mardi 21 février 2017

Chaïm Soutine (1893-1943). L’ordre du chaos



Le musée de l’Orangerie a présenté l’exposition monographique éponyme. Environ 70 tableaux sur des thèmes de la tradition académique – paysages, natures mortes, figures humaines - de Chaïm Soutine (1893-1943), peintre Juif du courant expressionniste de l’Ecole de Paris, témoignent d’une œuvre tourmentée et qui suscite l’admiration ou le rejetLes productions du Golem et la ville de Senlis invitent à la projection, le 20 février 2017 à 20 h 30, au cinéma de Senlis, de Chaïm Soutine, documentaire de Murielle Levy et Valérie Firla. 
Chaïm Soutine nait en 1893 dans une famille Juive pauvre et nombreuse, à Smilovitchi (Lithuanie), village proche de Minsk, au sein d’un shtetl, communauté juive de l’Europe de l’Est. Agé de dix ans, il est envoyé par son père, ravaudeur, en apprentissage chez un photographe de Minsk. Agé de 14 ans, malgré l’opposition de ses parents, il suit des cours de dessin. En 1910, fait le portrait d’un vieillard. Dans son village dominé par les règles du judaïsme, la représentation de la figure humaine est interdite. Le fils du vieillard roue Soutine de coups. Une plainte est déposée, et Soutine reçoit quinze roubles en compensation. Avec cette somme, il quitte son village natal pour s’installer à Vilna et s’inscrire à l’École des beaux-arts. À Vilna, Soutine et Kikoïne rencontrent un autre artiste, Krémègne.


En 1913, il s’installe à Paris et y retrouve Kikoïne. Tous deux habitent  à la Ruche qui rassemble dans plusieurs bâtiments récupérés de ceux de l’Exposition universelle des petits ateliers d’artistes, tels Chagall, Zadkine, Kisling, Miestchaninoff, Laurens. Soutine suit les cours de Cormon à l’Ecole des Beaux-arts, et se rend fréquemment au Louvre.

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il est volontaire dans dans « l’armée des travailleurs ». Il creuse des tranchées. Mais il est réformé en raison de sa santé fragile (troubles de l’estomac). Il s’établit à la cité Falguière, et partage l’atelier du sculpteur Miestchaninoff. En 1915, par l’intermédiaire de Jacques Lipchitz, Soutine rencontre Amedeo Modigliani avec qui le liera une amitié tumultueuse, mais profonde et indéfectible. Le peintre livournais le présente au marchand d’art LéopoldZborowski qui acquiert l’exclusivité de la production de Soutine moyennant le versement de cinq francs par jour. En ce début de carrière, Soutine peint surtout des natures mortes.

En 1919, à l’initiative de Zborowski, Soutine part dans la Midi de la France, à à Céret, dans les Pyrénées, et à Cagnes, dans les Alpes-Maritimes, où il rejoint Modigliani soigné pour sa tuberculose.

Vers 1920-1921, à Cagnes, Soutine apprend la nouvelle de la mort de Modigliani. Il peint la série des Hommes en prières. A Céret, il peint des dizaines de toiles, des paysages tourmentés, qui tentera de détruire plus tard.

En 1922, Soutine retourne à Paris avec plus de 200 toiles. Le marchand d’art Paul Guillaume montre des œuvres de Soutine au docteur américain Barnes qui veut créer une fondation à Mérion, près de Philadelphie, et « enrichit sa collection principalement de peintres impressionnistes et modernes ». Barnes achète pour plus de 2 000 dollars de tableaux de Soutine.

En janvier 1923, Paul Guillaume écrit un article sur Soutine pour Les Arts à Paris. Sous l’impulsion de Zborowski, Soutine va à Cagnes, qu’il n’aime pas. Il peint des paysages aux couleurs éclatantes. Il se lie d’amitié avec Marcellin et Madeleine Castaing, collectionneurs. Mécontent de ses œuvres peintes à Céret, il en détruit un grand nombre.

Vers 1925-1926, Soutine se rend au Rijksmuseum à Amsterdam. Il peint sa série des bœufs écorchés. Il va aussi au Blanc en Indre, dans la maison de Zborowski. Là, en 1927, il peint des natures mortes et des personnages du village. Sa première exposition personnelle a lieu en juin 1927. L’année suivante, Soutine séjourne chez le critique d’art Elie Faure qui publiera en 1929 une monographie sur l’artiste aux éditions Crès, après que Waldemar-George publie le premier livre sur Soutine.

La crise économique ruine Zborowski qui meurt en 1932. Les peintures de Soutine figurent parmi les collections de Netter, Paul Guillaume, Bing, Jacques Doucet et des Castaing, mécènes de l’artiste.

En 1937, Soutine rencontre Gerda Groth, qu’il surnomme « Garde ». Ils vivent à la villa Seurat. Les expositions se multiplient à New York, Londres, au Petit Palais à Paris.

En 1940, Gerda Groth est internée au camp de Gurs, dans les Pyrénées. Par les Castaing et Maurice Sachs, Soutine rencontre Marie-Berthe Aurenche, avec laquelle il se lie.

Le couple se déplace dans le centre de la France, dans la hantise de la dénonciation. L’état de santé de Soutine se dégrade et cet artiste meurt le 9 août 1943 malgré une opération chirurgicale. Picasso, Max Jacob, Jean Cocteau et Gerda Groth assistent à ses funérailles au cimetière du Montparnasse.

« Soutine, disent ses contemporains, parlait peu, n’a pas commenté ses œuvres, n’a pas écrit ni entretenu de correspondance. Les quelques éléments, paroles rapportées, souvenirs de ceux qui l’ont approché, anecdotes, ont fourni les matériaux avec lesquels s’est écrite la légende », écrit Marie-Paule Vial dans le catalogue de l’exposition.

Et d’ajouter : « « Une enfance misérable, l’exil, la judaïté, la maladie, à nouveau l’errance et la peur pendant les années de guerre, enfin une mort, dans la souffrance. trop tôt survenue, servent de trame au récit d’une vie marquée du sceau du tragique, que l’œuvre ne pouvait que refléter. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, cette peinture vue comme expression d’une douleur, ne pouvait qu’être rejetée. Ainsi s’ajoutait la touche finale au portrait d’un artiste qui ne pouvait qu’être incompris. Restait un pas à franchir : classer Soutine dans la catégorie des « maudits ». Cette singularité ainsi expliquée, l’œuvre trouvait enfin une place : en marge, comme un accident dans l’histoire ».


Or, Soutine n’est guère un « artiste maudit ». Certes, ses débuts sont difficiles. Mais comme ceux de tous les autres peintres de sa génération. Malgré l’incompréhension de la critique, Soutine connaît le succès dès les années 1920 avec des ventes conséquentes d’œuvres essentiellement par le célèbre docteur Barnes, du marchant d’art Paul Guillaume, puis par « l’excentrique décoratrice de la rue Bonaparte, Madeleine Castaing, et le discret collectionneur Jonas Netter ». Si « pour certains de ses contemporains, l’œuvre d’un peintre qui semble se complaire dans l’éloge de la laideur, ne peut être que celle d’un fou, d’autres, au contraire, apprécient en lui la force de son expression ». En 1923, à Philadelphie, 19 tableaux de Soutine sont montrés à « la Pensylvania Academy of Art aux côtés de ceux de Modigliani, de Picasso et de Matisse. Matisse et Picasso avaient entretenu des liens d’amitié avec Soutine, ainsi qu’avec Modigliani, et ils surent reconnaître l’originalité et la puissance de son œuvre – on mentionne notamment la présence de Picasso à son enterrement et Matisse acquit un de ses tableaux ». Les expositions se multiplient à Londres, à Paris, et outre-Atlantique - à Chicago (1935), à New York, au Museum of Modern Art de New York (1950) où ses 75 tableaux influent sur les jeunes artistes américains.

Le musée de l’Orangerie détient « la plus importante collection en Europe du peintre russe singulier Chaïm Soutine (1893-1943) : vingt-deux de ses toiles ont été réunies par la passion du marchand d’art Paul Guillaume, séduit dès 1922 par l’expressionnisme de sa peinture « où la mesure et la démence luttent et s’équilibrent » et forment le cœur de cette exposition monographique.

Près de 40 ans après la rétrospective Soutine en ce musée (1973), l’exposition s’intéresse à cette « figure majeure de l’art moderne dont l’œuvre est restée largement incomprise en France ».


Focalisée sur la carrière du peintre dans la France de l’entre-deux-guerres, elle souligne, en un parcours thématique, « sa pratique obsessionnelle de la série » et son traitement original de sujets de la tradition académique, de thèmes et modèles traités par les maîtres admirés et qu’il revisite à la lumière de son talent : « Rembrandt, pour la série des bœufs et la femme entrant dans l’eau, Chardin, pour la raie, Fouquet, pour le petit pâtissier, Courbet, pour les enfants de chœur, révèlent l’intérêt de Soutine pour l’art des maîtres anciens ». Un traitement pictural personnel fait de « trituration de la matière, déformations ». Une « peinture convulsive, peinture de l’exubérance qui appelle la métaphore. Soutine, « peintre du déchirant », peintre de « la violence dramatique », célébration par le verbe et aussi l’enfermement, reste ainsi prisonnier d’une image qui en a fait durablement « le dernier maudit », en réduisant l’acte de peindre à l’expression d’une angoisse existentielle », observe Marie-Paule Vial.


Les « bœufs écorchés sanglants, les lièvres morts bleuissant, les volailles flasques suspendues à des crochets ou gisant sur une table, les visages déformés, « bouillis, bosselés de meurtrissures »,les paysages « qui semblent peints au cours d’un tremblement de terre11 » : un monde où règne le chaos ».
Après une introduction dédiée aux portraits de l’artiste, de ses amis de Montparnasse et mécènes, elle s’ordonne en trois sections consacrées aux «  grands genres traités par la peinture tourmentée de l’artiste : le paysage, la nature morte et la figure humaine ».

Paysages

Bien que ses paysages soient méconnus, Soutine les a peints toute sa vie, à Céret et à Cagnes dans le Midi, de 1919 à 1924, ou en Bourgogne vers 1930-1940.

« Chacune de ces toiles immerge dans le motif. Les paysages de Céret sont le paroxysme de cette violence expressive » (La Colline de Céret, 1921). Puis « les arbres deviennent un motif à part entière », comme Le Gros Arbre bleu, 1920-1921, ou Le Grand Arbre de Vence, 1929.

A « Céret, dans les Pyrénées orientales, au début des années 1920, une force bouillonnante déforme plastiquement chaque œuvre en lui conférant originalité, comme en témoignent la Vue sur Céret ou La colline de Céret. Les motifs figurés restent, malgré les fortes déformations identifiables, comme c’est le cas pour Les maisons de la rue de la République à Céret ».


Soutine « découvre la lumière du Midi à Cagnes, dans les Alpes-Maritimes, et sa palette s’illumine. Les couleurs chaudes, les jaunes et les rouges, éclatent au milieu des verts et du bleu du ciel, et l’espace s’agrandit. Les vues panoramiques comme Le village alternent avec les détails plus pittoresques, L’escalier rouge à Cagnes, ou La route folle à Cagnes, la Gaude. Au terme d’un travail acharné dont témoignent les deux cents tableaux produits entre 1919 et 1922, Soutine organise l’espace du tableau. Des lignes de forces orientent le regard du spectateur, souvent le long d’une diagonale ascendante, La maison blanche ou Le vieux moulin. Dans le tableau intitulé Paysage, une grande ligne serpentine suscite un mouvement giratoire qu’accentuent les touches tourbillonnantes de la peinture ». Des années plus tard, Soutine reniera ces « toiles tourmentées et violentes » et en détruira beaucoup. Pourtant, ces œuvres charment le riche collectionneur américain Albert Barnes qui en achète un grand nombre fin 1922.

Eléments structurant avec d’autres la composition, les arbres peints par Soutine sont brossés par bouquets, souvent au premier plan, dissimulant les maisons, Arbre couché ou Paysage de Céret. Puis le motif se singularise et les arbres forment le sujet du tableau (Le gros arbre bleu, L’Arbre couché).

En plus des « recherches picturales virtuoses sur les nuances de bleu ou de vert, ou l’effet du vent dans les feuillages, Arbre dans le vent, Jour de vent à Auxerre, le thème de l’arbre protecteur provient de l’enfance de Soutine en Lituanie, dans une région de forêts où il était au cœur des rites traditionnels. La nature est une amie protégeant les deux jeunes enfants pendant le Retour de l’école après l’orage ».

À la fin de sa vie, « l’amour des arbres s’exprime encore dans les œuvres peintes à Chartres ou à Champigny, représentant des géants isolés aux vastes couronnes, Arbre dans le vent, des allées majestueuses aux longs fûts, ou encore des bouquets élancés aux flexibles branches, Jour de vent à Auxerre ».  

Natures mortes
La « nature morte émerge comme un thème dominant » après les paysages de Céret et son importance croit dans les années 1920.


Des Glaïeuls - l’exposition montre cinq versions sur les quinze existantes - sont « le prétexte à une explosion de rouge. Cette couleur est travaillée dans toutes ses nuances dans la série » des Bœufs écorchés, 1924-1925, « dont il reprend le modèle à Rembrandt, tandis que les volailles mortes et autre Lièvre pendu, 1925-1926, sont inspirés de l’œuvre de Chardin ».

« Une fois, j’ai vu ce boucher couper la gorge d’une oie et la saigner. J’ai voulu crier mais son regard joyeux me rentra le cri dans la gorge ». Soutine se palpait la gorge, rapporte le journaliste Emil Szyttia, et continuait : « Ce cri, je le sens toujours là. Quand, enfant, je crayonnais maladroitement le portrait de mon professeur, c’est de ce cri que je voulais me débarrasser en vain ! Quand j’ai peint le bœuf écorché, c’était encore ce cri que je voulais libérer. Je n’y suis pas parvenu ».


Le souvenir de ces angoisses enfantines donne-t-il aux natures mortes de Soutine leur intensité ? Quant il peint vers 1920-1925 la remarquable série des Bœufs écorchés inspirée de Rembrandt, Soutine se fait livrer des abattoirs des carcasses qu’il arrose de sang frais quand leur couleur devient plus terne.

Si « la décomposition de la chair des Poulet plumé, Dindon et tomates ou Nature morte au faisan est exprimée par des couleurs mortellement douçâtres, c’est un peintre tout à la joie de vivre qui pose devant le photographe, dans la ferme de son marchand et ami Zborowski, brandissant une volaille à moitié plumée ! La composition des Lapin, ou autres Lièvre, dans la lignée de Chardin, Nature morte à la raie, est rigoureuse et le peintre prend plaisir à rendre l’épaisseur duveteuse de la fourrure de l’animal ».

Soutine aime travailler par série, procédant par simplifications successives jusqu’à atteindre l’essence du sujet qu’il s’est choisi. Chaim Soutine fait exploser les rouges dans Glaïeuls. Rouge, une couleur que Soutine privilégie, en souligne l’intensité dans ces fleurs, les études de bœufs écorchés ou le gilet du Garçon d’étage, ou qu’il insère « en détail strident comme le poivron au premier plan » de la Nature morte au faisan. Les « tiges des fleurs strient la surface du tableau de grandes diagonales qui permettent aux corolles de se déployer en éventail. L’épaisseur de la pâte traduit le jaillissement vigoureux de fleurs aux formes si contournées qu’elles en paraissent vivantes ».

« Soutine est peut-être, depuis Rembrandt, le peintre chez lequel le lyrisme de la matière a le plus profondément jailli d’elle, sans tentative aucune d’imposer à la peinture, par d’autres moyens que la matière, cette expression surnaturelle de la vie visible qu’elle a charge de nous offrir » notait le critique d’art Élie Faure en 1929.

Figures et portraits

A son arrivée à Paris en 1913, Soutine découvre les maîtres du passé en visitant souvent le Louvre. Ses pas les mènent, le ramènent vers Chardin, Rembrandt, Goya, Courbet, Cézanne, Raphaël et Fouquet. Le peintre Jacques Lipchitz se souvient avoir rencontré Soutine qui, « de retour du musée, brandissait une reproduction de « la plus grande œuvre » qu’il y ait vue : le Portrait de Charles VII par Jean Fouquet. Il en adopte la position frontale et copie la ligne des épaules pour le portrait du sculpteur Mietschaninoff comme pour La fiancée ».

La dernière section sur les « figures humaines montre une continuité frappante dans les préoccupations picturales de l’artiste.

La qualité organique des couleurs employées pour dépeindre la chair des animaux morts se retrouve dans les uniformes des personnages, traités comme une extension de la peau. Le même cadrage serré, centré sur le motif, préside aux deux séries.


Si « la composition de ses portraits est classique, les canons traditionnels sont enfreints par Soutine avec toute la violence et l’inventivité possibles. Apparemment libres dans leur espace vital, les modèles sont en réalité étirés, La fiancée, déformés, L’idiot du village, cloués sur une chaise, La Polonaise, La vieille femme ou L’enfant au jouet . Leur chair se métamorphose en pure pâte colorée, en surface membraneuse de même consistance que l’arrière-plan, La femme en rouge ».

Des « portraits de ses amis témoignent de son acuité psychologique, les modèles étant souvent vus en « plan américain », coupés à mi-cuisses : L’homme au petit chapeau de feutre. Dans le Portrait d’homme (Émile Lejeune), le cadrage est plus serré peut-être parce que Lejeune est lui-même peintre. Soutine s’attache à rendre l’expression du visage en le déformant pour lui imprimer ce qui, dans la personnalité du sujet, l’a attiré : Déchéance ».


Mais sous l’apparente rudesse de la représentation, avec « la notoriété et les plaisirs de la vie, Soutine exprime son empathie et sa tendresse pour ses modèles, gens de métier ou réprouvés » : Le Garçon d’étage, vers 1927, ou Déchéance, 1921-1922. La série des Pâtissiers (1922-1923) confèrera à Soutine la célébrité et l’aisance financière. Les gens de métier inspirent à Soutine des « portraits mélancoliques », où, selon l’appréciation de Paul Guillaume, « la mesure et la démence luttent et s’équilibrent ». Et où le peintre recourt à ses couleurs préférées : blanc, rouge et bleu nuit. 

Dans les Enfants de chœur (1925-1930), Soutine affirme sa maîtrise de la couleur : blanc, rouge, bleu foncé. A « sa fascination habituelle pour le rouge et le blanc, Soutine ajoute l’acajou caressé de rouge de la chevelure de La Jeune Anglaise, 1934 au regard rêveur et à la silhouette pleine de grâce, dont il fit trois portraits ». Le « Portrait de Maria Lani, alors une vedette de cinéma en vogue, est tout aussi délicat ; l’œuvre appartint à Paul Guillaume. C’est l’époque du Portrait de Madeleine Castaing, femme flamboyante, décoratrice renommée qui fut, avec son mari Marcellin, le mécène de Soutine ; des années durant, celui-ci passa l’été dans leur maison de Lèves près de Chartres ».

« Étrangement, ces œuvres d’apparence spontanée sont celles où s’appréhende le mieux l’inspiration classique de Soutine. Par simplifications successives, le vocabulaire artistique de Soutine se met en place. Sous l’apparent tumulte des œuvres, une solide construction apparaît grâce à la leçon des maîtres anciens apprise au musée du Louvre. C’est un portrait de Jeune pâtissier qui apporta à l’artiste la célébrité et l’aisance financière en séduisant le milliardaire américain Alfred Barnes. La composition de la toile reprend celle du Portrait de Charles VII par Jean Fouquet. Le garçon est assis de face, les mains croisées, la silhouette, élargie par des épaules carrées, emplissant tout le champ du tableau. La virtuosité de Soutine apparaît dans le traitement de l’uniforme, blanc laiteux et irisé de couleurs douces, que fait chanter une touche de vermillon. Radicalement différent, idéogramme noir sur fond blanc, le graphisme nerveux suffit à camper le Garçon d’honneur. L’ombre du sujet projetée sur le mur équilibre la composition. Les jambes écartées, bien carrées sur leur siège invisible, les mains boudinées posées sur les genoux, l’arrondi des bras semblent directement inspirés du Portrait de Monsieur Bertin d’Ingres ».

L’exposition s’achève avec La Femme entrant dans l’eau, 1931, ultime hommage à Rembrandt, « témoignage de la dette de Soutine envers les maîtres anciens ».


« Tourmenté, fier, ambitieux pour son œuvre, rarement satisfait. Sa vie de peintre a été une progression inquiète mais continue vers la réalisation de cet ordre interne qui donne leur poids aux œuvres inspirées et qu’il rencontrait chez Rembrandt », résume Marcellin Castaing, mécène de Soutine.

En mai 2013, Le Petit pâtissier, toile de Soutine, a été vendu à plus de 18 millions de dollars, somme record pour cet artiste, lors d'une vente aux enchères à Sotheby's à New York.

Histoire diffusa les 6, 12, 18 et 23 mai 2015, dans le cadre de la série documentaire Les heures chaudes de MontparnasseA la recherche de Chaim Soutinede Jean-Marie Drot qui a interviewé "les peintres Michel Kikoine, Pinchus Krémègne, ses amis d'enfance", qui "se souviennent de Vilnius, puis de leur départ à tous trois pour Paris".

Les 23 février et 6 juillet 2016 à 14 h, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) proposa l'atelier pour enfants Soutine, Kikoïne et leurs amis : les artistes de l’École de Paris : "Une valise, un masque africain, une palette, une fenêtre sur Paris… Claire raconte l’atelier de son père. C’est à travers ses yeux de petite fille que les enfants découvrent la vie bouillonnante des peintres venus d’Europe de l’Est. Après avoir observé des peintures de l’École de Paris dans le musée, les enfants composent un portrait ou une nature morte à l’aide d’une technique de gravure sur collage".


Les productions du Golem et la ville de Senlis invitent à la projection, le 20 février 2017 à 20 h 30, au cinéma de Senlis, de Chaïm Soutine, documentaire de Murielle Levy et Valérie Firla. "Grâce à ce film mené comme une enquête, on comprend en partie pourquoi Soutine reste une énigme et a laissé peu de traces de son existence, détruisant régulièrement ses toiles, changeant de lieux d’habitation, s’isolant du monde et des courants artistiques. Il évolue en ruptures. Sa date de naissance reste un mystère, quant à son œuvre, elle est aujourd’hui disséminée à travers le monde. Peu d'unité et de cohérence dans un parcours artistique chaotique mais unique". Les intervenants Murielle Levy, co réalisatrice, productrice, et Valérie Firla, co réalisatrice.


Chaïm Soutine. Musée d’Orsay/Hazan, 2012. 176 pages. ISBN : 978-2-75410-646-7 

Marie-Madeleine Massé, Soutine « Le lyrisme de la matière ». Gallimard, Découvertes, 2012. ISBN : 978-2-07-013715-2 

Marie-Madeleine Massé, Soutine. musée d’Orsay / Skira Flammarion, Little M’O, 2012.

Visuels :
Affiche
Chaïm Soutine
Madeleine Castaing, 1929
Huile sur toile, 100 x 73,3 cm
New York, Metropolitan Museum of Art
© The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN / image of the MMA

Chaïm Soutine 
Le Boeuf écorché, vers 1924
Huile sur toile, 116,2 x 80,6 cm
Minneapolis (USA), Institute of Arts
© ADAGP, Paris 2012
© Minneapolis Institute of Arts, Gift of Mr. and Mrs. Donald Winston and an anonymous donor

Chaïm Soutine (1893-1943)
Le Village, 1923
Huile sur toile, 73,5 x 92 cm
Paris, Musée de l’Orangerie
© ADAGP, Paris 2012
© RMN (Musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski


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Les extraits proviennent du dossier de presse.
Cet article a été publié les :
- 20 janvier, 10 mai, 21 août et 24 septembre 2013, 13 juin 2014. Histoire a diffusé, les 25 et 30 septembre 2013, A la recherche de Chaim Soutinede Jean-Marie Drot qui a interviewé "les peintres Michel Kikoine, Pinchus Krémègne, ses amis d'enfance", qui "se souviennent de Vilnius, puis de leur départ à tous trois pour Paris" ;
- 13 juin 2014. Le MAHJ a rendu hommage à Soutine le 15 juin 2014 ;
- 8 juillet 2014. Histoire  a diffusé les 9 et 11 juillet 2014, A la recherche de Chaim Soutinede Jean-Marie Drot qui a interviewé "les peintres Michel Kikoine, Pinchus Krémègne, ses amis d'enfance", qui "se souviennent de Vilnius, puis de leur départ à tous trois pour Paris" ;
- 9 février 2015. Le 9 février 2015, à 20 h, l'Alliance israélite universelle (AIU) projettera Chaïm Soutinedocumentaire (52 minutes) de Valérie Firla, en présence de Murielle Levy. "Murielle Levy et Valérie Firla ont mené une enquête serrée, rencontrant les derniers témoins de l’époque, et insérant des images d’archives, pour proposer un portrait de Chaïm Soutine, peintre majeur de la première moitié du XXème siècle, qui produit une œuvre essentielle, charnière entre les classiques et les expressionnistes abstraits" ;
- 5 mai 2015 et 22 février 2016.

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