Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 28 septembre 2023

« Images imaginaires dans le livre illustré, d’Homère à Tolkien »

La Cité de Sorèze propose l’exposition « Images imaginaires dans le livre illustré, d’Homère à Tolkien ». Un voyage intéressant dans l'imaginaire. Tapisseries, livres romanesques, d'histoire ou scientifiques, peintures... révèlent le talent d'artistes pour représenter, du XVIe au XXe siècle, les récits de la Bible ou ceux nés de l'imagination d'auteurs aussi divers que La Fontaine, Rudyard Kipling, Jules Verne... Dès le Second Empire, l'imagerie scolaire est soignée, et au début de la IIIe République, les illustrations des manuels scolaires contribuent à diffuser le "roman national".

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

« Monument historique classé et labellisé Grand Site d’Occitanie, l’ancienne Abbaye école, haut-lieu d’enseignement depuis le XVIIe siècle, dénommée la Cité de Sorèze abrite le musée de l’abbaye école et l’incomparable musée Dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle. Les bâtiments classés Monuments historiques témoignent de la longue histoire du site : abbaye bénédictine au VIIIe siècle, École royale militaire au XVIIIe siècle puis collège aux XIXe et XXe siècles »

Elle présente une exposition « Images/imaginaires » sur « l’illustration dans le livre imprimé. En quatre sections, elle propose une déambulation dans l’histoire de l’illustration du XVIe au XXe siècle sans souci réel de chronologie. L’intention est de confronter les styles et de montrer comment d’un siècle à l’autre s’organise un univers fantastique propre à susciter l’imaginaire par le texte et l’image qui l’accompagne. »

– « L’illustration de textes religieux est présente par l’enluminure et la gravure avec des pièces représentatives des XVIe et XXe siècles. Ainsi, à côté d’une rare Bible du XVIe siècle, sont exposées des planches enluminées de Dom Robert et d’Hermine David. »

– « Les ouvrages de pédagogie en usage au sein de l’école de Sorèze du XVIIIe au XXe siècle sont illustrées de planches en lien avec les sciences, l’histoire, la mythologie, la littérature. Les fables d’Ésope ou de La Fontaine ont recours aux animaux pour évoquer les situations psychologique ou morales, figures illustrées par Grandville, Benjamin Rabier, Alexander Calder ou encore Jacques Lagrange. »

– « La lecture de divertissement, en particulier les livres d’aventure. Les gravures du XIXe siècle ornent les grands classiques comme Robinson Crusoë ou les romans de Jules Verne des éditions Hetzel. Elles contribuent à plonger le lecteur dans un palpitant périple initiatique. Les artistes du XXe siècle sont présents, comme Salvador Dali, avec ses lithographies pour Don Quichotte. La saga du Seigneur des anneaux de Tolkien est à l’honneur dans l’exposition grâce à deux grandes tapisseries réalisées récemment à Aubusson à partir des aquarelles de l’auteur. Paysages oniriques qui côtoient d’autres œuvres graphiques évoquant le cycle arthurien, l’Odyssée, revisités par des illustrateurs de renom. »

– « La poésie à destination des enfants est évoquée par des aquarelles originales de Jacqueline Duhême, illustrant des textes de Jacques Prévert ou Miguel Angel Asturias et même une tapisserie, ou encore par quelques œuvres de Jean et Laurent de Brunhoff, créateurs du célèbre éléphant Babar. »

« Les pièces exposées sont issues des collections des deux parcours permanents de la Cité de Sorèze (patrimoine lié à l’enseignement et tapisserie du XXe siècle) et de nombreux prêts de collections publiques et privées. En vitrine, des ouvrages anciens et contemporains avec leurs gravures et illustrations colorées dialoguent avec tapisseries, aquarelles, enluminures et lithographies. Sont également exposés des objets et de sculptures en relation avec la thématique de chaque section, comme la maquette d’une frégate du XIXe s. »

« De nombreuses illustrations sont reprises et intégrées dans une création audiovisuelle 3D originale, produite par La Maison Production. Elle est diffusée à intervalles réguliers, à l’entrée de l’exposition pour aiguiser la curiosité du visiteur. »

L’exposition « propose ainsi un parcours à la fois instructif et ludique où les images qui ont jalonné nos lectures d’enfance réactivent notre imaginaire, depuis l’Odyssée jusqu’au Seigneur des anneaux… »

Le Commissariat d’exposition est assuré par le pôle conservation du Musée Dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle : Brigitte Benneteu, Sophie Guérin-Gasc, assistées d’Élodie Gomez-Pradier.

Autour de l'exposition sont proposés des ateliers d'écriture de conte, un spectacle de cirque déambulatoire, et les 29 et 30 septembre, un "week-end autour de Jules Verne et du mouvement Steam punk :ciné-concert le vendredi soir, Objetarium, lecture de ses œuvres et atelier de création avec lâcher de Montgolfière."

De l’enluminure à l’image imprimée
« Le mot illustration est apparu à la fin du Moyen Âge pour désigner la « lumière apportée par Dieu pour éclairer le monde ».

« Une enluminure est une décoration exécutée à la main qui orne un manuscrit. Le terme « enluminure » est souvent associé à celui de « miniature », qui désigne une illustration. »

« La technique de l’enluminure comporte trois activités : l’esquisse, le mélange des pigments de couleurs avec la colle animale et le coloriage par couche. Beaucoup d’enlumineurs ont recours à la dorure. »

« Cette illustration se mêle au texte et tantôt s’en éloigne. Elle se présente sous la forme de scènes figurées, de compositions décoratives ou de lettrines. »

« Les techniques de l’imprimerie et de la gravure font presque disparaître l’enluminure au 15e siècle. »

« Cependant, elle reste une pratique dans les monastères et certains artistes de renom au 20e siècle y ont eu recours, comme Dom Robert ou Hermine David. »

« Les ouvrages illustrés des XVᵉ et XVIᵉ siècles sont pour la plupart des textes d’enseignement religieux et moral. Ils se répandent en Europe, constituant un répertoire d’images que l’on retrouve dans l’ensemble de l’expression artistique du temps. »

« À partir du milieu du XVIᵉ siècle, apparaissent des livres de recensement de la nature : la figuration d’animaux et de plantes, dans les livres d’histoire naturelle, fait part égale avec leur description écrite. »

Vers une lecture plus populaire
« À la fin du XVIIIe siècle, de nouveaux procédés de reproduction enrichissent la diversité des images. Le XIXe siècle devient l’âge d’or de l’illustration qui envahit la diffusion écrite destinée à un public plus large. »

« Au XVIIIe siècle, des manuels pratiques, des vies des saints, des contes et almanachs sont largement diffusés par les colporteurs. L’illustration a alors pour fonction de donner à voir et de souligner les temps forts de l’histoire. »

« Dans le même temps, la fable ou le roman illustré connaissent une grande vogue auprès du public lettré. »

« Les auteurs participent souvent au choix des illustrateurs. La gravure devient partie prenante du texte romanesque chez Jean-Jacques Rousseau, Rétif de la Bretonne, ou encore Bernardin de Saint-Pierre par exemple. »

« Certaines images sont même visiblement choisies pour le potentiel de séduction qu’elles peuvent exercer sur le lecteur. »

« Les relations entre l’illustration et la peinture du XVIIIe siècle ne sont pas sans rappeler parfois celles qui, aujourd’hui, lient la publicité au cinéma, avec notamment la mise en valeur d’une fonction commerciale de l’image, et surtout le recyclage de clichés qui puisent dans le répertoire pictural des grands peintres. »

Illustration et enseignement
« Le XIXe siècle voit la naissance de la littérature scolaire avec les libraires d’éducation. Mais l’éducation par l’image doit vaincre bien des préjugés. Synonyme de facilité, l’image est tolérée dans les livres de contes ou les fables et utilisée dans les livres de géographie, de sciences. »

« Au XIXe siècle l’illustration éducative est encore reléguée dans les images d’Épinal à qui le ministre de l’Instruction publique de Napoléon III, Victor Duruy, commande des planches pour les écoles, en même temps qu’il fait entrer l’image dans le matériel pédagogique avec un Atlas (1840) et une Histoire grecque illustrée en 1851. »

« En 1880, le ministre de l’Instruction publique, Ferdinand Buisson, crée une commission de la décoration des écoles et de l’imagerie scolaire. Les manuels scolaires répondent à un programme. Les illustrations ont alors pour but de faciliter la compréhension du texte lié aux sciences par exemple. Les illustrations des livres d’histoire contribuent à diffuser le roman national. »

« En 1882, l’enseignement des sciences à l’école primaire devient obligatoire et dans le même temps, la pédagogie par l’image se développe toujours plus en milieu scolaire. »

« Dans les livres de littérature, les illustrations ponctuent un moment-phare de l’histoire. Une légende accompagne souvent l’image. »

Illustration et aventure
« Le roman d’aventures se développe au XIXe siècle avec l’alphabétisation croissante. Longtemps étiqueté comme un genre populaire de second ordre, il doit aussi son succès aux illustrations qui l’accompagnent. Héritier des récits de chevalerie que l’on retrouve dans Don Quichotte, le roman se déploie dans les romans-feuilletons d’Alexandre Dumas, d’Émile Zola. Les romans de Jules Verne, toujours très documentés, prennent en compte les technologies de l’époque. »

« Louis Hachette mise sur l’édition de loisir à partir de 1850 que l’on se procure dans les kiosques de gares. La Comtesse de Ségur nourrit la Bibliothèque rose de petits volumes illustrés par Gustave Doré ou Bertall. L’éditeur Pierre-Jules Hetzel fait collaborer savants, écrivains et illustrateurs. Il cherche à réconcilier science et fiction et à mettre l’imagination au service de la pédagogie. Hetzel considérait l’enfant comme un lecteur à part entière et sa rencontre avec Jules Verne concrétise ses projets. »

« Dans les ouvrages destinés au jeune public, les images remplissent un rôle majeur qui va s’accentuer  au XXe siècle. Réparties dans l’ouvrage à des moments-clés de l’histoire, elles sont un jeu de piste qui accompagne le lecteur dans la magie du rêve. »

« L’illustration développe l’imaginaire des enfants, elle est une façon d’ouvrir l’esprit. Dans le même temps, elle traduit la sensibilité de l’illustrateur, son univers, et ses références culturelles. Elle est témoin de son temps. »

Comédie animale
« L’analogie entre l’homme et la bête remonte à une période très ancienne. La tradition classique voit dans cette ressemblance la preuve de l’existence de propriétés communes entre le corps et l’esprit. Le totem animal devient le symbole de caractères humains. On dit alors « fort comme un lion », « malin comme un singe », « rusé comme un renard »…

« La fable, genre très riche dans l’Antiquité, naît de cette tradition. Ces personnages amusants sont propices à développer le goût de la lecture, notamment chez les enfants. Cette pratique est reprise notamment par Jean de La Fontaine (1621-1695). »

« Grandville (1803-1847), illustrateur et caricaturiste, dessine les expressions humaines transposées sur une figure animale. Il dessine les Scènes de la vie privée et publique des animaux (1840-1842), des satires initiées par Jules Hetzel en référence à La Comédie humaine d’Honoré de Balzac. »

« Au début du XXe siècle, la représentation zoomorphe déferle sur l’imagerie enfantine. Après Beatrix Potter (1866-1943), Rudyard Kipling (1865-1936) reprend le procédé en 1902 avec ses Histoires comme ça, des récits expliquant par le texte et les dessins de l’auteur de façon imaginaire un phénomène ou une situation courante. »

« Benjamin Rabier (1864-1939) se révèle l’héritier d’une morale qui autorise la pédagogie de la carotte et du bâton, oppose la France rurale à celle de la modernité. »

Le triomphe de l’illustration
« L’invention de la photographie ouvre la voie aux procédés photomécaniques du XXe siècle, qui industrialisent la réalisation de la forme imprimante. Au XXe siècle, l’album change de forme pour devenir ce que l’on connaît aujourd’hui. La création graphique s’amplifie avec les avancées technologiques de l’offset. »

« La traditionnelle image d’Épinal et les recueils de contes en images relancent après la Première Guerre mondiale l’intérêt pour la lecture. »

« Durant l’entre-deux-guerres, les albums du Père Castor ou Les Contes du chat perché de Marcel Aymé, deviennent des bestsellers de la littérature à destination des enfants. »

« Les albums des aventures de Babar de Jean et Laurent de Brunhoff connaissent un succès phénoménal dès leur parution dans les années 1930. En passant du statut d’enfant à celui d’adulte, le héros effectue des rites de passage. Le grand format de l’album est une nouveauté, de même que l’usage des aplats d’aquarelle. »

« Cette technique est largement utilisée par les illustrateurs. C’est le cas de Jacqueline Duhême (née en 1927) qui laisse libre cours à son imagination pour illustrer des textes de poètes tels que Jacques Prévert. »

« Après la seconde guerre mondiale, l’illustration prend le pas sur le texte pour emplir toute la surface de la page ou de la double page. Au même moment, la bande dessinée prend son envol et connaît un grand succès… mais c’est une autre histoire ! »


Du 18 mai au 8 octobre 2023
1, rue Saint-Martin. 81540Sorèze
Tél. : 05 63 50 86 38
Tous les jours de 10 h à 12 h 30 et 14 h à 18 h
Visuels :
Affiche 
Tapisserie
Halls of Manwë - Taniquetil
(Palais de Manwë sur les Montagnes du monde - Taniquetil)
J.R.R Tolkien (1892-1973)
Tapisserie de basse lisse, laine et coton,
Felletin, Tissage Atelier Pinton, 2018
H. 318 cm, l. 248 cm
D’après une aquarelle originale de J. R. R. Tolkien pour The Silmarillion, Book II, Settings of Middle Earth, 1927-1928,
Collection Cité de la tapisserie Aubusson
© The Tolkien Trust 1977. Photo Studio Nicolas Roger

Vue aérienne Cité de Sorèze côté clocher Saint-Martin
©Philippe Roux

Extrait d’ouvrage
Grant Bible en françois historiee
L’Apocalypse de Jean, f.96 v°-97
Claude Davost, imprimeur
Lyon, 1506
In folio, 494 f.
Collection Abbaye-école de Sorèze. Bibliothèque ancienne

Extrait d’ouvrage
Ésope en belle humeur
D’après Ésope (fin VIIe – début VIe s. av. J-C.)
Adapté par Bruslé de Montpleinchamp et Antoine Furetière
François Foppens, 1700
Collection privée

Oeuvre picturale
Houpi et la lune (Houpi le gentil kangourou)
Jacqueline Duhême (née en 1927)
Encre, gouache, aquarelle sur papier
18,5 x 48 cm
1964
Une des illustration du texte Houpi le gentil kangourou de Claude Roy (1915-1997), première parution : éditions Delpire, 1964
Collection J. Duhême
© J. Duhême, ADAGP, Paris, 2023

Portfolio d’ouvrage
Le Philosophe scythe
Salvador DALI (1904-1989)
20 Fables de La Fontaine
Éditions Cristobal de Acevedo, 1970
Lithographie
Collection privée

Extrait d’ouvrage
La Reine de Sabah
Ouvrage L’Histoire sainte
Paul de Pitray
Illustrations de A.E. Marty (1862-1942)
Paris, édition Hachette, 1938
Collection privée

Extrait d’ouvrage
Scènes de la vie privée et publique des animaux
Études de moeurs contemporaines
Sous la direction de P-J.Stahl (pseudo de J.Hetzel)
Vignettes de Jean-Jacques Grandville (1803-1842)
Paris, Editions Hetzel, 1842
Collection privée

Extrait d’ouvrage
Les Contes du lapin vert
Benjamin Rabier (1864-1939)
Paris, Éditions Jules Tallandier, 1931
Collection privée

Oeuvre picturale
Arrivée de Babar et Céleste chez la vieille dame
(Le Voyage de Babar)
Jean de Brunhoff (1899-1937)
Aquarelle, gouache sur papier, 24 x 24 cm
1932
Une des illustrations de l’album Le Voyage de Babar, Éditions
du Jardin des Modes, 1932.
Collection privée
© Héritiers de Brunoff, 2023

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