Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 5 août 2015

« Oriana Fallaci », par Marco Turco


« Oriana Fallaci », par Marco Turco sort en France le 5 août 2015. De la vie de cette célèbre journaliste féministe, correspondante de guerre, portraitiste, et intervieweuse italienne courageuse et audacieuse, ce film, un biopic, se focalise sur quelques conflits couverts par (Indochine, Grèce) et des reportages (Indochine, Grèce, Iran) et deux amours marquants. Est occulté son dernier combat, dans lequel cette femme de gauche critiquait « avec rage et passion », l’islam, défendait l’Occident et soutenait de manière indéfectible l’Etat d’Israël et les Juifs avec ardeur. Le Mémorial de la Shoah propose l'exposition Femmes en résistance.
Cinéma et politique, presse écrite et photographie, démocratie contre dictature, ayatollah contre les femmes, amours et féminisme, solitude et combats, prise de conscience précoce du statut inférieur de la femme sous l'islam et athéisme… Oriana Fallaci, film de Marco Turco, entre-mêle habilement ces thématiques.

Des artistes italiens à la condition des femmes dans le monde en particulier musulman, des états d’âmes des soldats américains lors la guerre du Vietnam à l’interview avec l’ayatollah Khomeiny, en passant par la Grèce sous la dictature des colonels contre laquelle combattait le poète et politicien Aléxandros Panagoúlis (1939–1976) avec lequel Oriana Fallaci vit l'amour de sa vie… C’est le parcours retenu par Marco Turco dans un hommage à Oriana Fallaci (1929-2006).

Des faits marquants, révélateurs du tempérament de la journaliste Oriana Fallaci. Sans celle-ci, sans son livre, sans ce film, combien de personnes, hors les Grecs, se souviendraient encore d'Aléxandros Panagoúlis ? Même l'ayatollah Khomeiny semble oublié de l'opinion publique façonnée par politicards, experts et journalistes afin d'accepter l'accord, pourtant dangereux, sur le programme nucléaire militaire iranien négocié entre d'une part les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine (P5+1) et d'autre part l'Iran, conclu le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche).

En contrepoint, ce bon film, bien interprété, offre un personnage plus jeune de journaliste, aussi féministe qu’Oriana Fallaci, aussi passionnée par ce métier, mais ayant opté pour des choix personnels opposés - mariage, volonté de fonder une famille, etc. – tout en voulant tout concilier.

Courageuse
On peut regretter que ce film occulte la dimension historique d’Oriana Fallaci, bigger than life.

Une vie qui parcourt les deux-tiers du XXe siècle et l’aube du XXIe siècle, mandatée par les plus grands magazines : Il Corriere della Sera, Le Nouvel Observateur, Der Stern, Life, Look, New York Times Magazine, The Washington Post, The New Republic

Une intervieweuse hors pair, osant poser toutes les questions, même celles qui fâchent ses interlocuteurs : dirigeants politiques - shah d’Iran, Willy Brandt, Lech Wałesa, Ariel Sharon, colonel Kadhafi, Yasser Arafat, Zulfikar Ali Bhutto, Indira Gandhi, archevêque Makarios III, Golda Meir, Nguyen Van Thieu, Haïlé Sélassié -, conseiller (Henry Kissinger), stars - Gina Lollobrigida, Marcello Mastroianni, Orson Welles, Sammy Davis Jr, Arthur Miller, Federico Fellini, Anna Magnani, Paul Newman, Sean Connery, Alfred Hitchcock -, etc.

Une journaliste essayiste, titulaire d’un doctorat de Lettres au Columbia College de Chicago, mondialement célèbre, primée - Prix Saint-Vincent du journalisme, Prix Bancarella en 1971 pour La vie, la guerre et puis rien, Prix Viareggio en 1979 pour Un homme, Prix Antibes en 1993 pour Inchallah -, enseignant dans les universités de Yale, Harvard et Columbia, et aux livres édités dans 31 pays, « traduits en 26 langues » et vendus à des dizaines de millions d’exemplaires.

Une Italienne née dans une famille florentine anti-fasciste et résistante dès l’âge de 14 ans. Une polyglotte qui a couvert, au risque de sa vie – nombreuses blessures (Mexique), arrestation en Hongrie - les conflits et révolutions majeurs du XXe siècle : guerre civile au Liban, guerre du Koweït, guerre au Vietnam...

Une intellectuelle de gauche septuagénaire, défendant les Juifs et l’Etat d’Israël, indignée par l'antisémitisme, choquée par les attentats islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis – elle partageait sa vie entre l’Italie et New York - qui se lance dans un combat contre l’islam et l’islamisme, ainsi que contre ceux détruisant la civilisation occidentale. Ce qui lui vaut des procès, notamment du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), des menaces de mort, etc.

Ses combats et ses  derniers essais best-sellers - La Rage et l‘Orgueil, La Force de la raison, Interview de Fallaci par elle-même et l'Apocalypse - seraient-ils possibles en 2015 ? On peut en douter.

En ce 5 août 2015, de grands médias nationaux ont occulté la sortie du film. Pour Charles Enderlin, dans l'affaire al-Dura, ils ont été des centaines de journalistes à apporter leur soutien. Pour informer les auditeurs et téléspectateurs de la sortie de Oriana Fallaci, de Marco Turco, ils sont si rares. Et ceux qui critiquent le film le descendent en flammes. Certains s'interrogeant : comment Oriana Fallaci a-t-elle pu devenir "islamophobe" ? Tous cachent sa défense des Juifs et d'Israël :

"Je trouve honteux que presque toute la gauche oublie aujourd'hui la contribution que les Juifs ont apportée à la lutte antifasciste (il y a vingt ans, cette gauche a toléré qu'une manifestation syndicale dépose un cercueil, avertissement maffieux, devant la synagogue de Rome). Qu'elle oublie Carlo et Nello Rossi, par exemple, et Leone Ginzburg, Umberto Terracini, Leo Valiani, Emilio Sereni, et des femmes comme mon amie Anna Maria Enriquez Agnoletti fusillée à Florence le 12 juin 1944, et les 75 des 335 qui ont été tués aux Fosses Ardeatines et tous les autres morts sous la torture, au combat ou devant des pelotons d'exécution (amis et maîtres de mon enfance et de mon adolescence). Je trouve honteux aussi que, par la faute de la gauche et surtout par la faute de la gauche, les Juifs aient de nouveau peur dans les villes d'Italie -- cette gauche qui ouvre ses congrès en applaudissant le représentant de l'OLP en Italie, le chef des Palestiniens qui cherchent la destruction d'Israël. Et dans les villes de France, de Hollande, d'Allemagne et du Danemark.
Je trouve honteux que tant d'Italiens et tant d'Européens aient pris pour porte-étendard "monsieur" Arafat. Cette nullité qui joue les Mussolini grâce aux sous que lui verse la famille royale Séoudite; ce mégalomane qui croit pouvoir passer à la postérité comme le George Washington de la Palestine. Cet illettré qui, lorsque je l'ai interviewé, n'était pas capable de faire une phrase complète ou de produire un discours articulé. (De sorte que pour publier l'interview j'ai dû prendre sur moi de tout composer et tout écrire; j'en étais arrivée à la conclusion que, par rapport à lui, Khadafi faisait figure de génie). Cet espèce de faux guerrier qui se promène toujours en uniforme, comme Pinochet, sans jamais se mettre en civil, mais qui n'a jamais participé à aucune bataille. La guerre, il la fait faire par les autres, il l'a toujours fait faire par les autres. C'est-à-dire par tous ces pauvres gens qui croient en lui. Cet espèce d'incapable pompeux qui en récitant son rôle de chef d'État a fait capoter les accords de Camp David et la médiation de Clinton : "Non-non-non-je-veux-Jérusalem-en-entier-pour-moi". Ce perpétuel menteur qui n'a des accents de vérité que pour nier le droit à l'existence d'Israël (il ne le dit qu'en privé) et qui se contredit toutes les cinq secondes, comme je le raconte dans mon livre. Qui joue toujours le double jeu et serait capable de mentir même pour vous dire quelle heure il est.
Je trouve cela honteux et j'y vois la naissance d'un nouveau fascisme, d'un nouveau nazisme. Un fascisme et un nazisme d'autant plus pernicieux et répugnants qu'ils sont répandus par des gens qui font les belles âmes, les progressistes, les communistes, les pacifistes, les catholiques et les chrétiens en général, qui ont le toupet de traiter de bellicistes ceux qui comme moi crient la vérité. Je le sais, et voici ce que j'ai à dire. Moi, je n'ai jamais été tendre envers ce Sharon tragique et shakespearien (qui m'avait dit avec une certaine tristesse, en 1982, lors d'une interview : "Je sais bien que vous êtes venue me voir pour ajouter un scalp à votre collection". Je me suis souvent disputée avec les Israéliens et j'ai défendu les Palestiniens dans le passé. Peut-être même plus qu'ils ne le méritaient. Mais je suis du côté d'Israël, je suis du côté des Juifs. Je suis de leur côté comme je l'étais quand j'étais jeune au temps où je combattais avec eux et où les Anne-Larie mouraient fusillées. Je défends leur droit à exister, à se défendre, à ne pas se laisser exterminer une seconde fois. L'antisémitisme de tous ces Italiens et tous ces Européens me dégoûte, et j'ai honte de cette honte qui déshonore mon pays et l'Europe". (La Honte de l'Europe, 2002)

« Oriana Fallaci », par Marco Turco
2014 - Italie – 1 h 50
Scénaristes : Stefano Rulli, Sandro Petraglia, Fidel Signorile et Marco Turco
Musique : Teho Teardo
Avec : Vittoria Puccini, Vinicio March ioni, Francesca Agostini, Stéphane Freiss

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Cet article a été publié le 5 août 2015.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire