mercredi 15 mars 2017

« Le maquis des Juifs » par Ariel Nathan


La Chaîne parlementaire (LCP) diffusa, dans le cadre de Docs ad Hoc, « Le maquis des Juifs », documentaire par Ariel Nathan. Grâce à des témoignages inédits résistants, ce film inédit sur les résistants Juifs, hommes et femmes, dans les maquis du sud-ouest de la France, notamment dans le Tarn habités par des protestants descendants de Camisards, sous l’Occupation nazie, particulièrement de 1942 à 1944, brise une image stéréotypée des Juifs victimes de la Shoah sans avoir combattu. Le 17 mars 2017, Toute l'Histoire diffusera Ils étaient juifs et résistants, documentaire d'Alain Jomy. "En juin 1940, lorsque la France perd la guerre et que l'occupation débute, on compte seulement 0,7% de juifs dans la population. Difficile pour ceux qui vivent dans la zone occupée de lutter, mais partout ailleurs on note un engagement massif malgré une minorité numérique, quelles que soient les origines et partis politiques".

« Les Juifs ont résisté en France 1940-1945 »
Femmes en résistance
« Des « terroristes » à la retraite », de Mosco Boucault
« Le maquis des Juifs » par Ariel Nathan
L'Outre-mer français dans la guerre 39-45
Max Guedj (1913-1945), héros méconnu de la France libre
« Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale » de Claude Santiago et Antoine Casubolo

«Voir des Juifs en armes, c'était aussi inouï qu'un troupeau de dinosaures s'ébattant dans la campagne», se souvient  Paul-Henri Jourdan, un résistant protestant.

Ce documentaire, c’est une histoire de famille. A la Libération, Jean-Paul Nathan du maquis Juif de Vabre, avait retranscrit ses souvenirs d’Eclaireur israélite dans le maquis. Il achevait son livre Un Eclaireur au maquis en souhaitant que l’histoire de ses compagnons de combat soit écrite, connue dans le respect de la vérité. L’un de ses fils, Ariel Nathan, a filmé les interviews des survivants de ces maquis Juifs. Mais il est mort en 2012 sans avoir pu réaliser le film composé de ces témoignages. Son frère, Hervé Nathan, journaliste à Marianne, a donc monté ces rushes réunis dans ce documentaire.

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, de jeunes scouts Juifs trouvent refuge dans le Tarn ». 

Aidés des habitants catholiques, protestants et athées, « ils transforment leur chantier rural en abri pour les persécutés. Ils passent ensuite à la résistance armée et contribuent à la libération du département. Les réprouvés retrouvent leur dignité d’hommes et une nouvelle place dans la nation. Trois récits s’entrecroisent : La confrontation de Français israélites, mis au ban de la nation par les nazis et le régime de Vichy, avec le judaïsme. La découverte par la population du Tarn, souvent protestante, de la persécution des Juifs, et le puissant mouvement de sauvetage auquel elle a contribué, au point de faire de cette région du Sud-ouest un refuge contre les rafles. Enfin, la transformation d’une organisation scoute, les Eclaireurs israélites de France, en un réseau clandestin de sauvetage, puis en maquis au sein des FFI du Tarn, jusqu’à la prise de la ville de Castres en août 1944, occupée par 3800 soldats allemands, par moins de 400 maquisards des Forces Françaises de l’Intérieur. Les acteurs de la Libération, non juifs et juifs, ont forgé une éthique humaniste et républicaine dont nous sommes les héritiers. Les événements de janvier 2015 en France ont renforcé l’importance et l’actualité de ces valeurs ».

Le maquis de l’Armée Juive
Lors de l’hiver 1943, l’Armée Juive, fondée à Toulouse par des Juifs sionistes, crée dans la Montagne noire qui domine Mazamet (Tarn), des maquis. Là, sont formés des « combattants venant des fermes dispersées de Blémont et Fretteserpes ainsi que d’autres recrutés à Toulouse, Grenoble, Lyon et Limoges. Certains d’entre eux s’entrainent afin de rejoindre la Palestine par la frontière des Pyrénées. Un officier de carrière, Jacques Lazarus déchu par les lois de Vichy, assure la responsabilité et la formation militaire du maquis de Rec près d’Albi  ».

Après avoir fait mouvement de Biques à Lacaune, le maquis de l’AJ s’installe en avril 1944, dans le sud du Tarn à l’Espinassier. Là, il s’intègre au début de juin 1944 aux maquis de la Montagne Noire sous la responsabilité du lieutenant Leblond (Levy-Seckel) de l’Armée Secrète. Au même moment, l’A.J. prend le nom d’Organisation Juive de Combat. Les maquisards juifs sont regroupés dans le peloton Trumpeldor avec à leur tête, Raoul Léons, Pierre Loeb et Henri Broder . Leur uniforme comporte une épaulette bleue et blanche. Le peloton bleu-blanc participe aux nombreuses escarmouches sur les grandes voies de communication où les Allemands sont signalés. Le 20 juillet 1944, le peloton bleu-blanc affronte la grande offensive de la Wehrmacht sur les maquis du Tarn, parcourant plus de 100 kilomètres pour échapper à l’encerclement. Ils se regroupent à partir du 17 août et participent aux actions destinées à empêcher le repli ennemi. C’est ainsi qu’à Saint-Pons (Hérault), ils anéantissent une colonne allemande et s’emparent d’un important matériel.

Les combats provoquent des pertes, aggravées par plusieurs arrestations d’agents de liaisons telles que celle de Régine Knout à Toulouse, abattue le 22 juillet 1944 ».

Le maquis La compagnie Marc Haguenau
« En mars 1944, les EIF appellent à la mobilisation de leurs cadres. La compagnie Marc Haguenau est créée dans le Tarn avec le parrainage de l’Organisation Juive de Combat et l’Armée Secrète. Devant l’afflux des volontaires, la compagnie est divisée en 3 sections. La Malquière transférée en juin à La Roque, La Farasse et Lacado, dirigées respectivement par Gilbert Bloch, Roger Cahen et Adrien Ginsburger. Début juin, la compagnie commandée par Robert Gamzon (capitaine Lagnes), et placée sous l’autorité du responsable régional de l’AS, le colonel Dunoyer de Segonzac, compte une soixantaine d’hommes dont quelques paysans de la région. La compagnie Marc Haguenau affectée pendant un mois à la lourde tâche de la réception des parachutages pour le secteur FFI, subit une attaque allemande, dans la nuit du 7 au 8 août, avec pour conséquence plusieurs morts dont le chef d’une section, le lieutenant Gilbert Bloch. 

Après s’être regroupés, les membres de la compagnie jouent un rôle essentiel lors de l’attaque d’un train militaire allemand, le 19 août, puis ils participent aux libérations des villes de Castres et Mazamet. Les membres de la compagnie Marc Haguenau continuent le combat au sein de l’armée de Lattre de Tassigny, engagement qui les mènera jusqu’au lac de Constance ». 

A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Jean-Paul Nathan séjourne à Paris et entend des cris « Mort aux Juifs ». Il écrit dans son livre : « Non, ce n’est pas cela la France. La France, ce sont ces paysans, ces hommes de cœur qui nous protègent et nous ravitaillent, ces pasteurs et ces prêtres qui cachent les enfants juifs, ces jeunes gens qui ont décidé de se battre, sans espoir de décoration, simplement parce qu’ils ont senti qu’il le fallait. Vois-tu, ces hommes de la montagne, c’est ça, la France. »

Oublis
Le DVD de ce documentaire a été diffusé avec le hors-série de Marianne intitulé Les résistances Juives durant la Seconde Guerre mondiale. Ce numéro s’intéresse aux résistants Juifs dans le ghetto de Varsovie, par l’esprit, en France, dans les camps et en Palestine. 

Rédactrice en chef de cet hebdomadaire, Martine Gozlan a regretté le 14 juin 2015 que, par manque de place,  les résistants Juifs, dénaturalisés par le régime de Vichy, en Algérie, alors composée de départements français, n'ont pas eu la place qu'ils méritaient. 

Le débarquement anglo-américain modifie la géostratégie. A Alger, il a lieu grâce à l’action du groupe de résistants mené par José Aboulkerjeune Français Juif étudiant en médecine et sa famille à Alger et à Oran. Gaulliste, antifasciste il dirige les 400 jeunes Français d’Algérie, dont la plupart sont Juifs, qui interpellent les représentants de Vichy, Darlan, Juin, disposés à réagir au débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord (Opération Torch).

Dans l'exposition L'Outre-mer français dans la guerre 39-45, un petit panneau signalait le rôle déterminant des Juifs dans cette opération Torch, et le n° 29 de la collection “Mémoire et Citoyenneté” du ministère de la Défense consacré à l’Opération Torch ne mentionne pas José Aboulker, compagnon de la Libération français Juif, brillant étudiant en médecine résistant et artisan majeur du succès en Algérie de l’Opération Torch. Or, "la résistance comptait 800 combattant, dont la moitié était Juive. Mais au moment de vérité, 400 de ces combattants se sont dégonflés, et 400 sont demeurés : presque tous ceux qui sont restés étaient Juifs", a déclaré Jacques Zermati, résistant Juif de l'Opération Torch (Ynet, 2 février 2015). Des faits illustrés par le documentaire The Night of Fools, de Rami Kimchi (2014).

Le 21 avril 2016, à 20 h 30, le Cercle Bernard Lazare a projeté  « Ils étaient Juifs et Résistants » réalisé par Alain Jomy : "En 1940, les Juifs représentaient une infime fraction de la population française. Venus de tous les horizons, appartenant à des mouvements de jeunesse, à des partis politiques, ils ont été très nombreux dans tous les mouvements de résistance".

Le 17 mars 2017, Toute l'Histoire diffusera Ils étaient juifs et résistants, documentaire d'Alain Jomy. "En juin 1940, lorsque la France perd la guerre et que l'occupation débute, on compte seulement 0,7% de juifs dans la population. Difficile pour ceux qui vivent dans la zone occupée de lutter, mais partout ailleurs on note un engagement massif malgré une minorité numérique, quelles que soient les origines et partis politiques".
    
« Le maquis des Juifs » par Ariel Nathan
DeLaProd et Marianne, 52 minutes
Sur LCP TNT les 4 juin 2015 à 20 h 35, 7 juin 2015 à 1 h et 16 juin 2015 à 0 h 15 et sur LCP 24/24 les 4 juin 2015 à 20 h 35 et 16 juin 2015 à 0 h 20

Visuel :
De gauche à droite : Jean-Jacques FRAYMAN, Jacques LAZARUS, PATRICIA, Henri BRODER, 
Pierre LOEB et Albert COHEN. Coll. Mémorial de la Shoah / CDJC 

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent de France 5 et du Mémorial de la Shoah. Cet article a été publié le 4 juin 2015, puis le 19 avril 2016.

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