Née en 1942 à Berlin, Margarethe von Trotta est une actrice - Les Dieux de la peste (Götter der Pest) de Rainer Werner Fassbinder (1970), Un crime ordinaire (Die Moral der Ruth Halbfass) de Volker Schlöndorff (1972), La Traversée de l'Atlantique à la nage (Die Atlantikschwimmer) de Herbert Achternbusch (1976), Le Coup de grâce (Der Fangschuß) de Volker Schlöndorff (1976) -, scénariste et réalisatrice primée - L'Honneur perdu de Katharina Blum (Die Verlorene Ehre der Katharina Blum oder: Wie Gewalt entstehen und wohin sie führen kann) en collaboration avec Volker Schlöndorff (1975) et d'après un roman d’Heinrich Böll, Les Années de plomb (Die Bleierne Zeit, 1981), L'Amie (Heller Wahn, 1983), Rosa Luxemburg (Die Geduld der Rosa Luxemburg, 1986), Les Années du mur (Das Versprechen, 1995), Vision – Aus dem Leben der Hildegard von Bingen (2009), Hannah Arendt (2012), À la recherche d'Ingmar Bergman (Auf der Suche nach Ingmar Bergman, 2018) - allemande. Elle représente une artiste majeure du nouveau cinéma allemand des années 1960-70 et du Frauenfilm des années 1970-1980. Arte diffusera le 20 mai 2026 à 22 h 50 « Les années de plomb » de Margarethe von Trotta Avec Jutta Lampe, Rüdiger Vogler, Barbara Sukowa, Luc Bondy.
« Leni Riefenstahl et son mentor » par Annette Baumeister
Margarethe von Trotta est née en 1942 à Berlin (Allemagne) : son père est le peintre Alfred Roloff, et sa mère Elisabeth von Trotta est une aristocrate balte qui avait quitté la Russie après la Révolution bolchevique et avait du confier sa première fille à une institution en vue de son adoption car elle était très pauvre. Margarethe von Trotta grandit dans le Berlin en ruines de l'après-guerre auprès d'une mère célibataire apatride. Elle a longtemps eu le « passeport Nansen ».
A Paris, en 1961, durant ses études de philosophie, elle découvre le cinéma d'Ingmar Bergman, de la Nouvelle Vague, Nuit et brouillard de Resnais. Elle prend conscience de la dénazification incomplète en République fédérale d'Allemange (RFA), derrière le "miracle économique".
Après son baccalauréat, elle étudie les arts plastiques à Düsseldorf, puis la philologie des langues germaniques et romanes à Munich. Elle suit aussi des cours dans un conservatoire d'art dramatique. En 1964, elle se voit confier son premier grand rôle à Dinkelsbühl.
En 1964, elle épouse le scénariste Jürgen Moeller et obtient la nationalité allemande. Le couple a un fils, Félix et se sépare en 1970.
Après Stuttgart, elle joue au Kleines Theater (Petit Théâtre) de Francfort de 1969 à 1970.
Dans les années 1970, la nouvelle génération de réalisateurs allemands - Herbert Achternbusch, Reinhard Hauff, Rainer Werner Fassbinder, Alexander Kluge, Volker Schlöndorff, Wim Wenders, Werner Herzog - s'intéresse à cette jeune comédienne. En 1971, elle épouse le metteur en scène Volker Schlöndorff ; le couple divorce vingt ans plus tard.
Margarethe von Trotta écrit le scénario du film Le Coup de grâce, adapté du roman de Marguerite Yourcenar. Elle réalise avec Volker Schlöndorff, L’Honneur perdu de Katharina Blum.
En 1978, elle réalise son premier long-métrage, Le Second Éveil de Christa Klages. L'histoire du braquage d'une banque par trois amies pour aider une garderie menacée de fermeture.
Dans ses films, Margarethe von Trotta fustige l'immobilisme politique allemand, la condition féminine dans une société patriarcale - L’Amie (1983), Rosa Luxembourg, Hannah Arendt -, le passé nazi allemand et le terrorisme de la bande à Baader : trilogie formée par Les Soeurs en 1979, Les Années de plomb en 1981 et Trois Soeurs en 1988. Elle demeure fidèle à ses actrices fétiches : Barbara Sukowa qui vont de Hildegarde von Birgen.
« Les années de plomb »
Arte diffusera le 20 mai 2026 à 22 h 50 « Les années de plomb » de Margarethe von Trotta.
La réalisatrice s'inspire "du parcours de Gudrun Ensslin, jeune fille modèle devenue cofondatrice de la RAF, et de sa sœur journaliste pour décrire ce silence terrible qui régnait autour du passé nazi. « Les années de plomb » est une expression empruntée à [un poème de] Hölderlin ["Bleierne Zeit" ("époque de plomb")] ; le plomb ne désigne pas les années des balles d'armes à feu, comme on le croit quelquefois, mais bien cette chape de plomb des années 1950. Ceux de ma génération ont vécu avec de la culpabilité et le sentiment d'être victimes à la fois. Je me considère moi-même comme une victime des bombardements, dus certes à ce que mon peuple avait provoqué, mais en tant qu'enfant on ne le sait pas. Dans le film, je mets un moment en parallèle les enfants berlinois qui s'abritent dans les caves et cette photo célèbre de la petite Vietnamienne brûlée au napalm qui court, horrifiée", a confié Margarethe von Trotta à Télérama (03 août 2013).
« De la fin de la guerre aux années 1970, Margarethe von Trotta dresse le bilan amer d’une génération qui bascule dans le terrorisme. Quand la reconstruction allemande veut oublier le nazisme, les enfants des "années de plomb" versent dans une violence tragique ».
« Deux sœurs, nées pendant la guerre dans une famille rigoriste, dirigée d’une main de fer par un pasteur protestant, suivent des destins opposés. La farouche Juliane devient une journaliste féministe, quand la douce Marianne s’engage dans une voie de plus en plus radicale, qui la mène au terrorisme et à la prison. Ces événements dramatiques vont rapprocher les deux sœurs. »
« Dans l’après-guerre, l’Allemagne fédérale noie l’horreur de la période nazie dans une plongée à corps perdu dans l’économie capitaliste, la production frénétique étouffant alors les rares notes discordantes par l’abondance, le confort et la satiété. »
« Deux décennies plus tard, la génération issue de ces années-là, rongée de remords et traumatisée par une culpabilité obsessionnelle, remâche au quotidien la faute refoulée par ses parents, déchirée entre colère et attachement. »
« Cette approche de l’histoire allemande vue comme une tragédie familiale de la Grèce antique, Margarethe von Trotta (Rosa Luxemburg, Hannah Arendt) l’adapte aux relations entre deux sœurs, dont l’histoire s’inspire de celle de Christiane et Gudrun Ensslin, la cofondatrice avec Andreas Baader de la Fraction armée rouge. »
« L’autopsie de la culpabilité du peuple allemand qui a refoulé Hitler s’incarne ici dans le drame personnel de Juliane (Jutta Lampe), qui ne se pardonne pas d’avoir trahi sa révolte adolescente, ses idéaux, d’avoir délaissé son mari, puis son neveu, et surtout de ne pas avoir soutenu Marianne (Barbara Sukowa) dans son combat. »
« Mêlant grande et petite histoire, symboles politiques et névroses, ce portrait de famille pourrait être lourd de tout le pathos accumulé, si le jeu des deux actrices, grave et tendu, ne donnait avec force corps aux personnages, sans les écraser de la dimension polémique du sujet. »
« Rosenstrasse, Berlin 1943 »
Arte diffusa, dans le cadre d'un hommage à la réalisatrice, « Rosenstrasse, Berlin 1943 » (Rosenstraße) de Margarethe von Trotta. « Une jeune juive new-yorkaise (Maria Schrader) part rencontrer à Berlin la dame (Katja Riemann) qui a sauvé la vie de sa mère pendant la guerre... Dans une fresque historique soignée, Margarethe von Trotta retrace un épisode méconnu de la résistance allemande. »
« À New York, Ruth Weinstein, qui vient de perdre son mari, réunit ses proches autour d’elle dans le respect strict du rituel funéraire de la religion juive. Découvrant par une parente des détails qu’elle ignorait sur l’arrivée de sa mère aux États-Unis après la guerre, sa fille Hannah essaie d’en apprendre davantage. »
« Face au silence maternel, elle part à Berlin interroger Lena Fischer, celle qui, jadis, a sauvé la vie de Ruth. Descendante d’une famille aristocratique prussienne, Lena se remémore ses jours heureux avec Fabian, un violoniste juif qu’elle a épousé malgré l’opposition paternelle. Elle raconte aussi comment, en se rendant dans la Rosenstrasse, devant le bâtiment où son époux était détenu, elle a rencontré une fillette de 8 ans, dont la mère était emprisonnée là… »
« Entre le 27 février et le 6 mars 1943, des dizaines d’épouses aryennes se sont rassemblées à Berlin devant le bâtiment du centre d’aide sociale juif du 2-4 de la Rosenstrasse, où leurs maris juifs étaient rassemblés avant d’être déportés. »
« Craignant que leurs protestations ne reçoivent le soutien de la population, alors que l’Allemagne venait d’être écrasée à Stalingrad, Goebbels remit en liberté les prisonniers ».
« Pour retracer cet épisode, longtemps resté méconnu en Allemagne, Margarethe von Trotta construit son récit par des allers-retours entre présent et passé, les souvenirs émouvants d’une vieille dame (Katja Riemann) répondant à la quête d’une jeune New-Yorkaise (Maria Schrader) ».
« Par le prisme de destins individuels fracassés par la folie du nazisme, la cinéaste rend hommage au courage d’une poignée de femmes qui ont fait plier le IIIe Reich. »
Meilleur film européen, Prix David di Donatello et Golden Globes Italie 2004 – Meilleure image, Prix du film bavarois 2004 – Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine (Katja Riemann), prix Unicef et rix Signis, Mostra de Venise 2003
Meilleur film européen, Prix David di Donatello et Golden Globes Italie 2004 – Meilleure image, Prix du film bavarois 2004 – Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine (Katja Riemann), prix Unicef et prix Signis, Mostra de Venise 2003
"Hannah Arendt", par Margarethe von Trotta
Dans Hannah Arendt, Margarethe von Trotta "restitue avec rigueur l'engagement intellectuel d'Hannah Arendt, campée par une Barbara Sukowa magistrale. Datant de 2012, un film qui a remporté à sa sortie un grand succès inattendu".
"Installée aux États-Unis en 1951 après avoir dû quitter, avant-guerre, l'Allemagne hitlérienne, la philosophe Hannah Arendt tient une place importante au sein de l'université américaine. Autour d'elle et de son mari, Heinrich Blücher, l'ancienne élève de Martin Heidegger réunit un cercle d'amis fidèles et de brillants intellectuels. En 1960, le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann est enlevé à Buenos Aires par les services secrets israéliens. Ramené en Israël, il va y être jugé pour ses crimes. Pendant de longs mois, Hannah Arendt couvre son procès à Jérusalem pour le magazine américain The New Yorker. Ses articles, puis son livre Eichmann à Jérusalem – Rapport sur la banalité du mal, autour de celui qui fut l'un des principaux organisateurs de la "solution finale" déclenchent une violente polémique…"
"Se focalisant sur les répercussions du procès d'Eichmann sur l'œuvre et la vie personnelle de Hannah Arendt, Margarethe von Trotta (L'honneur perdu de Katharina Blum) restitue avec une grande lisibilité les enjeux de l'une des plus vives controverses intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle".
"Après l'avoir déjà dirigée dans Les années de plomb et Rosa Luxemburg, c'est à Barbara Sukowa qu'elle confie le rôle-titre. Cette dernière incarne avec ferveur les questionnements d'une intellectuelle guidée avant tout par la passion de comprendre".
Dans Hannah Arendt, Margarethe von Trotta "restitue avec rigueur l'engagement intellectuel d'Hannah Arendt, campée par une Barbara Sukowa magistrale. Datant de 2012, un film qui a remporté à sa sortie un grand succès inattendu".
"Installée aux États-Unis en 1951 après avoir dû quitter, avant-guerre, l'Allemagne hitlérienne, la philosophe Hannah Arendt tient une place importante au sein de l'université américaine. Autour d'elle et de son mari, Heinrich Blücher, l'ancienne élève de Martin Heidegger réunit un cercle d'amis fidèles et de brillants intellectuels. En 1960, le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann est enlevé à Buenos Aires par les services secrets israéliens. Ramené en Israël, il va y être jugé pour ses crimes. Pendant de longs mois, Hannah Arendt couvre son procès à Jérusalem pour le magazine américain The New Yorker. Ses articles, puis son livre Eichmann à Jérusalem – Rapport sur la banalité du mal, autour de celui qui fut l'un des principaux organisateurs de la "solution finale" déclenchent une violente polémique…""Se focalisant sur les répercussions du procès d'Eichmann sur l'œuvre et la vie personnelle de Hannah Arendt, Margarethe von Trotta (L'honneur perdu de Katharina Blum) restitue avec une grande lisibilité les enjeux de l'une des plus vives controverses intellectuelles de la seconde moitié du XXe siècle".
"Après l'avoir déjà dirigée dans Les années de plomb et Rosa Luxemburg, c'est à Barbara Sukowa qu'elle confie le rôle-titre. Cette dernière incarne avec ferveur les questionnements d'une intellectuelle guidée avant tout par la passion de comprendre".
« Les années de plomb » de Margarethe von Trotta
Allemagne, 1981
Production : Bioskop Film
Producteur : Eberhard Junkersdorf
Scénario : Margarethe von Trotta
Image : Franz Rath
Montage : Dagmar Hirtz
Musique : Nicolas Economou
Avec Jutta Lampe (Juliane), Rüdiger Vogler (Wolfgang), Barbara Sukowa (Marianne), Doris Schade (la mère ), Verenice Rudolph (Sabine), Luc Bondy (Werner), Samir Jawad (Jan, à l'âge de 4 ans), Patrick Estrada-Pox (Jan, à l'âge de 10 ans)
Sur Arte le 20 mai 2026 à 22 h 50
Sur arte.tv du 20/05/2026 au 18/06/2026
Visuels : © 1981 Bioskop-Film/Alle Rechte vorbehalten, DR
« Rosenstrasse, Berlin 1943 » de Margarethe von Trotta
Allemagne, Pays-Bas, 2003, 129 minutes
Scénario : Pamela Katz, Margarethe von Trotta
Production : Studio Hamburg, Letterbox Filmproduktion, Tele München, Get Reel Productions
Producteurs : Henrik Meyer, Richard Schöps, Markus Zimmer
Image : Franz Rath
Montage : Corina Dietz
Musique : Loek Dikker
Avec Katja Riemann (Lena Fischer, 33 ans), Maria Schrader (Hannah Weinstein), Jürgen Vogel (Arthur von Eschenbach), Martin Feifel (Fabian Israel Fischer), Jutta Lampe (Ruth Weinstein), Doris Schade (Lena Fischer, 90 ans), Fedja van Huêt (Luis Marquez), Lena Stolze (Miriam Süßmann)
Sur Arte le 21 février 2022 à 22 h 45
Sur arte.tv du 14/02/2022 au 20/02/2022
Hannah Arendt, par Margarethe von Trotta
France, Allemagne, Luxembourg, 2012, 107 min
Image : Caroline Champetier
Montage : Bettina Böhler
Musique : André Mergenthaler
Production : Heimatfilm, Amour Fou Luxembourg, MACT Productions, Sophie Dulac Productions, Metro Communications, ARD Degeto, BR, WDR
Producteur/-trice : Bettina Brokemper, Johannes Rexin
Scénario : Pam Katz, Margarethe von Trotta
Avec Barbara Sukowa, Axel Milberg, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen, Janet McTeer, Klaus Pohl
Sur Arte le 1 février 2017 à 20 h 55
Sur OCS City les 16 octobre 2017, 25 mars 2020 à 14 h 40, 29 mars 2020 à 00 h 45 et 30 mars 2020 à 07 h 05
Image : Caroline Champetier
Montage : Bettina Böhler
Musique : André Mergenthaler
Production : Heimatfilm, Amour Fou Luxembourg, MACT Productions, Sophie Dulac Productions, Metro Communications, ARD Degeto, BR, WDR
Producteur/-trice : Bettina Brokemper, Johannes Rexin
Scénario : Pam Katz, Margarethe von Trotta
Avec Barbara Sukowa, Axel Milberg, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen, Janet McTeer, Klaus Pohl
Sur Arte le 1 février 2017 à 20 h 55
Sur OCS City les 16 octobre 2017, 25 mars 2020 à 14 h 40, 29 mars 2020 à 00 h 45 et 30 mars 2020 à 07 h 05
Visuels : © Véronique Kolber, Heimatfilm
Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations sur les documentaires sont d'Arte. Cet article a été publié le 20 février 2022.











































