Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 11 janvier 2026

Peter Falk (1927-2011)

Le comédien Juif américain Peter Falk (1927-2011) a débuté dans le théâtre new-yorkais d’avant-garde, puis à Hollywood et dans le cinéma dit d’auteur (John Cassavetes). La série télévisée mythique Columbo (1968-2003) l’a rendu mondialement célèbre. Juste une dernière chose… Les mémoires de Columbo (Michel Lafon), livre de souvenirs, est paru avant que ne soit connue la maladie neurodégénérative dont il souffrait. Arte rediffusera le 14 janvier 2026 à 22 h 55 "Peter Falk versus Columbo", documentaire de Gaelle Royer et Pascal Cuissot. 


« Ce livre n’est pas une autobiographie », avertit Peter Falk dès l’avant-propos de Juste une dernière chose… Les mémoires de Columbo (Michel Lafon), où il égrène des anecdotes drôles sur ses tournages, évoque son père ahuri et incrédule devant les étrangetés du monde du cinéma, ses amis, ou sa seconde épouse, l’actrice Shera Danese.

Les premiers pas à Broadway
Peter Falk naît en 1927 à New York et grandit à Ossining (New York). C’est un collégien sportif sans vocation artistique.

Ce jeune homme cherche sa voie. Il s’engage en juin 1945 dans la Marine, tente de rejoindre les rangs des combattants juifs lors de la guerre d’Indépendance de l’Etat juif renaissant…

Diplômé en science politique et administration publique, il échoue lors d’un entretien d’embauche à la CIA et entre à la direction du Budget du Connecticut comme conseiller à la productivité.

Intimidé par les artistes qu’il plaçait sur un piédestal, ce n’est qu’en 1956, à l’âge de 29 ans, après avoir suivi des cours de comédie, qu’il se décide à devenir acteur professionnel.

Il s’installe dans le quartier de Greenwich Village, « cœur du théâtre d’avant-garde dans la Grosse Pomme », et débute dans le off Broadway. Il connaît le succès dans Le marchand de glaces est passé d’Eugene O’Neill avec Jason Robards.

Le cinéma ? Harry Cohn, le patron de Columbia Pictures, ne propose pas de contrat à ce « futur John Garfield » au motif : « Pour le même prix, jeune homme, je préfère m’offrir un acteur avec deux yeux ». Une allusion à son œil de verre. A l’âge de trois ans, Peter Falk a subi l’ablation de son œil droit atteint d’un cancer.

Son interprétation d’un truand – il a beaucoup observé les mafieux dans les salles de billard de la côte Est – dans le film de Stuart Rosenberg Crime, société anonyme (1960) est saluée par la critique. L’acteur Sal Mineo l’invite alors à « faire campagne pour les Oscar ». Une première sélection suivie de bien d’autres…

"La Grande course autour du monde"
Peter Falk alterne les rôles au cinéma, au théâtre et parfois à la télévision (Les Incorruptibles). Il tourne sous la direction de Frank Capra (Milliardaire pour un jour, 1961), Stanley Kramer (Un monde fou, fou, fou, 1963), Blake Edwards (La grande course autour du monde, 1965), Sidney Pollack (Un château en enfer, 1968), Arthur Hiller (Ne tirez pas sur le dentiste, 1979)…

En 1965, Blake Edwards réalise The Great Race (La Grande course autour du monde)  avec Tony Curtis, Natalie Wood, Jack Lemmon, et Peter Falk...

"1908. Six voitures prennent le départ de la première grande course automobile autour du monde qui va de New York à Paris. Parmi les concurrents, l'ignoble professeur Fate et son âme damnée, Max, sont prêts à tout pour éliminer leurs adversaires. Bientôt, ils n'ont plus qu'un seul concurrent : le séduisant Leslie. Ce dernier voyage dans sa "Leslie spécial" en compagnie de Maggie DuBois, une jolie journaliste new-yorkaise et féministe..."

"Une course-poursuite hilarante et échevelée autour du monde, entre l'ignoble professeur Fate et l'élégant Leslie... Un film culte signé Blake Edwards, avec une distribution éblouissante".

Cette "comédie échevelée inspirée du slapstick (burlesque muet) est hilarante de la ligne de départ à celle d'arrivée. Des sabotages à répétition aux bagarres de tartes à la crème (celle du palais de Carpania est directement inspirée de La bataille du siècle réalisé par Laurel et Hardy en 1927), des courses-poursuites en Alaska et dans la jungle jusqu'à l'écroulement de la tour Eiffel, Blake Edwards ne s'autorise aucun temps mort. Il réalise là un de ses meilleurs films, servi par une époustouflante distribution - notamment Jack Lemmon, parfait en ignoble professeur Fate, et Tony Curtis, irrésistible en pilote de charme d'une élégance à toute épreuve".

En 1968-1969, Hanna et Barbera se sont inspiré du film pour créer Wacky Races (Courses délirantes, Les Fous du volant), série de dessins animés américains humoristiques. Une série de trente-quatre épisodes de onze minutes diffusée avec succès par les télévisions américaines, françaises, canadienne, etc. A bord de la Démone Double-Zéro Grand Sport (The Mean Machine) : Satanas et Diabolo (Dick Dastardly & Muttley). Pénélope Jolicœur (Penelope Pitstop) circule à bord du véhicule n° 5, la Compact PussyCat (The Compact Pussycat) et Pierre de Beau-Fixe (Peter Perfect), play-boy conduit l'automobile n° 9, la Turbo Terrific (The Turbo Terrific

« La bataille pour Anzio »
Arte diffusa le 3 février 2025 à 20 h 55 « La bataille pour Anzio » (Lo sbarco di Anzio) réalisé par Edward Dmytryk et Duilio Coletti, avec Robert Mitchum, Peter Falk, Earl Holliman, Mark Damon, Arthur Kennedy, Robert Ryan.

« Le récit épique et tragique du débarquement allié à Anzio, en Italie, avec Robert Mitchum en correspondant de guerre critique du commandement américain. »

« Janvier 1944. Correspondant de guerre américain, le caporal Dick Ennis est chargé de couvrir le débarquement allié à Anzio, en Italie. À la surprise générale, l’opération ne rencontre aucun obstacle. Mais le très prudent général Lesley, qui commande les troupes, préfère attendre une contre-offensive allemande dans la petite cité portuaire plutôt que de poursuivre l’avancée jusqu’à Rome. Quand Dick Ennis, parti en reconnaissance au volant d’une Jeep en compagnie du caporal Rabinoff, l’informe que la Ville éternelle est presque abandonnée, Lesley, suspectant un piège ennemi, ne l’écoute pas. Alors que les Allemands profitent de son immobilisme pour arriver en force et édifier une ligne fortifiée, sa décision finira par coûter cher à ses soldats. Car bientôt le 2e bataillon de rangers tombe dans une embuscade à Cisterna, et le correspondant figure parmi les rares survivants du massacre… »

"Les guerres n’ont jamais rien résolu, l’histoire est là pour l’enseigner !"  Ce film produit par Dino De Laurentiis s’emploie à dénoncer l’aveuglement de la hiérarchie militaire en temps de conflit et ses tragiques conséquences. »

« Animé par une foi pacifiste, le cinéaste Edward Dmytryk, qui a compté parmi les "Dix de Hollywood" convoqués par la Commission des activités antiaméricaines, met en scène une épopée héroïque qui tourne au désastre. »

« Avec ses reconstitutions de grandes batailles et une brève rencontre avec des civils – ici une mère italienne et ses filles prêtes à partager leur misère avec les soldats –, le film respecte les codes du genre pour mieux s’interroger sur les motifs qui poussent les hommes à s’entretuer. »

« Dans le rôle du correspondant vétéran incapable de renoncer à l’adrénaline du front, qui oscille entre cynisme et écœurement, Robert Mitchum promène son impériale désinvolture aux côtés d’un inattendu Peter Falk (Rabinoff), attachant bon vivant qui cache ses blessures, physiques et mentales, derrière sa faconde. »

« Ambivalent, La bataille pour Anzio montre ainsi une certaine imprévoyance du commandement américain lors du Débarquement, mais aussi le sacrifice des vaillants boys pour sauver l’Europe. » 

Columbo
Peter Falk joue dans Le prisonnier de la 2e avenue de Neil Simon (1971), Glengarry Glen Ross de David Mamet (1986), Le désarroi de M. Peter de Arthur Miller (1998).

C’est en 1971 qu’il acquiert une célébrité mondiale en interprétant le lieutenant Colombo dans une série télévisée dont il signe le scénario et la réalisation de quelques épisodes et qui prend fin en 2003. 

C’est avec un soin méticuleux que Peter Falk compose son personnage : il choisit parmi ses vêtements un vieil imper froissé pour camper un policier intelligent et débonnaire, à la dégaine négligée, à l’indéfectible politesse, à l’éternelle étourderie, à la profonde modestie et aux répliques devenues cultes : « Quand je dirai çà à ma femme… Juste une dernière chose ». 

Son jeu sera récompensé par quatre Emmy Awards.

Cet acteur en quête d’expériences originales évoque notamment Frank Sinatra, producteur respectant sa promesse (Les Sept voleurs de Chicago, 1964), John Cassavetes (Husbands), dont il loue la « fertilité de l’esprit », et le réalisateur allemand Wim Wenders (Les ailes du désir).

De Peter Falk, on découvre la distraction, la curiosité qui l’incite à aller dans la Yougoslavie de Tito, l’ironie et ses hobbies, dont le dessin de femmes au fusain et à l’aquarelle.

On peut regretter que Peter Falk évoque peu sa famille juive - père d’origine russe, mère d’origine polonaise et tchèque – dont l’ancêtre Miksa Falk était le rédacteur en chef de Pester Lloyd, journal de langue allemande de Budapest (Hongrie).

"Un cadavre au dessert"
Arte diffusa "Un cadavre au dessert" (Eine Leiche zum Dessert ; Murder by Death) de Robert Moore (1976).

"Invités dans un manoir, cinq célèbres détectives devront découvrir le meurtrier annoncé de l’un d’entre eux... Un hilarant jeu de massacre qui dézingue les codes du roman policier, avec une joyeuse brochette de stars, dont Peter Falk, David Niven, Peter Sellers et Maggie Smith". 

"“Vous êtes cordialement invités à un dîner et à un meurtre samedi soir.” Le bristol reçu par les cinq meilleurs détectives du monde ne pouvait que les inciter à se rendre dans le manoir de leur hôte, le mystérieux millionnaire Lionel Twain. À leur arrivée, tout bascule dans l’étrange : des cariatides manquent de leur tomber dessus, le majordome est aveugle, la cuisinière, sourde-muette et l’ambiance, glaciale. Au cours du repas, l’excentrique Lionel Twain leur annonce qu'une des personnes attablées sera assassinée à minuit et que le détective qui résoudra le meurtre touchera 1 million de dollars. La tension monte... "

"Dans cet hilarant jeu de massacre, le coupable n’est sans doute à chercher ni parmi les invités ni chez le manipulateur millionnaire, mais bien du côté de l’équipe du film."

"Robert Moore et son scénariste Neil Simon ont consciencieusement prémédité la mise à sac de tous les codes du polar dans un pastiche si acide et cinglant qu’il confine à la satire". 

"Toutes les ficelles du genre sont ici moquées : les informations cachées au public, les liens secrets entre les personnages qui expliquent l’incompréhensible au finale, les déductions tirées par les cheveux des détectives..."

"Pour mener à bien leur forfait, les auteurs ont convoqué devant la caméra une scintillante bande de tueurs à gag(e)s : James Coco, Peter Falk, Elsa Lanchester, David Niven, Peter Sellers, Alec Guiness, Truman Capote ou Maggie Smith s’en donnent à cœur joie et dézinguent à tout va les figures tutélaires du roman noir, Earl Derr Biggers, Dashiell Hammett ou Agatha Christie". 

"Propulsé par ce casting cinq étoiles, l’humour absurde de ce huis clos délirant, parfois poussé jusqu'au grotesque assumé, est porteur d’un message : auteurs de romans policiers (en herbe ou confirmés), on vous surveille... "


Fins de vies
Le 13 février 2010, le comédien Serge Sauvion, qui avait post-synchronisé Peter Falk dans la série des Columbo, est mort à 80 ans à Asnières (banlieue de Paris).

Peter Falk est décédé à l'âge de 83 ans à Beverley Hills, le 23 juin 2011. Il souffrait de la maladie d'Alzheimer. 

"Peter Falk versus Columbo"

Arte rediffusera le 14 janvier 2026 à 22 h 55 "Peter Falk versus Columbo", documentaire de Gaelle Royer et Pascal Cuissot. 


"Comment l'acteur Peter Falk a créé, puis vécu, avec l'un des plus populaires antihéros de télévision de tous les temps. Un joyeux portrait en forme d'enquête". 

"À travers des images d’archive, des interviews et extraits de ses films et séries TV, ce film mène l’enquête sur l’incroyable succès du personnage de série TV Columbo, et sur l'acteur légendaire qui l'a incarnée."

"Peter Falk n'est pas seulement ce flic sympathique et débraillé de Los Angeles. Acteur de cinéma et de théâtre, il fut dirigé par les plus grands réalisateurs du XXème siècle : Nicolas Ray, Frank Capra, Blake Edwards, William Friedkin, Sydney Pollack… Nominé deux fois aux Oscars, récompensé à de multiples reprises aux Emmy Awards, Golden globes, et autres prix prestigieux, le parcours atypique de cet acteur reste pourtant une énigme."

"Premier antihéros de l’histoire des séries, Columbo est aussi l’un des rares personnages de télévision à être devenu une icône internationale."


"Mais si, de 1968 à 2003, plus de deux milliards de téléspectateurs dans le monde ont suivi ses enquêtes sur le petit écran, une infime partie d’entre eux connaît le nom de celui qui l’a incarné."

"Disparu en 2011, Peter Falk s'est si bien approprié le rôle qu'il en est venu à se confondre avec ce dernier. L’imperméable froissé, il l’a tiré de sa propre penderie, avant de choisir lui-même son véhicule, une vieille Peugeot abandonnée dans un studio par un Français de passage. Et une fois la première saison lancée, en 1971, ce déjà gros fumeur se mettra au cigare mâchonné. Quant à l’irrésistible dissymétrie du regard – la pupille droite fixe semblant confondre le coupable, la gauche plissée en signe de fausse perplexité –, elle procède d’une trouvaille d’acteur pour surmonter un handicap d’abord jugé rédhibitoire par l’un des patrons d’Hollywood : la perte, à 3 ans, d’un œil, remplacé par une prothèse."

"Mi-biographie, mi-enquête policière, ce portrait malicieux et alerte, à l'image d'un acteur qui ne s'est jamais pris trop au sérieux, raconte comment s'est fabriquée, au fil des saisons, la symbiose unique entre Peter Falk et son double de fiction." 

"Mais il rappelle aussi que ce natif du Bronx, qui a embrassé sur le tard, à 29 ans, le métier de comédien, a joué dans d’innombrables pièces de théâtre et films – notamment pour Nicholas Ray, Frank Capra, Blake Edwards, William Friedkin, Wim Wenders, et surtout pour son ami John Cassavetes, qui lui a donné ses plus beaux rôles dans Husbands (1970) puis Une femme sous influence (1974)."

"Archives, extraits de films et entretiens ressuscitent le "vrai" Columbo dans toutes ses dimensions."

"Peter Falk, imper et classe"

"Pendant plus de trente ans, Peter Falk s’est si bien coulé dans l’imper froissé du lieutenant Columbo que le rôle a éclipsé l’acteur. Cet hommage joyeux rappelle que son grand talent avait d'autres facettes." Irène Berelowitch a écrit dans Arte magazine (n° 14, 30 mars-5 avril 2019) :

Peter, c’est Columbo
"En près de soixante-dix épisodes, de 1968 (il a alors 40 ans) à 2003, Peter Falk s’est si bien fondu dans les manières et les répliques du sagace enquêteur de Los Angeles (“Juste une dernière chose…”) qu’aux yeux de générations de téléspectateurs il a disparu derrière le personnage. Une identification accomplie dès le départ : “N’écris rien pour Peter, puisque Peter, c’est Columbo”, recommandent Richard Levinson et William Link, les créateurs de la série, à Steven Bochco, l’un de ses scénaristes. Aussi modeste, coriace et obsessionnel que son alter ego, l’acteur, qui d’ailleurs s’est souvent satisfait d’exceller dans les seconds rôles, se disait invariablement heureux de l’immense célébrité que lui a apportée le rôle, fût-ce en faisant oublier son véritable nom.

Cassavetes selon Falk 
Devenu, grâce aussi à Columbo, l’acteur le mieux payé d’Hollywood, Falk pourra cofinancer, en 1974, Une femme sous influence, le film de son ami Cassavetes que tous les studios ont refusé. Il y gagne entre autres l’un de ses plus grands rôles, celui du mari amoureux et paumé de Gena Rowlands, magnifique en femme au foyer à la dérive. Les deux hommes se sont rencontrés en 1970 sur le plateau de Mikey et Nicky, d’Elaine May. Le cinéaste propose alors à Peter Falk un tournage en roue libre : Husbands, où ils forment avec Ben Gazzara un trio mémorable, scelle leur alliance à la vie comme à l’écran. “John était obnubilé par l’envie de montrer ce besoin très humain, absolu, d’aimer et d’être aimé, et combien c’est difficile”, résumera Falk.

Un ange à Berlin
“T’as vu ? C’est Columbo !” En 1987, pour Les ailes du désir, Wim Wenders promène l’acteur dans l’hiver berlinois, dans la peau d’un ange redevenu homme qui ressemble terriblement, non à Columbo, mais à Peter Falk. Comme ce dernier, il aime fumer, dessiner, jurer d’une voix rocailleuse en exagérant son accent juif new-yorkais, et se fondre dans le décor, caché derrière son avatar célèbre et de faux airs dilettantes : “Est ce que je suis meilleur acteur maintenant que je l’étais autrefois ? Quoi qu’on fasse, ils disent toujours que c’est formidable.”


Site du comédien :
http://www.peterfalk.com/

Peter Falk, Juste une dernière chose… Les mémoires de Columbo. Michel Lafon. Paris, 2006. 272 pages. ISBN : 2-7499-0572-9

"Un cadavre au dessert" de Robert Moore
Etats-Unis, 1976
Scénario : Neil Simon
Production : Rastar Pictures, Columbia Pictures
Producteur : Ray Stark
Image : David M. Walsh
Montage : John F. Burnett
Musique : Dave Grusin
Avec Eileen Brennan (Tess Skeffington), Truman Capote (Lionel Twain), James Coco (l'inspecteur Milo Perrier),
Peter Falk (Sam Diamond), Alec Guinness (Bensonmum), Elsa Lanchester (Jessica Marbles), David Niven (Dick Charleston),
Peter Sellers (Sidney Wang), Maggie Smith (Dora Charleston), James Cromwell (Marcel), Richard Narita (Willie Wang), Estelle Winwood (mademoiselle Withers)
Sur Arte les 31 octobre 2022 à 20 h 50, 02 novembre 2022 à 13 h 35, 16 novembre 2022 à 13 h 35

"Peter Falk versus Columbo" de Gaelle Royer et Pascal Cuissot

France, ZED pour ARTE France, 2018, 52 min
Sur Arte les 31 mars 2019 à 22 h 45 et 13 avril 2019 à 6 h 25, 17 mai 2020 à 22 h 5014 janvier 2026 à 22 h 55,  27 février 2026 à 22 h 30
Disponible du 10/05/2020 au 18/06/2020
Sur arte.tv du 07/01/2026 au 12/07/2026
Visuels :
Peter Falk
Peter Falk et Martin Landau
Scène d' un épisode " Columbo" avec Peter Falk
Peter Falk dans le rôle de Columbo
© ZED


La Grande course autour du monde, de Blake Edwards
Warner Bros., Patricia, Jalem Productions, Reynard, Martin Jurow, 1965, 146 min
Auteur : Arthur A. Ross, Blake Edwards
Image : Russell Harlan
Montage : Ralph E. Winters
Musique : Henry Mancini
Scénario:  Arthur A. Ross
Avec Jack Lemmon, Tony Curtis, Nathalie Wood, Peter Falk, Arthur O'Connell, Dorothy Provine, Larry Storch, Ross Martin
Sur Arte les 25 mars à 13 h 35 et 13 avril 2013 à 13 h 35


« La bataille pour Anzio 
» par Edward Dmytryk et Duilio Coletti
Italie, Etats-Unis, 1968, 113 min
Scénario : Harry Craig
Auteur : Wynford Vaughan-Thomas
Production : Dino De Laurentiis Cinematografica
Producteur : Dino De Laurentiis
Image : Guiseppe Rotunno
Montage : Peter Taylor
Musique : Riz Ortolani
Avec Robert Mitchum (Dick Ennis), Peter Falk (Jack Rabinoff), Earl Holliman (Abe Stimmler), Mark Damon (Wally Richardson), Arthur Kennedy (Jack Lesley), Robert Ryan (Général Carsonj)
Sur Arte les 3 février 2025 à 20 h 55, 08 février 2025 à 13 h 30, 20 février 2025 à 13 h 35

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié par Guysen, puis sur ce blog les 17 février 2010, 24 juin 2011, 8 avril 2013 et 13 avril 2016, 30 mars 2019, 17 mai 2020, 30 octobre 2022. Il a été mis à jour le 30 décembre 2025.

samedi 10 janvier 2026

Colette (1873-1954)

Née Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954), Colette était une romancière - Claudine à l'école (1900), L'Ingénue libertine (Minne et Les Égarements de Minne) (1909), La Vagabonde (1910), Chéri (1920), Le Blé en herbe (1923), La Chatte (1933), actrice, artiste de music-hall, mime, journaliste directrice littéraire du journal Matin française. Sa bisexualité, son amour des animaux, notamment des chats, et de la nature nourrissent sa vie et son oeuvre littéraire. Colette a été élue présidente de l’Académie Goncourt (1949-1954) qui l’admet dès 1945. La France lui rendit hommage par des obsèques nationales. La Bibliothèque nationale de France propose l'exposition « Les mondes de Colette ».
Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

« Le visage humain fut toujours mon grand paysage. »
Colette

« Les mondes de Colette »
La Bibliothèque nationale de France propose l'exposition « Les mondes de Colette ».

« La Bibliothèque nationale de France consacre une grande exposition à Colette (1873 - 1954), figure essentielle de la littérature du XXe siècle. Classique ou moderne ? Libre ou entravée ? Moraliste ou amorale ? Engagée ou apolitique ? Authentique ou artiste du « demi-mensonge » ? Romancière, journaliste, scénariste, publicitaire, comédienne ? La femme et ses doubles littéraires n’en finissent pas d’interroger et de fasciner. L’exposition, avec plus de 350 pièces, dessine les mondes d’une femme indépendante, souvent en avance sur son temps, qui a su construire une oeuvre novatrice, audacieuse, parfois transgressive, toujours d’une étonnante actualité. Manuscrits, peintures, photographies, estampes et quelques objets emblématiques viennent éclairer les thèmes traversant l’oeuvre et la vie de Colette – le féminin, l’identité, l’émancipation, la nature, le désir – mais aussi le jeu de miroir permanent entre l’autrice du Blé en herbe et ses personnages, entre fiction et écriture de soi. » 

Colette, pionnière de l’autofiction 
« Croisant la présentation de livres et de manuscrits avec un dispositif visuel très riche fait de photographies, estampes et peintures, extraits de films et d’entretiens, projections sur grand écran et réinterprétation d’un costume de scène, l’exposition est à la fois immersive et réflexive. Elle est organisée en cinq grandes sections thématiques, croisant la double chronologie des publications et de la vie de Colette. Chacune des parties restitue l’expérience que constitue la lecture de l’oeuvre de Colette, dans sa profonde sensibilité et sa richesse interprétative, tout en revenant sur la relation étroite qui s’est toujours nouée, chez l’autrice, entre l’écriture et la vie. La Naissance du jour (1928) est l’une des œuvres qui en témoigne le plus explicitement. Manuscrit et correspondance montrent comment Colette reprend et transforme les lettres de sa mère, Sido, pour écrire ce livre par lequel, passé la cinquantaine et après un second divorce, l’écrivaine cherche à se construire un « modèle » venant redéfinir son rapport à l’amour et au passage du temps. » 

« Les manuscrits montrant sa collaboration avec Willy, Claudine en ménage (1902), Claudine s’en va (1903) et Minne (1904), permettent pour leur part de se faire une idée précise des débuts de l’écrivaine et de sa singulière entrée en littérature, elle qui ne signa ses livres de son seul nom, Colette, qu’à partir de 1921. Les mondes fictifs qui composent l’oeuvre de Colette tendent à se présenter aux lecteurs comme réels, tant ils font écho à ceux que traversa Colette assidument occupée à vivre autant qu’à écrire. Miroirs, fictions, avatars, autofiction dessinent autant de doubles qui viennent mettre en abyme cette création littéraire. » 

Le commissariat est assuré par Émilie Bouvard, historienne de l’art, directrice des collections, Fondation Giacometti, Julien Dimerman, conservateur, responsable de la Bibliographie de la littérature française au département Littérature et art, BnF, et Laurence Le Bras, conservatrice en chef, cheffe du service des Manuscrits modernes et contemporains au département des Manuscrits, BnF.

Exposer l’œuvre d’une vie
« Colette a laissé une œuvre profuse, écrite tout au long de la première moitié du XXe siècle. Sa liberté de ton et de mouvement, sa largesse d’esprit ainsi que son écriture singulière, d’une grande attention à tous les mouvements de la vie, lui ont donné la faveur du public. Elle incarne en outre une forme d’indépendance rare pour une femme de cette époque, dont son œuvre littéraire se fait largement l’écho. Ses lectrices notamment, comme Simone de Beauvoir, ont trouvé dans ses textes – fiction, journalisme, essais – le tableau sans fard d’une condition féminine diverse, abordant sans crainte, à contre-courant de la bienséance, les questions les plus sensibles comme celles du désir ou de la maternité. »

« L’attention à soi s’est toujours accompagnée chez Colette d’une exceptionnelle ouverture au monde extérieur, conformément à l’injonction de sa mère, « Regarde ! », qui donne son titre à un beau livre illustré par Maturin Méheut. La présence de la faune et de la flore se voit associée au sein de l’exposition à des œuvres d’André Dunoyer de Segonzac, de Raoul Dufy, d’Émilie Charmy et de Louise Hervieu. Mais Colette est aussi l’emblème d’une liberté chèrement acquise par l’indépendance financière que procure le travail. C’est ainsi avec une attention également acérée que l’écrivaine dépeint ceux dont elle partagea un temps le quotidien, les figures de L’Envers du music-hall (1913), livre dont le manuscrit présenté dans l’exposition est accompagné de nombreuses photographies de scène, ainsi que de tableaux de Marie Laurencin et de Kees Van Dongen. »

« Repoussant les frontières de la littérature, l’intense activité journalistique de Colette, accompagnée de nombreux extraits de films, donne pour sa part à voir, à rebours de ses prises de position apolitiques, une autrice très sensible aux évolutions sociales et techniques ainsi qu’aux soubresauts de l’histoire. »

Parcours de l’exposition 

Introduction 
« Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait ? 
Patience : c’est seulement mon modèle. » La Naissance du jour, 1928 

« Classique ou moderne ? Moraliste ou amorale ? Engagée ou apolitique ? Féministe ou antiféministe Libre ou entravée ? Véritable icône littéraire du XXe siècle, seule femme présidente du jury du prix Goncourt, consacrée par la légion d’honneur et des obsèques nationales, Colette (1873-1954) a su construire une oeuvre populaire et gagner la reconnaissance de ses pairs en littérature. Sa liberté de ton et d’action, sa largesse d’esprit et son écriture singulière très attentive à tous les mouvements de la vie végétale, animale et humaine, lui ont donné la faveur d’un large public. Ses lectrices et lecteurs ont trouvé dans ses textes le tableau sans fard d’une condition féminine diverse, et, dans sa vie, la trajectoire d’une femme indépendante, qui traverse un siècle violent à bien des égards pour les femmes. » 

« Son oeuvre est toutefois loin d’être univoque. » 

« Traversée de paradoxes, voire de contradictions, donnant à réfléchir, offrant à regarder et à sentir avec vivacité tout en suspendant son jugement, elle joue aussi entre la fiction et l’autobiographie. Colette, qui écrit au plus près de la vie, met en scène une liberté en acte : la sienne. En cela, son oeuvre résonne avec nos questionnements sur l’identité, les représentations de soi, le désir, le rapport au corps et aux autres. » 

« L’exposition que présente la Bibliothèque nationale de France s’appuie sur le vaste ensemble de manuscrits qu’elle conserve, ainsi que sur des prêts exceptionnels émanant de la Maison de Colette et du musée Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye, mais aussi de collectionneurs privés. » 

« Y sont présentés pour la première fois depuis l’exposition de 1973 à la Bibliothèque Nationale, des tirages originaux de photographies de Colette et de son entourage provenant d’une collection particulière ainsi que les albums ayant appartenu à Willy, conservés à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Mathieu Amalric proposera pour sa part un montage composé spécifiquement pour l’exposition d’extraits de son film Tournée. L’artiste Giulia Andreani revisitera quant à elle la vie et l’oeuvre de Colette à travers des réinterprétations picturales créées elles aussi pour l’exposition. Enfin, outre Giulia Andreani, trois créatrices disent dans l’épilogue leur relation à Colette : l’autrice Michèle Sarde, dont un extrait de l’interview imaginaire de Colette en 1985 ouvre l’exposition (archive INA) ; la chanteuse Juliette ; la comédienne Cloé Sénia. »

1. Souvenirs sensibles 
« Seul, respecté du temps, fier dans son aristocratie, incorruptible, l’odorat nous lie, jusqu’à la fin, à l’univers tangible et poétique, ennoblit le présent, ressuscite le passé. » Paradis terrestre, 1932 

« L es souvenirs sensibles sont omniprésents dans l’oeuvre de Colette et la déterminent à bien des égards. Colette les réécrit sans cesse, et les réinvente. Sa maison d’enfance à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l’Yonne, officiant tel un Paradis perdu, est le creuset de cette mémoire des sens. D’autres demeures, celle de Rozven, en Bretagne, de la Treille Muscate, en Provence, sont des lieux célébrés et réinventés dans ses récits. Les membres de sa famille, à commencer par sa mère, Sido, deviennent dans La Maison de Claudine des personnages hauts en couleur, comme souvent par la suite celles et ceux qui partageront son existence. La faune et la flore de ces lieux chargés en émotions peuplent les pages des livres, témoignant de la précoce sensibilité de Colette pour les éclosions et les métamorphoses de la nature. » 

« S’appropriant à sa manière l’injonction maternelle « Regarde ! », Colette transpose des sensations authentiques et vécues dans un univers de fiction. Le lecteur traverse ainsi toute la richesse de son expérience. » 

Le jardin perdu 
« Sidonie Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l’Yonne. Avec ses deux demi-sœur et frère, Juliette et Achille, et son frère Léopold, elle y vit heureuse jusqu’à ce qu’en 1891 un revers de fortune oblige ses parents, Jules-Joseph Colette et Sidonie Colette, née Landoy, à vendre leurs biens et à déménager à Châtillon-Coligny. Ce traumatisme familial amplifia la construction, mi-réelle, mi-fictive, du mythique jardin de l’enfance évoqué dans La Maison de Claudine dont les personnages sont inspirés de sa propre famille. Ce paradis originel de plantes, de bêtes et d’êtres humains fabuleux est gouverné par la puissante figure maternelle de « Sido » ; il y plane également l’ombre du « Capitaine Colette ». 

Miroirs d’un jardin perdu 
« La marquise de Morny, dite « Missy », compagne de Colette de 1905 à 1912, acheta pour elle la maison de Rozven, en bord de mer près de Saint-Malo. En 1926, Colette fit l’acquisition d’une villa, la Treille Muscate, près de Saint-Tropez, donnant sur la baie des Canoubiers. Ces maisons dans leur écrin de nature sont comme des échos de la maison d’enfance de Saint-Sauveur, tout en offrant d’autres vues, faunes, flores et amitiés. L’ouvrage Regarde… !, publié en 1929, réunit deux textes de Colette, 

« Regarde » et « La Flaque » avec des illustrations du peintre et illustrateur breton Mathurin Méheut, en souvenir de la Bretagne. En Provence, Colette fréquente d’autres artistes liés à Saint-Tropez, Charles Camoin, André Dunoyer de Segonzac et Luc-Albert Moreau. » 

Faune et flore 
« Nourrie dès son enfance par les excellentes connaissances botaniques de sa mère Sido, dotée d’une empathie profonde vis-à-vis du monde animal, Colette consacre plusieurs textes à la faune et la flore, dont les célèbres Dialogues de bêtes. Certains de ces écrits donnent lieu à des collaborations, choisies par Colette ou soufflées par ses éditeurs, tels Pour un herbier avec le peintre Raoul Dufy. Elle possédait également plusieurs dessins de mouches et de fleurs, de son amie la peintre et graveuse Louise Hervieu, avec qui elle partage le goût de l’observation de la nature. » 

L’Enfant et les Sortilèges 
« Au grand récit d’une enfance uniformément heureuse, L’Enfant et les Sortilèges apporte, le temps d’un cauchemar, comme un sombre contrepoint. Écrit « en moins de huit jours » en 1915 pour répondre à une commande du directeur de l’Opéra de Paris, ce livret de « féérie-ballet » explore les aspects les plus violents de la psyché infantile, entre colère et cruauté – une violence toutefois tempérée par l’humour et la poésie du texte. On entrevoit ici combien la relation de Colette à la figure maternelle est plus complexe qu’on ne pourrait le croire à la lecture de La Maison de Claudine ou de Sido. Maurice Ravel compose sur ce livret une « fantaisie lyrique » entre 1919 et 1925. »

2. Le Monde 
« Le pire dans la vie d’une femme : le premier homme. On ne meurt que de celui-là, après lequel la vie conjugale - ou sa contrefaçon - devient une carrière. » Chéri, 1920 

« Chassée du paradis de l’enfance, Colette décrit dans ses récits un univers tout aussi saturé en sensations visuelles et en émotions : celui du « monde », du « grand monde » au « demi-monde ». Elle s’y révèle comme Honoré de Balzac attentive à la comédie humaine. Elle décrit dans L’Envers du music-hall le travail des corps dans la danse et la pantomime, mais aussi la précarité de la vie des artistes. Elle se fait la peintre amusée de la formation « professionnelle » que grand-tante et grand-mère dispensent à la future courtisane Gigi. Satiriste, elle brosse avec tendresse et férocité des figures à la fois typiques et incarnées. Oscillant entre mise en scène de soi et étude sociale, Colette décrit les trajectoires de femmes de toutes classes qui cherchent, comme l’autrice elle-même, à gagner leur vie et leur indépendance au coeur de la Belle Époque. Les narratrices, peu déterminées par les convenances, peu enclines à endosser le rôle d’héroïnes, confèrent à ces textes, par leur détermination à vivre conformément à leurs choix, une dimension de romans d’apprentissage au féminin. L’écriture devient miroir du monde et permet à Colette d’y entrer pleinement. » 

L’Envers du music-hall 
« Séparée de son premier mari Willy en 1910, Colette s’engagea pour assurer son indépendance financière dans la vie mouvementée et courageuse de mime, de danseuse, faune ici, gymnaste là, à Paris, puis en tournée provinciale. L’Envers du music-hall, composé de courts chapitres de scènes vues et de portraits, offre, comme La Vagabonde, un panorama souvent poignant de la condition des artistes de music-hall, auxquels il rend hommage. Les photographies prises dans les loges offrent un rare témoignage visuel de la vie de ces derniers, qui peuplent aussi les tableaux de Kees van Dongen, fréquenté par Colette en voisine dans l’entre-deux-guerres, ou de Marie Laurencin, dont Colette est une amie. Rarement la vie de l’autrice et ses textes n’ont été mêlés aussi étroitement que dans ce monde des feux de la rampe. » 

Avatars 
« Êtes-vous pour ou contre le second métier de l’écrivain ? » Par cette formule provocatrice, Colette fait la réclame du salon de beauté qu’elle ouvre pour quelque temps au début des années 1930 rue de Miromesnil à Paris. Peu d’écrivaines furent à la fois mime, danseuse de music-hall, comédienne et esthéticienne. Pourtant, quand on est une femme et que, telle une « vagabonde » au début des années 1900, on souhaite ne dépendre de personne, il faut bien gagner sa vie. Dans le texte où elle répond aux critiques qui lui ont été adressées, Colette déploie l’ensemble de ses « avatars », ces métiers qui la firent circuler dans tous les interstices de la société affirmant ainsi la radicalité de son autonomie. » 

Cocottes 
« Tante Alicia et Mamita dans Gigi, Léa dans Chéri, sont des demi-mondaines, des cocottes, des femmes entretenues qui fréquentent « le monde » sans jamais vraiment s’y intégrer. Sans doute cette forme singulière de marginalité attire-t-elle Colette, elle qui, jeune campagnarde à Paris, danseuse et figure du Paris Lesbos puis femme mariée, baronne et journaliste, évolua dans tous les milieux sans jamais en faire pleinement partie. La demi-mondaine témoigne d’un temps où les femmes sans statut marital ne peuvent se faire une place dans la société qu’en acceptant la compromission d’un entretien assuré aux frais des hommes, et une vie dans un « demi »-monde. » 

3. S’écrire 
« Il faut désormais que ma tristesse si je suis triste, ma gaîté si je suis gaie, se passent d’un motif qui leur a suffi pendant trente années : l’amour. J’y arrive. C’est prodigieux. » La Naissance du jour, 1928 

« Dans La Naissance du jour, la narratrice confesse que plusieurs de ses personnages romanesques les plus célèbres sont en réalité de simples avatars d’elle-même. Claudine est la première, qui, des bêtises de l’école primaire à l’adultère (avec une femme) puis à la fuite du domicile conjugal, agit hors du cadre assigné aux demoiselles de son époque. Puis vient Renée Néré, « la Vagabonde » qui incarne non sans mélancolie les souvenirs du music-hall. Renée préfère les tournées à un mariage qui la tirerait pourtant de sa condition de saltimbanque mais la priverait de sa liberté. Enfin, apparaît Léa, la cocotte indépendante, amante mûre du très jeune Chéri, avant que celui-ci, marié comme il faut, ne revienne traumatisé de la guerre et se tue. Cette dernière figure pose comme rarement la question de l’âge au féminin. Claudine, Renée, Léa sont comme les trois moments d’une vie de femme. Dans La Naissance du jour, l’écrivaine s’essaye à une forme d’écriture à mi-chemin du roman et de l’autobiographie, qu’on appelle aujourd’hui l’autofiction. Conformément à l’épigraphe du livre, la « Madame Colette » autour de laquelle gravitent les amis réunis à la Treille Muscate est moins un autoportrait que le « modèle » que se fabrique l’autrice, oeuvre de toute une vie. »

4. Le Temps 
« L’enfant tardif, –j’avais quarante ans – je me souviens d’avoir accueilli la certitude de sa présence avec une méfiance réfléchie, en la taisant. C’est de moi-même que je me méfiais. Il n’était pas question d’appréhension physique. Je craignais ma maturité, ma possible inaptitude à aimer, à comprendre, à m’imprégner. L’amour – je le croyais – m’avait déjà fait beaucoup de tort, en m’accaparant depuis vingt ans à son service exclusif. » L’Étoile Vesper, 1946 

« Près de 1 200 articles de presse ; plusieurs chroniques suivies dans différents journaux ; des critiques théâtrales, musicales, cinématographiques ; des récits de voyages comme envoyée spéciale au Maroc ou à New York, en dirigeable ; mais aussi des chroniques judiciaires, sportives, ou des interventions dans la presse féminine : Colette n’a cessé en vérité d’écrire son temps. Débarquant à Paris à l’orée du XXe siècle et célébrée par des funérailles nationales en 1954, elle traverse toute la première moitié du siècle en la vivant pleinement. Elle est une journaliste active intéressée à rendre compte de la vie moderne dans toute sa variété et tous ses changements. Elle excelle dans le tableau des mœurs, avec son ironie habituelle, brouillant les pistes de ses portraits, et dans les peintures de « monstres », ces criminels hors normes qui semblent dépasser les fictions les plus inventives. Fervente apolitique, plus conservatrice que révolutionnaire, elle s’inscrit en porte-à-faux des conventions, comme lorsque dans les années 1930, en plein « réarmement démographique », elle s’attelle à décrire la déception de la maternité. »

Un demi-siècle de cinéma 
« L’expérience de la scène permet à Colette de poser sur le cinéma naissant un regard qui n’est pas celui d’une simple profane. Dès les années 1910, elle lui consacre une trentaine d’articles, dont 19 pour la revue Le Film qui s’emploie à faire accepter ce nouveau média comme un art à part entière. Si la rédaction de sous-titres ou de dialogues a surtout pour l’écrivaine une dimension alimentaire, il n’en va pas de même de sa collaboration à certaines adaptations de ses livres, comme Divine de Max Ophüls (1935) ou Gigi de Jacqueline Audry (1949). Son aisance comme actrice de son propre rôle est sensible dans le documentaire que lui consacre en 1952 la jeune cinéaste Yannick Bellon, et dont elle fut comme une co-scénariste. » 

5. La Chair 
« Or, si je suis immobile ce soir, je ne suis pas sans dessein, puisqu’en moi bouge - outre cette douleur torse, en grosse vis de pressoir - un sévice bien moins familier que la douleur, une insurrection qu’au cours de ma longue vie j’ai plusieurs fois niée, puis déjouée, puis finalement acceptée, car écrire ne conduit qu’à écrire. » Le Fanal bleu, 1949 

« Le plaisir, le désir, l’amour sont des forces puissantes dans les textes de Colette. Des jeunes gens qui découvrent la sexualité dans Le Blé en herbe aux lesbiennes, opiomanes et Don Juan libres et autres insoucieux du qu’en-dira-t-on du Pur et l’Impur, l’écriture de Colette accueille les diverses figures d’un monde aux mœurs en pleine révolution. Pour autant, Colette a-t-elle une conception moderne des sexes et des rapports de genre ? La liberté sexuelle et amoureuse qui fut celle de l’autrice côtoie une conception traditionnelle des pôles féminin et masculin. Parallèlement, La Chatte livre entre autres textes un tableau sombre de la conjugalité, alors même que son autrice se lie avec l’homme d’affaire et écrivain Maurice Goudeket. La chair est contradictoire chez Colette, avant de se faire, dans la vieillesse marquée par l’arthrite de L’Étoile Vesper et du Fanal bleu, corps de douleurs. Colette est l’écrivaine la plus citée par Simone de Beauvoir dans son essai Le Deuxième Sexe (1949), non que leurs convictions aient été les mêmes, mais sans doute parce que, à travers ses récits, rien de ce qui est une femme ne lui fut étranger. » 

Physiologie du couple 
« Le couple est l’un des grands sujets des textes de Colette, et l’amour, une question centrale. Elle le dissèque à la manière de son écrivain préféré, Honoré de Balzac, qui écrivit en 1829 une Physiologie du mariage. Récit après récit, selon des degrés de fiction variable, elle décrit, expose les phases, les non-dits, l’attraction physique ou son absence, la violence aussi, qui peut souder ou défaire un couple, hétérosexuel ou non. La Chatte, histoire de la préférence d’un jeune homme (mal) marié pour sa chatte, se déroule tel un roman noir selon une logique implacable, qui ne sème pas tant le doute sur la valeur du mariage en soi, que sur le véritable crime : ne pas suivre son désir. »

Ces plaisirs… 
« En 1923, Colette publie Le Blé en herbe, récit faisant écho à Chéri (1920) qui traite de l’amour entre une femme et un adolescent. Elle s’inspire alors de sa liaison avec son beau-fils Bertrand de Jouvenel. En 1932, Ces plaisirs… rebaptisé, remanié et réédité en 1941 sous le titre Le Pur et l’Impur, évoque les plaisirs de la chair et de l’amour dans leurs multiples possibilités : émouvant couple des « ladies of Llangollen », portraits de Renée Vivien, de « la Chevalière » (Missy) et autres figures du Paris lesbien telle Elsie de Wolfe « la chèvre blanche », qui côtoient opiomanes et Don Juan vieillissants. Elle y insiste sur le pouvoir de la chair, si bien peinte par celle qui fut un temps son amie, et peut-être son amante, l’artiste Émilie Charmy, dont elle possédait plusieurs œuvres. » 

Écrire la maladie 
« En 1938 se font ressentir les premières douleurs de l’arthrite de la hanche qui finissent par clouer Colette sur son « lit-radeau », où elle continue à écrire tout en restant couchée. La souffrance physique permanente, jamais totalement calmée par les traitements, n’entame pas son désir de continuer à observer et à décrire. Depuis la fenêtre de son appartement, le jardin du Palais-Royal porte encore à ses yeux et ses oreilles ce qu’elle tenta de peindre sa vie durant, le chatoiement du monde dans sa diversité. Elle fait de la douleur même son dernier sujet d’exploration, observant avec intérêt le « flux » et le « reflux » de ses élancements, ultime manifestation de la chair. » 

Focus d’œuvres 

Colette [sous la signature et avec la collaboration de Willy] 
Claudine à l’école 
Couverture illustrée par Emilio Della Sudda 
Paris, P. Ollendorff, 1900 
BnF, Réserve des livres rares 
« Le premier livre de Colette est publié sous le seul nom de Willy, comme tout ce qui sort des « ateliers » que dirige ce dernier. On désigne par ce terme une entreprise de production en série de romans légers, où certains écrivains (Paul-Jean Toulet, par exemple) firent, comme Colette, leurs premières armes ». 
« Près de 40 000 exemplaires dès les deux premiers mois : le succès commercial de Claudine à l’école et des volumes qui suivirent fut « l’un des plus grands, sinon le plus grand, de toute la littérature française ». (Claude Pichois) 

Colette 
L’Envers du music-hall 
Manuscrit autographe, 1913 
Reliure signée P. L. Martin, parchemin incrustée d’une photographie de Colette par Reutlinger sur chacun des plats 
BnF, Manuscrits 
« Les artistes de café-concert dépeints dans L’Envers du music-hall se produisaient la plupart du temps au sein de revues qui faisaient se succéder sur scène différents numéros. Il fallait courir après les cachets et les tournées. « Qu’ils sont mal connus, orgueilleux, pleins d’une foi absurde et surannée dans l’Art […] Fiers et résignés à n’exister que pendant une heure sur vingt-quatre ! » écrit Colette dans La Vagabonde

    « Colette, l'insoumise »
 
Arte rediffusa le 
28 septembre 2025 à 20 h 05 « Colette, l'insoumise » (Colette, die Aufständische) par Cécile Denjean. « Avec une fantaisie très Belle Époque, ce documentaire retrace la vie libre et théâtrale de Colette, immense écrivaine et insatiable hédoniste ».

« Regarde ! », lui répétait la solaire Sido, sa mère, étouffante mais adorée ». 

« De son enfance campagnarde auprès de parents aimants et libres penseurs, elle a gardé le goût de la littérature, de l'anticonformisme et des plaisirs de la vie, célébrés tout au long de son œuvre ». 

« Née en 1873 à Saint-Sauveur, en Bourgogne, la jeune Gabrielle Colette grandit dans un vert paradis, qu'elle quittera à 18 ans, à cause de la ruine familiale ».

« Ce traumatisme fondateur l'incitera à conquérir peu à peu son indépendance ». 

« Mariée très jeune » en 1893 « à la nouvelle coqueluche parisienne, le sulfureux » Henry Gauthier-Villars connu sous le nom de « M. Willy », elle s'initie au fascinant demi-monde de la Belle Époque, fait ses débuts en littérature et perd quelques illusions ». 

« Son mari la trompe et exploite ses talents d'écrivaine dans la série des Claudine » en imposant à son épouse le statut de nègre littéraire. 

« Mais ce roi du marketing avant l'heure lui apprend aussi les vertus du scandale pour créer ce qu'on n'appelle pas encore le buzz ». 

« Le couple ira jusqu'à mettre en scène un ménage à trois avec l'actrice Polaire ».

« De toute façon, cela fait longtemps que Colette partage ses amours entre les hommes et les femmes ». 

« Elle finit par quitter Willy » - le couple divorce en 1906 -, « gagnant sa vie grâce au music-hall, « le métier de ceux qui n'en ont appris aucun », et à la littérature qui devient une seconde nature ».

« Inventrice du « mentir-vrai » de l'autofiction, Colette met sa vie en scène, conquérant sa liberté par les mots » (La Vagabonde ou L'Envers du music-hall.

« Colette sera la première femme à qui la France accordera des funérailles nationales tandis que l'Église lui refusera les obsèques religieuses pour "conduite inconvenante". Une sortie théâtrale, bien dans son style ».

« De pantomimes déshabillées en romans prémonitoires, de ses frasques amoureuses avec Missy à ses passions pour les Jouvenel père et fils, ce documentaire retrace la fabuleuse trajectoire de l'écrivaine au regard de chat, infiniment vivante et libre ».

« Irrigué de sa prose sensuelle et incisive, ce montage alerte de films muets et d'archives orchestre avec une extravagance digne de la Belle Époque les métamorphoses successives de la dame, malicieusement croquées par l'illustratrice Catel Muller ».

  

Jouvenel
En 1912, Colette épouse le journaliste, diplomate et homme politique Henry de Jouvenel (1876-1935), rencontré en 1909. En 1902, le Dreyfusard Henry de Jouvenel avait épousé Sarah-Claire Boas (1879-1967), fille de l’industriel français juif et « infirme d’une blessure de guerre en 1870 » Alfred Boas (1846-1909) et le couple avait eu un fils, Bertrand de Jouvenel (1903-1987). De l’union entre Henry de Jouvenel et Colette, naît sa fille unique, Colette Renée de Jouvenel dite « Bel-Gazou » (1913-1981). Cette quadragénaire a une liaison durant cinq ans avec son beau-fils adolescent de seize ans, Bertrand de Jouvenel. Elle divorce en 1923. 

Elle s’inspire de cette époque dans Le Blé en herbe, Chéri et Julie de Carneilhan.

Au jeune Georges Simenon qui lui adresse ses écrits, Colette conseille de simplifier son style trop littéraire. Un conseil précieux qu’il suivra et dont il lui sera reconnaissant.

Fine mélomane, Colette élabore, de 1919 à 1925, à l’initiative de Jacques Rouché, directeur de l'Opéra de Paris, le livret de la fantaisie lyrique L'Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel. L'oeuvre est créée le 21 mars 1925 à l'Opéra de Monte-Carlo dans une chorégraphie de George Balanchine.

Maurice Goudeket
En 1925, Colette se lie avec Maurice Goudeket (1889-1977), courtier en perles et écrivain juif, qu’elle épouse en 1935. 

Durant l’Occupation, elle quitte la zone libre pour rejoindre Paris occupé par les Nazis. Elle collabore à Gringoire et à La Gerbe.

Elle protège son époux : elle obtient le 6 février 1942 sa libération après son arrestation par la Gestapo le 12 décembre 1941.

C'est à l'hôtel de Paris (Monaco) où Audrey Hepburn tourne dans Nous irons tous à Monte-Carlo (Monte Carlo Baby) de Jean Boyer et Lester Fuller que la romancière Colette repère la jeune actrice. Elle la choisit pour interpréter sur scène Gigi (1951), d'Anita Loos, à Broadway. Des critiques louangeuses accueillent le spectacle. Colette dédicace ainsi une de ses photos : "A Audrey Hepburn, le trésor que j'ai trouvé sur la plage".

C’est dans son appartement du Palais-Royal que Colette décède.

"Colette enfin libre en baie de Somme"
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre de "Invitation au Voyage" (Stadt Land Kunst), "Colette enfin libre en baie de Somme" (Colettes Aufblühen an der Somme-Bucht). ""Les méandres de la baie de Somme s’étendent à perte de vue. Au début du XXe siècle, les plages aux couleurs changeantes et les ruelles tranquilles de la station balnéaire du Crotoy sont le théâtre de l’épanouissement sentimental et artistique de Colette. L’auteure y passe plusieurs étés, y vit librement et signe enfin de son nom ses écrits qui feront d’elle la première femme présidente de l’Académie Goncourt."

Chronologie de la vie de Colette 

« 20 décembre 1865 
Sidonie Langlois, « Sido », veuve de Jules Robineau-Duclos et mère de Juliette et d’Achille, épouse le Capitaine Jules Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye. 

28 janvier 1873 
Naissance de Sidonie Gabrielle Colette, la future « Colette ». Elle a été précédée en 1866 par celle de son frère Léopold, dit « Léo ». 

15 juin 1890 
Les Colette sont contraints de vendre à l’encan leur mobilier et de quitter Saint-Sauveur pour s’installer l’année suivante à Châtillon-sur-Loing (aujourd’hui Châtillon-Coligny) où Achille s’est établi comme médecin. 

15 mai 1893 
Colette épouse Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », et part vivre à Paris. 

Mars 1900 
Claudine à l’école est publié sous le nom de Willy. 

Février 1906 
Colette apparaît pour la première fois sur scène dans Le Désir, la Chimère et l’Amour, dans un costume de faune, puis dans diverses pantomimes jusqu’au début des années 1910. 

1910 
Mathilde de Morny, « Missy », sa compagne depuis 1906, achète pour elle la maison de Rozven en Bretagne. 
Colette publie La Vagabonde et ses premières chroniques dans le journal Le Matin. Divorce d’avec Willy. 

1912 
Mort de Sido. Colette épouse Henry de Jouvenel, homme politique et l’un des deux directeurs éditoriaux du Matin. Colette de Jouvenel naît l’année suivante. 

1914 
Jouvenel est mobilisé ; Colette le rejoint à Verdun. Elle vit aussi quelques mois avec ses amies Marguerite Moreno, Annie de Pène et Musidora, dans leur « phalanstère », rue Cortambert dans le 16e arrondissement. En 1915, elle est à Rome pour Le Matin, dont elle deviendra directrice littéraire deux ans plus tard. En 1917, de nouveau à Rome pour le tournage du film La Vagabonde d’Eugenio Perego. 

1920 
Après Mitsou, paru l’année précédente, Colette publie Chéri, qui lui assure la reconnaissance du monde des lettres. 

1921 
Colette couvre le procès Landru, après avoir relaté le procès Guillotin (Tours, 1912), l’arrestation de Jules Bonnot et le procès de sa bande (1912-1913). Elle fera d’autres portraits de « monstres » (Germaine Berton, 1923, Violette Nozière, 1934, Oum-El-Hassen, 1938, Eugène Weidmann, 1939). 

1923 
Parution, sous le nom de Colette, du Blé en herbe, inspiré de sa relation avec son beau-fils Bertrand de Jouvenel. Séparation d’avec Henry de Jouvenel, et fin de sa collaboration au Matin. Elle écrit ensuite pour d’autres journaux : Le Figaro, Le Quotidien, etc. 

1926 
En cette fin de guerre du Rif, Colette voyage au Maroc avec Maurice Goudeket, son compagnon depuis 1925. Elle achète près de Saint-Tropez une villa qu’elle rebaptise La Treille Muscate.

1930 
Parution de Sido, troisième livre centré sur la figure maternelle après La Maison de Claudine (1922) et La Naissance du jour (1928). 

1932-1933 
Elle effectue ses premières tournées de conférences dans plusieurs pays, et de promotion de son institut de beauté. Elle assure dans plusieurs journaux, dont Le Matin, une chronique dramatique qui sera reprise en volume dans La Jumelle noire

1935 
Élection à l’Académie royale de Belgique. Elle épouse Maurice Goudeket. Tous deux s’embarquent sur le Normandie, dont Colette couvre pour Le Journal la traversée inaugurale à destination de New York. 

1938 
Colette s’installe au Palais-Royal, qui sera sa dernière demeure. Elle commence à écrire pour Paris-Soir, parmi d’autres nouveaux titres auxquels elle collabore régulièrement (Paris-Soir, Marie-Claire). 

1941-1942 
Maurice Goudeket, du fait de ses origines juives, est arrêté lors de la rafle des notables (12 décembre 1941), et emmené au camp de Compiègne. Colette parvient, par ses nombreuses sollicitations, à le faire libérer le 6 février 1942. Goudeket se cache à Saint-Tropez, puis rentre à Paris où il vivra dans une semi-clandestinité jusqu’à la fin de la guerre. 

2 mai 1945 
Colette est élue à l’unanimité à l’Académie Goncourt. De 1948 à 1950, ses œuvres complètes sont publiées aux Éditions du Fleuron, créées par Maurice Goudeket. Elle est progressivement immobilisée par l’arthrite. 

3 août 1954 
Mort de Colette. Funérailles nationales dans la cour du Palais-Royal, et inhumation au Père-Lachaise. »




"Monstre sacré de la littérature française, Colette a savamment utilisé dans ses romans l’art du faux-semblant pour entretenir un mythe aux accents de scandale. 
Par Laetitia Moller".

Cinquante ans avant l’apparition du terme et de sa définition comme nouveau genre littéraire, elle aura sans le savoir inventé l’autofiction. Écrivaine majeure de la première moitié du XXe siècle, Sidonie-Gabrielle Colette se distingue d'emblée par son exploration de la jouissance féminine, par son art du détail et de la sensation mais aussi par celui, subtilement dosé, du "mentir-vrai". Dans l’ensemble de son œuvre, Colette tout court ne cesse de brouiller les pistes. A-t-elle vécu ce qu’elle décrit avec tant d’acuité ou réinvente-t-elle son existence ? Selon les époques, elle change d’approche, magnifiant parfois ses souvenirs, revisitant son enfance dont elle fait un âge d’or, sur lequel la figure de sa mère Sido règne en grande prêtresse. Plus son récit a l’air vrai, plus elle prend en fait des libertés avec la réalité. "Imaginez-vous à me lire que je fais mon portrait ? Patience, c’est seulement mon modèle", écrit-elle dans La naissance du jour, en 1928.

"La force du souhait"
La littérature donne à Colette la possibilité d’une seconde vie. À ses débuts, la jeune Bourguignonne de 20 ans, fraîchement mariée avec un journaliste parisien, s’affranchit par l’écriture. Dans la célèbre série des Claudine, elle fait vivre à ses personnages féminins, notamment son héroïne, des expériences qu’elle n’ose pas encore rêver. Amours multiples, aventures homosexuelles, divorce – avant le sien, réel, en 1906… : elle façonne son destin en l’imaginant. "Toute ma vie, j’ai cru à la force du souhait, écrit-elle. On découvrira sans doute que le désir est une matière tangible. Tout ce qu’on écrit finit par devenir vrai." Elle le sait aussi, c’est parce que sa Claudine est scandaleuse qu’elle a du succès. Assoiffée de reconnaissance, Colette le devient à son tour, dépassant la fiction pour forger sa propre légende. Dans le Paris de la Belle Époque, elle s’aventure du côté du music-hall et des cercles lesbiens. En 1907, elle embrasse goulûment sur la scène du Moulin Rouge la nièce de Napoléon III, son amante à la ville, provoquant l’interdiction du spectacle. Dans ses romans, Colette met désormais en scène les tumultes de sa vie : "J’ai devant moi, de l’autre côté du miroir, dans la mystérieuse chambre des reflets, l’image d’une femme de lettres qui a mal tourné", écrit-elle en 1910 dans La vagabonde, sélectionné au prix Goncourt. Quelques années plus tard, c’est dans Chéri (1920) que l’écrivaine pousse le plus loin ce troublant écho entre fiction et autobiographie. Elle y raconte les amours subversives d’une femme mûre avec un jeune homme, relation qu’elle vivra cinq ans plus tard avec son beau-fils Bertrand, âgé de 16 ans. Les plus belles années de sa vie dans une écriture érigée en art de la prémonition."
 

Du 23 septembre 2025 au 18 janvier 2026 
Galerie 2 
Quai François-Mauriac - Paris XIIIe 
Du mardi au samedi 10h > 19h, dimanche 13h >19h 
Fermeture lundi 


« Colette, l'insoumise » par Cécile Denjean
France, 2017, 54 min
Coproduction : ARTE France, Roche Productions
Sur Arte les 22 avril 2019 à 22 h 20, 27 avril 2019 à 5 h 20, 9 mai 2019 à 3 h,
11 juillet 2021 à 23 h 15, 28 septembre 2025 à 20 h 05 
Sur arte.tv du 21/09/2025 au 18/12/2025
Visuels :
Création : dessin représentant Colette
© D.R.
L'écrivain Colette (1873-1954) en comédienne et danseuse dans le mimodrame Reve d'Egypte, en 1907
Colette (Sidonie Gabrielle Colette 1873-1954) posant sur une peau de lion, Album Reutlinger vers 1907
© Léopold-Emile Reutlinger/ D.R.

France, 2019, 13 min
Sur Arte  jusqu'au 15 janvier 2021


Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 25 avril 2019, puis les 9 juillet 2021, 24 septembre 2025.