mardi 25 avril 2017

« Les années Obama » par Norma Percy, Brian Lappin et Paul Mitchell


« Barack Obama et ses conseillers relatent au jour le jour les péripéties d'une présidence qui voulait changer l'Amérique ». 

« Le 4 novembre 2008, un immense espoir se lève, venu des États-Unis. L'élection du premier président noir de l'histoire américaine, issu par son père d'une famille musulmane, fait rêver non seulement son pays, mais aussi le monde entier, d'une nouvelle ère politique de paix et de justice sociale, qui tournera la page des années Bush. « Vous et moi, nous allons changer ce pays, et nous changerons le monde », lance-t-il à la foule euphorique qui l'acclame. Huit ans après, quel bilan Barack Obama laisse-t-il en quittant la Maison-Blanche ? Comment a-t-il exercé le pouvoir ? »

Cette « magistrale série documentaire tente de répondre en reconstituant de l'intérieur et en détail, grâce au récit de Barack Obama lui-même et de ses conseillers, mais aussi de nombre d'autres témoins clés, ce que furent, au jour le jour, les grandes étapes de ses deux mandats ». Et en cela, cette série s'avère passionnante : elle permet aux protagonistes d'expliquer leur stratégie, de révéler les coulisses de décisions à la Maison Blanche.

« En mettant en lumière la dimension éminemment humaine du pouvoir, Norma Percy et ses coréalisateurs parviennent à faire des arcanes d'une réforme financière ou des dessous d'une négociation technique sur l'assurance santé un palpitant scénario à rebondissements ». 

« Mais si leurs Années Obama rappellent parfois les séries Borgen ou À la Maison-Blanche, d'autant que le personnage principal a le charisme, voire le glamour, d'un héros de fiction, la rigueur de l'information n'est jamais sacrifiée aux ressorts de la narration ». 

« Au-delà du bilan d'Obama, cette immersion dans les coulisses de la Maison-Blanche révèle remarquablement toutes les contradictions et la complexité de la politique américaine contemporaine ».

On peut regretter que les trois co-réalisateurs aient omis d'évoquer le passé de Barack Hussein Obama, sa culture islamique acquise en Indonésie, le milieu gauchiste dans lequel évoluent sa mère Ann Dunham et lui. Sans ces informations, on ne comprend pas les bouleversements imposés par le président Obama aux Etats-Unis.

Yes we can!
Une "ambiance de fête" règne à Washington.

« Acte I : comment, deux mois avant son investiture, Barack Obama doit mettre de côté ses ambitieuses promesses de réformes pour gérer la plus grande crise économique que le monde ait connue depuis celle de 1929, et découvre que les Républicains ont résolu de le contrer par une opposition systématique ». N'est-ce pas le rôle de l'opposition dans un régime démocratique ? A fortiori quand le président Obama méprise les Républicains, quand l'opposition, confiante dans la libre entreprise, sceptique à l'égard d'un Etat fédéral sortant de ses compétences, n'est pas convaincue de la pertinence des mesures de l'administration Obama et redoute un endettement exponentiel. Force est de constater que l'opposition des membres républicains du Congrès n'a pas été permanente ni efficace, ainsi qu'en atteste l'apparition du Tea Party et le triomphe de Donald Trump sur les candidats du parti républicain issus de l'establishment œuvrant au Capitole à Washington.

Les « mesures qu'il prend pour prévenir l'effondrement de l'économie américaine sont impopulaires (son refus de nationaliser les banques et de punir Wall Street), chères (son plan de relance est le plus grand de l'histoire américaine) et controversées (sa décision de renflouer l'industrie automobile) ». L'un des conseiller explique qu'il s'agit de "sauver le système financier". Ce volet n'explique pas l'origine de cette crise.

« L'état de grâce est terminé avant même qu'il ait concrétisé une seule de ses grandes promesses électorales - notamment celle de fermer Guantanamo, mise en échec lorsque les membres du Congrès refusent d'accueillir des détenus sur le sol américain ». 

Le président Obama « obtient néanmoins une petite victoire au sommet sur le climat de Copenhague, en s'invitant dans une réunion présidée par la Chine ».

Le plus beau jour du président
« Acte II : comment le nouveau président, contre l'avis de ses principaux conseillers, a tout risqué pour faire passer sa plus grande réforme, l'« Obamacare », lançant le chantier de l'assurance santé pour tous dès le début de son mandat. Un débat qui a exacerbé les passions américaines et coupé le pays en deux ».

Le « texte est adopté à la Chambre des représentants, largement dominée par les Démocrates. Mais, au Sénat, la bataille est plus rude et Obama est obligé de faire des compromis qui affaiblissent le texte ».

« Après une défaite surprise de la candidate des Démocrates dans le Massachusetts, Obama perd de plus sa courte majorité au Sénat. Il doit persuader Nancy Pelosi, la tenace présidente de la Chambre, d'utiliser toute son ingéniosité pour faire adopter le texte par ses troupes et négocier personnellement avec les députés anti-avortement de leur parti pour éviter une rébellion de dernière minute ».

« Le 21 mars 2010, il réussit là où sept présidents avaient échoué avant lui, mais il en paiera le prix quelques mois plus tard ».

Aux « élections de mi-mandat, il perd plus de sièges qu'aucun autre président depuis 1938, ainsi que le contrôle de la Chambre des représentants. Pendant tout le reste de sa présidence, il ne pourra faire voter aucune de ses grandes réformes par le Congrès ». Pourtant, c'est bien l'absence 

La série documentaire s'intéresse au processus politique d'adoption d'Obamacare (Affordable Care Act) - la manière de convaincre ou "soudoyer" les membres du Congrès républicains -, et non aux ratés lors du lancement d'ACA, à son bilan controversé, aux enjeux sanitaires et éthiques, etc.

La guerre à reculons
« Acte III : comment, en dépit des espoirs que son discours, au Caire, a soulevés dans le monde arabe, Obama va échouer à sortir les États-Unis du bourbier créé au Moyen-Orient par la guerre de George W. Bush en Irak ». Une vision à nuancer. N'est-ce pas plutôt la décision politique du président Obama d'abandonner précipitamment l'Irak et sa diplomatie en général qui ont  créé ce bourbier ? 

« Face aux révoltes dans certains pays arabes et à l'embrasement de la Syrie, il donne le sentiment d'hésiter à contretemps entre désengagement et intervention ». En fait, le président Obama a choisi dès 2008 de renouer à tout prix avec le régime des mollahs iraniens, et donc d'abandonner les "alliés" des Etats-Unis, telle l'Arabie saoudite. Ce qui explique l'absence du soutien américain aux manifestations de jeunes Iraniens en juin 2009. 

« Avant que, ironie de l'histoire, le pays le plus hostile aux États-Unis, l'Iran, lui accorde en 2015 sa première vraie victoire diplomatique ». Une victoire à la Pyrrhus, plutôt. Le documentaire élude la stratégie du président Obama qui s'est précipité à l'ONU pour faire agréer ce "bad deal", a refusé de le considérer comme un traité pour contourner le Sénat et l'a qualifié de "presidential agreement".

Un « bilan en demi-teinte sur lequel le président sortant livre quelques réponses surprenantes - affirmant par exemple que sa volte-face, en 2013, sur l'intervention en Syrie proposée par la France, reste l'une des décisions « dont il est le plus fier ». Quid de la diplomatie du président Obama choisissant de privilégier, de manière très disproportionnée, parmi les Syriens autorisés à immigrer aux Etats-Unis les musulmans, alors que les chrétiens et les Yézidis sont menacés de génocide par les mouvements islamistes, dont l'Etat islamique ? 

« Cet épisode revient aussi en détail sur l'opération clandestine lancée par la CIA au Pakistan pour exécuter Ben Laden ».

Le documentaire élude la diplomatie d'Obama hostile à l'Etat juif, seul allié stratégique dans la région. Dès son investiture, le président Obama a téléphoné à Abbas, faux "président" de l'Autorité palestinienne, et lors de ses deux mandats a multiplié les pressions sur le seul gouvernement israélien, en créant parfois de toutes pièces des heurts diplomatiques.

C'est une diplomatie catastrophique : incompréhension de la complexité du Moyen-Orient, soutien américain aux Frères musulmans, lâchage du président égyptien Hosni Moubarak, affaiblissement de la puissance américaine, réduction de son leadership, retour de la Russie au Moyen-Orient comme puissance incontournable, supériorité d'armes russes et chinoises, corruption de la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton - subventions à la Fondation Clinton pour la rencontrer -, conseillers liés aux Frères musulmans à des postes clés, telle Huma Abedin, etc.

Quid des attentats terroristes islamistes aux Etats-Unis durant les deux mandats de ce Prix Nobel de la Paix ? Quid de l'interdiction de les lier à l'islam ?

"L'Amérique pure et dure"
« Dernier acte. En 2012, la réélection d'Obama semble propice à réformer l'Amérique en profondeur sur des thèmes aussi capitaux que le port des armes ou l'immigration ». 

Mais, « après une série de bavures policières, c'est la question raciale qui va dominer la fin de son mandat ». 

Cet « ultime volet revient sur le massacre perpétré dans l'école primaire de Sandy Hook (Connecticut) et l'échec d'Obama pour imposer un contrôle accru des ventes d'armes ». La majorité des victimes d'armes à feu sont issues du milieu criminel. "A good guy with a gun stops a bad guy with a gun", résume de manière lapidaire Wayne La Pierre, écrivain américain vice-président exécutif de la National Rifle Association (NRA). 

« Y sont rappelés aussi les aléas de sa réforme de l'immigration, qu'il décide de faire passer en force, par décret présidentiel ». Est-ce respectueux du Congrès ?

Enfin, la « série se clôt sur la colère grandissante des Noirs à travers le pays, qui à Ferguson (Missouri), en août 2014, donne lieu à de véritables émeutes. Obama raconte comment, en tentant de ramener le calme, il a cherché à s'inspirer de l'héritage de son héros, Martin Luther King ». En fait, il divise les Américains, exacerbe les tensions raciales, intervient publiquement en faveur d'un jeune Afroaméricain tué par un vigile, au mépris de la séparation des pouvoirs et de la présomption d'innocence.

Quant au pasteur Wright, afro-américain antisémite favorable au suprématisme noir et pasteur de Barack Hussein Obama, le président Obama ne convainc pas sur sa longue tolérance à son égard et choque en dressant un parallèle avec sa grand-mère à laquelle il prête des propos racistes à l'égard des Noirs. Le racisme est condamnable. Obama occulte le fait que Jeremiah Wright était un pasteur, et non une citoyenne lambda. Comment Barack Obama a-t-il pu assister pendant des années aux sermons de ce pasteur sans s'offusquer de ses propos ?

Quid de l'instrumentalisation des associations juives américaines par Obama ? Quid de la rétrogradation par le président Obama des Juifs dans ses discours ?

Une présidence Obama d'autant plus catastrophique que le leadership américain s'avère indispensable au monde.


« Les années Obama » (Die Ära Obama) par Norma Percy, Brian Lappin et Paul Mitchell
Brook Lapping Productions en association avec Les Films d'Ici 2 pour la BBC en co-production avec al Jazeera America et ARTE France, avec SBS-TV Australia, NHK, SVT, VPRO, RTS, NRK, DR, RDI/Radio Canada, YLE, TVP, Avec le soutien du Programme MEDIA de l'Union européenne, du CNC et de la Procirep-Angoa, 2015
Yes we can (100 Days) : le 8 novembre 2016 à 9 h 25, 25 avril 2017 à 22 h 30 (58 min)
La guerre à reculons (Der ungewollte Krieg, Don’t Screw It Up) : le 8 novembre 2016 à 11 h 20 (60 min)
No I can't (The Arc of History) : le 8 novembre 2016 à 12 h 20 (52 min)
         
Visuels : © Brook Lapping Productions

Les citations sont d'Arte. L'article a été publié le 8 novembre 2016.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire