« La guerre d’indépendance américaine : toute l’histoire »
« De sa genèse, en 1754, à sa conclusion, en 1783, la nouvelle et magistrale fresque historique de Ken Burns explore en profondeur le moment fondateur des États-Unis. Ce récit choral et multidimensionnel éclaire aussi le présent divisé d'une jeune nation de 250 ans. »
« Fidèle à sa méthode, Ken Burns, qui a retracé tant des guerres de l'Amérique (The War, Vietnam), explore en profondeur les multiples dimensions – historiques, politiques, humaines – d'un moment fondateur en partie mythifié, qui continue aujourd'hui de fédérer un peuple états-unien pourtant profondément divisé : la proclamation de l'indépendance, le 4 juillet 1776, avec la reconnaissance de l'égalité en droits de tous les êtres humains. »
« Certes encore fort théorique, puisqu'on n'y inclut ni les femmes, ni les Amérindiens, ni les esclaves, ce principe universel a été précédé par des ferments démocratiques bien plus anciens, rappelle-t-on d'emblée. »
« Des siècles avant les descendants des colons européens, les Six Nations de la Confédération iroquoise (Seneca, Cayuga, Onondaga, Tuscarora, Oneida et Mohawk) avaient créé avec succès une union démocratique longtemps passée sous silence par les livres d'histoire... »
« Avec un sens rigoureux de la narration, du détail et de la nuance, cette fresque pleine de souffle puise dans les archives (riche iconographie, documents et proclamations d'époque, dont les lettres et journaux intimes des nombreux protagonistes des événements, célèbres ou anonymes) et donne à contempler les paysages de cette terre alors encore largement inviolée. De très nombreux spécialistes, femmes et hommes, apportent leur éclairage et leurs analyses pour faire revivre la première des révolutions occidentales. »
« En 1754, en Virginie, une embuscade menée contre des soldats français par une jeune recrue des troupes britanniques nommée George Washington va déclencher la guerre de Sept Ans, conclue en 1763 par la victoire des troupes britanniques sur la France et son allié espagnol en terre américaine. »
« Désormais premier empire colonial au monde, le Royaume-Uni va voir ce triomphe se retourner contre lui. Car, entre autres pour solder les dettes léguées par le conflit, la Couronne impose à ses treize colonies américaines de nouvelles taxes, notamment sur le papier timbré administratif (
Stamp Act), étincelle d'une rébellion qui va aller croissant dans les années suivantes. »
« De la fédération progressive des colonies, prônée d'abord en vain – dès 1754 – par Benjamin Franklin, à la célèbre "Tea Party" de Boston, qui voit en décembre 1773 une soixantaine de mutins grimés en Amérindiens précipiter dans l'eau 46 tonnes de thé britannique, cette première partie déroule la genèse d'une guerre d'indépendance que, de part et d'autre de l'Atlantique, nul n'aurait imaginée vingt ans plus tôt. Elle éclate finalement au printemps 1775, lorsque les "tuniques rouges" battent en retraite face aux milices formées par les colons, avec de nombreux tués et blessés, de part et d'autre… »
2e partie : « Une terre d’idéaux (mai 1775 - juillet 1776) » « Le second Congrès continental, qui se réunit à Philadelphie en mai 1775, est encore loin de faire l’unanimité : certains délégués espèrent une réconciliation avec la Grande-Bretagne, d’autres ont déjà tiré un trait sur l’empire. »
« C’est pourtant là que naît officiellement l’armée continentale, confiée à George Washington. En Virginie, le gouverneur royal Lord Dunmore tente de retourner la situation en promettant la liberté aux esclaves des Patriots qui rejoindraient la Couronne. Plus de 1 600 hommes, femmes et enfants y croiront, avant d’être décimés par la variole et le typhus. Les rares survivant sont capturés et réduits de nouveau en esclavage. »
« Le 9 juin 1776, le pamphlet le plus important de toute l’histoire américaine, intitulé
Le sens commun (
Common Sense) de Thomas Paine, vient embraser les colonies. La question n’est plus de savoir si l’indépendance est souhaitable, mais quand elle sera déclarée. »
« Le 4 juillet 1776, au terme de débats houleux, le Congrès adopte la Déclaration d’indépendance, formant ainsi les États-Unis à partir de treize anciennes colonies. Rédigé par Thomas Jefferson, le document proclame un principe révolutionnaire : "Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par leur créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur"...
3e partie : « Des temps mouvementés (juillet 1776 - janvier 1777) » « Durant l’été 1776, l’armée britannique débarque à Long Island avec des dizaines de milliers de soldats et mercenaires de la Hesse allemande. »
« La bataille tourne au désastre pour les Patriots : ils sont contraints de fuir Brooklyn Heights dans la nuit pour éviter l’anéantissement. New York tombe, puis le New Jersey. L’armée continentale, épuisée et décimée, bat en retraite jusqu’en Pennsylvanie. »
« Au même moment, en Caroline du Sud, les Cherokees, menés par leur chef Dragging Canoe, attaquent les colons américains qui empiètent sur leurs terres. »
« Plus au nord, Benedict Arnold, général de l’armée continentale, réussit à retarder, avec une flotte improvisée et une rude météo hivernale, l’invasion britannique sur le lac Champlain. »
« C’est dans ce contexte que George Washington, dans la nuit de Noël 1776, traverse le Delaware gelé et fond avec ses troupes sur la garnison hessoise de Trenton. Cette victoire écrasante ranime l'espoir des indépendantistes. »
4e partie : « La France entre en guerre (janvier 1777 - février 1778) » « Ce qui avait commencé comme une rébellion coloniale redevient un conflit international, la France de Louis XVI ayant finalement choisi d’entrer officiellement en guerre aux côtés des Patriots. »
« En 1777, les Britanniques décident de mener deux campagnes simultanées : le général Jonh Burgoyne descend du Canada vers la ville d’Albany, où le général William Howe est censé le rejoindre depuis New York. Mais ce dernier préfère marcher sur Philadelphie, abandonnant Burgoyne à une avancée solitaire dont il ne mesurera les conséquences que trop tard : à Saratoga, le piège se referme et il capitule avec 6 000 hommes. »
« Pendant ce temps, dans la vallée de la Mohawk, les six nations Haudenosaunee, qui s’étaient jusqu’alors tenues à l’écart du conflit, se voient forcées de choisir un camp, et de s’entretuer... »
5e partie : « L'âme de toute l'Amérique (décembre 1777 - mai 1780) » « L’hiver 1777-1778 va marquer la période la plus sombre de la guerre : le froid, la faim et la maladie déciment l’armée continentale, qui est au bord de la mutinerie. »
« Washington tient, s’appuyant sur le commandant Friedrich Wilhelm von Steuben pour transformer ses miliciens épuisés en soldats aguerris et sur le commandant Nathanael Greene pour réorganiser un ravitaillement défaillant. »
« Au printemps, les Britanniques abandonnent Philadelphie, et la bataille de Monmouth se termine en match nul. Mais la guerre ne se joue plus seulement sur les champs de bataille. »
« Pris en étau entre les deux puissances rivales, qui n'hésitent pas à négocier leurs terres, les peuples autochtones subissent des destructions systématiques. »
« Pour les Noirs, la proclamation du général Henry Clinton leur promettant refuge et liberté reste un pari risqué sur l’issue d’une guerre qui ne les a jamais vraiment inclus. »
« Et pendant que l’alliance franco-américaine accumule les faux départs, les Britanniques frappent au sud : les villes de Savannah et Charleston tombent, et avec elles une grande part de l'armée américaine. »
6e partie : « La victoire des citoyens (mai 1780 et après) » « Benedict Arnold, héros de Saratoga, tente de livrer West Point aux Britanniques. C’est un choc moral pour le camp des Patriots qui le considère comme un traître. »
« À la frontière entre la Caroline du Nord et la Caroline du Sud, patriotes et loyalistes s’entretuent pendant que le Britannique Charles Cornwallis multiplie les succès... Mais après des revers, ses troupes remontent vers la Virginie et s’établissent à Yorktown, dos à la mer, où Georges Washington et le général français Donatien de Rochambeau fondent sur elles par le nord. La flotte de l’amiral de Grasse barre la route aux secours britanniques. Le piège se referme. En octobre 1781, des milliers de "tuniques rouges" déposent les armes. »
« Le traité de Paris de 1783 reconnaît l’indépendance américaine, mais oublie les esclaves et les peuples autochtones, abandonnés aux appétits d’une jeune nation en pleine expansion. »
« Washington renonce au pouvoir, stupéfiant jusqu’à George III, qui voit en lui "le plus grand personnage de l’époque".
« Projet inachevé, la révolution porte en elle, selon Ken Burns, les ferments de divisions intrinsèques intensément ravivées aujourd'hui. »
« Coauteur avec Thomas Snégaroff de l’essai États-Unis – Anatomie d’une démocratie (Les Arènes, 2026), Romain Huret préside l’École des hautes études en sciences sociales. Historien des États-Unis, il offre ici un éclairage précieux sur les fondations de la démocratie américaine et les tensions qui la traversent aujourd’hui. Par Raphaël Badache. »
« Quelles étaient les motivations des Pères fondateurs de l’Amérique ?
Romain Huret : L’alliance entre l’esprit des Lumières, qui s’est diffusé parmi les élites, et les intérêts des propriétaires terriens a propulsé la dynamique politique et militaire de la guerre d’indépendance. Début 1776, le texte de Thomas Paine, Le sens commun, propage cette idée fondamentale plus largement : non seulement un régime républicain peut durer, mais il n’existe pas d’alternative souhaitable. C’est un pari fou : les révolutionnaires se lancent dans cette aventure sans garantie de succès, avec le risque d’être massacrés par l’armée britannique. Ils ignorent où ils vont. Il ne faut pas oublier que, lorsque les Pères fondateurs signent la Déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776, la république n’existe encore nulle part dans le monde. Ils font figure de pionniers. La France ne suivra que treize années plus tard. La Déclaration d’indépendance stipule que "tous les hommes sont créés égaux".
Ces Pères fondateurs ont-ils pour autant souhaité instaurer une démocratie ?
Absolument pas. Pour eux, la démocratie est limitée. Ils partagent l’idéal d’un bien public appartenant au peuple, qui choisit ses représentants, et s’opposent à un monarque de droit divin. Mais si, en 1776, leurs idéaux sont révolutionnaires, ils excluent les femmes, les Afro-Américains et les Amérindiens du principe d’égalité qu’ils mettent en avant… Ils inventent certes une république, mais de propriétaires terriens blancs qui vont capter l’ensemble des pouvoirs et limiter le droit de vote.
Comment interpréter le “droit à la recherche du bonheur” présent dans le texte de 1776 ?
Il fait écho à un idéal des Lumières, traduit en France par l’idée voltairienne "cultiver son jardin". Aux États-Unis, il nourrira un mythe, qui deviendra une réalité : l’accès à la propriété. En 1789, la Constitution entre en vigueur.
Comment expliquer que ce texte, conçu pour treize colonies, régisse encore les États-Unis aujourd’hui ?
Relativement courte, la Constitution est rédigée avec des mots si généraux qu’on peut les tordre pour appliquer tout et son contraire. La Cour suprême a ainsi pu s’appuyer sur le même texte pour valider la ségrégation au XIXe siècle et la déclarer anticonstitutionnelle au XXe. Cette plasticité peut expliquer pourquoi les États-Unis, contrairement à la France, n’ont jamais ressenti le besoin de la changer.
Ce contexte historique et juridique éclaire-t-il aujourd’hui la politique menée par Donald Trump ?
C’est une clé d’explication importante, même si ce n’est pas la seule. Ce qui se joue est lié à une interprétation différente de la république des origines. Trump, les "Maga" et les conservateurs défendent une lecture "originaliste" de la Constitution, considérant que son sens a été dévoyé par les progressistes. Pour eux, ce texte, dont les mots auraient été dictés par Dieu, est sacré, au même titre que la Bible, et il ne faut en aucun cas toucher au geste des Pères fondateurs. Ainsi, les démocrates voient dans le droit au bonheur un fondement pour la sécurité sociale, quand les conservateurs y voient une hérésie. De même, pour un originaliste, le mariage homosexuel est anticonstitutionnel, les Pères fondateurs n’ayant pu avoir cela en tête.
Quel est l’objectif de ce retour aux sources ?
Je dis souvent que Trump veut effacer le XXe siècle. Les Pères fondateurs étaient pour la plupart des propriétaires terriens, esclavagistes, pères de famille. Revenir à ces origines signifie adopter une vision très traditionnelle de la société. On le voit par exemple avec le combat contre l’avortement. Il s’agit aussi de redonner le pouvoir aux États, aux comtés, plutôt qu’à l’État fédéral. Cela s’est traduit notamment par la dislocation du ministère de l’Éducation. Derrière cette lecture, il y a un vrai projet politique, une cohérence idéologique pleinement assumée qui puise ses sources dans cette fin du XVIIIe siècle. On parle de crise de la démocratie, mais il existe aux États-Unis, notamment chez les "Maga", une passion pour la Constitution et les Pères fondateurs, difficilement imaginable en France. Trump le sait bien et les cérémonies du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance seront à lire sous ce prisme. »
Commémoration sous tension selon Arte
« Le 4 juillet 2026 marquera le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance américaine. Alors que sous l’administration Trump le pays est divisé comme jamais et engagé au Moyen-Orient dans une guerre aux conséquences imprévisibles, comment la superpuissance fragilisée va-t-elle commémorer l’événement fondateur ? ARTE le met en lumière à travers une riche programmation. En ligne et à l’antenne, quatre autres documentaires mettent en regard ce passé mythifié avec les incertitudes de l’heure. L’Amérique de Trump – La grande fracture et Trump No Limit font le bilan de ces dix-huit premiers mois de pouvoir, l’un en confrontant les regards d’Américains des deux bords, l’autre en dévoilant la face cachée des mesures brutales de taxation et des coupes drastiques dans le budget de l’USAID (l’agence américaine pour le développement international) décrétées au début du mandat. Liberté, religion, american dream, patriotisme… le documentaire Amérique, qui es-tu ? – Une histoire de la mentalité des États-Unis interroge les valeurs et les contradictions de la nation américaine. Enfin, La révolution américaine – Naissance des États-Unis retrace en détail l’histoire et les enjeux de cette indépendance. L’occasion de juger sur pièces, à l’heure où chaque camp se réclame des idéaux de la révolution. »
« La révolution américaine. Naissance des États-Unis »
« En signant, le 4 juillet 1776, la déclaration d'indépendance des États-Unis, les Pères fondateurs annoncent un nouvel âge, au prix d'une guerre acharnée. Ce documentaire retrace le combat des révolutionnaires américains, leurs idéaux et leurs limites. »
« En 1775, le royaume de Grande-Bretagne, futur Royaume-Uni, règne sur le plus grand empire de l'histoire. »
« Depuis une décennie, il gouverne d'une main relativement légère les treize colonies d'Amérique. Mais cela coûte cher. S'insurgeant contre de nouvelles taxes et une absence de représentation au Parlement, des colons rebelles s'arment et forment des milices civiques. Boston devient l'épicentre de ce qui n'est alors qu'une révolte. »
« Après que la Couronne britannique a échoué dans son entreprise d’arrêter les meneurs, les délégués des colonies se retrouvent à Philadelphie pour décider de la suite de leur action. Ils s'appellent Benjamin Franklin, Samuel Adams ou encore Thomas Jefferson, et donnent à leurs troupes une forme plus officielle : l'armée continentale. La révolution américaine a débuté. Ceux qu’on appellera "Pères fondateurs" au XXe siècle confient le destin des insurgés à un riche planteur de Virginie, George Washington. »
« Alors que les combats s'intensifient, que les délégués des colonies hésitent encore à s'émanciper de la Couronne et que le doute ronge les rangs des rebelles, un texte de Thomas Paine, Le sens commun, agit comme un électrochoc : la République n'est plus un rêve, c'est une nécessité, un vibrant plaidoyer pour l'indépendance construit autour des idéaux issus des Lumières et accessible au plus grand nombre. »
« Le 4 juillet 1776, la Déclaration d'indépendance est signée. »

« Sept années de guerre commencent entre révolutionnaires et soldats britanniques, mais aussi entre colons américains. Un âge de multiples retournements, d'incertitudes absolues, jusqu'à la victoire des révolutionnaires, le 3 septembre 1783, entérinée par les traités dits de la "Paix de Paris".
« Nourri des éclairages de spécialistes, ce documentaire offre un large panorama de la révolution américaine : son contexte, les motivations politiques, économiques et sociales des camps qui s'opposent, les idéaux et les paradoxes des Pères fondateurs, avec en fil rouge le champ de bataille, mis en image par de nombreuses reconstitutions. »
« Éclairant un élan révolutionnaire inédit pour l'époque et son extrême fragilité face à la violence de l'armée britannique, le film de Daniel Oron prend une épaisseur humaine en s'attachant à suivre les récits de civils – notamment un agriculteur, une femme, un esclave – prêts à tout pour défendre la possibilité d'un monde nouveau qui, pour certains d'entre eux, ne restera qu'une promesse ».
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