Lalo Schifrin (1932-2025) était un compositeur prolifique, arrangeur, pianiste et chef d'orchestre argentino-américain. Formé à la musique classique, notamment au Conservatoire de musique de Paris, il s'oriente vers le jazz et, dans les années 1960, vers la composition de musique de films (Bullitt, L'Inspecteur Harry, Opération dragon…) ou séries télévisées (Mission impossible, Mannix, Starsky et Hutch, etc.) qui le rendent célèbre. Lalo Schifrin a été une "passerelle artistique" entre diverses formes de musique : du classique au jazz, via des rythmes d'Amérique latine. Arte diffuse sur son site Internet « Lalo Schifrin : Mission : Impossible, Mannix... », concert filmé le 3 février 2023 dans l’Auditorium de Radio France à Paris, et « Les B.O. de Lalo Schifrin » de Thierry Jousse.
Paul Dessau (1894-1979)
Saleem Ashkar
Daniel Barenboim
Le camp de Theresienstadt ou Terezín
« L’Empereur de l’Atlantide », de Viktor Ullmann et Peter Kien
« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger
Frédéric Chopin, la Note bleue
« L’Empereur de l’Atlantide », de Viktor Ullmann et Peter Kien
« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger
Frédéric Chopin, la Note bleue
« Un virtuose sans égal. Le violoniste Jascha Heifetz » par Peter Rosen
« Hello I am David. Un voyage avec David Helfgott » par Cosima Lange
« Hello I am David. Un voyage avec David Helfgott » par Cosima Lange
Yehudi Menuhin (1916-1999), violoniste et chef d’orchestre
Ennio Morricone (1928-2020)
Jacques Offenbach (1819-1880)
Murray Perahia, pianiste et chef d’orchestre
Itzhak Perlman
Ennio Morricone (1928-2020)
Jacques Offenbach (1819-1880)
Murray Perahia, pianiste et chef d’orchestre
Itzhak Perlman
« Arthur Rubinstein » de Marie-Claire Margossian et « Arthur Rubinstein interprète Chopin, Concerto pour piano n° 2 »
« Sur la route de Jérusalem avec Jordi Savall. La ville des deux paix » par Michael Beyer
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz« Sur la route de Jérusalem avec Jordi Savall. La ville des deux paix » par Michael Beyer
« Richard Wagner et les Juifs » de Hilan Warshaw
« Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny » de Kurt Weill et Bertolt Brecht
Alexander von Zemlinsky (1871-1942)
« Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny » de Kurt Weill et Bertolt Brecht
Alexander von Zemlinsky (1871-1942)
Boris Claudio « Lalo » Schifrin (1932-2025) était né à Buenos Aires (Argentine) dans une famille d'artistes : son père juif Luis était premier violon et chef du prestigieux orchestre philharmonique de l'opéra de Buenos Aires (Argentine), le Teatro Colón, et son oncle était violoncelliste. « Ma grand-mère allait à la synagogue et parfois j’y allais aussi, mais mon père n’avait pas le temps car il était toujours occupé par la musique », avait-il confié. Il décrivait sa mère Clara (née Slifquin), issue d’une famille de musiciens, comme « une mère formidable, une maîtresse de maison exemplaire ». Du côté maternelle, "il y avait des origines mi-juives, mi-catholiques, mais, expliqua-t-il, sa mère « s'est convertie au judaïsme ». Il y avait une pointe d'agacement dans sa voix lorsqu'il évoqua comment un oncle et une tante de sa famille maternelle avaient un jour tenté de le convertir au catholicisme."
Il commença le piano à cinq ans et étudia avec Enrique Barenboim, père du chef d’orchestre et pianiste de concert Daniel Barenboim .
Âgé de 9 ans, il interprète la « Rhapsody in Blue » de Gershwin au Teatro Colón, sous la direction d'Erich Kleiber.
Curieux, il découvre secrètement le tango et devient cinéphile par attrait aussi pour la bande-son des films.
Adolescent, il se forme au Colegio Nacional de Buenos Aires et se passionne pour le jazz." Il décrivit l'écoute de Louis Armstrong, Fats Waller, Charlie Parker et Dizzy Gillespie comme « une véritable conversion… ce fut le chemin de Damas ».
Parallèlement à ses études en Droit et Sociologie, Lalo Schifrin a pour professeur de piano Andreas Karalis, ancien directeur du Conservatoire de Kiev (Ukraine), puis de composition Juan Carlos Paz.
En 1952, Lalo Schifrin réussit, au consulat français de Buenos Aires, le concours d'entrée du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, et bénéficie d'une bourse d'études pour continuer ses études à Paris. Là, tout en étudiant auprès notamment d'Olivier Messiaen et Charles Koechlin, il gagne sa vie en jouant dans des orchestres de jazz, en particulier au Club Saint Germain. Il joue aussi avec son concitoyen Astor Piazzolla. Il apprécie les rythmes cubains, alors en vogue, et les intègre dans son style de jazz. Il fréquente aussi la Cinémathèque française.
Il débute comme pianiste de jazz et compositeur pour le label d'Eddie Barclay, et arrangeur musical pour RCA France. Il enregistre des disques de musique latine pour les disques Vogue ou le label d'Eddie Barclay.
En 1955, Lalo Schifrin représente l’Argentine au Festival international de Jazz de Paris.
En 1956, Lalo Schifrin, de retour en Argentine pour « des raisons familiales et économiques », fonde, avec quinze autres musiciens dont Gato Barbieri, son orchestre de jazz invité à la radio et la télévision argentines. Et il compose deux musiques de film, dont celle d'El Jefe de Fernando Ayala, distingué par le Prix du meilleur film argentin.
"Après avoir assisté à un concert donné par Dizzy Gillespie et l'orchestre du Département d'État à l'ambassade des États-Unis à Buenos Aires, il joua avec son propre orchestre lors d'un dîner en l'honneur de Gillespie. Ce dernier l'invita à venir aux États-Unis". Au bout de deux ans, Lalo Schifrin obtient enfin un visa pour les Etats-Unis et se rend à New-York en septembre 1958. Durant cette attente, l'orchestre de musique latine « populaire » de Xavier Cugat le recrute comme pianiste remplaçant et arrangeur. Ce n'est qu'en 1959 que la Fédération américaine des musiciens l'autorise à être pianiste du quintette de Dizzy Gillespie (1960-1962). Lalo Schifrin écrit pour Gillespie des pièces ou arrangements pour grandes formations ; un travail couronné par le succès du disque Gillespiana (1960), nommé aux Grammy Awards, puis de The New Continent (1962). Epuisé par les tournées avec Dizzy Gillespie, Lalo Schifrin met un terme à sa collaboration à la fin 1962.
Selon l'auteur Matthew Karush, Lalo Schifrin contribue à populariser la bossa nova aux États-Unis par plusieurs albums.
Via Clarence Avant, Il devient arrangeur pour le label Verve Records - pour Stan Getz, Count Basie, Sarah Vaughan, Jimmy Smith, Luiz Bonfá, Cal Tjade, etc. - et la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), propriétaire du label. Ayant apprécié un de ses albums de Bossa Nova, Arnold Maxim, membre du conseil d'administration de la MGM, le recommande pour la musique du « petit » film Sur la piste du rhino blanc (Rhino!), "un drame sur les rhinocéros blancs en voie de disparition en Afrique". Avec son épouse, Lalo Schifrin se fixe à Los Angeles, fin 1963.
En 1964, ce francophone compose la musique du film Les Félins de René Clément avec Alain Delon et Jane Fonda : « René Clément m’a permis de révéler ce potentiel, de combiner musique symphonique, jazz et électronique. Si l’on compare ma carrière cinématographique à une maison, Les Félins en sont les fondations. »
Dès 1965, Lalo Schifrin crée "plus de cent musiques de films et près de quatre-vingt-dix musiques de séries télévisées et téléfilms, en mélangeant la musique classique et le jazz et en appliquant la technique du contrepoint musical afin de combiner le son et les images". Selon le journal Le Monde, « [à] l'inverse d'autres compositeurs au style toujours identifiable, Lalo Schifrin s'adapte particulièrement à la scène et à l'ambiance qu'il doit illustrer. C'est dans les films policiers et d'espionnage qu'il se montre le plus brillant ». Il a composé la musique de Bullitt, L'Inspecteur Harry, Opération dragon…
En 1966, Bruce Geller, producteur, scénariste et réalisateur de séries télévisées, demande à Lalo Schifrin de composer la bande-son, puis un générique mémorable pour la série Mission impossible. Lalo Schifrin crée un air à cinq temps rapide, annonçant un danger - "le motif du thème – deux temps longs suivis de deux temps courts – épelle les lettres « M » et « I » en morse" -, mondialement célèbre qui lui vaut un Grammy Award. En 1967, pour le même producteur, il élabore le générique de la série populaire Mannix.
En 1971, il crée un opéra rock, opéra rock, Rock Requiem.
Lalo Schifrin "connaît cependant une déception d’importance avec le film L’Exorciste (1973), pour lequel la musique qu’il avait écrite, jugée trop stressante par le public des projections-tests, est jetée au panier. À la télévision, il prend en charge la première version du générique de Starsky et Hutch ainsi que celui du feuilleton inspiré par la série de films La Planète des singes".
Lalo Schifrin a mis son talent au service de films importants, dont Le Kid de Cincinnati (1965) de Norman Jewison avec Steve McQueen et Edward G. Robinson, Luke la main froide de Stuart Rosenberg avec Newman (1967), le film de cape et d'épée Les Quatre Mousquetaires de Richard Lester, et les drames de la Seconde Guerre mondiale Hell in the Pacific (1968) de John Boorman et The Eagle Has Landed (1976) de John Sturges. Il a contribué à l'atmosphère angoissante d'Amityville : La Maison du diable de Stuart Rosenberg (1979). Il a créé la musique du drame carcéral Brubaker de Stuart Rosenberg (1980) avec Robert Redford et du thriller de la guerre froide Le Quatrième Protocole de John Mackenzie (1987) avec Michael Caine. Il a noué une collaboration artistique fructueuse avec un autre amateur de jazz, l'acteur et réalisateur Clint Eastwood.
Dans les années 1960, Lalo Schifrin compose des symphonies et, surtout dans la décennie 1980, conduit en parallèle une carrière de chef d'orchestre et compositeur de musique « classique ». Il écrit plus de soixante compositions dont Invocations, Concerto pour contrebasse, Concertos pour piano Nos. 1 & 2, Pulsations, Résonances… Il dirige ou supervise des concerts lyriques ou classiques à Paris, Londres, Los Angeles ou Vienne.
En 1988, signe de son éclectisme, il crée l'album d'ethnomusicologie Cantos Aztecas chanté en langue aztèque, le nahuatl, par Plácido Domingo et enregistré durant un concert devant la pyramide de la Lune de Teotihuacan au Mexique.
Après 1990 à Rome et 1994 à Los Angeles, Lalo Schifrin est pour la troisième fois, en 1998, l'arrangeur des concerts « Les Trois Ténors » réunissant les ténors Plácido Domingo, José Carreras et Luciano Pavarotti. Ces concerts ont lieu durant des Coupes du monde de football.
En 1990, Lalo Schifrin se rend professionnellement en Israël. Il y avait rencontré notamment Rita Kleinstein et Dudu Fisher. Interrogé sur sa judéité, il a répondu : « Eh bien, je dois te dire que lorsque je suis allé en Israël pour la première fois, j’ai ressenti quelque chose en voyant que les policiers portaient l’étoile de David sur leurs uniformes. Je veux dire, ça m’a vraiment marqué. » Lalo Schifrin a dirigé l'orchestre philharmonique d'Israël.
"En 1997, son épouse Donna fonde le label musical Aleph Records, qui lui permet de se consacrer à des enregistrements de projets personnels, revenant notamment au Jazz avec les compositions « Jazz to Hollywood » ou « Latin Jazz Suite », et réalisant de nouveaux enregistrements de ses grands succès. En 1998, il a l’opportunité de composer la musique d’un nouveau très gros succès au box-office, avec Rush Hour, où sa musique vient rythmer les pitreries de Jackie Chan et Chris Tucker : il se charge en 2001 et 2007 des deux suites de ce hit surprise, tout en continuant de composer pour d’autres films (Bronx à Bel-Air, Le Pont du Roi Saint-Louis…). Le caractère très reconnaissable de ses musiques de film leur vaut d’être par ailleurs fréquemment samplé par des artistes de Hip-Hop ou de Trip-Hop, signe de l’ampleur de son influence culturelle".
Aleph records a publié la musique composée par Lalo Schifrin pour le film d'horreur Abominable (2006), réalisé par son fils Ryan Schifrin, né de son second mariage avec Donna. D'un premier mariage, Lalo Schifrin a eu deux enfants : William Schifrin, scénariste, et Frances Schifrin, styliste
En avril 2025, "la dernière œuvre majeure de Schifrin a été créée au Teatro Colón. Il s'agissait de « Vive la liberté », une symphonie de 35 minutes écrite en collaboration avec le compositeur argentin Rod Schejtman et dédiée à leur patrie."
« La mission d’un compositeur est de trouver le son d’un film et de bâtir un score (une partition, ndlr) sur sa résonance », expliquait Lalo Schifrin en 2001 aux Inrocks. Selon lui, la composition pour le cinéma s’apparente au travail de contrepoint, où la musique apporte une nuance que le cinéaste n’a pas filmée.
Lalo Schifrin a gagné quatre Grammy Awards (sur dix-neuf nominations) et a été sélectionné pour quatre Emmy Awards. Depuis 1988, il a une étoile sur la Hollywood Walk of Fame.
« Je ne sais pas si j’ai mérité la carrière qui fut la mienne. Ma vie n’est qu’une succession de rencontres faites au bon endroit et au bon moment », disait l'artiste à 84 ans.
Cinémathèque française
En 2016, la Cinémathèque française a rendu hommage à Lalo Schifrin. Stéphane Lerouge, restaurateur de bandes originales de films et concepteur de la collection discographique Ecoutez le cinéma ! au sein d'Universal Music France, et Bernard Benoliel, directeur de l'action culturelle et éducative à la Cinémathèque française, ont écrit sur cet « homme-orchestre » :
« Je ne cesse de le dire, et ce n'est pas un snobisme : j'ai grandi dans la musique classique mais j'ai choisi les deux arts du XXe siècle, le cinéma et le jazz. Dès que j'ai pu, j'ai réalisé un croisement des formes d'expression dans lesquelles je me suis plongé. C'est comme une combinaison chimique : les matières mixées forment une troisième matière. » De même, la singularité de Lalo Schifrin sur l'échiquier de la musique d'aujourd'hui réside dans une triple culture, celle d'un Argentin aimanté par la terre promise hollywoodienne, après un passage essentiel par la France. En clair, les territoires de Schifrin sont autant géographiques que musicaux. Parlez-lui de Stravinski, il vous répondra Jackie Chan. Branchez-le sur Steve McQueen, il se révèlera intarissable sur Borges. Tel est Lalo Schifrin : multiforme et pluriculturel, pulvérisateur de frontières, compositeur de bandes originales vénérées mondialement, camouflant parfois l'ambition de son œuvre pour le concert.
DU JAZZ AU CINEMA
Pianiste virtuose, compositeur, arrangeur, chef d'orchestre, Lalo Schifrin naît en 1932 à Buenos Aires, dans une famille de musiciens. Dès l'après-guerre, la formation classique du jeune Lalo s'enrichit d'une autre culture, celle du jazz, dont les albums sont impossibles à trouver en Argentine : par protectionnisme, la dictature de Juan Perón proscrit l'import de disques étrangers. « J'achetais en contrebande des 78 tours de Charlie Parker ou Thelonious Monk, se souvient Schifrin. Le bebop me fascinait. C'était la musique de la modernité et de l'interdit. » Ses études l'amènent en 1952 au Conservatoire de Paris. Il a vingt ans, il se partage entre les cours d'Olivier Messiaen, les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés et… la Cinémathèque française. C'est d'ailleurs à Paris qu'il enregistre en 1955 son premier album, Rendez-vous dansant à Copacabana, relecture de standards façon latin jazz. La suite appartient à l'histoire : de retour en Argentine, il rencontre le trompettiste Dizzy Gillespie qui, en 1958, l'engage comme pianiste et arrangeur. Schifrin lui compose sur mesure un album feu d'artifice aujourd'hui historique, Gillespiana. La chance de Schifrin, c'est d'être pris sous contrat sur le label de jazz Verve, propriété de la MGM. Ce qui, par un subtil aiguillage, va faciliter son glissement vers le cinéma. Arnold Maxim, président de MGM Records, le recommande au cinéaste René Clément pour une coproduction franco-américaine, Les Félins. Au générique début, le nom de Schifrin y croise celui de Costa-Gavras, alors jeune assistant réalisateur. « J'avais en moi un ressort, résume le compositeur. Et René Clément m'a permis de révéler ce potentiel, de combiner musique symphonique, jazz et électronique. Si l'on compare ma carrière cinématographique à une maison, Les Félins en sont les fondations. »
REVOLUTIONS
La suite de sa trajectoire évoque un train lancé à vive allure sur des montagnes russes. Ses premières partitions hollywoodiennes, Les Tueurs de San Francisco et Le Kid de Cincinnati confirment la déferlante Schifrin. Avec ses confrères Henry Mancini, Quincy Jones et Michel Legrand, le compositeur réinvente le son du cinéma américain des années soixante, précipitant la retraite des vétérans Steiner, Rozsa ou Tiomkin. Le cinéma et la télévision lui permettent de forger un langage propre, comme une synthèse de ses différentes cultures. En témoigne la bande originale de la série télévisée Mission impossible, dont le fameux thème, construit sur une mesure composée à 5/4, entre d'emblée dans la mémoire collective. Il consacre la signature de Schifrin et précipite ses collaborations avec Peter Yates (Bullitt), John Boorman (Duel dans le Pacifique), le jeune George Lucas (THX 1138) ou Mark Rydell (The Fox, à la vénéneuse partition chambriste, dont est issu le célèbre thème pour les publicités Dim). Le cinéma de Schifrin, ce sont aussi des collaborations au long cours avec Stuart Rosenberg (Luke la main froide, Brubaker) et surtout Don Siegel, pour lequel il compose cinq bandes très originales, dont Les Proies, Tuez Charley Varrick et évidemment le premier Dirty Harry. « Grâce à la musique, analyse Schifrin, le spectateur est plongé à tour de rôle dans l'esprit des deux ennemis jurés, Scorpio avec sa folie meurtrière, Harry avec ses doutes et sa détermination. » Impossible d'oublier l'ultime séquence, où Eastwood jette à l'eau son insigne, sur un thème au lyrisme triste pour piano électrique : rarement un polar sec et tendu aura connu un épilogue d'une telle amertume. Schifrin retrouvera Harry Callahan à trois autres reprises, confortant son image de spécialiste du « thriller urbain », image flatteuse mais peu conforme à la réelle palette de ses capacités.
DU CINEMA AU JAZZ (SYMPHONIQUE)
Au fil des années, Lalo Schifrin fait l'expérience de quelques rendez-vous manqués (L'Exorciste, source d'un dialogue tumultueux avec William Friedkin) et enrichit son palmarès de rencontres inattendues (Richard Lester, Billy Wilder, Liliana Cavani, Sam Peckinpah). Sans compter Bruce Lee avec Opération Dragon, première co-production américano-hongkongaise de l'histoire. « C'était une demande impossible à refuser, souligne le compositeur. Tous les matins, Bruce Lee faisait sa gym sur la musique de Mission impossible ! » Dans les années 1990, Schifrin est invité à revisiter son propre passé : Carlos Saura le ramène à ses racines argentines dans Tango, Brett Ratner le sollicite de manière référentielle pour la série des Rush Hour, comme un lien vivant avec Bruce Lee, son icône. À côté de l'écriture pour l'image, Schifrin se produit régulièrement en concert et, depuis 1992, enregistre une collection d'albums intitulée Jazz Meets the Symphony (sept volumes à ce jour), déclaration d'amour à la musique au pluriel. En 2012, la documentariste Pascale Cuenot lui consacre un portrait sensible, fédérant des témoins de plusieurs générations, de John Boorman au guitariste Kyle Eastwood, fils de Clint. 2016 est marqué par la création de plusieurs musiques de concert, dont un concerto pour guitare, Concierto de la amistad, dirigé par Gustavo Dudamel au Hollywood Bowl. Aujourd'hui, pour beaucoup d'artistes du Nouveau Monde, Lalo Schifrin incarne une sorte d'idéal : son sens mélodique, la luxuriance de ses orchestrations, son génie du rythme, son approche personnelle des folklores lui confèrent un statut singulier, celui d'un compositeur savant d'expression populaire. Ce retour à la Cinémathèque française, soixante ans après ses premières séances à Chaillot, permettra de mesurer à quel point cet homme discret et élégant a fait œuvre de révolution. Comme une confirmation de son credo : « J'ai toujours cherché à détruire les barrières qui séparent les hommes, tant sur le plan des idées que de la musique. »
« Lalo Schifrin par Lalo Schifrin. Une leçon de cinéma. Et surprise musicale »
« Le metteur en scène, c'est le cerveau ; le producteur, les poumons ; le directeur de la photo, les yeux ; le compositeur... Le compositeur, ce sont les oreilles. Il lui faut prendre en compte tout ce qui a déjà été fait, être réceptif à l'agencement général. Le musicien doit suivre, ou parfois, faire l'inverse. Il ne doit pas seulement penser au rythme, mais aussi à l'harmonie. » (Lalo Schifrin)
« Rencontre avec Lalo Schifrin animée par Stéphane Lerouge et Bernard Benoliel, suivie d'une surprise musicale et de la projection de L'Inspecteur Harry, le 9 novembre 2016 à la Cinémathèque française. »
« Lalo Schifrin : Mission : Impossible, Mannix... »
Arte diffuse sur son site Internet « Lalo Schifrin : Mission : Impossible, Mannix... », concert filmé le 3 février 2023 dans l’Auditorium de Radio France, Paris.
« Lalo Schifrin est à l’origine de partitions qui ont marqué l’histoire du grand et du petit écran. Le célèbre compositeur de films est décédé le 26 juin 2025 à l'âge de 93 ans. Le chef Victor Jacob et l’Orchestre philharmonique de Radio France rendaient hommage à ce mastodonte de la pop culture dans l’auditorium de Radio France en février 2023. »
« C’est à Lalo Schifrin que l’on doit les BO emblématiques de Mission : Impossible, Dirty Harry, Starsky & Hutch… Autant d'œuvres audiovisuelles qui ont marqué le XXe siècle et qui doivent beaucoup à ce jeune compositeur argentin devenu star d’Hollywood. »
« En clin d’œil au passage de Lalo Schifrin sur les bancs du Conservatoire national de Paris, ce concert s’ouvre sur une création des étudiants de la classe de composition pour l’image du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon. A cette découverte s’ajoute bien sûr l’interprétation des plus célèbres compositions de Lalo Schifrin : Mannix, The Fox, Dirty Harry Suite, Mission : Impossible… »
Programme :
LALO SCHIFRIN
Un hommage à Lalo Schifrin (commande de Radio France)
Mannix (version pour piano solo)
Mannix
Opération Dragon
Les félins
The Fox
Dirty Harry Suite
Le Kid de Cincinnati
Invisible City
Tango del atardecer
Jazz Piano Sonata - 3ème mouvement (création mondiale)
Concierto caribeño pour flûte et orchestre (Allegro vivace)
Mission : impossible (The Plot)
Mission : impossible (Final)
Chapitres
0:53
Mannix (Version piano)
3:40
Mannix
7:00
Opération Dragon (Enter The Dragon)
13:38
Les Félins
18:52
Le Renard (The Fox)
24:44
L'Inspecteur Harry (Dirty Harry), Suite
33:11
Un Hommage À Lalo Schifrin
47:43
Le Kid De Cincinnati (The Cincinnati Kid)
53:41
Invisible City
1:00:34
Tango Del Atardecer
1:06:45
Jazz Piano Sonata - 3ème Mouvement (Création Mondiale)
1:11:28
Concierto Caribeño Pour Flûte Et Orchestre (Allegro Vivace)
1:19:52
Mission : Impossible (The Plot)
1:22:50
Mission : Impossible (Final)
1:30:03
Bullitt
1:36:46
Cool Hand Luke
« Les B.O. de Lalo Schifrin »
« Blow up », c’est l'actualité du cinéma (ou presque). Chaque semaine, le magazine proposé par Luc Lagier pose un regard ludique et décalé sur le cinéma. »
Dans ce cadre, Arte diffuse « Les B.O. de Lalo Schifrin » de Thierry Jousse.
« Blow up revient sur le compositeur cultissime, connu notamment pour les B.O. de Bullitt, THX 1138 ou Mission : impossible. »
Concert filmé le 3 février 2023 dans l’Auditorium de Radio France, Paris.
Production : France Musique
Direction musicale : Victor Jacob
Orchestre : Orchestre Philharmonique de Radio France
Supervision artistique : Stéphane Lerouge
France, 2023, 105 min
Disponible jusqu'au 02/02/2027
« Les B.O. de Lalo Schifrin » de Thierry Jousse
France, 2023, 16 min
Production : CAMERA LUCIDA PRODUCTIONS
Producteur : Jean-Stéphane Michaux
Auteur : Luc Lagier
Disponible jusqu'au 11/01/2029
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