Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 10 octobre 2018

Dani Karavan, sculpteur et artiste plasticien


Dani Karavan est un artiste plasticien israélien - décorateur pour le théâtre, l’opéra et la danse, sculpteur d’œuvres monumentales – distingué par de nombreux prix. La Galerie Jeanne Bucher Jaeger présente l’exposition « ADAMA », « Terre » en hébreu, de Dani Karavan.


Dani Karavan est né en 1930 à Tel Aviv, en Eretz Israël, alors Palestine mandataire.

Ses parents, Abraham et Zehava Karavan, étaient deux pionniers qui ont immigré en Eretz Israel en 1920. Abraham Karavan a été l'architecte en chef chargé du paysage de la cité de Tel Aviv du début des années 1940 à la fin des années 1960.

Après un séjour en kibboutz, Dani Karavan étudie aux Ecoles de Beaux arts de Tel-Aviv et Jérusalem, à l’Académie des Beaux-arts de Florence, puis à l’Académie de la Grande Chaumière à Paris.

Dans les années 1960, il débute comme décorateur pour le théâtre, l’opéra et la danse, notamment pour la Martha Graham Dance Company.

Il évolue vite vers « la sculpture environnementale, dont le Monument du Néguev est la première expression emblématique, internationalement reconnue ».

« Ses œuvres, profondément humanistes, se déploieront aux quatre coins de la planète, puisant leur matière d’éléments naturels comme le sable, le bois, l’eau, le vent et la lumière. Conçues comme autant d’espaces voués à convoquer la mémoire, commémorer l’histoire, souligner la destinée d’un site, rendre hommage et interroger la condition humaine, elles sont aussi des lieux de vie, de réflexion, de recueillement, de communion avec la nature ».

En 1976, Dani Karavan représente l’Etat d’Israël à la Biennale de Venise, puis participe à la Documenta 6 de Kassel en 1977.

Dès les années 1980, la galerie Jeanne Bucher Jaeger a exposé ses oeuvres alors qu’il débute son Axe Majeur à Cergy-Pontoise, en notamment ses maquettes en plastilline en bronze ou en marbre, ses dessins et ses œuvres en néon.

Dani Karavan a été distingué par de prestigieux prix internationaux - le Prix Israël (1977), la médaille des arts plastiques de l’académie française d’architecture (1992), le Goslar Kaiserring (1996) et la médaille Goethe (1999) en Allemagne, le Praemium Imperiale au Japon (1998), le prix Michel Ange, Carrare, Italie (2005) - et décoré de la Légion d’Honneur, France (2014).

Le « célèbre artiste plasticien et sculpteur israélien Dani Karavan a été nommé Artiste de l’UNESCO  pour la paix en juillet 1996, en reconnaissance de sa contribution à la promotion de la paix à travers ces sculptures. En décembre 1993, Dani Karavan a participé à la rencontre internationale « La Paix, le jour d’après », organisée par l’UNESCO à Grenade, en Espagne. Cette rencontre a rassemblé pour la première fois un grand nombre d’intellectuels et d’artistes israéliens et palestiniens, d’afin d’établir un dialogue culturel et soutenir le processus de paix. Suite à cette rencontre, M. Karavan a créé une sculpture environnementale dans les jardins de l’UNESCO, pour symboliser l’aube du processus de paix israélo-palestinien. Lors de l’inauguration de l’œuvre intitulée « Square de la Tolérance » en mai 1996, Dani Karavan a rendu hommage à Yitzhak Rabin, Premier Ministre israélien assassiné en 1995. En sa qualité d’Artiste de l’UNESCO pour la paix, il a participé en 1997 à la remise du Prix Nuremberg, une manifestation pour la tolérance, les droits de l’homme, la paix sur le pourtour méditerranéen et au Moyen-Orient. »

Parmi les œuvres célèbres de l’artiste : Le Monument du Néguev (1963-1968) en Israël, l’Axe Majeur à Cergy-Pontoise en banlieue parisienne, Ligne 1,2,3+1+1=5 en Italie, à la Fattoria di Celle (Pistoia, 1982-2000), le Chemin des droits de l’Homme à Nuremberg (1989-1993), Passages - Hommage à Walter Benjamin (1990-1994, Portbou, Espagne), Murou Art Forest (1998-2006, Murou, Japon), le Memorial dédié aux Sinti et Roms (1999- 2012, Berlin), la Place de la Culture (2005-2012, Tel-Aviv, Israël).

« On m’a demandé un monument à Port-Bou en hommage à Walter Benjamin, je préfère dire un hommage. J’ai cherché le meilleur endroit, j’étais vraiment hésitant. Et puis, j’ai pensé qu’il devait être près du cimetière. Walter Benjamin n’était certes pas venu à Port-Bou pour cela, pour y être enterré. Mais le fait est qu’il y fut enterré, sans l’avoir voulu. J’ai regardé autour de moi, j’ai vu ce tourbillon au pied de la falaise, j’ai pensé : c’est vraiment l’histoire de cet homme. Ce tourbillon a été le premier point de mon projet...», a expliqué Dani Karavan. Walter Benjamin, « écrivain et philosophe juif allemand, mit fin à ses jours dans la petite ville frontalière. Parvenu jusqu’à Port-Bou par un sentier montagneux et non sans grandes difficultés, Walter Benjamin, craignant d’être reconduit vers la France de Vichy par les autorités espagnoles, se suicida dans la nuit du 26 septembre 1940 ».

Les « réalisations monumentales de Dani Karavan puisent aux sources de différents champs artistiques et de réflexion sur l’homme et son environnement : la sculpture, le monument, l’architecture, l’urbanisme, la nature. Conçues comme autant d’espaces voués à commémorer l’histoire et les tragédies du XXe siècle, à souligner la destinée d’un site, à rendre hommage, à interroger la condition humaine, elles sont aussi des lieux de vie, de réflexion, de recueillement, de communion avec la nature. Elles invitent le visiteur à une expérience particulière qui sollicite dans le même temps son esprit, sa sensibilité et ses sensations. Véhiculant un message humaniste et universel, elles ont pour dénominateur commun de prôner des valeurs de paix et de tolérance.

Les matériaux utilisés par Dani Karavan sont évocateurs de l’esprit qui guide sa démarche : de l’acier Corten, du verre, mais aussi et surtout un tourbillon naturel se formant sur la mer, un olivier, et une citation de Benjamin en hommage aux victimes anonymes des conflits : « Honorer la mémoire des anonymes est une tâche plus ardue qu’honorer celle des gens célèbres. L’idée de construction historique se consacre à cette mémoire des anonymes ».

Dani Karavan a exposé dans de nombreux musées, dont le Martin-Gropius-Bau à Berlin, le Musée d’art de Tel-Aviv en Israël, le Musée d’art moderne de Kamakura au Japon, le Palazzo Vecchioà Florence, le Musée d’art moderne de la ville de Paris, le Château de Versailles et le musée d’art moderne de Céret.

En juin 2016, lors de la conférence de Herzliya, Dani Karavan, qui en 1966 avait dessiné le mur devant lequel les membres de la Knesset à Jerusalem (Israël) s'expriment, a déclaré qu'il n'a cessé de répéter sa demande visant à ce que ce mur soit enlevé ou couvert par une tapisserie jusqu'à ce que le Parlement israélien, selon lui, reflète l'esprit de la Déclaration d'Indépendance du pays.

ADAMA
La Galerie Jeanne Bucher Jaeger présentera l’exposition de Dani Karavan, « intitulée ADAMA, « Terre » en hébreu, nouvel hommage rendu à l’artiste israélien, exposé et soutenu par la galerie depuis l’exposition « Questions d’urbanité » des années 80 dans laquelle la galerie présentait, auprès de Jean-Pierre Raynaud et Gérard Singer, sa toute première maquette en plastiline et dessins de son Axe Majeur.

"Sculpture urbaine et environnementale de 3 km de long, à la frontière entre sculpture, paysage, urbanisme et architecture, L’Axe Majeur est conçu alors pour lier la ville nouvelle de Cergy-Pontoise à l’un des plus beaux paysages de l’Ile-de-France dans l’axe central de Paris et ses quartiers de la Défense, de l’Arc de Triomphe et de la Pyramide du Louvre en perspective. Composée de 12 stations – chiffre ô combien symbolique – 11 d’entre elles sont à présent achevées ».

« Afin d’attirer l’attention du public sur cette œuvre majeure, empreinte d’espace et de temps, développée durablement depuis 1980 et toujours en cours en 2018, la galerie a choisi de présenter la maquette de 8 m de long de cette œuvre monumentale afin de faire partager toute l’ampleur de la vision de l’artiste sur sa capacité à offrir un paysage à la fois empreint de mémoire et tout en perspective. Parallèlement à cette œuvre majeure, un mur de photographies présentera les innombrables réalisations de l’artiste à travers le monde, réalisées en parallèle à la construction de l’Axe Majeur ».

« Egalement, cinquante ans après la réalisation de sa première sculpture environnementale dans le désert israélien, intitulée Monument du Néguev (1963-1968) et installée en plein désert israélien, la galerie expose les toutes dernières sculptures de Karavan, de petit ou grand format, et bas-reliefs de l’artiste en béton de terre crue. Ces sculptures en béton de terre remémorant les villages en terre de son enfance dont les constructions étaient conçues comme des sculptures habitables puisque pièces et mobilier étaient entièrement faits de terre, comme certains vestiges de constructions cananéennes et israélites datant de plus de 1500 à 3000 ans. Grâce à la technique innovante du béton de terre crue pour bas-reliefs et sculptures réalisées avec l’aide de l’artisan Rachid Mizrahi, et de la maquettiste de l’artiste, Anne Tamisier, Dani Karavan a pu donner naissance à ces œuvres, évocation des architectures de terre communes à plusieurs cultures et de l’universalité qui relie ces cultures entre elles. Exceptionnellement prêtées pour quelques unes d’entre elles, au Musée d’art moderne de Céret en 2015, elles sont aujourd’hui présentées dans leur totalité à la galerie qui en a soutenu durant ces trois dernières années toute la conception et la production ».

« Évoquant ces architectures de terre à taille humaine, l’artiste commente : 
« Cinquante ans  après le Monument du Néguev, je ressentais le besoin de revenir à des œuvres de plus petites dimensions, à la musique de chambre. J’ai donc commencé par le bon matériau. En fait, pour moi, tous les matériaux sont appropriés, j’en ai d’ailleurs utilisé un grand nombre tout au long de ma vie artistique. Cependant, j’avais envie d’en découvrir de nouveaux et c’est alors qu’une voie s’est ouverte à moi : travailler avec la terre. J’étais enthousiasmé par cette idée ». Œuvrant constamment avec des formes simples et universelles, dans la lignée de sculptures spatiales de grands artistes du 20e siècle tels que Brancusi, Noguchi et Giacometti, Dani Karavan a toujours conservé sa nature profonde d’innocence de l’enfance et de pacifisme comme il le décrit lui-même : « Je suis né sur les rivages de la mer Méditerranée, j’ai marché dans les dunes, auprès des oliviers, des montagnes et des vallées qui ont survécu à toutes ces terribles guerres. La mémoire est devenue partie de mon propre être, et si la mémoire est oubliée, la direction se perd et aussi le chemin ». Selon Germain Viatte qui a été de toutes les aventures de l’art contemporain en France pendant un demi-siècle et a toujours démontré un intérêt particulièrement marqué pour les musées de civilisation, ces nouvelles œuvres apparaissent comme « une sorte de grand ‘abécédaire de sa description du monde’, un dépassement personnel que l’artiste n’a eu de cesse de parfaire et de préciser tout en l’appliquant aux situations géographiques er historiques les plus variées. La plupart des cultures ont ainsi dressé – et ceci dès la préhistoire – poteaux anthropomorphes, totems incarnant les esprits animaux et invoquant les morts, stèles votives des conquêtes et du pouvoir, cairns jalonnant des espaces indifférenciés afin de dialoguer avec les vents et de se mesurer avec le temps, la course du soleil et des étoiles ; ils viennent toujours établir, à proximité des lieux du sacré et du vivre, l’aplomb des hommes capables de dialoguer ainsi avec les forces de la nature. Verticale, la stèle marque le désir ascendant d’échapper à la gravité et de placer l’homme à parité avec les arbres et les montagnes, entre terre et ciel ».
« Cet ensemble de sculptures, telles des stèles, dont les nuances variées d’ocre ou de rosé, lisses en surface ou grumeleuses à l’intérieur, sont semblables à des demeures ; à l’image des ces maisons traditionnelles, ou encore, à ces villages historiques que nous connaissons, ici et là, par les innombrables fouilles archéologiques en Israël et Palestine" (?!), "à Chypre, ou encore en Afrique ou au Maroc, où les techniques de construction de béton de terre étaient si avancées. Comme les décrit Germain Viatte dans son texte Stèles et Reliefs, « ces édifices nous parlent clairement tout en demeurant secrets. Toujours simple et d’apparence élémentaire, leur forme peut être savante comme Metuman (Octogone), ou la double sinusoïde de Knisa (Entrée), ou même le fût resserré de ce Shovach (Pigeonnier). Ce qui compte, c’est toujours leur élan croissant, celui de Aliya (Ascension), de Tfila (Prière), des cinq percées superposées de Halonot (Fenêtres) ou celui de Haritz (Fente), acéré en flèche ; et ce sont enfin leurs percées qui disent l’oculus astral, la vue multiple, l’accès, la traversée, la visée, la pénétration directe, ou oblique comme dans Mabat (Vue). Ils ont la familiarité rythmée d’un cortège processionnel qui serait celui des hommes. Ils manifestent l’être vrai. Leurs titres éclairent l’intention sans la livrer vraiment ; ils préfèrent proposer, et gardent, pour nous, le caractère ésotérique de leur formulation en hébreu ». Les bas-reliefs de Dani Karavan, eux, sont l’écriture de paysages, le murmure de l’eau, les ondulations de dunes, les structures de tentes préhistoriques, habitats de ces premiers hommes dont les titres sont éclairants : Ha’acher (L’Autre), Vayachaloku (Partage), Meshulashim (Triangles), Sefer Patuach (Livre ouvert) ou des équivalences apparemment contradictoires Shakua et Bolet (Négatif et Positif). Pour toutes ces œuvres, Dani Karavan choisit le matériau de la terre unificatrice dans sa capacité à transmettre un message universel de paix. Elles semblent ainsi venir compléter et donner racine à ses œuvres des années 50, où Karavan aimait à peindre ces villages proches des kibboutz de son enfance ».

Dani Karavan « travaillant toujours chaque site de manière précise, chaque détail de l’exposition à la galerie a été conçu par l’artiste tels ces piliers/miroirs qui renvoient, par leurs multiples réfléchissements, aux structures de terre et à la multiplicité de cadrages et d’images ».


Du 13 octobre 2018 au 19 janvier 2019
Espace Marais
5 rue de Saintonge. 75 003 Paris – France
Tél. : +33 1 42 72 60 42
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sur l'exposition sont extraites du communiqué de presse.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire