
Née Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954), Colette était une romancière - Claudine à l'école (1900), L'Ingénue libertine (Minne et Les Égarements de Minne) (1909), La Vagabonde (1910), Chéri (1920), Le Blé en herbe (1923), La Chatte (1933), actrice, artiste de music-hall, mime, journaliste directrice littéraire du journal Matin française. Sa bisexualité, son amour des animaux, notamment des chats, et de la nature nourrissent sa vie et son oeuvre littéraire. Colette a été élue présidente de l’Académie Goncourt (1949-1954) qui l’admet dès 1945. La France lui rendit hommage par des obsèques nationales. La Bibliothèque nationale de France propose l'exposition « Les mondes de Colette ».
« Les religions » par Sylvie Deraime
« Histoire du judaïsme » par Sonia Fellous
« Histoire de la Bible de Moïse Arragel - Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens (Tolède 1422-1433) » de Sonia Fellous
« Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? La nouvelle christianophobie » par Alexandre del Valle
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Vladimir Jankélévitch (1903-1985)
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Pierre Mendès France (1907-1982)
« Mermoz » par Catherine Herszberg et Anne Proenza
Arthur Miller (1915-2005)
Rutu Modan
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Jacques Pérez (1932-2022), photographe
David Perlov. Cinéaste, photographe, dessinateur
« Pif, l’envers du gadget » par Guillaume Podrovnik
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Mordecai Richler (1931-2001)
« Bons baisers de la planète Schtroumpf » par Jean-Marc Panis
Hugo Pratt (1927-1995)
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Nathalie Sarraute (1900-1999)
« L'enfant, la mort et la vérité », de Esther Schapira et Georg M. Hafner
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« Le brun et le vert. Quand les nazis étaient écologistes » de Philippe Simonnot
« Art Spiegelman, traits de mémoire » de Clara Kuperberg et Joëlle Oostelinck
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« Le visage humain fut toujours mon grand paysage. »
Colette
« Les mondes de Colette »
La Bibliothèque nationale de France propose l'exposition « Les mondes de Colette ».
« La Bibliothèque nationale de France consacre une grande exposition à Colette (1873 - 1954), figure essentielle de la littérature du XXe siècle. Classique ou moderne ? Libre ou entravée ? Moraliste ou amorale ? Engagée ou apolitique ? Authentique ou artiste du « demi-mensonge » ? Romancière, journaliste, scénariste, publicitaire, comédienne ? La femme et ses doubles littéraires n’en finissent pas d’interroger et de fasciner. L’exposition, avec plus de 350 pièces, dessine les mondes d’une femme indépendante, souvent en avance sur son temps, qui a su construire une oeuvre novatrice, audacieuse, parfois transgressive, toujours d’une étonnante actualité. Manuscrits, peintures, photographies, estampes et quelques objets emblématiques viennent éclairer les thèmes traversant l’oeuvre et la vie de Colette – le féminin, l’identité, l’émancipation, la nature, le désir – mais aussi le jeu de miroir permanent entre l’autrice du Blé en herbe et ses personnages, entre fiction et écriture de soi. »
Colette, pionnière de l’autofiction
« Croisant la présentation de livres et de manuscrits avec un dispositif visuel très riche fait de photographies, estampes et peintures, extraits de films et d’entretiens, projections sur grand écran et réinterprétation d’un costume de scène, l’exposition est à la fois immersive et réflexive. Elle est organisée en cinq grandes sections thématiques, croisant la double chronologie des publications et de la vie de Colette. Chacune des parties restitue l’expérience que constitue la lecture de l’oeuvre de Colette, dans sa profonde sensibilité et sa richesse interprétative, tout en revenant sur la relation étroite qui s’est toujours nouée, chez l’autrice, entre l’écriture et la vie. La Naissance du jour (1928) est l’une des œuvres qui en témoigne le plus explicitement. Manuscrit et correspondance montrent comment Colette reprend et transforme les lettres de sa mère, Sido, pour écrire ce livre par lequel, passé la cinquantaine et après un second divorce, l’écrivaine cherche à se construire un « modèle » venant redéfinir son rapport à l’amour et au passage du temps. »
« Les manuscrits montrant sa collaboration avec Willy, Claudine en ménage (1902), Claudine s’en va (1903) et Minne (1904), permettent pour leur part de se faire une idée précise des débuts de l’écrivaine et de sa singulière entrée en littérature, elle qui ne signa ses livres de son seul nom, Colette, qu’à partir de 1921. Les mondes fictifs qui composent l’oeuvre de Colette tendent à se présenter aux lecteurs comme réels, tant ils font écho à ceux que traversa Colette assidument occupée à vivre autant qu’à écrire. Miroirs, fictions, avatars, autofiction dessinent autant de doubles qui viennent mettre en abyme cette création littéraire. »
Le commissariat est assuré par Émilie Bouvard, historienne de l’art, directrice des collections, Fondation Giacometti, Julien Dimerman, conservateur, responsable de la Bibliographie de la littérature française au département Littérature et art, BnF, et Laurence Le Bras, conservatrice en chef, cheffe du service des Manuscrits modernes et contemporains au département des Manuscrits, BnF.
Exposer l’œuvre d’une vie
« Colette a laissé une œuvre profuse, écrite tout au long de la première moitié du XXe siècle. Sa liberté de ton et de mouvement, sa largesse d’esprit ainsi que son écriture singulière, d’une grande attention à tous les mouvements de la vie, lui ont donné la faveur du public. Elle incarne en outre une forme d’indépendance rare pour une femme de cette époque, dont son œuvre littéraire se fait largement l’écho. Ses lectrices notamment, comme Simone de Beauvoir, ont trouvé dans ses textes – fiction, journalisme, essais – le tableau sans fard d’une condition féminine diverse, abordant sans crainte, à contre-courant de la bienséance, les questions les plus sensibles comme celles du désir ou de la maternité. »
« L’attention à soi s’est toujours accompagnée chez Colette d’une exceptionnelle ouverture au monde extérieur, conformément à l’injonction de sa mère, « Regarde ! », qui donne son titre à un beau livre illustré par Maturin Méheut. La présence de la faune et de la flore se voit associée au sein de l’exposition à des œuvres d’André Dunoyer de Segonzac, de Raoul Dufy, d’Émilie Charmy et de Louise Hervieu. Mais Colette est aussi l’emblème d’une liberté chèrement acquise par l’indépendance financière que procure le travail. C’est ainsi avec une attention également acérée que l’écrivaine dépeint ceux dont elle partagea un temps le quotidien, les figures de L’Envers du music-hall (1913), livre dont le manuscrit présenté dans l’exposition est accompagné de nombreuses photographies de scène, ainsi que de tableaux de Marie Laurencin et de Kees Van Dongen. »
« Repoussant les frontières de la littérature, l’intense activité journalistique de Colette, accompagnée de nombreux extraits de films, donne pour sa part à voir, à rebours de ses prises de position apolitiques, une autrice très sensible aux évolutions sociales et techniques ainsi qu’aux soubresauts de l’histoire. »
Parcours de l’exposition
Introduction
« Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait ?
Patience : c’est seulement mon modèle. » La Naissance du jour, 1928
« Classique ou moderne ? Moraliste ou amorale ? Engagée ou apolitique ? Féministe ou antiféministe Libre ou entravée ? Véritable icône littéraire du XXe siècle, seule femme présidente du jury du prix Goncourt, consacrée par la légion d’honneur et des obsèques nationales, Colette (1873-1954) a su construire une oeuvre populaire et gagner la reconnaissance de ses pairs en littérature. Sa liberté de ton et d’action, sa largesse d’esprit et son écriture singulière très attentive à tous les mouvements de la vie végétale, animale et humaine, lui ont donné la faveur d’un large public. Ses lectrices et lecteurs ont trouvé dans ses textes le tableau sans fard d’une condition féminine diverse, et, dans sa vie, la trajectoire d’une femme indépendante, qui traverse un siècle violent à bien des égards pour les femmes. »
« Son oeuvre est toutefois loin d’être univoque. »
« Traversée de paradoxes, voire de contradictions, donnant à réfléchir, offrant à regarder et à sentir avec vivacité tout en suspendant son jugement, elle joue aussi entre la fiction et l’autobiographie. Colette, qui écrit au plus près de la vie, met en scène une liberté en acte : la sienne. En cela, son oeuvre résonne avec nos questionnements sur l’identité, les représentations de soi, le désir, le rapport au corps et aux autres. »
« L’exposition que présente la Bibliothèque nationale de France s’appuie sur le vaste ensemble de manuscrits qu’elle conserve, ainsi que sur des prêts exceptionnels émanant de la Maison de Colette et du musée Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye, mais aussi de collectionneurs privés. »
« Y sont présentés pour la première fois depuis l’exposition de 1973 à la Bibliothèque Nationale, des tirages originaux de photographies de Colette et de son entourage provenant d’une collection particulière ainsi que les albums ayant appartenu à Willy, conservés à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. Mathieu Amalric proposera pour sa part un montage composé spécifiquement pour l’exposition d’extraits de son film Tournée. L’artiste Giulia Andreani revisitera quant à elle la vie et l’oeuvre de Colette à travers des réinterprétations picturales créées elles aussi pour l’exposition. Enfin, outre Giulia Andreani, trois créatrices disent dans l’épilogue leur relation à Colette : l’autrice Michèle Sarde, dont un extrait de l’interview imaginaire de Colette en 1985 ouvre l’exposition (archive INA) ; la chanteuse Juliette ; la comédienne Cloé Sénia. »
1. Souvenirs sensibles
« Seul, respecté du temps, fier dans son aristocratie, incorruptible, l’odorat nous lie, jusqu’à la fin, à l’univers tangible et poétique, ennoblit le présent, ressuscite le passé. » Paradis terrestre, 1932
« L es souvenirs sensibles sont omniprésents dans l’oeuvre de Colette et la déterminent à bien des égards. Colette les réécrit sans cesse, et les réinvente. Sa maison d’enfance à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l’Yonne, officiant tel un Paradis perdu, est le creuset de cette mémoire des sens. D’autres demeures, celle de Rozven, en Bretagne, de la Treille Muscate, en Provence, sont des lieux célébrés et réinventés dans ses récits. Les membres de sa famille, à commencer par sa mère, Sido, deviennent dans La Maison de Claudine des personnages hauts en couleur, comme souvent par la suite celles et ceux qui partageront son existence. La faune et la flore de ces lieux chargés en émotions peuplent les pages des livres, témoignant de la précoce sensibilité de Colette pour les éclosions et les métamorphoses de la nature. »
« S’appropriant à sa manière l’injonction maternelle « Regarde ! », Colette transpose des sensations authentiques et vécues dans un univers de fiction. Le lecteur traverse ainsi toute la richesse de son expérience. »
Le jardin perdu
« Sidonie Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l’Yonne. Avec ses deux demi-sœur et frère, Juliette et Achille, et son frère Léopold, elle y vit heureuse jusqu’à ce qu’en 1891 un revers de fortune oblige ses parents, Jules-Joseph Colette et Sidonie Colette, née Landoy, à vendre leurs biens et à déménager à Châtillon-Coligny. Ce traumatisme familial amplifia la construction, mi-réelle, mi-fictive, du mythique jardin de l’enfance évoqué dans La Maison de Claudine dont les personnages sont inspirés de sa propre famille. Ce paradis originel de plantes, de bêtes et d’êtres humains fabuleux est gouverné par la puissante figure maternelle de « Sido » ; il y plane également l’ombre du « Capitaine Colette ».
Miroirs d’un jardin perdu
« La marquise de Morny, dite « Missy », compagne de Colette de 1905 à 1912, acheta pour elle la maison de Rozven, en bord de mer près de Saint-Malo. En 1926, Colette fit l’acquisition d’une villa, la Treille Muscate, près de Saint-Tropez, donnant sur la baie des Canoubiers. Ces maisons dans leur écrin de nature sont comme des échos de la maison d’enfance de Saint-Sauveur, tout en offrant d’autres vues, faunes, flores et amitiés. L’ouvrage Regarde… !, publié en 1929, réunit deux textes de Colette,
« Regarde » et « La Flaque » avec des illustrations du peintre et illustrateur breton Mathurin Méheut, en souvenir de la Bretagne. En Provence, Colette fréquente d’autres artistes liés à Saint-Tropez, Charles Camoin, André Dunoyer de Segonzac et Luc-Albert Moreau. »
Faune et flore
« Nourrie dès son enfance par les excellentes connaissances botaniques de sa mère Sido, dotée d’une empathie profonde vis-à-vis du monde animal, Colette consacre plusieurs textes à la faune et la flore, dont les célèbres Dialogues de bêtes. Certains de ces écrits donnent lieu à des collaborations, choisies par Colette ou soufflées par ses éditeurs, tels Pour un herbier avec le peintre Raoul Dufy. Elle possédait également plusieurs dessins de mouches et de fleurs, de son amie la peintre et graveuse Louise Hervieu, avec qui elle partage le goût de l’observation de la nature. »
L’Enfant et les Sortilèges
« Au grand récit d’une enfance uniformément heureuse, L’Enfant et les Sortilèges apporte, le temps d’un cauchemar, comme un sombre contrepoint. Écrit « en moins de huit jours » en 1915 pour répondre à une commande du directeur de l’Opéra de Paris, ce livret de « féérie-ballet » explore les aspects les plus violents de la psyché infantile, entre colère et cruauté – une violence toutefois tempérée par l’humour et la poésie du texte. On entrevoit ici combien la relation de Colette à la figure maternelle est plus complexe qu’on ne pourrait le croire à la lecture de La Maison de Claudine ou de Sido. Maurice Ravel compose sur ce livret une « fantaisie lyrique » entre 1919 et 1925. »
2. Le Monde
« Le pire dans la vie d’une femme : le premier homme. On ne meurt que de celui-là, après lequel la vie conjugale - ou sa contrefaçon - devient une carrière. » Chéri, 1920
« Chassée du paradis de l’enfance, Colette décrit dans ses récits un univers tout aussi saturé en sensations visuelles et en émotions : celui du « monde », du « grand monde » au « demi-monde ». Elle s’y révèle comme Honoré de Balzac attentive à la comédie humaine. Elle décrit dans L’Envers du music-hall le travail des corps dans la danse et la pantomime, mais aussi la précarité de la vie des artistes. Elle se fait la peintre amusée de la formation « professionnelle » que grand-tante et grand-mère dispensent à la future courtisane Gigi. Satiriste, elle brosse avec tendresse et férocité des figures à la fois typiques et incarnées. Oscillant entre mise en scène de soi et étude sociale, Colette décrit les trajectoires de femmes de toutes classes qui cherchent, comme l’autrice elle-même, à gagner leur vie et leur indépendance au coeur de la Belle Époque. Les narratrices, peu déterminées par les convenances, peu enclines à endosser le rôle d’héroïnes, confèrent à ces textes, par leur détermination à vivre conformément à leurs choix, une dimension de romans d’apprentissage au féminin. L’écriture devient miroir du monde et permet à Colette d’y entrer pleinement. »
L’Envers du music-hall
« Séparée de son premier mari Willy en 1910, Colette s’engagea pour assurer son indépendance financière dans la vie mouvementée et courageuse de mime, de danseuse, faune ici, gymnaste là, à Paris, puis en tournée provinciale. L’Envers du music-hall, composé de courts chapitres de scènes vues et de portraits, offre, comme La Vagabonde, un panorama souvent poignant de la condition des artistes de music-hall, auxquels il rend hommage. Les photographies prises dans les loges offrent un rare témoignage visuel de la vie de ces derniers, qui peuplent aussi les tableaux de Kees van Dongen, fréquenté par Colette en voisine dans l’entre-deux-guerres, ou de Marie Laurencin, dont Colette est une amie. Rarement la vie de l’autrice et ses textes n’ont été mêlés aussi étroitement que dans ce monde des feux de la rampe. »
Avatars
« Êtes-vous pour ou contre le second métier de l’écrivain ? » Par cette formule provocatrice, Colette fait la réclame du salon de beauté qu’elle ouvre pour quelque temps au début des années 1930 rue de Miromesnil à Paris. Peu d’écrivaines furent à la fois mime, danseuse de music-hall, comédienne et esthéticienne. Pourtant, quand on est une femme et que, telle une « vagabonde » au début des années 1900, on souhaite ne dépendre de personne, il faut bien gagner sa vie. Dans le texte où elle répond aux critiques qui lui ont été adressées, Colette déploie l’ensemble de ses « avatars », ces métiers qui la firent circuler dans tous les interstices de la société affirmant ainsi la radicalité de son autonomie. »
Cocottes
« Tante Alicia et Mamita dans Gigi, Léa dans Chéri, sont des demi-mondaines, des cocottes, des femmes entretenues qui fréquentent « le monde » sans jamais vraiment s’y intégrer. Sans doute cette forme singulière de marginalité attire-t-elle Colette, elle qui, jeune campagnarde à Paris, danseuse et figure du Paris Lesbos puis femme mariée, baronne et journaliste, évolua dans tous les milieux sans jamais en faire pleinement partie. La demi-mondaine témoigne d’un temps où les femmes sans statut marital ne peuvent se faire une place dans la société qu’en acceptant la compromission d’un entretien assuré aux frais des hommes, et une vie dans un « demi »-monde. »
3. S’écrire
« Il faut désormais que ma tristesse si je suis triste, ma gaîté si je suis gaie, se passent d’un motif qui leur a suffi pendant trente années : l’amour. J’y arrive. C’est prodigieux. » La Naissance du jour, 1928
« Dans La Naissance du jour, la narratrice confesse que plusieurs de ses personnages romanesques les plus célèbres sont en réalité de simples avatars d’elle-même. Claudine est la première, qui, des bêtises de l’école primaire à l’adultère (avec une femme) puis à la fuite du domicile conjugal, agit hors du cadre assigné aux demoiselles de son époque. Puis vient Renée Néré, « la Vagabonde » qui incarne non sans mélancolie les souvenirs du music-hall. Renée préfère les tournées à un mariage qui la tirerait pourtant de sa condition de saltimbanque mais la priverait de sa liberté. Enfin, apparaît Léa, la cocotte indépendante, amante mûre du très jeune Chéri, avant que celui-ci, marié comme il faut, ne revienne traumatisé de la guerre et se tue. Cette dernière figure pose comme rarement la question de l’âge au féminin. Claudine, Renée, Léa sont comme les trois moments d’une vie de femme. Dans La Naissance du jour, l’écrivaine s’essaye à une forme d’écriture à mi-chemin du roman et de l’autobiographie, qu’on appelle aujourd’hui l’autofiction. Conformément à l’épigraphe du livre, la « Madame Colette » autour de laquelle gravitent les amis réunis à la Treille Muscate est moins un autoportrait que le « modèle » que se fabrique l’autrice, oeuvre de toute une vie. »
4. Le Temps
« L’enfant tardif, –j’avais quarante ans – je me souviens d’avoir accueilli la certitude de sa présence avec une méfiance réfléchie, en la taisant. C’est de moi-même que je me méfiais. Il n’était pas question d’appréhension physique. Je craignais ma maturité, ma possible inaptitude à aimer, à comprendre, à m’imprégner. L’amour – je le croyais – m’avait déjà fait beaucoup de tort, en m’accaparant depuis vingt ans à son service exclusif. » L’Étoile Vesper, 1946
« Près de 1 200 articles de presse ; plusieurs chroniques suivies dans différents journaux ; des critiques théâtrales, musicales, cinématographiques ; des récits de voyages comme envoyée spéciale au Maroc ou à New York, en dirigeable ; mais aussi des chroniques judiciaires, sportives, ou des interventions dans la presse féminine : Colette n’a cessé en vérité d’écrire son temps. Débarquant à Paris à l’orée du XXe siècle et célébrée par des funérailles nationales en 1954, elle traverse toute la première moitié du siècle en la vivant pleinement. Elle est une journaliste active intéressée à rendre compte de la vie moderne dans toute sa variété et tous ses changements. Elle excelle dans le tableau des mœurs, avec son ironie habituelle, brouillant les pistes de ses portraits, et dans les peintures de « monstres », ces criminels hors normes qui semblent dépasser les fictions les plus inventives. Fervente apolitique, plus conservatrice que révolutionnaire, elle s’inscrit en porte-à-faux des conventions, comme lorsque dans les années 1930, en plein « réarmement démographique », elle s’attelle à décrire la déception de la maternité. »
Un demi-siècle de cinéma
« L’expérience de la scène permet à Colette de poser sur le cinéma naissant un regard qui n’est pas celui d’une simple profane. Dès les années 1910, elle lui consacre une trentaine d’articles, dont 19 pour la revue Le Film qui s’emploie à faire accepter ce nouveau média comme un art à part entière. Si la rédaction de sous-titres ou de dialogues a surtout pour l’écrivaine une dimension alimentaire, il n’en va pas de même de sa collaboration à certaines adaptations de ses livres, comme Divine de Max Ophüls (1935) ou Gigi de Jacqueline Audry (1949). Son aisance comme actrice de son propre rôle est sensible dans le documentaire que lui consacre en 1952 la jeune cinéaste Yannick Bellon, et dont elle fut comme une co-scénariste. »
5. La Chair
« Or, si je suis immobile ce soir, je ne suis pas sans dessein, puisqu’en moi bouge - outre cette douleur torse, en grosse vis de pressoir - un sévice bien moins familier que la douleur, une insurrection qu’au cours de ma longue vie j’ai plusieurs fois niée, puis déjouée, puis finalement acceptée, car écrire ne conduit qu’à écrire. » Le Fanal bleu, 1949
« Le plaisir, le désir, l’amour sont des forces puissantes dans les textes de Colette. Des jeunes gens qui découvrent la sexualité dans Le Blé en herbe aux lesbiennes, opiomanes et Don Juan libres et autres insoucieux du qu’en-dira-t-on du Pur et l’Impur, l’écriture de Colette accueille les diverses figures d’un monde aux mœurs en pleine révolution. Pour autant, Colette a-t-elle une conception moderne des sexes et des rapports de genre ? La liberté sexuelle et amoureuse qui fut celle de l’autrice côtoie une conception traditionnelle des pôles féminin et masculin. Parallèlement, La Chatte livre entre autres textes un tableau sombre de la conjugalité, alors même que son autrice se lie avec l’homme d’affaire et écrivain Maurice Goudeket. La chair est contradictoire chez Colette, avant de se faire, dans la vieillesse marquée par l’arthrite de L’Étoile Vesper et du Fanal bleu, corps de douleurs. Colette est l’écrivaine la plus citée par Simone de Beauvoir dans son essai Le Deuxième Sexe (1949), non que leurs convictions aient été les mêmes, mais sans doute parce que, à travers ses récits, rien de ce qui est une femme ne lui fut étranger. »
Physiologie du couple
« Le couple est l’un des grands sujets des textes de Colette, et l’amour, une question centrale. Elle le dissèque à la manière de son écrivain préféré, Honoré de Balzac, qui écrivit en 1829 une Physiologie du mariage. Récit après récit, selon des degrés de fiction variable, elle décrit, expose les phases, les non-dits, l’attraction physique ou son absence, la violence aussi, qui peut souder ou défaire un couple, hétérosexuel ou non. La Chatte, histoire de la préférence d’un jeune homme (mal) marié pour sa chatte, se déroule tel un roman noir selon une logique implacable, qui ne sème pas tant le doute sur la valeur du mariage en soi, que sur le véritable crime : ne pas suivre son désir. »
Ces plaisirs…
« En 1923, Colette publie Le Blé en herbe, récit faisant écho à Chéri (1920) qui traite de l’amour entre une femme et un adolescent. Elle s’inspire alors de sa liaison avec son beau-fils Bertrand de Jouvenel. En 1932, Ces plaisirs… rebaptisé, remanié et réédité en 1941 sous le titre Le Pur et l’Impur, évoque les plaisirs de la chair et de l’amour dans leurs multiples possibilités : émouvant couple des « ladies of Llangollen », portraits de Renée Vivien, de « la Chevalière » (Missy) et autres figures du Paris lesbien telle Elsie de Wolfe « la chèvre blanche », qui côtoient opiomanes et Don Juan vieillissants. Elle y insiste sur le pouvoir de la chair, si bien peinte par celle qui fut un temps son amie, et peut-être son amante, l’artiste Émilie Charmy, dont elle possédait plusieurs œuvres. »
Écrire la maladie
« En 1938 se font ressentir les premières douleurs de l’arthrite de la hanche qui finissent par clouer Colette sur son « lit-radeau », où elle continue à écrire tout en restant couchée. La souffrance physique permanente, jamais totalement calmée par les traitements, n’entame pas son désir de continuer à observer et à décrire. Depuis la fenêtre de son appartement, le jardin du Palais-Royal porte encore à ses yeux et ses oreilles ce qu’elle tenta de peindre sa vie durant, le chatoiement du monde dans sa diversité. Elle fait de la douleur même son dernier sujet d’exploration, observant avec intérêt le « flux » et le « reflux » de ses élancements, ultime manifestation de la chair. »
Focus d’œuvres
Colette [sous la signature et avec la collaboration de Willy]
Claudine à l’école
Couverture illustrée par Emilio Della Sudda
Paris, P. Ollendorff, 1900
BnF, Réserve des livres rares
« Le premier livre de Colette est publié sous le seul nom de Willy, comme tout ce qui sort des « ateliers » que dirige ce dernier. On désigne par ce terme une entreprise de production en série de romans légers, où certains écrivains (Paul-Jean Toulet, par exemple) firent, comme Colette, leurs premières armes ».
« Près de 40 000 exemplaires dès les deux premiers mois : le succès commercial de Claudine à l’école et des volumes qui suivirent fut « l’un des plus grands, sinon le plus grand, de toute la littérature française ». (Claude Pichois)
Colette
L’Envers du music-hall
Manuscrit autographe, 1913
Reliure signée P. L. Martin, parchemin incrustée d’une photographie de Colette par Reutlinger sur chacun des plats
BnF, Manuscrits
« Les artistes de café-concert dépeints dans L’Envers du music-hall se produisaient la plupart du temps au sein de revues qui faisaient se succéder sur scène différents numéros. Il fallait courir après les cachets et les tournées. « Qu’ils sont mal connus, orgueilleux, pleins d’une foi absurde et surannée dans l’Art […] Fiers et résignés à n’exister que pendant une heure sur vingt-quatre ! » écrit Colette dans La Vagabonde.
« Colette, l'insoumise »
Arte rediffusa le 28 septembre 2025 à 20 h 05 « Colette, l'insoumise » (Colette, die Aufständische) par Cécile Denjean. « Avec une fantaisie très Belle Époque, ce documentaire retrace la vie libre et théâtrale de Colette, immense écrivaine et insatiable hédoniste ».
« De son enfance campagnarde auprès de parents aimants et libres penseurs, elle a gardé le goût de la littérature, de l'anticonformisme et des plaisirs de la vie, célébrés tout au long de son œuvre ».
« Née en 1873 à Saint-Sauveur, en Bourgogne, la jeune Gabrielle Colette grandit dans un vert paradis, qu'elle quittera à 18 ans, à cause de la ruine familiale ».
« Mariée très jeune » en 1893 « à la nouvelle coqueluche parisienne, le sulfureux » Henry Gauthier-Villars connu sous le nom de « M. Willy », elle s'initie au fascinant demi-monde de la Belle Époque, fait ses débuts en littérature et perd quelques illusions ».
« Son mari la trompe et exploite ses talents d'écrivaine dans la série des Claudine » en imposant à son épouse le statut de nègre littéraire.
« Mais ce roi du marketing avant l'heure lui apprend aussi les vertus du scandale pour créer ce qu'on n'appelle pas encore le buzz ».
« Le couple ira jusqu'à mettre en scène un ménage à trois avec l'actrice Polaire ».
« De toute façon, cela fait longtemps que Colette partage ses amours entre les hommes et les femmes ».
« Elle finit par quitter Willy » - le couple divorce en 1906 -, « gagnant sa vie grâce au music-hall, « le métier de ceux qui n'en ont appris aucun », et à la littérature qui devient une seconde nature ».
« Inventrice du « mentir-vrai » de l'autofiction, Colette met sa vie en scène, conquérant sa liberté par les mots » (La Vagabonde ou L'Envers du music-hall.
« Colette sera la première femme à qui la France accordera des funérailles nationales tandis que l'Église lui refusera les obsèques religieuses pour "conduite inconvenante". Une sortie théâtrale, bien dans son style ».« De pantomimes déshabillées en romans prémonitoires, de ses frasques amoureuses avec Missy à ses passions pour les Jouvenel père et fils, ce documentaire retrace la fabuleuse trajectoire de l'écrivaine au regard de chat, infiniment vivante et libre ».
« Irrigué de sa prose sensuelle et incisive, ce montage alerte de films muets et d'archives orchestre avec une extravagance digne de la Belle Époque les métamorphoses successives de la dame, malicieusement croquées par l'illustratrice Catel Muller ».
Jouvenel
En 1912, Colette épouse le journaliste, diplomate et homme politique Henry de Jouvenel (1876-1935), rencontré en 1909. En 1902, le Dreyfusard Henry de Jouvenel avait épousé Sarah-Claire Boas (1879-1967), fille de l’industriel français juif et « infirme d’une blessure de guerre en 1870 » Alfred Boas (1846-1909) et le couple avait eu un fils, Bertrand de Jouvenel (1903-1987). De l’union entre Henry de Jouvenel et Colette, naît sa fille unique, Colette Renée de Jouvenel dite « Bel-Gazou » (1913-1981). Cette quadragénaire a une liaison durant cinq ans avec son beau-fils adolescent de seize ans, Bertrand de Jouvenel. Elle divorce en 1923.
Au jeune Georges Simenon qui lui adresse ses écrits, Colette conseille de simplifier son style trop littéraire. Un conseil précieux qu’il suivra et dont il lui sera reconnaissant.
Fine mélomane, Colette élabore, de 1919 à 1925, à l’initiative de Jacques Rouché, directeur de l'Opéra de Paris, le livret de la fantaisie lyrique L'Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel. L'oeuvre est créée le 21 mars 1925 à l'Opéra de Monte-Carlo dans une chorégraphie de George Balanchine.
Maurice Goudeket
En 1925, Colette se lie avec Maurice Goudeket (1889-1977), courtier en perles et écrivain juif, qu’elle épouse en 1935.
Durant l’Occupation, elle quitte la zone libre pour rejoindre Paris occupé par les Nazis. Elle collabore à Gringoire et à La Gerbe.
Elle protège son époux : elle obtient le 6 février 1942 sa libération après son arrestation par la Gestapo le 12 décembre 1941.C'est à l'hôtel de Paris (Monaco) où Audrey Hepburn tourne dans Nous irons tous à Monte-Carlo (Monte Carlo Baby) de Jean Boyer et Lester Fuller que la romancière Colette repère la jeune actrice. Elle la choisit pour interpréter sur scène Gigi (1951), d'Anita Loos, à Broadway. Des critiques louangeuses accueillent le spectacle. Colette dédicace ainsi une de ses photos : "A Audrey Hepburn, le trésor que j'ai trouvé sur la plage".
C’est dans son appartement du Palais-Royal que Colette décède.
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre de "Invitation au Voyage" (Stadt Land Kunst), "Colette enfin libre en baie de Somme" (Colettes Aufblühen an der Somme-Bucht). ""Les méandres de la baie de Somme s’étendent à perte de vue. Au début du XXe siècle, les plages aux couleurs changeantes et les ruelles tranquilles de la station balnéaire du Crotoy sont le théâtre de l’épanouissement sentimental et artistique de Colette. L’auteure y passe plusieurs étés, y vit librement et signe enfin de son nom ses écrits qui feront d’elle la première femme présidente de l’Académie Goncourt."
Chronologie de la vie de Colette
« 20 décembre 1865
Sidonie Langlois, « Sido », veuve de Jules Robineau-Duclos et mère de Juliette et d’Achille, épouse le Capitaine Jules Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye.
28 janvier 1873
Naissance de Sidonie Gabrielle Colette, la future « Colette ». Elle a été précédée en 1866 par celle de son frère Léopold, dit « Léo ».
15 juin 1890
Les Colette sont contraints de vendre à l’encan leur mobilier et de quitter Saint-Sauveur pour s’installer l’année suivante à Châtillon-sur-Loing (aujourd’hui Châtillon-Coligny) où Achille s’est établi comme médecin.
15 mai 1893
Colette épouse Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », et part vivre à Paris.
Mars 1900
Claudine à l’école est publié sous le nom de Willy.
Février 1906
Colette apparaît pour la première fois sur scène dans Le Désir, la Chimère et l’Amour, dans un costume de faune, puis dans diverses pantomimes jusqu’au début des années 1910.
1910
Mathilde de Morny, « Missy », sa compagne depuis 1906, achète pour elle la maison de Rozven en Bretagne.
Colette publie La Vagabonde et ses premières chroniques dans le journal Le Matin. Divorce d’avec Willy.
1912
Mort de Sido. Colette épouse Henry de Jouvenel, homme politique et l’un des deux directeurs éditoriaux du Matin. Colette de Jouvenel naît l’année suivante.
1914
Jouvenel est mobilisé ; Colette le rejoint à Verdun. Elle vit aussi quelques mois avec ses amies Marguerite Moreno, Annie de Pène et Musidora, dans leur « phalanstère », rue Cortambert dans le 16e arrondissement. En 1915, elle est à Rome pour Le Matin, dont elle deviendra directrice littéraire deux ans plus tard. En 1917, de nouveau à Rome pour le tournage du film La Vagabonde d’Eugenio Perego.
1920
Après Mitsou, paru l’année précédente, Colette publie Chéri, qui lui assure la reconnaissance du monde des lettres.
1921
Colette couvre le procès Landru, après avoir relaté le procès Guillotin (Tours, 1912), l’arrestation de Jules Bonnot et le procès de sa bande (1912-1913). Elle fera d’autres portraits de « monstres » (Germaine Berton, 1923, Violette Nozière, 1934, Oum-El-Hassen, 1938, Eugène Weidmann, 1939).
1923
Parution, sous le nom de Colette, du Blé en herbe, inspiré de sa relation avec son beau-fils Bertrand de Jouvenel. Séparation d’avec Henry de Jouvenel, et fin de sa collaboration au Matin. Elle écrit ensuite pour d’autres journaux : Le Figaro, Le Quotidien, etc.
1926
En cette fin de guerre du Rif, Colette voyage au Maroc avec Maurice Goudeket, son compagnon depuis 1925. Elle achète près de Saint-Tropez une villa qu’elle rebaptise La Treille Muscate.
1930
Parution de Sido, troisième livre centré sur la figure maternelle après La Maison de Claudine (1922) et La Naissance du jour (1928).
1932-1933
Elle effectue ses premières tournées de conférences dans plusieurs pays, et de promotion de son institut de beauté. Elle assure dans plusieurs journaux, dont Le Matin, une chronique dramatique qui sera reprise en volume dans La Jumelle noire.
1935
Élection à l’Académie royale de Belgique. Elle épouse Maurice Goudeket. Tous deux s’embarquent sur le Normandie, dont Colette couvre pour Le Journal la traversée inaugurale à destination de New York.
1938
Colette s’installe au Palais-Royal, qui sera sa dernière demeure. Elle commence à écrire pour Paris-Soir, parmi d’autres nouveaux titres auxquels elle collabore régulièrement (Paris-Soir, Marie-Claire).
1941-1942
Maurice Goudeket, du fait de ses origines juives, est arrêté lors de la rafle des notables (12 décembre 1941), et emmené au camp de Compiègne. Colette parvient, par ses nombreuses sollicitations, à le faire libérer le 6 février 1942. Goudeket se cache à Saint-Tropez, puis rentre à Paris où il vivra dans une semi-clandestinité jusqu’à la fin de la guerre.
2 mai 1945
Colette est élue à l’unanimité à l’Académie Goncourt. De 1948 à 1950, ses œuvres complètes sont publiées aux Éditions du Fleuron, créées par Maurice Goudeket. Elle est progressivement immobilisée par l’arthrite.
3 août 1954
Mort de Colette. Funérailles nationales dans la cour du Palais-Royal, et inhumation au Père-Lachaise. »
"Monstre sacré de la littérature française, Colette a savamment utilisé dans ses romans l’art du faux-semblant pour entretenir un mythe aux accents de scandale. Par Laetitia Moller".
Cinquante ans avant l’apparition du terme et de sa définition comme nouveau genre littéraire, elle aura sans le savoir inventé l’autofiction. Écrivaine majeure de la première moitié du XXe siècle, Sidonie-Gabrielle Colette se distingue d'emblée par son exploration de la jouissance féminine, par son art du détail et de la sensation mais aussi par celui, subtilement dosé, du "mentir-vrai". Dans l’ensemble de son œuvre, Colette tout court ne cesse de brouiller les pistes. A-t-elle vécu ce qu’elle décrit avec tant d’acuité ou réinvente-t-elle son existence ? Selon les époques, elle change d’approche, magnifiant parfois ses souvenirs, revisitant son enfance dont elle fait un âge d’or, sur lequel la figure de sa mère Sido règne en grande prêtresse. Plus son récit a l’air vrai, plus elle prend en fait des libertés avec la réalité. "Imaginez-vous à me lire que je fais mon portrait ? Patience, c’est seulement mon modèle", écrit-elle dans La naissance du jour, en 1928.
"La force du souhait"
La littérature donne à Colette la possibilité d’une seconde vie. À ses débuts, la jeune Bourguignonne de 20 ans, fraîchement mariée avec un journaliste parisien, s’affranchit par l’écriture. Dans la célèbre série des Claudine, elle fait vivre à ses personnages féminins, notamment son héroïne, des expériences qu’elle n’ose pas encore rêver. Amours multiples, aventures homosexuelles, divorce – avant le sien, réel, en 1906… : elle façonne son destin en l’imaginant. "Toute ma vie, j’ai cru à la force du souhait, écrit-elle. On découvrira sans doute que le désir est une matière tangible. Tout ce qu’on écrit finit par devenir vrai." Elle le sait aussi, c’est parce que sa Claudine est scandaleuse qu’elle a du succès. Assoiffée de reconnaissance, Colette le devient à son tour, dépassant la fiction pour forger sa propre légende. Dans le Paris de la Belle Époque, elle s’aventure du côté du music-hall et des cercles lesbiens. En 1907, elle embrasse goulûment sur la scène du Moulin Rouge la nièce de Napoléon III, son amante à la ville, provoquant l’interdiction du spectacle. Dans ses romans, Colette met désormais en scène les tumultes de sa vie : "J’ai devant moi, de l’autre côté du miroir, dans la mystérieuse chambre des reflets, l’image d’une femme de lettres qui a mal tourné", écrit-elle en 1910 dans La vagabonde, sélectionné au prix Goncourt. Quelques années plus tard, c’est dans Chéri (1920) que l’écrivaine pousse le plus loin ce troublant écho entre fiction et autobiographie. Elle y raconte les amours subversives d’une femme mûre avec un jeune homme, relation qu’elle vivra cinq ans plus tard avec son beau-fils Bertrand, âgé de 16 ans. Les plus belles années de sa vie dans une écriture érigée en art de la prémonition."
Galerie 2
Quai François-Mauriac - Paris XIIIe
Du mardi au samedi 10h > 19h, dimanche 13h >19h
Fermeture lundi
« Colette, l'insoumise » par Cécile Denjean
France, 2017, 54 min
Coproduction : ARTE France, Roche Productions
Sur Arte les 22 avril 2019 à 22 h 20, 27 avril 2019 à 5 h 20, 9 mai 2019 à 3 h,11 juillet 2021 à 23 h 15, 28 septembre 2025 à 20 h 05
Sur Arte les 22 avril 2019 à 22 h 20, 27 avril 2019 à 5 h 20, 9 mai 2019 à 3 h,11 juillet 2021 à 23 h 15, 28 septembre 2025 à 20 h 05
Sur arte.tv du 21/09/2025 au 18/12/2025
Création : dessin représentant Colette
© D.R.
L'écrivain Colette (1873-1954) en comédienne et danseuse dans le mimodrame Reve d'Egypte, en 1907
Colette (Sidonie Gabrielle Colette 1873-1954) posant sur une peau de lion, Album Reutlinger vers 1907
© Léopold-Emile Reutlinger/ D.R.
France, 2019, 13 min
Sur Arte jusqu'au 15 janvier 2021
Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 25 avril 2019, puis les 9 juillet 2021, 24 septembre 2025.











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