne jamais montrer les amants ensemble (sauf en photo), arabesques nerveuses improvisées par Miles Davis à la trompette : un style est en train d'éclore, elliptique, incisif, dépouillé, brûlant de l’intérieur. »

« Louis Malle révèle aussi ses qualités de directeur d’acteurs avec Jeanne Moreau, émouvante, magnétique, déambulant dans une ville scintillante de lumières, et Maurice Ronet, sobre et convaincant. »

Prix Louis-Delluc 1957

« Ascenseur pour l’échafaud est le premier long métrage de fiction de Louis Malle après sa participation à la mise en scène du Monde du silence. Trois films coexistent à l’intérieur de cet Ascenseur pour l’échafaud adapté d’un roman policier choisi sans grande préméditation par Malle, sur les conseils de son ami Alain Cavalier qui l’avait découvert à l’occasion d’un voyage en train. Le premier concerne le personnage de Julien Tavernier (Maurice Ronet) ancien officier parachutiste d’Indochine et d’Algérie qui assassine son patron Simon Carala parce qu’il est l’amant de sa femme, mais aussi, on le devine, parce que cet industriel véreux le dégoûte. Leur brève conversation avant le meurtre laisse entendre que Carala est un marchand d’armes et que Tavernier, sorte de guerrier déchu, méprise la vie civile et éprouve de la nostalgie pour son expérience militaire. La figure de soldat romantique et désabusé ayant participé aux défaites des guerres coloniales sied parfaitement à Ronet, et on devine que la caractérisation de Tavernier est un apport direct de Roger Nimier, coscénariste et dialoguiste du film, écrivain de droite chef de file du mouvement des hussards et partisan de l’Algérie française (comme Ronet, mais à la différence de Malle). La première partie du film qui montre la préparation, minutieuse et silencieuse, puis l’exécution du crime presque parfait par Tavernier juste avant la fermeture des bureaux, est la meilleure. La précision sèche et géométrique de la mise en scène de Malle évoque le style austère et épuré de Robert Bresson, influence majeure du jeune cinéaste à ses débuts », a analysé Olivier Père.

Et Olivier Père de poursuivre : « Un autre film à l’intérieur du film, beaucoup plus conventionnel, concerne la fugue à bord d’une voiture volée (celle de Tavernier, justement) d’un couple de jeunes gens – une employée de magasin et un blouson noir – qui se terminera en tuerie et en tentative ratée de suicide. On y découvre une vision sociologique d’une certaine jeunesse perdue, privée de repères moraux dans la France de l’après-guerre. C’est la partie la plus datée du film, dans la lignée de Clouzot, Autant-Lara ou Carné lorsqu’ils se penchaient sans beaucoup de bienveillance sur les nouvelles générations ».

« Enfin, l’histoire a retenu Ascenseur pour l’échafaud en grande partie grâce à la contribution de Miles Davis, qui improvisa la musique du film devant les images qu’on lui projetait. La trompette du génial jazzman accompagne la déambulation nocturne de Jeanne Moreau à la recherche de son amant, perdue dans un Paris pluvieux. Cette errance urbaine qui enregistre sans artifice le visage défait de la jeune femme marque un tournant dans le cinéma français. Le tournage de ces séquences fut rendu possible par l’utilisation de la nouvelle pellicule Kodak Tri-X qui permettait des prises de vues sans apport de lumière. Le travail de Henri Decae, directeur de la photographie de Melville et de Chabrol (Le Beau Serge, sorti en 1958 comme Ascenseur pour l’échafaud), qui signera les images des Quatre Cents Coups l’année suivante, anticipe celui de Raoul Coutard sur les premiers films de Godard. Un progrès technique révolutionne ainsi l’écriture cinématographique, et signe du même coup l’acte de naissance de Jeanne Moreau sur un grand écran, alors que l’actrice avait déjà près de vingt films derrière elle. Jeanne Moreau, filmée (amoureusement) comme aucune autre femme avant elle, fait entrer Ascenseur pour l’échafaud dans la modernité, et nombreux seront les spectateurs et cinéastes – Antonioni le premier – à s’en rendre compte », a conclu Olivier Père.

« Les amants »
« Les amants » est un film réalisé par Louis Malle.

« Dans la bourgeoisie provinciale des années 1950, Jeanne, mariée à un patron de presse, s’éprend d’un inconnu. D’une sensualité audacieuse pour l’époque, un magnifique film d’amour avec Jeanne Moreau, éblouissante. »

« À Dijon, Jeanne Tournier, 30 ans, s’ennuie ferme. Son époux, patron de presse régionale, la néglige. La jeune femme cherche de la distraction à Paris auprès de son amie Maggy et d’un fringant joueur de polo. Soupçonneux, Henri Tournier tend un piège à Jeanne en lui demandant d’inviter chez eux ses amis parisiens. En route pour Dijon, elle tombe en panne et rencontre alors un mystérieux archéologue qui lui propose de la ramener à bon port… »

“Il est passionnant de voir à l’écran une des plus belles scènes d’amour qui ait jamais été réalisée”, écrivait un critique en 1958 à propos du film. À une époque où la sensualité était reléguée en contrechamp, la séquence, dénudée et étirée en longueur, fit hurler les milieux catholiques. À la Mostra de Venise, ces derniers voulurent interdire d’écran l’histoire de ce couple commettant impunément, et avec un plaisir visible, le péché d’adultère. »

« Ce qui n’empêcha pas Les amants de remporter le Prix spécial du jury et de drainer un public nombreux, attiré par le parfum du scandale. »

« Au-delà de la charge contre la bourgeoisie et du témoignage sur la libération des mœurs, le jeune Louis Malle signe avant tout une magnifique romance, aux images pleines de grâce. »

« Entre Alain Cuny (le mari) et Jean-Marc Bory (l’amant), Jeanne Moreau irradie en jeune femme émerveillée par l’amour. »

« Même si la conclusion suggère que celui-ci ne dure pas toujours, et que l’évasion du carcan bourgeois pourrait n’être qu’une illusion… »

Prix spécial du jury, Mostra de Venise 1958  

"Jules et Jim"
Les 21 et 27 novembre 201728 mars à 15 h 05, 3 avril à 15 h et 9 avril 2018 à 15 h 05, Histoire diffusa Il était une fois... Jules et Jim (Folamour Production, 2004). "Tous les grands films sont des témoignages exceptionnels de l’époque où ils ont été conçus. Cette collection dresse le portrait d’un cinéaste à un moment de sa vie, à travers l’un de ses films. Portrait d’une époque, portrait d’un cinéaste, portrait d’un long métrage et grande leçon de cinéma. "Il était une fois en 1962, Jules et Jim", le troisième film de François Truffaut, adapté d'un roman de Henri-Pierre Roché. Ce film raconte l’histoire de deux amis, Jules l'Allemand et Jim le Français qui aiment les femmes, mais lorsqu'ils rencontrent Catherine : ils tombent tous les trois amoureux".

Sorti en 1962, le film est adapté du roman du même nom de Henri-Pierre Roché.

Il entrelace deux histoires d'amour - celle entre Jules et Catherine, celle entre Jim et son épouse Catherine - vécues un long moment, alternativement ou simultanément, sans apparemment que nul n'en souffre.


Mais la scène finale révèle le refus létal de Catherine que Jim mette un terme à leur relation amoureuse et vive une histoire d'amour avec une autre femme.

Jeanne Moreau y interprète la chanson "Le tourbillon", écrite par Serge Revzani (Cyrus Bassiak).

« Le journal d'une femme de chambre »
« Le journal d'une femme de chambre » est un film réalisé par Luis Buñuel.

« Un tableau suffocant, cruel et virtuose, qui dénonce les mœurs de la bourgeoisie des années 1930. Avec Jeanne Moreau au sommet de son art. »

« Célestine, tout droit venue de Paris, est engagée comme femme de chambre dans une famille bourgeoise de province. Avec sa fraîcheur et son caractère affirmé, elle attire tous les regards et perturbe le quotidien des lieux. Dès son arrivée, elle subit le mépris de la maîtresse de maison, une puritaine frigide et maniaque du rangement. Elle doit aussi affronter les avances du mari de celle-ci, dévoré de frustration, et se prête avec une certaine sérénité au fétichisme étrange du vieux père qui, ancien cordonnier, lui fait porter une paire de bottines. Un jour, une petite fille du village est retrouvée assassinée dans les bois. Persuadée de la culpabilité de Joseph, un domestique détestable qui milite dans un parti d'extrême droite, Célestine accepte de l'épouser pour pouvoir le démasquer. »

« En revisitant le thème maîtres-valets hérité des comédies de Marivaux, l'écrivain Octave Mirbeau rédige en 1900 le journal d'une soubrette relatant les comportements pervers de ses employeurs. Buñuel reprend, dix-huit ans après Renoir, les éléments clés du roman qu'il transpose à la fin des années 1920. »

« Avec une précision incisive et une ironie noire, il dresse le portrait d'une bourgeoisie dégénérée, dans une société qui s'apprête à se jeter dans les bras de Pétain. Célestine – lumineuse et trouble Jeanne Moreau – évolue ainsi parmi des êtres malsains, inquiétants, interprétés avec sobriété par des acteurs terriblement vrais. »

« Un mal-être général que Buñuel transcrit en jouant également sur des effets de surréalité. Notamment en mettant en scène de manière métaphorique la scène du meurtre : dans les bois, un sanglier pourchasse un lapin qui tente de se réfugier sous un buisson. Dans le plan suivant, trois escargots errent sur une jambe d'enfant inerte… »

"Le Train"
Arte diffusa le 28 mars 2021 « Le train » (Der Zug) de John Frankenheimer et Bernard Farrel (1964). Suzanne Flon y incarne Rose Valland, l'attachée de conservation au musée du Jeu de Paume à Paris qui a contribué à préserver des œuvres du patrimoine national convoitées par les nazis et dont un très grand nombre a été convoyé vers l'Allemagne.

"Après le débarquement allié, les Allemands veulent emporter par le train des tableaux de grande valeur en Allemagne". Le colonel Franz von Waldheim veut envoyer par un train spécial en direction de l'Allemagne les oeuvres d'art stockées au musée du Jeu de Paume. "Mais la conservatrice du musée alerte la résistance-fer. Sous la direction tenace de Labiche, sous-chef du secteur ferroviaire, toute la ligne où le convoi doit passer est sur le pied de guerre".

« Alors que la libération de Paris approche, des résistants tentent d'empêcher un train contenant d’inestimables œuvres d’art volées d’arriver jusqu’à Berlin..." 

"Par John Frankenheimer, un film d’action historique avec Burt Lancaster, Jeanne Moreau, Michel Simon et Suzanne Flon. »

« Paris, début août 1944. Le colonel Franz von Waldheim, grand amateur d'art, a la haute main sur les œuvres dites "dégénérées" spoliées en France par les nazis. Alors que les Alliés poursuivent leur avancée vers la capitale, l’officier de la Wehrmacht accélère les opérations pour transporter vers l’Allemagne des dizaines de toiles signées Picasso, Miró, Degas ou encore Renoir. Informé par Mlle Villard de la nature du précieux chargement, le résistant Paul Labiche mobilise des cheminots pour empêcher le convoi de quitter le pays. »

« Peu après le début du tournage, Arthur Penn, auquel la réalisation avait été confiée, est débarqué par la production, Burt Lancaster l’ayant alertée du… train trop paisible que prenait le film. Le comédien fait appeler à la rescousse John Frankenheimer, qui l’avait déjà dirigé dans Le temps du châtiment et Le prisonnier d’Alcatraz, pariant, à raison, que sa mise en scène transformera en course contre la montre le périlleux sauvetage dont son personnage prend les commandes ». 

« Inspiré d’un récit que fit, après-guerre, Rose Valland, l’ancienne attachée de conservation du musée du Jeu de Paume sous l’Occupation, le trajet du convoi est ponctué de bombardements alliés sur les gares, mais surtout des sabotages héroïques commis par les cheminots résistants auxquels Le train rend hommage ». 

« Réunissant aux côtés de Burt Lancaster une poignée de comédiens français, parmi lesquels Michel Simon, Suzanne Flon et Jeanne Moreau, un film d’action historique mené de main de maître, diffusé par ARTE en version restaurée. »

« Viva Maria ! »
« Viva Maria ! » est un film de Louis Malle.

« Alors qu’elles partagent un numéro de music-hall dans la troupe d’un cirque itinérant, deux femmes font la révolution dans un pays d’Amérique centrale. Dirigées par Louis Malle, Jeanne Moreau et Brigitte Bardot produisent des étincelles dans une folle comédie d’action. » 

« Depuis qu’elle est gamine, Maria Fitzgerald O’Malley prête main-forte à son père, un activiste irlandais en guerre contre l’Empire britannique. Habile à déposer des paniers de pommes piégés et à dynamiter les ponts tenus par les représentants de Sa Majesté, elle l’accompagne dans sa cavale de Dublin à Londres et Gibraltar. Traqué par les Anglais, le tandem débarque en 1907 en Amérique centrale, où son père trouve la mort. Désormais seule, Maria se cache dans la roulotte d'un cirque itinérant. Adoptée par sa locataire, artiste de music-hall également prénommée Maria, elle partage avec elle sur scène un numéro chanté qui ravit la gent masculine. Mais bientôt, elles se retrouvent mêlées à une révolution paysanne conduite par Flores, un ardent jeune homme dont toutes deux s’éprennent, l’une ouvertement, l’autre en secret… » 

« Exotisme, explosions, humour et… glamour ! Au milieu des années 1960, auréolé des succès critiques rencontrés par ses premiers films, d’Ascenseur pour l’échafaud à Zazie dans le métro, Louis Malle prend la poudre d’escampette pour aller tourner au Mexique une comédie d’action. »

« Duo de choc et de charme, Jeanne Moreau et Brigitte Bardot, deux des plus célèbres actrices hexagonales de l’époque, y sont entraînées au début du XXe siècle dans une pétaradante aventure aux côtés d’une armée de va-nu-pieds qui prennent les armes contre les tyrans d’un pays fictif d’Amérique centrale ». 

« Tandis que Jean-Claude Carrière, coscénariste du film, multiplie dans cette folle équipée les clins d’œil buñueliens, les deux stars interprètent de concert, jambes en l’air et effeuillages de frou-frou compris, plusieurs chansons, dont notamment “Ah ! les p'tites femmes de Paris”, mise en musique par Georges Delerue sur des paroles du tandem Malle/Carrière, et entrée depuis dans le répertoire populaire. »

Pierre Cardin
Pierre Cardin a aussi habillé les personnages de la série britannique au succès mondial, Chapon melon et bottes de cuir, et l'actrice Jeanne Moreau, alors sa compagne, à la ville et à l'écran, notamment dans La Mariée était en noirde François Truffaut.

« La mariée était en noir »

Arte diffusa en 2020 « La mariée était en noir » (Die Braut trug schwarz) de François Truffaut.

« Une femme décide de venger son mari assassiné sous ses yeux le jour de leurs noces... En version restaurée, un hommage de François Truffaut à Alfred Hitchcock, porté par Jeanne Moreau. La sublime et fatale Jeanne Moreau y est entourée d'une pléiade d'exquis acteurs : Michel Bouquet, Jean-Claude Brialy, Charles Denner, Claude Rich, et Michael Lonsdale, décédé le 21 septembre dernier ».

« Julie et David viennent de se marier. Mais alors qu’il sort de l’église au bras de son épouse, David est abattu d’une balle venue d’on ne sait où. La mariée devenue veuve se lance à la recherche de l’assassin. Plusieurs hommes, pour leur malheur, croiseront son chemin… »

« Lorsqu’il réalise La mariée était en noir, adaptation du roman éponyme de William Irish, François Truffaut sort du demi-échec commercial de Fahrenheit 451 et travaille à son fameux livre d’entretiens avec Alfred Hitchcock ». 

« De fait, de l’atmosphère à la direction artistique, en passant par la musique signée Bernard Herrmann, compositeur attitré du Britannique, aucun film du cinéaste n’a été aussi ouvertement influencé par l’œuvre du maître du suspense ». 

« Plus que les meurtres successifs des assassins du mari, c’est la relation de Julie avec le dernier d’entre eux, Fergus, qui a vraiment inspiré Truffaut ». 

« En plaçant le dénouement de l’histoire au milieu du film, il se consacre entièrement, dans la seconde partie, à son étude. Fasciné par les liens entre l’amour et la mort, le réalisateur livre ici sa vision personnelle de la femme fatale, entourée d’hommes lâches et immatures ». 

« Aussi fantomatique que vénéneuse, Jeanne Moreau épouse le rôle d’une mariée qui n’est pas sans évoquer l’héroïne vengeresse de Kill Bill de Quentin Tarantino ». 

Une femme enfermée dans sa passion amoureuse et son projet meurtrier, incapable ou refusant de saisir la chance de renouer une relation amoureuse avec le peintre Fergus interprété de manière bouleversante par Charles Denner.

« Veuve le jour de son mariage, Julie Kohler se transforme en ange de la vengeance et élimine un à un les responsables de la mort de son époux, l’amour de sa vie. Mal aimé par les exégètes du cinéaste et par son auteur lui-même, La mariée était en noir est un film étrange dans lequel Truffaut tente d’appliquer les principes de son maître Alfred Hitchcock, sans pour autant renoncer à sa propre personnalité de cinéaste. Cela donne un résultat paradoxal", a analysé Olivier Père.

Et de poursuivre : "Les citations visuelles ou musicales – Truffaut emprunte à Hitchcock son compositeur fétiche, Bernard Herrmann – ne font que souligner les différences qui existent entre La mariée était en noir et les films du cinéaste anglais. Truffaut ne laisse pas vraiment la place au suspens, et refuse de diaboliser les coupables, décrits comme des échantillons de masculinité ridicules ou pathétiques – ils sont interprétés par les géniaux Michel Bouquet, Michael Lonsdale ou Charles Denner. Truffaut, français jusqu’au bout des ongles, ne parvient jamais au niveau de sophistication et de « glamour » de son modèle. Il y a dans son film une trivialité inséparable des personnages et des décors qu’il décrit, malgré des intentions déréalisantes qui emmènent parfois La mariée était en noir sur les territoires de l’onirisme. Jeanne Moreau hante le film comme un fantôme. Elle exécute son plan de manière méthodique, avec une sorte de folie froide. La mariée était en noir rejoint les grands films monomaniaques de Truffaut, qui imagine une héroïne obsédée par la mort. Le programme de cette adaptation française d’un roman de William Irish fait immanquablement penser à Kill Bill. Quentin Tarantino a pourtant déclaré n’avoir jamais vu le film de Truffaut ».


« Mille milliards de dollars »
Arte diffuse sur son site Internet « Mille milliards de dollars » d’Henri Verneuil.

« Journaliste à La Tribune, Paul enquête sur le roi de l'électronique français bientôt retrouvé mort. Un polar économique d'Henri Verneuil, qui dénonce la mondialisation naissante. Avec un casting prestigieux : Patrick Dewaere, Michel Auclair, Jeanne Moreau, Caroline Cellier, Charles Denner et Mel Ferrer. »

« Paul Kerjean est journaliste à La tribune. Un mystérieux informateur le convoque dans un parking pour lui faire, au compte-gouttes, des révélations sur Jacques Benoît-Lambert, le roi de l'électronique français. Celui-ci aurait dû trouver en catastrophe 750 millions... Paul mène l'enquête. Peu à peu se dessine une ténébreuse affaire de pot-de-vin : le patron de la multinationale GTI aurait sauvé in extremis de la faillite une filiale de l'empire Benoît-Lambert en lui rachetant des immeubles miteux à plus du double de leur valeur. Une fois l'affaire sortie dans La tribune, on apprend le suicide de Jacques Benoît-Lambert… »

« Les mille milliards de dollars du film représentent le chiffre d'affaires annuel réalisé par les trente plus grosses sociétés du monde. "Une puissance aussi colossale concentrée entre si peu de mains, ça fait peur", glisse Paul Kerjean au patron de GTI. »

« Charge antigigantisme, le film de Verneuil s'attaque aussi, de façon prémonitoire, aux dérives d'une mondialisation encore balbutiante. »

« Si certaines critiques prêtent à sourire – dans la société GTI, tous les employés vivent à l'heure de New York pour éviter le jet lag à leur PDG ! –, la dénonciation d'un capitalisme carnassier et des montages financiers opaques garde toute sa pertinence aujourd'hui. »

« Le rôle trouble de GTI durant la Seconde Guerre mondiale s'inspire aussi du comportement de certaines multinationales réelles… »

« Ironie du sort, Patrick Dewaere, boycotté par certains médias l'année précédente pour avoir rossé un journaliste, en interprète justement un. »

« Troublante égérie  »

« Incarnation de la femme libre et anticonformiste à l'écran comme dans la vie, Jeanne Moreau a fait tourner la tête de nombreux réalisateurs pour lesquels elle fut plus qu'une muse. Retour sur trois rencontres déterminantes pour l'actrice. Par Marie Gérard.
 
Louis Malle
À 25 ans, ce jeune homme prometteur a déjà coréalisé le documentaire Le monde du silence avec le commandant Cousteau. Après dix ans de carrière au théâtre et au cinéma, Jeanne Moreau, 29 ans, ne se reconnaît pas dans le cinéma français traditionnel des années 1950. 

Louis Malle la filme déambulant dans les rues de Paris sur une partition de Miles Davis, le visage et les émotions à nu, dans un film noir mythique, Ascenseur pour l’échafaud (1958). Entre l’actrice et le cinéaste naît une passion qui irrigue leur film suivant, Les amants, objet de scandale. "C’est le premier film qui a été fait pour moi", dira Jeanne Moreau. Mais Louis Malle la quitte en 1958. Il lui offrira néanmoins un petit rôle dans son chef-d’œuvre, Le feu follet, puis orchestrera son duo avec l’autre grande star française de l’époque, Brigitte Bardot, dans l’explosive comédie Viva Maria en 1965.

Admirateur déclaré, le jeune critique écrivait en 1957 dans Les cahiers du cinéma qu’elle était "la plus grande amoureuse du cinéma français". Ils deviennent amis intimes, Jeanne fait notamment une apparition dans Les quatre cents coups et le cinéaste ne voit qu’elle pour jouer Catherine, une femme amoureuse de deux amis, dans Jules et Jim en 1962. L’actrice s’y montre éblouissante : à la fois légère, drôle, fatale et tragique. Elle débute aussi une fructueuse carrière de chanteuse grâce au succès de la chanson Le tourbillon, de son ami Serge Rezvani, qu’elle interprète dans le film de Truffaut. Ce dernier vit une brève histoire d’amour avec son égérie quelques années plus tard avant de lui confier un rôle hitchcockien dans La mariée était en noir en 1967. Ils resteront proches, François se réfugiant souvent dans la maison de Jeanne à La Garde-Freinet.

La toute jeune pensionnaire de la Comédie-Française y rencontre le réalisateur démiurge de Citizen Kane en 1951. S’ensuivra une amitié d’une fidélité sans faille jusqu’au décès de Welles en 1985. L’Américain en exil lui propose un petit rôle dans Le procès, d’après Kafka, en 1962, puis une partition shakespearienne dans son Falstaff (1965), où elle démontre sa parfaite maîtrise de l’anglais, la langue de sa mère, une danseuse britannique. Jeanne Moreau est surtout la troublante héroïne d’Une histoire immortelle, tiré d’un récit de Karen Blixen, que Welles tourne en couleur pour la télévision française en 1967. La star française joue aussi dans The Deep, un des nombreux films inachevés du génie mal-aimé d’Hollywood, dont elle louait la démesure créatrice, elle qui aura traversé plus d’un demi-siècle de cinéma éprise d’absolu et de liberté. »


« Jeanne Moreau, l'affranchie » de Virginie Linhart
France, Kuiv Productions, 2017, 54 min
Avec la participation de TV5MONDE, CINE + et la RTS Radio Télévision Suisse
En coproduction avec Arte et l’INA
Sur Arte le 28 mars 2021 à 23 h 05
Disponible du 21/03/2021 au 23/09/2021
Visuels :
© Getty Images
Jeanne Moreau et Jean Gabin dans " TOUCHEZ PAS AU GRISBI" (1954)
© Ronald Grant Archive / Alamy S
Jeanne Moreau (à gauche) et Brigitte Bardot (à droite) dans " Viva Maria!" (1965)
© Entertainment Pictures / Alamy

« Gas-oil » de Gilles Grangier
France, 1955, 90 min
Production : Intermondia Films
Producteur : Jean-Paul Guibert
Scénario : Michel Audiard
Auteur : Georges Bayle
Image : Pierre Montazel
Montage : Jacqueline Thiédot
Musique : Henri Crolla
Avec Jean Gabin (Jean Chape), Jeanne Moreau (Alice), Gaby Basset (Camille Serin), Roger Hanin (René Schwob), Simone Berthier (Annie), Marcel Bozzuffi (Pierrot Ragondin), Robert Dalban (Félix), Albert Dinan (Emile Serin), Ginette Leclerc (Mme Scoppo)
Sur Arte les 22 août 2026 à 13 h 30, 02 septembre 2026 à 13 h 35 
Sur arte.tv du 10/08/2026 au 16/08/2026
Visuels : Intermondia Films


« Ascenseur pour l’échafaud » de Louis Malle
France, 1958, 1h27mn, noir et blanc
Production : NEF – Nouvelles Éditions de Films
Scénario : Louis Malle et Roger Nimier, d’après le roman éponyme de Noël Calef
Avec : Maurice Ronet, Jeanne Moreau, Georges Poujouly, Yori Bertin, Félix Marten, Lino Ventura, Elga Andersen, Jean-Claude Brialy


« Les amants » de Louis Malle
France, 1958, 1h27mn, noir et blanc
Production : Nouvelles Éditions de Films, Lux Film
Scénario : Louis Malle, Louise de Vilmorin
Avec : Jeanne Moreau, Jean-Marc Bory, Alain Cuny, Judith Magre, José Luis de Vilallonga, Gaston Modot
Version restaurée


"Jules et Jim" de François Truffaut
Assisté de Robert Bober et Florence Malraux (non crédités)
France, 1962, 102 minutes
Scénario : François Truffaut, Jean Gruault, d'après le roman d'Henri-Pierre Roché
Musique : Georges Delerue ; la chanson Le Tourbillon est de Cyrus Bassiak (pseudonyme de Serge Rezvani).
Photographie : Raoul Coutard
Photographe de plateau : Raymond Cauchetier
Décors : Fred Capel
Scripte : Suzanne Schiffman
Montage : Claudine Bouché
Production : Marcel Berbert
Avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre, Marie Dubois, Sabine Haudepin


« 
Le journal d'une femme de chambre » de Luis Buñuel
France/Italie, 1963, 1h34mn, noir et blanc
Production : Spéva Films, Ciné Alliance, Filmsonor, Dear Film, Cocinor
Image : Roger Fellous
Scénario : Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière, d’après le roman d’Octave Mirbeau
Avec : Jeanne Moreau, Michel Piccoli, Georges Géret, Daniel Ivernel, Françoise Lugagne, Muni, Jean Ozenne, Andrée Tainsy, Gilberte Géniat


« Le train » de John Frankenheimer 
France, Italie, Etats-Unis, 1964
Version restaurée
Scénario : Franklin Coen et Frank Davis, d’après Le front de l'art – Défense des collections françaises, 1939-1945 de Rose Valland 
Production : Les Productions Artistes Associés, Les Films Ariane, Dear Film Produzione
Producteur : Jules Bricken
Image : Jean Tournier, Walter Wottitz
Montage : David Bretherton
Musique : Maurice Jarre
Avec Burt Lancaster (Paul Labiche), Paul Scofield (le colonel Franz von Waldheim), Jeanne Moreau (Christine), Michel Simon ("Papa" Boule), Suzanne Flon (Mademoiselle Villard), Wolfgang Preiss (major Herren), Albert Rémy (Didont)
Sur Arte le 28 mars 2021 à 20 h 55
Visuels :
Burt Lancaster (Paul Labiche) et Jeanne Moreau (Christine) dans le film " Le train" de John Frankenheimer
Burt Lancaster (Paul Labiche) et Michel Simon (" Papa" Boule) dans le film " Le train" de John Frankenheimer
Scène du train qui déraille dans le film " Le train" de John Frankenheimer
© 1964 Metro-Goldwyn-Mayer Stud© 1964 Metro-Goldwyn-Mayer Studio


« Viva Maria » de Louis Malle
 
France/Italie, 1965, 1h52mn
Production : Nouvelles Éditions de Films, Les Productions Artistes Associés, Vides-Film
Scénario : Louis Malle, Jean-Claude Carrière
Avec Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, George Hamilton, Paulette Dubost, Claudio Brook, Carlos López Moctezuma 
Version restaurée


« La mariée était en noir » de François Truffaut

France, Italie, 1968, 1 h 43mn. Version restaurée

Auteur : Wiliam Irish

Scénario : Jean-Louis Richard, François Truffaut

Production : Dino de Laurentiis Cinematografica, Les Films du Carrosse, Les Productions Artistes Associés

Producteurs : Marcel Berbert, Oscar Lewenstein

Image : Raoul Coutard

Montage : Claudine Bouché

Musique : Bernard Herrmann

Avec Jeanne Moreau (Julie Kohler), Michel Bouquet (Coral), Jean-Claude Brialy (Corey), Charles Denner (Fergus), Claude Rich (Bliss), Michael Lonsdale (René Morane), Daniel Boulanger (Delvaux), Serge Rousseau (David)

Sur Arte les 19 octobre 2020 à 20 h 55 et 6 novembre 2020 à 13 h 35

Visuels : © Metro Goldwyn Mayer

« Mille milliards de dollars » d’Henri Verneuil
France, 1981, 2 h 05
Production : V. Films, S.F.P.C., Films A2
Producteur : Henri Verneuil
Scénario : Henri Verneuil
Auteurs : Robert Lattès, Lawrence Meyer
Image : Jean-Louis Picavet
Montage : Pierre Gillette
Musique : Philippe Sarde
Avec Patrick Dewaere (Paul Kerjean), Michel Auclair (Michel Saint-Claude), Jeanne Moreau (Mme Benoît-Lambert), Caroline Cellier (Hélène Kerjean), Charles Denner (Walter, le détective), Anny Duperey (Laura Weber), Mel Ferrer (Cornelius A.Woeagen), Jean-Pierre Kalfon (l'informateur), Robert Party (Jacques Benoît-Lambert)
Sur arte.tv du 01/06/2026 au 31/10/2026
Visuels© V. Films - S. F. P. C. - Films A2


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Les citations sur les films proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 26 mars 2021.