jeudi 19 janvier 2017

Etienne Bertrand Weill, photographe


Dans le cadre de Photo Saint-Germain à Paris (novembre 2016), la Galerie Maria Wettergren présente l'exposition Trajets de lumière avec des œuvres de Étienne Bertrand Weill. Résistant français Juif, photographe pour le théâtre, le mime et la danse, Étienne Bertrand Weill (1919-2001) s’est distingué par ses recherches photographiques sur la représentation du mouvement qui aboutiront aux « métaformes », œuvres abstraites. 

« Au fond, la photographie des hommes dans la vie de tous les jours, est-ce si différent de la photographie de théâtre ? L’événement se passe seulement à côté de nous ».

Le parcours artistique d’Étienne Bertrand Weill (1919-2001) est « exemplaire du croisement fécond des langages et des formes entre photographie et spectacle vivant dans la deuxième moitié du XXe siècle ».

Provenant du département des Arts du spectacle, du département des Estampes et de la Photographie de la BnF et des archives familiales, ces photographies réunies dans l’exposition à la BnF présentent une « réflexion esthétique exceptionnelle sur le mouvement et l’énergie du spectacle ».

Les Métaformes
Étienne Bertrand Weill naît à Paris dans une famille française Juive originaire d’Alsace-Lorraine et qui compte d’illustres artistes parmi ses membres, dont le peintre Edouard Moyse.

Diplômé de l’École nationale de photographie et de cinéma (1939), Étienne Bertrand Weill effectue des reportages photographiques humanistes et réalise des photographies d’architecture.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, il participe activement à la résistance française Juive : élaboration de faux papiers pour sauver des enfants Juifs, engagement dans le maquis des Eclaireurs israélites, dans la Première Armée et aux combats dans les Vosges et en Alsace.

Dans l’immédiat après-guerre, Etienne B.Weill achète un Rolleiflex d'occasion et procède au tirage de ses photos dans « son cabinet de toilette avec un agrandisseur qu'il a confectionné avec une boite à biscuits. Il travaille pour l'illustration, tout en œuvrant dans tous les domaines de la Photographie ».

Après sa rencontre avec Marcel Marceau, il se dirige vers la photo de théâtre, de mime et de danse. Dans sa quête de « formes d’expression et de nouveaux stimuli », il s’oriente vers l’avant-garde théâtrale parisienne.

Photographe de Jean Arp dès 1945, il travaille avec de nombreux artistes et collabore aux revues Aujourd’hui et Architecture d’aujourd’hui ainsi qu’aux Cahiers d’Art de Christian Zervos.

Grâce à son ami Marcel Marceau, mime, il rencontre  Étienne Decroux, « grand réformateur de l’art du mime » et « créateur d’une grammaire nouvelle de gestes et d’expressions, lui inspire une recherche esthétique originale sur le mouvement et la lumière ». Une rencontre majeure. « Une même recherche théorique sur le mouvement réunit les deux hommes. Leur collaboration offre au photographe un terrain d’étude privilégié pour élaborer une réflexion esthétique, encore enrichie par son travail avec la danseuse Marguerite Bougai ».

Photographe d’artistes de théâtre, de mime, de danse - Jean-Louis Barrault, Marcel Marceau, Martha Graham, Maurice Béjart -, Étienne Bertrand Weill « perfectionne un langage esthétique au plus près de la performance de l’artiste ». Participe à des expositions individuelles et collectives en France et à l’étranger. Enseigne la photographie à l’université Paris I Sorbonne pendant dix ans.

Son effort pour suggérer le mouvement de la scène dans l'image fixe le conduit à sa recherche et sa création personnelle : les Métaformes.

Pour « fixer la trajectoire invisible du mouvement, il s’engage dans une expérimentation formelle, photographiant des structures mobiles qu’il façonne lui-même et met en mouvement devant son objectif. Ces séries de métaformes, qu’il expose dès 1957 avec le groupe Espace, inscrivent ses créations dans l’âge d’or de l’art cinétique ».

Par « un savant usage de la composition, de la superposition, Étienne Bertrand Weill fait apparaître le geste suspendu, le déséquilibre du corps, la dynamique du mouvement, l’énergie physique du spectacle ».

 « Traces photographiques singulières de la trajectoire du mouvement », les « Métaformes », sont « l’aboutissement de son parcours vers des formes visuelles de plus en plus abstraites ». Étienne Bertrand Weill les « intègre enfin comme éléments du spectacle même, faisant une synthèse originale entre image, musique, danse et théâtre », car pour lui, le « spectacle est une musique ».

En « composant des métaformes sur des musiques contemporaines, Etienne Bertrand Weill donne une nouvelle dimension à ces photographies lors de concerts spectacles et de soirées « Musique pour les yeux ». Le « photographe écrit alors des partitions visuelles : le dialogue entre les métaformes projetées sur scène et la dynamique des corps en jeu propose une synthèse originale entre l’abstrait et la chair, entre la photographie, la musique, la danse et le théâtre ». (Joëlle Garcia)

Les Métaformes naissent de la transfiguration, par la lumière et le mouvement, des mobiles créés en vue des images qu’il désire obtenir ».

Étienne Bertrand Weill a utilisé « la technique photographique pour capter l'invisible, c'est-à-dire les trajectoires décrites par les mobiles qu'il imaginait et construisait lui-même, en fonction des mouvements auxquels il les soumettait, et pour lesquels il créait tout une chorégraphie, souvent liées à une création musicale ».

Depuis 1962, les Métaformes sont montrées lors d’une quarantaine d’expositions, individuelles et collectives, en Europe, au Canada, aux États-Unis, en Israël, en Amérique Latine et en Afrique.

Elles figurent dans les collections du Cabinet des Estampes à Paris et du Musée d’Art Moderne à New-York.

Étienne Bertrand Weill a composé des suites cinétiques de Métaformes sur des musiques contemporaines et pour de nombreux Concerts-Spectacles et soirées « Musique pour les Yeux » en Europe, au Canada et en Israël.

Il a aussi créé des projections cinétiques intégrées à des chorégraphies et à des spectacles de Mime, en particulier pour le Ballet de l’Opéra de Paris et pour Marcel Marceau, ainsi qu'un court métrage pour le Service de la recherche de la radio et télévision française.

Depuis 1987, Étienne Bertrand Weill habitait en Israël. Là, il a exposé ses créations à l’Alliance Française, la Soirée Musique pour les Yeux aux Nuits de Jaffa et au Musée de Jérusalem, lors de projections pour un spectacle multimédia de Tamara Mielnik.

Cet artiste a conçu un accompagnement visuel (A l'écoute d'André Neher) pour des extraits d'interviews et de conférences d'André Neher centrés sur trois thèmes : les prophètes, la Shoa et Jérusalem. Cette création est montrée au Musée judéo-alsacien de Bouxwiller.

Pour Étienne Bertrand Weill, « la science est venue prendre le relais de la magie, et c’est avec l’aide de cette science, qui est à la fois un des sujets d’inquiétude et d’espérance des hommes, que les artistes doivent appréhender le monde de demain ».

Dans le cadre de Paris Photo et du Mois de la Photo à Paris (novembre 2012), la BnF I François-Mitterrand a présenté l’exposition Vertige du corps – Etienne Bertrand Weill, photographe. Elle était conçue et organisée par la Bibliothèque nationale de France avec le Centro per la Fotografia dello Spettacolo di San Miniato (Italie) et l’Association Etienne Bertrand Weill (Jérusalem), sur une idée originale de Cosimo Chiarelli, directeur du Centro per la Fotografia dello Spettacolo et lauréat de la Bourse Louis Roederer pour la photographie en 2009. 

"Avec l’exposition Trajets de lumière, la Galerie Maria Wettergren propose un dialogue inédit entre deux artistes français de la photographie cinétique : Rodolphe Proverbio (1938 ) et Etienne Bertrand Weill (1919 – 2001). En 1963, Rodolphe Proverbio vient montrer ses premières créations optico-lumineuses à Etienne Bertrand Weill, de vingt ans son aîné, qui l’encourage à continuer dans cette voie. Depuis 1957, ce dernier expose les « métaformes », fruit de recherches entreprises depuis 1946 pour rendre, en une seule image, l’atmosphère de la scène (Mime, Danse et Théâtre). Les deux artistes suivent chacun leur chemin et ne se rencontreront que lors d’expositions, en particulier dans le cadre de « Libre Expression ».

"Les deux artistes conçoivent et construisent des « outils générateurs » pour créer leurs images, qui n’apparaissent pas explicitement (RP) ou disparaissent (EBW) dans l’œuvre finale, et les soumettent à un mouvement (intervention du temps, de la durée). Cette phase de conception – réalisation artisanale, ajoute à la qualité esthétique et poétique du résultat le caractère unique (non reproductible) dont l’absence a longtemps constitué un obstacle à la reconnaissance de la photographie comme art.[1]

"L’écriture des Métaformes procède de la mise en scène théâtrale : le performeur est un mobile situé dans l’espace, éclairé par une ou plusieurs sources lumineuses qui ne se révèlent que lorsque le mobile leur présente sa matière pour se réfléchi".

"A l’aide de boîtes percées de trous ou autres objets emplis de lumière, Rodolphe Proverbio tisse de son côté des fils de lumière dans une gestuelle qui engage tout le corps, comme une danse. Telle une calligraphie à l’aveugle, le dessin s’effectue dans l’obscurité".

"Si l’un écrit avec la lumière incidente, l’autre joue avec la lumière réfléchie. Est-ce à dire que leur réflexion, leur inspiration les oppose ? Pas vraiment car l’un comme l’autre crée une partition visuelle en dialogue avec la musique, proches, en cela, du travail de Iannis Xenakis (Polytope)".

"Cette démarche montre le rapport fructueux qui naît de la synthèse entre technique (industrie) et art (architecture, peinture, photographie). Xenakis, architecte devint musicien comme Proverbio ingénieur, photographe. De l’autre côté Weill, photographe de raison, musicien et plasticien par goût mène des recherches sur la physique des corps".

"Photographe de théâtre, Weill cherchait à saisir le dernier moment de déséquilibre, celui où le spectateur « peut encore douter ». En remplaçant le corps par des mobiles générateurs (abstraction), le photographe exprime son désir d’offrir au spectateur une image qui ne lui impose rien et lui donne la possibilité d’y projeter ses propres rêveries, pensées, fantasmes".

"En laissant ouvert l’objectif pour une pose plus ou moins longue, Weill montre un événement : au théâtre, il le choisit après l’avoir repéré, pour les Métaformes il le crée de toute pièce, comme Proverbio quand il anime ses objets-outils".

"Introduisant ainsi le temps dans l’image fixe, l’artiste nous révèle ce que nous ne voyons pas, une trajectoire, autrement dit, un objet en devenir et en évolution".

"C’est la phase où les formes sont en gestation dans l’eau, encore imprécises, mais chargées de toute l’énergie qui va les faire éclore, nous dit Rodolphe Proverbio d’une série de travaux, entamé en 1967, portant sur ce qu’il appelle Esthétique de l’eau : des photographies d’éléments géométriques simples prises à travers une lentille remplie d’eau".

[1] Même si tout est pensé, calculé et prévu, il reste une part voulue d’aléa, de choix de l’artiste au dernier moment

Du 3 Novembre 2016 au 21 janvier 2017
A la Galerie Maria Wettergren
18 rue Guénégaud. 75 006 Paris, France
Tél. :  +33 (0)1 43 29 19 60

Jusqu’au 18 novembre 2012
Allée Julien Cain
Quai François Mauriac, 75013 Paris
Tél. : 33(0)1 53 79 59 59
Du mardi au samedi de 10 h à 20 h, le dimanche de 13 h à 19 h, le lundi de 14 h à 20 h 

Visuels :

Etienne Bertrand Weill

Autoportrait avec métaforme, 1962

Archives Etienne Bertrand Weill

©Etienne Bertrand Weill 


Etienne Bertrand Weill

Autoportrait avec mobile en clé de sol

Archives Etienne Bertrand Weill
© Etienne Bertrand Weill

Etienne Bertrand Weill
Pavillon Marie Thumas à l’Exposition universelle de Bruxelles, 1958.
BnF, dép. des Estampes et de la photographie
© Etienne Bertrand Weill

Etienne Bertrand Weill
Montage autour de Baptiste, pantomime de Jacques Prévert.
Mise en scène par Jean-Louis Barrault, Paris, Théâtre Marigny, 1948.
BnF, dép. des Arts du spectacle, collection Etienne Bertrand Weill
© Etienne Bertrand Weill 

Etienne Bertrand Weill
Jean-Louis Barrault (Joseph K.) dans les coulisses
Le procès, pièce adaptée du roman de Franz Kafka.
Mise en scène par Jean-Louis Barrault, Paris, Théâtre Marigny, 1947.
BnF, dép. des Arts du spectacle, fonds Jean-Louis Barrault
© Etienne Bertrand Weill

Etienne Bertrand Weill
Etienne Decroux mimant La méditation, 1959.
BnF, dép. des Arts du spectacle, collection
Etienne Bertrand Weill.
© Etienne Bertrand Weill 

Etienne Bertrand Weill
Les sept âges de la vie, Adolescence, maturité, vieillesse et mort, pantomime de style de Marcel Marceau, 1959.
BnF, dép. des Arts du spectacle, collection Etienne Bertrand Weill.
© Etienne Bertrand Weill

Etienne Bertrand Weill
Solaire, 1979
Archives Etienne Bertrand Weill
© Etienne Bertrand Weill 

Etienne Bertrand Weill
Cécile Bara dans l’atelier de Nicolas Shoeffer, 1956.
BnF, dép. des Arts du spectacle, collection Etienne
Bertrand Weill.
© Etienne Bertrand Weill

Etienne Bertrand Weill
Souvenir d’une danse, extrait d’un concert spectacle, 1976
Archives Etienne Bertrand Weill
© Etienne Bertrand Weill

Etienne Bertrand Weill
Arabesque
1974
30 x 40 cm
Cibachrome
Original silver print made by the artist

Sans Titre (Feu)
2012
Digital print made by the artist after negative from 1963
59 x 42 cm
Limited edition of 5

Sans-Titre (Éblouissante)
1965
44 x 61 cm
Original silver print made by the artist

Courante
30 x 40 cm
Cibachrome
Original silver print made by the artist

Ondée
1960
45 x 60 cm
Original silver print made by the artist

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Les citations sont extraites du communiqué de presse. Il a été publié le 10 novembre 2012.

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