mercredi 22 mars 2017

Sorcières, mythes et réalités

  
Le musée de La Poste a présenté l’exposition éponyme qui vise à faire « découvrir quelle réalité se cache derrière la construction du mythe de la sorcière. Une approche historique de la sorcellerie où art, sociologie et ethnographie se rencontrent pour comprendre l’évolution des mentalités et des pratiques ». Un panorama artistique des représentations des sorcières, femmes détenant des pouvoirs multiples, magiques – dons divinatoires - ou ordinaires (connaissance des vertus des plantes), qu’elles utilisent de manière positive pour guérir ou négative pour envoûter ou jeter un sort. Des sorcières « présentées comme suppôts des diables et démons de l’Enfer ». Le 23 mars 2017 à 19 h, l'Institut Universitaire Européen Rachi de Troyes proposera la conférence de Jacob Rogozinski, professeur de philosophie et auteur de Ils m'ont haï sans raison. De la chasse aux sorcières à la Terreur. "Qu’est-ce que la haine ? Comment cet affect individuel peut-il animer des persécutions collectives ? Jacob Rogozinski interroge le phénomène de la chasse aux sorcières qui s’est déchaînée de la Renaissance aux Lumières. Il décrit les techniques mises en oeuvre pour désigner, puis anéantir ses cibles. Les mêmes dispositifs se retrouveront sous d’autres formes, dans d’autres circonstances, de la Terreur jacobine aux procès de Moscou, et sous-tendent encore les récentes "théories du complot". En étudiant ces expériences historiques, en repérant leurs différences et leurs similitudes, Jacob Rogozinski montre comment l’on passe de l’exclusion à la persécution. Ses analyses nous éclairent ainsi sur les dispositifs de terreur de notre temps".


« Pourquoi les sorcières et non les sorciers ? Parce que le mal – c’est bien connu – est féminin. Un dicton populaire sans ambiguïté nous le rappelle « Entre femme et diable, choisis… mais réfléchis ! » L’Histoire confirme cette identité entre femme et diabolisme : 80% des procès en sorcellerie des XVIe et XVIIe siècles – haute période épidémique en fait de sorcellerie – mettent en cause des femmes. « Un sorcier, dix mille sorcières » écrivait Michelet. Rappelons, à toutes fins utiles, que les juges étaient des hommes… Ceci explique cela. Quant au machiavélisme dont les magistrats firent preuve dans l’instruction des affaires, il échappe à tout entendement ».

La « sorcellerie n’est pas une relique du passé. Si les pratiques magiques, dont la sorcellerie n’est qu’un des aspects, existent depuis « la nuit des temps », elles n’ont pas disparu avec le siècle de la Raison et ont traversé les siècles, insensibles au progrès des sciences. Elles se greffent sur des croyances populaires millénaires immuables, transmises par tradition orale. Les mythes et le sentiment religieux ont donc la vie dure ».

L’exposition Sorcières vise à « expliquer ce fait social dans sa continuité. Le discours de l’ethnographe, observateur des milieux où la croyance dans les sortilèges et maléfices est vivace, fait suite au travail de l’artiste et à l’analyse de l’historien qui a traqué la sorcière au village, au tribunal et jusque dans la tête des démonologues.

L’exposition est composée de deux parties : l’imaginaire de la sorcellerie qui s’achève par l’espace interactif Es-tu sorcier, puis les pratiques magiques.


L’imaginaire de la sorcellerie
La première partie est dédiée à l’imaginaire de la sorcellerie que révèlent les tableaux de peintres du XVIIe au XXe siècle, de David Téniers et Léonard Bramer (1596-1674) à Jean Aujame (1905-1965) en passant par les artistes du XIXe siècle.

A la différence des artistes modernes qui ont créé des œuvres résultant de leur imagination, « leurs aînés avaient le sentiment de représenter des scènes réalistes. Ainsi le sabbat, cette réunion nocturne des sorciers que tout le monde, ou presque, considérait comme un fait réel. Les scènes font frémir : infanticide, anthropophagie, licence sexuelle… »


Cet espace présente aussi celles qui étaient apparentées à des sorcières : hystériques et devineresses. En effet, sous le règne du roi Louis XIII, celles qui prédisait l’avenir étaient poursuivies et condamnées comme les sorcières. Quant aux femmes énervées, elles étaient réputées possédées par le démon à une époque qui ignorait le fonctionnement du cerveau, l’inconscient.


Quant au cinéma, il s’est emparé de ce personnage féminin. En témoignent les affiches de films réalisés sur la sorcellerie et qui rencontrent un succès auprès d’un public intéressé par les productions fantastiques. Exemples : le film documentaire (Heksen, 1920), le film narrant un fait ou un personnage historique, parfois des métaphores sur l’intolérance et la bigoterie - Les sorcières de Salem de Raymond Rouleau d’après la pièce de théâtre d’Arthur Miller, 1956 ; le curé d’Ars (Le sorcier du ciel, 1949 -, le film de fiction entre comédie (Ma femme est une sorcière de René Clair, 1942) et horreur (Satan, mon amour). Sont également présentées des maquettes de films du début du XXe siècle, le Faust de Murnau (1926), un diable dessiné par Georges Méliès pour son film La damnation de Faust (1909). Un extrait du film muet du Danois Benjamin Christensen Heksen (ou Häxan) réalisé en 1920 est projeté dans l’espace vidéo.

Dans l’espace historique, sont instruits des procès qui menèrent de nombreux accusés sur le bûcher. En 18 tableaux peints en 1938 pour le musée basque de Bayonne, le peintre espagnol José de La Peña raconte les procès en sorcellerie dirigés par Pierre de Lancre en 1609 dans le pays du Labourd (province du Pays basque). Le conseiller au Parlement de Bordeaux fit exécuter une centaine de personnes, essentiellement des femmes et notamment les épouses des marins partis à la pêche sur les bancs de Terre-Neuve.

Gravures et papiers anciens « sur les affaires de possession diabolique dans les couvents à Loudun en 1632, à Louviers au milieu du XVIIe siècle, témoignent de sordides condamnations de prêtres désignés par les moniales comme étant à l’origine de leur trouble ».

A la fin du XVIIe siècle, « il n’y a plus guère de procès de sorcellerie : un édit du roi de 1682 interdit les poursuites judiciaires dans ce domaine. Au fil des siècles, le diable ne fait plus peur et devient un sujet de dérision. Très présent dans l’instruction des procès de l’Ancien Régime, il est rarement invoqué dans les pratiques magiques en usage aux XIXe et XXe siècles ».


Au XVIIe siècle, les juges cherchaient les preuves de sorcellerie chez l’accusée. On rasait sorcières ou sorciers pour repérer sur leur corps la marque de Satan : une forme de crapaud, une patte de grenouille ou d’araignée. L’autre preuve s’effectue par la pesée : la sorcière capable de voler pour se rendre au sabbat était forcément légère. Deux reproductions de gravures anciennes représentent la pesée de la sorcière et la preuve par l’eau : « la présumée sorcière était jetée à l’eau. Selon la même logique de légèreté, si la sorcière flottait, elle était à coup sûr une sorcière. Si elle coulait, preuve était faite qu’elle n’avait pas pactisé avec le diable. Dans les deux cas, son destin était scellé… »


Les pratiques magiques
La plupart des pièces présentées ont été recueillies par des ethnographes.

Les « sorcières d’aujourd’hui ne sont plus inquiétées car elles ne mettent plus en péril l’ordre social. Il n’y a plus de démonologues, mais des pouvoirs publics qui poursuivent les adeptes du satanisme. L’opinion courante réduit la sorcellerie à des pratiques d’envoûtement, de conjuration et d’exorcisme. Mais celles-ci n’auraient pas d’existence sans la mentalité magique qui en constitue le terreau ».

Dans cet « univers de croyances matérialisé par des objets détournés de leur fonction première. Par exemple, le joug de bœuf, pièce d’attelage des animaux de trait, repousse le sorcier quand il est placé au-dessus de la porte. Les objets du quotidien paysan peuvent être utilisés à des fins maléfiques. L’agression à distance met en œuvre le principe du transfert. Ainsi, le fléau ne sert pas seulement à battre le blé mais, frappant le vêtement ravi au jeteur de sort supposé, il le fera souffrir jusqu’à ce qu’il demande son pardon ».

Dans la maison du sorcier, grimoires et ustensiles de son art distingue ce logement de la demeure paysanne : crâne humain et ossements, serpents dans des bocaux, sel conjurateur… « Cet intérieur est un véritable concentré de superstitions. Ainsi une horloge couverte d’un drap noir dont on a arrêté les aiguilles afin que l’occupant qui vient de passer de vie à trépas ne continue pas à hanter les lieux. Une baratte à beurre dont le sorcier se servait pour provoquer des orages en y battant de l’eau conjurée ».

La « religion est très présente. Dans les cas de maléfices ou de possession, le prêtre est sollicité pour exorciser les êtres et les lieux. Dans le quotidien, on invoque les saints pour guérir de ses maux ou attirer leurs faveurs. Les reliquaires de saints répondent aux souhaits de leur possesseur. Par analogie de noms, saint Vital confère la vitalité, saint Just la justice, sainte Lucide la lucidité… »

Pour protéger le corps du sort jeté par un sorcier, il est paré de talismans et amulettes portées au cou ou dans la poche.

« Quelles sont les recettes appliquées par le sorcier pour maléficier ou conjurer le mal ? Si le sorcier a reçu un don, transmis par un ascendant, il lui faut aussi posséder des livres de recettes. Ce sont les grimoires tels que le Grand Albert et le Petit Albert, véritables manuels de médecine populaire qui contiennent des recettes de charmes et de sortilèges. Y sont développées les vertus « médicinales » des plantes, des animaux et des minéraux. On utilisait ainsi des plantes dont bon nombre étaient narcotiques, stupéfiantes ou hallucinogènes comme la belladone, la jusquiame, le datura ou le redoutable ergot du seigle qui, utilisé comme abortif, pouvait engendrer la gangrène et entraîner la mort. La belladone, aussi toxique soit-elle, pouvait aussi augmenter le charme des dames. Son jus, instillé dans les yeux, dilatait la pupille et attirait ainsi le regard des hommes. Animal très apprécié du sorcier : le crapaud. Placé à des fins maléfiques sous la pierre du seuil de l’étable, il fait périr le bétail. Le bouillon du batracien passe pour ôter la volonté de celui qui le boit ».

Quant aux minéraux, ils ont aussi leurs « vertus. Les pierres dites pierres à venin qui ressemblent à la peau du serpent peuvent servir à guérir les parties malades par application. Les pierres de tonnerre – pour la plupart des haches polies du néolithique retrouvées dans les champs – sont un remède souverain contre la maladie des ovins. On fait boire l’eau où elles ont trempé aux brebis malades, ou bien on en frotte avec un linge la partie enflée ».

Le sorcier peut aussi fabriquer ses instruments, par exemple des « dagydes, ces figurines humaines ou animales piquetées d’aiguilles ou de clous, destinées à l’envoûtement ou encore des représentations de phallus entourés de fils afin de brider la virilité de la victime ».

Autres objets utilisés pour la divination présentés : tarots, baguettes de sourcier, pendule… et un miroir.

Enfin, l’exposition se termine chez Madame P. Cette femme qui habitait dans un petit hameau de la Creuse au début du XXe siècle pratiquait l’envoûtement et le désenvoûtement. Réputée pour ses services, elle était surnommée la sorcière. Pour pratiquer son art, elle « faisait fabriquer par des artisans locaux des terres cuites à l’effigie du diable ».

Apprendre le respect de soi et de l’autre, identifier et comprendre les processus qui amènent à la discrimination. Tels sont les objectifs d’un atelier pour les plus jeunes afin « d'interroger les clichés et les stéréotypes pour initier une réflexion sur la différence et la construction des préjugés ». Histoires de sorcières et ateliers pour les enfants afin d’apprendre le respect de soi et de l’autre.

Judaïsme
Le dossier de presse ne mentionne pas d’éventuels liens avec le judaïsme – pourquoi le mot sabbat ? - et l’antisémitisme d’oeuvres : ainsi, le tableau La convocation au sabbat de José de la Peña (1938) présente en premier plan un personnage masculin répondant aux stéréotypes antijuifs (nez proéminent).

« Il y a une relation incontestable, me semble-t-il, entre le mot sabbat et le shabbat juif. Le sabbat est aussi appelé "synagogue". Mais les persécuteurs n'ont pas cherché à retrouver les sorcières et les sorciers chez les Juifs qui avaient, du reste, leur propre persécuteurs depuis bien longtemps », m' écrit Patrick Marchand, commissaire de l'exposition et auteur du catalogue, le 26 mars 2012.

Et d'ajouter : « Quant à l'exposition, le choix a été de la limiter à l'espace français. L'étendre au monde entier aurait exigé des espaces plus importants et un temps de préparation considérable. Bien sûr, on condamne pour sorcellerie encore un peu partout dans le monde ».

Lors de l'opération Bordure protectrice, alors que défilait la "rue islamique", Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express, a titré a chronique biaisée Les nouveaux Baal-Zebud (5 août 2014). Il a a révélé l'immensité de son ignorance historique ("colonisation excessive"), sa méconnaissance dramatique de la situation des Français Juifs, la prégnance des clichés négatifs accolés aux Juifs - "lâcheté", "désertion" - et son incompréhension des enjeux actuels. L'absence du mot "musulman" à elle-seule trahit ses tabous et sa peur de se retrouver en première ligne face aux islamistes si ses concitoyens Juifs quittaient la France. Et qualifier l'Etat d'Israël d'"ailleurs qui n'est nulle part" discrédite ce journaliste. "L’éditorialiste d’un grand magazine s’estime fondé à traîner les Juifs dans la boue, dans leurs sentiments, leurs comportements, leur identité"déplore Shmuel Trigano. Et cet essayiste de critiquer le dossier de cet hebdomadaire : "Le constat que démontre ce dossier est très simple : les victimes d’agression sont fustigées et les agresseurs exemptés de toute critique... On n’y trouve de façon stupéfiante aucun article sur la furie islamique ni sur les dessous de manifestations organisées simultanément dans plusieurs villes de France, ce qui suppose une vraie stratégie. C’est au fond un trait classique de l’antisémitisme. Au Moyen âge les Juifs étaient assassinés parce qu’ils pratiquaient le « meurtre rituel ». Sous le nazisme ils étaient pourchassés parce qu’ils étaient « responsables de la guerre », etc. Les Juifs sont responsables des agressions dont ils sont l’objet. Ils ont effectivement le tort d’exister. Et c’est ce que nous voyons de façon encore plus magistrale avec l’Opération « Bordure protectrice » quand la légitime défense contre une entité fasciste (je pèse ce mot) est qualifiée de « crime de guerre ». Et Shmuel Trigano souligne l'importance du titre de cet éditorial : "Cette diabolisation trouve justement à se cristalliser dans le titre même et la fin de l’éditorial, sous le signe de « Baal Zebub » (« Les nouveaux Baal-Zebub »), qualifié ailleurs de « démon ». On touche ici au plus grand comique, à la fois dans l’orthographe pseudo-scientifique de cette figure qui se dit simplement en français « Belzébuth », soit le personnage du diable. Sans doute C. Barbier a-t-il lu un livre savant, qu’il a mal assimilé, sur l’origine de ce nom : Baal Zevuv, le « Seigneur des mouches », un dieu cananéen que la Bible évoque. Mais qui sont donc les nouveaux diables ? Qui invoque ce dieu païen ? Les Juifs français qui n’écoutent pas « ceux qui conseillent aux Juifs de France d’emprunter une autre direction (et qui) leur font courir de grands périls », « ceux qui consultent les nouveaux Baal Zebub pour apaiser leur crainte »… Voilà C. Barbier qui se prend pour une prophète !"

Islam
Le 10 octobre 2010, Layla, Marocaine homosexuelle âgée de 18 ans, a été brûlée à mort lors d’une séance d'exorcisme à Anvers (Belgique). Elle faisait de nombreux cauchemars, et perdait du poids. Ses parents étaient persuadés qu'elle était "possédée par des esprits, appelés aussi "jins" au Maroc", et ont "décidé de la « soigner » par la roqya", consistant "en des rites de désenvoûtement avec récitation de versets du Saint Coran" et "souvent accompagnés de pratiques occultes telles la magie ou sorcellerie". Sur les conseils de voisins, ils ont recouru à "un imam connu dans la région, un certain Othman G." Celui-ci a allégué que la jeune fille "était possédée par neuf démons. L’exorcisme a duré trois jours. Le dernier jour, l’imam s’est enfermé avec Layla dans la salle de bain, et lui a versé "de l’eau bouillante sur le corps, alors qu’elle n’était couverte que d’un pyjama". "Les trois prévenus, l’exorciste et les deux parents", ont nié "toute implication dans la mort de Layla". Lors de l'enquête qui a duré cinq ans, un collège de psychiatres a considéré que Layla souffrait d'une légère schizophrénie. "Une demi-sœur de Layla s’est portée partie civile contre les parents et l’exorciste. Elle voulait que les faits soient qualifiés de tortures et non de coups et blessures ayant entraîné la mort. Ce qui aurait impliqué un procès d’assises". En 2012, à Bruxelles, la "Cour d’assises avait jugé six personnes pour le désenvoûtement mortel de Lafifa, 23 ans, morte de quasi-noyade, de coups multiples et de manœuvres d’étranglement pour "chasser les djinns en elle". Les peines s’étalaient entre 3 et 9 ans de prison, pour tortures".

Ce dossier de presse omet aussi de mentionner que la sorcellerie est punissable actuellement dans certains pays : arrêtée en avril 2009, Amina bent Abdelhalim Nassar, a été décapitée au sabre le 12 décembre 2011 en Arabie saoudite qui aurait exécuté 73 personnes accusées de sorcellerie l’an dernier selon Amnesty International. « Nous ignorons les faits que les autorités accusaient cette femme d’avoir commis mais savons que l’accusation de sorcellerie a fréquemment été utilisée en Arabie saoudite pour punir, généralement à l’issue d’un procès inique, des personnes ayant simplement exercé leur droit à la liberté d’expression ou de religion ». Pour l’ONG, il s’agit de « dénoncer les exécutions ainsi que l’iniquité des procès qui aboutissent à la condamnation des individus ». En août 2013, le journal The Atlantic a publié un article sur la guerre de l'Arabie saoudite contre la sorcellerie.

Le 22 mai 2012, Harun Yusuf Zindani, Yéménite Juif âgé de 50 ans, a été mortellement poignardé, dans le dos, par un de ses concitoyens musulmans, qu'il ne connaissait pas, à Sanaa (Yémen). L'assassin,  qui accusait sa victime de sorcellerie, a crié lors de l'agression : " Toi le juif, tu as nui à mon commerce avec ta sorcellerie ". Il a été interpellé par la police.

Au printemps 2013, un dirigeant et un site Internet iraniens ont accusé à tort les Juifs d'utiliser la sorcellerie contre l'Iran.

Le 7 mai 2014, The Daily Beast a indiqué que, sur la chaîne publique iranienne IRIB (Islamic Republic of Iran Broadcasting), Valiollah Naghipourfar, mollah et professeur de l’université de Téhéran, a allégué que les Juifs utilisent  des djinns, « créatures surnaturelles » qui « sont le Mal », pour espionner  et miner la république islamique et que le judaïsme est particulièrement expert en magie noire : « Les Juifs ont toujours été associés à la sorcellerie et aux djinns. Vraiment, beaucoup de sorciers sont Juifs. Ceux qui sont en contact avec les djinns sont souvent Juifs… Même le Coran condamne les Juifs, appelant le prophète Salomon un infidèle et l’accusant de sorcellerie… Le Juif est très expérimenté en sorcellerie ». Il a acquiescé à la question de savoir si « les problèmes actuels en Iran proviennent de la sorcellerie et la magie, par des forces surnaturelles ». Il a estimé possible qu’un « gouvernement soit manipulé par les djinns en Israël, mais pas en Iran ». La vidéo a été postée le 4 juillet 2014 sur Youtube.

En février 2015, un fqih et son assistant ont été jugés pour meurtre avec préméditation et sorcellerie par un tribunal pénal d'Agadir (Maroc). Ils étaient accusés de la mort d'une jeune mariée lors d'une séance d'exorcisme à Anza, près d’Agadir. La famille de la victime, "prise d’une "crise de folie" interprétée comme un acte de « l’esprit qui habitait en elle », donc selon elle "possédée par le démon", avait recouru à un fqih. Lors d'une des séances d'exorcisme, le fqih a frappé la jeune femme de 22 ans, tout en lisant des passages du Coran et disant « Sors fils de Satan, tu ne veux pas sortir ? », l'a étouffée.

En novembre 2015, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération a interdit par circulaire aux Marocaines de travailler en Arabie Saoudite comme employées de maison, et ce, afin de leur épargner de vivre des « situations compliquées ».  La décision entrera en vigueur dès le 7 décembre 2015. Selon des statistiques du ministère marocain des Affaires étrangères, l’effectif des MRE résidant en Arabie Saoudite s’élevait en 2012  à 35 724 personnes dont 15 153 femmes recrutées notamment comme employées de maison, infirmières, baby-sitters, soit  42,41%.   Des domestiques marocaines ont dénoncé les violences que leur infligeaient leurs employeurs saoudiens. Les Marocaines "qui travaillent dans ce pays font  l’objet depuis 2013 d’une campagne de dénigrement notamment de  la part des Saoudiennes. Le cliché de « sorcière » marocaine  qui serait une « voleuse d’hommes mariés » est omniprésent dans les médias et sur les réseaux sociaux. Selon une page de Yahoo, "en 2012, 600 actes de mariage ont été conclus entre des Marocaines et des Saoudiens dont 18 ont provoqué la dislocation de plusieurs familles saoudiennes suite au départ de  maris". Le Maroc "a signé plusieurs accords organisant l’entrée de la main-d’œuvre en Arabie Saoudite et le suivi de leur application est du ressort des départements d’Anis Birou et de son collègue Abdeslam Seddiki qui n’ont pas réussi jusqu’à présent à améliorer la situation de la main-d’œuvre marocaine dans les pays du Golfe où le système de la Kafala (parrainage) porte atteinte aux droits de l’émigré qui se trouve contraint de se mettre sous la protection de son Kafil ; lequel se porte garant de lui et répond, en lieu et place, à toute question relevant de la loi et du droit. Dans ces contrées, l’embauche directe n’est pas de nature à formaliser la relation de travail entre l’employeur et son employé. Ce qui laisse la porte grande ouverte à des situations allant jusqu’à la traite, notamment pour les femmes. La question de la main-d’œuvre marocaine dans les pays du Golfe restera donc tabou parce que  peu de responsables osent s’aventurer à la remettre en question. Les Philippines et l’Indonésie, principaux pourvoyeurs de Riyad en main-d’œuvre domestique, qui ont interdit l’envoi de bonnes vers l’Arabie Saoudite en 2011".

En novembre 2012, la chaîne satellitaire émiratie Abou Dhabi al Oula a diffusé un reportage sur l’arrestation de jeunes Marocaines accusées de pratiquer la sorcellerie aux Emirats Arabes Unis (EAU). Ce qui a suscité l'ire des Marocains vivant aux EAU. "D’après le présentateur du programme, les "sorcières" (terme employé par le journaliste) faisaient faire leurs potions et autres grigris au Maroc, pour les recevoir ensuite par la poste. Ces actes de magie auraient, selon le journaliste, détruit plusieurs couples émiratis. Mohamed Aït Ouali, ambassadeur du Maroc aux Emirats, a envoyé une copie de l’enregistrement au ministère des Affaires étrangères, accompagnée d’une note explicative.
Le diplomate a même contacté le rédacteur en chef de la chaîne de télévision pour dénoncer le manque de professionnalisme, les jeunes femmes apparaissant en effet à visage découvert. Les expressions utilisées pendant le programme ont quant à elles été qualifiées deracistes et d’insultantes par beaucoup de Marocains sur les réseaux sociaux".

En mars 2015, la fille d’un milliardaire marocain a accusé "une arnaqueuse de l’avoir délestée de plus de 20 millions de dirhams en usant de sorcellerie et de magie noire". Selon le journal al Akhbar, les faits datent d'août 2014. Le tribunal de Casablanca a condamné cette arnaqueuse à trois ans de prison ferme et 10 millions de dirhams de dommages et intérêts au profit de la victime. "Cette dernière en proie a une dépression a fait une confiance aveugle à une femme en lui donnant plus de 20 millions de dirhams pour « la soigner » de toutes les maladies dont elle disait souffrir". Elle "devait organiser des « veillées de transe » dans plusieurs mausolées, notamment ceux de Moulay Driss Zerhoun, Zaouyat Lhej à Tanger et Chamharouch dans la région de Marrakech, s’automutiler et se flageller lors de ses fameuses soirées. La mainmise était telle que la victime s’est dite « sous l’emprise » de cette sorcière et la seule façon de s’échapper était de payer encore et encore. Finalement la « sorcière arnaqueuse » a été condamnée à trois ans de prison ferme et 10 millions de dirhams. Mystère sur les autres dix millions de dirhams donnés par la milliardaire.

En mars 2015, Faycal Wyllinck, défenseur des animaux, a déclaré à l’agence EFE, que "les singes marocains se vendent illégalement et sont dressés dans l’unique but de satisfaire les touristes, comme sur la fameuse Place Jamaa El Fna, alors que d’autres sont utilisés en tant que cibles par certains chasseurs pour tester leurs armes. Certaines personnes les utiliseraient même pour faire de la sorcellerie. Selon Faycal Wyllinck,  chasseurs vendraient ainsi des tripes de singes ou encore leurs cervelles à des femmes faisant de la sorcellerie. Des singes en voie de disparition : on comptait 20 000 en 1984 contre 5 000 en 2015. Leurs lieux de vie : dans les montagnes du Rif, dans le Moyen-Atlas, dans la région d’Azrou ou d’Ifrane.

En décembre 2015, selon une agence de presse proche du gouvernement provisoire libyen, la branche libyenne de l'Etat islamique (ISIS) a décapité, en place publique, à Syrte (Libye) une Marocaine accusée de « sorcellerie et de magie noire  ».

"Soumettre la population par la peur et la sanctionner lourdement pour le moindre écart reste le fondement du pouvoir" de l’Etat islamique. "Outre les exécutions publiques quotidiennes de « traîtres », « renégats », « espions » ou « sorcières », les sanctions les plus fréquentes varient en nombre de coups de fouet ou de jours de prison. Après l’exécution de deux femmes accusées de sorcellerie dans la ville de Mayadine, au sud de Deir el-Zor" (Syrie), le diwan (ministère, Ndr) de la Justice de l'Etat islamique "a présenté des excuses à leurs familles en leur payant une compensation du sacrifice". (Libération, 1er décembre 2015)

Espagne
Le samedi 25 juillet 2015, dans le cadre de A la CartaDesde el infierno - El pueblo judío: propagador del culto a Satán (De l'enfer - Le peuple Juif : Propagateur du culte de Satan), émission d'environ trente minutes de la radio publique espagnole de télévision RNE (Radio Exterior), qui fait partie du groupe public RTVEa accusé les Juifs d'avoir "propagé le culte de Lucifer dans plusieurs sociétés secrètes sataniques. A travers la magie noire, les Israélites ont appelé les pouvoirs de l'obscurité". Comme dans l'affaire al-Dura, c'est un media public qui a diffusé l'antisémitisme. Sur le site Internet de l'émission, de nombreux commentateurs croient en cette allégation fausse et infamante. Le texte introductif allègue que les Juifs ont fondé et dirigé de manière occulte la franc-maçonnerie", évoque l'ésotérisme...

Le 19 août 2015, Porte-parole de l'Agence Juive et ancien porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor a critiqué RTVE sur Twitter : “Pero como puede un ente publico dar tribuna a este tipo de racismo crudo, cretino y asqueroso? Vuelve la Santa Inquisicion" (Mais comment une entité publique  peut-elle donner une tribune à ce type de racisme cru, crétin et dégoûtant. La Sainte Inquisition est de retour).

Le 27 août 2015, le directeur de la RNE a annoncé le retrait de cette émission radiophonique de son site Internet. Elle a aussi présenté ses excuses.Chargé des relations avec la presse au sein de RNE, Carlos Garrido a souligné que cette émission relevait du genre de la "fiction radiophonique et en aucun cas d'une rubrique d'information".

En décembre 2015, selon une agence de presse proche du gouvernement provisoire libyen, la branche libyenne de l'Etat islamique a décapité, en place publique, à Syrte (Libye) une Marocaine accusée de « sorcellerie et de magie noire  ».

Le 23 mars 2017 à 19 h, l'Institut Universitaire Européen Rachi de Troyes proposera la conférence de Jacob Rogozinski, professeur de philosophie et auteur de Ils m'ont haï sans raison. De la chasse aux sorcières à la Terreur. "Qu’est-ce que la haine ? Comment cet affect individuel peut-il animer des persécutions collectives ? Jacob Rogozinski interroge le phénomène de la chasse aux sorcières qui s’est déchaînée de la Renaissance aux Lumières. Il décrit les techniques mises en oeuvre pour désigner, puis anéantir ses cibles. Les mêmes dispositifs se retrouveront sous d’autres formes, dans d’autres circonstances, de la Terreur jacobine aux procès de Moscou, et sous-tendent encore les récentes "théories du complot". En étudiant ces expériences historiques, en repérant leurs différences et leurs similitudes, Jacob Rogozinski montre comment l’on passe de l’exclusion à la persécution. Ses analyses nous éclairent ainsi sur les dispositifs de terreur de notre temps".


Patrick Marchand, Sorcières, mythes et réalités. Musée de La Poste/LVE, 2011. 160 pages. ISBN : 978-2-36214-008-2

Jusqu’au 31 mars 2012
Au Musée de La Poste
Galerie du Messager
34 boulevard de Vaugirard. 75015 PARIS
Tous les jours de 10 h à 18 h sauf dimanche et jours fériés. Nocturne le jeudi jusqu'à 20 h
Tél. : 01 42 79 24 24 ; reservation.dnmp@laposte.fr


Visuels de haut en bas :
Affiche
La leçon avant le sabbat (Huile sur toile)
Louis Maurice Boutet de Monvel - 1880
Nemours, château-musée
© Photo RMN, René Gabriel Ojéda
© Adagp, Paris, 2011

La Dame de Martiabalsarena danse
José de la Peña - 1938
Musée Basque et de l'histoire de Bayonne

Naïa, la sorcière
Rochefort-en-Terre (Morbihan)
Carte postale - Début XXe siècle
Coll. H. Berton/ SEREST
Le sorcier du village

Les fascinés de la Charité (Huile sur toile)
Georges Moreau de Tours - 1889
Musée des Beaux-Arts de la ville de Reims
© Photo C. Devleeschauwer

Méphistophélès, Maquette de costume pour le film La damnation du docteur Faust
Dessin de Georges Mélies - 1904
Encre de chine et mine de graphite
Coll. Cinémathèque Française

Les trois sorcières (Huile sur toile)
Jean Claude Aujame - Avant 1957
Musée des Beaux-Arts de Rouen
© Agence Albatros, 2011
© Adagp, Paris, 2011

Naïa, la sorcière
Rochefort-en-Terre (Morbihan)
Carte postale - Début XXe siècle
Coll. H. Berton/ SEREST

Un sorcier guérisseur
Carte postale - Début XXe siècle
Coll. H. Berton/ SEREST

Dagyde
Conçue à partir d’une marionnette
Bois, fer, tissu
Fin XIXe - début XXe siècle
Coll. Daniel Pouget
© Photo Michel Fischer

La convocation au sabbat
José de la Peña - 1938
Musée Basque et de l'histoire de Bayonne


Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
Aviation/Mode/Sports










Les citations proviennent du dossier de presse. 



Cet article a été publié pour la première fois le 22 mars 2012 et modifié le 21 mars 2017.
Il a été republié le :
- 23 avril 2012 à l'occasion de la diffusion sur Arte de Rosemary's Baby de Roman Polanski ;
- 23 mai 2012, en raison du récent assassinat d'Harun Yusuf Zindani, Yéménite Juif, par un concitoyen musulman qui l'accusait de sorcellerie ;
- 30 octobre 2012 à l'approche d'Halloween. Lors de la fête d'Halloween, les enfants se déguisent notamment en sorcières ;
- 1er mai, 21 août et 2 novembre 2013 alors que le journal The Atlantic a publié un article sur la guerre de l'Arabie saoudite contre la sorcellerie, puis pour Halloween ;
- 9 juillet 2014, 26 août et 21 décembre 2015, 2 novembre 2016.

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