Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 20 mai 2026

« Etty » de Hagai Levi

« Aux Pays-Bas sous occupation allemande, Etty Hillesum (1914-1943), étudiante juive anticonformiste, rencontre le psychologue Julius Spier, qui va bouleverser sa vie. Le scénariste et réalisateur Hagai Levi adapte le journal de cette jeune femme d’exception qui mourut en déportation. Série événement  d’une rare intensité, “Etty” retrace son cheminement intellectuel et l’éveil de sa conscience héroïque. »


« Dans un Amsterdam contemporain sous occupation nazie, Etty Hillesum 
(1914-1943), étudiante juive de 27 ans, animée par un profond désir de vivre, voit l’étau se resserrer peu à peu autour d’elle. Sa rencontre avec le thérapeute et bientôt amant Julius Spier, qui l’encourage à tenir un journal, va bouleverser sa vie. Sous l’impulsion de Julius Spier, elle a consigné dans un journal ses réflexions sur sa vie intime et le chaos de son époque durant les deux années qui ont précédé sa déportation à Auschwitz. retraçant avec minutie son cheminement intellectuel et l’éveil de sa conscience à ce qu’elle a nommé un "destin commun". Leur relation passionnée déclenche chez elle une métamorphose spirituelle, qui s’intensifie à mesure que se durcissent les persécutions antijuives, la menant à accomplir un acte de solidarité extraordinaire. »

« S’emparant librement des écrits d'Etty Hillesum, Néerlandaise juive anticonformiste, Hagai Levi retrace le destin sous l’occupation allemande. En six épisodes d'une rare intensité magnifiquement filmés, Hagai Levi ("BeTipul") donne vie aux écrits de cette singulière combattante, résistante de l'âme, retraçant avec minutie son cheminement intellectuel et l’éveil de sa conscience. »

« Etty s’offre ainsi comme le portrait lumineux d’une femme d’exception résolument moderne, au vibrant parcours humain et intellectuel. La série 
porte à notre connaissance une figure historique et littéraire à la notoriété encore confidentielle. C’est également l'histoire singulière d’un amour hors du commun, dans laquelle l’héroïne (vibrante Julia Windischbauer) voit le désir que lui inspire son thérapeute (Sebastian Koch, primé pour ses rôles dans La Vie des autres et L’Œuvre sans auteur) se muer en une transformation spirituelle, qui donne un tout autre sens à sa vie. »

« S’emparant librement des écrits d'Etty Hillesum, Hagai Levi ("BeTipul") retrace le destin sous l’occupation allemande de cette jeune femme d’exception. Le portrait intense et lumineux d'une héroïne moderne.  Frappé par la modernité du personnage d’Etty, Hagai Levi a fait le choix de libérer sa mise en scène du souci de la reconstitution historique, donnant à son odyssée intérieure une résonance puissamment actuelle ».

Série électionnée à la Mostra de Venise 2025 (hors compétition) et à Séries Mania 2026 (séance spéciale) 

En vertu d’un dispositif de diffusion exceptionnel, Etty est sorti en salles le 6 mai 2026 dans toute la France.

Premier épisode
 : « En proie à un mal-être persistant, Etty, sur les conseils de son amie Lizzie, consulte le psychologue et chirologue Julius Spier. » 

« En 1941, Amsterdam est occupé depuis peu par l’armée allemande. Etty Hillesum, étudiante en droit issue d’une famille juive russo-néerlandaise, est une jeune femme indépendante qui refuse les conventions de son temps. Nourrissant des ambitions littéraires, elle est aussi en proie à un mal-être persistant. »

« Le suicide de son professeur de langues slaves, qu'elle admire et qui a été brutalement chassé de l'université pour ses opinions communistes, accroît son désarroi. »

« Sur les conseils de son amie Lizzie, assistante du psychologue et chirologue Julius Spier, elle consulte ce thérapeute qui a fui l’Allemagne nazie, et propose une approche originale fondée sur l’analyse de la paume des mains. Leur rencontre va bouleverser leur vie. »

Deuxième épisode 
: « Après une séance orageuse, Julius Spier explique à Etty qu’elle doit continuer seule sa thérapie. »
« En visite chez ses parents à Deventer, la ville où elle a grandi à une centaine de kilomètres d’Amsterdam, Etty apprend la fugue de son frère Mischa, un jeune virtuose du piano, psychologiquement fragile. Après l’avoir retrouvée, elle lui propose de lui présenter le docteur Spier, dissimulant mal son propre désir de revoir ce dernier. »
« C’est l’occasion d’une confrontation désagréable avec le psychologue, puis d’un nouvel échange où il la pousse dans ses retranchements, avant de lui proposer de poursuivre sans lui son chemin thérapeutique… »

Troisième épisode
 : « Chassée de l’université par les mesures antisémites, Etty porte secours à Julius Spier, convoqué par la Gestapo. »
« Invitée à enregistrer et commenter des extraits de son journal intime par son ami Klaas Smelik, homme de radio et écrivain communiste, Etty en poursuit la lecture. Flashback : du jour au lendemain, les juifs se voient proscrits de la plupart des lieux publics, et Etty découvre qu'elle n'a plus le droit d'étudier à l'université. »
« Apprenant que Spier est convoqué à la Gestapo comme tous les étrangers juifs résidant à Amsterdam, elle s'y rend pour l'aider, à la demande de son amie Lizzie, qui doit s’occuper de ses filles désormais privées d’école. »
« À l'issue de cette épreuve, Julius se confie sur sa condition d’exilé et lui propose de remplacer Lizzie comme assistante à son cabinet. Jaloux et inquiet, Han, le logeur et amant d'Etty, l'enjoint de penser à sa propre sécurité. »

Quatrième épisode
 : « Alors que l’étau se resserre autour des juifs d’Amsterdam, Etty cherche un moyen de protéger Julius Spier, plus exposé qu’elle.é

Cinquième épisode
 : employée par le conseil juif d’Amsterdam, Etty se démène pour aider les juifs sans protection, de plus en plus nombreux à être envoyés au camp de Westerbork, et en préserver Julius Spier.

Dernier épisode
 : « Ayant échoué à convaincre Etty, qui pense qu’elle est enceinte, de se cacher chez lui, son ami Klaas Smelik l’emmène chez ses parents. »  


NOTE DU RÉALISATEUR HAGAI LEVI

« Il y a environ dix ans, alors que je traversais une période de confusion et d'impuissance, je suis tombé sur un petit livre en hébreu intitulé « Le ciel en moi – Les journaux d'Etty Hillesum ». Après des jours et des nuits de lecture passionnée, j'ai senti que j'avais trouvé quelque chose. Ce que j'ai trouvé, j'en parlerai toute ma vie. J'ai grandi dans la piété juive orthodoxe. À l'âge de 20 ans, lorsque j’ai quitté cette communauté, je l'ai fait avec force, avec violence. J'ai abandonné les questions sur Dieu, la foi et le sens de la vie. J'ai essayé de combler le vide qui en résultait – ainsi que l'anxiété et la dépression qui l'accompagnaient – par l'ambition, le travail, la réussite ; généralement en vain. Etty Hillesum m'a offert, à ce moment-là, une autre option : une religiosité différente, une nouvelle perception de Dieu, un autre type de foi et de sens qui rejette fermement toutes les formes de religion institutionnelle. 

Le journal intime de Etty Hillesum, écrit avec un talent rare et une honnêteté sans limite pendant 18 mois alors qu’Amsterdam est occupé par les nazis, se lit comme un voyage intérieur contemporain, celui d'une jeune femme moderne, urbaine, libre d'esprit, pleine d'humour et de sensualité. Au coeur du journal se trouve une sorte de bond en avant : une transformation rapide d'une jeune femme névrosée et égocentrique en une personne dotée d'un profond sens de l'autonomie. Ce processus est accéléré par la menace croissante à laquelle elle est confrontée en tant que femme juive, et influencé par son amant et mentor, le psycho-chirologue Julius Spier, mais il transcende les deux. À un certain moment, elle sait simplement que même si tout lui est enlevé - sa maison, sa liberté, voire sa vie - elle possède toujours un noyau intérieur solide, un endroit en elle qui ne peut jamais être perdu. 

Elle n'est ni une sainte ni une martyre : elle commence ce voyage comme l'un d'entre nous, ce qui permet à son histoire d'inspirer toute personne confrontée à une réalité apparemment désespérée. 

Je crois fermement qu'il est impossible, de nos jours, de raconter une autre histoire sur l'Holocauste sans s'efforcer de lui donner une pertinence universelle et contemporaine, et qu'elle doit être racontée dans un nouveau langage. 

Les idées d'Etty sont si cruciales et urgentes pour le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui qu'elles doivent s'affranchir du cadre historique de son histoire et toucher notre propre réalité vécue. Cela est d'autant plus vrai à la lumière des événements horribles qui ont bouleversé mon monde et la vie de millions de personnes au cours des deux dernières années. Le rejet sans compromis d'Etty de toute haine, même envers ses persécuteurs ; sa solidarité radicale avec les défavorisés ; sa capacité à créer un monde intérieur dans lequel l'âme reste libre en toutes circonstances ; et son extraordinaire courage moral - tous exprimés à travers le prisme intime de son expérience personnelle - ont apporté réconfort et sens à d'innombrables lecteurs au cours des 44 années qui ont suivi la publication de ses journaux intimes. Je suis l'un d'entre eux. J'espère que cette série permettra à ces journaux d'atteindre de nombreuses autres personnes. 

Avant tout, il s'agit d'une histoire d'amour : l'amour d'une jeune femme pour l'homme qui a éveillé son âme, et de cet éveil est né un amour pour la vie, pour Dieu et pour toute l'humanité, dans le sens le plus profond et le plus élevé qui soit. » 


« Le showrunner et réalisateur multirécompensé Hagai Levi brouille les frontières temporelles pour faire revivre avec intensité la jeune diariste d’Amsterdam et faire résonner au présent les enjeux existentiels auxquels elle a dû se confronter. Hagai Levi est entre autres le créateur de BeTipul, série adaptée maintes fois dans le monde et devenue sur ARTE En thérapie, et de The Affair, qui lui a valu un Golden Globe en 2015. Propos recueillis par Julia STECHERT ».

« À quand remonte votre désir de porter à l’écran les journaux d‘Etty Hillesum ?
Hagai Levi : Au moment où je les ai lus, il y a plus de dix ans, sur le conseil de mon analyste. Je me suis dit tout de suite que cette histoire devait être racontée. Mais le plus poignant dans ce qu’elle écrit, ce sont des idées, donc des abstractions. Qui plus est, il s’agit d’un journal intime, par définition quelque chose d’intérieur. Comment en faire un film ? Cela m’a pris des années pour me sentir prêt.

Comment décririez-vous « votre » Etty Hillesum ? 
Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est sa liberté, et combien elle semble moderne, et même contemporaine. On se sent de plain-pied avec elle, comme si ce qu’elle raconte se passait aujourd’hui dans une grande ville d’Europe. Au début du journal, elle apparaît comme une jeune femme ambitieuse, pleine de talent, qui rêve de devenir une grande écrivaine, ce qu’elle aurait probablement été si elle avait vécu. Sa vie intérieure est intense et sa vie affective aussi : elle a de multiples relations amoureuses, avec des hommes, des femmes, elle réfléchit beaucoup à ses liens sexuels et affectifs. Elle est intense et très drôle. Mais elle est aussi en proie à la névrose, à la dépression, au narcissisme, toutes choses familières à beaucoup d’entre nous, c’est pourquoi elle entreprend une thérapie. Je voulais abolir la distance avec elle, faire comprendre que sa vie, qu’elle a si magnifiquement racontée au jour le jour, ressemble à la mienne, à la nôtre, pour montrer ce qui reste un mystère : comment est-elle devenue cette personne non seulement héroïque face au nazisme, mais également habitée par la paix et l’amour de la vie ? En plongeant en elle-même, elle a trouvé une forme de plénitude, un centre qui lui appartient et ne peut lui être retiré, quelles que soient les circonstances, cela m’a paru à la fois exaltant et réconfortant. C’est rare de s’identifier fortement à quelqu’un d’aussi exceptionnel.

D’où votre refus de faire un film « d’époque » ?
On a tendance à se représenter l’Holocauste en noir et blanc mais je ne voulais pas faire un « film d’Holocauste » de plus. J’ai eu l’idée de rendre l’histoire d’Etty intemporelle, en l’inscrivant dans un moment proche, mais un peu antérieur à notre présent, comme les années 1980 – le téléphone portable n’existe pas encore. Les gens qui ont vécu le nazisme nous ressemblaient bien plus, à mon avis, qu’on ne le croit. Eux aussi pensaient appartenir à un monde moderne, où l’idéal démocratique progresserait. La beauté d’Amsterdam était la même qu’aujourd’hui. Au début de la série, l’occupation allemande n’empiète sur la vie d’Etty qu’à la marge, comme si elle vivait dans une bulle, dans le déni du danger et des horreurs qui se multiplient autour d’elle. En Israël, on connaît bien cette dichotomie intérieure. Des choses atroces se déroulent à quelques kilomètres mais on vit sa vie occidentale, somme toute confortable, et on s’y habitue. Ce phénomène se généralise. Aux Pays-Bas même, l’extrême droite est arrivée en tête des élections législatives en 2023. La question de l’immigration et de l’accueil des réfugiés, très importante dans la série, se pose aujourd’hui de la même façon partout dans le monde, Europe comprise.

Comment avez-vous procédé pour créer ce présent intemporel ?
Nous devions inventer un langage visuel qui indique la modernité sans la rattacher à une époque spécifique.
Les gens sont habillés en t-shirt et en jeans, oui, mais ça fait soixante-dix ans qu’on en porte. Les vêtements, les coiffures, les voitures, les trains… : nous devions créer un monde qui n’existait pas tout à fait et pour cela, chaque détail comptait. Amsterdam est très préservé, ce qui a beaucoup aidé. C’était important pour moi de montrer les lieux authentiques qu’Etty avait connus : nous avons tourné dans ces rues qu’elle parcourait à vélo, mais aussi dans les immeubles même qui abritaient alors la Gestapo et le Conseil juif de la ville. Nous avons aussi filmé les extérieurs autour de sa maison et de celle de Spier. Son appartement allait être complètement rénové au moment des repérages.
Nous l’avons recréé à Berlin fidèlement – en ajoutant quelques éléments modernes, comme pour la maison de Spier. Il fallait aussi qu’on voie ce qu’elle regardait par la fenêtre, cette esplanade si particulière, bordée au fond par le Rijksmuseum, qui n’a pas tellement changé.

Le casting a-t-il été difficile ?
Pendant des années, parce que je travaillais de plus en plus aux États-Unis, j’ai pensé tourner en anglais. Puis il m’est apparu impossible de ne pas faire entendre les langues d’Etty, le néerlandais et l’allemand. J’ai cherché d’abord aux Pays-Bas et en Allemagne, avant que le nom de Julia Windischbauer, qui était connue à Vienne comme actrice de théâtre, me soit suggéré. Dès la première rencontre, il y a eu une évidence : j’ai été frappé par son intelligence, et cette espèce de lumière intérieure qui semble n’appartenir qu’à elle. On a l’impression de voir les émotions palpiter sous sa peau. Ensuite, elle est partie de zéro pour apprendre le néerlandais, un défi qu’elle a merveilleusement surmonté. Tourner sans comprendre les mots en était un pour moi aussi. Deux personnes ayant contribué à la traduction des dialogues ont été mes « oreilles » pour la fidélité au texte et les nuances culturelles qui pouvaient m’échapper. Assez vite, j’ai constaté que j’arrivais moi-même à identifier beaucoup des paroles échangées – indépendamment de la qualité du jeu, qui va bien sûr très au-delà des mots. Décider quelle langue devait intervenir à quel moment, et traduire, a représenté en soi un long processus, mais je crois que ça en valait la peine. Quant à Sebastian Koch [Julius Spier], il avait le charisme, le charme, le mélange particulier d’autorité, d’intelligence et de chaleur qui étaient cruciaux pour le rôle.

Avez-vous souhaité transmettre un message en racontant l’histoire d’Etty ?
Ce n’est pas pour délivrer des messages que je raconte des histoires. Mais j’espère que sa force pourra inspirer le public ainsi qu’il en a été pour moi. Son rejet absolu de la haine et la générosité qu’elle a trouvée en elle-même sont plus nécessaires que jamais. Un des enjeux de la série est d’essayer de comprendre sa décision de ne pas se sauver, ni se cacher. Selon moi, il s’agit d’abord de solidarité. Elle ne souhaite pas profiter de ce qui pour elle relève de privilèges : ses liens avec des gens capables de l’aider à échapper au sort de son peuple. Justement parce que je ne la vois pas comme une sainte, cette position que beaucoup considèrent comme extrême m’a touché de façon intime. Etty refuse y compris de haïr les nazis. Au regard de notre présente réalité, c’est inouï. Mais je ressens personnellement combien toute haine constitue un poison. Comme elle l’a dit, « chaque atome de haine que nous ajoutons à ce monde le rend plus inhospitalier encore. »


« Han Wegerif
(Leopold Witte)
Propriétaire de la maison dans laquelle Etty loue une chambre d’étudiante, Han, veuf de 65 ans, est devenu son amant. Cette relation librement consentie convient à Etty, qui ne souhaite pas se marier. D’un tempérament égal et rassurant, Han, de son côté, l’aime avec sincérité. Constatant qu’elle est prête à se mettre en danger alors que les persécutions contre les juifs s’aggravent de jour en jour à Amsterdam, il l’exhorte à préserver sa vie.

Lizzie Blom
(Claire Bender)
Proche amie d’Etty, juive elle aussi, Lizzie a pris un chemin de vie différent : mariée, deux enfants, elle a arrêté ses études pour travailler comme assistante dans le cabinet du docteur Spier.
C’est elle qui suggère à Etty de le consulter pour tenter une thérapie. La voyant tomber amoureuse de lui, elle commence par s’inquiéter, mais leur amitié et leur sort commun de proscrites les maintiennent liées. Face au durcissement des mesures antisémites, Lizzie va cependant devoir faire un autre choix.

Etty Hillesum
(Julia Windischbauer)
Néerlandaise par son père, russe par sa mère, Etty vient d’une famille juive non pratiquante. 
L’instabilité de ses parents et la maladie mentale de son frère lui ont toujours fait penser que son mal-être était génétique. Anticonformiste, elle nourrit de hautes ambitions intellectuelles et a pour amant un homme plus âgé, son logeur Han. Sa rencontre avec le docteur Julius Spier provoque en elle un véritable séisme, la poussant à sortir d’elle-même.

Klaas Smelik
(Gijs Naber)
Écrivain communiste révolutionnaire, Klaas Smelik a été un amant de jeunesse d’Etty, avant de nouer avec elle une solide amitié, entre autres intellectuelle. Alors que l’occupation allemande met à l’épreuve son esprit de résistance, il invite Etty à lire son journal intime dans l’émission de radio qu’il continue d’enregistrer, « Le fil rouge ». C’est l’occasion pour lui de découvrir le changement profond qui s’est opéré en elle.

Julius Spier
(Sebastian Koch)
Juif allemand, formé à la psychologie par le célèbre Carl Gustav Jung, Julius Spier s’est spécialisé dans la chirologie, une approche thérapeutique fondée sur la lecture de la morphologie et des lignes de la main. Fuyant le régime nazi, il a ouvert un cabinet à Amsterdam, où sa pratique et son charisme suscitent l’enthousiasme d’un cercle de disciples lorsqu’il fait la connaissance d’une nouvelle patiente, Etty. Bien qu’il s’efforce de la contenir dans un cadre thérapeutique, cette rencontre bouleverse sa vie. »


« Etty » de Hagai Levi
Une série créée par Hagai Levi  
France/Allemagne/Pays-Bas, 2025, 6x52’
Production : Les Films du Poisson, Komplizen Serien, Topkapi Series, Quiddity, ARTE France, SWR
Producteurs : Yaël Fogiel, Laetitia Gonzalez, Jonas Dornbach, Frans van Gestel, Eilon Ratskovsky, Ossi Nishri, Hagai Levi, David Keitsch, Janine Jackowski, Sebastian Korteweg, Laurette Schillings
Auteure : Etty Hillesum
Scénario : Hagai Levi  
Image : Martijn van Broekhuizen
Montage : Yael Hersonski, Asaf Korman
Musique : Volker Bertelmann, Raffael Seyfried, Ben Winkler
Chargés de programme : Adrienne Fréjacques, Uta Cappel, Manfred Hattendorf, Brigitte Dithard
Avec Julia Windischbauer, Sebastian Koch, Leopold Witte, Gijs Naber, Claire Bender, 
Avec Julia Windischbauer (Etty Hillesum), Sebastian Koch (Julius Spier), Claire Bender (Lizzie Blom), Leopold Witte (Han Wegerif), Bart Klever (Van Donker), Gijs Naber (Klaas Smelik), Evgenia Dodina  
Sur ARTE les jeudis 21 et 28 mai 2026 à 21 heures
1er épisode (52 min) : le jeudi 21 mai 2026 à 20 h 55
2e épisode (42 min) : le jeudi 21 mai 2026 à 21 h 50
3e épisode (55 min) : le jeudi 21 mai 2026 à 22 h 35
4e épisode (74 min) : le jeudi 28 mai 2026 à 20 h 55
5e épisode (57 min) : le jeudi 28 mai 2026 à 22 h 10
6e épisode (49 min) : le jeudi 28 mai 2026 à 23 h 10
Sur arte.tv du 13 mai au 12 novembre 2026
Visuels : © Reiner Bajo

mardi 19 mai 2026

Pierre Goldman (1944-1979)

Pierre Goldman (1944-1979) était un militant d'extrême-gauche ayant choisi la violence et le banditisme, ainsi qu'un écrivain et journaliste juif français. Dans deux procès, il a été jugé pour le meurtre de deux pharmaciennes et en a été finalement innocenté judiciairement - un livre récent a allégué sa culpabilité. 
Arte diffusera le 20 mai 2026 à 20 h 55 « Le procès Goldman » de Cédric Kahn avec Arieh Worthalter, Arthur Harari, Stéphan Guérin-Tillié, Nicolas Briançon, Aurélien Chaussade, Chloé Lecerf.

« Louise Weiss, une femme pour l’Europe » par Jacques Malaterre 
J'ai évoqué certaines de mes analyses lors de mon interview sur Radio J le 27 avril 2012
« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama 
Les mutilations génitales féminines
« La femme, la république et le bon Dieu » d’Olivia Cattan et d’Isabelle Lévy

Documentaires sur l'avortement sur Arte 

Pierre Goldman est né le 22 juin 1944 à Lyon 7e (Rhône) de parents juifs résistants communistes. Après la Libération, ses parents se séparent. Son père se remarie et l'élève, ainsi que les trois enfants issus de son remariage, dont le futur chanteur, compositeur et parolier Jean-Jacques Goldman.

Étudiant à la Sorbonne, il milite entre 1962 et 1968 dans les services d'ordre de syndicats et groupes étudiants de gauche ou gauchistes (UEC, UNEF, Front universitaire antifasciste). Il se rend en Amérique latine, notamment au Venezuela, pour participer à des mouvements révolutionnaires, de guérilla.

De retour en France, il commet des vols à main armée en décembre 1969. Le 8 avril 1970, il est interpellé par la police. Il est accusé de trois agressions à main armée et du meurtre, en décembre 1969, de deux pharmaciennes lors d'une tentative de cambriolage. Le 14 décembre 1974, la cour d'assises de Paris le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité avec circonstances atténuantes. Intellectuels, politiciens et artistes se mobilisent en sa faveur ; pour l'extrême-gauche française, il s'agissait de montrer, qu'à la différence des homologues italien et allemand, elle n'avait pas sombré dans la violence après mai 1968. En 1975, la Cour de cassation casse ce jugement pour vice de forme. En 1976, lors du second procès à Amiens, Pierre Goldman est acquitté au pénal du meurtre des deux pharmaciennes, mais il est condamné au civil à indemniser les ayants-droits des victimes.

En prison, il rédige une autobiographie, éditée peu avant son second procès et intitulée Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France. Un succès critique et public. Il y retrace l'histoire de ses parents, héros de la résistance juive communiste en France, et évoque son aspiration à reproduire leur exemple, mais dans une ère de paix et de démocratie.

Libéré, il gagne sa vie comme journaliste à Libération.

Il est assassiné le 20 septembre 1979 à Paris. Son assassinat est revendiqué par un groupe qui serait d'extrême droite, « Honneur de la Police ». Le mystère demeure sur l'auteur et la motivation du meurtre.
Le 27 septembre 1979, plus de 10 000 personnes assistent aux funérailles au cimetière du Père-Lachaise.

Documentaires et essais sont consacrés à Pierre Goldman, et l'un d'eux allègue l'hypothèse de la culpabilité de Pierre Goldman.

« Le procès Goldman »
Arte diffusera le 20 mai 2026 à 20 h 55 « Le procès Goldman » de Cédric Kahn.

« Pierre Goldman contre le reste du monde... Au mitan des années 1970, le procès de ce rebelle d’extrême gauche accusé de meurtre marqua la France par sa portée politique. Cédric Kahn en tire un huis clos saisissant, transcendé par la composition magnétique d’Arieh Worthalter. »

« Avril 1976. Le jeune avocat Georges Kiejman doit défendre Pierre Goldman, militant d’extrême gauche condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour quatre braquages à main armée, dont un ayant entraîné la mort de deux pharmaciennes. Mais à quelques jours de ce second procès aux assises d’Amiens, le provocateur Goldman, caractériel, se montre de plus en plus hostile à son défenseur, jusqu’à souhaiter le dessaisir. Alors qu’il risque la peine capitale, il rend l’issue du procès incertaine. »

« Avec la reconstitution de ce fameux procès, Cédric Kahn tire le portrait d’une époque à son crépuscule, celle des élans révolutionnaires des années 1960-1970. »

« Alors que les eighties imposeront bientôt leur cynisme matérialiste, les dérives de Pierre Goldman, demi-frère du chanteur, illustrent l’échec des utopies libertaires finissant en impasse dans le prétoire d’un tribunal d’assises. »

« Hâbleur, insoumis, en perpétuelle colère contre les institutions (surtout policières), celui qui était devenu l'icône de la gauche intellectuelle – et qui sera assassiné à Paris en 1979 – apparaît pourtant comme un écorché vif hors du commun, pétri de valeurs et de faiblesses paradoxales. »

« Autour de ce fascinant pôle magnétique, le réalisateur de Roberto Succo et d’Une vie meilleure compose un huis clos de très haute volée, où le spectateur voit son intime conviction vaciller au rythme des offensives de la défense ou de l’accusation. »

« D’une puissance presque animale, l’interprétation d’un Arieh Worthalter volcanique, à la rébellion difficilement contenue par le subtil Arthur Harari en maître Kiejman, mérite amplement ses trois prix de meilleur acteur octroyés par le cinéma français en 2024. »

Meilleur acteur (Arieh Worthalter), César 2024, Lumières 2024 et Magritte 2024


ENTRETIEN AVEC CÉDRIC KAHN 

« Quelle est la genèse de ce film ? 
J’ai découvert Pierre Goldman, il y a une quinzaine d’années par son livre, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France. Ce qui me saute aux yeux, ce n’est pas son innocence, c’est sa langue, extraordinaire. Son style, sa dialectique, sa pensée. Je me dis qu’il faut faire quelque chose de ce livre, au cinéma. Il me semble que la grande oeuvre de Goldman, c’est son acquittement, dont le livre est le catalyseur. La gauche de l’époque s’est emballée pour cet ouvrage, a organisé des comités de soutien, ce qui a créé un contexte très particulier au second procès. En-dehors de cela, la vie de Goldman, c’est une série d’échecs, de drames, de renoncements. J’écarte donc la piste d’un biopic et je me dis que le film à faire, c’est le procès. 

Comment l’idée du film refait-elle surface ? 
Le projet se réactive par la rencontre fortuite avec la scénariste Nathalie Hertzberg, avec qui j’avais été en contact au moment où j’avais découvert le livre et qui avait même commencé un travail de documentation à cette époque. Le lendemain de cette rencontre, je me dis qu’il faut baser ce film sur le second procès ! J’appelle Nathalie, on boit un café, elle est archi-partante ! Elle réactive ses réseaux : Michael Prazan (auteur d’une biographie de Goldman), Georges Kiejman et Francis Chouraqui, ses avocats… Puis, Nathalie s’attèle seule à la reconstitution du procès avec des articles de journaux, un travail de fourmi de plus de 300 pages ! Une sorte de bloc de glaise à sculpter. On s’est ensuite enfermés tous les deux et on a écrit le scénario à partir de toute cette matière en respectant plus ou moins la scénarisation naturelle du procès. 

Les dialogues sont-ils fidèles aux minutes du procès ou avez-vous réécrit un peu ? 
D’abord, on a mélangé les deux procès. On a pioché aussi dans son livre, on a intégré des éléments qui ont été découverts après le procès… On a pris pas mal de libertés, mais en même temps, on est restés très fidèles : la plaidoirie de Kiejman est quasiment la même au mot près, celle de l’avocat général aussi. 

Ce film n’est-il pas autant sur la complexité de rendre la justice que sur Goldman ? 
Complètement, c’est ce qui m’a passionné. Je voulais que le spectateur soit dans la peau d’un juré et qu’il puisse au fur et à mesure des débats se forger sa propre opinion. 
Faute de preuves, et c’est le cas de l’affaire Goldman, il ne reste que le langage. Le langage dans l’arène d’un procès sert à fabriquer du point de vue, de la conviction, et c’est vertigineux ! Un procès, c’est un match de langage, c’est de la pure dialectique. Le sujet de ce film, c’est la dialectique. 
Le livre de Goldman ne t’avait pas convaincu de son innocence : en voyant le film, on en est convaincu, grâce à son charisme, mais aussi à l’intensité et la conviction de son interprète, Arieh Worthalter. 
Goldman dit « je suis innocent parce que je suis innocent ». Cette phrase était mon premier titre pour le film. J’ai renoncé parce que ç’aurait été un titre trop abstrait, mais quelle phrase ! Mais ce que tu dis sur Arieh est le plus bel hommage qu’on puisse rendre à un acteur. Arieh est tellement habité qu’il nous donne accès à toute la complexité de Goldman. En abordant le rôle, il ne m’a posé qu’une seule question : il est innocent, ou pas ? Je n’avais pas de réponse, car c’est la question du film. Mais j’ai dit à Arieh que pour lui, il n’y avait pas d’hésitation à avoir : il devait le jouer innocent.

Le dialogue du début entre Kiejman et Chouraqui est-il inventé ? 
Oui. C’est une scène imaginaire. Ce qui est vrai, ce sont les lettres : Goldman a vraiment voulu le virer à une semaine du procès. Kiejman l’a défendu dans ce contexte d’hostilité et de défiance et ça ne fait qu’augmenter son mérite. 

Le style épuré de la mise en scène était-il pensé dès le début ? 
C’était inscrit dans le projet dès le départ ! Quand j’ai parlé à Nathalie Hertzberg et à Benjamin Elalouf, le producteur, d’un film basé uniquement sur le procès, ça signifiait aussi pour moi naturellement pas de musique, pas de flashbacks, « à l’os ». Ce n’était pas pour des raisons cinématographiques mais éthiques. Si on avait commencé à mettre des flashbacks ou de la musique, on aurait créé du point de vue, de l’empathie. Or, je voulais que le spectateur soit dans la position du juré. La forme devait donc être la plus sèche possible. Dans ce film, il n’y avait pas d’espace pour la fioriture. C’est le sujet qui a dicté la forme. Je voulais montrer l’art oratoire d’un procès et la difficulté de rendre la justice. Ce qui est intéressant dans l’affaire Goldman, c’est qu’elle n’est, au fond, pas élucidée. Ce qui m’a intéressé, c’est que la vérité nous échappe, voire même que différentes vérités se télescopent. Les témoins sont tous troublants, qu’ils soient à charge ou à décharge. Chacun est heurté dans sa conviction. Un procès, ce sont des vérités et des vies au mètre carré. Le jeune veuf qui raconte comment il a retrouvé sa femme ensanglantée n’apporte rien de décisif au dossier, mais il est bouleversant. 

Le Procès Goldman raconte une affaire remontant à cinquante ans et pourtant, le film résonne fortement avec aujourd’hui. Par exemple sur la question de la police. 
Pendant l’écriture, ça nous est apparu flagrant que la sociologie de l’époque était la même qu’aujourd’hui. La société est fracturée de la même manière entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite. Sur la police, Goldman est très radical alors que Kiejman représente une pensée plus centriste : il dit en gros que certains policiers sont racistes, mais que l’institution ne l’est pas. Quant à l’avocat de la partie civile, il dit qu’il parle au nom de la France, la vraie, celle des honnêtes gens, face à l’intelligentsia parisienne d’extrême-gauche, ça résonne aussi : l’idée de l’élite contre le peuple, Paris contre la province, etc., tout y était déjà. 

Le film résonne aussi parce qu’il montre la complexité nécessaire de la justice, à une époque où la justice expéditive des réseaux sociaux fait des dégâts. 
Je pense que de tout temps, le commentaire journalistique a eu une influence sur l’issue des débats. Ce qui se passe à l’extérieur du tribunal a une influence sur les décisions des jurés. Dans le cas de Goldman, c’est évident : on a lu toute la presse de l’époque, elle avait clairement pris fait et cause pour lui. Si la presse s’était emballée dans le sens inverse, contre Goldman, il n’aurait peut-être pas été disculpé des deux meurtres. L’engagement de Simone Signoret, de Régis Debray, des people de l’époque, tout cela a joué, c’est évident. 
Ce qui est sûr, c’est que je déteste le tribunal médiatique, qu’il se tienne dans la presse ou sur Internet. Il existe plein de militants de diverses causes qui considèrent que la justice ne fait pas son boulot et qui ont recours au lynchage médiatique. Je trouve ça très dangereux. Quand une affaire sort, c’est fini, la personne accusée est grillée, définitivement morte socialement, qu’elle soit coupable ou innocente. 
Sur ce plan, le film est un hommage puissant à l’état de droit. La justice en tant qu’institution de notre démocratie ne sort-elle pas grandie de ce film, même si ce procès possède aussi ses zones d’ombre ? 
La justice, je ne sais pas, mais ceux qui la rendent, oui sûrement. Goldman a été disculpé faute de preuves et de ce point de vue-là, c’est indiscutable. 

Dans ce théâtre de la justice, Pierre Goldman est un « acteur » sensationnel, une « star ». 
Je voulais que le spectateur soit dans le doute par rapport à lui. Mais je voulais lui donner sa chance. Les figurants dans la salle ne connaissaient pas le scénario, et on a tourné dans l’ordre chronologique du procès. À mi-tournage, j’ai demandé à quelqu’un de faire un micro-trottoir avec des interviews des spectateurs dans la salle de tribunal. On leur demandait si pour eux, Goldman était innocent ou coupable. Très souvent, ils répondaient qu’ils avaient envie qu’il soit innocent. Cette réponse, c’est la définition du charisme. Goldman avait ce charisme qui embarquait les gens. Ce qui est incroyable, c’est que Goldman a embarqué tout le monde il y a cinquante ans, et qu’Arieh réussit à embarquer tout le monde aujourd’hui ! La magie de Goldman a réopéré !

Une autre question importante du film, c’est la judéité. 
La judéité, oui, mais je dirais surtout la question d’être « un enfant de la Shoah », comme Goldman se définissait. C’est là évidemment un aspect très important de son histoire. La question se cristallise dans l’antagonisme entre Goldman et Kiejman, qui sont deux enfants de la Shoah, mais avec deux destins diamétralement opposés. Goldman était le « Juif maudit » et Kiejman le « Juif résilient ». Kiejman a transformé son origine en puissance positive de réussite. Les deux étaient aussi des enfants de Juifs communistes, leurs parents étaient sortis de la religion. C’est ce que raconte le père, Alter, sur la mère biologique de Pierre : élevée par des Juifs pieux, elle est devenue militante communiste. Cet éloignement de la religion au nom de l’idéal communiste, c’est fondamental dans l’histoire des Juifs ashkénazes de Pologne. Puis du communisme à la résistance, il n’y avait qu’un pas. Goldman le dit : « je voulais être comme mes parents, un héros, c’est pour cela que je suis parti faire la guérilla au Venezuela… ». Il était écrasé par l’histoire de ses parents, il en était l’héritier, mais sans le contexte, et avec beaucoup de failles dans sa personnalité. Beaucoup de gens issus de cette histoire ont eu des destins compliqués. 

Goldman dit à un moment « nègre et juif, c’est la même chose ». Ça aussi, ça résonne. 
Goldman était très en avance sur cette question de la concurrence mémorielle. Tout de suite, il avait compris la proximité entre tous les opprimés. D’ailleurs, il ne vivait qu’avec des Noirs, comme je le montre dans le film. Ça élargit le film et les questions que soulève ce procès. C’est important, je n’aurais pas voulu faire un film strictement judéo-juif. Goldman disait de lui-même qu’il était un Juif noir. 

Tu as respecté la terminologie de l’époque avec le mot « nègre » qui pourrait être mal reçu aujourd’hui. Mais, il est prononcé par Goldman dans son sens noble, dans la lignée de Césaire ou Senghor. 
J’ai beaucoup hésité, mais j’ai fait le choix de rester fidèle à la parole de Goldman. Dans son livre, il écrit « je rêvais que mes enfants soient des juifs au sang nègre ». Phrase magnifique. 
Visuellement, le film se passe en huis clos, comme sur une scène de théâtre. Dans ce contexte particulier, comment s’est passé le travail avec ton chef opérateur, Patrick Ghiringhelli ? 
Le dispositif du tournage était le suivant : salle pleine, tournage très court, réactions du public en direct, trois caméras en permanence. On était entre un tournage classique et une captation. Je n’ai jamais mis en scène les réactions du public. J’ai juste donné à chaque groupe une indication de départ : vous, vous êtes les gauchistes fans de Goldman, vous, vous êtes les potes antillais, vous, vous êtes les victimes accablées, vous, vous êtes côté flics… et c’est tout. Je n’ai rien dit de plus, chacun suivait les débats et réagissait en fonction du groupe auquel il appartenait. J’entendais à l’oreille et à l’intensité les réactions, si les comédiens étaient bons ou pas. Du vrai direct ! 
Le décor a été entièrement fabriqué sur un terrain de tennis. C’était éclairé en haut par une verrière, en lumière naturelle. On faisait beaucoup de prises pour pouvoir filmer tout le monde, chaque séquence a été tournée en moyenne entre vingt et trente fois ! A chaque prise, on replaçait les caméras pour filmer ce qu’on n’avait pas encore filmé. Moi, je regardais mes trois écrans et je dirigeais chaque cadreur en live avec un dispositif d’oreillette. J’étais un peu dans la position d’un réalisateur de direct sportif ! La mise en scène dépend finalement beaucoup de ce qu’on met en place en amont. Avec le temps, je finis par croire plus au dispositif qu’à la mise en scène. 

Tu avais donc beaucoup de matériau à trier et rythmer avec ton monteur, le grand Yann Dedet ? 
On avait des rushes à n’en plus finir, on était découragés avant de commencer ! On s’y est mis tranquillement, on a tout regardé avec nos trois écrans en parallèle. On disait « caméra B, caméra A, etc. ». On a présélectionné tous les morceaux qui nous intéressaient, et à partir de cette matière, on a commencé le montage. Un travail ultra-minutieux, parce que privilégier la parole s’est avéré un énorme travail. Il fallait trouver le point d’équilibre de l’image pour que l’écoute soit parfaite. On a beaucoup monté en fermant les yeux. 
On a fait ça main dans la main avec Yann, le partenaire idéal. 

Il me semble que la force du film vient aussi des acteurs, tous extraordinaires, des premiers rôles aux figurants. 
Avec Antoine Carrard, mon directeur de casting, c’était évident que la crédibilité de la reconstitution du procès découlerait du fait qu’il n’y ait aucun acteur connu dans le film sans hiérarchie entre les figurants, les silhouettes et les acteurs. Un tournage communiste ! 

Comment as-tu choisi Arieh ? 
Au bout de trois phrases en lecture, j’aurais pu lui dire « arrête, c’est bon ! ». C’était une évidence. Il avait tout pour jouer Goldman : le physique, l’intellect, la puissance. Le mot qui me vient spontanément pour résumer le travail d’Arieh, c’est la densité. Dans tout ce qu’il fait, il amène cette densité. On le voit dès le premier plan, quand il est assis dans sa cellule, les yeux en l’air. Ce que j’aimais aussi, c’est qu’on l’entend avant de le voir, grâce à ses lettres. On entend la parole du personnage et on comprend sa psyché complexe avant même de voir son visage. Comme si la voix du vrai Goldman précédait l’acteur. Et Arieh donne un corps et un visage très convaincants à cette voix. Pendant le tournage, il était très autonome, je n’ai pas eu besoin de lui donner beaucoup d’indications. Je dirais de lui qu’il a joué Goldman avec sa propre histoire. 

Georges Kiejman est joué par Arthur Harari, un cinéaste-acteur, comme toi. Il ressemble physiquement à Kiejman et fait lui aussi un travail magnifique. 
Comme Kiejman, Arthur est un aigle physiquement et dans la pensée. Il est éloquent, précis, cérébral. Je pense qu’il donne un portrait très fidèle de ce qu’était Kiejman : grande intelligence, contrôle de ses émotions. On s’est rencontrés en plein confinement, sur un banc de square. J’ai vu mentalement son visage s’emboîter dans celui de Kiejman. Georges Kiejman nous a ouvert sa porte, raconté son procès, exprimé sa bienveillance. Il nous a quitté il y’a quelques jours. J’espère que le film rend hommage à son talent et son intelligence. 

Nicolas Briançon joue l’avocat Garraud, qui défend brillamment le camp de la police et des victimes. 
Il jouait le méchant dans un de mes films, L’Avion. Lui aussi était évident pour moi. C’est un acteur au sens noble du terme ce qui est parfait pour jouer un avocat. Mais ils sont tous très bons. Stéphane Guérin-Tillié qui joue le président, Aurélien Chaussade qui joue l’avocat général… Ils ont des partitions très denses et s’en sortent remarquablement. 

Les deux autres avocats de Goldman sont aussi très bons, et Chloé Lecerf qui joue l’épouse de Goldman est bouleversante… 
J’ai le sentiment qu’elle défendait quelque chose au-delà du rôle, tout comme Arieh : un honneur, une histoire… Ce n’est pas rien de jouer une femme noire confrontée à la justice des Blancs. Maxime Tshibangu, qui joue Lautric, est également formidable, très émouvant, il fait partie de la troupe de théâtre de Joël Pommerat. Paul Jeanson, qui joue l’agent qui s’est fait tirer dessus, est tout aussi convaincant. Priscilla Martin, qui joue la jeune femme qui se fait rabaisser par Kiejman dans une séquence où passent le mépris de classe et la domination masculine, est incroyable également. Sa scène est un plan-séquence de six minutes. 
Jerzy Radziwilowicz, qui joue Alter Goldman, est venu exprès de Pologne pour faire ce film : il avait une seule scène et il est resté trois semaines sur une banquette ! J’imagine qu’il a accepté ce rôle, parce qu’il y avait un truc fort à défendre. Sa scène est la pierre angulaire du film. 
On a eu des acteurs qui viennent de tout horizons et un véritable effet de troupe. 

Les figurants qui n’ont pas de texte sont bons aussi. 
Oui. Ulysse Dutilloy, qui fait Jean-Jacques Goldman, a pris son rôle très au sérieux. La femme qui joue la belle-mère de Pierre Goldman, Ruth, est très émouvante, juste par les regards. Le groupe des Antillais, le sosie de Régis Debray, etc. Impossible de citer tout le monde, mais ils sont tous essentiels au film. 

Ce qui frappe, c’est que ce film très épuré, presque minimaliste, revêt pourtant une densité thématique extrêmement forte. 
Ce film parle de la justice, de sa complexité, il parle des enfants de la Shoah, de la condition noire, mais aussi des petits Blancs, ceux qui se sentent rabaissés, méprisés parce qu’ils n’ont pas les mots. Eux aussi ont le droit à leur vérité, au respect de ce qu’ils ont vécu. Je n’aime pas beaucoup les idées de Garraud, l’avocat des victimes, mais il faut reconnaître qu’il dit parfois des choses assez justes. Ce procès était un microcosme précis de la société française de l’époque, une époque où la justice était blanche et masculine, et d’une certaine manière rien n’a vraiment changé. »


« Le procès Goldman » de Cédric Kahn
France, 2023, 1 h 51 mn
Production : Moonshaker Films, Tropdebonheur Productions
Producteurs : Benjamin Elalouf
Scénario : Nathalie Hertzberg, Cédric Kahn
Image : Patrick Ghiringhelli
Montage : Yann Dedet
Avec Arieh Worthalter (Pierre Goldman), Arthur Harari (Maître Kiejman), Stéphan Guérin-Tillié (Le président), Nicolas Briançon (Maître Garaud), Aurélien Chaussade (L'avocat général), Chloé Lecerf (Christiane)
Sur Arte les 20 mai 2026 à 20 h 55, 07 juin 2026 à 0 h 40
Sur arte.tv du 20/05/2026 au 18/06/2026
Visuels : © Moonshaker