« Depuis le début du 19e siècle, Paris connaît une croissance démographique continue, avec un pic de population identifié en 1921 (2,89 millions d’habitants), jamais égalé depuis. Pour connaître le chiffre et la composition de sa population, Paris, comme chaque commune française, procède tous les cinq ans à un recensement donnant lieu à la publication de statistiques. Mais, à la différence des autres communes, la capitale n’a jamais dressé de liste nominative des personnes avant 1926, ce qui rend ces trois recensements de 1926, 1931 et 1936, conservés aux Archives de Paris, sans précédent. »
« Pour toutes les rues, regroupées par quartiers, figurent, classés en une quinzaine de colonnes : les noms et prénoms, l’année de naissance, le lieu de naissance, la nationalité, la situation familiale, la profession de chaque individu présent à Paris la veille du jour du recensement. »
« Souvent consultés lors de recherches généalogiques, ces registres invitent à se lancer dans une enquête inédite sur la population parisienne d’il y a cent ans. Partant de la structure générale bien spécifique de cette population, le portrait des Parisiennes et des Parisiens est dressé en quatre étapes, des lieux de naissance et nationalités aux professions exercées, en passant par les situations familiales et la répartition au sein de chaque quartier et immeuble de la ville. »
« Une mosaïque de récits de vie les plus variés émerge dans un tourbillon de souvenirs et d’émotions. Cette exposition invite à mieux se – et nous – connaître et reconnaître, individuellement et collectivement. »
LA POPULATION PARISIENNE, HIER ET AUJOURD’HUI
« Dans l’entre-deux-guerres, malgré les pertes humaines du premier conflit mondial, les jeunes adultes sont particulièrement nombreux à Paris. Alors que le nombre d’enfants par femme atteint un niveau historiquement faible, la population se maintient, notamment sous l’effet d’arrivées importantes de personnes venues de France hexagonale, des départements d’Algérie, des colonies et protectorats et de l’étranger. »
« La proportion d’enfants et de personnes âgées est moindre à Paris que dans le reste de la France. On dénombre par ailleurs davantage de femmes que d’hommes, toutes tranches d’âge confondues. »
« En consultation dans la salle, un dispositif numérique met en regard les données démographiques de l’entre-deux-guerres avec celles d’aujourd’hui. Paris compte actuellement un peu plus de 2 millions d’habitants, avec toujours une forte proportion de jeunes adultes. Le vieillissement de la population se traduit par une hausse du nombre de personnes âgées. »
Le recensement : mode d’emploi
« Le recensement de la population est effectué à date fixe : le 7 mars en 1926, et le 8 mars en 1931 et 1936. Les agents recenseurs commencent par déposer, à chaque adresse, des bulletins individuels et des feuilles de ménage. Ces dernières listent tous les individus habitant le même logement, quels que soient leurs liens familiaux. Les bulletins individuels sont ensuite envoyés à la préfecture de la Seine, où des états récapitulatifs sont établis, puis au ministère de l’Intérieur. Ils servent à établir les statistiques démographiques, grâce au classi-compteur-imprimeur qui permet d’automatiser le dépouillement des données. Le service de la Statistique générale de la France (SGF) assure le décompte final et l’édition imprimée des résultats. »
« PARIS EST MON CHEZ-MOI »
« Paris est mon chez-moi », disait la collectionneuse américaine Gertrude Stein, émigrée à la conquête de l’art. C’est cette relation intime avec Paris que chaque portrait, chaque témoignage raconte ici, en lien avec les domaines d’activité les plus variés : politique, économie, industrie, science, presse, spectacle, mode, cinéma, littérature… Les portraits peints, sculptés, photographiés, et les documents administratifs présentés reflètent la mosaïque de la population parisienne. Plus d’un tiers est né dans la capitale et sa proche banlieue (l’ancien département de la Seine sera subdivisé ensuite en quatre départements). »
« À une période où, pour la première fois de son histoire, le peuplement français devient majoritairement urbain, la capitale attire une population variée. Les habitants et habitantes de tous les départements et régions de l’Hexagone représentent alors la moitié de la population parisienne. 12 % des personnes recensées sont nées dans les départements d’Algérie, les colonies et protectorats français ou à l’étranger ; 120 nationalités sont représentées dans la capitale. »
« Dans le recensement de 1931, Édith Gassion vit avec son père Louis Gassion (né dans le Calvados en 1881 et divorcé depuis 1929) et l’amie de celui-ci, Georgette L’Hôte (née en Meurthe-et-Moselle en 1908). Tous les trois habitent au 115, rue de Belleville. Édith, âgée de 15 ans, exerce la profession d’artiste. En 1936, Louis, seul, est mentionné comme « acrobate au chômage ». En 1937, Édith Piaf, surnommée
La Môme, en pleine ascension, enregistre entre autres la chanson « Mon légionnaire », évoquant la passion d’une nuit, pleine de désir et de regrets, avec un mystérieux militaire. »
« Walter Lichtenstein est l’un des plus importants photographes de plateau de sa génération. En 1933, il fuit le régime nazi et s’installe à Paris avec sa femme, et prend le nom de Limot. Lorsqu’il la photographie en 1934, Joséphine Baker est encore de nationalité américaine. Elle devient française le 30 novembre 1937, par son mariage avec Jean Lion. »
PARIS, VILLE DES AMOURS
« Si Paris a pour réputation d’être la « ville de l’amour », c’est peut être parce que les célibataires y sont particulièrement nombreux. Les personnes qui ne sont pas mariées représentent en effet à cette époque 29 % des Parisiennes et Parisiens de plus de 15 ans. Ce célibat de masse – auquel s’ajoute la présence de nombreuses veuves de guerre – s’explique par l’arrivée de jeunes gens venus chercher du travail. La capitale offre de nombreuses occasions de rencontre. L’essor des petites annonces matrimoniales est significatif. Les lieux de loisirs ne manquent pas : dancings, bals, salons et espaces de sociabilité les plus divers. »
« Même si le concubinage est plus fréquent à Paris qu’ailleurs, le mariage reste, pour la majorité, un passage « obligé », notamment pour constituer une famille. Les jeunes femmes, en surnombre dans les générations les plus touchées par la Première Guerre, redoutent particulièrement le célibat, comme le montre la coutume des ouvrières des maisons de couture qui célèbrent, chaque 25 novembre, les « Catherinettes » encore célibataires à 25 ans. »
« Proche des écrivains et des artistes surréalistes, Valentine Hugo fait la connaissance d’André Breton par l’intermédiaire du poète Paul Éluard. Séparée de son mari en 1929, elle adresse de nombreuses lettres passionnées au fondateur du surréalisme à partir de juin 1930. Leur liaison dure de juillet 1931 à l’automne 1932. Paris est ici célébré dans la communion amoureuse d’un couple enlacé. « Il faut aller voir de bon matin, du haut de la colline du Sacré-Coeur à Paris, la ville se dégager lentement de ses voiles splendides », écrit André Breton dans Les Vases communicants. »
Se divertir et se rencontrer
« La capitale a rendu célèbre le cabaret parisien au 19e siècle. Inconnu avant guerre, le dancing se développe à partir de 1919. Il est d’usage de s’y rendre en journée comme le soir. Les foules se pressent dans les nombreux établissements de Pigalle et de Montparnasse, où se produisent musiciens et grands noms du music-hall comme Joséphine Baker, Django Reinhardt ou encore Suzy Delair. Sur le modèle américain, Paris développe aussi des parcs d’attractions pour adultes, tels que Luna Park, porte Maillot, ou Magic City, quai d’Orsay. Deux fois par an, le « Magic » organise le bal de travestis le plus célèbre de l’entre-deux-guerres, immortalisé par le photographe Brassaï. « Tout Paris vient voir », lit-on dans l’hebdomadaire de reportages Voilà, le 3 mars 1933. »
« Issue d’une famille franco-suédoise, l’artiste peintre Yvonne Sjoestedt représente l’entrée du Luna Park, de nuit. Ce parc de loisirs, ouvert tous les jours de 13 heures à minuit, est construit en 1909 au niveau de la porte Maillot, à l’emplacement de l’actuel Palais des Congrès. Il reprend le modèle de son équivalent new-yorkais de Coney Island. Son directeur Léon Volterra est aussi à la tête des salles de spectacles de L’Olympia et du Théâtre du Lido, ainsi que des théâtres de Paris et de Marigny. »
LES ENFANTS PARISIENS
« À Paris, la moitié des couples mariés vivent sans enfant. Ce faible nombre d’enfants, plus accentué à Paris que dans le reste de la France, est lié à un indice de fécondité très faible, de 1,6 enfant par femme en 1926 (1,4 en 1931 et 1,2 en 1936), mais aussi à l’éloignement des tout-petits qui sont placés en dehors de la capitale, en nourrice ou chez des parents. »
« En 1926, Paris compte près de 656 000 enfants âgés de 0 à 20 ans. 32 000 élèves sont inscrits en école maternelle ou élémentaire. La scolarité obligatoire, validée par le certificat d’études primaires (CEP), va de 6 à 13 ans jusqu’en août 1936, 14 ans ensuite. Pour mieux les accueillir, la ville rénove ou construit 24 groupes scolaires dans les années 1930. Les politiques publiques d’assistance à l’enfance évoluent lentement. Les enfants assistés, trouvés, abandonnés et orphelins, pupilles de l’État, sont au nombre de 27 000 en 1931. Dans les listes nominatives des recensements de la population, ils apparaissent dans les populations comptées « à part ».
Pour la natalité : entre soutien et répression
« Le déclin de la natalité provoque chez certains une peur de la « dépopulation ». « Il faut faire naître », déclare, en 1924, l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population, l’une des associations natalistes existant alors. La politique familiale française encourage la natalité et aide les familles nombreuses. Elle réprime, aussi. La loi du 31 juillet 1920 durcit les sanctions relatives aux avortements, et la propagande en faveur de la contraception est proscrite. En mars 1923, la correctionnalisation de l’avortement, en le définissant comme délit et non plus comme crime, rend plus systématiques les condamnations. »
L’action sociale de Paris : une ville au service de sa population
« Au début des années 1930, les services municipaux ou départementaux en charge des questions d’assistance (Assistance publique, préfecture de la Seine, préfecture de Police) accueillent et hébergent à eux seuls environ 212 000 individus. Cela illustre leur grande capacité à accueillir les enfants, les adultes et les personnes âgées dans un spectre très large de situations : enfants assistés, pupilles de l’État, personnes sans logement… Une offre médicale de proximité, dans un dispensaire ou un hôpital, se développe. La ville de Paris ouvre aussi de nombreux établissements dédiés aux soins corporels quotidiens, les bains-douches publics, à proximité des logements ne disposant pas d’installations sanitaires. »
PARIS PAR QUARTIERS : LE CENTRE ET L’EST PARISIEN

« Très peuplée, Paris est une ville dense. Même si le nombre moyen d’habitants par immeuble d’habitation baisse depuis 1911, le surpeuplement des logements reste important, notamment dans le centre et l’est de Paris. De nombreux logements sont vétustes, sans hygiène, voire indignes, dans le cas des taudis. Un secteur est désigné comme insalubre d’après le nombre de décès, par immeuble, de la tuberculose. 17 îlots sont classés sur une échelle de gravité allant du plus faible, 1, au plus élevé, 16, voué à la démolition. Dans les îlots insalubres comme dans la zone non constructible de l’ancienne enceinte fortifiée, tout autour de Paris, les propriétaires sont expropriés et les locataires expulsés. La rénovation entraîne la perte de logement de la plus grande partie de la population, sans solution de remplacement. Pour y remédier, la loi Loucheur de 1928 lance un plan de construction de 200 000 habitations à bon marché et de 60 000 logements pour les classes moyennes, sur cinq ans, ainsi que des prêts à taux réduit pour les particuliers. »
La santé publique entre les deux guerres
« La période de l’entre-deux-guerres se caractérise par une lutte active contre les « fléaux sociaux », suivant la formule en usage alors. La tuberculose, la syphilis et les maladies vénériennes préoccupent particulièrement car elles sont perçues comme autant de menaces pour la (sur)vie de la population et sa reproduction. La mortalité infantile, encore très élevée (même si elle baisse, au cours de la période, grâce aux mesures mises en place : de 145 à 72 décès pour 1 000 petits garçons, par exemple), a un fort impact sur l’espérance de vie à la naissance. Celle-ci est de 45,1 ans pour les hommes et 48,8 ans pour les femmes en 1926 ; 50,8 ans et 55,9 ans en 1936. »
Crime familial et scandale médiatique : l’affaire Violette Nozière
« Le 21 août 1933, Violette Nozière empoisonne ses parents à leur domicile au 9, rue de Madagascar, dans le 12e arrondissement. Originaires de la Nièvre et de la Haute Loire, les parents font partie des cohortes de provinciaux que l’exode rural envoie à Paris. Germaine, la mère, survit mais Baptiste, le père, décède rapidement. Dans la presse, le parricide, précédé d’un inceste, se transforme en un fait divers retentissant, appelé « le drame de la rue de Madagascar ». Cette rue recense, par ailleurs, un grand nombre de cheminots comme le père de Violette Nozière ; le réseau ferré le plus important alors est celui du Paris Lyon Méditerranée, fort de 110 000 employés en 1933. »
« Francisque Poulbot s’installe à Montmartre en 1901 avec sa compagne Léona Ondernard, qu’il épouse après une longue période de concubinage, en 1914. Le couple n’a pas d’enfant mais élève, à partir de 1913, la nièce de Poulbot, Paulette, surnommée Zozzo. Illustrateur et dessinateur publicitaire, Poulbot s’investit dans des œuvres de bienfaisance. Il consacre de nombreuses affiches aux causes qu’il soutient : la lutte contre la tuberculose, la semaine nationale de l’enfance ou encore la lutte contre les taudis. »
« Vilin est le nom d’un architecte-propriétaire des terrains environnants, maire de Belleville en 1848. Les escaliers mènent à la rue Piat. Dans l’entre-deux-guerres, le passage et la rue Vilin font partie de l’îlot insalubre no 7, voué à la démolition. La façade rouge est celle d’un débit de boissons, à l’enseigne Au Repos de la Montagne. Le passage Vilin disparaît en 1988, avec la création du parc de Belleville. »
PARIS PAR QUARTIERS : L’OUEST PARISIEN
« Le classement des arrondissements établi à partir de la localisation des familles parisiennes du Bottin mondain (un annuaire de familles sélectionnées suivant des critères de prestige social, associés au nom ou à la fonction) place en première position le 8e arrondissement, suivi des 16e, 7e et 17e. Les employés de maison, majoritairement des femmes, sont nombreux en particulier dans les 8e et 16e arrondissements. Si de nombreux ménages, même peu aisés, ont une « bonne à tout faire », les plus riches peuvent employer des domestiques (maître d’hôtel, cuisinière, valet de chambre, gouvernante, chauffeur…), parfois en plus grand nombre que les membres de la famille eux-mêmes. Cependant, dans l’entre-deux-guerres, les domestiques, de moins en moins nombreux, occupent souvent leur propre logement. Le métier se resserre autour d’une seule employée de maison, chargée de l’entretien du domicile. »
Voici Paris !
« Au cours des années 1920, le documentaire cinématographique se développe et la ville de Paris devient un décor à ciel ouvert, particulièrement prisé des cinéastes. Voici Paris, film documentaire tourné en 1926 à la façon d’une promenade dans les différents quartiers de l’ouest de la capitale, saisit les Parisiennes et les Parisiens dans leur vie quotidienne. On découvre tout à tour l’animation des grands boulevards, l’agitation des courtiers de la bourse, la douceur des promenades autour du bassin du jardin des Tuileries et du dimanche matin avenue du Bois, et l’exaltation des courses à Longchamp. L’attention particulière portée à cet espace de l’Ouest parisien n’est pas due au hasard. Il s’agit, en effet, du périmètre de prestige de la capitale. »
« En 1926, l’écrivain et poète René Crevel vit au 5, rue de la Muette, 16e arr., avec sa mère Marguerite (née en 1877) et sa soeur Hélène (née en 1904). Son père s’est suicidé en 1914. Cette expérience traumatisante va le marquer. Il adhère au mouvement surréaliste, puis dadaïste. Proche des communistes, il s’engage contre le colonialisme. À partir de 1926, atteint d’une tuberculose très agressive, il alterne des périodes de maladie et de rémission. Il témoigne dans ses écrits de ses relations homosexuelles avec l’artiste Eugène McCown et le diplomate Tony de Gandarillas. »
LES DYNAMIQUES PROFESSIONNELLES
« La majorité de la population parisienne travaille : plus de la moitié des femmes âgées de 15 à 64 ans déclarent un emploi (et de nombreuses autres travaillent, sans que cela soit forcément mentionné dans les registres de recensement), et plus de 85 % des hommes du même âge. En 1926, parmi les personnes qui déclarent une profession, 37 % des Parisiens et 30 % des Parisiennes sont employés dans l’industrie ; 27 % des hommes et 19 % des femmes dans le commerce ; et 31 % des femmes et 5 % des hommes dans les soins à la personne. Au tournant de la grave crise économique des années 1930, la mention de chômeur ou chômeuse devient plus fréquente, notamment dans les listes nominatives de 1936. C’est en juin de cette année que la durée légale du travail par semaine passe de 48 à 40 heures ; la loi sur les congés payés est également votée à cette date. L’entrée des enfants dans le monde du travail est reportée à 14 ans. Pour les 10 professions le plus souvent exercées, les oeuvres, les objets et les témoignages présentés viennent relayer les données chiffrées. »
Les femmes au travail
« Autrefois masculin, le métier de secrétaire se féminise au point de devenir l’un des plus recherchés par les femmes. Dans l’entre-deux-guerres, les postes de téléphoniste, sténographe ou dactylographe se multiplient, et les femmes qui les occupent incarnent l’employée moderne. Le métier de couturière, s’il perd un peu de son attractivité, reste néanmoins d’autant plus répandu que la haute couture parisienne connaît une période florissante : on compte près de 200 maisons de couture en 1929, contre une vingtaine en 1914. Les métiers de services domestiques sont les plus nombreux, même si de nouvelles professions apparaissent, spécialement à Paris. C’est ainsi qu’en 1935, un corps de « police municipale féminine » voit le jour. »
« À partir de 1931 et pendant quatre ans, François Kollar se lance dans un reportage fleuve sur le monde du travail, à travers la France, dont il tire plus de 2 000 photographies. À Paris, son enquête met en lumière les ateliers de couture, broderie et mode. D’autres séries sont consacrées au rail, à l’automobile ou encore aux marchés. Bien que les professions relevant du travail domestique représentent une part importante des métiers féminins, elles ne sont pas visibles car pratiquées dans la sphère privée. »
Les hommes au travail
« Le secteur industriel concentre 40 % des emplois masculins. Les mécaniciens, ajusteurs et menuisiers en forment le plus gros contingent. Les métiers liés au transport se modernisent : les véhicules hippomobiles sont peu à peu remplacés par des automobiles, et les garages sont en plein essor. Plusieurs usines de construction automobile sont situées dans Paris même, à l’exemple de Panhard-Levassor, avenue d’Ivry. Dans le 15e arrondissement, quai de Javel, Citroën recrute en masse, passant de 4 500 salariés en 1919 à plus de 31 000, dix ans plus tard. Dans les usines, les métiers d’ouvrier spécialisé travaillant à la chaîne et d’ingénieur participent à la rationalisation de la production. »
Chômage et misère : réalités sociales des années 1930
« Au Salon des arts ménagers de 1936, Charlotte Perriand présente une salle de séjour d’HBM (habitation à bon marché). Théoricienne engagée de l’art d’habiter, elle associe à cet aménagement une critique de l’insalubrité urbaine dans un photomontage monumental : La Grande Misère de Paris. Dans les années 1930, le département de la Seine concentre la plus forte densité de chômeurs – ils sont, à Paris, 562 pour 10 000 habitants. Les femmes et les migrants sont les plus touchés. De nombreux ouvriers étrangers célibataires et récemment arrivés sont renvoyés dans leur pays d’origine. Les reportages photographiques publiés dans la presse montrent des hommes secourus par des fonds de chômage départementaux ou bien regroupés devant les lieux de distribution de soupes populaires. »
MÉDIAS ET CULTURES DE MASSE
« C’est dans les 2e et 9e arrondissements que les nombreuses entreprises de la presse quotidienne sont implantées. Leur puissance repose sur une solide organisation industrielle intégrée. Quotidien du matin, Le Petit Parisien tire à environ 1,5 million d’exemplaires jusqu’en 1935. Le journal, l’un des plus importants de la Troisième République, subit la nouvelle concurrence des quotidiens du soir (Paris-Soir, L’Intransigeant…). À partir de 1931, des salles de projection dites « Cinéac » (pour « cinémas d’actualités »), souvent rattachées à un titre de quotidien, diffusent les actualités filmées. Paris compte jusqu’à une vingtaine de ces salles. La diffusion des nouvelles passe également par la radio. Le Poste privé de radiodiffusion du Petit Parisien est ainsi lancé en 1924 depuis l’immeuble du journal. Mais la station la plus écoutée est Radio-Paris, intégrée en 1933 au réseau de la radiodiffusion d’État, comprenant les radios Tour-Eiffel et PTT. Autre mutation : le statut de journaliste professionnel est reconnu par la loi du 29 mars 1935. »
La presse magazine illustrée : un média en essor
« Phénomène de masse, la presse magazine connaît un essor fulgurant dans les années 1930. La photographie contribue largement à son attrait. C’est le début des photoreportages d’actualités, des chroniques sportives, des sujets de charme et érotiques ou encore des récits de faits divers, réalisés par les plus grands photographes, dont trois sont d’origine hongroise. Dans les registres de recensement, André Kertész exerce la profession de « photo-reporter », Gyula Halász, dit Brassaï, est « journaliste » et François Kollar, « photographe patron ». Ce dernier reçoit, de la part des éditions Horizons de France, une commande conséquente intitulée La France travaille (1931-1934), qui fait de lui l’un des plus grands reporters industriels de la période. »
PARIS EST À VOUS : À LA RENCONTRE DES HABITANTS D’IL Y A 100 ANS
« En libre consultation, au sein de l'exposition et en ligne, les registres de recensement numérisés par les Archives de Paris sont interrogeables grâce à la première base de démographie historique réalisée à l’aide des nouveaux outils d’intelligence artificielle. Entrez un nom de famille, une adresse, et trouvez, en 1926, 1931 et 1936, les personnes auxquelles vous pensez parmi les 3 millions recensées chaque année. Si vous n’avez pas d’ancêtres à Paris, pensez à des noms d’hommes et de femmes, célèbres ou non. De génération en génération, d’histoires collectives en trajectoires individuelles, celles et ceux qui habitent la capitale se trouvent ainsi reliés à nous, aujourd’hui. Voilà les gens de Paris, dans le miroir des recensements de population d’il y a 100 ans ! »
Visages de commerçants parisiens
« Aux côtés de ce dispositif, est présenté un ensemble de cartes postales représentant les commerçants et leurs employés posant, en tenue de travail, devant leur boutique. La série révèle la diversité des commerces parisiens des années 1926 à 1939 : cafés, restaurants, glaciers, boucheries, charcuteries, primeurs, boulangeries, pâtisseries, tailleurs, salons de coiffure, librairies, blanchisseries… 17 % des autres commerçants sont déclarés ambulants, entre 1922 et 1939. Tous font face, à partir de 1928, à la concurrence des magasins dits « à prix uniques », vendant au même prix un assortiment de produits de grande consommation. »