Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 30 juillet 2026

La Transnistrie

Issue du démembrement de l'Union soviétique, la Transnistrie est un territoire situé en Moldavie et le long de la frontière avec l'Ukraine. Elle a proclamé en 1990 son indépendance, non reconnue par les Etats constituant les Nations unies. Elle est étroitement liée à la Russie. Arte diffuse sur son site Internet deux documentaires : « Transnistrie : une poudrière à l'est de l'Europe » de Martin Koddenberg et Lina Schuller et « Moldavie : Transnistrie, le bastion russe ».

L’Ermitage, la naissance du musée impérial – Les Romanov, tsars collectionneurs
« Hiroshima, la défaite de Staline » par Cédric Condon 
« Goulag - Une histoire soviétique » de Patrick Rotman
« Le procès » par Sergei Loznitsa 

Issue du démembrement de l'Union soviétique, la Transnistrie - « trans », signifie « au-delà », et Nistru est le nom roumain du fleuve Dniestr ou Pridnestrovie - est un territoire étroit situé en Moldavie et le long de la frontière ukrainienne. Environ "465 000 habitants y vivent en 2025,  soit une baisse de 35 % par rapport aux 706 000 qui y vivaient en 1990, un an avant l'effondrement de l'Union soviétique".

Des monuments de l'ère communiste demeurent en Transnistrie.

Dénommée aussi "république moldave du Dniestr", ce proto-Etat a proclamé son indépendance en 1990 quand l'URSS a implosé . Mais aucun Etat n'a reconnu son indépendance. 

La guerre du Dniestr, guerre de Transnistrie ou guerre civile de Moldavie, a opposé en 1992 l'armée transnistrienne, soutenue par la Russie, aux Forces armées moldaves sur les berges du fleuve Dniestr, près des villes de Bender/Tighina et Dubăsari. "La Transnistrie fait partie, avec la Crimée, les régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie ainsi que la Nouvelle-Russie (projet d'État censé regrouper les deux républiques sécessionnistes ukrainiennes auto-proclamées de Donetsk et Lougansk dans le Donbass et la diagonale Kharkov-Odessa), du « glacis géostratégique russe » qui permettrait à Moscou de contrôler économiquement, politiquement et militairement une zone d'influence qu'il qualifie d'« exclusive », et qui correspond dans les faits à un projet de protection contre les avancées de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord)". Le conflit s'est achevé par un cessez-le-feu et la Transnistrie a maintenu depuis son indépendance de facto.

La Transnistrie a élu son Président, Vadim Krasnosselski, a conçu son drapeau, et a pour capitale Tiraspol. Son Premier ministre est Aleksandr Rozenberg. La majorité des Transnistriens est russophone. 

"Depuis 1992 une garnison permanente de quelques centaines de soldats russes. Si Moscou ne reconnaît pas officiellement la « République moldave du Dniestr » et considère que la Transnistrie fait bien partie de la Moldavie, le Président russe Vladimir Poutine a signé le 15 mai 2026 un décret facilitant la délivrance de passeports russes à ses habitants."

A la différence de ses concitoyens, le gouvernement moldave souhaite adhérer à l'Union Européenne (UE). Le 15 juin 2026, les négociations d'adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie à l’Union européenne ont commencé à Luxembourg. Sans que les aspirations sécessionnistes de la Transnistrie les entravent.

"Avant 1939, 300 000 Juifs vivaient en Transnistrie.  Mais après l'occupation de la région par les troupes nazies en juillet 1941, des exécutions de masse commencèrent, visant non seulement les Juifs locaux, mais aussi ceux qui avaient fui la Bessarabie devant l'avancée des Allemands."

"En 2025, seuls 2 000 Juifs vivent ici, selon la définition de la Loi du retour d'Israël – qui exige au moins un grand-parent juif –, dont le Premier ministre du territoire, Aleksander Rosenberg. Presque aucun ne pratique sa religion ni ne respecte les règles de la cacheroute."

"Sur les 11 synagogues que comptait Tiraspol avant la chute du communisme, une seule subsiste en 2021. Logé dans un immeuble résidentiel, un groupe grisonnant d’une dizaine d’hommes et de femmes s’y réunit chaque dimanche. La jeune génération compte moins de 10 personnes."

« Il est rare d’assister à la mort d’une communauté, mais c’est sous nos yeux en Transnistrie », constate Evgheni Bric, directeur de l’Institut Judaïca de Moldavie, une organisation à but non lucratif qui tente construire une identité commune chez les Juifs de Transnistrie et de Moldavie."

"De nos jours, la liberté de culte est assurée aux Juifs de Transnistrie, et l’antisémitisme y est marginal, d’après les Juifs locaux. Mais beaucoup veulent néanmoins partir pour des raisons économiques. Les salaires ici sont moitié moins élevés que ceux proposés en Moldavie, la nation pourtant la plus pauvre d’Europe."

"Un recensement de 1930 de la population de Bender, deuxième plus grande ville de Transnistrie, a révélé que la moitié de ses résidents déclaraient que leur langue maternelle était le yiddish. Des milliers de non-Juifs parlaient aussi la langue en raison de leur travail étroit et de leur commerce avec les Juifs. La plupart des Juifs de la ville ont été tués pendant la Shoah, et les quelques survivants ont émigré dès qu’ils ont pu. Aucune des dizaines de synagogues de Bender n’est encore en activité."

"D’autres villes de Transnistrie, comme Rybnitsa, jadis juive à un tiers, n’abritent plus de Juifs. L’un des plus connus (et le dernier) de la ville était Chaim Zanvl Abramowitz, un rabbin hassidique mort en 1995 aux États-Unis. Il faisait partie d’une poignée de Juifs orthodoxes qui, même sous Staline, étaient capables de mener une vie juive pratiquante, surtout grâce à sa popularité auprès de la population locale."

"Comme en Transnistrie, la communauté juive de Moldavie a également été décimée par une émigration massive. Pourtant, la vie juive y a beaucoup mieux survécu, en partie parce qu’elle a absorbé une partie des milliers de Juifs ayant quitté la Transistrie. Chișinău, capitale de la Moldavie, compte quatre synagogues et une communauté juive d’environ 3 500 membres."

« Transnistrie : une poudrière à l'est de l'Europe »
Arte diffuse « Transnistrie : une poudrière à l'est de l'Europe » de Martin Koddenberg et Lina Schuller.

« La Transnistrie est une région séparatiste de la République de Moldavie, située à la frontière ukrainienne. Un État dans l’État, étroitement lié à la Russie sur les plans politique et économique. Longtemps alimentée par le gaz fourni gratuitement par Moscou, la région exporte pourtant majoritairement vers l’Union européenne. La Transnistrie qui connaît depuis 2025 une crise énergétique sans précédent devient un enjeu géopolitique. »

« Région sécessionniste de la Moldavie, ancienne république soviétique enclavée entre la Roumanie et l’Ukraine, la Transnistrie s’est dotée d’un drapeau, d’une monnaie et d’un gouvernement. »

« La petite république autoproclamée, qui n’est pas reconnue par la communauté internationale, entretient depuis des décennies des liens politiques, économiques et militaires très étroits avec Moscou. »

« Mais la guerre en Ukraine a fait vaciller sa fragile économie – le revenu annuel moyen est tombé à quelque 2 000 euros par habitant. Jusqu’au début de l’année 2025, celle-ci reposait sur le gaz fourni gratuitement par la Russie, alors que, paradoxalement, environ 80 % des exportations étaient destinées à l’Union européenne. Mais le voisin ukrainien a cessé à cette date de laisser passer ces vitales livraisons russes, ce qui a intensifié les tensions de l’enclave avec la Moldavie, d’autant plus que cette dernière a obtenu le statut de candidate à l’adhésion à l’Union européenne (UE) en 2022. »

« La région, longtemps marginalisée, est ainsi redevenue un enjeu géopolitique majeur, entre manœuvres des oligarques prorusses et pressions du Kremlin, d’une part, et gouvernement moldave soutenu par l'UE de l’autre. »

« Moldavie : Transnistrie, le bastion russe »
ARTE Reportage est « le magazine du grand reportage. Dédié à l’actualité internationale, "ARTE Reportage" documente les mutations et les bouleversements de notre monde. Des histoires marquantes, racontées par celles et ceux qui les vivent. Des reportages exceptionnels et exclusifs. Présenté par Andrea Fies et William Irigoyen tous les samedis à 18h50. »

Arte diffuse, dans le cadre d’ARTE Reportage, « Moldavie : Transnistrie, le bastion russe » de Corina Cojocaru Chiperi et Justine Sagot.

« Située sur la rive droite du fleuve Dniestr, coincée entre la république de Moldavie et l’Ukraine, la Transnistrie a proclamé son indépendance en 1991. »

« République séparatiste et autoproclamée, elle reste un point de tension permanent depuis un référendum sur son rattachement à la Russie, qui a largement confirmé la volonté sécessionniste de la population, un tiers russe, un tiers moldave, un tiers ukrainienne. »

« L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe ravive les craintes moldaves d’une intervention de Moscou sur son territoire pour annexer la Transnistrie. C’est précisément là qu’est implantée la centrale qui fournit aujourd’hui 80% d’électricité à la Moldavie… »


« Transnistrie : une poudrière à l'est de l'Europe » de Martin Koddenberg et Lina Schuller
Allemagne, 2025, 27 min
Sur Arte le 18 avril 2026 à 18 h 20 
Disponible jusqu'au 30/04/2030
Visuels
© Wikimedia Commons CC BY 2.0/William John Gauthier
©  DR

« Moldavie : Transnistrie, le bastion russe » de Corina Cojocaru Chiperi, Justine Sagot
France, 2022, 12 min
Auteures : Corina Cojocaru Chiperi, Justine Sagot
Disponible jusqu'au 08/03/2028

mercredi 29 juillet 2026

Ruth Orkin (1921-1985)

Ruth Orkin (1921-1985) était une photographe et réalisatrice - Le Petit Fugitif (1953) et Lovers and Lollipops (1955) - juive américaine. Membre de la Photo League, célèbre pour son cliché American Girl in Italy (1951), fascinée par le mouvement, cette streetphotographer a aussi photographié des stars hollywoodiennes et New York au fil des saisons. Elle était l'épouse du photographe juif américain émérite Morris Engel (1918-2005). Pour le 75e anniversaire de cette icône réalisée à Florence (Italie), Ruth Orkin Photo Archive édite un coffret en édition limitée retraçant son histoire.


"Si mes photographies font ressentir au spectateur ce que j'ai fait quand je les ai prises pour la première fois, alors j'ai atteint mon objectif." Ruth Orkin

Ruth Orkin (1921-1985) était née dans une famille juive - Mary Ruby, actrice, et Samuel Orkin, fabricant de bateaux-jouets - à Boston. Elle vit à Hollywood où sa mère joue dans des films muets. 

En 1931, elle reçoit son premier appareil photo, un Univex à 39 cents, et photographie son entourage amical. Agée de 17 ans, pour visiter l'exposition universelle de 1939, elle parcourt les Etats-Unis à vélo, de Los Angeles à New York, en trois semaines, et photographie tout au long de son périple.

En 1940, Ruth Orkin étudie le photojournalisme au Los Angeles City College, puis, en 1941, devient la première coursière des studios MGM : elle aspire à un emploi de directrice de la photographie. Elle découvre les discriminations du syndicat hostile à l'adhésion de femmes, et démissionne. Durant la Deuxième Guerre mondiale, en 1941, elle rejoint le Women's Army Corps afin de se former à la technique cinématographique. En 1943, elle est libérée, sans avoir bénéficié de cette formation.

En 1943, Ruth Orkin se fixe à New York pour continuer sa carrière de photojournaliste indépendante dans un milieu plutôt masculin. Elle gagne sa vie comme photographe de boîte de nuit et, dans la journée, réalise des portraits de bébés. Elle peut enfin acheter son premier appareil photo « professionnel » et saisit la vie quotidienne dans la Big Apple : les enfants qui jouent, etc.. 

Ainsi, est publié en 1946, son premier grand essai photo, "Jimmy, le conteur", dans le magazine Look.

En 1947, Ruth Orkin photographie Leonard Bernstein pour le New York Times. Pour des commandes notamment de Life, Look13, Ladies' Home Journal, elle voyage dans le monde.

Ainsi, elle se rend en 1951 en Israël pour Life. Dans le jeune Etat recréé, elle saisit en particulier, au travers d'une lucarne ronde, les visages apeurés de "réfugiés juifs à l'aéroport de Lydda/Lod". 

Sur le chemin du retour aux Etats-Unis, Ruth Orkin voyage en Europe, notamment en Italie où elle crée ses oeuvres photographiques parmi les plus connues.

Sa photographie la plus célèbre ? American Girl in Italy (1951) de la série Don't Be Afraid to Travel Alone. Le cliché représente Ninalee Craig (connue alors sous le nom de Jinx Allen), étudiante en art américaine âgée de 23 ans, et sa modèle dans la série, déambulant avec assurance à Florence devant des hommes italiens la regardant avec insistance. Selon Ninalee Craig, l'image n'a pas été mise en scène et cette photo, comme les autres prises ce jour-là, visait à montrer notamment le plaisir pour une femme de voyager seule.

La jeune modèle de cette série se souvenait. Ruth Orkin lui a dit« Tu sais quoi, je pourrais probablement gagner un peu d'argent si on s'amusait et qu'on montrait ce que c'est que d'être une femme seule. » Toutes deux passent plusieurs heures dans les rues de la capitale toscane. Dans ce cliché, « mon expression n’est pas celle de la détresse. C’était exactement comme ça que je me promenais dans la ville. Je me voyais comme Béatrice de la Divine Comédie de Dante. Il fallait marcher en toute assurance et conserver sa dignité à tout moment. La dernière chose à faire serait de regarder ces hommes dans les yeux et de sourire. Je ne voulais pas les encourager. Cette image a été interprétée de manière sinistre, mais c’était tout le contraire. Ils s’amusaient, et moi aussi. » Pour Ruth Orkin, cette photo représentait le défi et la force, un message adressé aux femmes, de ne pas permettre aux hommes de les dissuader de poursuivre leurs rêves."

En 1952, Orkin épouse le photographe, cinéaste et membre de la Photo League Morris Engel (1918-2005) ; le couple a deux enfants : Andy et Mary Engel. 

Ruth Orkin et Morris Engel collaborent - écriture, production, réalisation, montage - sur deux grands films indépendants - avec  avec l'écrivain et cinéaste Raymond Abrashkin sur Le Petit Fugitif (Little Fugitive, 1953)nommé aux Oscars en 1953 ; Lovers and Lollipops (Amants et sucettes, 1955) - qui rencontrent le succès. 

Ruth Orkin revient à la photographie pour saisir des célébrités : Lauren Bacall, Doris Day, Ava Gardner, Tennessee Williams, Marlon Brando et Alfred Hitchcock.

Elle a aussi pris des clichés en couleurs de Central Park vu à travers la fenêtre de son appartement. Les photographies qui en résultent sont rassemblées dans deux livres, A World Through My Window (1978) et More Pictures from My Window (1983).
 
Ruth Orkin est décédée en 1985 à New York.

Après sa mort, sa fille Mary Engel, archiviste et réalisatrice, a créé Ruth Orkin Photo Archives afin de préserver son héritage, et a créé, dans un but similaire, un site Internet dédié à son père Morris Engel. Elle dirige Orkin/Engel Film and Photo Archive et a réalisé deux documentaires sur ses parents : Ruth Orkin/Frames of Life et Morris Engel: The Independent.

Les oeuvres de Ruth Orkin sont conservées dans les collections permanentes de musées et galeries important, notamment le MOMA et la Centre international de la photographie.

Dans sa biographie "Ruth Orkin" (Actes Sud, PhotoPoche), Anne Morin remarque : "Ce qui passionne Ruth Orkin, c’est le cinéma, c’est l’image en mouvement, c’est le temps. Face à la difficulté de s’établir en tant que femme cinéaste aux États-Unis dans les années 1940, elle invente un langage visuel très particulier, à l’intersection de la photographie et du cinéma. Du road movie au roman photo en passant par de nombreux reportages, ses séries emblématiques sont empreintes de théâtralité, de rythme et de narration."

"Ruth Orkin. Una Nuova Scoperta"
En 2023, les salles Chiablese des musées royaux de Turin ont proposé l'exposition "Ruth Orkin. Una Nuova Scoperta" (Ruth Orkin. Une nouvelle découverte). 

"La plus grande rétrospective jamais organisée en Italie de Ruth Orkin (Boston 1921 – New York 1985), photojournaliste, photographe et réalisatrice américaine, l'une des plus importantes du XXe siècle."

Sous le commissariat d'Anne Morin, organisée par diChroma, produite par Società Ares srl avec les Musei Reali et le patronage de la municipalité de Turin, l'exposition "rassemble 156 photographies, pour la plupart originales, qui retracent le parcours de l'une des personnalités les plus importantes de la photographie du XXe siècle, en particulier entre 1939 et la fin des années 1960, à travers des œuvres clés telles que VE-Day, Jimmy Tells a Story, American Girl in Italy, l'un de ses clichés les plus emblématiques de l'histoire de la photographie, des portraits de personnalités telles que Robert Capa, Albert Einstein, Marlon Brando, Orson Welles, Lauren Bacall, Vittorio De Sica, Woody Allen et d'autres."

« En tant que conservatrice et historienne de la photographie », explique Anne Morin , « j’ai toujours pensé que l’œuvre de Ruth Orkin n’avait pas reçu la reconnaissance qu’elle méritait. Pourtant, si cette photographe a un destin fascinant, son travail l’est tout autant. Cette exposition vise à redécouvrir le travail de cette femme qui aspirait à devenir réalisatrice et qui, confrontée à un monde du cinéma dominé par les hommes, a dû trouver sa place ailleurs. Elle n’a pas renoncé à son rêve, mais l’a abordé différemment, créant un langage photographique singulier, d’une richesse extraordinaire et novateur. L’œuvre photographique de Ruth Orkin parle d’images, de cinéma, de récits et, en fin de compte, de vie. Cette exposition est l’hommage définitif rendu à cette jeune femme qui a réinventé la photographie. »

« Suite au succès retentissant de l'exposition Vivian Maier », déclare Edoardo Accattino , PDG d'Ares srl, « nous présentons à Turin une nouvelle exposition consacrée à Ruth Orkin, photographe élégante et raffinée. Il s'agit de la plus vaste anthologie jamais réalisée sur l'une des photographes les plus importantes du XXe siècle, dont l'œuvre reste encore méconnue aujourd'hui. C'est pourquoi nous avons souhaité créer un parcours immersif qui guidera les visiteurs à la découverte de cette artiste sensible dont l'œuvre extraordinaire ne manquera pas de captiver le public turinois. »

« L’exposition monographique consacrée à Ruth Orkin », explique Enrica Pagella, directrice des Musées royaux , « s’inscrit dans la continuité des expositions dédiées à la photographie, élément fondateur de la Sale Chiablese, un espace que les Musées royaux réservent principalement à l’art contemporain et à la réflexion sur les moyens de communication qui ont contribué à transformer le visage de l’histoire et de la société. Après Vivian Maier. Unpublished et Focus on Future. 14 photographes pour l’Agenda 2030 des Nations Unies, cette anthologie propose une réflexion approfondie sur les différents langages qui ont permis à l’artiste d’être reconnue et de s’imposer sur la scène photographique mondiale, témoignant de la primauté et du caractère visionnaire d’un regard qui mérite encore d’être exploré, fidèle au récit d’une époque où l’affirmation des genres était une conquête lointaine, même dans le domaine artistique. »

L'exposition "aborde son œuvre sous un angle inédit, à la croisée de l'image fixe et de l'image animée. Fascinée par le cinéma, Ruth Orkin rêvait de devenir réalisatrice, notamment grâce à l'influence de sa mère, Mary Ruby, actrice du cinéma muet, qui l'a propulsée sous les feux de la rampe hollywoodienne dans les années 1920 et 1930. Cependant, durant la première moitié du XXe siècle, le chemin vers cette carrière était semé d'embûches. Ruth Orkin fut ainsi contrainte d'abandonner son rêve de devenir cinéaste, ou du moins de le réinventer et de le transformer. Grâce à un cadeau, son premier appareil photo, un Univex à 39 cents, elle se tourna vers la photographie, sans jamais renoncer à sa fascination pour le cinéma."

"C’est précisément cette occasion manquée de réaliser sa vocation qui l’a contrainte à inventer un langage à la confluence de ces deux arts sœurs, entre l’image fixe et l’illusion de l’image animée, un langage qui induit une correspondance constante entre deux temporalités non parallèles. À travers une analyse très précise de l’œuvre d’Orkin, l’exposition nous permet de comprendre les mécanismes déployés pour évoquer le fantôme du cinéma dans son travail. Cela se produit dès son premier Road Movie, en 1939, lorsqu’elle traverse les États-Unis à vélo, de Los Angeles à New York. À cette occasion, Ruth Orkin tient un journal qui se transforme en une séquence cinématographique, un reportage relatant ce voyage et dont la linéarité temporelle se déploie chronologiquement. Inspirée par les carnets et albums dans lesquels sa mère documente le tournage de ses films, et utilisant le même type de légendes manuscrites, l’artiste insère l’image photographique dans un récit qui suit le schéma de la progression cinématographique, comme si les photographies étaient des images fixes d’un film jamais tourné et dont 22 pages sont exposées."

"L'itinéraire comprend également des œuvres telles que Les Joueurs de cartes ou Jimmy raconte une histoire , de 1947, dans lesquelles Ruth Orkin utilise la caméra pour filmer, ou plutôt pour capturer des moments, laissant au regard du spectateur le soin de composer la scène et de reproduire le mouvement, mais aussi les images et le film Le Petit Fugitif (1953), nominé pour l'Oscar de la meilleure photographie et lauréat du Lion d'argent à la Mostra de Venise, qui raconte l'histoire d'un garçon de sept ans nommé Joey (Richie Andrusco) qui s'enfuit à Coney Island après avoir été trompé et avoir cru avoir tué son frère aîné Lennie, et que François Truffaut considérait comme fondamental pour la naissance de la Nouvelle Vague."

"Au début des années 1940, Ruth Orkin s'installe à New York, où elle devient membre de la Photo League, une coopérative de photographes new-yorkais, et établit des collaborations prestigieuses avec d'importants magazines, à tel point qu'elle devient l'une des principales photographes féminines de l'époque."

"C’est durant cette période qu’elle réalisa certaines des photographies les plus intéressantes de sa carrière. Avec « Vue d’en haut », Orkin capturait des scènes de rue perpendiculairement depuis une fenêtre, saisissant des personnes totalement inconscientes d’être l’objet de son regard : un groupe de femmes nourrissant des chats errants ; un père qui, après avoir acheté une tranche de pastèque, l’offre à sa fille devant l’étal d’un vendeur ambulant ; deux policiers encerclant un matelas usé abandonné dans la rue ; deux fillettes jouant à tournoyer l’une sur l’autre ; un groupe de marins marchant d’un pas rapide, reconnaissables à leurs chapeaux qui se détachaient comme des disques blancs sur l’asphalte gris."

"Bien des années plus tard, elle est revenue à ce type de photographie : depuis une fenêtre donnant sur Central Park, l'artiste a répété le même geste et le même cliché, à différentes saisons, enregistrant la physionomie des arbres, les teintes de leurs feuilles : le sujet est précisément le temps et son flux, sous la forme d'une séquence qui évoque l'élasticité du temps cinématographique."

L'exposition "retrace également le reportage réalisé pour le magazine LIFE en 1951 en Israël, suivant l'Orchestre philharmonique israélien, ainsi que son voyage en Italie, avec des visites à Venise, Rome et Florence. C'est dans cette dernière ville qu'elle rencontra Nina Lee Craig, une étudiante américaine, à qui elle demanda de poser pour un reportage visant à illustrer, par l'image, l'expérience d'une femme voyageant seule à l'étranger. Ce reportage devint « American Girl in Italy », l'une de ses photographies les plus emblématiques et célèbres de l'histoire de la photographie. La scène immortalisant Nina Lee Craig arpentant les rues de Florence, entourée d'hommes qui lui font des clins d'œil, inspira Ruth Orkin et la poussa à créer le reportage photographique qu'elle recherchait depuis longtemps."

« Ruth Orkin - Bike Trip, USA, 1939 »
En 2023-2024, la Fondation Henri Cartier-Bresson a proposé l’exposition « Ruth Orkin - Bike Trip, USA, 1939 ».

« Pour la première fois en France, la Fondation Henri Cartier-Bresson a présenté une exposition entièrement consacrée à la photographe américaine Ruth Orkin (1921-1985). Reconnue internationalement pour la photographie intitulée American Girl in Italy (1951), image iconique d’une femme qui voyage seule, Ruth Orkin réalise, alors qu’elle est adolescente, un projet avant-coureur : la traversée des États-Unis d’Ouest en Est. »

« En 1939, alors qu’elle est âgée de 17 ans et vit chez ses parents à Los Angeles, Ruth Orkin entreprend de traverser seule les États-Unis, du Pacifique à l’Atlantique. Elle voyage à vélo… ou, pour être plus précis, avec celui-ci. Elle parcourt les longues distances en voiture, en train ou en bus, utilisant surtout sa bicyclette pour visiter les grandes villes : Chicago, Philadelphie, Washington, New York, Boston et San Francisco. »

« Durant quatre mois, la jeune femme réalise près de 350 photographies : des vues urbaines, beaucoup d’autoportraits et d’étonnantes compositions à travers le cadre de son vélo. Dans chacune des villes qu’elle traverse, la presse locale s’intéresse à son histoire, l’interviewe et la photographie. Grâce à cette publicité inattendue, elle est conviée partout, reçoit des invitations pour des spectacles et même un nouveau deux-roues. »

« Le but déclaré d’Orkin à son départ était de visiter l’Exposition universelle de New York. Mais l’aventure transcontinentale se révèlera beaucoup plus décisive. Ce sera pour elle un moment déterminant de formation et d’émancipation, vérifiant ainsi le dicton populaire selon lequel : l’important n’est pas la destination, mais bien le voyage lui-même. »

« L’exposition rassemblait une quarantaine de photographies et des documents d’archives, dont le manuscrit de Ruth Orkin sur cette aventure. »

Le commissaire de l’exposition était Clément Chéroux, directeur, Fondation HCB, auteur du catalogue "Ruth Orkin - Bike Trip, USA, 1939". "L’extraordinaire voyage inaugural d’une des grandes photographes du XXe siècle révélé pour la première fois. En 1939, à 17 ans, Ruth Orkin traverse seule les États-Unis avec son vélo, son appareil photo et seulement 25 $ en poche. Ce « bike trip » à travers les États-Unis, la mène de Los Angeles à New York où elle compte visiter l’exposition universelle. Sa traversée et son audace, exceptionnelles pour l’époque, suscitent la curiosité de la presse locale qui lui consacre de nombreux reportages lors de son passage. C’est au cours de cette épopée vélocipédique que Ruth Orkin esquisse les prémices de son écriture photographique. Ses photographies de scènes de rue, de bâtiments découpés par des jeux subtils de lumière, ses images poétiques et touchantes, dans lesquelles elle n’hésite pas à mettre en scène son destrier de métal, seront montrées pour la première fois en France à l’occasion d’une exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson. En 1951, devenue photographe professionnelle (après avoir été coursière pour les studios MGM !), Ruth Orkin réalisera son image la plus célèbre, American Girl in Italy, montrant une femme qui voyage seule, sous les regards des hommes qui l’entourent et occupent l’espace public, comme un clin d’œil à son expérience personnelle".

Dans l'introduction, Anne Morin souligne : "Ce qui passionne Ruth Orkin (1920-1985), c’est le cinéma, c’est l’image-mouvement, c’est le temps. Face à la difficulté de s'établir en tant que femme cinéaste aux États-Unis du début du XXe siècle, elle invente un langage visuel à la croisée de la photographie et du cinéma. Du road movie (**Bicycle Trip**, 1939) au roman photo (**American Girl in Italy**, 1951) en passant par des nombreux reportages et le montage du célèbre film **Little Fugitive** (précurseur de la Nouvelle Vague), ses séries emblématiques sont empreintes de théâtralité, de mouvement et de narration. Au-delà de l’image en mouvement et en deçà de l’image fixe, son écriture photographique imbrique constamment ces deux temporalités."
 
« Ruth Orkin, photographe oubliée hantée par le cinéma »
Arte diffuse sur son site Internet « Ruth Orkin, photographe oubliée hantée par le cinéma ».

« 40 ans après sa disparition, l’héritage de la photographe Ruth Orkin sort de l’ombre dans une exposition tournante en Europe consacrée à son héritage et le rêve de toute sa vie : le cinéma. Présenté à Stockholm Kulturhuset Stadsteatern jusqu’au 16 mars 2025 avant d’autres dates européennes, l'événement dévoile une grande artiste oubliée de l’Histoire, comme tant de ses consœurs. »

75 ans d'une icône
La célèbre photographie American Girl In Italy a été prise le 22 août 1951 à Florence. Pour son 75e anniversaire, Ruth Orkin Photo Archive édite un coffret en édition limitée, et distille des informations sur ce cliché : "l’image icône et huit images supplémentaires (dont une variante inédite d’American Girl in Italy) qui révèlent toute l’histoire de ce matin d’août dans l’Italie d’après-guerre. Le coffret comprend en outre deux photographies bonus et un essai commémoratif de Mary Engel. Avec une édition de 75 exemplaires, c’est la seule fois que ces tirages seront produits sous forme de collection dans ce format.
L’ensemble a été imprimé par LTI Lightside et a été organisé par Mary Engel et Stephen McCamman.
PHOTOGRAPHIES DU COFFRET
Tirages pigmentaires noir et blanc, 35,5 × 45,7 cm (14 × 18 po)
1. American Girl in Italy
2. American Girl in Italy (Variation) — jamais tirée auparavant
3. Couple in MG
4. Jinx in Goggles
5. Jinx and Carlo on Scooter
6. Jinx Sitting with the Locals
7. Jinx Staring at Statue
8. Jinx at American Express Office
9. Jinx and Justin at Cafe
10. Jinx Through the Beads
Photographies bonus
11. Ruth and Jinx on Balcony (photographe inconnu)
12. Planche-contact d’American Girl in Italy
 
DÉTAILS DU COFFRET
Tirage total : 75 exemplaires, plus épreuves d’artiste
Coffret portfolio de qualité muséale
Étiquette personnalisée portant le titre de la collection
Catalogue American Girl in Italy — DÉTAILS DES TIRAGES
Tirages pigmentaires d’archive sur papier Canson Baryta
Certificat d’authenticité signé par Mary Engel, directrice du Ruth Orkin Photo Archive
Signature de Ruth Orkin gaufrée à sec sur chaque tirage
Tampon de la collection du 75e anniversaire, au verso"
 
CONTACT
Mary Engel
Directrice, Ruth Orkin Photo Archive
Courriel : Orkinphoto@aol.com
www.orkinphoto.com
@ruthorkinphoto


France, Allemagne, 2025, 3 min
Image : Paul Rhys
Journaliste : Alexia Luquet
Disponible jusqu'au 15/01/2026

lundi 27 juillet 2026

« La marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir »

Le musée national de la Marine à Paris présente l’exposition « La marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir » accompagnée du 46e Salon de la Marine. « À l’occasion des 400 ans de la Marine, l’exposition explore, à travers près de 150 œuvres - Claude Gellée dit Le Lorrain, Joseph Vernet, Théodore Gudin, Antoine-Léon de Morel‑Fatio, Édouard Manet, Félix Ziem, Paul Signac, Albert Marquet, Mathurin Méheut, Marin‑Marie -, les liens entre création artistique, pouvoir et imaginaire maritime du XVIIe au XXe siècle, ainsi que la variété des statuts des peintres. »

« Dans le cadre de l’anniversaire des 400 ans de la Marine en 2026, le musée national de la Marine invite à poser un nouveau regard sur les peintres du XVIIe au XXe siècle qui ont été les témoins de l’évolution du monde maritime et de la conquête des mers. »

« Ce sujet méconnu du grand public, encore peu voire jamais abordé, est traité de manière chronologique à travers près de 150 peintures et plus de 90 artistes. La scénographie se déploie depuis l’essor de la Marine sous Louis XIII jusqu’aux visions modernes du siècle dernier, en assumant des accrochages denses et de grands formats immersifs. »

« À partir du XVIIe siècle, l’affirmation du pouvoir souverain se manifeste aussi à travers les arts. Alors que la spécificité du genre de la peinture de marine, rattaché au paysage, insuffle une nouvelle perception de la mer, des navires et des milieux maritimes, des peintres sont mobilisés à travers les époques pour magnifier les images de la Marine et de l’univers marin : Claude Gellée dit Le Lorrain, Joseph Vernet, Théodore Gudin, Antoine-Léon de Morel‑Fatio, Édouard Manet, Félix Ziem, Paul Signac, Albert Marquet, Mathurin Méheut ou encore Marin‑Marie. »

« Outre la diversité des genres, du pittoresque au drame historique, le parcours s’intéresse aux relations entre art et pouvoir, à travers la façon dont le monde militaire marin et l’Histoire navale ont été représentés. Le public est invité à comprendre les liens, parfois complexes, entre la Marine et les artistes, l’évolution de leurs rôles, la singularité de leurs parcours et la variété de leurs statuts : peintres pour les mers du roi, peintres de la Marine du roi, puis peintres inscrits en 1830 sur la liste des officiers de la Marine (on dit aussi « sur l’Annuaire de la Marine »), avant la création d’un statut de peintres du département de la Marine en 1920, préfiguration du corps des Peintres communément appelés désormais Peintres officiels de la Marine (POM), sans oublier ceux qui ont travaillé autour des institutions militaires et artistiques. »

Le commissariat de l’exposition est assuré par  Bertrand de Sainte-Marie, conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la Conservation du musée national de la Marine Inès d’Arche de Pessan, assistante de conservation, chargée de recherche et d'étude d'exposition au musée national de la Marine. 

Le Comité scientifique, placé sous la présidence de Thierry Gausseron et Marion Veyssière, directeur et directrice adjointe du musée national de la Marine, est composé de :
— Émilie Beck-Saiello, maîtresse de conférences en histoire de l’art moderne, université Sorbonne Paris Nord, laboratoire Pléiade, habilitée à diriger des recherches
— Contre-amiral (2s) François Bellec, de l’Académie de Marine
— Denis-Michel Boëll, conservateur général du patrimoine, ancien directeur adjoint du musée national de la Marine
— Jean‑Claude Boyer, chargé de recherche honoraire au CNRS
— Olivier Chaline, professeur d'histoire moderne, Sorbonne Université, directeur de la FED 4124 Histoire et archéologie maritimes
— Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la présidence du musée d’Orsay
— David Mandrella, historien de l’art
— Contre-amiral David Samson, président du jury du 46e Salon de la Marine, commandant du Pôle Écoles Méditerranée
— Magali Théron, maître de conférences en Histoire de l’art Moderne, Université d’Aix‑Marseille

Le musée propose une programmation culturelle : ateliers peinture, visites guidées, la conférence inaugurale « La Marine et les peintres » et celle « L'histoire maritime à travers les sortilèges de la peinture », et un salon littéraire en musique.

Le Colloque "Les marines avant la Marine" a été organisé en partenariat avec l'Académie de marine. « Si l'édit de Saint-Germain marque la naissance d'une Marine d'État en 1626, des éléments antérieurs ont joué un rôle dans sa mise en oeuvre par Richelieu. En parcourant près de 500 ans d'histoire, des Rôles d’Oléron (fin du XIIe siècle) jusqu'au XVIIe siècle, une dizaine d'intervenants raconteront comment la France a très tôt déployé des actions dans le domaine maritime. Des sujets multiples y ont été abordés :
— L'architecture et la construction navale au xive siècle
— Les coutumes et usages des gens de mer en France du Ponant à la fin du Moyen Âge
— La marine du Levant sous François Ier et Henri II
— Les antécédents des grands voyages d’exploration des xvie et xviie siècles
— L’information hydrographique et la cartographie marine en France avant Colbert
— Richelieu et la mer
— Les modèles de navires dans l'orfèvrerie européenne au xvie siècle
— Les marines avant la Marine dans les collections et la bibliothèque du musée national de la Marine ».

Avec la participation du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Prêteurs
— Angers, musée d'Angers
— Auxerre, musées d’Auxerre
— Baltimore, Baltimore Museum of Art
— Bordeaux, musée des Beaux-arts
— Caen, musée des Beaux-arts
— Cherbourg-en-Cotentin, bibliothèque Jacques Prévert
— Cherbourg-en-Cotentin, musée Thomas-Henry
— Clermont Auvergne Métropole, musée d'art Roger Quilliot
— Douai, musée de la Chartreuse
— Fontainebleau, château de Fontainebleau
— Guéret, musée d'art et d'archéologie
— Grenoble, musée de Grenoble
— La Rochelle, collection des musées d’Art et d’Histoire
— Londres, Royal Museums Greenwich
— Maisons-Laffitte, centre des monuments nationaux, château de Maisons-Laffitte
— Marseille, musée des Beaux-arts
— Narbonne, Palais-Musée des Archevêques
— Orléans, musée des Beaux-arts
— Paris, centre des monuments nationaux, Hôtel de la Marine
— Paris, centre national des arts plastiques
— Paris, collection du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères
— Paris, collection Sylvie David-Rivérieulx
— Paris, Madame Marguerite Louradour
— Paris, Monsieur des Acres de L’Aigle
— Paris, ministère des Anciens combattants / Marine nationale
— Paris, musée du Louvre, département des Peintures et des Arts graphiques
— Paris, musée d’Orsay
— Rouen, musée des Beaux-Arts
— Sceaux, Château de Sceaux, musée départemental
— Tours, musée des Beaux-Arts
— Versailles, Famille Boucher

Une exposition labellisée « 400 ans de la Marine », réalisée avec le soutien du Cercle Neptune, le club des mécènes du musée national de la Marine. 

Port-Louis – Machines des mers : Les inventions (extraordinaires) d’Henri Dupuy de Lôme
Du 22 mai au 15 novembre 2026
« La saison spéciale « L’appel des profondeurs » commencera à la Citadelle de Port-Louis par une exposition dédiée à Henri Dupuy de Lôme (1816-1885), concepteur du Gymnote, premier sous-marin opérationnel français, à qui l'ont doit également l'invention du procédé de la cuirasse. En écho aux 400 ans de la Marine, le musée proposera au public une immersion au cœur des grandes innovations qui ont transformé la marine française de la seconde moitié du XIXe siècle et ont permis d’affirmer la puissance navale de la France. »

Brest – Le dessous des mers. L’aventure de la cartographie sous-marine
Du 26 juin 2026 au 7 mars 2027
« Présentée au musée national de la Marine à Brest, la deuxième exposition du cycle thématique « L’appel des profondeurs » sera consacrée à l’histoire de la cartographie sous-marine et à l’évolution de ses enjeux au fil du temps. »

Rochefort – Au poste de plongée ! L’aventure des premiers submersibles
Du 25 septembre 2026 au 2 janvier 2028
« L’appel des profondeurs » à Rochefort sera l'occasion de s'intéresser aux origines des premiers navires submersibles militaires, dont l'histoire est intimement liée à l'arsenal charentais.

Toulon – Plongée(s) dans l'inconnu. L'aventure sous-marine en Méditerranée
Du 18 novembre 2026 au 27 juin 2027
« Dernier volet de la saison thématique « L’appel des profondeurs », l’exposition du musée national de la Marine à Toulon mettra en lumière l'un des berceaux de l'exploration des fonds marins : le littoral méditerranéen. »

Colloque "400 ans d'opérations navales"
Lundi 19 octobre, 9h-17h30
Auditorium, gratuit sur réservation
Le colloque se poursuit mardi 20 octobre à La Sorbonne
En partenariat avec la Marine nationale, le SHD, Sorbonne Université, l’École navale avec le soutien de la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA)
« Durant deux jours, ce colloque international invite à une réflexion sur quatre thématiques récurrentes des opérations navales : protéger, surveiller, perturber les routes maritimes ; frapper depuis la mer ; débarquer ; durer en opérations. Une dizaine de spécialistes de ces thématiques - marins, militaires, industriels, chercheurs, universitaires, historiens, économistes ou encore sociologues - échangeront sur les tendances, les lignes de force et les enseignements de ces enjeux, en associant la profondeur historique des 400 ans de la Marine à un regard contemporain, à la fois opérationnel, économique, historique, technique et social. »

Coédité par le Musée national de la Marine et les Éditions Sans égal, le catalogue de l’exposition "retrace quatre siècles d'art pictural consacré au fait naval français et révèle son rôle dans la construction de l'imaginaire et de l'histoire de la marine militaire. De Claude Lorrain à Marin-Marie, de Vernet à Manet et Signac, il explore les relations entre les peintres et le pouvoir à travers les représentations de l'histoire navale, et invite à redécouvrir les enjeux maritimes comme un territoire majeur de l'histoire de l'art." Il comprends 216 pages, 140 illustrations, et coûte 36 €.

Auteurs
Bertrand de Sainte-Marie, conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la Conservation au musée national de la Marine, et directeur de l'ouvrage
Inès d'Arche de Pessan, assistante de conservation, chargée de recherche et d’étude d’exposition au musée national de la Marine
Émilie Beck Saiello, maîtresse de conférences en histoire de l’art moderne, université Sorbonne Paris Nord, laboratoire Pléiade,
habilitée à diriger des recherches
François Bellec de l’Académie de marine
Denis-Michel Boëll, conservateur général du patrimoine, ancien directeur adjoint du musée national de la Marine
Jean-Claude Boyer, chargé de recherche honoraire au CNRS
Olivier Chaline, professeur d’histoire moderne, Sorbonne Université, directeur de la FED 4124 Histoire et archéologie maritimes
Benjamin Couilleaux, conservateur en chef du patrimoine, responsable du département décors, mobilier et arts décoratifs
au musée Carnavalet – Histoire de Paris
Marine Désormeau, chargée des collections de photographies, musée national de la Marine
Rémi Freyermuth, chef de la cellule conservation de la délégation au patrimoine de la Marine, Marine nationale
Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d’Orsay
David Mandrella, historien de l’art
Sarah Montebello, doctorante en Histoire, université Sorbonne Paris Nord, laboratoire Pléiade
François Robichon, professeur émérite d’histoire de l’art, spécialiste d’iconographie historique et militaire

Sommaire
— Le geste pictural et la Marine de France, de 1626 à 1870
Bertrand de Sainte-Marie
— Les enjeux d’une marine d’État
Olivier Chaline
— Peintres néerlandais de marines en France au Grand Siècle
David Mandrella
— Peindre la mer en France au xviiie siècle
Émilie Beck Saiello
— Peindre à la plage : Courbet, Boudin et Manet avant 1870
Stéphane Guégan
— La Marine nationale sous la Troisième République (1870-1914)
François Robichon
— Une spécificité française : les Peintres officiels de la Marine
François Bellec de l’Académie de marine


Parcours de l'exposition

« L’exposition suit une progression chrono-thématique et explore les enjeux historiques et esthétiques, selon les contextes politiques, militaires et académiques. Cette peinture de marine a connu des métamorphoses et des analyses critiques contrastées : cette expression hybride tributaire du paysage, à travers les influences nordiques et italiennes, conquiert une transcription de plus en plus sensible, impressionniste et imaginative de la mer. Elle se nourrit des codes de la peinture de bataille pour représenter les batailles navales historiques et modernes mais aussi de la rhétorique de la peinture savante qui mêle la fable et l’histoire, que ce soit pour des grands décors ou des portraits historiés.

L’apogée du fait moderne après la Révolution française se retrouve ainsi dans les peintures de bataille navale classique, dans le sillage du génie de Joseph Vernet au XVIIIe siècle. La bataille navale n’est pas la seule catégorie du genre naval. Le portrait de navire, la vue de port ou d’arsenal et surtout la fête maritime constituent les autres registres de ce répertoire où la Marine est célébrée ou à travers lesquels elle promeut ses équipements ou sublime les limites et les échecs du fait naval.  »

— 1626 : l’essor de la Marine française au service du pouvoir

« L’exposition commence en octobre 1626, lorsque le roi Louis XIII octroie au cardinal de Richelieu, son principal ministre depuis deux ans, la charge de « Grand Maître, Chef et Surintendant général de la navigation et commerce de France ».

« Avant cette date, il n’existe pas de véritable corps de la marine de guerre. La création d'une Marine permanente devient nécessaire, à la fois pour renforcer les frontières maritimes du royaume, mais aussi pour participer à la maîtrise des mers et se hisser au rang des grandes puissances du temps, aux côtés des Provinces-Unies, de l'Espagne, l'Angleterre, Venise ou l'Empire ottoman.»

« Louis XIII unifie et centralise le pouvoir sur mer. Il écarte, en faveur de Richelieu, les grands seigneurs amiraux tels que Charles Ier de Lorraine duc de Guise, amiral du Levant, qui assure la retraite de l'escadre anglaise à La Rochelle. Le cardinal Grand-Maître recrute des gentilshommes pour les former « au fait de la marine et de la navigation » et nomme à la tête de son escadre des officiers issus de l'Ordre de Malte. Le portrait immortalise ces princes et chevaliers marins comme le duc de Beaufort, Jean des Acres ou le chevalier Paul qui servent à la mer. »

« À la demande du roi et du cardinal, une rhétorique symbolique et allégorique du pouvoir se développe autour du maritime. Le cardinal s’approprie la figure d’Hercule et le symbole de l’ancre de marine. Le sujet naval bénéficie alors de la scène artistique parisienne marquée par une forte présence d’artistes nordiques, surtout flamands, qui maîtrisent la peinture de marine. »

Subdidit oceanum « Il a vaincu l’océan »
« Au milieu de la guerre de Trente Ans, le siège de La Rochelle (septembre 1627 - octobre 1628), place de sûreté du parti protestant soutenue par les Anglais, constitue une victoire militaire et politique majeure d’une grande portée artistique. Louis XIII, qui a conduit ce siège avec le cardinal de Richelieu, confie à Jacques Callot, en 1629, des gravures sur l’attaque du fort de Saint-Martin-de-Ré et le siège de La Rochelle. De nombreux peintres français, flamands et hollandais, anonymes ou non, s’inspirent de ce travail : vues à vol d’oiseau, paysage de marine et bataille terrestre et navale. »

« Le ravitaillement de l’Île de Ré par Claude de Razilly en 1627 est commandé plus tardivement par le roi et Richelieu à Claude Vignon, en 1642, pour en faire don à cet héroïque officier de marine, membre de l’Ordre de Malte, qui a soutenu le feu de l’escadre anglaise. Cette peinture est l’une des premières marines qui mêle le portrait mythologique, celui des époux Razilly, l’allégorie politique, avec l’inscription latine Subsidit oceanum, la bataille navale et le portrait du navire de guerre de haut-bord La Couronne, en service de 1637 à 1643. Ce mélange des sujets et des chronologies glorifie la politique navale du cardinal. »

« La fusion de la tradition nordique du paysage maritime et des paysages antiquisants italiens, qui atteignent leur sommet avec Claude Gellée dit Le Lorrain, trouve sa place à l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée à Paris en 1648, grâce aux « peintres du Roy pour les mers ».

— La magnificence de la puissance navale
« Après la victoire sur la Fronde et la mort du cardinal Mazarin, le jeune Louis XIV nomme Jean-Baptiste Colbert ministre, puis secrétaire d’État à la Marine en 1669, qui succède à l’intrépide duc de Beaufort. Colbert dote le royaume d’une puissante armée navale. »

« L’Académie royale de peinture et de sculpture accueille des artistes chargés de représenter les hauts faits maritimes du roi. Premier peintre du roi « pour les mers », Matthijs Van Plattenberg, dit Matthieu de Plattemontagne, né à Anvers en 1608, rejoint l’Académie dès 1648. Suivront le génois Francesco Maria Borzone et le hollandais Jan Karel Donatus van Beecq dont les batailles navales ornent les maisons royales. Charles Le Brun et Pierre Mignard rivalisent dans le langage allégorique maritime pour les décors du Louvre et de Versailles. »

«  Remarqué par le cardinal Mazarin, Jean-Baptiste de La Rose porte en 1667 le titre de « maître peintre entretenu par le Roy ». Ses vues de ports allient paysage italien, activités portuaires et réalisme topographique. Son succès sur les chantiers navals de Toulon et Marseille s’étend auprès des collectionneurs comme le secrétaire d’État à la Marine Colbert de Seignelay. La Rose et son fils Pascal exécutent aussi des décors intérieurs de vaisseaux. »

« Entre 1670 et 1680, cinquante-cinq peintres travaillent à l’arsenal de Toulon. L’esthétisation du fait naval est à son apogée. Pierre Puget et Jean Bérain fournissent des portraits de vaisseaux, notamment le Soleil royal, navire amiral qui participe à la victoire du Cap Béveziers sur les Anglo-hollandais en 1690 et connaît une fin tragique deux ans après. »

« La rareté des œuvres conservées de Jean-Baptiste de La Rose rend l’appréciation globale de son corpus difficile. Pourtant, Le Port de La Ciotat en 1664 illustre parfaitement sa technique et son inspiration classique, héritée de la tradition italienne portée par Claude Lorrain (1600-1682) et Salvator Rosa (1615-1673), dans la production duquel le paysage de marine est traité comme une fenêtre ouverte sur le monde. Dans cette toile, La Rose propose un paysage de marine rappelant les capriccio : l’artiste y dépeint une scène contemporaine ponctuée de ruines imaginaires, tout en y insérant des éléments topographiques reconnaissables de La Ciotat, à l’image du Bec de l’Aigle.
La Rose joue habilement avec les contrastes lumineux pour rythmer sa toile. La composition s’appuie sur une structure diagonale où les zones d’ombre s’opposent aux éclats de lumière, à l’instar du chantier naval à droite, guidant ainsi le regard vers les points névralgiques de l’activité portuaire. Au XVIIe siècle, ces vues de ports sont particulièrement prisées, autant pour leur esthétique que pour leur valeur de témoignage. Si le commanditaire demeure inconnu, la présence du chantier naval suggère une oeuvre destinée à un officier de haut rang, membre de la Marine royale. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Sarah Montebello,
Doctorante en histoire, université Sorbonne Paris Nord, laboratoire Pléiade

— Un moment de perfection de l’art pour la Marine royale
« Les bénéfices de la paix sous la Régence et au début du règne de Louis XV, puis les revers de la flotte française lors de la guerre de Sept Ans, reportent l’attention sur les ports qui symbolisent l'expansion économique. Si la marine de guerre apparaît dans les morceaux de réception académique, chez Adrien Manglard comme chez Joseph Vernet, la vogue des points de vue depuis le rivage répond au goût des amateurs et des marchands. Ce siècle est autant celui d’un art unissant grand genre, vraisemblance et naturel que celui des sciences, notamment en matière de navigation. »

« L’Académie royale de peinture et de sculpture accueille Vernet avec zèle. L’emblématique série des Ports de France de ce dernier, commandée en 1753 par Louis XV, met en image un rêve grandiose de prospérité et de puissance. Les suiveurs de Vernet tels que les frères Ozanne, ou encore Jean-François Hue, propagent l’art maritime et sont en faveur à la cour. »

« Le duc de Choiseul, nommé ministre de la Marine en 1761, amorce le redressement de la flotte qui s’accentue sous Louis XVI. Formé aux enjeux maritimes et féru d’expéditions lointaines, ce dernier confie la Marine au maréchal de Castries qui assure la victoire française lors de la guerre d’Indépendance américaine, grâce à des officiers tels que d’Estaing, Suffren, De Grasse, La Motte-Picquet ou Du Couëdic. L’officier de marine Auguste-Louis de Rossel, quittant sa carrière de marin pour la peinture, reçoit du roi la commande des victoires navales du conflit, inscrivant au pinceau cette revanche dans l’Histoire. »

« Le Combat naval de l’île de la Grenade, 6 juillet 1779 décrit la victoire de la France sur l'Angleterre lors d'un épisode célèbre de la guerre d’Indépendance américaine. En 1779, l'escadre commandée par le vice‑amiral Charles Henri d’Estaing livre une bataille contre les forces anglaises au large de Grenade, aux Antilles. La victoire de la Marine sur la Royal Navy permet de conquérir l'île de la Grenade et connaît un large écho en métropole. Répondant à une commande de Louis XVI, Jean-François Hue représente les derniers instants du combat, avec un grand souci de réalisme et d’exactitude historique. Au premier plan, un vaisseau anglais démâté navigue sous gréement de fortune ; tandis qu'au second plan, la ligne anglaise, rompue, fait face à la flotte française qui poursuit sa manoeuvre et montre ainsi son avantage durant l'affrontement. »
Source : Les Chroniques des Amis de Versailles - le magazine des amis du château

— La Marine et l’irruption de l’Histoire dans l’art
« La Révolution française ouvre un siècle passionné d’Histoire et d’actualité. Si la Marine révolutionnaire, puis impériale ne parvient pas à vaincre l’Angleterre, elle trouve dans la peinture de bataille navale le moyen de magnifier les actes de courage. Par le portrait, René Théodore Berthon célèbre le vice‑amiral Decrès, nommé ministre par Napoléon Ier, et Jean-François Millet décrit vers 1845 de manière naturaliste Aimable Gachot, lieutenant de vaisseau. Les héritiers de Vernet que sont Hue, Louis-Philippe Crépin et l’anversois Mathieu Ignace Van Brée mettent en scène la force navale de l’Empire. »

« Sous la Restauration, le romantisme sombre de Théodore Géricault s’empare du naufrage de la Méduse et projette le Salon de 1819 en pleine mer. Les peintures de marine et d’histoire navale (Crépin, Pierre-Julien Gilbert, Ambroise Louis Garneray) se nourrissent de la référence à Vernet, régénérée par l’énergie romantique (Théodore Gudin, Eugène Isabey, Paul Huet) et l’influence anglaise (John Constable, Richard Parkes Bonington, William Turner) lors du Salon de 1824 qui présente le portrait du duc d’Angoulême, Grand Amiral de France, en généralissime de l’armée d’Espagne. Corsaire devenu « peintre pour les marines » de ce dernier, Garneray peint les côtes et ports de France, pour la gravure et leur diffusion. »

« Après l’expédition d’Alger de juin 1830, Crépin et Théodore Gudin deviennent peintres du ministère de la Marine. Proche de Louis-Philippe d’Orléans, Gudin s’affirme en maître du fait naval. Eugène Delacroix et François‑Auguste Biard, pour le genre historique rétrospectif, et Horace Vernet, Gudin et Antoine‑Leon Morel-Fatio, pour les sujets navals, participent aux galeries historiques du château de Versailles que le roi Louis-Philippe conçoit en vue de la réconciliation nationale. La IIe République poursuit les commandes de peintures d’histoire, célèbre l’abolition de l’esclavage et consacre l’essor de la peinture de genre et de paysage. »

« En 1834, Louis-Philippe commande à Eugène Delacroix, pour la Galerie militaire du Musée historique du château de Versailles, ce portrait rétrospectif et historiciste du comte de Tourville, vice-amiral et maréchal de France et célèbre héros de la Marine royale de Louis XIV. Ce portrait reprend la sculpture représentant le vice-amiral et commandée par le comte d’Angiviller en 1779 qu’il ordonna à Houdon.
La pose de Tourville que lui réserve Delacroix est élégante et empreinte des manières de la Cour, malgré son armure, quand la sculpture de Houdon transcrit un Tourville fougueux et batailleur.
Ouvrant l’arrière-plan vers un paysage de marine au ciel nuageux aux accents romantiques, Delacroix aborde ici l’Histoire nationale à travers ce grand marin victorieux à Béveziers en 1690. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Bertrand de Sainte-Marie, conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la Conservation du musée national de la Marine

— L’ancre et le pinceau sous le Second Empire et la IIIe République
« L’arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte, qui devient Napoléon III en 1852, favorise les innovations techniques et scientifiques en matière navale. Jean-Baptiste Durand‑Brager, élève d’Isabey, peint cette renaissance de la flotte à l’occasion de la guerre de Crimée. Son élève Pierre-Émile de Crisenoy, à la suite de Morel-Fatio, devient en 1867 le deuxième et dernier peintre du ministère de la Marine sous le Second Empire. »

« Les commandes de tableaux valorisent les expéditions coloniales à travers le monde. La peinture d’histoire ou contemporaine navale hérite d’une tradition de composition équilibrée, offrant une vue large du champ de la scène, une vraisemblance visuelle et une lisibilité des navires. Elle évolue vers le genre, le décoratif et l’histoire sociale, confrontée à la révolution réaliste (Gustave Courbet, Édouard Manet), naturaliste et impressionniste, par la force du sujet moderne. La peinture militaire, genre nouveau qui s’affirme après 1870, s’attache à la figure du marin. »

« Le tableau de marine est vu par les critiques d’art comme un genre toujours assimilé au paysage et minoré dans les comptes rendus de Salon. Les thèmes traités par les peintres pour la Marine de la République sont la fête maritime, les parades d’escadres dans le cadre diplomatique, l’expansion coloniale et des événements tels que le décès de l’amiral Courbet, considéré comme un héros national. Les peintres illustrent aussi les stratégies navales, à l’image de Paul Jobert qui promeut le torpilleur. La IIIe République commande et achète ainsi des œuvres mettant sa flotte à l’honneur. »

« Pendant possible d’une Vue de Calais contemporaine, et preuve que le peintre se montre sensible à la politique portuaire du Second Empire, l’oeuvre du musée d’Orsay se distingue des autres marines réalisées au cours de ses nombreux séjours balnéaires. Sous un titre apocryphe qui convient mal à sa note presque endeuillée, elle confirme l’ouverture de la peinture de Manet à une véritable dimension sociale, moins caractérisée chez lui le plus souvent. En attente de leurs maris ou de leurs parents partis en mer, un groupe de femmes à coiffes traditionnelles, serrées les unes contre les autres, mobilisent potentiellement la compassion du spectateur. Inspirée par les nocturnes du XVIIe siècle flamand et hollandais, l’oeuvre, de facture souple et douce, associe amèrement l’angoisse des femmes et la nuit magnétique. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Stéphane Guégan, Conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d’Orsay

— Le statut des peintres et la diversité des inspirations
« La transition de la peinture d’histoire navale vers la peinture militaire se manifeste chez Léon Couturier qui s’attache à la figure du marin. À l’apogée de sa carrière, Félix Ziem peint, sous le soleil de Toulon comme son ami François Nardi, la visite du président Émile Loubet aux escadres en 1901. Charles Fouqueray, peintre voyageur de marine et d’histoire, Lucien Simon et Eugène-Louis Gillot s’impliquent dans la communauté des peintres de la mer. La nomination de Paul Signac comme peintre de la Marine en 1915 marque l’infléchissement en faveur des tendances postimpressionnistes, cézaniennes, fauves (Albert Marquet) et cubistes (André Lhote). »

« Pendant le conflit mondial, la Marine missionne les artistes dans les ports et l’armée navale. Le décret du 10 avril 1920 autorise le ministre de la Marine à décerner le titre de « Peintre de département de la Marine ». Les peintres peuvent ajouter une ancre à leur signature et effectuer des missions sur les navires et dans les ports. En 1931, Simon, Fouqueray, Jean-Louis Paguenaud et Du Gardier réalisent les décors du Cercle naval de Toulon. Albert Brenet et Marin‑Marie, embarqués dès les années 1930, poursuivent leurs missions après la Libération, tout en abordant différentes marines. Les représentations héroïques laissent place à de nouvelles expressions qui caractérisent une modernité picturale compatible avec les formules réalistes des sujets maritimes. De Charles Lapicque, engagé dans l’étude des couleurs, à Arnaud d'Hauterives et Michel Bez qui pratiquent un réalisme utopique, les pratiques se diversifient chez les artistes pour lesquels le décret de 1981 officialise le titre de « Peintre des armées, spécialité Marine ».

« Les jeunes années d’Albert Marquet entre Bordeaux et le bassin d’Arcachon influencent sa carrière de peintre des quais et du littoral. Grand voyageur, des rivages français aux pourtours du Proche‑Orient, Marquet célèbre les bords de Seine, les ports d’Europe et les littoraux du Maghreb.
Le Sergent de la coloniale représente, comme le trahit son uniforme à large galon d’or hérité de la Grande Armée, un plus modeste caporal-fourrier. Le modèle, à ce jour anonyme, pose avec autant de nonchalance que de distinction, assis sur un simple tabouret dans une pièce pour le moins dépouillée. La touche large, le coloris sombre et la silhouette cernée se découpant sur un fond neutre témoignent de la dette évidente de Marquet à l’égard de l’oeuvre de portraitiste d’Édouard Manet. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Benjamin Couilleaux, Conservateur en chef du patrimoine, responsable du département décors, mobilier et arts décoratifs au musée Carnavalet – Histoire de Paris

D’un Salon à l’autre : le processus de création du Salon de la Marine

« Depuis le XVIIe siècle, le Salon de peinture et de sculpture a consacré des carrières d’artistes et rythmé la vie des arts, jusqu’en 1881. La IIIe République met alors fin au monopole de l’Académie des beaux-arts sur le Salon, renommé Salon des artistes français. S’ensuit l’apparition d’autres sociétés d’artistes, comme la Société nationale des beaux-arts, le Salon des indépendants ou le Salon d’automne. »

« La plupart des peintres de la Marine ont participé au Salon officiel, puis aux suivants. Les artistes les plus attachés à la Marine fondent en 1900 une association amicale ayant pour but de créer un « Salon de la mer ». Fouqueray fonde en 1905 la Société des peintres de Marine afin d’aider « au développement de la marine française ». La Société nationale des beaux-arts de la mer est créée en 1924, à l’initiative du peintre Gillot, avec le haut patronage du ministre de la Marine Georges Leygues. Les artistes Philippe Dauchez et Simon s’y impliquent et Mathurin Méheut, Léon Haffner, Lucien-Victor Delpy, Auguste Matisse et Gustave Alaux participent à ces Salons tenus à la galerie Zivy, avenue Montaigne à Paris. »

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Vichy instrumentalise ces aspirations à des fins de propagande. Cette période s’accompagne également d'une guerre complexe des images, entre celles des artistes sollicités ou reconnus par le régime de Vichy, ceux qui rejoignent ou soutiennent les Forces navales françaises libres (FNFL) ou les défenseurs de la « Belle Marine » de 1939. C'est dans ce contexte qu'est inauguré en 1942 le premier Salon de la Marine, suivi en 1943 du deuxième Salon, organisé au musée national de la Marine qui a quitté Le Louvre pour le Palais de Chaillot. Après la Libération, les expositions et les Salons de la Marine au Palais de Chaillot reprennent. Le Salon témoigne depuis de la variété des expériences maritimes et des expressions artistiques modernes, de la persistance des sujets historicistes aux explorations individualistes, réalistes, hyperréalistes et abstraites. »

Peintres embarqués et reporters
« Les peintres du département de la Marine peuvent être embarqués sur les bâtiments de la flotte nationale et invités à la table des officiers. Les peintres‑reporters servent la cause de la Marine et certains sont correspondants de guerre : Delpy, Brenet, Marin-Marie ou Roger Chapelet. Méheut s’attache à la vie des communautés littorales, tandis que Brenet développe une vision objective du travail humain et prend part aux manoeuvres. Il cale son chevalet sur les navires de guerre français, sur un trois-mâts barque ou sur les remorqueurs de New‑York. Embarqué dès 1935 sur un cuirassé, il décrit par la gouache une des cinq tourelles doubles de la Provence pendant un exercice de pointage et de chargement. Éternel voyageur et hanté par les défis de l’océan, l’artiste suit les carénages et partage les quarts de nuit en haute mer. Embarqué avec le commandant Charcot à bord du Pourquoi pas ?, Marin-Marie peint d’après nature les mouvements de la mer. Signac, Fouqueray, Brenet et André Hambourg ont ainsi restitué sur le vif des centaines de motifs, d’expériences visuelles et de sensations sur leurs carnets lors de leurs voyages, opérations navales et explorations. Sans être peintre du département de la Marine, Jean Badeuil documente les missions de Jean-Baptiste Charcot à bord du Pourquoi Pas ? à partir de 1934 et jusqu’au naufrage de 1936. Son corps et sa boîte de couleurs sont retrouvés après le naufrage, impliquant concrètement l’art dans la dimension tragique de l’aventure humaine. »

Les collections en mouvement : restaurations, acquisitions, dépôts
« La peinture tient une place singulière dans les collections du musée. Au fil de l’histoire du premier musée naval, au sein du musée du Louvre, les peintures sont déjà présentes, parmi les modèles et les maquettes de navires. Elles le sont également dans les musées des arsenaux des ports. »

« L'exposition La Marine & les peintres. Quatre siècles d'art et de pouvoir a été l'occasion pour le musée de compléter et mieux connaître ce fonds. En effet, près de la moitié du corpus de l'exposition, soit plus de soixante pièces, provient des collections du musée. Parmi celles-ci, une quarantaine a fait l'objet de restaurations (peintures, arts graphiques et cadres). »

« Par ailleurs, le musée a enrichi son fonds grâce à l'acquisition de trois tableaux visibles dans l'exposition : Vue d'un port avec un navire en construction de Jean-Baptiste de La Rose (vers 1665) et Lancement d'un navire croiseur cuirassé à Toulon de Félix Ziem (deuxième quart du XIXe - début du XXe siècle). La préemption en vente publique du Portrait de Jean‑Paul de Saumeur, dit le Chevalier Paul (1597‑1667) permet de faire entrer dans les collections nationales le seul portrait connu (à l'exception d'un dessin à la sanguine conservé à la bibliothèque Méjanes d'Aix‑en-Provence) de cette grande figure des opérations navales françaises en Méditerranée et de la cour de Louis XIV. »

« Enfin, un dépôt exceptionnel de vingt-quatre peintures d'Ambroise Louis Garneray a été consenti par la Chambre de commerce et d'industrie régionale de Paris Ile‑de‑France, dont vingt‑trois sont présentées dans l'exposition. Cet ensemble s'inscrit dans une série, plus large, de vues de ports de France peintes au début du XIXe siècle, dans la lignée de la célèbre série de Joseph Vernet, réalisée un siècle plus tôt. »

46e Salon de la Marine

« Le 46e Salon de la Marine s’inscrit dans le cadre des 400 ans de la Marine nationale avec la thématique « 400 ans d’Art et de combat ». Il se tient du 13 mai au 2 août 2026, dans la continuité de l’exposition La Marine & les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir. »

« Unifiée et centralisée en 1626 par Louis XIII et le cardinal de Richelieu, la Marine de France protège les Français, sur tous les océans, depuis sa création. Ce sont quatre siècles d’engagement en mer, d’hommes et de femmes au service de la France, des Français et de leurs intérêts. 2026 marque ainsi le 400e anniversaire de la Marine nationale, célébré tout au long de l’année par de nombreuses manifestations qui mettront en avant cet héritage. »

« Le Salon est co-organisé par la Marine nationale avec le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), l’association des Peintres officiels de la Marine et le musée national de la Marine. »

« Comme à chaque édition, le Salon compte trois volets : — une exposition des oeuvres des Peintres officiels de la Marine (POM) en activité ;
— une exposition d’oeuvres sélectionnées sur dossier par un jury, ouverte à tous les artistes et à toutes les sensibilités et pratiques artistiques ;
— un hommage aux Peintres officiels de la Marine disparus depuis la précédente édition, qui s’était exceptionnellement tenue à Brest, en 2021. »

« Ce sont au total 84 oeuvres qui sont ici réunies, dont 43 sélectionnées par le jury à l’issue de l’appel à concours. Toutes illustrent ainsi la continuité d’une tradition d’artistes témoins de leur temps, célébrant l’audace, le courage, l’esprit d’équipage et la recherche permanente d’innovation hérités de 400 ans de combat naval. »

— Les Peintres officiels de la Marine : des artistes au service de la Marine
« Dès l’Ancien régime, des artistes reçoivent des commandes d’oeuvres qui célèbrent et décrivent la marine de guerre, ses figures, ses batailles et ses arsenaux. En 1830, pour la première fois, deux peintres, Louis-Philippe Crépin (1792-1851) et Théodore Gudin (1802-1880) sont officiellement attachés au ministère de la Marine. Cette décision n’est fondée sur aucun texte mais est pourtant à l’origine du corps actuel des Peintres officiels de la Marine. En 1920, un premier décret institue le statut de peintre du département de la Marine. Plusieurs fois remanié et désormais interarmées, c’est un décret du 2 avril 1981 qui officialise le titre de « Peintre des armées, spécialité Marine ». Ces derniers sont nommés par le ministre des Armées sur proposition du jury du Salon. Ils ont rang d’officier et peuvent porter l’uniforme mais sans galon. Par tradition, ils sont appelés « Maître », et ont le privilège de pouvoir embarquer sur les bâtiments de la Marine nationale. Il faut distinguer les peintres agréés, nommés pour trois ans renouvelables, des peintres titulaires, pouvant être nommés après trois agréments successifs. Le titre de « Peintre » doit être compris au sens large : il réunit aussi des graveurs, des sculpteurs, des photographes et des hommes de cinéma.
« On compte aujourd’hui trente-huit POM qui mettent leur talent au service du rayonnement de la Marine. Pour cette 46e édition, trente-trois d’entre eux présentent une oeuvre. »

— Les candidats exposants
« Le Salon expose, outre les oeuvres des Peintres officiels de la Marine, le travail d’autres artistes ayant proposé leur candidature au concours organisé à l’automne 2025 par la Marine nationale. Chaque artiste propose une oeuvre correspondant à la thématique du Salon. »

« Pour cette 46e édition, quarante-trois artistes ont été sélectionnés par un jury composé de représentants des mondes maritime et culturel et présidé par le contre-amiral David Samson. Leurs oeuvres traduisent la diversité des regards portés sur la Marine nationale et la mer tant par les techniques utilisées (peintures, arts graphiques, photographies, bandes dessinées, sculptures et oeuvres digitales) que par les scènes et interprétations choisies. »

« Parmi ces artistes, certains postulent au titre de Peintre de la Marine. Ils font l’objet d’une sélection par le jury du Salon qui se réunit une deuxième fois pendant la tenue du Salon. Un décret signé du ministre officialise la nomination des lauréats. Quelques artistes sont également sélectionnés par ce même jury pour se voir remettre une distinction ou un prix au regard de la qualité de l’oeuvre qu’ils ont exposée. »

Hommage aux peintres disparus
« Depuis le précédent Salon de la Marine, présenté à Brest en 2021, huit Peintres officiels de la Marine ont disparu. Une section spéciale leur rend hommage en exposant une oeuvre de chacun d'entre eux, témoignant de leur regard artistique singulier sur le monde, la mer, la Marine et la communauté des gens de mer. »
— André Bailhache (1942-2025)
— Michel Bernard (1931-2022)
— Michel Hertz (1933-2022)
— Michel Jouenne (1933-2021)
— Michel King (1930-2025)
— Ronan Olier (1949-2020)
— Jacques Perrin (1941-2022)
— Jean-Paul Tourbatez (1942-2025) »

⚓ L'ancre de Marine, un symbole pour les Peintres
« L’ancre est l’un des signes distinctifs des Peintres officiels de la Marine qu’ils peuvent accoler à la signature de leurs oeuvres ou à leur nom d’artiste. Ce privilège leur a été octroyé par décret, le 8 avril 1953. Cette ancre, symbole d’un amarrage fort, traduit leur attachement à la Marine nationale et au monde de la mer. »


Avant-propos 
Texte tiré du catalogue de l'exposition

 Thierry Gausseron
Directeur du musée national de la Marine

« Il y a plus de 400 ans que la Marine a noué un pacte avec les arts. Et ce n’est pas seulement parce que la mer a généralement inspiré poètes, musiciens et peintres, depuis Homère, Baudelaire, Debussy, Turner et Courbet…
La Marine française fut aussi elle-même une muse pour de nombreux artistes dont certains ont été membres de son équipage : Victor Segalen, Pierre Loti, Théodore Gudin ou Jean Cras pour ne citer que nos préférés.
Reflets et instruments de quatre siècles d’histoire nationale, les chefs-d’œuvre rassemblés pour la première fois dans l’exposition « La Marine & les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir » célèbrent judicieusement les noces d’un mariage somme toute assez exotique entre l’art et la Marine de guerre.
La Marine a également, en retour, eu recours aux artistes pour soigner son image, appelant les ornemanistes aux proues et aux poupes puis convoquant les Peintres officiels, « photojournalistes » de l’époque, pour la plus grande gloire du souverain et nos forces navales. L’État séducteur s’est ainsi appuyé sur la puissance universelle des images pour communiquer. De la même manière que l’art se met au service du politique, Trafalgar devient une bataille de pinceaux dans laquelle Turner et Mayer s’affrontent à quelques années d’écart par marines interposées pour le plaisir tranquille des visiteurs de musées français ou anglais : « Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d’apercevoir du rivage les périls d’autrui »…
Malgré l’avènement de la photographie au début du xixe siècle et de l’image animée un peu plus tard qui aurait pu décrédibiliser les modes de représentation anciens, les beaux-arts n’en ont toujours pas fini avec la Marine. Son instinct combattant n’a pas éteint son goût pour les arts. Car la Marine sait que l’artiste est capable d’atteindre les cœurs et que la peinture en particulier, au-delà de la réalité dont elle peut rendre compte de manière plus ou moins fidèle, peut se faire allégorie, susceptible de figurer une idée, une pensée et pas seulement un cuirassé. « Ceci n’est pas un bateau », aurait dit Magritte, mais l’image de la puissance navale. Une vérité artistique et politique à la fois. »

Bertrand de Sainte-Marie
Commissaire de l'exposition, conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la Conservation du musée national de la Marine

« J’avais été marin, j’étais peintre de marine. J’estime que la peinture de marines forme un genre distinct qui nécessite des études spéciales »1. Si le mot du grand peintre des sujets maritimes et navals qu’est Théodore Gudin résonne de manière encore si juste, il ne saurait couvrir tout le champ de cette exposition. Les célébrations des 400 ans de la Marine invitent en effet à rassembler des oeuvres extrêmement variées, au-delà des seules peintures de marines, en vue de montrer la relation entre la Marine combattante et protectrice et les peintres, depuis 1626, date de son établissement en tant que flotte pérenne et unifiée.
Les représentations picturales ont pris un nouvel essor à l’aune des évolutions des théories et de la pratique de la peinture, des explorations maritimes et du développement des flottes des États modernes dès le xvie siècle. Cette exposition inédite – le sujet naval en termes picturaux n’a jamais fait l’objet d’études scientifiques globales et approfondies – mêle étroitement art visuel, pouvoir, histoire nationale et enjeux navals. Le public peut y découvrir les oeuvres des artistes témoins de l’évolution du monde maritime et de la conquête des mers par la France du XVIIe siècle à la fin du XXe siècle. L’exposition propose ainsi un regard nouveau sur la diversité formelle et la fascination picturale, du pittoresque au drame historique, que ces artistes ont transmises au fil des siècles. Elle entend montrer ces représentations du monde militaire marin et de l’histoire navale et interroger les rapports complexes entre la Marine, le pouvoir et les artistes. Ces derniers s’ouvrent aussi à toutes les marines, à des dimensions plus sensibles de la mer et à la restitution du face à face physique avec son spectacle.
Dans un contexte où les mers sont redevenues des espaces de compétition et de conflits, les célébrations des 400 ans de la Marine française invitent à reconsidérer ce puissant attribut de la souveraineté au prisme de l’art et de l’histoire. Dès le XVIIe siècle, l’affirmation du pouvoir royal s’est accompagnée de la création d’un commandement maritime centralisé au service des intérêts de l’État. Cette politique de puissance s’est aussi manifestée à travers les arts, et grâce à des peintres aux statuts et aux dénominations variés selon les périodes : peintre pour les mers du roi, dessinateur et maître-peintre entretenu, peintre de paysages et de marines, peintre de marines du roi, peintre des batailles du département de la Guerre, peintre rattaché au ministère de la Marine, peintre du Département de la Marine et enfin peintre officiel de la Marine (POM), sans oublier ceux qui, sans avoir un de ces statuts, évoluent autour ou au sein des institutions militaires et artistiques. Ce développement de la peinture au service de la Marine, des ateliers des arsenaux aux cercles académiques, va traverser les courants artistiques du XIXe siècle puis les nouvelles tendances modernes, s’inscrivant dans les mutations, les fractures historiques et les tensions esthétiques, entre réalisme et abstraction, qui vont jalonner la modernité du XXe siècle.
L’exposition suit une progression chrono-thématique et explore les enjeux historiques et esthétiques, selon les contextes politiques, militaires et académiques. Cette peinture de marine a connu des métamorphoses et des analyses critiques contrastées : cette expression hybride tributaire du paysage, à travers les influences nordiques et italiennes, conquiert une transcription de plus en plus sensible, impressionniste et imaginative de la mer. Elle se nourrit des codes de la peinture de bataille pour représenter les batailles navales historiques et modernes mais aussi de la rhétorique de la peinture savante qui mêle la fable et l’histoire, que ce soit pour des grands décors ou des portraits historiés.
L’apogée du fait moderne après la Révolution française se retrouve ainsi dans les peintures de bataille navale classique, dans le sillage du génie de Joseph Vernet au XVIIIe siècle. La bataille navale n’est pas la seule catégorie du genre naval. Le portrait de navire, la vue de port ou d’arsenal et surtout la fête maritime constituent les autres registres de ce répertoire où la Marine est célébrée ou à travers lesquels elle promeut ses équipements ou sublime les limites et les échecs du fait naval.
À partir de 1870, la peinture de genre s’intéresse davantage à la condition sociale du marin et à la sensibilité maritime et envahit la peinture d’histoire, instaurant ainsi une peinture militaire plus spécialisée et moins soucieuse des grands panoramas grand genre.
Les codes de la bataille navale académique s’estompent au bénéfice d’un académisme pénétré par le genre et le renouvellement du style. N’oublions pas le portrait qui n’a de cesse, du XVIIe siècle au XXe siècle, d’exhiber la stature et l’expression des hommes de pouvoir et de commandement. Confrontée aux avant-gardes du XXe siècle, ces représentations évoluent tout en conservant leurs spécificités plastiques.
Alors que le développement de la navigation de plaisance, des stations balnéaires et des bains de mer va changer l'image des activités nautiques et de la mer, les artistes voués au théâtre de l'histoire navale et aux scènes de naufrage vont modifier aussi leur approche. À cette ouverture, sur le fond comme sur la forme des techniques employées, vont s’ajouter des fractures aussi bien historiques, pendant la Seconde Guerre mondiale, et même après, qu’esthétiques, à travers des choix parfois divergents entre les différents types de réalismes et les formules abstraites. S’ajoutent aussi les dimensions documentaires, la diffusion des images, le positionnement des artistes et de l’institution ainsi que l’art comme fruit d’une expérience embarquée. La conquête et la traversée des mers ont suscité également celle des images. Quand l’art révèle, dans la variété de ses formes et de ses moyens, la force de l’engagement et l’expérience individuelle du peintre, il offre au public ses mythes autant que sa part de transcription du réel. C’est cette part composite qu’une telle exposition hautement mémorielle entend restituer. »

1 Souvenirs du baron Gudin, peintre de la marine (1820-1870), publiés par Edmond Béraud, 1921, p. 33-34


Du 13 mai au 2 août 2026
Palais de Chaillot 
17, place du Trocadéro et du 11 Novembre. 75016 Paris 
Tel : 01 53 65 69 69
Ouvert tous les jours de 11h à 19h, sauf le mardi
Nocturne jusqu’à 22h le premier jeudi du mois
Visuels :
Affiche ci-contre
Combat de Gondelour, 20 juin 1783
Auguste Louis de Rossel, 1791,
© Musée national de la Marine/A. Fux
© Conception graphique : Studio Camille Guitton

Ravitaillement de l’île de Ré par Claude de Razilly, 1627
Claude Vignon (1593-1670), 1642
Huile sur toile, H. 162 x l. 202 cm
Paris, musée national de la Marine
© musée national de la Marine/P. Dantec

Matelots à bord du croiseur Desaix 
Etienne Berne-Bellecour, 1884 
© Musée national de la Marine/P.Dantec

Portrait de Jean-Paul de Saumeur, dit le Chevalier Paul (1597-1667)
Anonyme, vers 1660
Huile sur toile, H. 217,5 x l. 147 cm
Paris, musée national de la Marine
© musée national de la Marine/C. Rabourdin

Vue d’un port avec un navire en construction
Jean-Baptiste de La Rose (1612-1687), vers 1665
Huile sur toile, H. 45 x l. 70 cm
Paris, musée national de la Marine
Œuvre acquise avec le soutien de l’Association des Amis du musée national de la Marine (AAMM) en 2025
© musée national de la Marine/C. Rabourdin

Napoléon Ier et Marie-Louise assistent au lancement du vaisseau Le Friedland dans le port d'Anvers
Ignace Van Bree, 1810 
© GrandPalaisRmn (Château de Versailles) / Franck Raux 

Le Port de La Ciotat en 1664
Jean-Baptiste de La Rose (1612-1687), 1664
Huile sur toile, H. 115 x l. 191,5 cm
Paris, musée national de la Marine
© musée national de la Marine/P. Dantec

Manoeuvres navales à Toulon, juillet 1777
Chevalier Flotte de Saint-Joseph 
©Musée national de la Marine/P.Dantec

La flotte française se rendant de Cherbourg à Brest, 1858
Théodore Gudin, 1861
© musée national de la Marine/P.Dantec

Retour des cendres de l’Amiral Courbet aux Salins d’Hyères en 1885 sur le Bayard
Émile Mathon, 1885 
© musée national de la Marine/P. Dantec

Escadre en rade de Toulon, effet brumeux
François Nardi, 1895 
©Musée national de la Marine/A. Fux

Le Sergent de la coloniale
Albert Marquet (1875-1947), vers 1906
Huile sur toile, H. 81 x l. 65 cm
Bordeaux, musée des Beaux-arts
© Mairie de Bordeaux - Musée des Beaux-Arts – Photo F. Deval