Le musée national de la Marine à Paris présente l’exposition « La marine et les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir » accompagnée du 46e Salon de la Marine. « À l’occasion des 400 ans de la Marine, l’exposition explore, à travers près de 150 œuvres, les liens entre création artistique, pouvoir et imaginaire maritime du XVIIe au XXe siècle. »
« Dans le cadre de l’anniversaire des 400 ans de la Marine en 2026, le musée national de la Marine invite à poser un nouveau regard sur les peintres du XVIIe au XXe siècle qui ont été les témoins de l’évolution du monde maritime et de la conquête des mers. »
« Ce sujet méconnu du grand public, encore peu voire jamais abordé, est traité de manière chronologique à travers près de 150 peintures et plus de 90 artistes. La scénographie se déploie depuis l’essor de la Marine sous Louis XIII jusqu’aux visions modernes du siècle dernier, en assumant des accrochages denses et de grands formats immersifs. »
« À partir du XVIIe siècle, l’affirmation du pouvoir souverain se manifeste aussi à travers les arts. Alors que la spécificité du genre de la peinture de marine, rattaché au paysage, insuffle une nouvelle perception de la mer, des navires et des milieux maritimes, des peintres sont mobilisés à travers les époques pour magnifier les images de la Marine et de l’univers marin : Claude Gellée dit Le Lorrain, Joseph Vernet, Théodore Gudin, Antoine-Léon de Morel‑Fatio, Édouard Manet, Félix Ziem, Paul Signac, Albert Marquet, Mathurin Méheut ou encore Marin‑Marie. »
« Outre la diversité des genres, du pittoresque au drame historique, le parcours s’intéresse aux relations entre art et pouvoir, à travers la façon dont le monde militaire marin et l’Histoire navale ont été représentés. Le public est invité à comprendre les liens, parfois complexes, entre la Marine et les artistes, l’évolution de leurs rôles, la singularité de leurs parcours et la variété de leurs statuts : peintres pour les mers du roi, peintres de la Marine du roi, puis peintres inscrits en 1830 sur la liste des officiers de la Marine (on dit aussi « sur l’Annuaire de la Marine »), avant la création d’un statut de peintres du département de la Marine en 1920, préfiguration du corps des Peintres communément appelés désormais Peintres officiels de la Marine (POM), sans oublier ceux qui ont travaillé autour des institutions militaires et artistiques. »
Le commissariat de l’exposition est assuré par Bertrand de Sainte-Marie, conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la Conservation du musée national de la Marine Inès d’Arche de Pessan, assistante de conservation, chargée de recherche et d'étude d'exposition au musée national de la Marine.
Le Comité scientifique, placé sous la présidence de Thierry Gausseron et Marion Veyssière, directeur et directrice adjointe du musée national de la Marine, est composé de :
— Émilie Beck-Saiello, maîtresse de conférences en histoire de l’art moderne, université Sorbonne Paris Nord, laboratoire Pléiade, habilitée à diriger des recherches
— Contre-amiral (2s) François Bellec, de l’Académie de Marine
— Denis-Michel Boëll, conservateur général du patrimoine, ancien directeur adjoint du musée national de la Marine
— Jean‑Claude Boyer, chargé de recherche honoraire au CNRS
— Olivier Chaline, professeur d'histoire moderne, Sorbonne Université, directeur de la FED 4124 Histoire et archéologie maritimes
— Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la présidence du musée d’Orsay
— David Mandrella, historien de l’art
— Contre-amiral David Samson, président du jury du 46e Salon de la Marine, commandant du Pôle Écoles Méditerranée
— Magali Théron, maître de conférences en Histoire de l’art Moderne, Université d’Aix‑Marseille
Le musée propose une programmation culturelle : ateliers peinture, visites guidées, la conférence inaugurale « La Marine et les peintres » et celle « L'histoire maritime à travers les sortilèges de la peinture », et un salon littéraire en musique.
Le Colloque "Les marines avant la Marine" a été organisé en partenariat avec l'Académie de marine. « Si l'édit de Saint-Germain marque la naissance d'une Marine d'État en 1626, des éléments antérieurs ont joué un rôle dans sa mise en oeuvre par Richelieu. En parcourant près de 500 ans d'histoire, des Rôles d’Oléron (fin du XIIe siècle) jusqu'au XVIIe siècle, une dizaine d'intervenants raconteront comment la France a très tôt déployé des actions dans le domaine maritime. Des sujets multiples y ont été abordés :
— L'architecture et la construction navale au xive siècle
— Les coutumes et usages des gens de mer en France du Ponant à la fin du Moyen Âge
— La marine du Levant sous François Ier et Henri II
— Les antécédents des grands voyages d’exploration des xvie et xviie siècles
— L’information hydrographique et la cartographie marine en France avant Colbert
— Richelieu et la mer
— Les modèles de navires dans l'orfèvrerie européenne au xvie siècle
— Les marines avant la Marine dans les collections et la bibliothèque du musée national de la Marine ».
Avec la participation du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Prêteurs
— Angers, musée d'Angers
— Auxerre, musées d’Auxerre
— Baltimore, Baltimore Museum of Art
— Bordeaux, musée des Beaux-arts
— Caen, musée des Beaux-arts
— Cherbourg-en-Cotentin, bibliothèque Jacques Prévert
— Cherbourg-en-Cotentin, musée Thomas-Henry
— Clermont Auvergne Métropole, musée d'art Roger Quilliot
— Douai, musée de la Chartreuse
— Fontainebleau, château de Fontainebleau
— Guéret, musée d'art et d'archéologie
— Grenoble, musée de Grenoble
— La Rochelle, collection des musées d’Art et d’Histoire
— Londres, Royal Museums Greenwich
— Maisons-Laffitte, centre des monuments nationaux, château de Maisons-Laffitte
— Marseille, musée des Beaux-arts
— Narbonne, Palais-Musée des Archevêques
— Orléans, musée des Beaux-arts
— Paris, centre des monuments nationaux, Hôtel de la Marine
— Paris, centre national des arts plastiques
— Paris, collection du ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères
— Paris, collection Sylvie David-Rivérieulx
— Paris, Madame Marguerite Louradour
— Paris, Monsieur des Acres de L’Aigle
— Paris, ministère des Anciens combattants / Marine nationale
— Paris, musée du Louvre, département des Peintures et des Arts graphiques
— Paris, musée d’Orsay
— Rouen, musée des Beaux-Arts
— Sceaux, Château de Sceaux, musée départemental
— Tours, musée des Beaux-Arts
— Versailles, Famille Boucher
Une exposition labellisée « 400 ans de la Marine », réalisée avec le soutien du Cercle Neptune, le club des mécènes du musée national de la Marine.
Des expositions labélisées
Port-Louis – Machines des mers : Les inventions (extraordinaires) d’Henri Dupuy de Lôme
Du 22 mai au 15 novembre 2026
« La saison spéciale « L’appel des profondeurs » commencera à la Citadelle de Port-Louis par une exposition dédiée à Henri Dupuy de Lôme (1816-1885), concepteur du Gymnote, premier sous-marin opérationnel français, à qui l'ont doit également l'invention du procédé de la cuirasse. En écho aux 400 ans de la Marine, le musée proposera au public une immersion au cœur des grandes innovations qui ont transformé la marine française de la seconde moitié du XIXe siècle et ont permis d’affirmer la puissance navale de la France. »
Brest – Le dessous des mers. L’aventure de la cartographie sous-marine
Du 26 juin 2026 au 7 mars 2027
« Présentée au musée national de la Marine à Brest, la deuxième exposition du cycle thématique « L’appel des profondeurs » sera consacrée à l’histoire de la cartographie sous-marine et à l’évolution de ses enjeux au fil du temps. »
Rochefort – Au poste de plongée ! L’aventure des premiers submersibles
Du 25 septembre 2026 au 2 janvier 2028
« L’appel des profondeurs » à Rochefort sera l'occasion de s'intéresser aux origines des premiers navires submersibles militaires, dont l'histoire est intimement liée à l'arsenal charentais.
Toulon – Plongée(s) dans l'inconnu. L'aventure sous-marine en Méditerranée
Du 18 novembre 2026 au 27 juin 2027
« Dernier volet de la saison thématique « L’appel des profondeurs », l’exposition du musée national de la Marine à Toulon mettra en lumière l'un des berceaux de l'exploration des fonds marins : le littoral méditerranéen. »
Colloque "400 ans d'opérations navales"
Lundi 19 octobre, 9h-17h30
Auditorium, gratuit sur réservation
Le colloque se poursuit mardi 20 octobre à La Sorbonne
En partenariat avec la Marine nationale, le SHD, Sorbonne Université, l’École navale avec le soutien de la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA)
« Durant deux jours, ce colloque international invite à une réflexion sur quatre thématiques récurrentes des opérations navales : protéger, surveiller, perturber les routes maritimes ; frapper depuis la mer ; débarquer ; durer en opérations. Une dizaine de spécialistes de ces thématiques - marins, militaires, industriels, chercheurs, universitaires, historiens, économistes ou encore sociologues - échangeront sur les tendances, les lignes de force et les enseignements de ces enjeux, en associant la profondeur historique des 400 ans de la Marine à un regard contemporain, à la fois opérationnel, économique, historique, technique et social. »
Parcours de l'exposition
— 1626 : l’essor de la Marine française au service du pouvoir
« L’exposition commence en octobre 1626, lorsque le roi Louis XIII octroie au cardinal de Richelieu, son principal ministre depuis deux ans, la charge de « Grand Maître, Chef et Surintendant général de la navigation et commerce de France ».
« Avant cette date, il n’existe pas de véritable corps de la marine de guerre. La création d'une Marine permanente devient nécessaire, à la fois pour renforcer les frontières maritimes du royaume, mais aussi pour participer à la maîtrise des mers et se hisser au rang des grandes puissances du temps, aux côtés des Provinces-Unies, de l'Espagne, l'Angleterre, Venise ou l'Empire ottoman.»
« Louis XIII unifie et centralise le pouvoir sur mer. Il écarte, en faveur de Richelieu, les grands seigneurs amiraux tels que Charles Ier de Lorraine duc de Guise, amiral du Levant, qui assure la retraite de l'escadre anglaise à La Rochelle. Le cardinal Grand-Maître recrute des gentilshommes pour les former « au fait de la marine et de la navigation » et nomme à la tête de son escadre des officiers issus de l'Ordre de Malte. Le portrait immortalise ces princes et chevaliers marins comme le duc de Beaufort, Jean des Acres ou le chevalier Paul qui servent à la mer. »
« À la demande du roi et du cardinal, une rhétorique symbolique et allégorique du pouvoir se développe autour du maritime. Le cardinal s’approprie la figure d’Hercule et le symbole de l’ancre de marine. Le sujet naval bénéficie alors de la scène artistique parisienne marquée par une forte présence d’artistes nordiques, surtout flamands, qui maîtrisent la peinture de marine. »
— Subdidit oceanum « Il a vaincu l’océan »
« Au milieu de la guerre de Trente Ans, le siège de La Rochelle (septembre 1627 - octobre 1628), place de sûreté du parti protestant soutenue par les Anglais, constitue une victoire militaire et politique majeure d’une grande portée artistique. Louis XIII, qui a conduit ce siège avec le cardinal de Richelieu, confie à Jacques Callot, en 1629, des gravures sur l’attaque du fort de Saint-Martin-de-Ré et le siège de La Rochelle. De nombreux peintres français, flamands et hollandais, anonymes ou non, s’inspirent de ce travail : vues à vol d’oiseau, paysage de marine et bataille terrestre et navale. »
« Le ravitaillement de l’Île de Ré par Claude de Razilly en 1627 est commandé plus tardivement par le roi et Richelieu à Claude Vignon, en 1642, pour en faire don à cet héroïque officier de marine, membre de l’Ordre de Malte, qui a soutenu le feu de l’escadre anglaise. Cette peinture est l’une des premières marines qui mêle le portrait mythologique, celui des époux Razilly, l’allégorie politique, avec l’inscription latine Subsidit oceanum, la bataille navale et le portrait du navire de guerre de haut-bord La Couronne, en service de 1637 à 1643. Ce mélange des sujets et des chronologies glorifie la politique navale du cardinal. »
« La fusion de la tradition nordique du paysage maritime et des paysages antiquisants italiens, qui atteignent leur sommet avec Claude Gellée dit Le Lorrain, trouve sa place à l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée à Paris en 1648, grâce aux « peintres du Roy pour les mers ».
— La magnificence de la puissance navale
« Après la victoire sur la Fronde et la mort du cardinal Mazarin, le jeune Louis XIV nomme Jean-Baptiste Colbert ministre, puis secrétaire d’État à la Marine en 1669, qui succède à l’intrépide duc de Beaufort. Colbert dote le royaume d’une puissante armée navale. »
« L’Académie royale de peinture et de sculpture accueille des artistes chargés de représenter les hauts faits maritimes du roi. Premier peintre du roi « pour les mers », Matthijs Van Plattenberg, dit Matthieu de Plattemontagne, né à Anvers en 1608, rejoint l’Académie dès 1648. Suivront le génois Francesco Maria Borzone et le hollandais Jan Karel Donatus van Beecq dont les batailles navales ornent les maisons royales. Charles Le Brun et Pierre Mignard rivalisent dans le langage allégorique maritime pour les décors du Louvre et de Versailles. »
« Remarqué par le cardinal Mazarin, Jean-Baptiste de La Rose porte en 1667 le titre de « maître peintre entretenu par le Roy ». Ses vues de ports allient paysage italien, activités portuaires et réalisme topographique. Son succès sur les chantiers navals de Toulon et Marseille s’étend auprès des collectionneurs comme le secrétaire d’État à la Marine Colbert de Seignelay. La Rose et son fils Pascal exécutent aussi des décors intérieurs de vaisseaux. »
« Entre 1670 et 1680, cinquante-cinq peintres travaillent à l’arsenal de Toulon. L’esthétisation du fait naval est à son apogée. Pierre Puget et Jean Bérain fournissent des portraits de vaisseaux, notamment le Soleil royal, navire amiral qui participe à la victoire du Cap Béveziers sur les Anglo-hollandais en 1690 et connaît une fin tragique deux ans après. »
« La rareté des œuvres conservées de Jean-Baptiste de La Rose rend l’appréciation globale de son corpus difficile. Pourtant, Le Port de La Ciotat en 1664 illustre parfaitement sa technique et son inspiration classique, héritée de la tradition italienne portée par Claude Lorrain (1600-1682) et Salvator Rosa (1615-1673), dans la production duquel le paysage de marine est traité comme une fenêtre ouverte sur le monde. Dans cette toile, La Rose propose un paysage de marine rappelant les capriccio : l’artiste y dépeint une scène contemporaine ponctuée de ruines imaginaires, tout en y insérant des éléments topographiques reconnaissables de La Ciotat, à l’image du Bec de l’Aigle.
La Rose joue habilement avec les contrastes lumineux pour rythmer sa toile. La composition s’appuie sur une structure diagonale où les zones d’ombre s’opposent aux éclats de lumière, à l’instar du chantier naval à droite, guidant ainsi le regard vers les points névralgiques de l’activité portuaire. Au XVIIe siècle, ces vues de ports sont particulièrement prisées, autant pour leur esthétique que pour leur valeur de témoignage. Si le commanditaire demeure inconnu, la présence du chantier naval suggère une oeuvre destinée à un officier de haut rang, membre de la Marine royale. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Sarah Montebello,
Doctorante en histoire, université Sorbonne Paris Nord, laboratoire Pléiade
— Un moment de perfection de l’art pour la Marine royale
« Les bénéfices de la paix sous la Régence et au début du règne de Louis XV, puis les revers de la flotte française lors de la guerre de Sept Ans, reportent l’attention sur les ports qui symbolisent l'expansion économique. Si la marine de guerre apparaît dans les morceaux de réception académique, chez Adrien Manglard comme chez Joseph Vernet, la vogue des points de vue depuis le rivage répond au goût des amateurs et des marchands. Ce siècle est autant celui d’un art unissant grand genre, vraisemblance et naturel que celui des sciences, notamment en matière de navigation. »
« L’Académie royale de peinture et de sculpture accueille Vernet avec zèle. L’emblématique série des Ports de France de ce dernier, commandée en 1753 par Louis XV, met en image un rêve grandiose de prospérité et de puissance. Les suiveurs de Vernet tels que les frères Ozanne, ou encore Jean-François Hue, propagent l’art maritime et sont en faveur à la cour. »
« Le duc de Choiseul, nommé ministre de la Marine en 1761, amorce le redressement de la flotte qui s’accentue sous Louis XVI. Formé aux enjeux maritimes et féru d’expéditions lointaines, ce dernier confie la Marine au maréchal de Castries qui assure la victoire française lors de la guerre d’Indépendance américaine, grâce à des officiers tels que d’Estaing, Suffren, De Grasse, La Motte-Picquet ou Du Couëdic. L’officier de marine Auguste-Louis de Rossel, quittant sa carrière de marin pour la peinture, reçoit du roi la commande des victoires navales du conflit, inscrivant au pinceau cette revanche dans l’Histoire. »
« Le Combat naval de l’île de la Grenade, 6 juillet 1779 décrit la victoire de la France sur l'Angleterre lors d'un épisode célèbre de la guerre d’Indépendance américaine. En 1779, l'escadre commandée par le vice‑amiral Charles Henri d’Estaing livre une bataille contre les forces anglaises au large de Grenade, aux Antilles. La victoire de la Marine sur la Royal Navy permet de conquérir l'île de la Grenade et connaît un large écho en métropole. Répondant à une commande de Louis XVI, Jean-François Hue représente les derniers instants du combat, avec un grand souci de réalisme et d’exactitude historique. Au premier plan, un vaisseau anglais démâté navigue sous gréement de fortune ; tandis qu'au second plan, la ligne anglaise, rompue, fait face à la flotte française qui poursuit sa manoeuvre et montre ainsi son avantage durant l'affrontement. »
Source : Les Chroniques des Amis de Versailles - le magazine des amis du château
— La Marine et l’irruption de l’Histoire dans l’art
« La Révolution française ouvre un siècle passionné d’Histoire et d’actualité. Si la Marine révolutionnaire, puis impériale ne parvient pas à vaincre l’Angleterre, elle trouve dans la peinture de bataille navale le moyen de magnifier les actes de courage. Par le portrait, René Théodore Berthon célèbre le vice‑amiral Decrès, nommé ministre par Napoléon Ier, et Jean-François Millet décrit vers 1845 de manière naturaliste Aimable Gachot, lieutenant de vaisseau. Les héritiers de Vernet que sont Hue, Louis-Philippe Crépin et l’anversois Mathieu Ignace Van Brée mettent en scène la force navale de l’Empire. »
« Sous la Restauration, le romantisme sombre de Théodore Géricault s’empare du naufrage de la Méduse et projette le Salon de 1819 en pleine mer. Les peintures de marine et d’histoire navale (Crépin, Pierre-Julien Gilbert, Ambroise Louis Garneray) se nourrissent de la référence à Vernet, régénérée par l’énergie romantique (Théodore Gudin, Eugène Isabey, Paul Huet) et l’influence anglaise (John Constable, Richard Parkes Bonington, William Turner) lors du Salon de 1824 qui présente le portrait du duc d’Angoulême, Grand Amiral de France, en généralissime de l’armée d’Espagne. Corsaire devenu « peintre pour les marines » de ce dernier, Garneray peint les côtes et ports de France, pour la gravure et leur diffusion. »
« Après l’expédition d’Alger de juin 1830, Crépin et Théodore Gudin deviennent peintres du ministère de la Marine. Proche de Louis-Philippe d’Orléans, Gudin s’affirme en maître du fait naval. Eugène Delacroix et François‑Auguste Biard, pour le genre historique rétrospectif, et Horace Vernet, Gudin et Antoine‑Leon Morel-Fatio, pour les sujets navals, participent aux galeries historiques du château de Versailles que le roi Louis-Philippe conçoit en vue de la réconciliation nationale. La IIe République poursuit les commandes de peintures d’histoire, célèbre l’abolition de l’esclavage et consacre l’essor de la peinture de genre et de paysage. »
« En 1834, Louis-Philippe commande à Eugène Delacroix, pour la Galerie militaire du Musée historique du château de Versailles, ce portrait rétrospectif et historiciste du comte de Tourville, vice-amiral et maréchal de France et célèbre héros de la Marine royale de Louis XIV. Ce portrait reprend la sculpture représentant le vice-amiral et commandée par le comte d’Angiviller en 1779 qu’il ordonna à Houdon.
La pose de Tourville que lui réserve Delacroix est élégante et empreinte des manières de la Cour, malgré son armure, quand la sculpture de Houdon transcrit un Tourville fougueux et batailleur.
Ouvrant l’arrière-plan vers un paysage de marine au ciel nuageux aux accents romantiques, Delacroix aborde ici l’Histoire nationale à travers ce grand marin victorieux à Béveziers en 1690. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Bertrand de Sainte-Marie, conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la Conservation du musée national de la Marine
— L’ancre et le pinceau sous le Second Empire et la IIIe République
« L’arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte, qui devient Napoléon III en 1852, favorise les innovations techniques et scientifiques en matière navale. Jean-Baptiste Durand‑Brager, élève d’Isabey, peint cette renaissance de la flotte à l’occasion de la guerre de Crimée. Son élève Pierre-Émile de Crisenoy, à la suite de Morel-Fatio, devient en 1867 le deuxième et dernier peintre du ministère de la Marine sous le Second Empire. »
« Les commandes de tableaux valorisent les expéditions coloniales à travers le monde. La peinture d’histoire ou contemporaine navale hérite d’une tradition de composition équilibrée, offrant une vue large du champ de la scène, une vraisemblance visuelle et une lisibilité des navires. Elle évolue vers le genre, le décoratif et l’histoire sociale, confrontée à la révolution réaliste (Gustave Courbet, Édouard Manet), naturaliste et impressionniste, par la force du sujet moderne. La peinture militaire, genre nouveau qui s’affirme après 1870, s’attache à la figure du marin. »
« Le tableau de marine est vu par les critiques d’art comme un genre toujours assimilé au paysage et minoré dans les comptes rendus de Salon. Les thèmes traités par les peintres pour la Marine de la République sont la fête maritime, les parades d’escadres dans le cadre diplomatique, l’expansion coloniale et des événements tels que le décès de l’amiral Courbet, considéré comme un héros national. Les peintres illustrent aussi les stratégies navales, à l’image de Paul Jobert qui promeut le torpilleur. La IIIe République commande et achète ainsi des œuvres mettant sa flotte à l’honneur. »
« Pendant possible d’une Vue de Calais contemporaine, et preuve que le peintre se montre sensible à la politique portuaire du Second Empire, l’oeuvre du musée d’Orsay se distingue des autres marines réalisées au cours de ses nombreux séjours balnéaires. Sous un titre apocryphe qui convient mal à sa note presque endeuillée, elle confirme l’ouverture de la peinture de Manet à une véritable dimension sociale, moins caractérisée chez lui le plus souvent. En attente de leurs maris ou de leurs parents partis en mer, un groupe de femmes à coiffes traditionnelles, serrées les unes contre les autres, mobilisent potentiellement la compassion du spectateur. Inspirée par les nocturnes du XVIIe siècle flamand et hollandais, l’oeuvre, de facture souple et douce, associe amèrement l’angoisse des femmes et la nuit magnétique. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Stéphane Guégan, Conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d’Orsay
— Le statut des peintres et la diversité des inspirations
« La transition de la peinture d’histoire navale vers la peinture militaire se manifeste chez Léon Couturier qui s’attache à la figure du marin. À l’apogée de sa carrière, Félix Ziem peint, sous le soleil de Toulon comme son ami François Nardi, la visite du président Émile Loubet aux escadres en 1901. Charles Fouqueray, peintre voyageur de marine et d’histoire, Lucien Simon et Eugène-Louis Gillot s’impliquent dans la communauté des peintres de la mer. La nomination de Paul Signac comme peintre de la Marine en 1915 marque l’infléchissement en faveur des tendances postimpressionnistes, cézaniennes, fauves (Albert Marquet) et cubistes (André Lhote). »
« Pendant le conflit mondial, la Marine missionne les artistes dans les ports et l’armée navale. Le décret du 10 avril 1920 autorise le ministre de la Marine à décerner le titre de « Peintre de département de la Marine ». Les peintres peuvent ajouter une ancre à leur signature et effectuer des missions sur les navires et dans les ports. En 1931, Simon, Fouqueray, Jean-Louis Paguenaud et Du Gardier réalisent les décors du Cercle naval de Toulon. Albert Brenet et Marin‑Marie, embarqués dès les années 1930, poursuivent leurs missions après la Libération, tout en abordant différentes marines. Les représentations héroïques laissent place à de nouvelles expressions qui caractérisent une modernité picturale compatible avec les formules réalistes des sujets maritimes. De Charles Lapicque, engagé dans l’étude des couleurs, à Arnaud d'Hauterives et Michel Bez qui pratiquent un réalisme utopique, les pratiques se diversifient chez les artistes pour lesquels le décret de 1981 officialise le titre de « Peintre des armées, spécialité Marine ».
« Les jeunes années d’Albert Marquet entre Bordeaux et le bassin d’Arcachon influencent sa carrière de peintre des quais et du littoral. Grand voyageur, des rivages français aux pourtours du Proche‑Orient, Marquet célèbre les bords de Seine, les ports d’Europe et les littoraux du Maghreb.
Le Sergent de la coloniale représente, comme le trahit son uniforme à large galon d’or hérité de la Grande Armée, un plus modeste caporal-fourrier. Le modèle, à ce jour anonyme, pose avec autant de nonchalance que de distinction, assis sur un simple tabouret dans une pièce pour le moins dépouillée. La touche large, le coloris sombre et la silhouette cernée se découpant sur un fond neutre témoignent de la dette évidente de Marquet à l’égard de l’oeuvre de portraitiste d’Édouard Manet. »
Texte tiré du catalogue de l'exposition. Auteur : Benjamin Couilleaux, Conservateur en chef du patrimoine, responsable du département décors, mobilier et arts décoratifs au musée Carnavalet – Histoire de Paris
D’un Salon à l’autre : le processus de création du Salon de la Marine
« Depuis le XVIIe siècle, le Salon de peinture et de sculpture a consacré des carrières d’artistes et rythmé la vie des arts, jusqu’en 1881. La IIIe République met alors fin au monopole de l’Académie des beaux-arts sur le Salon, renommé Salon des artistes français. S’ensuit l’apparition d’autres sociétés d’artistes, comme la Société nationale des beaux-arts, le Salon des indépendants ou le Salon d’automne. »
« La plupart des peintres de la Marine ont participé au Salon officiel, puis aux suivants. Les artistes les plus attachés à la Marine fondent en 1900 une association amicale ayant pour but de créer un « Salon de la mer ». Fouqueray fonde en 1905 la Société des peintres de Marine afin d’aider « au développement de la marine française ». La Société nationale des beaux-arts de la mer est créée en 1924, à l’initiative du peintre Gillot, avec le haut patronage du ministre de la Marine Georges Leygues. Les artistes Philippe Dauchez et Simon s’y impliquent et Mathurin Méheut, Léon Haffner, Lucien-Victor Delpy, Auguste Matisse et Gustave Alaux participent à ces Salons tenus à la galerie Zivy, avenue Montaigne à Paris. »
« Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Vichy instrumentalise ces aspirations à des fins de propagande. Cette période s’accompagne également d'une guerre complexe des images, entre celles des artistes sollicités ou reconnus par le régime de Vichy, ceux qui rejoignent ou soutiennent les Forces navales françaises libres (FNFL) ou les défenseurs de la « Belle Marine » de 1939. C'est dans ce contexte qu'est inauguré en 1942 le premier Salon de la Marine, suivi en 1943 du deuxième Salon, organisé au musée national de la Marine qui a quitté Le Louvre pour le Palais de Chaillot. Après la Libération, les expositions et les Salons de la Marine au Palais de Chaillot reprennent. Le Salon témoigne depuis de la variété des expériences maritimes et des expressions artistiques modernes, de la persistance des sujets historicistes aux explorations individualistes, réalistes, hyperréalistes et abstraites. »
Peintres embarqués et reporters
« Les peintres du département de la Marine peuvent être embarqués sur les bâtiments de la flotte nationale et invités à la table des officiers. Les peintres‑reporters servent la cause de la Marine et certains sont correspondants de guerre : Delpy, Brenet, Marin-Marie ou Roger Chapelet. Méheut s’attache à la vie des communautés littorales, tandis que Brenet développe une vision objective du travail humain et prend part aux manoeuvres. Il cale son chevalet sur les navires de guerre français, sur un trois-mâts barque ou sur les remorqueurs de New‑York. Embarqué dès 1935 sur un cuirassé, il décrit par la gouache une des cinq tourelles doubles de la Provence pendant un exercice de pointage et de chargement. Éternel voyageur et hanté par les défis de l’océan, l’artiste suit les carénages et partage les quarts de nuit en haute mer. Embarqué avec le commandant Charcot à bord du Pourquoi pas ?, Marin-Marie peint d’après nature les mouvements de la mer. Signac, Fouqueray, Brenet et André Hambourg ont ainsi restitué sur le vif des centaines de motifs, d’expériences visuelles et de sensations sur leurs carnets lors de leurs voyages, opérations navales et explorations. Sans être peintre du département de la Marine, Jean Badeuil documente les missions de Jean-Baptiste Charcot à bord du Pourquoi Pas ? à partir de 1934 et jusqu’au naufrage de 1936. Son corps et sa boîte de couleurs sont retrouvés après le naufrage, impliquant concrètement l’art dans la dimension tragique de l’aventure humaine. »
Les collections en mouvement : restaurations, acquisitions, dépôts
« La peinture tient une place singulière dans les collections du musée. Au fil de l’histoire du premier musée naval, au sein du musée du Louvre, les peintures sont déjà présentes, parmi les modèles et les maquettes de navires. Elles le sont également dans les musées des arsenaux des ports. »
« L'exposition La Marine & les peintres. Quatre siècles d'art et de pouvoir a été l'occasion pour le musée de compléter et mieux connaître ce fonds. En effet, près de la moitié du corpus de l'exposition, soit plus de soixante pièces, provient des collections du musée. Parmi celles-ci, une quarantaine a fait l'objet de restaurations (peintures, arts graphiques et cadres). »
« Par ailleurs, le musée a enrichi son fonds grâce à l'acquisition de trois tableaux visibles dans l'exposition : Vue d'un port avec un navire en construction de Jean-Baptiste de La Rose (vers 1665) et Lancement d'un navire croiseur cuirassé à Toulon de Félix Ziem (deuxième quart du XIXe - début du XXe siècle). La préemption en vente publique du Portrait de Jean‑Paul de Saumeur, dit le Chevalier Paul (1597‑1667) permet de faire entrer dans les collections nationales le seul portrait connu (à l'exception d'un dessin à la sanguine conservé à la bibliothèque Méjanes d'Aix‑en-Provence) de cette grande figure des opérations navales françaises en Méditerranée et de la cour de Louis XIV. »
« Enfin, un dépôt exceptionnel de vingt-quatre peintures d'Ambroise Louis Garneray a été consenti par la Chambre de commerce et d'industrie régionale de Paris Ile‑de‑France, dont vingt‑trois sont présentées dans l'exposition. Cet ensemble s'inscrit dans une série, plus large, de vues de ports de France peintes au début du XIXe siècle, dans la lignée de la célèbre série de Joseph Vernet, réalisée un siècle plus tôt. »
46e Salon de la Marine
« Le 46e Salon de la Marine s’inscrit dans le cadre des 400 ans de la Marine nationale avec la thématique « 400 ans d’Art et de combat ». Il se tient du 13 mai au 2 août 2026, dans la continuité de l’exposition La Marine & les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir. »
« Unifiée et centralisée en 1626 par Louis XIII et le cardinal de Richelieu, la Marine de France protège les Français, sur tous les océans, depuis sa création. Ce sont quatre siècles d’engagement en mer, d’hommes et de femmes au service de la France, des Français et de leurs intérêts. 2026 marque ainsi le 400e anniversaire de la Marine nationale, célébré tout au long de l’année par de nombreuses manifestations qui mettront en avant cet héritage. »
« Le Salon est co-organisé par la Marine nationale avec le Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), l’association des Peintres officiels de la Marine et le musée national de la Marine. »
« Comme à chaque édition, le Salon compte trois volets : — une exposition des oeuvres des Peintres officiels de la Marine (POM) en activité ;
— une exposition d’oeuvres sélectionnées sur dossier par un jury, ouverte à tous les artistes et à toutes les sensibilités et pratiques artistiques ;
— un hommage aux Peintres officiels de la Marine disparus depuis la précédente édition, qui s’était exceptionnellement tenue à Brest, en 2021. »
« Ce sont au total 84 oeuvres qui sont ici réunies, dont 43 sélectionnées par le jury à l’issue de l’appel à concours. Toutes illustrent ainsi la continuité d’une tradition d’artistes témoins de leur temps, célébrant l’audace, le courage, l’esprit d’équipage et la recherche permanente d’innovation hérités de 400 ans de combat naval. »
— Les Peintres officiels de la Marine : des artistes au service de la Marine
« Dès l’Ancien régime, des artistes reçoivent des commandes d’oeuvres qui célèbrent et décrivent la marine de guerre, ses figures, ses batailles et ses arsenaux. En 1830, pour la première fois, deux peintres, Louis-Philippe Crépin (1792-1851) et Théodore Gudin (1802-1880) sont officiellement attachés au ministère de la Marine. Cette décision n’est fondée sur aucun texte mais est pourtant à l’origine du corps actuel des Peintres officiels de la Marine. En 1920, un premier décret institue le statut de peintre du département de la Marine. Plusieurs fois remanié et désormais interarmées, c’est un décret du 2 avril 1981 qui officialise le titre de « Peintre des armées, spécialité Marine ». Ces derniers sont nommés par le ministre des Armées sur proposition du jury du Salon. Ils ont rang d’officier et peuvent porter l’uniforme mais sans galon. Par tradition, ils sont appelés « Maître », et ont le privilège de pouvoir embarquer sur les bâtiments de la Marine nationale. Il faut distinguer les peintres agréés, nommés pour trois ans renouvelables, des peintres titulaires, pouvant être nommés après trois agréments successifs. Le titre de « Peintre » doit être compris au sens large : il réunit aussi des graveurs, des sculpteurs, des photographes et des hommes de cinéma.
« On compte aujourd’hui trente-huit POM qui mettent leur talent au service du rayonnement de la Marine. Pour cette 46e édition, trente-trois d’entre eux présentent une oeuvre. »
— Les candidats exposants
« Le Salon expose, outre les oeuvres des Peintres officiels de la Marine, le travail d’autres artistes ayant proposé leur candidature au concours organisé à l’automne 2025 par la Marine nationale. Chaque artiste propose une oeuvre correspondant à la thématique du Salon. »
« Pour cette 46e édition, quarante-trois artistes ont été sélectionnés par un jury composé de représentants des mondes maritime et culturel et présidé par le contre-amiral David Samson. Leurs oeuvres traduisent la diversité des regards portés sur la Marine nationale et la mer tant par les techniques utilisées (peintures, arts graphiques, photographies, bandes dessinées, sculptures et oeuvres digitales) que par les scènes et interprétations choisies. »
« Parmi ces artistes, certains postulent au titre de Peintre de la Marine. Ils font l’objet d’une sélection par le jury du Salon qui se réunit une deuxième fois pendant la tenue du Salon. Un décret signé du ministre officialise la nomination des lauréats. Quelques artistes sont également sélectionnés par ce même jury pour se voir remettre une distinction ou un prix au regard de la qualité de l’oeuvre qu’ils ont exposée. »
Hommage aux peintres disparus
« Depuis le précédent Salon de la Marine, présenté à Brest en 2021, huit Peintres officiels de la Marine ont disparu. Une section spéciale leur rend hommage en exposant une oeuvre de chacun d'entre eux, témoignant de leur regard artistique singulier sur le monde, la mer, la Marine et la communauté des gens de mer. »
— André Bailhache (1942-2025)
— Michel Bernard (1931-2022)
— Michel Hertz (1933-2022)
— Michel Jouenne (1933-2021)
— Michel King (1930-2025)
— Ronan Olier (1949-2020)
— Jacques Perrin (1941-2022)
— Jean-Paul Tourbatez (1942-2025) »
⚓ L'ancre de Marine, un symbole pour les Peintres
« L’ancre est l’un des signes distinctifs des Peintres officiels de la Marine qu’ils peuvent accoler à la signature de leurs oeuvres ou à leur nom d’artiste. Ce privilège leur a été octroyé par décret, le 8 avril 1953. Cette ancre, symbole d’un amarrage fort, traduit leur attachement à la Marine nationale et au monde de la mer. »
Avant-propos
Texte tiré du catalogue de l'exposition
Thierry Gausseron
Directeur du musée national de la Marine
« Il y a plus de 400 ans que la Marine a noué un pacte avec les arts. Et ce n’est pas seulement parce que la mer a généralement inspiré poètes, musiciens et peintres, depuis Homère, Baudelaire, Debussy, Turner et Courbet…
La Marine française fut aussi elle-même une muse pour de nombreux artistes dont certains ont été membres de son équipage : Victor Segalen, Pierre Loti, Théodore Gudin ou Jean Cras pour ne citer que nos préférés.
Reflets et instruments de quatre siècles d’histoire nationale, les chefs-d’œuvre rassemblés pour la première fois dans l’exposition « La Marine & les peintres. Quatre siècles d’art et de pouvoir » célèbrent judicieusement les noces d’un mariage somme toute assez exotique entre l’art et la Marine de guerre.
La Marine a également, en retour, eu recours aux artistes pour soigner son image, appelant les ornemanistes aux proues et aux poupes puis convoquant les Peintres officiels, « photojournalistes » de l’époque, pour la plus grande gloire du souverain et nos forces navales. L’État séducteur s’est ainsi appuyé sur la puissance universelle des images pour communiquer. De la même manière que l’art se met au service du politique, Trafalgar devient une bataille de pinceaux dans laquelle Turner et Mayer s’affrontent à quelques années d’écart par marines interposées pour le plaisir tranquille des visiteurs de musées français ou anglais : « Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, d’apercevoir du rivage les périls d’autrui »…
Malgré l’avènement de la photographie au début du xixe siècle et de l’image animée un peu plus tard qui aurait pu décrédibiliser les modes de représentation anciens, les beaux-arts n’en ont toujours pas fini avec la Marine. Son instinct combattant n’a pas éteint son goût pour les arts. Car la Marine sait que l’artiste est capable d’atteindre les cœurs et que la peinture en particulier, au-delà de la réalité dont elle peut rendre compte de manière plus ou moins fidèle, peut se faire allégorie, susceptible de figurer une idée, une pensée et pas seulement un cuirassé. « Ceci n’est pas un bateau », aurait dit Magritte, mais l’image de la puissance navale. Une vérité artistique et politique à la fois. »
Bertrand de Sainte-Marie
Commissaire de l'exposition, conservateur en chef du patrimoine, chef du service de la Conservation du musée national de la Marine
« J’avais été marin, j’étais peintre de marine. J’estime que la peinture de marines forme un genre distinct qui nécessite des études spéciales »1. Si le mot du grand peintre des sujets maritimes et navals qu’est Théodore Gudin résonne de manière encore si juste, il ne saurait couvrir tout le champ de cette exposition. Les célébrations des 400 ans de la Marine invitent en effet à rassembler des oeuvres extrêmement variées, au-delà des seules peintures de marines, en vue de montrer la relation entre la Marine combattante et protectrice et les peintres, depuis 1626, date de son établissement en tant que flotte pérenne et unifiée.
Les représentations picturales ont pris un nouvel essor à l’aune des évolutions des théories et de la pratique de la peinture, des explorations maritimes et du développement des flottes des États modernes dès le xvie siècle. Cette exposition inédite – le sujet naval en termes picturaux n’a jamais fait l’objet d’études scientifiques globales et approfondies – mêle étroitement art visuel, pouvoir, histoire nationale et enjeux navals. Le public peut y découvrir les oeuvres des artistes témoins de l’évolution du monde maritime et de la conquête des mers par la France du XVIIe siècle à la fin du XXe siècle. L’exposition propose ainsi un regard nouveau sur la diversité formelle et la fascination picturale, du pittoresque au drame historique, que ces artistes ont transmises au fil des siècles. Elle entend montrer ces représentations du monde militaire marin et de l’histoire navale et interroger les rapports complexes entre la Marine, le pouvoir et les artistes. Ces derniers s’ouvrent aussi à toutes les marines, à des dimensions plus sensibles de la mer et à la restitution du face à face physique avec son spectacle.
Dans un contexte où les mers sont redevenues des espaces de compétition et de conflits, les célébrations des 400 ans de la Marine française invitent à reconsidérer ce puissant attribut de la souveraineté au prisme de l’art et de l’histoire. Dès le XVIIe siècle, l’affirmation du pouvoir royal s’est accompagnée de la création d’un commandement maritime centralisé au service des intérêts de l’État. Cette politique de puissance s’est aussi manifestée à travers les arts, et grâce à des peintres aux statuts et aux dénominations variés selon les périodes : peintre pour les mers du roi, dessinateur et maître-peintre entretenu, peintre de paysages et de marines, peintre de marines du roi, peintre des batailles du département de la Guerre, peintre rattaché au ministère de la Marine, peintre du Département de la Marine et enfin peintre officiel de la Marine (POM), sans oublier ceux qui, sans avoir un de ces statuts, évoluent autour ou au sein des institutions militaires et artistiques. Ce développement de la peinture au service de la Marine, des ateliers des arsenaux aux cercles académiques, va traverser les courants artistiques du XIXe siècle puis les nouvelles tendances modernes, s’inscrivant dans les mutations, les fractures historiques et les tensions esthétiques, entre réalisme et abstraction, qui vont jalonner la modernité du XXe siècle.
L’exposition suit une progression chrono-thématique et explore les enjeux historiques et esthétiques, selon les contextes politiques, militaires et académiques. Cette peinture de marine a connu des métamorphoses et des analyses critiques contrastées : cette expression hybride tributaire du paysage, à travers les influences nordiques et italiennes, conquiert une transcription de plus en plus sensible, impressionniste et imaginative de la mer. Elle se nourrit des codes de la peinture de bataille pour représenter les batailles navales historiques et modernes mais aussi de la rhétorique de la peinture savante qui mêle la fable et l’histoire, que ce soit pour des grands décors ou des portraits historiés.
L’apogée du fait moderne après la Révolution française se retrouve ainsi dans les peintures de bataille navale classique, dans le sillage du génie de Joseph Vernet au XVIIIe siècle. La bataille navale n’est pas la seule catégorie du genre naval. Le portrait de navire, la vue de port ou d’arsenal et surtout la fête maritime constituent les autres registres de ce répertoire où la Marine est célébrée ou à travers lesquels elle promeut ses équipements ou sublime les limites et les échecs du fait naval.
À partir de 1870, la peinture de genre s’intéresse davantage à la condition sociale du marin et à la sensibilité maritime et envahit la peinture d’histoire, instaurant ainsi une peinture militaire plus spécialisée et moins soucieuse des grands panoramas grand genre.
Les codes de la bataille navale académique s’estompent au bénéfice d’un académisme pénétré par le genre et le renouvellement du style. N’oublions pas le portrait qui n’a de cesse, du XVIIe siècle au XXe siècle, d’exhiber la stature et l’expression des hommes de pouvoir et de commandement. Confrontée aux avant-gardes du XXe siècle, ces représentations évoluent tout en conservant leurs spécificités plastiques.
Alors que le développement de la navigation de plaisance, des stations balnéaires et des bains de mer va changer l'image des activités nautiques et de la mer, les artistes voués au théâtre de l'histoire navale et aux scènes de naufrage vont modifier aussi leur approche. À cette ouverture, sur le fond comme sur la forme des techniques employées, vont s’ajouter des fractures aussi bien historiques, pendant la Seconde Guerre mondiale, et même après, qu’esthétiques, à travers des choix parfois divergents entre les différents types de réalismes et les formules abstraites. S’ajoutent aussi les dimensions documentaires, la diffusion des images, le positionnement des artistes et de l’institution ainsi que l’art comme fruit d’une expérience embarquée. La conquête et la traversée des mers ont suscité également celle des images. Quand l’art révèle, dans la variété de ses formes et de ses moyens, la force de l’engagement et l’expérience individuelle du peintre, il offre au public ses mythes autant que sa part de transcription du réel. C’est cette part composite qu’une telle exposition hautement mémorielle entend restituer. »
1 Souvenirs du baron Gudin, peintre de la marine (1820-1870), publiés par Edmond Béraud, 1921, p. 33-34
Palais de Chaillot
17, place du Trocadéro et du 11 Novembre. 75016 Paris
Tel : 01 53 65 69 69
Ouvert tous les jours de 11h à 19h, sauf le mardi
Nocturne jusqu’à 22h le premier jeudi du mois
Visuels :
Affiche ci-contre
Combat de Gondelour, 20 juin 1783
Auguste Louis de Rossel, 1791,
© Musée national de la Marine/A. Fux
© Conception graphique : Studio Camille Guitton
Ravitaillement de l’île de Ré par Claude de Razilly, 1627
Claude Vignon (1593-1670), 1642
Huile sur toile, H. 162 x l. 202 cm
Paris, musée national de la Marine
© musée national de la Marine/P. Dantec
Vue d’un port avec un navire en construction
Jean-Baptiste de La Rose (1612-1687), vers 1665
Huile sur toile, H. 45 x l. 70 cm
Paris, musée national de la Marine
Œuvre acquise avec le soutien de l’Association des Amis du musée national de la Marine (AAMM) en 2025
© musée national de la Marine/C. Rabourdin
Napoléon Ier et Marie-Louise assistent au lancement du vaisseau Le Friedland dans le port d'Anvers
Ignace Van Bree, 1810
© GrandPalaisRmn (Château de Versailles) / Franck Raux
Retour des cendres de l’Amiral Courbet aux Salins d’Hyères en 1885 sur le Bayard
Émile Mathon, 1885
© musée national de la Marine/P. Dantec
Le Sergent de la coloniale
Albert Marquet (1875-1947), vers 1906
Huile sur toile, H. 81 x l. 65 cm
Bordeaux, musée des Beaux-arts
© Mairie de Bordeaux - Musée des Beaux-Arts – Photo F. Deval
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