L’Institut du monde Arabe (IMA) propose l’exposition « Esclaves en Méditerranée XVIIe-XVIIIe siècle » - un phénomène ayant concerné deux millions d'êtres humains. L'histoire de la vie d'esclaves, enfants et adultes, essentiellement chrétiens et musulmans, vendus dans les marchés de Tripoli, ou d'Alger, via leurs témoignages, leurs souffrances, leurs espoirs de libération et leurs révoltes, leurs fonctions - galériens, domestiques -, leurs représentations dans les arts, et l'influence d'esclaves musulmans dans les cultures européennes. Article publié en cette Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.
« Les routes de l'esclavage » par Daniel Cattier, Juan Gélas et Fanny Glissant
L’exposition « Esclaves en Méditerranée XVIIe-XVIIIe siècle » évoque essentiellement les esclaves chrétiens et musulmans. Pourtant, par exemple, les juifs chassés d'Espagne en 1492 ont été capturés lors de leur voyage en bateau et leurs biens saisis. Et cette exposition ne s'interroge pas sur le lien entre l'islam et l'esclavage. Ce pan de l'Histoire aurait du/pu être abordé dans l'exposition, car la persistance de l'esclavage dans des Etats musulmans, ainsi que la pratique de l'esclavage sexuel par l'Etat islamique (ISIS, ou ISIL) et les djihadistes gazaouis ont montré que l'esclavage n'était pas un phénomène révolu d'un passé ancien.
Quid de l'aspect racial de cet esclavage islamique ? Quid d'une typologie des mises en captivité distinguant le corsaire chrétien d'un navire civil armé, autorisé par une lettre de marque (« lettre de commission » ou « lettre de course ») de leur autorité politique à attaquer en temps de guerre tout navire battant pavillon d'États ennemis, particulièrement son trafic marchand, le pirate ou forban chrétien, bandit pillant pour son compte les navires, les villes côtières et les arrière-pays, et l'esclavagiste qui, dans le cadre d'un djihad, effectue une razzia, en biens et en personnes Infidèles, au nom d'Allah.
Bernard K. Freamon est l'auteur de "Possessed by the Right Hand: The Problem of Slavery in Islamic Law and Muslim Cultures" (Possédés par la main droite : le problème de l'esclavage dans le droit islamique et les cultures musulmanes) publié par Leyde en 2019. « Se référant aux dernières paroles apocryphes de Mahomet concernant le devoir des musulmans de prendre soin de leurs esclaves, Freamon, Afro-Américain musulman et professeur émérite à la faculté de droit de Seton Hall, affirme qu'ils « n'ont pas respecté cet admonition », ni en droit ni en pratique... Freamon exprime sa consternation face à l'approbation de l'esclavage par les érudits islamiques : « Le fait qu'ils aient ignoré, voire approuvé, les pratiques horribles des négriers et des trafiquants d'esclaves pendant plus de 1 300 ans soulève des questions profondes et profondément troublantes quant à la viabilité du droit islamique en tant qu'outil juridique efficace de réforme et de progrès, en particulier aux époques coloniale et postcoloniale. ». Face à cette situation, Freamon s'interroge : « Est-il possible d'abolir juridiquement l'esclavage dans les communautés du monde musulman qui cherchent à se conformer à la charia ou qui s'en considèrent comme telles ? » Il reconnaît que « trouver un droit à la liberté face à l'esclavage dans les sources islamiques traditionnelles est une entreprise difficile », mais insiste sur le fait qu'« un examen attentif, détaillé et critique des sources », mené selon « une approche novatrice et dynamique », permettra d'établir « un fondement juridique pour l'élimination de l'esclavage et de la traite des esclaves dans les communautés musulmanes… même sous un gouvernement lié par la charia », a écrit Daniel Pipes, fondateur du Middle East Forum (Middle East Quarterly, Spring 2025, Volume 32: Number 2).
De plus, une différence aurait pu être davantage soulignée : par exemple, les esclaves chrétiens pouvaient bénéficier de l'aide d'un monarque chrétiens ou d'ordres rédempteurs - Trinitaires, Mercédaires - voués au rachat des captifs chrétiens.
L’IMA a rarement promu cette exposition sur les réseaux sociaux. Présidente de l’IMA, Anne-Claire Legendre a publié sur X, ex-Twitter, le 31 mars 2026 : « Exposition inédite sur l’esclavage en Méditerranée au XVII et XVIIIe siècle. 2 millions d’esclaves musulmans, chrétiens, juifs arrachés à leur vie par les corsaires de la guerre de course. Une mémoire occultée rendue à notre histoire commune. @imarabe ».
Pourquoi a-t-elle présenté les fidèles de ces trois religions – judaïsme, christianisme, islam – dans cet ordre ? Un ordre que l’on retrouve souvent dans le dossier de presse sous la plume de commissaires de l’exposition.
Les commissaires scientifiques sont Meredith Martin, Professeure, Department of Art History, New York University, M’hamed Oualdi, Professeur, Département d’histoire, European University Institute, Florence, et Gillian Weiss, Professeure, Department of History, Case Western Reserve University, Cleveland, et la commissaire à l’Institut du monde arabe Djamila Chakour, Chargée de collections, Musée de l’Institut du monde arabe.
Ce projet a reçu un financement du Conseil européen de la recherche (ERC)dans le cadre du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne (convention n°819353), en partenariat avec Sciences Po, ERC European Research Council, European University Institute, Union Européenne (UE)
L’IMA a organisé des actions éducatives et médiations : visites guidées, pour les individuels et les groupes, après-midi enseignants – « enseignants et personnels éducatifs sont conviés à la découverte de l’exposition lors d’un temps dédié mené par M’hamed Oualdi (Professeur, European University Institute, Florence), co-commissaire de l’exposition » -, la table ronde « Fêter le retour des captifs en Europe et au Maghreb à l’époque moderne », des conférences, projections de films du monde Arabe, performances, lectures, spectacles "confiés à un artiste de la scène contemporaine, pour élargir les perspectives de l’exposition dans ses résonances avec les sociétés contemporaines", sélection dans sa bibliothèque, « pour prolonger et approfondir le thème de l’exposition, de « ses riches ressources documentaires - livres, articles et films documentaires - retraçant l’histoire de l’esclavage sur les deux rives de la Méditerranée, du Moyen Age jusqu’à nos jours », une bibliographie en ligne et possibilité de prêts à domicile, et dans sa librairie, des « ouvrages, pour adultes et jeunes lecteurs, [afin] d’explorer et d’approfondir les enjeux historiques, culturels et mémoriels liés à l’esclavage en Méditerranée. »
Des conférences ont eu pour thèmes : « L’esclavage en Méditerranée à l’époque et ses liens avec les autres traites d’esclaves dans le monde atlantique, en Afrique subsaharienne et au Levant », « Les récentes découvertes sur l’esclavage en Méditerranée », et au musée du Louvre « Comment présenter l’histoire de l’esclavage dans les musées ? » en présence notamment de Djamila Chakour, Institut du monde arabe, Meredith Martin, New York University, Kevork Mourad, artiste.
L'IMA propose aux visiteurs de l'exposition "Esclaves en Méditerranée, XVIIe et XVIIIe siècle", tiré à part (32 pages) édité par le magazine L’Histoire en collaboration avec les commissaires. Le numéro de L’Histoire du mois de mars 2026 est consacré à l’exposition et au thème de l’esclavage en Méditerranée.
L'IMA recommande aussi ces livres :
M. Martin, G. Weiss, Le Roi-Soleil en mer. Art maritime et galériens dans la France de Louis XIV, éd. de l’EHESS, 2022.
M. Oualdi, L’Esclavage dans les mondes musulmans, éditions Amsterdam, 2024.
G. Weiss, Captifs et corsaires. L’identité́ française et l’esclavage en Méditerranée, trad. de l’anglais A.-S. Homassel, Toulouse, Anacharsis, 2014.
PARCOURS DE L’EXPOSITION
« Aujourd’hui peu connu en comparaison du phénomène de l’esclavage transatlantique, l’esclavage méditerranéen naît dans l’Antiquité et ne commence à disparaître qu’au XIXe siècle.
Principalement justifié par des différences religieuses plutôt que raciales, à l’époque moderne, il entraîne la capture de plus de deux millions de personnes par des corsaires chrétiens et musulmans et leur mise en vente sur les marchés d’esclaves autour de la Méditerranée.
La plupart des captifs sont des hommes, contraints de ramer sur des galères et d’effectuer d’autres types de travaux forcés.
Cet esclavage affecte par ailleurs des femmes exploitées à des fins domestiques et sexuelles. Beaucoup parmi ces esclaves sont rachetés, ce qui signifie que leur esclavage est temporaire. Nombre d’entre eux subissent des traitements violents et doivent trouver des moyens de subsistance.
Cette exposition donne à voir plusieurs documents et œuvres témoignant de l’esclavage des chrétiens captifs en Afrique du Nord, notamment à Alger. Elle met cependant l’accent sur les esclaves maghrébins et certains Africains de l’Ouest dans les ports de Marseille, Gênes, Livourne et Malte. Principalement musulmans, ces esclaves furent désignés en Europe sous l’appellation de « Turcs » ou « Maures ». Leurs histoires oubliées ou occultées sont restituées ici à travers un ensemble de manuscrits, d’archives et d’oeuvres d’art remarquables enrichis d’écrits dans lesquels ils sollicitent un meilleur traitement et leur libération. »
QUATTRO MORI (QUATRE MAURES)
« Le monument des Quattro Mori - installé dans le port de Livourne - est certainement l’oeuvre d’art la plus connue représentant les esclaves.
En son centre, elle figure le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis (r.1587-1609) – sculpté par Giovanni Bandini –, chef des chevaliers de Saint-Étienne, un ordre catholique basé dans le port toscan, impliqué dans des activités corsaires.
Aux quatre angles de la base, quatre captifs en bronze enchaînés, sont réalisés par le sculpteur Pietro Tacca, qui s’ inspire pour au moins deux d’entre eux de modèles réels provenant de la prison pour esclaves de la ville, ou « bagne » : un jeune homme noir surnommé Morgiano et un Turc plus âgé originaire de Salé au Maroc, nommé Alì Salettino.
Pendant trois siècles, des copies de ces motifs circulent dans toute l’Europe sous différentes formes – porcelaine, bois, voire sculptures en sucre – démontrant que l’esclavage en Méditerranée était alors largement visible, même s’il est aujourd’hui presque tombé dans l’oubli. »
UN MONDE DE GALÈRES
« Les galères sont des navires à rames utilisés pour emprisonner des criminels, mener des guerres, pratiquer le commerce et la course en Méditerranée. Idéales pour naviguer dans des eaux peu profondes et calmes et pour le combat rapproché, elles sont dotées d’étraves étroites qui permettent de percuter les cibles et l’attaque rapprochée à l’épée des équipages ennemis par les officiers. Malgré
les horreurs qui y sont perpétrées, les galères sont richement ornées et sculptées pour mieux asseoir la puissance des souverains modernes, héritiers de la gloire antique. »
TRONC DES TRINITAIRES
« Ce tronc à offrande de l’église Saint-Éloi de Dunkerque est surmonté d’une sculpture d’un esclave enchaîné tenant un chapeau. Elle sert à collecter des aumônes pour les Pères de la Sainte Trinité, l’un des ordres qui se consacrent au rachat de catholiques en terres musulmanes. « Dieu vous le rendra », promet l’inscription aux donateurs.
Comme d’autres Européens, les Dunkerquois connaissent l’existence des captifs chrétiens au Maghreb par le biais de lettres, de processions, d’images et de sculptures comme celle-ci, destinées à susciter la pitié et encourager la charité. Ils ont pu entrer en contact avec les musulmans asservis à l’arrivée de six galères royales françaises en 1701.
Bien avant de devenir un « dépôt de Noirs » – c’est-à-dire un centre de détention pour les esclaves des colonies françaises – Dunkerque était une prison pour 1500 galériens, dont environ 300 esclaves turcs et Jean Marteilhe, le huguenot « forçat pour la foi » rendu célèbre par ses mémoires. »
Attribué à Antoine Van der Leupen,
Tronc des Trinitaires,
fin XVIIe - début XVIIIe siècle
Bois de tilleul taillé et peint et métal, H. 49 ; L.40 ; P. 23 cm
(sculpture), H .188 ; L.62 ; P.31 cm (dimension totale)
Dunkerque, mission du patrimoine, conservé à l’église
Saint-Eloi, propriété de la commune, classé MH depuis
1906, inv. PM59000488
© Ville de Dunkerque
Photographie Emmanuel Watteau
ESCLAVE MAURE
« Cette sculpture en bois représentant un musulman asservi est réalisée dans l’atelier de sculpture situé au sein de l’arsenal naval de Brest. Elle fait partie des nombreuses œuvres inspirées des Quattro Mori, le célèbre monument de Pietro Tacca achevé à Livourne en 1626. Pendant plus de trois siècles, les artistes copient ses figures à travers diverses techniques : bois, cire, céramique, bronze, voire le sucre, preuve de l’attrait durable du monument jusqu’à l’époque de l’abolition. Pour reproduire les captifs, Tacca obtient une autorisation spéciale pour entrer dans le bagne de Livourne afin d’étudier des modèles vivants, dont le jeune homme qui regarde vers le haut comme s’il implorait de l’aide, ici représenté. Bien que les Quattro Mori aient été conçus pour proclamer la domination chrétienne sur les esclaves musulmans, leur réalisme viscéral et leur humanité ont suscité la sympathie des spectateurs du XVIIe siècle à nos jours. »
Ateliers de sculptures des arsenaux,
d’après Pietro Tacca,
Esclave maure, XIXe siècle
Conifère (résineux) sculpté, H.94,5 ; L.46,5 ; P.49 cm
Toulon, musée national de la Marine, inv. 41 OA 194
© Musée national de la Marine /A.Fux
1. UNE VIE D’ESCLAVE
« Les personnes asservies présentées dans cette exposition ont, pour la plupart, été capturées ou vendues comme esclaves. Elles sont parfois prises pour cible pour des raisons spécifiques. Sur les marchés, certains acheteurs, algériens par exemple, recherchent des chrétiens ayant des compétences en construction navale. D’autres essayent de sélectionner des membres des élites susceptibles de rapporter des rançons élevées.
Les agents des galères chrétiennes préfèrent les musulmans, en particulier les Maghrébins âgés de 20 à 40 ans, dont la force supposée et la capacité à incarner la victoire sur les infidèles sont représentées dans de nombreuses oeuvres d’art. Cependant, ils ont également tenté d’asservir des Africains de l’Ouest, ainsi que des Amérindiens kidnappés dans les colonies anglaises et françaises. Tous ces hommes rament aux côtés de forçats condamnés pour divers crimes, allant du vol et du meurtre à l’hérésie protestante. Si, en principe, les esclaves musulmans en bonne santé peuvent être échangés, rachetés ou libérés en vertu des traités de paix, beaucoup sont contraints de servir jusqu’à l’invalidité ou la mort. »
DÉBARQUER
« Les visiteurs découvrent tout d’abord un tableau troublant d’Alessandro Magnasco représentant l’arrivée d’esclaves à Gênes, puis des archives relatives aux ventes aux enchères d’esclaves et des registres navals, qui constituent parmi les seuls documents encore existants indiquant les noms, les lieux d’origine et les caractéristiques physiques des esclaves.
Certains esclaves peuvent aussi être enfermés dans des prisons tels que le «bagne» de Livourne dont nous présentons le plan et qui avait été conçu sur le modèle des «bagnes» de captifs chrétiens au Maghreb jusqu’à sa fermeture au milieu du XVIIIe siècle. »
TRAVAILLER
« Une fois enrôlés, recensés, incarcérés, l’exposition montre ces esclaves au labeur. Les esclaves galériens ne passaient généralement que quelques mois par an à ramer en mer. À terre, ils étaient contraints d’effectuer de nombreux types de travaux tels que la construction des navires et le déchargement des marchandises comme en témoigne l’extraordinaire album du chevalier toscan Fabroni.
D’autres esclaves étaient assignés à des tâches plus terribles comme celle d’enlever les cadavres des victimes de la peste lors de la grande épidémie qui a frappé Marseille en 1720, tel que les a représentés le peintre Michel Serre.
Certains de ces esclaves et surtout des femmes captives étaient employés comme servantes dans des demeures où elles pouvaient aussi être exploitées sexuellement : un tableau par le chevalier Favray, laisse deviner une domestique noire derrière des « Dames maltaises se faisant visite ».
SURVIVRE
« Au-delà même de ces labeurs forcés, pour survivre, se nourrir, racheter leur liberté ou aider des compatriotes d’infortune, ces esclaves exerçaient toutes sortes d’activités supplémentaires, notamment l’art de tricoter comme le montre le dessin d’un esclave français à Alger.
En Europe, certains esclaves musulmans étaient autorisés à installer des étals temporaires ou des baraques à côté des ports. Ils y offraient leurs services de barbiers, d’arracheurs de dents et fournisseurs de café. L’artiste Cornelis de Wael a représenté ces scènes portuaires de vies d’esclaves dans la darse de Gênes. »
2. VIE RELIGIEUSE ET CULTURELLE
Ils subissent aussi des pressions pour en changer, même si en Europe, la conversion ne garantit pas de recouvrer la liberté. Les rameurs musulmans des galères catholiques n’assistent généralement pas à la messe, célébrée avec un autel portatif à bord ou sous une tente sur la terre ferme avant l’embarquement.
Les esclaves produisent des écrits, des oeuvres d’art et de la musique sous contrainte. Beaucoup écrivent des lettres à leurs proches. Une minorité parmi les lettrés a une activité de copistes et d’ornemanistes de manuscrits religieux ou de grammaire. D’autres ont gravé graffitis et inscriptions, témoins de leur présence dans les geôles maltaises.
Parmi les esclaves turcs des galères de Louis XIV, certains servent de modèles aux artistes tels que Pierre Puget, d’autres participent à la construction et au décor des galères ou à la réalisation de sculptures en marbre destinées à Versailles. Les esclaves jouaient des instruments pour donner des signaux nautiques et aussi pour divertir les officiers de galère en mer. Sur terre, ils formaient également des fanfares de rue qui jouaient pour obtenir des pourboires. »
CROIRE
« Les esclaves forment des communautés religieuses. Au Maghreb, des prêtres – captifs ou non – organisent la vie religieuse de leurs coreligionnaires tandis que les protestants s’en démarquent. Les autorités locales autorisent la tenue du culte dans des chapelles construites dans des bagnes et des consulats européens.
En Europe, les musulmans désignent des cadis (autorités judiciaires islamiques) et des imams afin de guider les prières et d’encadrer les funérailles. Les esclaves musulmans organisent la collecte d’argent afin d’édifier des mosquées pour leur culte. Ils mettent en avant un principe de réciprocité pour obtenir les mêmes droits de culte de part et d’autre de la Méditerranée.
Ces hommes et ces femmes entretiennent toutefois des rapports divers au religieux. Ils s’adonnent parfois à des actes jugés “blasphématoires” comme la sorcellerie. Enfin, le phénomène de conversion est fréquent dans les deux communautés, et ce, à plusieurs reprises pour un même individu. »
ARTISTES, MODÈLES ET LETTRÉS
« En 1668, l’artiste Pierre Puget (1620-1694) vient à Paris avec deux esclaves Turcs, probablement dénommés « Candie » et « Mustapha » afin d’en faire des modèles de nu pour les artistes membres de l’Académie royale du Louvre. Ces hommes ont probablement servi de modèles pour représenter les captifs entourant Louis XIV sur le dessin de son navire amiral réalisé par Charles Le Brun.
Les esclaves sont parfois eux-mêmes artistes, travaillant dans des ateliers près du port. D’autres, parfois après leur conversion, deviennent copistes, traducteurs, enlumineurs de manuscrits. »
ÉCRITS D’ESCLAVES
« De nombreux esclaves transmettaient des lettres. Dans ces missives souvent rédigées par des coreligionnaires lettrés, ils donnent des nouvelles à leurs familles ou à leurs souverains. Ils demandent une aide financière afin de recouvrer leur liberté. Dans le cas des musulmans, ces écrits sont les rares témoignages personnels de leur condition d’esclaves. Sur les deux rives, certaines lettres furent interceptées et jamais transmises à leurs destinataires car elles contenaient des informations préjudiciables aux puissances dominantes.
Des esclaves font aussi rédiger des actes notariés tels que des reconnaissances de dettes pour leurs rançons. Les musulmans et les chrétiens paient des notaires pour écrire en leur nom des pétitions dans lesquelles ils requièrent des autorités l’amélioration de leur sort. »
ESCLAVE
« Au cours des années 1670, Charles Le Brun, premier peintre de Louis XIV, réalise cette grande esquisse préparatoire représentant un esclave « turc » destinée à orner le plafond voûté de l’escalier des Ambassadeurs à Versailles. Détruit en 1752, l’escalier s’inscrivait dans un programme iconographique visant à illustrer la domination maritime de la France en Méditerranée et sa capacité à conquérir les non-chrétiens. De telles figures asservies apparaissent également ailleurs dans le décor du palais, et en 1680, la monarchie achète 52 véritables « esclaves maures » probablement originaires d’Afrique de l’Ouest pour ramer dans une galère construite pour Louis XIV sur son Grand Canal. Le Brun est l’un des nombreux artistes de l’Académie royale qui en 1668 a vu deux galériens musulmans, vraisemblablement nommés « Candie » et « Mustapha », contraints de poser nus au Louvre. Lebrun s’est peut-être souvenu de cette séance lorsqu’il a réalisé ce dessin.
Charles Le Brun (1619-1690), Un Esclave, vers 1647-1679
Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier beige marouflé sur toile, 147 x 213 cm
Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, inv. 29985
© Musée du Louvre, dist. GrandPalaisRmn / Marc Jeanneteau »
ESQUISSES
« Cet important album de 800 esquisses à l’encre et à l’aquarelle offre un portrait intime de l’esclavage sur les galères méditerranéennes à la fin du XVIIe siècle. Plutôt que de représenter des « schiavi » anonymes et enchaînés forcés à ramer sous menace de violence. Fabroni, un chevalier toscan, dépeint des galériens de différents statuts, religions et couleurs de peau, souvent identifiés par leur nom. Ils sont occupés à des tâches quotidiennes telles que le calfatage, la corvée d’eau ou le tricot, ou sont au repos ou endormis. Un croquis figure Ali, l’un des mousses de Fabroni, en train de se laver les mains.
La diversité de l’album est frappante. Des portraits de femmes noires esclaves sur une île grecque et d’un corsaire tunisien sont juxtaposés à des images de la flore et de la faune, plaçant tous ces êtres au sein d’un écosystème méditerranéen. Fabroni nous donne à voir des personnages dotés d’une identité singulière.
Ignazio Fabroni (1642-1693), Nel Arsenale di Porto Ferraro (Dans l’Arsenal de Porto Ferraro), in Album di ricordi di viaggi e di navigazioni sopra galere toscane (Album de souvenirs de voyages et de navigations à bord de galères toscanes),
1664 -1688, f.162r
Aquarelle, crayon et encre sur papier
Florence, Biblioteca nazionale centrale di Firenze, Rossi Cassigoli 199
© Sur autorisation du ministère de la Culture / Bibliothèque nationale centrale Florence/Su concessione del Ministero della Cultura /Biblioteca centrale nazionale Firenze
(fac similé exposé) »
3. RETROUVER SA LIBERTÉ
« De nombreux esclaves tentent de s’enfuir avec grande difficulté. Emprunter une route terrestre vers un port ami exige en effet des connaissances linguistiques et géographiques, ainsi qu’un déguisement. Fuir par la mer implique de voler ou de construire un bateau, d’organiser une mutinerie, de se faufiler sur un autre navire ou nager jusqu’au rivage pendant une bataille navale.
Les libérations par la force, l’échange ou la rançon sont plus fréquentes. À la fin du XVIIe siècle, les bombardements des villes nord-africaines entraînent la libération de centaines de chrétiens et la signature de traités de paix, qui protègent certains sujets européens. Une diplomatie habile aboutit aussi à la libération de centaines de musulmans captifs en Europe, comme le montre l’intervention de l’ambassade marocaine à Vienne en 1783.
À la fin du XVIIIe siècle, les guerres révolutionnaires inaugurent une nouvelle ère non exempte de contradictions autour de l’idée « de liberté » universelle : les armées françaises libèrent les esclaves tout en conquérant des territoires d’Italie à Alger ; Napoléon rétablit une forme d’esclavage dans les Caraïbes tout en voulant en supprimer une autre en Méditerranée. »
SE RÉVOLTER
« Parmi les révoltes et les mutineries menées par des chrétiens et des musulmans réduits en esclavage, la plus grande et la plus célèbre insurrection eut lieu en 1748 - 1749 à Malte, alors que la plupart des puissances catholiques réduisaient le nombre de leurs galères et, en conséquence, le nombre de rameurs asservis. Cette importante conspiration d’esclaves a donné lieu à de multiples récits publiés et à une série de dix-neuf aquarelles anonymes – dont trois sont présentées ici : elles relatent en détail la prise d’une galère ottomane de Rhodes et les tortures infligées par les autorités maltaises pour découvrir le complot et punir les conspirateurs présumés. »
METTRE FIN À L’ESCLAVAGE
« Au XVIIIe siècle, les traités de paix entre les puissances européennes et nord-africaines se multiplient, conduisant à des efforts pour mettre fin aux captivités sur les deux rives de la Méditerranée. À partir de 1777, le sultan du Maroc propose aux Européens de ne plus asservir les femmes et les hommes de plus de 70 ans. Dans cette intention, il mandate des ambassades afin de mener cette négociation, comme le montre la gravure représentant « L’entrée de l’ambassadeur marocain » à Vienne en 1783. Son appel reste toutefois lettre morte.
Vers 1798, les armées révolutionnaires françaises tentent également d’éradiquer l’esclavage en Méditerranée, en poussant – en vain – à la destruction du monument des Quattro Mori à Livourne et en libérant des centaines de musulmans à Malte. Ce sont principalement les campagnes navales européennes qui permettent, après 1815, de mettre fin à un esclavage et une prédation qui est déjà en voie de disparition. À tel point que lorsqu’ils prennent Alger en 1830, les Français n’y découvrent que peu de captifs européens, contrairement à ce qu’affirmait la presse française. »
LEXIQUE
« • Dans le monde des galères, les « esclaves turcs » ou, tout simplement, les « Turcs » désignent une catégorie de rameurs – pour la plupart musulmans, mais parfois orthodoxes chrétiens ou juifs – que l’on distingue des « forçats » qui purgent des peines pour divers crimes.
• Les esclaves dits « Maures » peuvent être originaires du Maghreb, des musulmans ou bien des Africains de peau foncée.
• Dans les sources maghrébines rédigées en arabe, les musulmans asservis en Europe, comme les chrétiens asservis au Maghreb, sont qualifiés de captifs ou prisonniers de guerre (asrâ’).
• Les « corsaires » sont des pirates autorisés par l’État. Beaucoup d’entre eux étaient des chevaliers, y compris des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem (les chevaliers de Malte ou Hospitaliers) et de l’ordre de Saint-Étienne, qui maintenaient une flotte de galères à Livourne. »
MÉMOIRES OCCULTÉES
Anne-Claire Legendre
Présidente de l’Institut du monde arabe
« Esclaves en Méditerranée. XVIIe - XVIIIe siècle » nous plonge dans une histoire éclipsée, celle des captifs musulmans et chrétiens de part et d’autre de la Méditerranée moderne. Si la traite transatlantique est bien étudiée, cet autre esclavage reste méconnu.
Récits, archives, objets et œuvres d’art témoignent dans cette exposition, à la fois inédite et pédagogique, des destins d’hommes et de femmes en situation d’esclavage, autant de voix oubliées de notre histoire commune. Grâce à une patiente recherche et aux prêts de multiples institutions, une riche sélection d’archives, documents, artefacts et œuvres d’art rarement exposés révèle autant d’histoires : dessins et estampes, armes et sculptures navales, émouvants talismans et lettres écrites par des captifs chrétiens et musulmans... Galériens, ouvriers, artisans, traducteurs, musiciens, parfois même modèles pour les artistes, cette humanité asservie raconte un passé douloureux mais essentiel de notre Méditerranée.
Merci à toutes celles et tous ceux qui, par leur travail rigoureux et leur engagement d’historiens, permettent la réhabilitation nécessaire de ces mémoires occultées, aujourd’hui visibles en pleine lumière à l’Institut du monde arabe. »
Présentation par D. Chakour, M. Martin, M. Oualdi, G. Weiss
Curieusement, ce texte évoque dans cet ordre les musulmans, puis les chrétiens.
« Esclaves en Méditerranée, XVIIe – XVIIIe siècle » est la première exposition à explorer l’histoire des musulmans et chrétiens mis en captivité des deux côtés de la Méditerranée, à l’époque moderne : une histoire aujourd’hui moins connue que l’histoire de l’esclavage atlantique.
REDONNER À VOIR UN MONDE PERDU
Cette exposition dépeint un monde forgé autour de cette histoire commune de l’esclavage méditerranéen, dont les traces continuent à nous entourer, parfois sans que nous en soyons conscients.
Elle révèle l’impact profond de cette forme d’esclavage sur l’art et la culture matérielle en Europe en montrant un large éventail d’oeuvres d’art rarement exposées bien que la plupart ornent jusqu’à présent de nombreux musées, bâtiments historiques et demeures privées.
Il s’agit ici de présenter les clefs de lecture pour envisager toute la complexité du contexte historique de production de ces artefacts et de ces oeuvres d’art. Ces créations sont en effet nées en grande partie dans le cadre de l’esclavage méditerranéen et des combats pour survivre à l’asservissement.
S’APPROCHER DES PAROLES ET DES VIES D’ESCLAVES
La présentation des oeuvres et documents est conçue comme une expérience visuelle et sensorielle afin d’appréhender la vie en captivité en Méditerranée. Elle plonge les visiteurs dans les vies et les paroles des esclaves européens en Afrique du Nord et dans une large mesure des esclaves maghrébins et musulmans dans l’Occident méditerranéen.
Pour ce faire, chaque section du parcours reconstitue les trajectoires de ces captifs : depuis leur asservissement à leur arrivée dans les ports de captivité, leur engagement dans des travaux forcés jusqu’à leur potentielle libération, en passant par leurs expériences et leurs luttes quotidiennes.
Les écrits de ces esclaves, rédigés dans diverses langues sont montrés accompagnés d’enregistrements sonores et de compositions musicales qui rythment leurs existences. Ces témoignages rendent comptent des souffrances et des espérances de ces captifs. Ils témoignent de la manière dont ils étaient dominés, mais aussi des façons dont ils ont pu constituer des communautés.
LES DERNIERS SIÈCLES D’UNE LONGUE HISTOIRE
L’esclavage autour de la Méditerranée remonte à l’Antiquité. À la période moderne (XVIIe-XVIIIe siècle), il se fonde notamment sur les différences religieuses plutôt que raciales. Il entraîne la capture de plus de deux millions d’individus, à la fois par des corsaires chrétiens et musulmans, et leur vente sur des marchés d’esclaves.
L’exposition s’attache à illustrer la dernière grande phase de cette « longue histoire », durant la période moderne, peu éloignée de la nôtre.
Au sein d’une logique d’affrontement, les pouvoirs musulmans financent des corsaires, dits « pirates barbaresques », qui capturent des navires et des populations chrétiennes comprenant des hommes, des femmes et des enfants, pour les acheminer vers les grands ports d’Alger, Tunis ou Tripoli. Par ailleurs, les flottes de l’Ordre de Malte et d’autres puissances européennes s’emparent des vaisseaux et des populations musulmanes et juives du Maghreb et du Levant, et les asservissent sur les côtes espagnoles, françaises, italiennes et maltaises.
L’ensemble de ces hommes et femmes de diverses confessions peut rester captifs de longues années, voire toute leur vie, s’ils ne sont pas rachetés, échangés ou libérés à la suite d’opérations navales ou diplomatiques.
Certains parviennent à s’échapper, d’autres à se révolter, mais ils sont généralement repris et subissent de sévères punitions.
LA CULTURE EUROPÉENNE DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES AU PRISME DE L’ESCLAVAGE MÉDITERRANÉEN
Le propos est ici de mettre en avant des hommes et des femmes asservis dans leur grande diversité, qu’ils soient européens, nord-africains voire ouest-africains puis de nouveau mis en captivité en Méditerranée.
À travers ces diverses trajectoires, une dimension moins connue de l’esclavage est mise en évidence : la captivité dans le sud de l’Europe de musulmans originaires du Maghreb et du Levant.
De nombreux textes traitent des captifs européens en « Barbarie », ou Afrique du Nord, comme évoqués ici. Cependant, notre démonstration se concentre davantage sur la vie et la voix des esclaves musulmans peu étudiées. Ces derniers jouent un rôle tout aussi important dans la compréhension de l’art et de la culture en Europe méditerranéenne pendant le Grand Siècle (XVIIe siècle), puis le siècle des Lumières.
MODÈLES, COPISTES ET MAGICIENS
La figure de l’esclave musulman des galères est présente dans les productions artistiques des artistes occidentaux, notamment français et italiens. En effet, les artistes, peintres ou sculpteurs, engagent ces captifs comme modèles. Les productions que ces derniers suscitent sont rarement mises en lumière dans un tel contexte.
L’esquisse de Charles Le Brun, peintre en chef de Louis XIV, intitulée « Un esclave » musulman, un album remarquable de dessins de l’artiste et chevalier toscan Ignazio Fabroni montrant des galériens au travail et au repos, ou encore des oeuvres inspirées des sculptures des « Quattro Mori » du monument emblématique de Livourne, par Pietro Tacca, témoignent de ce système d’esclavage et de son imprégnation dans les productions culturelles de la période.
Notre exposition « Esclaves en Méditerranée » révèle également que les esclaves musulmans ont contribué à façonner les cultures européennes et méditerranéennes des temps modernes. Des écrits adressés à leurs proches démontrent leur qualité de lettrés, et de copistes de manuscrits islamiques ou de talismans. Ces activités « intellectuelles » et leurs travaux sur les arsenaux leur permettent de survivre au quotidien sur les rives nord de la Méditerranée. »
Espace des donateurs (niveau -2)
1, rue des Fossés-Saint-Bernard
Place Mohammed V – 75005 Paris
Tél. : 01 40 51 38 38
Du mardi au vendredi de 10h à 18h
Samedis, dimanches et jours fériés de 10h à 19h
Accès libre, réservation conseillée
Visuels :
Affiche
Carte Nouvelle de la Mer Mediterranee (détails), De Hooge, Romain, 1645-1708, 1694, 60x142cm
Ignazio Fabroni (1642-1693), Nel Arsenale di Porto Ferraro (Dans l’Arsenal de Porto Ferraro), in Album di ricordi di viaggi e di navigazioni sopra galere toscane (Album de souvenirs de voyages et de navigations à bord de galères toscanes) (détails), 1664 -1688, f.162r, Aquarelle, crayon et encre sur papier, Florence, Biblioteca nazionale centrale di Firenze, Rossi Cassigoli 199
© Sur autorisation du ministère de la Culture / Bibliothèque nationale centrale Florence/Su concessione
del Ministero della Cultura /Biblioteca centrale nazionale Firenze
Attribué à Jean-Antoine de Barras de la Penne (1650-1730), Page de l’album avec en cartouche des esclaves en train de se faire fouetter, in Album de Dessins, représentant la construction, l’armement, la vogue d’une galère, XVIIe siècle, (détails), Plume, encore et lavis sur papier avec reliure en veau raciné, Vincennes, service historique de la Défense, inv. SH 137
© Service historique de la Défense, Centre des Archives de Vincennes
Pietro Tacca (1577-1640), Monumento dei Quattro Mori (Monument des Quatre Maures),
Livourne (Italie), 1621-1626
Bronze et marbre © Alinari Archives, Florence / Bridgeman Images
Alessandro Magnasco dit Il Lissandro (1667 - 1749), Embarquement des galériens dans le port de Genes,
Genes (Italie), XVIIe siecle, Huile sur toile, 116 x 143 cm
Bordeaux, musée des Beaux-Arts de Bordeaux, inv. Bx 1961.11.1
© Mairie de Bordeaux - Musée des Beaux-Arts - photo F. Deval
Cornelis de Wael (1592-1667), Islamitische galeislaven en zeelieden bij barbier (Esclaves musulmans et marins chez le barbier), Genes (Italie), 1647, Estampe, 11 x 14,9 cm
Amsterdam, Rijksmuseum, Department of Prints, inv. RP-P-OB-61.603, Domain Public/Rijksmuseum
Anonyme, Balthazar Mendez de Loyola (1631-1667), né Muhammed El Attaz, dit « Muḥammad al-Tāzī » ,
Béziers, 1667, Huile sur toile, 61 x 54 cm
Bruxelles, centre de la Culture Judéo-marocaine, inv. 22865
© Dahan-Hirsh, Bruxelles
Nicolas Onesco, Long manuscrit aux propriétés magiques contenant un texte arabe aux formules répétées à plusieurs reprises, présenté à l’inquisiteur Giulio Carpegna, 1793,
manuscrit 1.II., vol. 136B, dossier 88, f. 568A (détail)
Encre et gouache sur papier, 220 x 8 cm
Mdina (Malte), The Metropolitan Cathedral Archives
inv. AIM Proc vol. 136 B, case 88
© The Metropolitan Chapter, Malta (Fac similé exposé)
Charles Le Brun (1619-1690), Un Esclave, vers 1647-1679
Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier beige marouflé sur toile, 147 x 213 cm
Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, inv. 29985
© Musée du Louvre, dist. GrandPalaisRmn / Marc Jeanneteau
Johann Hieronymus Löschenkohl (1753-1807), Der Einzug des marokkanischen Botschafters, Muhamed Ben Abdil Malek, Pascha von Tanger, in Wien am 28. Februar 1783 (L’entrée de l’ambassadeur marocain, Muhamed Ben Abdil Malek, pacha de Tanger, a Vienne le 28 février 1783), Vienne, 1783
Gravure sur cuivre colorisée et disposée sur papier, 38,2 x 55,1 cm (planche),
46 x 61 cm (feuille)
Vienne, Wien Museum, inv. 55566
CC0 / Wien Museum
Anonyme, Hacimusa [Haec Musa] and the papasso, after being tortured with pincers and sledgehammers, were conducted to the middle of the harbour, where they were quartered by caiques and finished by axe blows. (Hacimucsa [Haec Musa] et le papasso, après avoir été torturés avec des pinces et des masses, sont emmenés au milieu du port et écartelés par des caiques qui les achèvent à coups de hache.), Malte, 1749 nr.10, série de 19
Graphite, plume et encre, aquarelle et gouache sur papier
Vittoriosa, Inquisitor’s Palace, National Museum of Ethnography / Heritage Malta, inv. FAS/P/1931
Courtesy of Heritage Malta, Photos by Daniel Cilia
Rod-Henri Deckherr (imprimeur), Bombardement et prise d’Alger. (3-5 juillet 1830), vers 1830
Impression typographique sur bois, 40,3 x 62 cm (oeuvre), 50,6 x 64, 4 cm (montage)
Paris, Musée Carnavalet, Histoire de Paris
CC0 1.0 Universal / Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Abraham-Louis-Rodolphe Ducros (1748 - 1810), Cadi des esclaves turcs a Malte, in album Voyage en Italie, en Sicile et à Malte, 1778
Graphite, craie et aquarelle sur papier, 19,7 x 15,9 cm
Amsterdam, Rijksmuseum, gift of Mrs Hansen-van den Brugghen, The Hague, inv. RP-T-00-494-6B
Domaine Public/Rijksmuseum
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