jeudi 7 juillet 2016

Le peintre Alfréd Réth (1884-1966)

Dans le cadre de la saison Nouvelles Vagues du Palais de Tokyo, la galerie Le Minotaure a présenté l’exposition collective ∞ > ∞. Parmi les artistes : Alfréd Réth  (1884-1966), peintre méconnu de l’Ecole de Paris. Cet artiste précurseur de l’abstraction, s’est illustré dans le cubisme et l’usage de matériaux divers pour des œuvres mixtes. Le musée du Luxembourg propose l'exposition Chefs-d'oeuvre de Budapest. Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Rippl-Rónai....

« Réth fait partie de la phalange des sept ou huit cubistes du début, ceux de 1910, ceux qui ont donné à la peinture son écriture formelle : Picasso, Braque, Metzinger, Gris, Delaunay, La Fresnay, Fernand Léger, Gleizes, et Réth. La peinture contemporaine vit de leur apport », écrit en 1949 Paul Garcin dans un article pour Le Soir Sud-Est de Lyon. Une analyse reprise dans le catalogue la rétrospective organisée en 1984 au Musée Toulouse Lautrec d’Albi à l’occasion du centenaire de la naissance d’Alfréd Réth.
Un artiste d’avant-garde
Alfréd Réth, né Roth, est né dans une famille nombreuse bourgeoise Juive en 1884 ; à Budapest, alors dans l’empire austro-hongrois.
Il suit des études artistiques auprès de László Mednyánszky et Károly Ferenczy, qui l’initient aux philosophies orientales. A l’été 1903, Alfréd Réth travaille à la colonie d’artistes de Nagybánya, l’équivalent hongrois de Barbizon.
Après avoir visité l’Italie avec le peintre István Farkas, il s’installe définitivement à Paris en 1905 avec József Egry.
Il suit les cours de Jacques-Emile Blanche
Au Salon d’Automne de 1907 à Paris, Alfréd Réth découvre des tableaux de Cézanne – il a avait admiré des œuvres de ce peintre chez Ambroise Vollard -, les arts khmer et hindou au Musée Guimet, puis rejoint les artistes cubistes.
Dès les années 1910, il s’impose comme l’un des grands maîtres du cubisme et ce précurseur, qui connaît Picasso et Braque, expérimente les collages. Il travaille dans ses ateliers du quartier Montparnasse et de Provence.
Il expose notamment au Salon des Indépendants (1910, 1925-1926) et chez Berthe Weill (1914, 1939).
En 1911, il expose au Salon des Indépendants, et en 1913 à Budapest au Mûvészház avec Léger, Kandinsky, Delaunay, Metzinger, Klee, et noue une amitié avec Matisse et Kupka.
L’influence de Cézanne est prégnante dans « Nus et chevaux », et la lumière bien rendue dans « Ouvriers au bord de la Seine ».
Alfréd Réth « stylise les formes, en les insérant dans une surface géométrique - sphère, cône, cube, cylindre ». Il explore le cubisme, évolue vers l’abstraction, annoncé dans certains toiles, et reviendra vers le figuratif vers la fin de sa vie, sans abandonner ses recherches abstraites.
Il présente quatre-vingts tableaux et dessins lors de l’exposition berlinoise Der Sturm (1913). « Le thème de ces tableaux est la relation entre les lignes et les plans, sans représentation d’objet, ce qui place Réth parmi les premiers à avoir emprunté la voie menant à l’abstraction », écrit l’historienne de l’art Júlia Cserba, en 1996.
« Je suis d'avis que l'art n'est pas en compétition avec la nature par l'atmosphère, la psychologie, la sensation, mais que l'affaire de l'art est d'exprimer, dans l'espace, les représentations qu'a des choses l'esprit de l'homme. De même qu'il ne peut exister une poétique ou une musique picturale et une peinture littéraire ou musicale, de même, que toute tentative de mélange ou de déviation des arts conduit à l'absurde, de même le fait de la production, de la création dans l'art, a les mêmes racines dans l'homme. Ainsi, il est un moment de la nature qui correspond aux autres arts, comme il est un moment des arts plastiques qui correspond à la nature. La poésie et la musique prennent leur point de départ dans le temps. Le facteur temporel ne paraît pas jouer de rôle dans les arts plastiques, mais ceci est seulement une apparence. On conviendra de ce qu'il est absolument impossible d'appréhender un tableau d'un seul coup d'œil ainsi qu'on le croit communément. Instinctivement, le regard prend un point de départ et parcourt l'image dans un temps déterminé. Seule l'illusion d'une peinture naturaliste en perspective cherche à nier l'évidence de ce fait ; une tâche importante de l'artiste est de guider l’œil du spectateur », a déclaré Alfréd Réth, dans Der Sturm, repris dans Alfréd Réth, catalogue de l’exposition de la Galerie Withofs (1969).
La Première Guerre mondiale est la première césure : ce ressortissant d’un pays alors ennemi devient résident surveillé en Bretagne, et à son retour, il découvre qu’on a dérobé toutes les œuvres laissées à Paris.
« Dans ses œuvres construites à partir de formes géométriques, de courbes et de cercles colorés, on peut découvrir les formes simplifiées du corps humain », note Júlia Cserba, co-auteur d’une magnifique biographie de cet artiste.
Une artiste russe fréquente l’atelier parisien de Réth rue Joseph Bara : Sarah Sonia Terk , future peintre sous le nom de Sonia Delaunay (1885-1979) et épouse de Robert Delaunay.
En 1933, ce passionné de sciences devient membre du groupe Abstraction-Création : art non figuratif qui réunit Arp, Kupka... Les séries Rythmes et Découpages de Réth datent de cette époque.
En 1935, il crée son premier « tableau » pluridimensionnel : « les éléments colorés, découpés dans le bois et aux formes essentiellement rondes sont placées soit plus en avant soit plus en arrière que le plan du tableau ».
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Alfréd Réth se réfugie à Chantilly. Faute de matériau pour peindre, il expérimente du charbon, du ciment, de la craie, etc.
Après s’être intéressé aux formes géométriques, il recourt à des matières variées collées par un collage particulier. Après sa période « Solides colorés » (peintures constituées de combinaisons de courbes), viennent « Formes dans l’espace » (années 1940), puis « Harmonies des matières » : rythme né des formes, couleurs et reliefs - sable, tissu, brique pilée, mâchefer, ciment, coquilles d’œufs broyées, etc. - jusque dans les années 1960.
En 1946, il expose au Salon des réalités nouvelles, et en 1948 à la galerie Denise René.
Il a exposé notamment au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1953 lors de l’exposition Le cubisme (1907-1914).
En 2003, grâce à Júlia Cserba, journaliste au « Magyar Hírlap », et Makláry Artworks, l'Institut Hongrois de Paris, Institut Balassi-Collegium Hungaricum a exposé vingt peintures - paysages, portraits, nus et natures mortes - dont une inédite : la version horizontale du célèbre « Restautant Hubin » - de sa période cubiste et post cubiste (1908-1930) : Le restaurant Hubin (1913, Musée National d’Art Moderne/Centre Pompidou), Paysage du Midi (1928, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris), Personnages dans la nature (1911, Musée Géo-Charles), Nature morte à la carafe (1911, Petit Palais de Genève)... Des tableaux de collections privées françaises et étrangères étaient présentés pour la première fois en France.
Le « premier hommage rendu » à un peintre majeur « par son pays natal », qui avait montré les œuvres de Réth pour la dernière fois à Budapest au Salon National de 1930, et consacré sa dernière exposition individuelle en 1922-1923 !
En octobre 2003, l’événement phare du Festival d’Automne de Budapest a été la rétrospective de ses toiles montée pour la première fois en Hongrie par la galerie Budapest (l’équivalent de la salle Saint Jean). Ses dessins et aquarelles étaient présentés à l’Institut français de la capitale.
Si sa discrétion explique qu’Alfréd Réth soit méconnu, son talent justifie sa redécouverte à laquelle contribue la galerie Le Minotaure  qui avait rendu hommage à cet artiste  en 2007.

Au printemps 2013, la galerie Le Minotaure et la galerie Alain Le Gaillard ont présenté l’exposition Artistes hongrois après-guerre à Paris réunissant des œuvres abstraites de ces artistes.

Kalman Maklary, Krisztina Passuth, Julia Cserba Csaba Kopeczky, Alfréd Réth. 2003. 344 pages. ISBN : 978-9632122441

Citations de Júlia Cserba, dans le Dictionnaire de l’Art Contemporain Hongrois, Editions Lexikon, 2002, Budapest, traduction par Zsuzsa Kis.


Jusqu’au 30 mars 2013
A la
galerie Le Minotaure
2, rue des Beaux-arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 62 93
Du mardi au samedi de 10 h 30 à 13 h et de 14 h à 18 h 30
Et
Du 20 juin au 27 juillet 2013
A la galerie Alain Le Gaillard
19, rue Mazarine. 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 25 35


Visuels :
Reth, Alfred
Composition, 1959
Technique mixte sur bois
55 x 46 cm

Reth, Alfred
Composition, 1952
Huile et sable sur panneau
101 x 60 cm
Signé et daté en bas à droite A.Reth.52
Au dos : indications manuscrites, n°163/53-4-73/1952
101 x 60 cm

Reth, Alfred
Composition, 1959
Technique mixte sur bois
65 x 54 cm

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Cet article a été publié le 6 mars 2013.

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