vendredi 8 mars 2013

Elles de Montparnasse


Cet article est publié en cette Journée des femmes.
Artistes et modèles, inspirées et inspiratrices… En 2002, le Musée du Montparnasse  a montré l’exposition éponyme  sur l’émancipation et la créativité artistique féminines dans ce « carrefour des avant-gardes » où est née l’Ecole de Paris. Une centaine de peintures, dessins, sculptures, photographies et documents divers révèlent muses, modèles, artistes et galeristes. Des talents souvent cosmopolites et audacieux, et parfois méconnus.


De la fin du XIXème siècle aux années folles, de la Belle Epoque à l’entre-deux guerres, sur Elles, cette exposition a offert un double regard, féminin et masculin. Ou plutôt une pluralité de regards d’artistes français (Domergue), russes (Alexandre Iacovleff, Moïse Kisling, Pinchus Krémègne, Abraham Mintchine), japonais (Foujita), etc. Des regards aimants de Robert, Domergue, Van Dongen, Iacovleff, etc.

Montparnasse et Montmartre ont été ces deux centres artistiques qui ont contribué au rayonnement artistique de la capitale française. Montparnasse a été ce lieu d’accueil d’artistes provinciaux ou étrangers, de travail, de vie, de rivalité, d’amitié et d’amour.

Cette exposition a aussi rappelé « l’importance de la présence à Montparnasse des femmes artistes, des épouses ou compagnes d’artistes, égéries et modèles ».

Oubliées injustement, leur mérite est d’autant plus grand qu’elles ont affronté des préjugés tenaces et des interdits. Des femmes qui, à la fin du XIXe siècle, sont autorisées à étudier d’après le modèle nu et à exposer dans les salons. La première exposition avec des œuvres féminines a lieu au Salon d’Amsterdam en 1884.

Émancipation féminine financière, artistique, par la guerre ou des circonstances familiales.

L’élève des Cours de dessin et la bourgeoise Dans le tramway de Mary Cassatt portent chignon épais et habits longs et lourds.

Leur succède la garçonne, fumant à la Coupole tout en jouant de long collier de fausses perles, vêtues des robes fluides de Jeanne Lanvin ou de jupes cachant à peine le genou.

On découvre la galeriste Berthe Weill qui promut Picasso, Matisse, Levitska...

Le Nu au trait délicat de Jeanne Bergson, fille du philosophe Henry Bergson  et cousine de Marcel Proust.

Les Etudes de tissus et le costume pour Le Cœur à gaz (pièce de Tzara) de Sonia Delaunay, membre du groupe Abstraction-Création.

La « Vue du ghetto de Varsovie, sa ville natale » de Alice Halicka, « qui participe à l’aventure cubiste, mais revient à la figuration, prouvant son grand talent de dessinatrice, son mari, le peintre Marcoussis, considérant qu’il y avait assez d’un peintre cubiste à la maison ! »

Les peintures pointillistes de Marevna, compagne de Diego Rivera, peintre cubiste, pointilliste et créatrice de châles et chapeaux pour Poiret.

La douceur (Maternité) et la force sensuelle (Danseurs) des sculptures de Chana Orloff.

L’altière Femme à la robe jaune de Tamara de Lempicka.

Kiki magnifiée en violon par Man Ray.

Les Fleurs de Valentine Prax, épouse de Zadkine.

Le Paris pittoresque de Hermine David, mariée à Pascin.

Les styles proches de Modigliani  et de Jeanne Hébuterne, sa femme.

Le Nu assis du « cow-boy » de Montparnasse, Sam Granovsky (Pologne 1889-Auschwitz 1942)…

Montparnasse renaît ainsi comme lieu de formation, de recherches plastiques, d’échanges d’idées, d’amitiés admiratives, d’amours, de passions - celle dévastatrice de Camille Claudel pour Rodin -, et de fêtes.

Le tout avec comme fonds sonore les goualantes de Marie Lebas, Edith Piaf, la mélancolie de Django Reinhardt ou de Ravel, dans le cadre magique de ce Musée-atelier, lieu ce mémoire dans une cour verdoyante d’artistes.

Dans l’ex-atelier de Marie Vassilieff, deux documentaires - La chanteuse réaliste Marie Dubas et La fureur de vivre des années 20 – ont complété cette riche évocation.

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