Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

samedi 29 août 2026

« Chaïm Kaliski. Jim d'Etterbeek »

Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) présente l’exposition « Chaïm Kaliski. Jim d'Etterbeek ». « Double graphique de l’artiste, Jim d’Etterbeek est le titre d’une monumentale œuvre dessinée sur l’Occupation à Bruxelles (Belgique), constituée de plus de cinq mille dessins de Chaïm-Charles Kaliski (1929-2015), être singulier dont l’existence fut à jamais marquée par la Shoah. »


« Cette première exposition monographique en France consacrée à Chaïm-Charles Kaliski (1929-2015) rassemble 120 dessins, photographies et archives. Son parcours chronologique met en lumière la trajectoire d'un artiste singulier, à jamais marqué par la Shoah. Double graphique de l’auteur, « Jim d’Etterbeek » est au cœur d’une œuvre monumentale sur l’Occupation à Bruxelles, constituée de plus de cinq mille dessins. »

« Ainé de quatre enfants, Chaïm Kaliski nait à Bruxelles en 1929 entre la gare du Midi et les abattoirs, dans une famille juive polonaise. Son père, Abram, est maroquinier, sa mère, Fradla, couturière. L’occupation de la Belgique en mai 1940 bouleverse leur existence. »

« Après avoir fui en France devant l’avancée de la Wehrmacht, les Kaliski reviennent dans la capitale belge, faute de ressources. Commence alors une survie qui tient du miracle puisqu’ils échappent aux contrôles, aux dénonciations et à la grande rafle du quartier juif de Cureghem, le 3 septembre 1942. Mais Abram est arrêté le 12 février 1944. Fradla parvient alors à placer ses plus jeunes enfants et se cache avec Chaïm, jusqu’à la Libération en septembre 1944. »

« Pour Chaïm, la vie s’arrête le jour de l’arrestation de son père, dont il revivra le traumatisme toute son existence. C’est à l’âge de soixante ans, en 1989, sur les conseils de sa sœur Sarah, elle-même artiste, qu’il entreprendra de dessiner leur histoire, à laquelle il se consacrera pendant dix-huit années, produisant des milliers de dessins. »

« Le trait, au premier abord enfantin, n’en est pas moins sûr : scènes d’arrestations, de rafles qui obsèdent l’artiste, resté à jamais « enfant caché », marqué par la peur et l’angoisse liées aux images imprimées sur sa rétine. Essentiellement tracées à l’encre de Chine, ces scènes déchirantes allient le texte et l’image. Elles consistent en des dessins « très sonores », qui évoquent les cris d’épouvante, les hurlements, le bruit des moteurs des camions ou le cliquetis des armes lors des rafles, formant un tourbillon auquel s’ajoutent des refrains récurrents, telles d’obsédantes litanies. Le lecteur découvre une communauté juive en voie d’anéantissement à travers les conversations entre le père de l’artiste et les connaissances qu’il croise lors de ses déambulations. »

« Les dessins réalisés par Chaïm Kaliski constituent la chronique bouleversante d’une enfance juive et un témoignage d’une infinie précision sur les juifs bruxellois sous l’Occupation. Parfait exemple d’art brut, son œuvre est celle d’un homme hyper mnésique, doté d’une immense culture historique, et d’un artiste encore méconnu en France. »

La commissaire est Virginie Michel, attachée de conservation au mahJ.
 
Les conseillers scientifiques sont Joël Kotek, historien des génocides, professeur à l’Université libre de Bruxelles et président de l'Institut Jonathas, et Laurence Schram, historienne, senior researcher à Kazerne Dossin, à Malines. 

Un dossier pédagogique est disponible pour les enseignants.

Autour de l’exposition, le mahJ a organisé une rencontre à l'auditorium avec Joël Kotek et Laurence Schram, conseillers scientifiques de l’exposition, et William Henne, éditeur (La 5e Couche), animée par Jonathan Hayoun.

Il propose aussi des visites guidées et un atelier de gravure adultes « Mémoire gravée, mémoire calligraphiée » par Yaële Baranes, conférencière du mahJ et plasticienne : « L’œuvre monumentale de Chaïm Kaliski (1929-2015) constitue la chronique d’une enfance juive et un témoignage d’une infinie précision sur les juifs bruxellois sous l’Occupation. Son œuvre à l’encre de Chine mêle dessin et texte d’une densité et d’une intensité bouleversantes. Les participants créent une gravure accompagnée de sa « bande sonore » calligraphiée à la manière de Kaliski. L’atelier se déroule en 3 séances ».

Edité par La Cinquième Couche en 2024, « Jim d'Etterbeek est le premier livre présentant les planches de Chaïm Kaliski, auteur prolifique d'une œuvre monumentale : plus de 6 000 dessins et planches à la plume et à l'aquarelle, le plus souvent sur de grandes feuilles de Canson A3, qu’il recouvrait jusqu’au carton du bloc, ou ce qu'il avait sous la main. Bien que souvent montrée dans de grandes collections, elle n'avait encore jamais été rassemblée en album (hormis une petite monographie confidentielle en 2002 : Un siècle de génocides de Chaïm Kaliski, chez Didier Devillez). »

Focus sur l'œuvre monumentale de Chaïm Kaliski

Une œuvre unique au service des morts et des vivants
« C’est très tardivement, dans les années 1980, que la conscience publique de la Shoah émerge véritablement en Belgique, en grande partie grâce au travail solitaire et acharné de l’historien Maxime Steinberg.

Dans ce contexte de remémoration surgit, au début des années 1990, l’œuvre de Chaïm Kaliski (1929-2015), alias Jim d’Etterbeek : une voix singulière qui témoigne, par le dessin, de la tragédie des juifs de Belgique. Poussé par sa sœur, Sarah Kaliski, elle-même artiste, Chaïm produit alors des milliers de dessins qui forment une œuvre unique, pour comprendre le destin des siens. A la fois considérable et profondément intime, ce corpus relève moins de l’autobiographie classique que de l’écriture mémorialiste, dont le but n’est pas seulement de raconter une vie, mais de préserver la mémoire collective. »

« Tout en explorant son expérience traumatique, Chaïm reste, en effet, par pudeur, à distance de son propre drame : sa famille est peu évoquée, hormis le traumatisme central : l’arrestation du père adulé, figure tutélaire omniprésente en creux. A l’instar des grandes œuvres liées à la Shoah – Primo Levi, Elie Wiesel ou Imre Kertesz – son témoignage s’impose, bien que non littéraire mais graphique : Chaïm n’écrit pas l’Histoire, il la dessine. Doté d’une grande culture, hyper mnésique, probablement atteint d’une forme d’autisme, il fait du dessin son mode d’expression privilégié. »

« A travers ses images, il rappelle la puissance de l’art comme langage, comme mémoire et comme mode de résilience. »

Avant la catastrophe : les Kaliski à Bruxelles, entre espoir et montée des périls
« Chaïm Kaliski n’idéalise pas l’avant-guerre. Il rappelle la précarité de ces immigrés juifs polonais qui, loin d’être des « rois de la finance », vont investir à Cureghem, un quartier d’Anderlecht à proximité de la gare du Midi, les métiers qui étaient les leurs en Europe centrale : tailleurs, fourreurs, cordonniers, confectionneurs et maroquiniers, à l’exemple d’Abram Kaliski qui fuit sa Pologne natale dès l’âge de 17 ans. Cureghem, qu’il surnomme la « Jérusalem de Bruxelles », est une terre d’asile avec ses commerces juifs, ses écoles complémentaires où les cours se donnent en yiddish ou hébreu et la synagogue de la rue de la Clinique, inaugurée en 1933. Mais un « antisémitisme d’atmosphère » gagne du terrain, marqué notamment par des refus de louer aux juifs, et les violences de bandes rexistes et flamingantes. Chaïm décrit la mobilisation juive : manifestations contre Rex (parti nationaliste et antisémite), contre les entraves à l’émigration vers la Palestine. Son œuvre restitue, au-delà du drame familial, la montée des périls de l’avant-guerre et l’espoir obstiné qui subsiste malgré tout. Dans cette brèche d’espoir naissent les trois enfants d’Avram et Fradla Kaliski : Haïm-Charles, dit « Chaïm » (1929), Ida (1933) et René (1936). »

Un livre du souvenir
« L’œuvre de Chaïm Kaliski s’apparente aux livres du souvenir, les Memorbücher. Dans la tradition juive, le rappel des martyrs est central : ces livres énumèrent les communautés massacrées et les noms des disparus. Apres la Shoah, la tradition renait avec les Yizker-bikher consacrés aux villes et villages anéantis du Yiddishland. Chaïm s’inscrit dans cette lignée : ses dessins fixent noms, lieux, martyrologes, tout en portant une demande de justice, voire de châtiment. »

Le récit de survie de Chaïm Kaliski
« A travers le drame familial – la perte du père adulé – Chaïm Kaliski veut donner une voix aux sans-voix, aux disparus, en faisant revivre leurs dialogues qui disent les peurs et les espoirs parfois absurdes de ces juifs immigrés. Son écriture, obsessionnelle et répétitive mais d’une minutieuse précision, s’appuie sur une mémoire exceptionnelle lui permettant d’assembler un récit en quatre langues, où aucun détail de la clandestinité, de la peur ou des tragédies familiales n’est oublié. Chaïm raconte notamment la terreur inspirée par le « Gros Jacques », alias Mousso (muser signifie dénonciateur en yiddish), qui traque ses coreligionnaires dans Bruxelles, la lâcheté de certains voisins, mais aussi la générosité d’inconnus qui, au péril de leur vie, cachent des enfants, à l’exemple des Kaliski. Ce qu’il nous livre est un grand récit de survie et de mort, où la vie tient davantage du hasard qu’à une stratégie rationnelle. »

Une rue épargnée…
« Chaïm et son frère René, alors âgé de six ans, échappent à la grande rafle des 3 et 4 septembre 1942, que ses dessins reconstituent rue après rue : nuit d’épouvante, cris, hurlements, vrombissement des camions, tandis que, par un incroyable miracle, leur propre rue, celle du Docteur Meersman, pourtant au cœur du quartier juif, est épargnée. »

… UN père perdu
« Mais la chance tourne pour Abram, le père aimé de tous, amateur d’airs d’opéra, démasqué malgré ses faux papiers à Etterbeek, où la famille s’est refugiée. Ainsi, l’œuvre de Chaïm Kaliski dépasse le simple récit intime : elle restitue la traque impitoyable des juifs de Belgique et laisse sentir la fragilité d’une communauté qui disparut pour moitié dans la Shoah. »

Repères chronologiques

« 1929 Naissance à Etterbeek de Chaïm-Charles Kaliski.

1932 Mariage à Anderlecht de ses parents Abram et Fradla, tous deux nés en Pologne.

1933 Naissance à Bruxelles d’Ida Kaliski.

1936 Naissance de René Kaliski.

1940
Mai : Invasion de la Belgique par la Wehrmacht. La famille Kaliski se réfugie à Revel, à quelques kilomètres de Toulouse. Faute de ressources, elle revient à Bruxelles au bout de quelques semaines.
28 octobre : promulgation par le gouvernement d’occupation de la première des 17 ordonnances contre les juifs.

1941
14 avril : à Anvers, projection du film de propagande antisémite Le Juif éternel [Der ewige Jude]. A l’instigation du mouvement Volksverwering (« La Défense du Peuple »), des spectateurs et militants dévastent le quartier juif : ils jettent le mobilier et les objets de culte dans la rue, incendient deux synagogues et la maison d’un rabbin. Les vitrines de dizaines de magasins sont brisées.
Septembre : naissance de Sarah Kaliski.
25 novembre : création par l'Occupant de l’Association des Juifs en Belgique pour faciliter la déportation. Son « but » est prétendument d’« activer l’émigration ». Tous les juifs doivent en devenir membres.

1942 27 mai : la dernière ordonnance contre les juifs impose le port d’un signe distinctif à tout juif âgé de plus de 6 ans paraissant en public. Pour la première fois, cette mesure suscite l’indignation d’une grande partie de la population.
27 juillet : entrée en fonction du SS-Sammellager für Juden [camp SS de rassemblement pour juifs], à Malines, dans la caserne Dossin, ancien cantonnement de l’armée belge. Entre le 4 aout 1942 et le 31 juillet 1944, les nazis déportent 25 490 juifs et 353 Tsiganes.
4 aout : départ du premier convoi pour Auschwitz-Birkenau.
15-16 aout : première grande rafle nocturne à Anvers, menée par la Sipo-SD, avec l’aide de la Feldgendarmerie et de la police anversoise. Aucun des 845 déportés, hommes, femmes et enfants n’a survécu.
3-4 septembre 1942 : dans la nuit, grande rafle à Bruxelles, Saint-Gilles et Anderlecht, autour de la gare du Midi. La rue du Dr Meersman, où vit la famille Kaliski, est oubliée lors de la rafle.

1943 Avril : L'ancien propriétaire d’Abram Kaliski lui donne sa carte d’identité. La famille se cache rue de Limauge à Ixelles ; un voisin trouve une étoile jaune perdue par Chaïm, mais ne dénonce pas la famille.
Mai : Ida est cachée avec plusieurs autres fillettes au couvent du Saint-Sauveur à Anderlecht ; débusquées par « Jacques Mousso », elles sont sauvées par des partisans armés du Comité de défense des juifs, qui simulent leur enlèvement. Ida rentre dans sa famille.
Août : René et Ida, sous les pseudonymes de Caillet, sont cachés séparément chez plusieurs logeurs.
3-4 septembre : Aktion Iltis, rafle menée dans la nuit par la Sipo-SD, visant les juifs de nationalité belge, jusque-là protégés de la déportation. Les 593 citoyens juifs belges et 50 juifs étrangers ou apatrides arrêtés sont déportés.

1944
12 février : arrestation d’Abram Kaliski par la Sipo-SD. Incarcéré a la prison Saint-Gilles, il est torturé afin qu’il dénonce sa famille, avant d’être transféré à la caserne Dossin le 22 février.
Avril : départ de la caserne Dossin du 24e transport pour Auschwitz-Birkenau. Abram Kaliski, inscrit sur la liste, ne figure pas parmi les déportés qui ont survécu. Sarah rejoint René chez Mme Debecker dont ils prennent le nom (Joseph et Madeleine) ; Mme Debecker donne sa carte d’identité à Fradla. Fradla et Chaïm trouvent une cachette rue des Boers chez les Vanderlinden, dans l’annexe de leur logement.
Mai : Chaïm et sa mère échappent à un contrôle de la Sipo-SD, puis à des dénonciateurs.
31 juillet : départ du dernier transport de la caserne Dossin.
3-4 septembre : les SS quittent précipitamment la caserne Dossin, abandonnant plus de 550 détenus juifs dans le bâtiment. Livrés à eux-mêmes, certains d'entre eux tentent de rentrer par leurs propres moyens, d’autres trouvent de l’aide auprès des religieuses d’un couvent voisin. Les plus nombreux restent dans le bâtiment, n’ayant nulle part ou aller.
Décembre : assassinat d’Abram Kaliski à Auschwitz.

1945 Avril : les premiers survivants des camps sont rapatriés en Belgique. On dénombre 261 survivants d’Auschwitz-Birkenau et 148 parmi les 218 juifs déportés vers d’autres camps.
Ensemble, ils représentent à peine 5 % de l’ensemble des déportés partis de la caserne Dossin.
Chaïm commence à découper des photographies de la Seconde Guerre mondiale, qu'il colle dans des cahiers noirs.

Années 1950 Chaïm travaille dans la maroquinerie.

1989 Sur les conseils de sa sœur Sarah, Chaïm commence à raconter son histoire par le dessin.

1999 Chaïm Kaliski publie Un siècle de génocides chez Didier Devillez à l’ occasion de l’exposition éponyme à La Maison du Livre de Saint-Gilles.

2007 Exposition « Sarah et ses frères. Les Kaliski, une famille d’artistes témoins de l’histoire », musée juif de Belgique, commissaire Jacques Sojcher.

2015 12 septembre : décès de Chaïm Kaliski dit Jim d’Etterbeek. »

Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme

« Installé dans le cadre prestigieux de l’hôtel de Saint-Aignan, au cœur du Marais à Paris, le mahJ retrace l’histoire des juifs de France, d’Europe et de Méditerranée à travers la diversité de leurs formes d’expression, de leur patrimoine et de leurs traditions, de l’Antiquité à nos jours.

Inauguré en 1998, il s’impose aujourd’hui comme l’un des musées les plus vivants de la capitale. En proposant au plus large public de découvrir l’ancrage très ancien des juifs dans la nation, et l’universalité de leurs productions artistiques et culturelles, le mahJ illustre deux mille ans de « cultures en partage ».

Depuis son ouverture, le mahJ a présenté plus de cent-vingt expositions, dont dernièrement « Alfred Dreyfus. Vérité et justice », « Le Dibbouk. Fantôme du monde disparu », « Joann Sfar. La vie dessinée », « Marcel Proust. Du côté de la mère », « Patrick Zachmann. Voyages de mémoire », « Chagall, Modigliani, Soutine... Paris pour école, 1905-1940 », ainsi que des installations d’art contemporain comme C’est un petit chemin de Jérôme Zonder, Miqlat de Sigalit Landau, Shadow Procession de William Kentridge, L’Erouv de Jérusalem de Sophie Calle ou Big Bang de Kader Attia.

Sa collection s’enrichit régulièrement, notamment dans le champ de l’art contemporain et de la photographie. Elle compte plus de 12 000 œuvres, dont plus de 3 500 acquises par dons et legs.

L’auditorium propose une centaine de séances par an, pour appréhender les dimensions multiples des cultures du judaïsme à travers la musique, la littérature, le théâtre ou le cinéma.
De nombreuses activités pédagogiques – visites guidées, conférences et ateliers – permettent d’accueillir chaque année des milliers de visiteurs – enfants, familles, groupes scolaires, étudiants et enseignants.

La bibliothèque ouverte à tous conserve plus de 27 000 volumes sur l’art et l’archéologie du judaïsme, et sur l’histoire des juifs de France, ainsi qu’une vidéothèque de plus de 3 000 œuvres audiovisuelles. Et avec prés de 6 000 titres, la librairie du mahJ offre un fonds de référence pour l’art, l’histoire et les littératures du judaïsme.

Le mahJ est engagé dans un ambitieux projet d’extension, avec le soutien du ministère de la Culture, de la Ville de Paris, de la Région Ile-de-France et de la fondation Pro mahJ. Doté d’un budget de 22,5 M€, il permettra d’augmenter de 35 % des surfaces du parcours permanent (passant de 907 à 1 226 m2) et de 34 % celles des expositions temporaires (passant de 455 à 609 m2). Il soulignera la longue histoire de la présence juive en France, de l’Antiquité à nos jours, et permettra la découverte du judaïsme comme culture vivante. Il s’enrichira de salles sur les juifs des marges du royaume à l’époque moderne, l’apogée du franco-judaïsme, l’immigration juive dans l’entre-deux-guerres, le sauvetage de juifs de France sous l’Occupation et les résistances juives, l’après-guerre et l’arrivée des juifs d’Afrique du Nord en Métropole, ainsi que sur la présence en France aujourd’hui de la troisième judaïcité du monde. Un effort important portera sur la médiation pour tous les publics.

Après des études préparatoires, le musée devrait fermer ses portes pour travaux en mars 2028, et rouvrir en 2030. »


"Jim d'Etterbeek, Chaïm Kaliski". Introduction de Joël Kotek et Didier Pasamonik. Préface de Jonathan Zaccai. La Cinquième Couche, 2024. 352 pages. 50,00 €


Du 22 janvier au 13 décembre 2026
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 65
Visuels :
Affiche
La Terreur, 1942-1944 – Anne d'Amsterdam, 1997 (détail) ; Encre de Chine et aquarelle de couleur ; collection particulière

Anderlecht, 1939-1940, Rue de la Clinique
1996
Encre de Chine

Le Tram 35
1990
Encre de Chine
Collection particulière

Chaïm Kaliski, dit Jim, photographié par sa sœur Sarah Kaliski
2007

Yidden in Brussels, mai-juin 1942
1998
Encre de Chine et aquarelle

Anderlecht, juin 1942
1990
Encre de Chine

La Terreur, 1942-1944 – Anne d'Amsterdam
1997
Encre de Chine et aquarelle

Bruxelles, octobre 1943
1997
Encre de Chine et aquarelle
Collection particulière

Pogrom à Anvers, 14 avril 1941
1990
Encre de Chine et aquarelle
Collection particulière

Spoliations
1997
Encre de Chine et aquarelle

Le jour fatal du 12 février 1944 ce fut le matin d’un samedi
1990
Encre de Chine et aquarelle


vendredi 28 août 2026

Lino Ventura (1919-1987)

Lino Ventura (1919-1987) était un champion d'Europe poids moyens de lutte en 1950, puis catcheur et dès 1954 un acteur populaire italien dont la carrière cinématographique en France sur près de 35 ans a été marquée par des comédies - Les Tontons flingueurs (1963), Les Barbouzes (1964), Ne nous fâchons pas (1966), L'aventure c'est l'aventure (1972), L'Emmerdeur (1973) ou La Gifle (1974) - ou films policiers - Les Grandes Gueules (1966), Le Deuxième Souffle (1966), Le Clan des Siciliens (1969), Garde à vue (1981) - à succès. Sensibilisé à la vie des handicapés mentaux par sa fille Linda souffrant de cette pathologie, Lino Ventura a créé l'association Perce-Neige qui a construit des maisons d'accueil pour ces personnes atteintes de handicap. 
Arte diffusera le 31 août 2026 à 20 h 55 "L'arme à gauche" de Claude Sautet avec Lino Ventura et Sylva Koscina.

“J’ai très peur pour l’homme et son avenir, parce que tout le monde s’évertue à parler de liberté, de liberté, de liberté… Ce mot qu’on emploie à tort et à travers et moi, j’ai l’impression que la liberté de l’homme est de plus en plus menacée. On vit dans un monde où les hommes ont peur. Peur de dire ce qu’ils pensent, peur de ne pas être des intellectuels, peur de ne pas être dans le coup, peur de perdre leur place, peur de tout. C’est affreux, j’ai l’impression qu’on vit à plat ventre !” (Lino Ventura)

« Lino Ventura. La part intime »
Arte a diffusé « Lino Ventura. La part intime », documentaire de Philippe Kohly.

« Acteur instinctif, Lino Ventura, petit immigré italien devenu icône du cinéma français, s’est cantonné aux rôles d’homme intègre. Portrait intime d’un colosse touchant en perpétuelle quête de dignité. »

« Souvent, il écoutait sans ciller cinéastes et scénaristes qui se pressaient dans sa demeure de Saint-Cloud dans l’espoir de lui confier un rôle, avant de trancher, de sa voix grave et sans appel : "Pas pour moi." 

« Acteur instinctif, Lino Ventura, dont la présence crevait l’écran, sélectionnait scrupuleusement ses personnages, animé au cinéma comme dans la vie par l'inextinguible soif d'une dignité dont il avait été privé enfant. »

« Débarqué de Parme, où il est né le 14 juillet 1919, Angiolino, le petit "Macaroni" que sa mère élève seule dans les faubourgs parisiens après la désertion du père, est humilié à l’école par ses camarades. »

« La rue l’émancipe ».

« Dès 9 ans, il enchaîne les petits métiers – groom, livreur, marchand de journaux, mécanicien – et rêve dans les salles obscures. »

« Il aurait pu devenir voyou. Mais, dit-il, "je suis tombé du bon côté de la crête", sauvé par la lutte puis le catch. »

« En 1950, "la fusée italienne", son surnom, est même sacrée champion d’Europe des poids moyens, sous les yeux d’Odette, la femme de sa vie. »

« Bientôt, Jacques Becker le repère et lui offre, à 34 ans, une nouvelle carrière avec Touchez pas au grisbi, face au patron Gabin. Lequel prend sous son aile ce frère d’âme ».

« Le gorille vous salue bien, Classe tous risques, Les tontons flingueurs... : Lino Ventura, anxieux sur les tournages, impose sa force tranquille à l’écran, tout en refusant obstinément d’embrasser ses partenaires, dont Bardot dans Boulevard du rhum. »

« Retraçant le parcours de l’homme et de l’acteur de légende dont Jean-Pierre Melville disait qu’il pouvait tout jouer – et qu'il se l’interdisait –, ce portrait intime explore avec délicatesse la patiente résilience de "Lino", petit immigré italien blessé devenu icône du cinéma français. »

« Secret, pudique et d’une loyauté absolue, l’inoubliable inspecteur Antoine Gallien de Garde à vue n’a cessé de vouloir être un "type bien", dans la vie comme au fil de ses trois décennies de filmographie. Celui, au fond, que sa mère espérait. »


« 125 rue Montmartre »
Arte diffusa le 7 août 2024 à 13 h 35 « 125 rue Montmartre », film français réalisé par Gilles Grangier (1959) avec Lino Ventura, Andréa Parisy, Robert Hirsch, Dora Doll, Alfred Adam, Jean Desailly. 

Le scénario est signé par Jacques Robert, Michel Audiard, André Gillois, et Gilles Grangier.

« Un vendeur de journaux sauve de la noyade un inconnu qui lui assure être victime d’un complot familial. Dans le Paris populaire des années 1950, un film policier de Gilles Grangier avec Lino Ventura, alors en pleine ascension. »

« Chaque matin, Pascal se rend aux bureaux des Messageries de la presse parisienne pour récupérer un paquet de journaux qu’il vend à la criée dans les rues. Un jour, alors qu’il musarde au bord de la Seine après sa tournée, il sauve un homme de la noyade. L’inconnu, qui dit s’appeler Pascal Barrachet, lui raconte les malheurs qui l’ont poussé à attenter à ses jours. Selon lui, son épouse projette de le faire interner en clinique psychiatrique afin de mettre la main sur tous ses biens. Touché par son désarroi, Pascal le prend sous son aile. Quelques jours plus tard, il accepte d’aller récupérer à son domicile une importante somme d’argent cachée dans un secrétaire… »

« Adaptant un roman de l’ancien résistant André Gillois, Gilles Grangier (Le désordre et la nuit) mitonne une intrigue policière à la Boileau-Narcejac. Rien ne manque dans son tableau du Paris populaire idéalisé de l’après-guerre : la fraternité entre les petites gens, l’aspiration à la liberté des mœurs, les plaisirs d’une bonne cantine ou d’un spectacle de cirque. »

« Incarnant Pascal, antihéros bourru au cœur tendre – "né à Sienne, naturalisé français en 1938" –, Lino Ventura, dont la carrière est alors en pleine ascension, crève l’écran. »

« À ses côtés, une brochette de futures vedettes, de Dora Doll (Germaine) à Robert Hirsch (Julien) ou Jean Desailly (le commissaire) ». 

« Certains films acquièrent avec les décennies la valeur de document sur les us et coutumes de populations rurales et urbaines. Cela concerne essentiellement les productions, y compris les plus commerciales dénuées d’enjeux artistiques ou sociologiques, qui s’affranchirent totalement ou partiellement des décors de studio pour placer leurs caméras dans des lieux de vie, de passage ou de travail. Le néo-réalisme, ni ses épigones de la Nouvelle Vague n’ont inventé le tournage en extérieur. Cela commence par les premières vues Lumière et se poursuit aujourd’hui dans des projets portés par des préoccupations de réalisme ou d’authenticité », a analysé Olivier Père pour Arte. 

Et Olivier Père de préciser : « La première qualité de 125, rue Montmartre, réalisé en 1959 par Gilles Grangier, est documentaire. Nous y découvrons un métier aujourd’hui en voie d’extinction, autrefois répandu dans toutes les grandes villes : celui de crieur de journaux. C’est la profession qu’exerce Pascal, le héros de cette histoire. Ses pérégrinations dans les rues de Paris et sur les quais de la Seine vont le conduire à une étrange rencontre avec un homme suicidaire, qu’il sauve de la noyade. 

« C’est le début d’une intrigue policière retorse, sur le thème du faux coupable, qu’on est en droit de considérer comme secondaire. Ce polar permet à Gilles Grangier de filmer le tissu urbain de la capitale à la fin des années 50, des quartiers populaires jusqu’aux maisons bourgeoises du XVIème arrondissement. Le titre du film fait référence à l’adresse des Messageries de la Presse parisienne où les crieurs venaient prendre les journaux. Aidé par les dialogues de Michel Audiard, Lino Ventura façonne son personnage de dur à cuire. Ses nerfs sont mis à rude épreuve par l’histrion Robert Hirsch », a conclu Olivier Père.


« Un témoin dans la ville »
Arte diffusa le 14 mars 2022 à 20 h 55 « Un témoin dans la ville » (Der Mörder kam um Mitternacht) d’Edouard Molinaro. 

Le scénario est signé : Gérard Oury, Alain Poiré et Edouard Molinaro

« Après avoir assassiné le meurtrier de sa femme, un homme (Lino Ventura) traque dans les rues de Paris le chauffeur de taxi qui pourrait l'identifier... Un excellent et singulier polar signé Édouard Molinaro. » 

« Assassin de sa maîtresse, qu’il a jetée d’un train en marche, l’industriel Pierre Verdier a bénéficié d’un non-lieu, faute de preuves. Une nuit, Ancelin, le mari trompé de la victime, est venu se faire justice lui-même. Après avoir maquillé son forfait en suicide, il tombe nez à nez, dans la rue, avec le chauffeur du taxi qu’avait commandé Verdier. Le lendemain, Ancelin entreprend de retrouver ce témoin gênant, brave type amoureux d’une opératrice radio de sa compagnie, afin de l’éliminer… » 

« Adapté d’un roman de Boileau-Narcejac, "Un témoin dans la ville" se distingue de l’abondante production policière de l’époque par son ton et son style singuliers ». 

« S’il évoque l’univers de Clouzot et de Hitchcock, ce polar annonce aussi les "gialli", polars bien noirs en vogue dans l’Italie des années 1960 et 1970 ».

« Bercé par le jazz de Barney Wilen, le récit débute comme se terminent de nombreux thrillers, avec une vengeance et l’enchaînement de deux meurtres aussi parfaits qu’inattendus ». 

« S’ensuit une filature, prétexte à des scènes quasi documentaires de la nuit blanche parisienne : clients de night-clubs, alcooliques, soldats américains, prostituées et, bien sûr, les “radio-taxis”, qui se trouvent au cœur de l'intrigue ». 

« Coproduction oblige, ce film typiquement parisien, au style réaliste, fait appel à des acteurs italiens : Franco Fabrizi en chauffeur traqué et Sandra Milo en standardiste éprise de lui. Lino Ventura, capable de susciter la sympathie du spectateur malgré sa détermination criminelle, démontre une fois de plus sa subtilité derrière sa carrure d’athlète. »


"Un Taxi pour Tobrouk"
Arte rediffusa le 25 juillet 2018 à 15 h 10 "Un taxi pour Tobrouk" (Taxi nach Tobruk) réalisé par Denys de La Patellière, avec Lino Ventura, Charles Aznavour, Maurice Biraud, Hardy Krüger, Germán Cobos.

"En 1942, le périple de quatre résistants et de leur prisonnier allemand dans le désert libyen... Un film drôle et touchant, porté par les dialogues de Michel Audiard, avec Lino Ventura et Charles Aznavour. Engagés dans la Résistance pour des motifs plus ou moins louables, quatre soldats des Forces françaises libres se retrouvent à Tobrouk, en Libye. Livrés à eux-mêmes après la mort de leur chef, ils s'enfuient dans le désert en direction d'El-Alamein, où les combats font rage. Leader par défaut de ce commando, le brigadier Théo Dumas peine à tenir ses hommes, plus doués pour la parlote que pour la guerre. Quand leur pick-up est détruit par l'aviation ennemie, à 700 kilomètres des lignes alliées, la mort leur semble promise. Mais par un hasard miraculeux, ils tombent sur un convoi allemand, abattent les soldats et font un prisonnier : le capitaine Ludwig von Stegel, francophone et redoutablement malin. Le début d'un périple aux multiples rebondissements".

"Denys de La Patellière a voulu évoquer dans ce film l'absurdité d'une guerre qui a coûté la vie à plusieurs membres de sa famille. Grâce au génie de Michel Audiard, son plaidoyer pacifiste se double d'une ironie féroce et désopilante, superbement maniée par Lino Ventura et Charles Aznavour, étonnant en médecin juif dont le père, vichyste, "a la légalité dans le sang". Le périple de ce "commando d'orateurs" égarés dans les sables se déguste sans modération".

"L'arme à gauche"
Arte diffusera le 31 août 2026 à 20 h 55 "L'arme à gauche" de Claude Sautet dans une version restaurée.

"Aux Caraïbes, un honnête capitaine (Lino Ventura) met le pied dans un dangereux trafic d'armes… Un titre à part dans la filmographie de Claude Sautet, entre aventures exotiques et huis clos sous tension".

"Jacques Cournot, capitaine de bateau au chômage, débarque à Saint-Domingue afin d'expertiser un yacht pour un certain Hendricks, qui souhaite en faire l'acquisition. Mais, au cours de la nuit suivante, le bateau est volé. D'abord soupçonné par la police locale, Cournot comprend qu'Hendricks lui a menti. La police ne tarde pas à découvrir que le vol a donné lieu à un double meurtre, tandis que Cournot reçoit la visite de la propriétaire du bateau, une jeune et riche veuve, Mme Osborne. Elle lui demande de l'aider à retrouver son bien"…

"Après Classe tous risques (1960), Claude Sautet retrouve Lino Ventura pour une nouvelle adaptation d'un roman de la Série noire. L'arme à gauche rend hommage au cinéma américain qu'il admirait, évoquant des classiques du film d'aventure comme Le port de l'angoisse, où un héros cabossé se retrouve aux prises avec des gangsters dans un cadre exotique."

"Taillé pour Ventura, taciturne à souhait dans le rôle de ce capitaine au passé mystérieux, le film a essuyé d'importants problèmes de tournage et se place comme un titre à part dans la carrière de Sautet, qui préférait l'oublier."

"Mais il vaut la peine d'être redécouvert, notamment pour la forme originale du récit qui, après une première partie nonchalante et jazzy, bascule dans un huis clos tendu entre ciel et mer, alors que le bateau tant recherché devient le théâtre d'un affrontement presque abstrait." 

"Le Deuxième souffle" 
ARTE rediffusa en 2020 dans le cadre de son « Printemps du polar » Le Deuxième Souffle (1966) de Jean-Pierre Melville en version restaurée.

« Un truand en cavale, accusé d’avoir donné ses complices, se bat pour laver son honneur... Pour son dernier film en noir et blanc, Jean-Pierre Melville récuse l'idée de réalisme, se débarrasse d'un certain folklore et annonce l'épure stylistique de ses films suivants. Avec Lino Ventura, Paul Meurisse et Michel Constantin ».

« Gustave Minda, dit « Gu », s’évade de la prison où il purgeait une peine à perpétuité et débarque à Paris chez Manouche, son ancienne petite amie, qui le cache. Grand expert du milieu, le commissaire Blot enquête sur l’affaire et reconnaît un peu plus tard la patte de Gu dans le meurtre de deux malfrats qui tentaient de faire chanter Manouche. Celle-ci part pour Marseille où elle parvient à organiser le départ du fugitif. Mais Gu veut se refaire avant de gagner l’étranger et décide d’accepter une proposition dangereuse : attaquer, avec trois complices, un convoi de fonds et liquider ceux qui l’accompagnent… »

Adapté du roman de José Giovanni, « le dernier film en noir et blanc de Jean-Pierre Melville procède à une synthèse parfaite des éléments contenus dans ses polars précédents, annonce l'épure stylistique et prépare l’abstraction glaciale de la trilogie en couleurs à venir avec Alain Delon. "Le Deuxième Souffle" supprime les détails pittoresques attachés à la description de la pègre ».

Réalisé après Le Doulos (1962) et L’Aîné des Ferchaux (1963), ce « film récuse l'idée de réalisme (c'est le premier pas vers l'abstraction glacée du « Samouraï ») tout en se débarrassant d'un certain folklore. Gu (Lino Ventura, admirable) est dénué du charme romantique des bandits. Il est essentiellement mû par son instinct de survie et son code de l'honneur, et ne connaît que le règne de la violence et de la fuite ».

Melville « ne se livre à aucune apologie du gangstérisme, mais il s'identifie à des hommes qui vivent hors du monde et de toute contingence sociale ».

Paul Meurisse « interprète le plus beau personnage de flic de toute l'œuvre de Melville. La scène où il reconstitue en présence de témoins l'échange de coups de feu survenu dans un bar, tournée en un seul plan, constitue un morceau d'anthologie, tout à fait représentatif de la maîtrise technique et narrative du cinéaste ».

"Gu (Lino Ventura, admirable) s’évade de prison et renoue avec ses complices du Milieu parisien. Transformé en bête traquée, accusé de trahison par des gangsters rivaux, il accomplit une dernière mission : l’attaque d’un convoi d’or dans la région marseillaise. Tiré d’un roman de José Giovanni, Le Deuxième Souffle est un des titres majeurs de la filmographie de Jean-Pierre Melville. C’est son dernier film en noir et blanc. Il procède à une synthèse parfaite des éléments contenus dans ses polars précédents, et annonce l’épure stylistique de la trilogie en couleur avec Alain Delon. Le Deuxième Souffle supprime les détails pittoresques attachés à la description de la pègre. Le film récuse l’idée de réalisme tout en se débarrassant d’un certain folklore mythologique. C’est le premier pas vers l’abstraction glacée du Samouraï. La notion de morale, si importante chez les gangsters, est bafouée tout au long du récit, rythmé par les mensonges et les doubles jeux. Gu est dénué du charme romantique des bandits. Il est essentiellement mu par son instinct de survie et son code de l’honneur, et ne connaît que le règne de la violence et de la fuite. Melville ne se livre à aucune apologie du gangstérisme, mais il s’identifie à des hommes qui vivent hors du monde et de toute contingence sociale. Paul Meurisse interprète le plus beau personnage de flic de toute l’œuvre de Melville. La scène où il reconstitue en présence de témoins l’échange de coups de feu survenu dans un bar, tournée en un seul plan, constitue un admirable morceau d’anthologie, tout à fait représentatif de la maîtrise technique et narrative du cinéaste", a analysé Olivier Père.

Diffusé en novembre 2017, "Le Deuxième souffle de Jean-Pierre Melville avec Lino Ventura, Paul Meurisse et Michel Constantin a attiré 2, 062 millions de téléspectateurs et 8,8% de PdA. Il s'agit de  la meilleure audience 2017 de la chaîne depuis Polisse de Maïwenn en novembre 2014  (2,655  millions de téléspectateurs et 10,1% de PdA)." 

« Les aventuriers »
Arte rediffusa le 15 mars 2022 à 13 h 35 « Les aventuriers » (Die Abenteurer) de Robert Enrico (1967) avec Alain Delon, Lino Ventura et 
Joanna Shimkus

La musique est signée par François de Roubaix.

« Unis par une indéfectible amitié et un goût prononcé pour les aventures extrêmes, Roland et Manu apprennent qu'un trésor dort au large des côtes du Congo, à la suite du crash d'un avion... Un film qui célèbre le rêve et l'aventure virile, avec Alain Delon et Lino Ventura au sommet de leur art. »

« Unis par une indéfectible amitié et un goût prononcé pour les aventures extrêmes, Roland et Manu apprennent qu’un trésor dort au large des côtes du Congo, à la suite du crash d’un avion. Ils décident de partir à sa recherche et emmènent Laetitia, une jeune sculptrice romantique qui les considère comme des frères. Mais au moment où le trio croit toucher au but, des mercenaires les attaquent et Laetitia est tuée… »

« Dans ce film des sixties à contre-courant de la Nouvelle Vague, auquel un large public a voué un culte au fil des générations, Robert Enrico renoue avec ses thèmes de prédilection : l’aventure, le rêve et les amitiés viriles. »

« Dans sa quête désespérée de liberté et d’expériences nouvelles, le trio se consume avec une jubilation enfantine, avant d’être rattrapé par le destin ». 

Robert Enrico, « l
e réalisateur des Grandes gueules signe ici quelques moments d’anthologie, comme l’enterrement de Laetitia sur la plage, magnifié par la bande originale de François de Roubaix, ou les scènes finales tournées au fort Boyard, bien avant sa cathodique popularité ». 

« Porté de bout en bout par un puissant lyrisme, le film oscille avec brio entre humour et tragédie. D’autant que son rythme est servi par des acteurs au sommet de leur art : Lino Ventura, bouleversant de retenue, Alain Delon, tout en insolente fraîcheur, et surtout la légère et fragile Joanna Shimkus, qui renonça peu après au cinéma pour épouser Sidney Poitier. »


"L’aventure c’est l’aventure"
"L'aventure, c'est l'aventure" est une comédie d'aventures réalisée par Claude Lelouch.

« Cinq malfrats comparaissent pour une longue série de rapts juteux... Une épopée drolatique et désormais culte, à travers le regard amusé de Claude Lelouch sur les années 1970. Avec un quintette de légende : Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Denner, Charles Gérard et Aldo Maccione ».


« À Paris, cinq malfrats comparaissent pour une longue série de rapts juteux, alors que leur avocat les présente comme de généreux militants ayant agi au nom d’un idéal. Le temps du procès, le sympathique quintette franco-italien, grand amateur de spaghettis, revit toutes ses rocambolesques aventures. Délaissant l'attaque de banque, démodée, pour le plus rentable kidnapping de star du show-biz, de diplomate ou de leader suprême, les cinq compères ont couru le monde pour emporter le magot à chacune de leurs candides entreprises, élevant la maladresse au rang des beaux-arts ».

« Au moment où j’ai fait L'aventure c'est l'aventure, les affrontements idéologiques étaient à leur apogée. Mai 1968 avait réduit le fossé entre le patron et les ouvriers. Jamais la France n’avait été aussi politisée. Je voulais filmer cette confusion qui, au fond, me faisait rire. Je voulais montrer à quel point les intellos mélangent tout. Ils sont séduits par n’importe quel discours si l’orateur a du charisme. J’avais envie de faire intervenir des voyous qui n’ont rien à cirer de rien, mais qui se servent de la politique pour faire de l’argent », s’est souvenu Claude Lelouch.

« Film emblématique des années 1970, dont il décline avec style et fantaisie toutes les tendances – prostituées glamour et féministes, luttes marxistes en Amérique du Sud, émergence du show-biz… –, L’aventure, c’est l’aventure repose d’abord sur un irrésistible quintette. Lino Ventura en boss impeccable, Jacques Brel en escroc intello et hilarant pirate de l’air belge, le classieux Charles Denner, l’éternel « Charlot » Charles Gérard, et enfin Aldo Maccione, tout en fraîcheur à l’aube de sa carrière, lancée par sa fameuse démarche de dragueur ringard. Leur complicité, aux accents improvisés, emporte cette comédie haute en couleur vers des sommets délicieux, dans la nostalgie d’une époque, la meilleure de Claude Lelouch ».

"La Bonne année"

"La Bonne année" est une comédie réalisée par Claude Lelouch.

« Lino Ventura prépare le casse du siècle sur la Côte d’Azur, avant d’être pris dans les filets de l’amour. Signé Claude Lelouch, un film jubilatoire, emblématique des années 1970 ».


« Libéré à l’occasion d’une amnistie de fin d’année, Simon entreprend d’organiser le casse du siècle avec son compère Charlot. Leur cible : une bijouterie de luxe sur la Croisette. Dans un premier temps, les deux hommes se préparent minutieusement, surveillant le moindre mouvement dans la joaillerie. Mais au grand dam de Charlot, le regard de Simon se porte bientôt sur la séduisante et très raffinée antiquaire qui travaille à côté… »

 La Bonne Année est l’un des films dont Lino était le plus fier. Pour le dernier plan, il ne savait pas de quel côté aller. Il était très emmerdé car il ne pouvait pas admettre qu’un homme puisse pardonner à une femme qui l’avait trompé. Lino n’était pas au courant de l’épilogue. Et il ne savait pas qu’il s’agissait du dernier plan. Je lui ai dit « Je vais te filmer et tu vas te poser la question de savoir si tu lui pardonnes ou pas. Maintenant que tu sais ce dont parle le film, laisse-toi porter ! ». J’ai filmé un vrai Ventura. Il est passé par toutes les phases. On se dit qu’il pardonne quand même, mais du bout des lèvres. Et qu’il le fera payer… C’était le plan préféré de Stanley Kubrick… », a déclaré Claude Lelouch.

« Emblématique du cinéma français des années 1970, La bonne année réjouit par la vivacité de ses dialogues et la force de caractère stylisée de ses protagonistes. En gangster irréductible qui vacille sous les feux de l’amour, Lino Ventura est au sommet de son art. L’habileté du scénario tient justement à l’introduction inopinée de l’idylle dans l’univers viril des deux compères, Simon et Charlot. Alors qu’ils sont entièrement dédiés à la préparation du hold-up, le trouble du premier nuit bientôt à sa concentration, tandis que le film dérive peu à peu vers la comédie romantique. Dans un décor de Croisette en Cinémascope, le trio signe une performance délicieuse, mise en scène avec entrain par Claude Lelouch ».


"La septième cible"
"La septième cible" est un film réalisé par 
Claude Pinoteau.

"Cible d'une terrible machination, un écrivain mène l'enquête... Le dernier grand rôle de Lino Ventura, dans un magistral thriller paranoïaque de Claude Pinoteau."
 
"Bastien Grimaldi, ancien reporter et écrivain réputé, est agressé un soir dans la rue par plusieurs hommes, sans qu'il en comprenne la raison. Les jours suivants, il est victime de diverses intimidations : coups de téléphone muets, explosion de sa voiture, jusqu'à une salve de tirs crépitant dans son salon depuis l'immeuble d'en face... Alors que la police le prend au départ pour un affabulateur, son enquête l'amène peu à peu à découvrir qu'une incroyable machination l'a pris pour cible..."

"Si l'on excepte une courte séquence en caïd dans La rumba de Roger Hanin (1987), ce rôle d'homme traqué, poussé à la lisière de la paranoïa, constitue la dernière apparition à l’écran de Lino Ventura."

"Entre sa robustesse (parfois mise à mal) face aux dangers et l'émouvante affection pour les siens qui affleure si souvent dans son regard, c'est pourtant le Lino de toujours que filme Claude Pinoteau, comme s'il esquissait, scène après scène, un portrait en creux de son ami".

"Dans ce thriller aux petits oignons, l'angoisse sourd à chaque plan, et l'impression d'une puissance supérieure capable à tout moment de briser la vie de l'écrivain fait d'autant plus monter la tension que Jean-Loup Dabadie a concocté un scénario particulièrement retors. Pour Lino Ventura, une sortie exemplaire."


« Lino Ventura. La part intime » de Philippe Kohly
France, 2017, 52mn
Coproduction : ARTE France, CFRT Productions, INA
Première diffusion : 4 février 2018

« 125 rue Montmartre » de Gilles Grangier 
France, 1959, 1 h 23
Production : Orex Films
Producteur : Lucien Viard
Scénario : Jacques Robert, Michel Audiard, André Gillois, Gilles Grangier
Auteur : André Gillois
Image : Jacques Lemare
Montage : Jacqueline Sadoul
Musique : Jean Yatove
Avec Lino Ventura (Pascal), Andréa Parisy (Catherine Barrachet), Robert Hirsch (Didier Barrachet), Dora Doll (Germaine Montillier, dite Mémène), Alfred Adam (Philippe Barrachet), Jean Desailly (Commissaire Dodelot)
Sur Arte les 7 août 2024 à 13 h 35, 18 août 2024 à 15 h 15, 26 août 2024 à 15 h 25
Visuels :
© Coll. Fondation Jérôme Seydoux-Pathé © 1959 – GILLES GRANGIER - PATHE FILMS
© 1959 – PATHE FILMS

« Un témoin dans la ville » d’Edouard Molinaro
France, Italie, 1959
Auteurs : Pierre Boileau, Thomas Narcejac
Scénario : Gérard Oury, Alain Poiré, Edouard Molinaro
Production : S.N.E. Gaumont, Franco London Films, Paris Union Films, Tempo Films, Zebra Films
Producteurs : Henry Deutschmeister, Moris Ergas
Image : Henri Decaë
Montage : Robert Isnardon, Monique Isnardon
Musique : Barney Wilen
Avec Lino Ventura (Ancelin), Sandra Milo (Liliane), Franco Fabrizzi (Lambert), Jacques Berthier (Pierre Verdier), Robert Dalban (Raymond, chauffeur de taxi), Micheline Luccioni (Germaine), Françoise Brion (Jeanne)
Sur Arte le 14 mars 2022 à 20 h 55
Visuels :
Lino Ventura est Ancelin et Robert Dalban, Robert chauffeur de taxi, dans le film d' Eouard Molinaro " Un témoin dans la ville"
Lino Ventura est Ancelin dans le film d' Eouard Molinaro " Un témoin dans la ville"
© Gaumont

"Un taxi pour Tobrouk" réalisé par Denys de La Patellière
France, Espagne, 1960, 90 minutes
Image : Marcel Grignon
Montage : Jacqueline Thiédot
Musique : Georges Garvarentz
Production : Franco London Films, S.N.E. Gaumont, Procusa, Continental Film
Réalisation : Denys de La Patellière
Scénario : Michel Audiard, Denys de La Patellière, René Havard
Acteurs : Lino Ventura, Charles Aznavour, Maurice Biraud, Hardy Krüger
Germán Cobos

"L'arme à gauche" de Claude Sautet
France, Italie, Espagne, 1965
Production : Intermondia Films, T.C. Productions, Agata Films, Vides Cinematografica
Producteur : Jean-Paul Guibert
Scénario : Claude Sautet, Charles Williams, Fouli Elia, Michel Levine
Auteur : Charles Williams
Image : Walter Wottitz
Montage : Jacqueline Thiédot
Musique : Eddie Barclay, Michel Colombier
Avec Lino Ventura (Jacques Cournot), Sylva Koscina (Rae Osborne), Léo Gordon (Morrison), Alberto de Mendoza (Hugo Hendrix), Antonio Martín (Ruiz)
Visuels : © Ciné Films
Sur Arte les 31 août 2026 à 20 h 55, 05 septembre 2026 à 13 h 30, 14 septembre 2026 à 13 h 35

"Le Deuxième soufflede Jean-Pierre Melville
France, 1966, 150 min
Image : Marcel Combes
Montage : Michèle Boëhm, Monique Bonnot
Musique : Bernard Gérard
Production : Les Productions Montaigne
Producteurs : André Labay, Charles Lumbroso
Scénario : José Giovanni, Jean-Pierre Melville
Acteurs : Lino Ventura, Paul Meurisse, Raymond Pellegrin, Christine Fabréga, Marcel Bozzuffi, Michel Constantin
Auteur : José Giovanni
Sur Arte les 27 novembre 2017 à 20 h 50, 28 novembre 2017 - 13.35 / 4 décembre 2017 - 13.35 / 29 mars 2020 - 20.55 / 1 avril 2020 - 13.35 / 16 avril 2020 - 13.35
Visuels :
Lino Ventura
Paul Meurisse (à droite)
© D.R.
© Productions Charles Lumbroso

« Les aventuriers » de Robert Enrico
France, Italie, 1967
Auteur : José Giovanni
Scénario : José Giovanni, Robert Enrico, Pierre Pelegri
Production : CGIC, Compagnia Generale Finanziaria Cinematografica, Société Nouvelle de Cinématographie
Producteurs : Gérard Beytout, René Pignières
Image : Jean Boffety
Montage : Jacqueline Meppiel
Musique : François de Roubaix
Avec Lino Ventura (Roland), Alain Delon (Manu), Serge Reggiani (Le pilote), Joanna Shimkus (Laetitia), Hans Meyer (Le mercenaire), Odile Poisson (Yvette)
Sur Arte le 15 mars 2022 à 13 h 35
Visuels :
Lino Ventura, Joanna Shimkus et Alain Delon
Alain Delon et Lino Ventura
Alain Delon (en arrière plan) et Lino Ventura (au centre)
(De gauche à droite) Serge Reggiani (Le pilote), Lino Ventura et Alain Delon
© 1996-98 AccuSoft Inc.

L’Aventure c’est l’aventure
,  par Claude Lelouch
France, Italie, Les Films 13, Les Films Ariane, Les Productions Artistes Associés, Produzioni Europee Associati, 1972, 117 min
Image : Jean Collomb
Montage : Janine Boublil
Musique : Francis Lai, José Padilla
Producteur/-trice : Georges Dancigers, Alexandre Mnouchkine
Scénario : Pierre Uytterhoeven, Claude Lelouch
Avec Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Denner, Aldo Maccione, Charles Gérard, Johnny Hallyday
Sur Arte le 9 janvier 2017 à 20 h 55

La Bonne année
, par Claude Lelouch
France, Italie, Les Films 13, Rizzoli Film, 1973, 111 min
Image : Jean Collomb
Montage : Georges Klotz
Musique : Francis Lai
Producteur/-trice : Pierre Pardon
Scénario : Pierre Uytterhoeven, Claude Lelouch
Son : Bernard Bats
Avec Lino Ventura, Françoise Fabian, Charles Gérard, André Falcon, Mireille Mathieu, Claude Mann, Frédéric de Pasquale, Gérard Sire, Silvano Tranquilli 
Sur Arte le 2 janvier 2017 à 20 h 50


"La septième cible"
de Claude Pinoteau
France, 1984, 104 min
Production : Production Marcel Dassault, Gaumont International
Producteur : Marcel Dassault
Scénario : Jean-Loup Dabadie, Claude Pinoteau
Image : Edmond Séchan
Montage : Marie-Josèphe Yoyotte
Musique : Vladimir Cosma
Avec Lino Ventura (Bastien Grimaldi), Lea Massari (Nelly), Jean Poiret (Jean Michelis), Robert Hoffmann (Sylvain Hagner), Elizabeth Bourgine (Laura), Béatrice Agenin (Catherine), Jean-Pierre Bacri (Daniel Esperanza)
Visuels © Gaumont


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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 10 mars 2022, puis le 6 août 2024.