Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

dimanche 18 février 2018

« L’évasion de Baruch » par Ewald André Dupont



Arte diffusera le 20 février 2018 « L’évasion de Baruch » (Das alte Gesetz, The Ancient Law), film allemand muet réalisé par Ewald André Dupont (1923). « Dans l'Autriche des Habsbourg, un fils de rabbin rompt avec la communauté juive pour monter sur les planches... La version restaurée d'un classique du cinéma muet de la République de Weimar, accompagnée d'une nouvelle partition musicale ».




 Ewald Andre Dupont (1891-1956) est né dans une famille juive du royaume de Saxe, dans l’Empire allemand.

Il débute comme journaliste en 1916, et entame en 1918 sa carrière cinématographique comme auteur de scénarios pour le cinéma muet : il privilégie le genre policier, et collabore avec Ernst Lubitsch et Fritz Lang. Il réalise ses films dès 1918.

Das alte Gesetz
« En 1860, dans un village juif de Galicie, le jeune Baruch, fils de rabbin, se découvre une passion pour le théâtre. Pour son père, pas question de laisser son fils prendre cette voie, aux antipodes des traditions séculaires de la religion juive. Mais Baruch, poussé par son désir de jouer, rompt avec son milieu et part sur les routes en rejoignant une troupe de comédiens itinérants. Remarqué par l’archiduchesse Élisabeth-Thérèse de Lorraine, devant laquelle il s’est produit, il devient vite une vedette des planches. Malgré son succès, Baruch reste habité par la nostalgie des siens, et tentera de renouer avec sa famille ».

« Quelques années avant l’émancipation légale des juifs dans l’empire austro-hongrois, le fils d'un rabbin orthodoxe part pour la ville afin de devenir acteur contre l’avis de son père. Curieusement, cette trame sera reprise à l’identique quelques années plus tard aux États-Unis avec « Le chanteur de jazz », le tout premier film parlant ».

« Il existe au moins une douzaine de films allemands tournés sous la République de Weimar qui plongent au cœur de la culture juive, « Le Golem » restant le plus célèbre ». Ces films sont souvent contemporains de l’afflux de réfugiés juifs ayant du quitter l’Europe de l’Est à la suite de la Première Guerre mondiale. Ils représentent l’illustration cinématographique du débat sur die Judenfrage (la question juive) alors que monte une vague d’antisémitisme, de xénophobie et de peur du métissage ».

Sous la République de Weimar, The Ancient Law (La Loi ancienne) incite à « prendre conscience de questions juives et traite de thèmes tels que l’antisémitisme et l’assimilation » (Philipp Bühler).

« L'évasion de Baruch » se révèle « rétrospectivement le seul qui milite sans caricature pour une intégration libérale. Son auteur, Ewald Andre Dupont, un ancien critique de cinéma devenu réalisateur, sera dix ans plus tard contraint à l'exil comme des milliers d’autres juifs. Mais à sa sortie en Allemagne, son film a connu un grand succès ».

Das alte Gesetz  montre la vie dans un shtetl, non pas un village, mais une bourgade d’Europe centrale. « Au travers de l’itinéraire de Baruch Mayer, juif orthodoxe et aspirant comédien, d’un shtetl de Galicie jusqu’à la scène du théâtre important le Burgtheater de Vienne », il retrace la « migration des Juifs d’Europe orientale vers la capitale de l’Empire austro-hongrois dans les années 1860  ».

« Trois bonnes raisons de voir L’évasion Baruch  » ? « Baruch, fils de rabbin, quitte son village pour devenir acteur. Das alte Gesetz s’inscrit de façon plus large dans la tradition populaire du roman d’apprentissage. »

Lors de la 68e Berlinale, dans le cadre de la programmation de Berlinale Classics, a été présentée le 16 février 2018, en première mondiale, la version restaurée de ce film sous le contrôle de la Deutsche Kinemathek, et avec une musique nouvelle composée par Philippe Schoeller sur une commande de ZDF/ARTE et interprétée par l’Orchester Jakobsplatz München dirigé par Daniel Grossmann.


Après la Berlinale, cette version restaurée sera présentée en Europe centrale, dans des anciens centres de vie juive. Grâce au soutien du Goethe Institut, Das alte Gesetz sera montré à Vilnius, Budapest, Varsovie et Vienne. Le Silent Film Festival de San Francisco le programmera.

Hollywood
Grâce à la virtuosité du chef opérateur Karl Freund (1890-1969), Ewald André Dupont se distingue par sa maîtrise innovante de la caméra dans Variété (Variety, 1925), drame dont l’intrigue se déroule dans un cirque.

Pour Carl Laemmle, dirigeant des studios Universal, E. A. Dupont réalise Love Me and the World Is Mine (1926).


Tourné à Paris et à Londres (studios Elstree), son film Moulin rouge avec Olga Tchekhova rencontre en 1928 un succès mondial de scandale.

En 1929, l’actrice sino-américaine Anna May Wong est propulsée par son rôle dans Piccadilly, et Atlantic sur le naufrage du Titanic se distingue par son utilisation du son dans ce premier film sonore allemand.

La carrière de E. A. Dupont le mène à Londres où il travaille pour la firme British International Pictures : il contribue au style internationale du studio, expérimente des nouvelles technologies sonores, s’affirme en précurseur de l’expressionnisme britannique.

Il est l’un de ces artistes et auteurs juifs - Fritz Lang, Wilhelm Thiele, Carl Grune, Carl Mayer, Billy Wilder, Anton Walbrook, Paul Czinner, Emeric Pressburger, Peter Lorre, Karl Freund, Lupu Pick, Carl Mayer… -, de toutes nationalités – allemands, autrichiens, hongrois, tchèques, roumains -, qui ont assuré le succès mondial du cinéma allemand dans l’entre-deux guerres. Certains ont abordé des thématiques juives : Der Golem : Wie er in die Welt kam (Le Golem) réalisé par Paul Wegener et Carl Boese (1920), Der Gelbe Schein (The Yellow Ticket ou The Devil's Pawn), réalisé par Victor Janson et Eugen Illés (1918), tous deux produits par Paul Davidson.

E. A. Dupont se fixe à Hollywood en 1933 et y réalise des films de série B.

Insatisfait par son œuvre américaine confinée à de petits budgets, il devient à 1940 agent artistique jusqu’en 1951, année où il réalise The Scarf, thriller avec John Ireland, Mercedes McCambridge, James Barton et Emlyn Williams.

Il travaille comme scénariste, parfois réalisateur, pour des séries télévisuelles comme Big Town (1950-1956).

Il décède à Hollywood en 1956.


« L’évasion de Baruch  » par Ewald André Dupont
Allemagne, 1923, version restaurée en 2017, 135 min
Image : Theodor Sparkuhl
Musique : Philippe Schoeller
Production : Berlin Comedia-Film
Scénario : Paul Reno
Acteurs : Ernst Deutsch, Ruth Weyher, Henny Porten, Hermann Vallentin, Avrom Morewski, Grete Berger, Robert Garrison, Werner Krauss
Auteurs : Heinrich Laube
Direction musicale : Daniel Grossmann
Orchestre : Orchester Jakobsplatz München
Restauration: Deutsche Kinemathek ARRI Film und Media
Sur Arte le 20 février 2018 à 0 h 30

Visuels :
Le réalisateur Ewald André Dupont sur le plateau de "L'évasion de Baruch"
Dames de l'aristocratie autrichienne : Archiduchesse Elisabeth Theresia (Henny Porten, à droite) avec sa dame de cour (Ruth Weyher, à gauche)
Baruch (Ernst Deutsch) avec sa patronne, l'archiduchesse Elisabeth Theresia (Henny Porten)
L'archiduchesse Elisabeth Theresia (Henny Porten) est impressionnée par le jeune comédien Baruch (Ernst Deutsch)
Le jeune Baruch (Ernst Deutsch) veut devenir acteur et rejoint un théâtre itinérant.
© Deutsche Kinemathek/ZDF

Articles sur ce blog concernant :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire