Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » (Nahman de Bratslav)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 1 novembre 2026

« Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski

Arte diffusera le 4 novembre 2026 à 21 h, dans le cadre du cycle Virginie Efira, « Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski, avec Virginie Efira et Roschdy Zem (Ali). « Rachel, 40 ans, tombe amoureuse d’Ali, père d’une fille de 5 ans, et doit composer avec son propre désir d’enfant. Rebecca Zlotowski signe un mélodrame plein de vie sur une belle-mère loin des clichés, avec une Virginie Efira plus lumineuse que jamais. »


« Rachel, la quarantaine, professeure de français au lycée, mène à Paris une vie de célibataire active et épanouie. Elle aime sa vie : ses élèves du lycée, ses amis, ses ex, ses cours de guitare. Elle tombe amoureuse d’Ali, un homme qu’elle a rencontré à son cours de guitare. Ali est séparé de sa femme et père d’une petite fille de 5 ans, Leila. Rachel ne tarde pas à s’attacher à cette dernière, s’impliquant avec bonheur dans la vie familiale de son amant. Elle la borde, la soigne, et l’aime comme la sienne. Mais aimer les enfants des autres, c’est un risque à prendre. Elle qui, avec sa sœur cadette, a perdu sa mère il y a longtemps, se trouve bientôt confrontée à son propre désir d’enfant. »

« Avec Les enfants des autres, Rebecca Zlotowski (Grand central, Vie privée…) livre probablement son film le plus intime. »

« Bien que son titre évoque la thématique, rarement traitée, de la "belle-maternité" (le fait qu’il n’existe pas de mot pour la nommer est significatif), il apparaît avant tout comme le portrait d’une femme. Vivante, désirante, libre, Rachel se retrouve en butte aux questionnements qui surgissent au mi-temps de la vie, alors que pointe en elle le spectre de l’incomplétude. Quelle empreinte laisse-t-on derrière soi, chez les autres ? »

« Emmené par le bel allant du personnage, le film débute comme une romance sensuelle et légère, avant de ralentir, plus grave, à mesure que les doutes et les deuils font surface. Il instaure alors une forme de douceur méditative, préférant mettre en valeur la noblesse des comportements plutôt que les conflits archétypaux. »

« Aux côtés d’un Roschdy Zem parfait en amoureux attentif (et pas exempt de faiblesses), Virginie Efira emplit une fois de plus l’écran de son émouvante vitalité. »

« Un mélodrame contemporain qui réconforte, bercé par le jazz caressant de Rob, du groupe Phoenix, et émaillé d’apparitions savoureuses, comme celle de Frederick Wiseman en gynécologue. »


NOTE D'INTENTION DE LA RÉALISATRICE
REBECCA  ZLOTOWSKI. Paris, le 8 juin 2022

« Rebecca Zlotowski est une scénariste et réalisatrice française née en 1980 à Paris.
Diplômée de l’Ecole Normale Supérieure et de la Fémis, agrégée de Lettres modernes, elle réalise Belle Epine (Semaine de la critique à Cannes, Prix Delluc du premier film, Prix du syndicat de la critique), Grand Central (en sélection officielle à Cannes), Planétarium, avec Natalie Portman, présenté à la Mostra de Venise, et Une fille Facile (Prix SACD à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes). Sa mini-série, Les Sauvages, adaptée du roman de Sabri Louatah et diffusée sur Canal Plus, obtient le Prix de la meilleure série au syndicat de la critique.
Elle vit et travaille à Paris. Les Enfants des Autres est son cinquième long métrage ».

« J’ai commencé par adapter le roman de Romain Gary, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable. Un roman qui regardait en face et sans détour l’impuissance d’un homme. Mais quelque chose résistait. Non pas que je n’arrivais pas à me projeter dans cet homme qui n’arrivait plus à bander ou craignait de ne plus… Mais peut-être parce que je m’y projetais trop. Et progressivement m’est apparue ma propre impuissance, celle d’une femme de 40 ans sans enfants qui en désire un et élève en partie ceux d’un autre, ceux d’une autre.
Une belle-mère, sans être mère elle-même. Aussi banale, douloureuse et honteuse que l’impuissance masculine, cette situation n’en était pas moins le point de départ d’une histoire digne d’être racontée. Elle avait été peu racontée.
Pas même vraiment nommée. Car le lien qui peut nous unir aux enfants d’un autre, homme aimé dont on partage la vie et donc la famille, m’a semblé non seulement ne pas posséder de nom, (on parle de maternité, de paternité, pas de belle-maternité, de belle-paternité), mais aussi être orphelin de représentation.
Il y avait une sorte de trou entre la représentation du dessin animé, la méchante belle-mère des films Disney, héritière d’un monde dans lequel les femmes mouraient en couches et étaient remplacées par des « malgré-elles », des jeunes femmes mal équipées pour aimer des enfants qui n’étaient pas les leurs, des fardeaux, et de l’autre la belle-mère débordée des familles recomposées des comédies romantiques plus ou moins réussies.
Où était cette femme qui nouait un lien intime et précieux avec des enfants, les élevait une semaine sur deux pendant quelques années, sans en avoir elle-même, en acceptant de prendre le risque de devoir nécessairement s’effacer de l’équation une fois la relation amoureuse avec leur père finie ? Que faisait-on de ce lien quand il pèse sur une décision amoureuse ? Comment vivre dans la même ville que ceux qu’on a bordés, aimés, soignés, mais qui ont déjà d’autres protagonistes dans leur vie ?
J’ai voulu écrire le film de ce personnage secondaire du récit avec les outils du cinéma. Un cinéma de personnage secondaire, contre un certain cinéma de protagonistes, vivant passions et excès dans la brûlure et le conflit. Faire triompher une autre grille d’émotions : l’amitié entre hommes et femmes, la tendresse entre femmes, le dépit davantage que la trahison, la mélancolie des rendez-vous ratés avec l’existence, mais aussi l’excitation des rendez-vous réussis avec le désir, l’érotisme, la joie consolatrice. Les amours de transition, ceux qu’on vit entre deux grandes histoires, et que les américains appellent les « rebonds ». La rebond girl, le rebond boy.
J’ai pensé Les Enfants des Autres dans sa dimension mélodique, littéraire. Il faut lire pleinement tous les fondus au noir, les ouvertures à l’iris, les cieux dans lesquels les saisons passent, comme des chapitres d’un compte à rebours lancé dans la vie d’une femme, d’un couple, son désir.
J’ai beaucoup pensé à certaines études de mœurs dans lesquelles les américains ont si bien excellé, Shoot the moon d’Alan Parker, Kramer contre Kramer, Une femme Libre... Des films définitifs sur des expériences banales, collectives. Avec une forme de générosité musicale et de simplicité classique dans la construction, une modestie dans la peinture de ces relations qui se nouent, se délitent, se brisent et luttent.
Les Enfants des Autres doit quasiment tout à ses interprètes, ça n’est pas le cas de chaque film. Roschdy Zem, mon grand allié depuis Les Sauvages, Chiara Mastroianni, qui a accepté de venir pour quelques scènes car en les tournant nous nous disions qu’on déjouait la règle selon laquelle il n’y a souvent de place que pour un seul grand rôle féminin, pas deux.
Le film a surtout réparé - et j’allais dire vengé ! - le rendez-vous raté il y a des années avec Virginie Efira, qui apporte ici son « cerveau érotique », pour reprendre l’expression de la romancière Anne Berest (qui joue dans le film elle aussi). Son intelligence de jeu, sa générosité, sa dignité en faisaient l’héritière des figures de ces études de mœurs dont l’ombre planait, tutélaire, au-dessus du film : Jill Clayburgh, Meryl Streep, Diane Keaton. Des femmes qui m’émeuvent et en qui je me reconnais, pour qui la féminité n’est pas une donnée, mais leur propre invention. Démarche, diction, réactions, séduction : il n’y a pas d’en-soi de la féminité chez Virginie, mais une volonté, farouche et obstinée, de l’être. De construire la personne qu’on veut être. Et je l’ai aimée.
Par une ironie du sort, alors que je ne l’espérais plus, j’ai découvert en préparation que j’étais enceinte et j’ai tourné ce film en attendant un enfant qui est né quelques jours après la fin du mixage. J’ai eu la sensation de filmer cette lettre d’amour, de solidarité aux femmes sans enfant -des nulli-pares, comme disent les médecins - tout en n’appartenant déjà plus tout à fait à leur communauté, sans appartenir encore à l’autre.
J’ai voulu faire, avec Les Enfants des Autres, un film qui m’avait tout simplement manqué. »

ENTRETIEN AVEC VIRGINIE EFIRA

« Qu’est-ce que le titre Les Enfants des autres vous a évoqué à la lecture du scénario ?
L’idée d’un personnage peu souvent regardé au cinéma. La belle-mère, celle qui s’occupe des enfants des autres est habituellement un personnage secondaire, plutôt utilitaire. Rebecca a décidé de la mettre au premier plan. D’ausculter ce lien entre ce personnage périphérique et une famille « d’adoption », de manière centrale. Elle s’attaque en même temps à un personnage classique, mais jamais vu de cette façon là, et à la question de la féminité. Elle place Rachel au cœur de cette histoire totalement contemporaine. Elle est arrivée à faire ce que disait Flaubert : « pour qu’une chose soit intéressante, il suffit qu’elle soit regardée longtemps ». Il y a vraiment ça avec mon personnage qui n’est ni une folle, ni une originale anticonformiste. C’est quelqu’un d’assez normal, de discret, et Rebecca la regarde longuement en tant que telle. Elle la dévoile selon tous les points de vue : celui de sa libido, de ses rapports familiaux, de ses amis, de sa relation avec cette enfant d’un autre aussi, car lorsque j’évoque la réserve émouvante de Rachel, ce n’est pas juste à propos de la maternité, mais aussi de sa part féminine.

Vous avez ressenti cela dès la lecture du scénario ?
Quand je l’ai lu ce qui m’a émue ce sont des choses en creux, c’est ce que j’appelle le petit endroit, celui de ne pas avoir trop de problèmes à se mettre naturellement en retrait, derrière les autres, et en l’occurrence derrière quelqu’un, cet homme qu’elle aime et à qui elle dit en faisant cela : « prends la place ». Elle est intéressante Rachel à ne pas vouloir à tout prix la première place, celle de LA mère, à chercher à rester en retrait par rapport à elle-même et aussi par moments dans ses rapports amoureux.

Parlez-nous justement de votre partenaire de jeu, Roschdy Zem ?
C’est merveilleux ce Roschdy qui se réinvente sans cesse ! Il fait des choses dans le film qu’il n’aurait jamais fait avant. J’aime son travail depuis très longtemps. C’est quelqu’un qui a une curiosité qui fait qu’il échappe à la mode, à la certitude du moment bien encadrée. Il cherche, il ne sait pas exactement qui il est, et ça c’est merveilleux, surtout quand on voit la grande qualité de sa carrière. Il est dans un perpétuel étonnement, un émerveillement. On ne se connaissait pas vraiment, même si je voyais à travers ses rôles la force inouïe qui émane de lui. On s’est très bien entendu. Je croyais à notre couple à l’écran. Je vois aussi une manière d’être un homme, car il dégage quelque chose de tangible. C’était en correspondance avec le cinéma de Rebecca sur la façon dont elle voulait raconter son histoire. Lui et moi sommes assez concrets, ça inscrit le récit à un endroit qui n’est pas éthéré, mais organique, et peut-être que cela nous a permis d’échanger de manière fluide. Il n’y a aucun déchet égocentrique dans ce qu’il laisse. Il est assez délesté de ça. Il avait envie de plonger dans cette histoire là, d’où la mise à nue dans tous les sens du terme.

Rachel est aussi un personnage qui se met à nu dans tous les sens du terme.

La nudité au cinéma n’est pas complètement neuve en ce qui me concerne ! Mais c’est la première fois que je fais une scène nue qui est drôle, parce que le corps a des parties molles et quand on s’agite dans tous les sens, c’est amusant ! Cette scène nue n’a aucune vocation sexuelle, et du coup, c’est très divertissant à tourner, mais aussi très intimidant. J’étais nue dehors, il y a des gens qui pouvaient me voir, je ne pouvais pas par exemple me couvrir du corps de l’autre, ou de l’érotisme d’une scène comme cela m’est arrivée dans d’autres films. Ici, on est juste là, comme un petit ver tout nu, à s’agiter dans tous les sens. Oui, c’était très comique.

C’est difficile de filmer la nudité, moi ça ne m’intéresse que lorsque ça intéresse au plus haut point la réalisatrice ou le réalisateur, et donc trouver le langage particulier du corps, la façon précise de se mouvoir, ressentir qu’on est tous ensemble, dans le même film, de façon quasi religieuse, transcendée, et se dire qu’on est en train d’accomplir quelque chose qui est plus haut que nous.

Cela tient dans la direction d’acteurs de Rebecca Zlotowski ?
C’est mu par le caractère et la détermination de Rebecca. Il y a une assurance dans ce qu’elle veut voir, là où elle veut nous emmener. Elle possède une forme d’énergie qui donne envie de la suivre, de livrer plus. C’est un regard extrêmement gourmand, un encouragement systématique à aller chercher plus loin, à voir que ça avance. Elle ne pousse jamais l’acteur dans l’idée de vouloir bien faire, il s’agit plus directement de faire ! Elle est très forte à ça. Elle donne aussi des clés de cinéma, qui ne sont pas de l’ordre de la psychologie. Par exemple, la scène de la rencontre entre mon personnage et celui de Roschdy Zem, Ali, moi je voulais ajouter des tas de petits trucs, et elle a tout résumé par une image débarrassée de tout, en me disant « Je veux que ce soit comme sur un tapis roulant ». Rebecca, c’est une très grande douceur et une forme d’autorité. Et elle empêche aussi toute sacralisation du moment. Et puis quand on partage les mêmes goûts, il y a une évidence de pensée. Roschdy, moi, et elle, on travaillait en os-mose.

Comment avez-vous travaillé la silhouette de Rachel ?
Au départ sur les costumes on cherchait dans des directions opposées avec Rebecca, avant de finalement définir une silhouette commune. Quand on parlait ensemble de Rachel, on pouvait par exemple définir un geste de la main dans mes cheveux, à la façon dont une actrice comme Julia Roberts pourrait le faire dans ses films, c’est-à-dire une grande chevelure bouclée qu’il faut retenir pour dégager son visage

Et ensuite ?
Il fallait trouver un style qui m’aide à comprendre Rachel, qui est prof de français au lycée. D’abord on l’a un peu chargé de sens, puis on a enlevé beaucoup, beaucoup, de choses. Plus que le costume, Rachel c’est une manière de bouger en perpétuelle corrélation avec sa manière de penser. Il fallait trouver son niveau d’énergie. On vole toujours des choses à son metteur en scène, j’ai pris à Rebecca des petits éléments physiques révélateurs de sa rapidité de penser. Elle a sur le plateau cette assurance assez forte, marquée, que j’ai aussi d’une certaine manière, même si je parle aussi de mes complexes. Il n’y a pas l’apparence de la fragilité, ni chez elle, ni chez moi, enfin pas beaucoup. Tout cela est surtout une question de gestuelle trahissant un langage affectif, sensoriel, et pas forcément intellectuel.

Et des films aussi ?
Oui. Rebecca m’a montré des films avec Diane Keaton, ce qui m’a beaucoup inspirée, encore une fois pour l’attitude corporelle de Rachel. Il y a chez Keaton une mobilité du visage, une forme de politesse du sourire, qui est aussi dans mon personnage : la politesse du sourire, l’importance du rire également. J’ai été particulièrement marquée par Shoot the moon d’Alan Parker. C’est du cinéma américain populaire, accessible, exigeant et profond, qui maintient en permanence son propos à une certaine hauteur. Les films, c’étaient pour Rebecca et moi, des manières supplémentaires de se rejoindre, de partager un regard. Elle me laissait libre de prendre, d’utiliser, ou pas, ce que je voulais de ce que j’avais vu par exemple dans le jeu d’actrice de Diane Keaton.
Et puis il y a les films que vous avez en tête, et évidemment pour moi il y avait Claude Sautet et Romy Schneider. Je pense à Une histoire simple, où Schneider regarde les hommes avec une forme de compréhension amusée et distante, mais pas du tout dans le côté : « ces hommes, tous des salauds, mais on leur pardonnera tout », non chez Sautet comme dans Les Enfants des autres c’est plutôt un regard féminin qui ne cherche ni ne demande rien aux hommes, mais qui constate sans juger.

Et féministe aussi ?
D’une certaine façon oui. Qu’est-ce qu’un film féministe ? C’est un film qui regarde justement longtemps et bien une femme, en lui donnant une position complexe. Le film est totalement ça, véritablement ça, et d’une manière à la fois extrêmement contemporaine et qui s’adresse à tous. C’est aussi un film populaire qui traite un sujet rare et accessible sur la maternité, sur cette possibilité pour les femmes d’appartenir à ce grand lieu commun qui est celui d’être mère. On aborde aussi une période, l’idée que : si je veux être mère, je ne peux pas le décider à soixante-huit ans. C’est une réalité à laquelle aucune femme n’échappe, à laquelle il faut bien se résoudre, alors qu’est-ce qu’on en fait ?

C’est ce qui comptait le plus pour vous : aborder ce compte à rebours qui fait que passé un certain âge, une femme ne peut plus être mère ?
Pas seulement. Pour moi, plus que le rapport à la maternité, le film me percute de manière plus globale sur cette idée : qu’est-ce qui passe et qu’est-ce qui reste dans cette vie longue et courte ? Il s’agit non seulement dans le film, pour Rachel de trouver sa place, comprendre qui elle est, ce qui est quelque chose de complexe, mais aussi de trouver une place auprès d’un enfant dont on n’est pas la mère, et ça, c’est encore autre chose. Est-ce qu’on met ses deux pieds dedans ou pas ? On est en déséquilibre constant par souci permanent de respecter l’enfant. On est obligé d’attendre qu’on vous donne une place, et ensuite, c’est difficile d’oser la prendre. Rachel essaie de s’inscrire dans la vie de cette enfant, et évidemment sans jamais de rivalité entre mon personnage et celui de la mère de l’enfant. Ce n’est pas le sujet.

Quel est le sujet ?
Il y a ce grand désir organique de vouloir être mère, que Rebecca arrive à très très bien traiter. Il est complexe ce moment où il reste peu de temps. Et il y a encore une fois, ce lien tissé avec un enfant qui n’est pas le sien, qui est assez prodigieux et forcément fragile parce qu’on ne sait jamais à quel moment il peut se briser. C’est un lien toujours en suspens. Comment on fait alors pour être pleinement soi-même quand on est dans cette situation ? Quels sont vos droits après ? Comment on dit au revoir ? Comment on rentre dans l’intimité d’une famille qui n’est pas au départ la vôtre ? Rebecca arrive à rendre cette espèce d’état perpétuellement sur le qui-vive, celui d’essayer de bien faire, de tisser un lien. A titre personnel, ce lien avec un enfant qui n’est pas le vôtre, est quelque chose que j’adorais très très très fort. Je me demande même si parfois je ne choisissais pas des hommes parce qu’ils avaient des enfants. J’aimais bien voir l’homme dans cette situation-là, peut-être parce que je pensais pouvoir être utile, peut-être aussi parce que ça me mettait dans cette fameuse position de me tenir « derrière » ce lien.

Est-ce un film qui marque plus que d’autres ?
Complètement, complètement ! En le faisant et en le voyant. Rebecca va totalement au bout de ce qu’elle veut faire et elle le fait en vous laissant une liberté de propositions réelle. En découvrant le film, j’ai vu cette politesse du sourire dont je n’avais pris conscience à ce point. Je rigole tout le temps ! C’est très beau. Et puis c’est un film aussi sur le courage vu de façon extrêmement simple. Rachel n’est pas quelqu’un qui sauve des vies, elle a le courage de vivre sa vie avec une forme de dignité très limpide que je trouve belle et que l’homme qu’elle aime ne voit pas toujours. Il ne comprend pas entièrement l’investissement de Rachel par rapport à cette enfant, l’importance pour elle de cet engagement.

Et pour conclure ?
J’aime le rapport à la vie de mon personnage. J’aime comment elle circule dans la ville, comment elle lui appartient. Comment on traverse une route ? Est-ce qu’on court ou pas ? Est-ce qu’on attend au rouge ? Comment s’élance-t-on dans la vie ? J’aime ses amies qui arrivent pour manger, j’aime qu’elle soit au téléphone… Tout est fluide, extrêmement sensoriel. »

"Revoir Paris, Benedetta, Sybil, Les enfants des autres, Vie privée
… : les films de Virginie Efira révèlent une actrice qui oscille entre une grande solidité terrienne et une vulnérabilité prête à tout remettre en cause en permanence. La comédienne décrypte comment elle travaille entre ces deux pôles, paradoxalement très complémentaires."
ENTRETIEN AVEC ROSCHDY ZEM

« Comment voyez-vous Ali, votre personnage ?
J’avais une vision assez proche de celle de Rebecca Zlotowski, la réalisatrice. Ali est un homme de son temps. Il arrive à un âge où il se pose des questions existentielles sur son avenir : continuer à perpétrer une descendance, ou, au contraire, arrêter, profiter de la vie. Toutes ces questions, je les connais. Je les ai traversées. Aujourd’hui nous sommes dans une ère où être un homme ce n’est plus appartenir à un schéma classique. Tout est désormais possible, quitte à ce que les choses soient perturbantes pour un esprit masculin comme celui d’Ali. Il se pose beaucoup de questions sur ce qui fait sa réalité, ses désirs, ses objectifs, contrairement à la génération de ses parents pour laquelle tout était clairement tracé. Ali est l’incarnation de tout ça, c’est un quadragénaire du 21e siècle.

Il est moderne uniquement en cela ?
Pas seulement. Il est également moderne par sa part féminine, c’est le personnage le plus féminin que j’ai eu à interpréter. Et ça c’est la modernité de la pensée de Rebecca. Dans ce film, on a le sentiment qu’on a inversé les rôles que l’on s’était habitué à voir au cinéma.
Ici, c’est l’homme qui est seul avec un enfant.
Le soir il fait à manger. Il va coucher sa petite fille… Cette image est d’ordinaire réservée aux personnages de femmes, au cinéma et dans la vie. Le film brise ce schéma, se pose en rupture avec ça. La personne qui vient s’imbriquer au sein de ce couple, c’est la femme. C’est elle qui doit s’adapter à sa situation familiale à lui.

La part féminine de votre personnage se ressent dans la façon dont il se vêt.
Oui, ça passe déjà par le choix des costumes. Il fallait choisir des costumes qui ne me grandissent pas, qui ne renforcent pas ma carrure, et même, qui m’adoucissent. C’est ce qu’on cherchait : quelque chose de très doux, de sensible, de délicat, voire de maladroit. Rebecca a tout de suite eu l’idée d’affiner un peu tout dans ma mise, surtout ne pas me faire porter de bottes à l’aspect trop massif, trop viril, ni de gros manteau, mais seulement des affaires qui décèlent quelque chose d’infiniment vulnérable chez Ali. Rebecca tenait aussi à ce que la catégorie socio professionnelle, Ali est ingénieur, soit décelable à travers le vêtement, qu’on sente le côté tangible de mon personnage. Ça lui tenait à cœur que je porte une cravate au travail. On ne m’a pas souvent vu porter la cravate…

En quoi Rebecca Zlotowski s’est-elle inspirée de vous pour construire votre personnage ?
Avec Rebecca, nous nous connaissons bien, nous avons fait ensemble la série Les Sauvages. Elle a ensuite commencé à écrire l’adaptation cinématographique du roman de Romain Gary, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, dans lequel je devais assurer le rôle principal. Curieusement cette histoire s’est transformée en portrait plus féminin, à la première personne, et c’est devenu Les Enfants des autres, dans lequel elle a écrit le rôle d’Ali, en pensant à moi. Elle a réussi à faire un amalgame entre l’homme que je suis, et les hommes qu’elle a pu rencontrer. A travers Ali, j’ai décelé plusieurs personnalités incarnées dans un seul personnage. Rien dans ce qu’elle m’a demandé de faire, ne m’est apparu incohérent ou invraisemblable. Encore une fois Ali est le rôle qui m’a fait me poser le plus de questions. Je comprends tout ce qu’il fait, même si je ne partage pas forcément tous ses choix. Et j’aime aussi cette espèce de paradoxe de rencontrer la femme idéale tout en se posant des questions sur la viabilité de leur existence à deux.

L’intimité du couple est aussi filmée de façon très moderne, notamment dans ses moments les plus nus. Comment avez-vous interprété cela ?
La nudité, on en a parlé très rapidement. J’y ai rarement été confronté au cinéma. Je ne me sentais pas prêt. Aujourd’hui ça passe plus facilement surtout grâce au regard de Rebecca qui me confronte à toutes les facettes de mon personnage. Je me sens en confiance. La nudité c’est encore questionner cette idée de féminité de ce rôle, son abandon. La scène où on me voit nu sous la douche, c’est lui qui prend sa douche, et c’est lui qui est maté par la femme qu’il aime, et qui l’aime. Là aussi les rôles sont inversés par rapport à ce que le cinéma en général nous renvoie. J’étais heureux d’être le témoin actif de ça. J’ai l’impression de participer à un renouveau, un changement de vision au cinéma. J’étais au service de ça. Ça m’a ravi, avec le parcours qui est le mien. Les femmes prennent la place qu’elles doivent occuper dans la société. Au cinéma, en tant que réalisatrices, elles apportent autre chose. Je suis content d’être sollicité par elles. Je suis content d’en être. Elles m’emmènent dans un ailleurs auquel je n’ai jamais été confronté auparavant. Je ne suis plus par exemple ce personnage de cinéma marmoréen. Il y a même par-fois dans le film de Rebecca, des séquences où je me sens dominé sentimentalement.

Qu’apporte à Ali le fait d’être musicien ?
Ali est un musicien amateur, son métier est d’être un cadre supérieur. C’est son hobby. Sa part de solitude partagée avec les autres. La musique, ça n’a pas été évident pour moi. J’aime la guitare, j’en joue beaucoup, mais je suis très très mauvais. Avec Virginie Efira, on a dû apprendre un morceau très compliqué à jouer. On s’est entrainés longtemps, et la séquence finalement a disparu ! Mais, mine de rien, ce rapport à la musique nous a rapproché un peu plus de nos personnages, nous a permis de nous rassembler et c’est indispensable, surtout quand vous avez affaire à une actrice que vous ne connaissez absolument pas.

Comment s’est passé alors le tournage avec Virginie Efira ?
On n’est pas loin de la partenaire parfaite. On se sent bien avec elle. Elle est là pour travailler, mais aussi pour échanger avec générosité et humour, tout en étant toujours ancrée dans la réalité. C’est assez beau à voir. Sur un plateau de cinéma, elle maintient un lien très fort avec la vie réelle, ça me rassure beaucoup. Elle faisait venir sa fille à chaque fin de journée de tournage pour faire ses devoirs dans la loge. Ça me bouleverse. Je sens chez elle quelque chose auquel je suis très attaché : ce sentiment, cette conscience de vivre dans des conditions de vie privilégiées qu’induit notre métier, et ça me séduit beaucoup. C’est une partenaire de jeu exceptionnelle. Je comprends qu’elle ait du succès. Elle a et le talent, et le comportement qui va avec. Elle a un côté girl next door. Elle est comme toutes les femmes de sa génération.
Elle est aussi au service du film. Elle va jusqu’au bout, c’est ce que j’aime. Et ce qui fait sa force, c’est qu’elle ne souffre pas. Elle donne beaucoup quand elle joue, elle y laisse beaucoup d’énergie et ça c’est quelque chose auquel je suis très attaché, mais elle fixe ses limites et cette limite-là, ne pas souffrir, est essentielle pour continuer. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il ne faut pas souffrir pour interpréter un rôle.

Qu’avez-vous découvert en voyant le film ?
Le résultat du travail effectué avec l’enfant qui joue ma fille. Quand Rebecca a choisi la petite Callie Ferreira-Goncalves, c’était une enfant très réservée, très timide. Ça m’a désarçonné. Comment allait-elle s’épanouir sur un plateau de cinéma ? La patience de Rebecca a été totalement magique et efficiente sur le plateau. Callie entre deux prises était souvent blottie dans les bras de sa maman, mais dès qu’elle tournait elle devenait très ouverte. Elle apporte au final quelque chose de magique elle aussi. Elle arrive avec toute sa fragilité et chaque moment qu’elle a donné, était comme un cadeau.

Le fait d’être père vous-même, vous a-t-il servi ?
Etre père, je le vis. Je sais que j’ai ça en moi : m’adresser à un enfant, l’aimer, le coucher, être agacé aussi par un enfant… Tout ça, je connais, alors je ne théorise pas là-dessus. Je n’en ai pas besoin. C’est ancré. C’est ma mémoire qui fait le reste.

Que pensez-vous du sujet du film autour de ces femmes de quarante ans, en quête de maternité, dont la société perçoit rarement la souffrance ?
J’étais témoin indirect de ça. Je suis très proche de Rebecca. C’est très délicat, très difficile, ce qu’on demande aux femmes. Elles doivent être parties prenantes professionnellement de la société, et fonder une famille, avoir des enfants. Ce n’est pas si simple quand on est une femme de construire une carrière accomplie, et savoir que l’épanouissement personnel et maternel n’est possible que jusqu’à un certain âge. Nous, les hommes, nous n’y pensons pas. Nous ne sommes pas du tout conscients de ça car nous ne sommes jamais confrontés à cette situation. Ce film est important car il permet de parler de tout ça. On s’aperçoit, quand on en discute autour de soi, à quel point c’est un vrai sujet, et à quel point les femmes y font face. On n’aurait pas pu réaliser cette histoire il y a vingt ans, car personne ne tenait compte de ce sujet. Je suis, j’étais témoin de ça et je l’avoue je n’aurais jamais pensé voir cette histoire au cinéma. C’est un sujet qui, en tant qu’hommes, nous échappe totalement. On n’est pas assez généreux.

Y a-t-il une phrase ou une formule que vous retenez du film ?
Une phrase je ne sais pas, mais il y a quelque chose que je trouve toujours très perturbant, c’est cette décision que mon personnage prend, mais pas pour lui, « pour la petite ». Cette formule est terrible « pour la petite ». On ne peut pas infliger ça à un enfant. C’est lui faire reposer sur ses épaules de façon incroyablement lourde, toute la responsabilité de la situation de son père. C’est un poids énorme et déplacé pour une enfant. Que va-t-elle en faire une fois qu’elle sera adulte ? Comment un père peut en articulant cette formule dire en quelques sortes à son enfant : « tu vois ce que je suis en train de faire pour toi » ?

Finalement, Ali ?
Pour moi, en tant qu’acteur et en tant qu’homme, interpréter le personnage d’Ali, c’est dix fois plus intéressant que tout ce que l’on pourrait me proposer aujourd’hui. C’est dire que les hommes actuels ne sont pas plus forts que les femmes, qu’il ne s’agit plus de se reposer sur eux les yeux fermés, car oui, on peut déconner, ne pas être à la hauteur, comme n’importe qui. Cela a toujours été le cas, mais ce film enfin le montre. »


« Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski
France, 2022, 1 h 39
Production : Les Films Velvet, France 3 Cinéma
Producteur : Frédéric Jouve
Scénario : Rebecca Zlotowski
Image : Georges Lechaptois
Montage : Géraldine Mangenot
Musique : ROB
Avec Virginie Efira (Rachel), Roschdy Zem (Ali), Callie Ferreira-Goncalves (Leïla), Chiara Mastroianni (Alice), Yamée Couture (Louana)
Sur Arte les 4 novembre 2026 à 21 h, 09 novembre 2026 à 13 h 30, 25 novembre 2026 à 13 h 35
Sur arte.tv du 04/11/2026 au 03/12/2026
Visuels :
© les films Velvet - George Lechaptois
© Julian Torres

France, 2026, 53 mn
Entretien mené par Olivier Père 
Sur arte.tv du 13/10/2026 au 14/10/2029


jeudi 29 octobre 2026

Du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) au Mémorial de la Shoah

Durant la Deuxième Guerre mondiale (DGM), le Centre de documentation juive contemporaine  (CDJC) a été fondé en 1943, à Grenoble, dans la clandestinité, à l’initiative du rabbin Isaac Schneersohn (1879 ou 1881-1969). Le 30 octobre 1956, à l'initiative d’Isaac Schneersohn est inauguré à Paris un bâtiment en mémoire des victimes de la Shoah, le Mémorial du Martyr Juif Inconnu. 2026 marque le 70e anniversaire du Mémorial du Martyr Juif Inconnu, devenu en 2005 le Mémorial de la Shoah. Une institution "islamiquement et arabiquement correcte". Dans l'exposition itinérante "Le Centre de documentation juive contemporaine, 1943-2013 : documenter la Shoah", photographies, lettres, journaux, livres, films et autres archives retracent l’histoire du CDJC en insistant sur les premières décennies.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, dans une France occupée par les Nazis, le  Centre de documentation juive contemporaine  (CDJC) "a été créé dans la clandestinité, en avril 1943, à Grenoble alors dans la zone d'occupation italienne."

Initiateur de ce projet, le rabbin Isaac Schneersohn (1879 ou 1881-1969) voulait « écrire le Grand livre du martyrologue [sic] du judaïsme de France » et organiser la collecte des documents disponibles sur les persécutions antisémites perpétrées par l’occupant allemand et le régime de Vichy. mort, Il a été le rédacteur en chef de la Revue du CDJC.

Installé en 1956 dans le Marais (75004) à Paris au sein du Tombeau du martyr juif inconnu, le Mémorial du Martyr Juif Inconnu est devenu en 2013 le Centre de documentation du Mémorial de la Shoah inauguré en janvier 2005."

Le Mémorial de la Shoah comprend, en son sein, le Mur des noms des juifs déportés de France métropolitaine. Curieusement, il en a exclu les noms des juifs déportés de Tunisie, alors un protectorat de la France.. 

Rue Geoffroy-l'Asnier, une façade du Mémorial de la Shoah est devenue le Mur des Justes parmi les Nations. Ces personnes ont sauvé des Juifs, parfois au péril de leur vie, durant la Deuxième Guerre mondiale.

Le Mémorial de la Shoah "est actif dans les domaines de la recherche et de la documentation, de l’édition avec la Revue d’Histoire de la Shoah, de la pédagogie, de la formation des adultes et sur le terrain de la médiation culturelle avec le musée et les activités culturelles mais aussi la valorisation des lieux de mémoire".

Depuis 2012, le Mémorial de la Shoah a initié des actions visant à étendre le champs de son action en banlieue parisienne, en province et à l'étranger. Il dispose depuis 2012 d'un musée à Drancy, en face de la cité de la Muette, ancien camp d’internement, et présentant l’histoire du camp de Drancy. En Province :  à Toulouse, l’antenne régionale pour le sud de la France, le CERCIL- Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv, puis le lieu de mémoire du Chambon-sur-Lignon en 2020, le centre du Jules-Isaac en 2021 et la gare de Pithiviers en Juillet 2022. 

"Le Mémorial de la Shoah compte depuis 2010 sur une correspondante permanente en Italie. Il organise en Pologne notamment des voyages de mémoire et l’Université d’été, et aux Etats-Unis des expositions temporaires.

Le Mémorial de la Shoah a élargi sa thématique à d'autres génocides sur lesquels il a proposé des expositions temporaires :  celui des Arméniens par des Turcs et des Kurdes, celui des Tutsi par des Hutu, celui des Herero et Nama par les forces du IIe Reich. Curieusement, le Mémorial de la Shoah élude le génocide commis par l'Etat islamique (ISIS) contre les Yézidis dès le 3 août 2014 dans le mont Sinjar et les environs en Irak. Un fait historique reconnu par l’ONU (Organisation des Nations unies) et plusieurs pays et sur lequel.a investigué l'UNITAD (Équipe d'enquêteurs des Nations unies chargée de concourir à amener Daech à répondre de ses crimes).

Afin de proposer plus d'espaces à ses expositions temporaires, le Mémorial de la Shoah a libéré des bureaux occupés par ses services administratifs, et a installé ces derniers dans un hôtel particulier à quelques dizaines de mètres du Mémorial. 

"Shoah islamiquement et arabiquement correcte"
Le rapport moral 2025 du Mémorial de la Shoah vante le bilan statistiques de ses actions : 185 actions de formation pour les enseignants dont 174 pour les 1er et 2e degrés, 203151 documents acquis, 3094 retombées médias confondus, 376500 visiteurs des expositions temporaires à Paris et à Drancy, 5294 lecteurs en salle de lecture (4919 en 2024)... Le budget de fonctionnement se décompose ainsi : dépenses 21 517 K€, recettes 21 593 K€.

Pourtant, la faille historique majeure, grave, de cette institution consiste à présenter une "Shoah islamiquement ou arabiquement correcte" : le Mémorial de la Shoah occulte l'antisémitisme islamique ou/et Arabe, la part majeure de dirigeants musulmans dans la Shoah. Il offre une vision dépassée de la Shoah : il ignore les recherches historiques depuis plus d'une décennie, notamment d'historiens américains, russes ou israéliens, sur le rôle essentiel du mufti de Jérusalem al-Husseini, la propagande nazie (Radio Berlin) en direction du monde Arabe, le projet d'exterminer des juifs en Palestine mandataire, etc. C'est le musée mémorial de l'Holocaust à Washington (Etats-Unis) qui a recueilli les souvenirs de juifs originaires de Tunisie, ayant subi l'occupation nazie, et offre sur son site Internet leurs enregistrements audio.

Certes, le Mémorial de la Shoah montre brièvement, dans son exposition permanente, le sort des juifs de Tunisie. Mais son exposition sur les ghettos, centrée sur l'Europe continentale, omettait les mellahs ou ghettos marocains que des juifs marocains ont été contraints de rejoindre. Interrogé, le directeur du Mémorial de la Shoah, Eric Fredj, répondait que le Mémorial avait présenté une exposition sur les juifs de Tunisie durant la Deuxième Guerre mondiale ! "Issue d’une coopération entre le CDJC et la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie (SHJT)", cette exposition s'était déroulée du 20 décembre 2002 au 15 janvier 2003 !

Cette occultation historique sert, involontairement, le narratif anti-israélien ou pro-palestinien selon lequel l'Europe se serait "débarrassée de son sentiment de culpabilité lié à la Shoah en envoyant les rescapés de l'Holocauste en Palestine  mandataire où ils auraient volé la terre des Palestiniens..." ou "Les descendants de victimes de la Shoah commettraient un génocide des Palestiniens dans la bande de Gaza". Une propagande haineuse véhiculant des stéréotypes antijuifs"

Cette faille historique s'avère d'autant plus cruciale qu'après des attentats terroristes islamistes, des dirigeants politiques français se recueillent au Mémorial de la Shoah et que des individus, souvent musulmans, condamnés pour antisémitisme par la justice à suivre des "stages de citoyenneté"  au Mémorial de la Shoah, entendent ce discours "islamiquement ou arabiquement correct". Pense-t-on que ces moments de recueillement de politiciens et ces stages vont réduire leur antisémitisme ? On peut légitimement en douter.

Historien, Georges Bensoussan a été le rédacteur en chef dès 1993 de la revue d'histoire du Mémorial de la Shoah devenue la Revue d'histoire de la Shoah, qui avait consacré un numéro aux "Juifs d'Orient face au nazisme et à la Shoah", et en 2002 responsable éditorial au Mémorial de la Shoah (Paris). Il a créé à la fin des années 1990 le service de formation consacré à l’enseignement de l’histoire de la Shoah.

Il a dirigé en 2002, sous le pseudonyme d'Emmanuel Brenner, Les Territoires perdus de la République, recueil de témoignages d'enseignants et de chefs d'établissements scolaires français sur l'antisémitisme, le racisme et le sexisme en milieu scolaire, principalement dans une jeunesse issue de l'immigration maghrébine. Une étude rejoignant les conclusions du rapport Obin.

L'affaire Georges Bensoussan illustre cette faille historique aux nombreux enjeux capitaux. Le 10 octobre 2015, lors de l'émission Répliques animée par l'essayiste Alain Finkielkraut sur France Culture, Georges Bensoussan a évoqué le sociologue Smaïn Laacher en déclarant que l'antisémitisme est présent « dans les familles arabes [...] on le tète avec le lait de la mère ». Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a dressé une « une mise en garde ferme »  à la chaine. Cet historien est poursuivi par le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), SOS Racisme et la Ligue des droits de l'homme (LDH) devant le Tribunal pour "provocation à la haine, la violence ou la discrimination". Il est relaxé en  2017 en première instance, en  2018 par la Cour d'appel et en 2019 par la Cour de cassation. Georges Bensoussan s'est plaint du très faible soutien de dirigeants du Mémorial de la Shoah. Son travail pour le Mémorial de la Shoah a alors pris fin.

L'exposition sur le génocide des Arméniens rechignait à évoquer la dhimmitude et à replacer ce génocide parmi ceux commis par des Turcs durant la Première Guerre mondiale envers les Assyriens, les Grecs pontiques, etc.

Exposition
Après le Mémorial de la Shoah, l'Espace Hillel, le Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère a accueilli en 2023, dans le cadre du 80e anniversaire de la création du Centre de documentation juive contemporaine (rue Bizanet à Grenoble), l’exposition itinérante "Le Centre de documentation juive contemporaine, 1943-2013 : documenter la Shoah".  

Zakhor (Souviens-toi, en hébreu)
Promoteur du projet de CDJC : Isaac Schneersohn (1881-1960), cousin du rabbin Schneour Zalman Schneersohn, rabbin et industriel d'origine russe. Né à Kamenetz-Podolsk (actuelle Ukraine) dans une famille de rabbins, formé et officiant comme rabbin, Isaac Schneersohn s’installe en 1920 en France dont il acquiert la nationalité. 

A Paris, ce proche du rabbin David Feuerwerker accueille à son domicile des dirigeants Juifs, souvent sionistes - Vladimir Jabotinsky, Chaim Weizmann -, et embrasse une carrière d’industriel comme administrateur délégué de la Société anonyme de travaux métalliques (SATM). En 1939, trois de ses fils sont mobilisés comme officiers de réserve de l’armée française. Isaac Schneersohn et sa famille se réfugient à Bordeaux, puis dès 1941 à Mussidan (Dordogne). Mandaté par l'Union générale des Israélites de France (UGIF), Isaac Schneersohn se rend souvent à Grenoble.

En 1943, il voulait « écrire le Grand livre du martyrologe du judaïsme de France » et « organiser la collecte des documents disponibles sur les persécutions antisémites perpétrées par l’occupant allemand et le régime de Vichy ».

De « ses premières années à la mort de son fondateur en 1969, le CDJC écrit l’histoire, constitue un fonds d’archives pour que justice soit rendue aux victimes. Parallèlement, de nombreuses initiatives et études sont menées en Europe par des survivants de la Shoah et des historiens ».

« Fondateur d’une historiographie, premier centre d’archives accessible aux chercheurs sur le sort des Juifs de France pendant la guerre, le CDJC, intégré dans ce qui est devenu depuis janvier 2005 le Mémorial de la Shoah, se confond aujourd’hui avec la mémoire de la Shoah des Juifs de France dont il est devenu le dépositaire ». 

A nuancer, tant le Mémorial de la Shoah tend à restreindre, dans de nombreuses expositions, la France de la Seconde Guerre mondiale à la Métropole, et n’a pas entrepris, en temps utile, le recueil des témoignages des Juifs ayant vécu en Afrique du Nord les persécutions antisémites : installation forcée dans un mellah (ghetto), rafle, racket, vols, horribles camps de travail forcé, etc.

Des preuves historiques
Le 28 avril 1943, quarante militants et dirigeants représentant les divers courants de la communauté juive se réunissent à l’initiative d’Isaac Schneersohn dans l’appartement qu’il loue dans la rue Bizanet, à Grenoble. Dans la clandestinité, ils créent le Centre de documentation juive contemporaine, afin « de rassembler des preuves de la persécution des Juifs afin de témoigner et demander justice dès la fin de la guerre ».

Les fondateurs du CDJC commencent à collecter des documents, à éditer le Bulletin du CDJC qui se transformera après-guerre en revue, mais ils doivent suspendre leur travail en septembre 1943 car les Allemands envahissent la zone occupée par les Italiens et où se trouvait Grenoble.

Ils plongent dans la clandestinité. « Mon obstination et ma persévérance, ma conviction ferme de la nécessité de recueillir cette documentation se renforçaient toujours davantage. [...] Je ne savais pas si je survivrais, aucun de nous ne croyait qu'il sortirait vivant de l'enfer. Mais je n'avais qu'un seul désir, aussi longtemps que je le pourrais, consigner ce qui se passait », se souvenait Isaac Schneersohn qui rejoint alors la résistance en Dordogne et y noue des contacts avec la Résistance française qui s'avéreront précieux.

Le comité de direction du CDJC « est composé de 7 membres : 2 représentants du Consistoire (Consistoire central), 2 représentants de la Fédération des Sociétés juives de France, 1 représentant de l'ORT  (Organisation Reconstruction Travail), 1 représentant du rabbinat et Schneersohn lui-même qui le préside. L'objectif est de rassembler les documents qui permettront, un jour, d'écrire l'histoire des Juifs de France pendant la guerre » (André Kaspi).

Alors que les combats pour la libération de la France ont débuté, Isaac Schneersohn et son équipe se pressent de rejoindre Paris pour « sauver de la destruction et de la mise sous séquestre les fonds d'archives émanant de Vichy et de l'occupant nazi ».

Grâce à l’aide des résistants et « au flair d'Isaac Schneersohn et de Léon Poliakov en charge du Service de recherches des archives, le CDJC met la main sur des archives précieuses dans des conditions souvent rocambolesques, telles que celles du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), de l'ambassade d'Allemagne à Paris, de l'Etat-major, de la délégation générale du Gouvernement de Vichy et surtout sur celles du service anti-juif de la Gestapo, l'une des rares récupérées en Europe ».

Dès la Libération de Paris, le CDJC « entreprend de classer ses archives afin d'étudier le processus qui avait conduit à la destruction des Juifs de France ».

Léon Poliakov (1910-1997), "secrétaire de Schneersohn, en fut un témoin ironique : « Je me souviens, écrit-il dans son autobiographie L’auberge des musiciens, que, pour commencer, il [Schneersohn], avait installé un bureau à Grenoble, rue Bizanet, où une demi-douzaine de dactylos étaient chargées de dépouiller le Journal officiel pour dresser l’interminable liste des entreprises aryanisées, ce que je trouvais suprêmement ridicule, ne comprenant pas qu’il faut un commencement à tout. »

« Avec ses compagnons, Joseph Billig, Georges Wellers, Léon Poliakov, avec son ami Claude Kelman, ils ont fait une œuvre extraordinaire à une époque extrêmement difficile où le silence, la gêne étaient le lot des déportés survivants », a déclaré Éric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, le 27 janvier 1945.

Le CDJC crée sa propre maison d'édition, publie ses premiers travaux sur les camps d'internement (Joseph Weill, Contribution à l'histoire des camps d'internement dans l'anti-France, Paris, CDJC). « Dès 1945 trois ouvrages importants sont publiés par le CDJC, suivis par 5 autres en 1946, 5 autres encore en 1947, au total 20 jusqu'à la fin de l'année 1951. Le CDJC est ainsi devenu la mémoire de la communauté juive, de toute la communauté ». (André Kaspi)

En 1946, le CDJC transforme son Bulletin en Le Monde Juif, première revue d'histoire de la Shoah.

Isaac Schneersohn devient alors président du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) et directeur de la Revue publiée par ce centre, jusqu'en 1969.

Le CDJC et le jugement des criminels de guerre
Le gouvernement français, par l'entremise d'Edgar Faure, demande au CDJC « d'étayer la plaidoirie française aux procès de Nuremberg  ».

Le CDJC amène « sa documentation à Nuremberg et bénéficie d'une représentation permanente pendant les procès internationaux et américains, devenant l'un des destinataires officiels de tous les documents alors en circulation ».

Son travail est si remarquable que le Procureur général Telford Taylor « autorise Léon Poliakov et Joseph Billig à puiser dans les archives de ce premier grand procès international ».

Inauguré lors des procès de Nuremberg , ce « rôle d'aide à la justice s'est poursuivi durant les procès des responsables et complices de la solution finale en Allemagne, en France et en Israël où Georges Wellers, le responsable scientifique du CDJC est appelé à déposer au procès Eichmann  ».

Dans les années 1980, le CDJC « fournit à la justice française une pièce d'archive, le télex d'Izieu, qui lui a permis de procéder à l'inculpation de Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, pour crimes contre l'humanité ».

Un « tombeau-mémorial »
Dans les années 1950, Isaac Schneersohn parvient « à imposer l’idée de la construction d’un tombeau-mémorial dédié aux victimes de la Shoah ».

Cette « idée suscite l'opposition d'une partie de la communauté juive qui ne voulait pas « d'une institution tournée vers le passé ».

Isaac Schneersohn constitue un comité de parrainage réunissant des personnalités. Quand David Ben Gourion, alors Premier ministre de l’Etat d'Israël renaissant, est sollicité, il se rend compte que le premier Mémorial en hommage aux victimes juives du nazisme serait édifié à Paris. Rapidement, l'Etat d'Israël fonde Yad Vashem, à Jérusalem, avec qui le CDJC noue des relations privilégiées.

Le 17 mai 1953, la première pierre du Mémorial est posée sur un terrain donné par la Ville de Paris. Par des donations d’œuvres d’art, la France, la Belgique, le Luxembourg, la Yougoslavie participent à la construction du Mémorial.

Inauguré le 30 octobre 1956 en présence de 50 délégations des communautés Juives du monde entier, de personnalités politiques et religieuses venues de toute l'Europe, le Mémorial du martyr juif inconnu « accueille naturellement dans ses murs le CDJC ».

Le 24 février 1957, des « cendres provenant des camps d'extermination et du ghetto de Varsovie sont solennellement déposées dans la crypte du Mémorial par le grand rabbin Jacob Kaplan ».

Le 8 octobre 1958, l’éminent juriste français Juif René Cassin, futur prix Nobel de la paix, remet à Isaac Schneersohn la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur dans les salons du prestigieux hôtel Plaza Athénée à Paris.

Classé monument historique depuis 1991, le Mémorial du Martyr Juif Inconnu accueille chaque année les principales cérémonies liées à la Shoah – soulèvement du ghetto de Varsovie, découverte du camp d'Auschwitz, Hazkarah  (dédié aux victimes de la Shoah mortes sans sépulture), Journée nationale de la Déportation - organisées par l'Etat ou/et par la communauté Juive française.

Le « développement du centre de recherche sur la Shoah, devenu l'un des tout premiers en Europe, comme celui des activités du Mémorial, notamment en direction des publics scolaires, ont amené le conseil d'administration du Mémorial-CDJC à proposer une nouvelle étape : la création du Mémorial de la Shoah ».

Avec le soutien de l'Etat, de la Ville de Paris et de la Région Ile-de-France, le Mémorial a élaboré un projet en vue de l’agrandissement de son bâtiment. Les travaux sont terminés à la fin 2004.

Initié en 1997, ce « plan d’agrandissement et de regroupement de ces deux institutions d’histoire et de mémoire - le CDJC et le Mémorial du martyr juif inconnu - en une seule entité se met en place et aboutit à l’ouverture du Mémorial de la Shoah le 27 janvier 2005 ».

Cet agrandissement a « permis notamment d'offrir davantage de place aux chercheurs dans les salles de lecture, de déployer l'exposition permanente sur l'histoire de la Shoah, de créer un espace multimédia, un auditorium et d'ériger à l'extérieur du bâtiment « le Mur des noms » où ont été gravés les noms de tous les Juifs déportés de France ».

Formé de trois départements - les archives, la photothèque et la bibliothèque -, le Mémorial de la Shoah/CDJC « se positionne aujourd’hui comme le plus grand centre de documentation en Europe consacré à l’histoire de la Shoah et au sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ». Son fonds documentaire s’accroît régulièrement grâce à des dépôts, dons ou achats. Ce Mémorial de la Shoah gère aussi les archives d’organisations et de particuliers, célèbres et anonymes.

Sara Halperyn (1920-2002)
C’est une mémoire du CDJC qui a disparu en 2002. Responsable de la bibliothèque du CDJC, Sara Halperyn, octogénaire, est décédée le 13 février 2002. Regrettée de tous...

Sara Halperyn est née Neumann, en 1920 à Francfort, « dans une famille d’Ostjuden, des Juifs polonais installés en Allemagne », précisait Maurice Rajsfus. La famille Neumann, surtout la mère, est pratiquante. Sara et ses deux frères bénéficient donc d’une éducation religieuse.

C’est en 1936 que la famille quitte l’Allemagne nazie pour la Palestine. Seule y reste une grand-mère paternelle adorée, qui sera internée à Therezienstadt, puis mourra à Auschwitz. La famille Neuman s’installe à Jérusalem, et le père ouvre une épicerie à Herzliya.

Sara ne retourne plus en Allemagne. Plus tard elle refuse de toucher les dédommagements allemands auxquels elle a droit (Claims Conference). Son ressentiment pour l'Etat allemand ne se confond jamais avec sa perception de la génération née dans ce pays après le génocide juif. Elle accueille ainsi chaleureusement des volontaires allemands à la fin des années 1990 au CDJC.

Dotée d'une culture juive très étendue et de solides connaissances médicales, la jeune Sara devient infirmière. Difficile de connaître sa vie en Palestine, puis en Israël, tant la femme était était pudique et discrète. A peine sait-on que Sara Halperyn ne pratiquait plus vers la fin de sa vie et bien sûr s’inquiétait de la guerre en Israël. La cause de la paix, introuvable, lui tenait aussi beaucoup à cœur. 

Sara Halperyn rencontre à Jérusalem en 1943 Jacob Halperyn. Né à Łódź (Pologne), en 1903, intellectuel et érudit juif, Jacob Halperyn est également un talentueux polyglotte.

Le couple arrive en France en France en 1950 et se marie en 1957. Il a deux enfants, Sophie et Léon. Le second poursuit plus tard un parcours de chercheur avec une thèse de doctorat en "Langues, civilisations et sociétés orientales", soutenue en 2019 à l'université de Paris 3 - Sorbonne Nouvelle. 

Vers 1970, Sara Halperyn entre au CDJC comme assistante de la bibliothécaire, Olga Imbert. « Le centre est alors une structure encore petite, qui accueillait peu de chercheurs. Les archives et la bibliothèque se trouvaient au même niveau », précisait Maurice Rajsfus en 2002.

Sara Halperyn est nommée responsable de la bibliothèque en 1980, lorsque Mme Imbert prend sa retraite. Une fonction qu’elle exerce jusqu’au 8 février 2002.

Sara Halperyn a participé à la mise à jour de fichiers aux classements pertinents et aux résumés clairs en français. Maîtrisant l’allemand, le yiddish et l’hébreu, Sara Halperyn a traduit moultes documents pour les chercheurs. « C’était un puits de compétence et d’érudition. Elle guidait les gens pour éviter des études superficielles ou inexactes », expliquait Serge Klarsfeld en 2002. Une fois leur travail publié, de nombreux chercheurs la remercieront pour son aide, dans leur ouvrage.

Veuve depuis 1987, cette septuagénaire obtient une maîtrise d’hébreu à l'université de Paris VIII. 

Et elle est affectée par les décès récents d’un de ses frères en Israël et de sa meilleure amie.

« On riait toujours avec Sara. Elle avait un sourire, un dynamisme, une modestie... Elle était ouverte sur les autres et discrète sur sa vie. Elle disait toujours : « Tout va très bien ». Elle avait une parfaite connaissance du fonds. Elle maternait les chercheurs, les encourageant et les orientant dans leurs recherches. Sara n’aura pas vu le retour du Centre dans ses locaux agrandis en 2004. Elle laisse un grand vide... », se souvenait avec émotion Sarah Mimoun, une collègue et amie.

Affaiblie par une bronchite, Sara Halperyn meurt le 13 février 2002. 

A son enterrement au Père Lachaise le 19 février 2002, se sont retrouvés collègues, amis, chercheurs, journalistes, historiens, étudiants, etc. 

Le 21 mars 2002, Eric de Rothschild, président du CDJC, le conseil d’administration et l’ensemble du personnel du Centre, ont rappelé le souvenir de la responsable de sa bibliothèque, Sara Halperyn. Chercheurs et amis décrivent une dame dévouée, discrète, drôle, chaleureuse, polyglotte, très active et particulièrement compétente. Le Monde juif, la revue d’histoire de la Shoah du CDJC, a publié un numéro spécial en son honneur.

Groupe de Mémoriaux
"En 2012, le Mémorial de la Shoah a ouvert un musée à Drancy, en face de la cité de la Muette, ancien camp d’internement. Lieu d’histoire et de transmission, complémentaire du Mémorial de Paris, ce centre a pour vocation de présenter l’histoire du camp de Drancy".

"Le Mémorial de la Shoah est aussi présent en région et à l’étranger. A Toulouse, l’antenne régionale pour le sud de la France relaie les actions du Mémorial en s’appuyant sur les partenaires locaux et sur le patrimoine régional. En 2016 est organisée pour les professeurs à Toulouse la première Université du sud de la France."

"Depuis 2018, le Mémorial de la Shoah s’est agrandit en région avec le CERCIL- Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv, puis le lieu de mémoire du Chambon-sur-Lignon en 2020, le centre du Jules-Isaac en 2021 et la gare de Pithiviers en Juillet 2022."

"En Italie, où il peut compter depuis 2010 sur une correspondante permanente, le Mémorial de la Shoah développe trois grands types d’actions: la formation continue, les partenariats avec les musées de la Résistance, une présence active au sein du réseau universitaire."

"Le Mémorial est aussi très présent en Pologne, avec, notamment les voyages de mémoire et l’Université d’été, et aux Etats-Unis où des expositions temporaires sont proposées au public américain grâce à des partenariats locaux".

70e anniversaire
"1956 – 2026 : 70e anniversaire du Mémorial du Martyr Juif Inconnu, devenu le Mémorial de la Shoah en 2005. Où en sommes-nous 70 ans après ?

Le 30 octobre 1956, le projet final d’Isaac Schneersohn, fondateur du Centre de Documentation Juive Contemporaine, voit le jour : l’inauguration d’un bâtiment en mémoire des victimes de la Shoah, le Mémorial du Martyr Juif Inconnu.

"A l’occasion de ce 70e anniversaire, le Mémorial de la Shoah fait découvrir sur ces réseaux sociaux l’histoire de ce lieu, pensé dès lors comme un centre d’archives et un musée : quelles sont les personnalités qui ont soutenu le projet de Schneersohn et quels sont les difficultés rencontrées ? Qui sont les architectes et pourquoi avoir conçu le bâtiment sous cette forme ? Comment s’est déroulée l’inauguration du Mémorial le 30 octobre 1956 ? Qui sont les chercheurs venus se documenter au Mémorial ? 70 ans après, que devient l’institution ?
Son évolution témoigne aussi de la place désormais centrale de l’éducation dans cette mission : le Mémorial accueillait 38 000 élèves de tous niveaux en 2015, contre 185 000 en 2025."

"Ces 70 ans permettent ainsi de regarder à la fois l’histoire du Mémorial et les nouveaux défis auxquels il est confronté : comment préserver et transmettre une mémoire lorsque disparaissent progressivement ceux qui peuvent en témoigner directement ?"

"La commémoration du 30 octobre reviendra également sur l’histoire, parfois difficile, de la création du Mémorial et sur l’évolution de sa mission depuis 70 ans, tout en interrogeant son rôle dans la société française aujourd’hui."


Du 30 mars au 30 avril 2023
Au 
Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère
14, rue Hébert 38000 Grenoble France
Tél. : 04 76 42 38 53 
Entrée libre de 10 h 00 à 18 h 00

Du 27 janvier au 6 février 2014
A l'Espace Hillel
113, boulevard Marius Vivier Merle. 63003 Lyon
Tél. : 04 37 43 15 15/04 37 57 05 70
Du lundi au jeudi de 9 h à 22 h. Le vendredi de 9 h à 14 h. le reste de la semaine en fonction des activités. Vernissage le lundi 27 janvier 2014  à 17 h. Accès Entrée libre

Jusqu’au 17 novembre 2013
17, rue Geoffroy-l’Asnier. 75004 Paris
Tous les jours sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h
Tél. : 01 42 77 44 72
Visuel :
Le CDJC en 1953 à Paris, le service des archives.
© Daniel Franck

A lire sur ce blog :
Les citations proviennent du communiqué de presse. La partie du Sara Halperyn a été publiée par Actualité juive hebdo.
Cet article a été publié le 15 novembre 2013, puis les 27 janvier 2014 et 27 avril 2023