Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 5 février 2026

« L’Ecole de Paris. Collection Marek Roefler »

Le Musée de Montmartre propose l’exposition inédite « L’École de Paris, Collection Marek Roefler ». « Conservée à la Villa La Fleur près de Varsovie, la collection Roefler incarne avec une rare intensité l’esprit et la diversité de l’École de Paris. Venus du monde entier – notamment d’Europe de l’Est, mais aussi d’Espagne, d’Italie, du Japon, du Mexique, de Grande-Bretagne ou des États-Unis –, des artistes talentueux s’installent à Montmartre puis à Montparnasse, faisant de la capitale leur terre d’inspiration et d’accomplissement de leur art. Ce brassage culturel fait émerger une scène artistique foisonnante où postimpressionnismes, cubisme, fauvisme, expressionnisme se côtoient et se mêlent, donnant naissance à de nouvelles créativités ».

Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
Paul Rosenberg (1881-1959)
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange

« Pour l’art moderne, la semence se fit à Montmartre, la moisson à Montparnasse. »

« Le musée de Montmartre présente une exposition inédite consacrée à l’École de Paris, à travers une sélection d’œuvres emblématiques d’une importante collection privée polonaise, la collection Marek Roefler. Né à Varsovie en 1952, Marek Roefler étudie la physique nucléaire à l’Université de Varsovie et se fascine pour l’Occident, son marché libre et sa culture. » 

L’« École de Paris » désigne « le formidable élan artistique né à Paris au début du XXe siècle, lorsque des artistes venus du monde entier – notamment d’Europe de l’Est, mais aussi d’Espagne, d’Italie, du Japon, du Mexique, de Grande-Bretagne ou des États-Unis – s’installent à Montmartre puis à Montparnasse, faisant de la capitale leur terre d’inspiration et d’accomplissement de leur art. Ce brassage culturel fait émerger une scène artistique foisonnante où postimpressionnismes, cubisme, fauvisme, expressionnisme se côtoient et se mêlent, donnant naissance à de nouvelles créativités. »

« Constituée dès les années 1990 par Marek Roefler et conservée à la Villa La Fleur près de Varsovie, la collection Roefler incarne avec une rare intensité l’esprit et la diversité de l’École de Paris. Elle est présentée pour la première fois « hors les murs », dans le quartier même où cette effervescence artistique a pris racine : Montmartre, berceau des avant-gardes. »

« Aux côtés de figures incontournables tels que Foujita, Kisling, Lempicka, Modigliani, Orloff, Soutine ou Zadkine, la sélection d’œuvres emblématiques rassemblée ici dévoile des artistes moins connus mais essentiels à la richesse du mouvement : Biegas, Epstein, Halicka, Hayden, Lambert-Rucki, Marcoussis, Mendjizky, Muter, Zak… »

« En transcrivant dans leurs œuvres les échos de leur temps, les artistes de l’École de Paris nous invitent à porter un regard attentif sur les questions d’exil, de migration, d’identité et de quête de sens. En célébrant la pluralité et l’audace de ces créateurs, l’exposition nous convie à redécouvrir le rôle central de Paris dans l’histoire de l’art moderne et à ressentir l’élan collectif qui a profondément transformé ses codes. »

L’exposition « L’École de Paris, collection Marek Roefler » est « placée sous le patronage de l’ambassade de la République de Pologne en France et de l’Institut polonais de Paris. Elle est réalisée en partenariat avec le musée Villa La Fleur, situé à Konstancin-Jeziorna, en Pologne, et avec la collaboration de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre. »

Un catalogue permet d'approfondir ses connaissances.


Quand Paris devient école
L’École de Paris

« Une fraternité d’artistes venus d’ailleurs »
« Le terme « École de Paris » émerge au coeur de la « querelle des étrangers » lors du Salon des Indépendants, vers 1923-1924. D’abord employé pour critiquer l’influence croissante des artistes venus de l’étranger, il est popularisé par le critique d’art André Warnod qui, au contraire, célèbre leur présence. Pour lui, l’École de Paris incarne un dynamisme cosmopolite indispensable à l’art français. Attirés par le rêve de liberté artistique, des artistes du monde entier affluent à Paris, transformant la ville en un véritable carrefour culturel. Installés d’abord à Montmartre, puis à Montparnasse dès 1912, ils composent une extraordinaire mosaïque de voix et de visions. Les frontières temporelles de ce phénomène restent ouvertes, de la toute première décennie du XXe siècle jusqu’à la crise de 1929, voire jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

La collection Marek Roefler met particulièrement en lumière l’héritage des artistes polonais et juifs, soulignant leur importance dans l’émergence des avant-gardes. L’École de Paris incarne la richesse et la vitalité artistique, nées de la diversité et du dialogue culturel qui ont fait de Paris le foyer de l’art moderne. »

« Oeuvre majeure du peintre polonais Henri Hayden, Les Joueurs d’échecs (1913) offre un aperçu puissant de l’effervescence créative qui anime Paris au début du XXe siècle. À la fois hommage à Paul Cézanne et réflexion intime sur l’identité artistique, le tableau fut exposé au Salon des Indépendants en 1914 et suscita l’intérêt du collectionneur Charles Malpel. Ce dernier proposa alors à Hayden un contrat dont le projet fut malheureusement interrompu par le déclenchement de la guerre. »
Henri Hayden (1883-1970), Les joueurs d’échec, 1913, huile sur toile, 140,3 × 180 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur © Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak © Adagp, Paris, 2025

Les visages de l’École de Paris
« Issus de milieux modestes, les artistes étrangers ont d’abord reçu leur formation dans les académies de leur pays d’origine, à Varsovie, Cracovie, Vilnius, Moscou, Munich, etc., ou suivi des cours privés de dessin et de peinture. À Montparnasse, ils poursuivent leur parcours dans des écoles populaires, telles que les académies Colarossi, la Grande Chaumière ou Ranson. »

« Le tissu social de cette communauté se crée, porté par la richesse des rencontres que Paris offre. Les jeunes artistes bénéficient du soutien d’intellectuels français tels que Guillaume Apollinaire, Jean Cocteau, Gustave Coquiot et André Salmon, de celui de collectionneurs comme Léopold Zborowski ou Paul Guillaume, ou encore de mécènes inattendus comme l’inspecteur de police Léon Zamaron. »

« Évocateurs de la constellation d’artistes, les portraits présentés dans cette section – peintures, sculptures et dessins – témoignent de cette dynamique de solidarité et de la puissante émulation artistique. Ils invitent à la rencontre de ces voix singulières, réunies par un esprit collectif qui a profondément transformé le domaine de l’art moderne. »

« Maurice Mendjizky est l’un des premiers artistes à peindre Kiki de Montparnasse. Ce peintre d’origine polonaise la représente aux prémices de sa carrière, alors qu’elle n’est encore connue que sous son nom de naissance, Alice Prin. Avec ses cheveux courts et son allure assurée, elle incarne déjà l’esprit d’émancipation des années 1920. Le regard de Mendjizky, est tendre et direct, sans idéalisation. La toile capture un moment intime, précédant la naissance du mythe et l’émergence de l’icône moderne. Elle montre la modèle alors qu’elle n’est pas encore la « Reine de Montparnasse », mais une jeune femme au seuil de sa propre réinvention. Comme l’écrit plus tard Ernest Hemingway, « Kiki domina assurément cette époque de Montparnasse bien plus que la reine Victoria ne domina jamais l’ère victorienne ».
Maurice Mendjizky (1890-1951),
Nu – Kiki de Montparnasse, 1920,
Huile sur toile, 91 × 61,6 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak

Montmartre et Montparnasse : coeurs battants de l’art moderne
« Au tournant du XXe siècle, Montmartre et Montparnasse ne sont pas seulement les quartiers de la bohème : ils deviennent les véritables « berceaux de la jeune peinture », pour reprendre l’expression d’André Warnod. Montmartre, avec le légendaire Bateau-Lavoir et ses nombreux ateliers, attire l’avant-garde et rassemble des figures majeures comme Pablo Picasso, Amedeo Modigliani ou Moïse Kisling. »

« Face à la hausse des loyers liée à la spéculation immobilière à Montmartre, de nombreux artistes quittent le quartier. Après la Première Guerre mondiale, le cœur artistique de Paris se déplace vers Montparnasse, réputé pour ses prix abordables et ses cafés animés. L’installation de Picasso en 1913 marque un tournant symbolique. »

« Cosmopolite et dynamique, Montparnasse devient, dans les années 1920, le centre névralgique de la création artistique. Les cafés comme Le Dôme, La Rotonde, La Coupole ou La Closerie des Lilas dépassent la simple convivialité : ils sont de véritables foyers de débats, de collaborations et d’échanges – sorte d’académies informelles où naissent amitiés, mouvements artistiques et manifestes. »

« La localisation des lieux de rencontre et des ateliers des artistes de l’École de Paris présentés dans cette exposition trace l’axe Nord-Sud reliant Montmartre à Montparnasse, et témoigne de la richesse créative de la ville, sans toutefois prétendre à une représentation exhaustive. »

Dans l’intimité de l’atelier : le modèle à l’oeuvre
« Si les espaces publics comme les académies, les musées et les cafés deviennent des lieux d’apprentissage et d’émulation, les cités d’artistes de Montparnasse – notamment La Ruche et la Cité Falguière – et les ateliers individuels sont des espaces intimes et privés où la création et la sociabilité se déploient tout autant. Parmi ces lieux, l’atelier de Moïse Kisling au 3, rue Joseph-Bara, près du carrefour Vavin, est l’un des plus célèbres. André Salmon compare son atmosphère à celle du mythique Bateau-Lavoir. »

« On y organise des séances de peinture mais aussi des réunions bohèmes, appelées les « bombes ».

« En 1916, Kisling partage cet espace avec Modigliani, qui le surnomme avec humour « l’Académie Kisling ». Deux ans plus tard, un jeune modèle, Alice Prin, dite Kiki, pousse la porte de l’atelier. Elle devient rapidement la muse de Montparnasse et l’une de ses figures les plus emblématiques. De nombreux artistes l’ont immortalisée : Alexander Calder, Tsuguha Foujita, Pablo Gargallo, Kees van Dongen, ou encore ses compagnons Maurice Mendjizky et Man Ray. »

La fabrique d’une modernité plurielle
Héritages et avant-garde

À l’école des maîtres
« Paris offre un environnement d’une richesse exceptionnelle : musées prestigieux, artistes inspirants, héritages foisonnants dans lesquels les artistes étrangers peuvent puiser – de la Renaissance jusqu’aux ruptures esthétiques du XXe siècle. Ils s’en nourrissent et transforment ces influences pour forger leur propre langage artistique. »
« Si l’art figuratif est une source commune et puissante, les artistes de l’École de Paris sont animés par une véritable soif d’expérimentation, explorant aussi bien les formes que les matières. La relation entre maître et élève dépasse les conventions académiques. »
« Beaucoup s’inspirent des maîtres modernes : la rigueur structurale de Cézanne, l’intensité émotionnelle de Van Gogh, la douceur de Renoir, la vision symbolique de Gauguin. Cette tradition se transmet aux jeunes artistes polonais grâce à deux figures essentielles : Ladislas Slewinski et Joseph Pankiewicz. Proche de Gauguin et figure majeure de l’École de Pont-Aven, Slewinski marque toute une génération, notamment au sein des écoles des beaux-arts de Cracovie et Varsovie. Pankiewicz, chef de file de l’impressionnisme en Pologne, joue lui aussi un rôle déterminant dans leur développement artistique. »
« La nature morte et le paysage sont un terrain d’exploration essentiel pour les artistes de l’entre-deux-guerres. » 

« Weinbaum dispose des fruits, des fleurs et une théière sur un fond géométrique et drapé. La composition structurée et la palette vibrante font écho à l’héritage de Cézanne, tandis que la perspective et les ombres révèlent un sens personnel de l’harmonie. »
Abraham Weinbaum (1890-1943), Nature morte aux fruits, vers 1920, huile sur toile, 65 × 81 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur © Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak

Repenser la figure et l’espace
« Au tout début du XXe siècle, Paul Cézanne a déjà transformé l’espace pictural en privilégiant la structure et le rythme plutôt que la perspective traditionnelle, posant ainsi les fondations d’une véritable révolution. »

« Entre 1907 et 1914, Pablo Picasso et Georges Braque inventent le cubisme, une nouvelle manière radicale de percevoir le monde : ils fragmentent les formes, les réassemblent et en révèlent la logique interne. Le poète et critique Guillaume Apollinaire joue un rôle clé dans la définition des principes théoriques et dans la diffusion de ce langage novateur, qui est rapidement adopté par des artistes venus d’horizons divers. »

« Après la Première Guerre mondiale, Léonce Rosenberg, à travers sa galerie L’Effort Moderne, soutient activement ce mouvement, en particulier auprès des artistes étrangers. Des peintres comme Henri Hayden, Louis Marcoussis, Léopold Survage et Manuel Ortiz de Zárate, ou des sculpteurs tels que Joseph Csaky et Jean Lambert-Rucki s’approprient le langage cubiste. Pour certains, il s’agit d’une seule étape d’expérimentation ; pour d’autres, le cubisme devient le socle de leur travail créatif et est constamment renouvelé tout au long de leur carrière. »

Diversité des formes, singularité des gestes
« L’École de Paris se définit par son ouverture à l’innovation et à la diversité, non par un style unique. Les artistes expérimentent librement les matériaux et les formes, mêlant peinture, sculpture et arts décoratifs. Parmi les novateurs, Alice Halicka se distingue avec ses Romances capitonnées, compositions où elle associe tissus, objets trouvés et papiers découpés. »

« La surface fragile et réfléchissante du verre devient un autre champ d’exploration. »

« Inspirés par les principes du cubisme, Louis Marcoussis et Serge Férat développent des « fixés sous verre » (peintures sur verre inversé) qui oscillent entre abstraction et raffinement décoratif. »

« Le symbolisme trouve une résonance puissante dans l’oeuvre de Boleslas Biegas, qui élabore un langage visionnaire et profondément personnel. Ses Portraits sphériques, fondés sur une stylisation géométrique, coexistent avec les formes organiques de ses sculptures, dont l’une d’entre elles est présentée dans le jardin du musée de Montmartre (Frédéric Chopin, la harpe de l’inspiration, 1908)

Dans les années 1920, le « retour à l’ordre » défendu par Jean Cocteau valorise la clarté et l’équilibre classique, alors même que le surréalisme commence à s’imposer. Ces orientations contrastées n’entrent pas en contradiction : elles expriment une liberté plus vaste, celle d’explorer, d’inventer et de façonner l’art moderne dans une pluralité d’expressions. »

Figures classiques, regards modernes
« L’idée d’anthropocentrisme trouve son expression la plus claire dans la Renaissance italienne, durant laquelle le corps humain est perçu comme le reflet d’une harmonie universelle. Après la Première Guerre mondiale, les idéaux classiques sont réinterprétés dans un contexte de crise. Dans les arts visuels, les tendances néoclassiques réapparaissent comme une réponse aux fragmentations des avant-gardes. »

« Pour de nombreux artistes émigrés, cette recherche renouvelée de structure et d’équilibre se nourrit des références à l’Antiquité gréco-romaine et à la Renaissance qu’offrent les musées parisiens, notamment le Louvre. Pablo Picasso, Georges Braque, André Derain ou Giorgio De Chirico incarnent ce renouveau et influencent leurs contemporains. Cette aspiration se retrouve aussi chez Romain Kramsztyk, Tamara de Lempicka ou Eugène Zak, dont les oeuvres montrent comment l’héritage artistique peut devenir un moteur de la modernité. »

« Peintre, sculpteur et écrivain autodidacte, Boleslas Biegas est l’une des figures les plus singulières de l’École de Paris. Marqué par l’atmosphère fin de siècle de Cracovie et par la philosophie décadente de Stanislas Przybyszewski, il expose avec la Sécession viennoise avant de s’installer en France. Ses Portraits sphériques, développés à partir de 1918, marquent une rupture radicale avec la figuration traditionnelle. Présentés pour la première fois au Pavillon de Magny et à l’Hôtel Potocki, ils combinent des traits humains avec des géométries concentriques évoquant le rythme cosmique, en lien avec les courants ésotériques de son temps. Mélancolie offre une vision troublante d’un visage féminin émergeant d’un kaléidoscope de couleurs. Mêlant influences symbolistes et abstraction naissante, Biegas révèle une quête mystique qui s’exprime à travers un rythme décoratif et une harmonie chromatique vibrante. »
Boleslas Biegas (1877-1954),
Mélancolie, 1920,
huile sur panneau, 69 × 58,5 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak

Identités et déracinement
Créations en exil

Regards sur la famille, portraits d’appartenance
« Pour les artistes étrangers installés à Paris, l’art est une manière de dessiner une nouvelle identité culturelle, qui mêle les traces de l’exil au cosmopolitisme de la capitale. »

« Les femmes artistes, souvent exclues de la formation artistique dans leurs pays de provenance, remettent en question les normes établies et s’affirment dans un contexte artistique dominé par les hommes. »

« La famille est à la fois source d’inspiration et de tourments. Certaines représentations de la maternité révèlent souffrance et sacrifice, comme celle de Mela Muter, tandis que d’autres célèbrent l’amour maternel avec douceur et dévotion. De rares représentations de la paternité questionnent le rôle protecteur des pères, tandis que les portraits d’enfants transmettent une chaleur intime, qui se combine parfois à la douleur d’une naïveté perdue. »

« Ces « portraits d’appartenance » réalisés par des artistes parfois forcés à l’exil par les tensions politiques de l’Empire russe, montrent comment l’amour, la mémoire, le deuil et la fidélité dépassent les liens du sang pour forger de nouveaux liens de solidarité créative et de fraternité. »

« La maternité est un thème récurrent dans l’oeuvre de Mela Muter. Dans cette toile – peinte l’année de la perte de son fils unique Andrzej, âgé de 24 ans et victime de la tuberculose – le sujet prend une dimension profondément personnelle et symbolique. La figure monumentale de la mère, berçant deux enfants endormis, est une présence sculpturale, fortement expressive. La palette sobre et terreuse, ainsi que la texture rugueuse de l’huile, renforcent la gravité émotionnelle de l’oeuvre. La composition évoque les Piétas de la Renaissance italienne. La qualité intemporelle de la scène, avec son fond indéfini, évoque le deuil, un sens de protection et de persévérance. À travers une représentation à la fois intime et universelle, ce tableau résonne comme une méditation sur le cycle spirituel de l’existence. »
« Un an plus tard, Muter revisite ce même trio de personnages, les situant dans un cadre naturel et rural de récolte, soulignant ainsi son intérêt pour les liens symboliques entre la maternité et la nature. »
Mela Muter (1876-1967),
Maternité, 1924, huile sur toile,
130 × 97 cm, Collection Marek Roefler /
Villa La Fleur © Villa La Fleur /
Ph. Marcin Koniak © Droits réservés

Un monde, mille voix : racines en résonance
« Dans la capitale française – terre promise de la liberté artistique – les artistes de l’École de Paris portent en eux le déracinement et les défis liés à leur installation dans un pays étranger. La force du sentiment d’appartenance, qu’il soit familial, communautaire ou religieux, devient un point d’ancrage et une source de création. »

« Certains artistes se tournent vers les origines de leurs ancêtres, d’autres représentent une culture universelle : le voyage, le travail, la musique. Leurs œuvres parlent moins de nostalgie que de renouveau. Elles traduisent la volonté de prendre racine dans un nouveau terreau. »

« Le Guitariste solitaire de Mela Muter, perdu dans ses pensées au milieu du tumulte, devient une métaphore de la condition de l’artiste : conscient de la tempête imminente, il persévère dans la création. »

« Dans les représentations symboliques des moissons ou dans l’élégance des costumes traditionnels, on perçoit un désir de continuité. Comme autant de voix façonnées par des géographies diverses, les créations des artistes de l’École de Paris font résonner des thèmes communs : la sacralité du quotidien, l’écho de la mémoire, l’espoir fragile de la communauté et l’espérance d’un avenir meilleur. »

« Dans une bourgade qui rappelle Cracovie, le Guitariste s’impose sur une foule d’âmes en mouvement. Son regard grave, ainsi que la présence d’un personnage jouant une corne qui évoque les sept trompettes de l’Apocalypse, semblent annoncer le triste épilogue des Années folles. Peint en France au début des années 1930 – une période marquée par le krach de Wall Street, l’ascension d’Hitler et la guerre civile espagnole –, ce tableau saisit l’angoisse d’une catastrophe imminente. Par un travail de pinceau vigoureux et une tension entre le calme du premier plan et le tumulte de l’arrière-plan, la composition de Mela Muter suggère bien plus qu’une simple scène de rue. C’est une réflexion silencieuse et poignante sur le rôle de l’artiste. Face à la crise, il ne reste qu’un geste fragile : un homme jouant de la musique alors que le monde menace de s’effondrer. »
Mela Muter,
Guitariste, années 1930,
huile sur toile, 145,5 × 116,5 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur © Villa La Fleur / Ph.Marcin Koniak © Droits réservés
© Adagp, Paris, 2025

Mémoires d’exil : judaïcité et art moderne
« Certains artistes juifs ont pu se former dans des écoles prestigieuses comme Pascin à Munich, Soutine à Vilnius, Mondzain à Cracovie ou Chagall à Moscou. Mais pour d’autres, l’accès à la formation artistique reste difficile, freiné par les contraintes religieuses ou par des milieux familiaux hostiles à leur vocation. Le numerus clausus imposé aux Juifs dans l’Empire russe limite sévèrement leur accès à l’enseignement et à de nombreuses professions. »

« Contraints de fuir les persécutions dans leurs terres natales, de nombreux artistes juifs trouvent en Paris un refuge entre 1910 et 1939. De cette rencontre entre la liberté artistique parisienne et une conscience forte de leurs racines naissent quelques rares représentations de scènes religieuses. Avec la Seconde Guerre mondiale, le rêve d’une vie meilleure en France se transforme pour la plupart en cauchemar : déportations, exils, destructions et spoliations d’ateliers mettent fin à la dynamique de l’École de Paris. Si certains, comme Chagall et Kisling, reviennent à Paris après la guerre, la capitale ne retrouvera jamais le rôle de terre promise qu’elle avait incarné. »

« Grunsweigh offre un regard intime sur la vie familiale juive, rendue avec empathie et un sens du détail narratif. Autour d’une nappe blanche dressée pour le repas du vendredi soir, chaque membre de la famille est absorbé dans son activité – en prière, en lecture ou même en repos. La présence d’objets rituels tels que le pain challah, les chandeliers, le vin et la coupe de Kiddouch ancre fermement la scène dans le rythme sacré du Shabbat. La perspective légèrement inclinée, les motifs textiles et le papier peint évoquent une sensibilité proche de l’art populaire. Le contraste entre la spiritualité et la fatigue du quotidien confère au tableau une douce mélancolie.

Artiste juif né en Pologne et installé par la suite à Anvers, puis à Paris, Grunsweigh explore la représentation des coutumes juives et des scènes domestiques. Ce tableau est à la fois une célébration de la tradition et une méditation délicate sur la continuité, l’appartenance et la foi. »

Au-delà de Paris
Regards vers l’ailleurs

Terres d’accueil, terres d’inspiration
« Si Paris offre un cadre unique de foisonnement artistique, les voyages et l’immersion dans la nature sont tout aussi formateurs. Chaque été, les artistes quittent leurs ateliers de Montparnasse pour le Sud ou la Bretagne, et s’installent à Saint-Paul-de-Vence, Collioure, Céret, Pont-Aven, Concarneau ou Le Pouldu, afin de s’inspirer de nouveaux environnements. »

« La France accueille les artistes étrangers et offre une diversité naturelle exceptionnelle : oliviers et collines brûlées de soleil en Provence, côtes balayées par le vent et forêts brumeuses en Bretagne… Sous la fameuse « lumière du Sud », les ocres s’embrasent de reflets méditerranéens ; sous les cieux bretons, les verts s’intensifient et les gris sculptent les rivages rocheux.

Ces voyages permettent d’explorer une grande variété d’approches : certains artistes réduisent le paysage à des plans clairs et géométriques, d’autres privilégient des touches expressives et vibrantes d’émotion. Ensemble, ces œuvres racontent l’histoire d’une génération d’artistes à la fois enracinés et nomades, attirés par des horizons lointains et sans cesse en quête de nouvelles visions du monde. »

« Immergé dans l’atmosphère du Sud, Hayden marque un tournant décisif en s’éloignant progressivement du cubisme. « Je ne voulais pas être écrasé sous les cubes » – écrit-il, s’interrogeant sur la capacité du langage cubiste à saisir la richesse de la nature. Ainsi, la rigueur géométrique de ses œuvres antérieures laisse place à une construction plus douce et lyrique. Des plans de bleu, de vert et d’ocre forment une crique baignée de soleil, encadrée par des bâtiments et des collines ondulantes. La composition conserve un sens cubiste de la structure, mais la palette et les courbes expriment une vision plus sensuelle et méditative. »

« La rupture de Hayden avec le cubisme s’accompagne également d’une séparation avec le marchand Léonce Rosenberg. Après la Première Guerre mondiale, Rosenberg supervise la vente organisée par l’État des œuvres cubistes saisies dans la collection du marchand allemand Daniel-Henry Kahnweiler – une implication qui provoque des tensions au sein du cercle cubiste et renforce la décision de Hayden de prendre une voie différente. »

Le sentiment océanique : espoirs et horizons intérieurs
« En 1929, le krach du « jeudi noir » freine le progrès des Années folles, l’émancipation des femmes et des minorités. La crise économique nourrit la haine et prépare le terrain à la guerre. Nombre d’artistes, animés par leur quête de paix et de liberté, donnent naissance à des paysages intérieurs et imaginaires. Une profonde spiritualité universelle – ce que Romain Rolland appelle le « sentiment océanique », cette impression de ne faire qu’un avec l’univers – imprègne les œuvres des artistes de l’École de Paris. Face aux incertitudes, l’art devient un refuge et une manière de transcender la réalité. »

« Marquée par de nouveaux exils, par la montée du nazisme et par les lois raciales de Vichy, l’École de Paris prend fin dans l’ombre. Face à l’indifférence et aux politiques réactionnaires – qui favorisent la marginalisation – l’expérience de l’exil, la mémoire et la création s’entrelacent pour nourrir et forger une ambition collective à l’universalité et à la transmission. L’histoire de l’École de Paris témoigne de la vulnérabilité et de la nécessité des chemins d’intégration. Elle illustre admirablement combien la diversité des origines et des parcours devient une source essentielle de création et de fécondité. »


QUESTIONS AU COLLECTIONNEUR
Marek Roefler, collectionneur et fondateur du musée Villa La Fleur
Photo : © The Archives of Villa La Fleur
 
« Qu’est-ce qui vous a attiré vers l’École de Paris, et pourquoi cette passion pour ce groupe d’artistes en particulier ?
Au début des années 1990, avec la chute du communisme en Pologne, les marchands d’art ont commencé à se tourner vers les artistes d’origine polonaise ayant créé à Paris durant la première moitié du XXe siècle.
Ces artistes fréquentaient certains des plus grands noms de l’époque – Modigliani, Picasso, Utrillo – et ont contribué, avec eux, à l’émergence de nouveaux courants artistiques tels que le cubisme. Leurs parcours sont fascinants, mais sont restés quasiment inconnus en Pologne, car après avoir quitté leur pays, ils n’y sont jamais revenus pour la plupart. Arrivent ensuite la Seconde Guerre mondiale et l’isolement prolongé sous le régime communiste. La connaissance de ces artistes a ainsi été réduite à presque rien. À travers ma collection, je cherche à combler ce vide.

Pouvez-vous partager un moment qui a marqué un tournant dans votre parcours de collectionneur ?
Dans les années 2000, j’ai visité à plusieurs reprises le Petit Palais de Genève – musée fondé dans les années 1960 par le grand collectionneur Oscar Ghez. Ce musée a organisé régulièrement des expositions consacrées aux artistes de l’École de Paris, dont beaucoup d’origine polonaise. Il a été pour moi une véritable source d’inspiration et m’a incité à créer mon propre musée : Villa la Fleur.
Aujourd’hui, grâce à la Villa la Fleur, ces artistes retrouvent non seulement leur place en Pologne, mais aussi dans la conscience culturelle de mon pays.

C’est la première fois qu’une partie de votre collection est exposée à Paris. Que représente pour vous cette collaboration ?
Jusqu’à présent, j’avais prêté individuellement quelques œuvres à diverses expositions parisiennes.
Mais l’exposition prévue au musée de Montmartre, où est présentée une sélection emblématique de ma collection, représente pour moi l’aboutissement de mon parcours de collectionneur.
C’est une émotion immense que de ramener à Paris – là même où elles ont été créées – les oeuvres majeures d’artistes polonais liés à l’École de Paris, et de montrer aux Parisiens la force et l’importance de cette diaspora artistique.
Ainsi, l’histoire s’accomplit : ces œuvres remarquables, reviennent à Paris après de longues décennies pour être révélées pour la première fois au public au musée de Montmartre. »

QUESTIONS AUX COMMISSAIRES
Alice S. Legé, docteure en histoire de l’art, responsable de la conservation du musée de Montmartre
Artur Winiarski, directeur du musée Villa la Fleur et conservateur de la collection Marek Roefler

« Quelle oeuvre présentée dans l’exposition est selon vous la plus représentative de cette école ?
La Danseuse russe de Tamara de Lempicka associe l’attrait de l’artiste pour les traditions populaires à son admiration pour les grands maîtres de la peinture classique. Le modèle reprend, de manière revisitée, les codes du portrait renaissant. La présence du kokoshnik, coiffe typiquement russe, instaure un jeu entre authenticité folklorique et dimension théâtrale. Dans le Paris des années 1920, les thèmes d’inspiration slave séduisent particulièrement le public, portés par l’influence des Ballets russes de Serge Diaghilev.
L’oeuvre dépasse alors la simple représentation d’un individu pour incarner une figure idéalisée : affirmée, expressive, symbole d’un ailleurs rêvé et du raffinement de l’imaginaire de l’entre-deux-guerres. Par la clarté du dessin et la monumentalité des volumes, Lempicka affirme une esthétique singulière : résolument moderne, intensément expressive et néanmoins profondément enracinée dans la tradition. 

Pourquoi les artistes femmes ont-elles une place importante dans l’exposition, et plus largement au sein de l’École de Paris ?
Les foyers de création artistiques du Paris du début du XXe siècle sont des environnements encore majoritairement masculins. 
Des artistes femmes telles que Chana Orloff, Mela Muter, Alice Halicka ou Tamara de Lempicka, font de ces espaces des territoires d’émancipation, grâce à leur audace, leur solidarité et leur talent. Les académies parisiennes, plus ouvertes que dans d’autres pays, leur offrent des opportunités inédites d’apprentissage, de reconnaissance et de visibilité. Aujourd’hui, une lecture plus inclusive et contemporaine de cette époque valorise les contributions singulières des femmes et célèbre la richesse d’une scène artistique fondamentalement plurielle.

Comment abordez-vous les thèmes du déracinement et de l’immigration dans l’exposition ?
L’exposition traite la question du déracinement et de l’immigration, et aborde notamment la Shoah à travers le parcours d’artistes juifs. Beaucoup ont fui les persécutions dans leur pays d’origine pour trouver refuge à Paris.
Cependant, la Seconde Guerre mondiale a brisé cet élan : déportations, exils et spoliations ont marqué le XXe siècle. Déjà dans les années 1910-1920, les artistes transcrivent dans leurs oeuvres la douleur de l’exil et la perte, mais aussi un sens d’appartenance fort au nouveau contexte parisien. C’est pour eux une façon de marquer leur place dans un monde en mutation, entre racines et renouveau. »

CHRONOLOGIE

« 1901
• Nombre d’artistes polonais et russes arrivent à Paris (Boleslas Biegas, Serge Férat, Mela Muter, Hélène d’Oettingen et Eugène Zak).
1904
Le Bateau-Lavoir, à Montmartre, devient l’épicentre de l’avant-garde parisienne.
• L’Académie de la Grande Chaumière ouvre dans le 6e arrondissement, près de Montparnasse, rejoignant la plus ancienne Académie Colarossi.
Les deux institutions attirent des étudiants de toute l’Europe.
1910
• Ossip Zadkine et Chana Orloff arrivent à Paris. Marie Vassilieff fonde l’Académie russe : un foyer important pour les artistes émigrés.
• Le percement de l’avenue Junot ouvre le maquis de Montmartre à l’urbanisation.
1913
• Picasso quitte Montmartre pour Montparnasse.
• Foujita et Alice Prin (Kiki de Montparnasse) s’installent à Paris.
1914
• Première Guerre mondiale : Apollinaire, Kikoïne, Kisling,Marcoussis et Mondzain rejoignent la Légion étrangère.
D’autres artistes quittent la France ou sont internés en tant que ressortissants de pays ennemis.
1916
• La Société Lyre & Palette organise de nombreuses expositions, 6, rue Huyghens.
1918
• Léonce Rosenberg ouvre la galerie L’Effort moderne.
• Tamara de Lempicka arrive à Paris. Mort de Guillaume Apollinaire.
• Fin à la Première Guerre mondiale. Indépendance de la Pologne après 123 ans de domination russe, prussienne et autrichienne.
1919
• Les pogroms en Ukraine causent la mort de dizaines de milliers de Juifs.
1924
• Publication du roman Les Montparnos par Michel Georges-Michel : premier récit à populariser la bohème de Montparnasse.
1925
• André Warnod forge le terme « École de Paris », qu’il emploie pour désigner la communauté cosmopolite d’artistes étrangers actifs à Paris.
1929
• Collectivisation de l’URSS, sous Staline, et krach de Wall Street.
La crise touche également le milieu artistique parisien.
1937
• L’Exposition universelle reflète les tensions politiques de l’époque : Guernica est exposé au pavillon espagnol, tandis que les pavillons de l’Allemagne nazie et de l’URSS se font face au Trocadéro.
1939
• L’Allemagne envahit la Pologne : début de la Seconde Guerre mondiale.
• Tamara de Lempicka émigre aux États-Unis. Moïse Kisling s’engage dans l’armée française.
1940
• L’armée allemande occupe Paris.
Les nazis lancent leur campagne contre « l’art dégénéré ».
L’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) saisit plus de 20 000 oeuvres aux musées nationaux et aux collectionneurs et marchands juifs.
1941-1944
• Chagall, Kisling et Zadkine quittent la France, Hayden se réfugie en Zone libre. Roman Kramsztyk est assassiné par un soldat allemand dans le ghetto de Varsovie.
Henri Epstein et Jacques Gotko sont déportés à Auschwitz ; Max Jacob meurt au camp de Drancy.
1944
• 6 juin : débarquement des forces alliées en Normandie ».

LISTE DES ARTISTES PRESENTS DANS L’EXPOSITION

Isaac ANTCHER (Peresecina, 1889 – Malakoff, 1992)
Georges ASCHER (Varsovie, 1884 – camp de la mort de Sobibór, 1943)
Toshio BANDO (Tokushima, 1895 – BoulogneBillancourt, 1973)
Boleslas BIEGAS (Koziczyn, 1877 – Paris, 1954)
Marc CHAGALL (Lyozna, 1887 – Saint-Paul-de-Vence, 1985)
Joseph CSAKY (Szeged, 1888 – Paris, 1971)
Xawery DUNIKOWSKI (Cracovie, 1875 – Varsovie, 1964)
Stanislas ELESZKIEWICZ (Tchoutove, 1900 – Paris, 1963)
Henri EPSTEIN (Lodz, 1891 – Auschwitz ?, 1944)
Serge FÉRAT (Moscou, 1881 – Paris, 1958)
Tsuguharu FOUJITA (Tokyo, 1886 – Zurich, 1968)
David GARFINKIEL (Radom, 1902 – Paris, 1970)
Jacques GOTKO (Odessa, 1900 – Auschwitz, 1944)
Léopold GOTTLIEB (Drohobytch, 1879 – Montrouge, 1934)
Nathan GRUNSWEIGH (Cracovie, 1880 – Paris, 1956)
Gustaw GWOZDECKI (Varsovie, 1885 – Paris, 1935)
Alice HALICKA (Cracovie, 1889 – Paris, 1974)
Henri HAYDEN (Varsovie, 1883 – Paris, 1970)
Joseph HECHT (Lodz, 1891 – Paris, 1951)
Alice HOHERMANN (Varsovie, 1902 – Birkenau, 1943)
Léon INDENBAUM (Tchavoussy, 1890 – Opio, 1981)
Michel KIKOÏNE (Homiel, 1892 – Cannes, 1968)
Moïse KISLING (Cracovie, 1891 – Sanary-sur-Mer, 1953)
Nathalie KRAEMER (Paris, 1891 – Auschwitz, 1943)
Roman KRAMSZTYK (Varsovie, 1885 – Varsovie, 1942)
Charles KVAPIL (Varnsdorf, 1884 – Paris, 1958)
Jean LAMBERT-RUCKI (Cracovie, 1888 – Paris, 1967)
Tamara DE LEMPICKA (Varsovie, 1894 – Cuernavaca, 1980)
Louis MARCOUSSIS (Varsovie, 1878 – Cusset, 1941)
Maurice MENDJIZKY (Lodz, 1890 – Saint-Paul-de-Vence, 1951)
Sigmund Joseph MENKES (Lviv, 1896 – New York, 1986)
Amedeo MODIGLIANI (Livourne, 1884 – Paris, 1920)
Simon MONDZAIN (Chełm, 1888 – Paris, 1979)
Mela MUTER (Varsovie, 1876 – Paris, 1967)
Hélène D’OETTINGEN, dite François ANGIBOULT (Stepanivka, 1885 – Paris, 1950)
Chana ORLOFF (Tsaré-Constantinovska, 1888 – Tel HaShomer, 1968)
Manuel ORTIZ DE ZÁRATE (Côme, 1887 – Los Angeles, 1946)
Joseph PANKIEWICZ (Lublin, 1866 – La Ciotat, 1940)
Jules PASCIN (Vidin, 1885 – Paris, 1930)
Joseph PRESSMANE (Berestetchko, 1904 – Paris, 1967)
Ladislas SLEWINSKI (Stary Białynin, 1856 – Paris, 1918)
Chaïm SOUTINE (Smilavitchy, 1893 – Paris, 1943)
Léopold SURVAGE (Moscou, 1879 – Paris, 1968)
Marie VOROBIEFF, dite MAREVNA (Tcheboksary, 1892 – Londres, 1984)
Abraham WEINBAUM (Kamianets-Podilskyï, 1890 – camp de la mort de Sobibór, 1943)
Ossip ZADKINE (Vitebsk, 1890 – Paris, 1967)
Eugène ZAK (Mogilno, 1884 – Paris, 1926)
Sacha ZALIOUK (Radomychl, 1887 – Paris, 1971)
August ZAMOYSKI (Jabłoń, 1893 – SaintClardeRiviere, 1970)
Jan Waclaw ZAWADOWSKI, dit ZAWADO (Skobelka, 1891 – Aix-en-Provence, 1982)

EDITORIAL DE GENEVIEVE ROSSILLON, Présidente du musée de Montmartre, et FANNY DE LEPINAU, Directrice du musée de Montmartre

« Au tournant du XXe siècle, une génération d’artistes venus du monde entier s’installe à Paris, faisant de la capitale sa terre d’inspiration et d’accomplissement. De cette vitalité naît une communauté libre et audacieuse, animée par une véritable soif d’expérimentation et stimulée par la puissante émulation artistique parisienne : on l’appelle l’École de Paris. Cette constellation d’artistes, souvent marqués par l’exil et portés par la quête d’un langage universel, participe à l’éclosion d’une modernité plurielle. Cubisme, fauvisme, expressionnisme se côtoient, révélant la force créative qui contribue à redéfinir les codes de l’art moderne.
Reflet de ce formidable élan, la collection Marek Roefler incarne avec une rare intensité l’esprit et la diversité de l’École de Paris. Conservée à la Villa La Fleur, près de Varsovie, elle est présentée pour la première fois « hors les murs », à travers une sélection emblématique d’œuvres. C’est un honneur d’accueillir cet ensemble unique dans notre musée, à Paris, où ces artistes ont créé avec profusion – et plus encore –, dans le quartier même où cette effervescence artistique a pris racine : Montmartre, berceau des avant-gardes.
L’exposition L’École de Paris, collection Marek Roefler célèbre la puissance de la rencontre : celle des cultures, des sensibilités, des parcours. Elle évoque aussi la générosité d’un accueil. Car Paris a été, pour beaucoup de ces artistes, une terre nourricière, une ville ouverte, où la différence a souvent été reçue comme une richesse. 
Nous exprimons notre profonde gratitude à Marek Roefler pour sa confiance ainsi qu’à l’équipe de la Villa La Fleur pour son engagement, qui ont rendu possible cette présentation exceptionnelle. Puisse notre exposition être l’écho vivant de cette fécondité artistique qui continue de nous animer aujourd’hui. »

MAREK ROEFLERET LE MUSEE VILLA LA FLEUR

« Ces jeunes artistes, nés dans une Pologne divisée, ont trouvé leur voix en France. Paris les a inspirés, et ils ont su, en retour, nourrir la ville de leur art. La force de ce groupe réside dans son caractère multilingue, multiculturel, riche de parcours de vie et de création tout à fait singuliers. C’est de cette diversité que nait l’originalité et la puissance de l’École de Paris. J’espère que cette rencontre avec les œuvres et leurs créateurs sera non seulement une expérience esthétique, mais aussi une occasion de réflexion sur la condition de l’artiste, la place de la culture et la puissance intemporelle de l’art ».
Marek Roefler

« Les œuvres présentées dans cette exposition sont le fruit d’un amour de longue date pour l’art. Une passion qui s’est transformée, dès les années 1990, en un véritable engagement de collectionneur. Né à Varsovie en 1952, Marek Roefler rassemble depuis plus de trente ans des œuvres de l’École de Paris. Son désir de faire partager ses collections s’est traduit par l’ouverture, en 2010, du musée Villa La Fleur, à Konstancin-Jeziorna, près de Varsovie. Issu d’une famille de médecins, Roefler étudie la physique nucléaire à l’Université de Varsovie et se fascine pour l’Occident, son marché libre et sa culture.
Le musée Villa La Fleur se compose aujourd’hui d’une villa centenaire restaurée entre 2007 et 2009, et d’un deuxième bâtiment Art déco, annexé en 2022. Le musée est agrémenté d’un jardin orné de sculptures de Xawery Dunikowski, Boleslas Biegas et Jean Lambert-Rucki. Une riche programmation d’expositions explore l’oeuvre des maîtres de l’École de Paris, avec une série de monographiques consacrées depuis 2011 à Alice Halicka, Simon Mondzain, Henri Hayden, Maurice Mendjizky, Henri Epstein, Joseph Pressmane, et Nathan Grunsweigh, ou encore récemment à Tamara de Lempicka et Moïse Kisling.
Institution majeure pour le rayonnement de l’École de Paris en Europe, la Villa La Fleur est à l’origine d’importantes publications scientifiques et catalogues de l’exposition.
Il est rare que le public ait un accès permanent à des collections privées. C’est cette combinaison unique – une sélection rigoureuse des oeuvres, un site choisi, une thématique unique – qui fait de la Villa La Fleur un lieu prisé des amateurs d’art, comme en témoignent les dizaines de milliers de visiteurs chaque année. L’exposition L’École de Paris, collection Marek Roefler ramène à Paris, ville d’accueil et d’inspiration pour ces artistes, un fragment saisissant de cette collection foisonnante et raffinée. »

 
Du 17 octobre 2025 au 15 février 2026
12, rue Cortot – 75018 Paris
Tél. : 01 49 25 89 39
Tous les jours de 10h à 18h 
Visuels :
Affiche 
Tamara de Lempicka (1894-1980)
Danseuse russe, 1924-1925
Huile sur toile, 81,5 × 60 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak
© Tamara de Lempicka Estate, LLC / Adagp, Paris, 2025

Georges Ascher (1884-1943)
Petite fille derrière une table, vers 1925
Huile sur toile, 64 × 66 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak

Sacha Zaliouk (1887-1971)
Portrait de Foujita, vers 1914
Huile sur toile, 72 × 58 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak 
© Droits réservés

Michel Kikoïne (1882-1968)
Fleurs et nature morte à la mandoline, vers 1910-1915
Huile sur toile, 82 × 65,5 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak 
© Adagp, Paris, 2025

Moïse Kisling (1891-1953)
Nu allongé, Kiki de Montparnasse, 1925
Huile sur toile, 73 × 100 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak

Léopold Survage (1879-1968)
Paysage aux poires, 1919-1920
Huile sur toile, 60,5 × 73,5 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak 
© Adagp, Paris, 2025

Nathan Grunsweigh (1880-1956)
Famille pendant le Shabbat, 1923
Huile sur toile, 107 × 124 cm
Collection Marek Roefler / Villa La Fleur
© Villa La Fleur / Ph. Marcin Koniak
© Droits réservés


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