jeudi 15 septembre 2016

Rencontre avec Shelomo Selinger


Shelomo Selinger est un survivant de la Shoah. Ce sculpteur juif d'origine polonaise, adepte de la taille directe, souvent en granit, « la plus dure des pierres sur terre », est inspiré par la femme, le judaïsme, la mythologie gréco-romaine et les camps de concentration. Le 18 septembre 2016, Shelomo Selinger évoquera sa vie après la Shoah, le "poids de la déportation dans sa vie d'adolescence", sa "renaissance en tant qu'artiste, lui qui a conçu le Monument à la mémoire des Juifs enfermés dans le camp de Drancy !"


Shelomo Selinger  est né à Szczakowa (Pologne) en 1928 dans une famille de négociants dans le textile.

Après l’invasion nazie, sa famille est confinée dans le ghetto.

Après les travaux forcés, c’est la déportation en 1942.

Mentant sur son âge, il échappe aux chambres à gaz.

En mai 1945, à Theresienstadt (Terezín), après avoir survécu à neuf camps de concentrations et deux marches de la mort, il est sauvé par un médecin Juif de l’Armée rouge.

Et vive la vie !
Pendant sept ans, Shelomo Selinger  reste amnésique.

En 1946, il immigre clandestinement en Palestine mandataire. Là, il vit au kibboutz Beit-Haarava, près de la mer Morte, et participe à la guerre d’Indépendance.

Vers 1953-1954, cet homme sensible à la lumière, notamment à celle du désert de Judée, débute la sculpture et le dessin.

Ce lauréat du Concours israélien pour les jeunes sculpteurs se professionnalise en 1956 à Paris à l’Ecole des Beaux-arts, dans les ateliers de Brâncuşi, Zadkine, Arp, Constant et Giacometti.

Honoré de divers prix, Shelomo Selinger  multiplie les expositions et les sculptures, tels le Monument dédié aux déportés du camp de Drancy  (1976) et La Fontaine (La Défense).

En 2002, la galerie Bernheim-Jeune a présenté une soixantaine de bas-reliefs, sculptures, souvent en bois et en bronze, ainsi que des dessins aux fusains et crayon ou à l’encre de Chine rehaussée d’aquarelle bleue. En 2013, elle a montré des sculptures, en granit ou en bois, des reliefs, et des dessins de Shelomo Selinger.

En janvier-février 2015, la Bibliothèque Polonaise de Paris présenta des bas-reliefs et des dessins de Shelomo Selinger. Celui-ci a écrit dans le carton d'invitation :

"Mon approche à la sculpture est la taille directe manuelle dans la pierre et le bois. Je ne me sers pas d'instruments mécaniques. Mes premiers coups de marteau décident du devenir de l'œuvre.
Je creuse et fore des ouvertures afin de dégager la sculpture que je devine cachée en elle. Je détruis l'harmonie initiale de la pierre désirant en créer une nouvelle.
L'évolution lente de l'œuvre permet d'introduire tout au long de la création, des formes non programmées au départ.
Je ne suis pas le seul à les former. Nous sommes trois à être embarqués dans cette aventure  : la Matière, la
Lumière, et moi, – dont je suis le serviteur de l'infini.
Ces deux éléments me guident et modifient mes décisions. Des formes vont en générer d'autres, imprévues, donnant une signification aux précédentes.
Et moi, outil de ces formes, je souhaite que l'esprit veuille bien y demeurer.
De cet ensemble va rejaillir une nouvelle harmonie, une œuvre d'art sculpturale.
Je n'impose pas mon Moi à la matière. Je me considère comme un médium à travers lequel passent des pensées et des paroles qui ne sont pas les siennes.
Cependant, et ceci pourrait sembler contradictoire, ma démarche est entièrement personnelle, convaincu qu'en allant de plus en plus vers le Subjectif,
on peut atteindre l'UNIVERSEL.
En taillant la matière je taille ainsi la lumière qui va se poser sur de nouvelles surfaces.
Il se peut qu'en un de ces moments gratifiés de ma création, je rejoins les penseurs mystiques de la "Kabale"
juive qui aspiraient à Réparer le monde (en hébreu  : "Tikoun Olam").
J'ai une haute idée de l'importance de l'Art dans le monde. Cet Art sublime serait capable à lui seul de rendre l'humanité meilleure, moins cruelle, plus généreuse et plus tolérante.
Tout être a son âme et son esprit divins. Il suffit d'une étincelle pour les réveiller.
Je souhaite que mes sentiments enfouis dans mon œuvre puissent rayonner sur celui qui viendra la contempler"

Shelomo Selinger scinde l’espace pour multiplier les visions d’un sujet, quitte à ne pas respecter ensuite une courbe ou une diagonale.

Il « habite d’une forme sensible » - visages, seins ou jambes – chaque sous-partie.

Le spectateur a alors un regard actif : il recompose. Le mouvement est dans l’œuvre et dans le regard du visiteur.

L’influence de Picasso et de Goya est prégnante chez cet « athée qui se sent parfois guidé par l’Esprit » (La Bénédiction). En fait, Shelomo Selinger croit en l’Homme, mais il aime la Femme. Il garde en mémoire ceux qui lui ont donné des leçons de conduite, ceux à qui il doit la vie et ce qu’il sait des camps de concentration (« Janusz Korczak »).

Une large part de son travail est dédiée à l’éloge  de la Femme et au bonheur dans le couple.

Cet artiste respecte la matière. C’est l’une des raisons pour lesquelles il travaille au ciseau, sans outils mécaniques et ne polit pas ses sculptures, certes cirées.

Dans un bloc d’albâtre, il a découvert l’empreinte d’un coquillage (un cadeau de la nature).

Tout autour, il a sculpté « la naissance de Vénus »…

Journées du Patrimoine 2016

Pour les Journées du Patrimoine 2016, le Mémorial de la Shoah de Drancy " ouvre ses portes pour un week-end de commémoration, dans un lieu historique, la Cité de la Muette, qui a vu partir des dizaines de milliers de Juifs pour la déportation". Le 18 septembre 2016, Shelomo Selinger évoquera sa vie après la Shoah, le "poids de la déportation dans sa vie d'adolescence", sa "renaissance en tant qu'artiste, lui qui a conçu le Monument à la mémoire des Juifs enfermés dans le camp de Drancy !"

Une "rencontre avec un artiste polonais né en 1928 à Szczakowa, et déporté à 14 ans. Cet homme, qui a survécu à neuf camps et deux "Marches de la Mort", est rattaché au Camp de Drancy par le monument en mémoire aux Juifs déportés au Camp de Drancy qu'il a réalisé il y a 40 ans maintenant.
A 11 h, l'artiste viendra présenter le Mémorial de la Shoah, à travers l'exposition De la conception à la réalisation du Mémorial National du Camp de Drancy qui présente des documents, dessins, la maquette préparatoire du projet, des photos historiques de Ruth Selinger, des plans et des documents de son archive".

"Ce mémorial est situé aux pieds de la Cité de la Muette, un habitat collectif bâti dans les années 1930 mais jamais achevé, qui devint en 1941 un camp d’internement, puis en 1942 le camp de regroupement des juifs de France en vue de leur déportation vers les camps d’extermination. Entre mars 1942 et août 1944, environ 63 000 des 76 000 juifs déportés de France sont passés par Drancy. À nouveau habitée depuis 1948, la Cité de la Muette est devenue peu à peu la mémoire du camp de Drancy : pose de plaques commémoratives, érection d’un monument du souvenir, présentation d'un wagon, qui lui a valu le classement au titre des monuments historiques depuis 2001.


Le 18 septembre 2016
Au Mémorial de la Shoah de Drancy
De 10 h à 18 h. Gratuit

Du 16 janvier au 13 février 2015. Vernissage le 15 janvier 2015 à 18 h 30.
A la Bibliothèque Polonaise de Paris
6, quai d'Orléans. 75004 Paris
Du mardi au vendredi de 14 h 15 à 18 h
Tél. : 01 55 42 91 87

Du 30 mai au 29 juin 2013
A Bernheim-Jeune, éditeur et galerie d'art

83, faubourg Saint-Honoré - 27, avenue Matignon. 75008 Paris
Tél. : 33(1)42666031 - 33(1)42666503
Tous les jours sauf dimanche, lundi et jours fériés, de10 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30.
Vernissage le 29 mai 2013 de 17 h à 20 h.
Dans le cadre de la Nocturne Rive Droite, ouverture le 5 juin 2013 jusqu’à 22 h.

Visuels : sculptures de Shelomo Selinger
« Tsunami » - Bronze - 65 x 60 x 60 cm
 Cet article a été publié en une version plus concise par Actualité juive. Il a été publié le 27 mai 2013, puis le 14 janvier 2015. Il est actualisé au 15 septembre 2016.

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