Née en Irlande, Eileen Gray (1878-1976) était une designer et architecte moderniste et galeriste irlandaise bisexuelle. Elle est célèbre en particulier pour avoir intégré de somptueuses finitions laquées sur des meubles de style Art déco. Dans les années 1920, elle s'est intéressée ensuite au mobilier à structure en acier tubulaire de Style international et s'est orientée vers l'architecture avec la Villa E-1027 (1929) à Roquebrune-Cap-Martin sur la Côte d'Azur. Arte diffusera le 19 mai 2026 à 00 h 20 « Eileen Gray et la maison en bord de mer E.1027 », documentaire de Christoph Schaub et Beatrice Minger.
Née en Irlande, Eileen Gray (1878-1976) était une designer et architecte moderniste. En 1900, elle assiste à l'Exposition universelle à Paris. L'année suivante, elle étudie la peinture à la Slade School of Fine Art (section d'art de l'University College de Londres), où elle rencontre Kathleen Bruce et Jessie Gavin. En 1902 à Paris, « les trois Anglaises » suivent des cours à l'Académie Colarossi et à l'Académie Julian. Eileen Gray et Jessie Gavin ont une liaison amoureuse.
En 1904, Eileen Gray complète à Londres sa formation aux techniques de laque et à la Slade School. En 1907, elle se fixe à Paris, et abandonne la peinture pour étudier le laquage en ayant comme enseignant l'artisan laqueur Seizo Sugawara. Elle acquiert un appartement dans un hôtel particulier au 21 rue Bonaparte.
En 1908-1909, dans les contreforts de l’Atlas, Gray apprend avec son amie Evelyn Wyld à teindre et à tisser les fils de laine.
En 1910, elle ouvre deux ateliers, l’un consacré au laquage, 11 rue Guénégaud auquel se joint l'ébéniste Kichizo Inagaki, et l’autre au tissage de tapis, 17-19, rue Visconti.
En 1913, au Salon des artistes décorateurs, sa première exposition présente des panneaux décoratifs. Ses œuvres associent laques et essences de bois rares, motifs abstraits géométriques et d'inspiration japonaise. Ce qui suscite l'intérêt notamment du couturier Jacques Doucet, collectionneur d'art qui lui commande plusieurs œuvres dont le paravent « le Destin » et la table « Lotus », seules créations signées et datées, ainsi que la « Table aux chars » et la « Table au bilboquet ».
À Londres, au début de la Première Guerre mondiale, Eileen Gray béénficie du soutien financier de sa famille.
De 1919 à 1924, Eileen Gray décore l'appartement de Madame Mathieu Lévy (Suzanne Talbot), rue de Lota à Paris, une célébrité du monde de la mode dont The New York Times célébrait l'élégance dans un compte-rendu illustré du 5 mars 1914. Un travail de cinq ans. Eileen Gray réalise le « Fauteuil aux dragons » et une chaise longue en bois laqué dénommé « Pirogue » en raison des lignes dénotant des influences africaines populaires dans les années 1920, ou ses paravents en briques et le « Canapé Lota » d'influence japonaise. Photographié par le Baron de Meyer dès 1922, son design d'intérieur suscite des articles élogieux dans la presse. L'appartement de Suzanne Talbot, devenue Madame Mathieu Lévy, était perçu comme un exemple exceptionnel de décoration du début des années 1920.
En 1922, avec l'aide de Jean Badovici, architecte et critique roumain qu'elle avait rencontré en 1932, Eileen Gray ouvre la Galerie Jean Désert au no 217 rue du Faubourg-Saint-Honoré. Le couple noue une collaboration professionnelle et une relation intime. Dans cette galerie, Eileen promeut et commercialise ses créations : « paravents en laque, mobilier en bois, tentures murales, lampes, divans, miroirs, tapis ». Le monde créatif, artistique, mondain s'intéresse aux œuvres montrées dans cette galerie très bien située et influencée par le goût audacieux de Jean Badovici qui imagine une façade en acier et verre, dans le style de René Herbst, contrastant avec la façade en pierre de taille de l'immeuble. Malgré ses faibles bénéfices, la galerie conquiert une clientèle chic - Marie-Laure de Noailles, James Joyce ou Elsa Schiaparelli - et des clientes lesbiennes : la chanteuse Damia (amante d'Eileen Gray), Romaine Brooks, Loïe Fuller, Gabrielle Bloch, alias Gab Sorère ou Élisabeth de Gramont (duchesse de Clermont-Tonnerre).
Pour ses commandes, Eileen Gray collabore avec Sugawara et avec la tisseuse Evelyn Wyld. En 1923, elle élabore le « Boudoir de Monte-Carlo » pour le XIVe Salon des artistes décorateurs de Paris, où la critique concentre son tir un lit de type « Pirogue » et des lampe de chevet et lampadaire « afro-cubistes » en ivoire, parchemin et bois laqué, perçus comme extravagants. Ces oeuvres, ainsi que ses tapis et paravents en briques, attirent l'attention du mouvement De Stijl dont les théories et réalisations constitueront des sources d'inspirations pour cette artiste.
Eileen Gray est célèbre en particulier pour avoir intégré de somptueuses finitions laquées sur des meubles de style Art déco. Dans les années 1920, elle s'est intéressée au mobilier à structure en acier tubulaire de Style international. Elle a conçu avec Jean Badovici la Villa E-1027 (1929) à Roquebrune-Cap-Martin sur la Côte d'Azur, interprétation libre de l'architecture moderniste, et a du défendre son droit d'auteur contre l'architecte Le Corbusier.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, Eileen Gray se réfugie en zone libre, dans le Vaucluse à Lourmarin puis Cavaillon. Ses œuvres demeurées à Menton sont pillées.
Dans l'après-guerre, Eileen Gray est quasi-oubliée. Elle poursuit ses recherches sur l'urbanisme social avec le projet d'un « centre culturel et social » (1946-1947). En 1954 elle débute les travaux de sa nouvelle maison « Lou Pérou », près de Saint-Tropez. Son dernier projet.
En 1968, son oeuvre est réévaluée par un article de Joseph Rykwert dans le magazine Domus.
Dès les années 1970, rétrospectives, notamment au Royal Institute of British Architects, documentaires et biographies lui sont consacrés, et, en 1972, la vente aux enchères du mobilier de Jacques Doucet contribue à la redécouverte de son œuvre.
« Eileen Gray et la maison en bord de mer E.1027 »
Arte diffusera le 19 mai 2026 à 00 h 20 « Eileen Gray et la maison en bord de mer E.1027 », documentaire de Christoph Schaub et Beatrice Minger.
« Manifeste moderniste sur la Côte d’Azur, la villa E-1027, à Roquebrune-Cap-Martin, porte la signature de Eileen Gray (1878-1976). À travers une évocation de la designer de génie, une plongée dans le processus de création qui a conduit à ce chef-d’œuvre. »
« C’est une villa à l’élégance souveraine, qui domine la Côte d’Azur, à Roquebrune-Cap-Martin. Manifeste moderniste, dont la sensualité rompt avec l’austérité fonctionnelle des années 1920, ce cube blanc aux lignes épurées porte la signature de sa géniale créatrice, la designer d’origine irlandaise Eileen Gray. »
« Elle la conçut en étroite collaboration avec l’architecte et journaliste Jean Badovici, son partenaire artistique et dans la vie, de quinze ans son cadet : E pour Eileen, 10 comme J, la dixième lettre de l’alphabet pour Jean. »
« Fasciné par ce chef-d’œuvre architectural, Le Corbusier, ami de Jean Badovici, s’emploie à y imprimer sa marque, peint des fresques sur les murs et en diffuse des photos, s’arrogeant aux yeux du monde sa paternité. Eileen Grey dénonce le vandalisme et l’imposture, exigeant la restauration de la maison. Le célèbre architecte, lui, fait construire à deux pas, au détour du sentier littoral, son fameux Cabanon en pin. »
« Peu à peu, sa notoriété éclipse le talent de la créatrice, dont les grands musées exposent aujourd’hui les meubles, devenus des icônes du design. »
« Retraçant l’histoire de cette extraordinaire maison face à la Méditerranée, restaurée en 2021 et désormais ouverte au public, ce documentaire met en scène, dans une rêverie fantomatique et au fil d’archives, sa créatrice : l’une des toutes premières femmes architectes de son époque, laquelle concevait sa discipline comme un art total, de la réalisation du bâtiment à son aménagement intérieur. »
« De ses inspirations à ses amours libres, notamment avec la chanteuse Damia, de son appartement parisien de la rue Bonaparte à l’hypnotique villa, cette évocation poétique en forme d’autoportrait plonge au cœur de la vie et du processus créatif de cette figure de l’avant-garde, longtemps restée dans l’ombre de ses confrères masculins. »
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Suisse, 2024, 89 min
Production : Das Kollektiv für Audiovisuelle Werke, SRF, RTS, SRG SSR, avec la participation d’ARTE GEIE – La lucarne
Sur Arte le 19 mai 2026 à 00 h 20
Sur arte.tv du 04/05/2026 au 09/06/2026
Visuels : © Das Kollektiv/soap factory, DR
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