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mardi 15 mars 2022

« Zelensky, l’homme de Kiev » de Dirk Schneider et Claudia Nagel

Arte diffusera le 15 mars 2022 à 20 h 55 « Zelensky, l’homme de Kiev » (Selenskyj - Ein Präsident im Krieg) de Dirk Schneider et Claudia Nagel. « En quelques jours, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est devenu une figure de héros, le symbole de la résistance face à Vladimir Poutine. Portrait. » Un personnage controversé.



« Indéniablement, Volodymyr Zelensky aurait pu se faciliter la tâche, et accepter l’offre des États-Unis qui lui proposaient de quitter Kiev par avion. Sa réplique ""I need ammunition, not a ride"", comme tirée d’un film d’action, a fait le tour du monde – et en quelques jours seulement, le président ukrainien, symbole de la résistance courageuse et inattendue d’un peuple, a su gagner le cœur de la communauté internationale. »

« Près de quatre millions d’individus le suivent désormais sur Twitter, tandis que ses vidéos génèrent des millions de vue sur Facebook et Youtube. » 

« Maniant adroitement l’arme de la communication, doté d’un véritable sens de la formule, il défend bec et ongles sa patrie aux prises avec une guerre que l’Ukraine, selon de nombreux observateurs, ne peut pas gagner. » 

« Son sang-froid face à Moscou impressionne, mais survivra-t-il au conflit ? »

« Ce documentaire, qui s’appuie notamment sur deux entretiens approfondis avec le président ukrainien – l’un réalisé avant la guerre, l’autre il y a quelques jours – interroge les motivations profondes de Volodymyr Zelensky et de ses compagnons d’armes, à l’image de Vitali Klitschko – ancien champion du monde de boxe devenu maire de Kiev. »

« Correspondants de guerre et experts apportent un éclairage précieux sur les évènements actuels ainsi que sur la biographie de Volodymyr Zelensky, ancien acteur qui s’est brutalement retrouvé propulsé sur le devant de la scène géopolitique mondiale. »

Le titre français du documentaire s'avère distinct de celui en allemand. Il reprend le titre du roman L'Homme de Kiev (The Fixer) de Bernard Malamud qui, en 1966, évoquait, via son personnage Yakov Bok, Menahem Mendel Beilis, Juif russe accusé injustement en 1911 d'avoir commis un blood libel (allégation fausse et diffamatoire d'avoir tué un garçon chrétien dans un « rituel juif » pour utiliser son sang). Ce roman a été adapté au cinéma en 1968, sur un scénario de Dalton Trumbo, John Frankenheimer a réalisé le film éponyme avec Alan Bates, Dirk Bogarde et Ian Holm. La musique était signée par Maurice Jarre.

Lors de ses bombardements au Donbass, le Président Volodymyr Zelensky a bénéficié de la discrétion de nombreux médias occidentaux et de la mansuétude d'Etats occidentaux. Par sa diplomatie - volonté d'adhésion à l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord), guerre indiscriminée dans les territoires ethniquement russes -, il savait qu'il heurtait son puissant voisin, la Fédération de Russie.

Habilement, ou cyniquement, il a multiplié les déclarations - vidéos de ses discours diffusés dans les réseaux sociaux - exhortant divers pays à le soutenir et à exercer des pressions contre la Russie, instrumentalisant la Shoah et les Juifs, dont l'Etat d'Israël...


La guerre de la Russie en Ukraine
28 février 2022 : Le Président de la République  Emmanuel Macron a évoqué aux Armées « nos engagements opérationnels ». 

1er mars 2022 : Bruno Lemaire, ministre de l’Economie et des Finances, a annoncé que la France va « livrer une guerre économique et financière totale à la Russie… Nous allons provoquer l'effondrement de l'économie russe ». Mais, après la déclaration du Premier ministre russe Dmitri Medvedev – « N’oubliez pas que les guerres économiques dans l’histoire de l’humanité se sont souvent transformées en guerres réelles », Bruno Lemaire a reconnu que son mot « guerre était inapproprié et ne correspond pas à notre stratégie de désescalade ». 

Le Premier ministre Jean Castex a envisagé un hypothétique « engagement militaire ». 

La présentation en France du conflit, par les politiques et les médias, appellent quelques remarques : 
1. Contrairement aux allégations de certains, la France n'est pas en guerre.
« La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement » (art. 35 de la Constitution de 1958). 
L’élection présidentielle aura lieu les 10 et 24 avril 2022. Le Président de la République Emmanuel Macron se montre en chef de guerre blessant son homologue russe Vladimir Poutine et médiateur pour un cessez-le-feu. Le "en même temps" macronien sans aucun résultat.
Quels parlementaires autoriseraient une guerre, et ce, à quelques semaines de la fin d’un mandat présidentiel impopulaire ? 
Ce serait inédit sous la Ve République.

2. Des rapports parlementaires ont alerté depuis des années sur les carences des armées françaises en raison d’économies budgétaires : stock de munitions épuisé au bout d’une semaine, etc.
Mais les va-t-en-guerre veulent entrainer la France dans ce confit !?

3. Le Président Vladimir Poutine négociera quand il aura atteint ses objectifs qui excluent un affrontement avec l’OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique nord). 
Il dispose de moyens importants de rétorsion et n’est pas isolé sur la scène internationale.

4. Comme durant la pandémie de coronavirus, l’Union européenne (UE) a outrepassé ses compétences : elle a empiété, sans réaction d’Etats membres, sur les souverainetés nationales - censure annoncée par l’UE de médias russes, livraison d’armes à un belligérant – et ne peut plus intervenir en médiateur neutre pour négocier un traité de paix. 

5. L’UE n’a rien fait quand l’Ukraine bombardait depuis 2014 l’est de son territoire peuplé de Russophones, notamment le Donbass. Pourquoi intervient-elle maintenant ? 

6. Plus le conflit durera, plus les intérêts de l’Allemagne, qui domine l’UE et ceux d’autres Etats membres vont diverger. 

7. L’UE agit en empire face à 2 Etats-Nations. What’s next?
Et elle accroit sa dépendance envers des Etats-Unis affaiblis, au jeu trouble.

8. Des Etats européens n’ont pas envisagé sérieusement leur stratégie de défense face à leurs ennemis et ont gardé l’OTAN inadaptée face au djihad car la Turquie en est un Etat membre.

9. Le New York Times a relaté « le ralliement de militants islamistes aux bataillons d’extrême droite et néo-nazis d’Ukraine pour combattre les rebelles russophones dans l’est de l’Ukraine ». Des miliciens islamistes souvent tchétchènes et criant « Allah Aqbar ! »

Les armes de l’UE risquent-elles d’être récupérées par ces milices ou les retrouvera-t-on dans le « marché noir » des armes ? Ou certaines seront-elles utilisées lors d’attentats terroristes en France ou ailleurs ?

Dans les années 1930, nazis et islamistes  s’étaient alliés, et durant la Deuxième Guerre mondiale, le grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini soutenait Hitler et encourageait avec succès des musulmans à combattre le communisme, à tuer des Juifs...

Un des objectifs du Président Poutine est d’« arriver à une dénazification de l'Ukraine ». 

10. Les médias n’ont généralement pas éclairé leur public : acceptation de futures censures de médias russes, « experts de plateaux » et « intellectuels de salons », absence de perspective historique, minoration du non-respect des engagements pris par l’OTAN envers des dirigeants russes et des accords de Minsk, etc.

11. L'Allemagne se réarme sans susciter de réactions incitant à la prudence.

12. La Russie, qui a conçu des plans de propagande anti-israéliens, a du mal à faire entendre sa voix pour contrecarrer la propagande ukrainienne. Elle recourt aux réseaux sociaux pour démonter des fake news.
Exemple : le 2 mars 2022, le Président Volodymyr Zelinski  a allégué que le monument érigé à la mémoire des victimes du massacre de Babi Yar avait été bombardé par l'Armée russe - "Vous êtes en train de tuer des victimes de l'holocauste pour la deuxième fois" - qui avait visé en fait un bâtiment d'une télévision de Kiev. Et une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux montrant un bombardement sur un immeuble. 
Quelques heures après, un journaliste israélien s'est fait photographié devant ce monument intact. 
Peu après, le Président Emmanuel Macron a évoqué ce bombardement pour accuser faussement la Russie d'attenter à la mémoire de la Shoah. Cette fake news a de nouveau été énoncée comme vérité par le Président ukrainien lors de son discours devant la Knesset le 20 mars 2022.
Elle se trouve face à des Ukrainiens qui utilisent, comme des Palestiniens, des boucliers humains.
Curieusement, les dirigeants d'organisations juives ne perçoivent pas la propagande ukrainienne. Comme si le combat contre Pallywood avait été peu compris par eux.

13.  L'émotion, et non la raison, domine les commentaires soutenant une escalade belliciste et des mesures punitives envers la Russie et ses ressortissants.
Ce qui induit des dégâts économiques en  France et dans d'autres pays européens, mais pas aux Etats-Unis qui, grâce au Président Donald Trump ont assuré leur indépendance énergétique.

14. Le Président  Volodymyr Zelensky a une part de responsabilité dans cette escalade : il incite les Etats occidentaux à intervenir davantage dans un conflit qu'il a contribué à faire naître en souhaitant adhérer à l'OTAN. La géographie dicte la diplomatie.
Dans ses discours devant les parlements, il a instrumentalisé la Shoah et des faits historiques spécifiques à chaque Etat : la bataille de Verdun en France, etc. 
Il aspire à des boycotts généralisés de la Russie sans aucune conscience des graves conséquences économiques : dépendance au gaz ou à des produits russes, chômage en raison d'arrêts d'approvisionnements, poursuite de la hausse du prix de l'énergie, etc.
Après les élections législatives et l'été 2022, la rentrée automnale risque d'être violente en France.

15. Aucune raison de se réjouir du système  européen de sanctions car, à l'initiative de certains Etats de l'UE, il pourrait être appliqué contre l'Etat d'Israël. 

16. Le 24 février 2022, l’armée de la Russie du Président Vladimir Poutine a envahi l'Ukraine. Une étape militaire dans les relations tendues depuis 2013 entre ces deux pays, notamment en raison de la région du Donbass. Des violations des accords de Minsk que l'Allemagne et la France ont tolérées.

Cette « opération militaire spéciale », selon son appellation russe, a entrainé l’exil d’Ukrainiens, principalement vers la Pologn, la France et l’Etat d’Israël.

Le 26 février 2022 : le philosophe et essayiste Bernard-Henri Lévy a twitté : « L’erreur de #Poutine fut de mésestimer #Zelensky .Préférant mourir les armes à la main, il fortifie la résistance de Kiev, harangue son peuple et mène la campagne diplomatique. Quelque chose des héros du ghetto de Varsovie. Ou, si nous l’aidons, des résistants capables de gagner »

Le 27 février 2022, Bernard-Henri Lévy a déclaré sur I24NEWS : « Je trouverais très beau qu'Israël soit en position de médiation entre cet agresseur et cet agressé. Israël est particulièrement bien placé pour tenter cette médiation. Ce serait absolument magnifique ».

Le 9 mars 2022, le quotidien IsraelHaYom a publié l’interview de Bernard-Henri Lévy : « Israel is making a mistake by remaining neutral » (L’Etat d’Israël commet une erreur en demeurant neutre). Le chroniqueur du Point a dit : 
« L'Ukraine est la cible, mais l'Europe se profile à l'horizon...
Le premier moment de choc est passé. L'Europe s'est bien comportée et a insisté sur ses principes. Du vote sur Poutine comme seul agresseur aux sanctions sans précédent en termes de portée et de type, et finalement, à l'envoi d'armes à l'Ukraine. En vérité, tout cela est respectable. Nous le devons, entre autres, au président français Emmanuel Macron.
Je pense que [Poutine] est un psychopathe…
Je pense que la neutralité est une erreur. Israël sait mieux que quiconque ce que l'on ressent quand on est un pays dont l'existence est niée. Israël a une obligation morale, presque métaphysique, de soutenir ceux qui souffrent et qui sont en voie d'être annihilés. 
Du point de vue de la realpolitik, je pense qu'Israël fait un mauvais calcul. D'abord, parce que Poutine va perdre. Ensuite, parce qu'il n'est pas un allié fiable. Je n'aime pas être en désaccord avec la politique d'un gouvernement israélien. Mais franchement, [le Premier ministre Bennett] se rendant à Moscou sans se rendre à Kiev par la suite, pensez-vous que c'était une bonne décision ? Pour ma part, je ne le pense pas. 
C'est le totalitarisme contre la démocratie. La volonté de puissance de la Russie avec des relents d'Anschluss slave d'une part, et d'autre part, un pays qui recherche la paix avec l'Europe et une relation fraternelle avec Israël. Voilà l'équation. »
N’ayant pas l’expertise psychiatrique de cet écrivain, je me garderai garde bien d’établir un diagnostic médical sur le Président russe qui, fin tacticien et stratège, semble en voie de gagner militairement, économiquement et diplomatiquement cette guerre.

Rappelons que :

- La situation des Ukrainiens n’est pas comparable à celle des Juifs du ghetto de Varsovie. Et la Russie du Président Poutine n’est pas l’Allemagne du Führer Hitler.
Aucun génocide ne menace les Ukrainiens.
Aucun fait ne prouve que le chef d’Etat russe vise l’Europe « à l’horizon » ;

- L’Etat d’Israël a voté le 2 mars 2022 la résolution ES-11/1 de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU).
Sa neutralité a permis à son Premier ministre Naftali Bennett d’être accepté comme médiateur par les deux Présidents, dont l’Ukrainien Volodymyr Zelensky avec qui il s’est entretenu à plusieurs reprises par téléphone ;

- L’Etat d’Israël connait les coûts humains tragiquement élevés des guerres et n’a pas vocation à être le « gendarme du monde ».
Il concilie la morale et ses intérêts stratégiques, notamment l’obtention de la neutralité de la Russie lors de ses actions militaires ciblées contre des organisations islamistes en Syrie soutenues par l’Iran.
La morale n’est pas l’émotion. Le degré de souffrance n’est pas un facteur justifiant la pertinence d’une politique ou d’un soutien étatique. Les Ukrainiens du Donbass ont souffert au moins autant que ceux d’autres régions ukrainiennes. 

- La population israélienne est composée notamment de Juifs originaires de Russie et d’Ukraine, et Israël doit veiller à la paix sociale dans son territoire.
Depuis le début de la guerre, environ 2 000 Ukrainiens, juifs et non juifs, se sont réfugiés en Israël qui envisage l’accueil de 20 000 à 30 000 Ukrainiens sur deux ans ;

- L’envoi d’armes françaises en Ukraine suscite des interrogations.
Comment le Président de la République Emmanuel Macron, qui assure la Présidence du Conseil de l'Union européenne (UE), peut-il être perçu comme médiateur neutre par son homologue russe ? Quelles armes ? A qui ? Quelles procédures de transparence envers le Parlement ? Quelles certitudes que ces armes ne seront pas acquises par des terroristes et utilisées pour des attentats en France ? 

- Le 1er mars 2022, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait déclaré : « Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie, à Vladimir Poutine ». Puis, il avait rectifié ses propos.
C’est l’économie française, notamment le luxe, qui subit des effets graves des sanctions visant la Russie : productions ralenties dans diverses usines en France, fermeture de magasins français en Russie, etc. La Banque de France prévoit une baisse de la croissance économique et une reprise de l’inflation dans les trois prochaines années.
Un contexte rendant difficile l’accueil en France de « réfugiés d’Ukraine » : on compte « un non-Ukrainien sur trois parmi les réfugiés en France  » ;

- L’adoption par un « Occident grégaire » d’un système inédit de sanctions économiques et financières contre la Russie « constitue une menace stratégique pour Israël », a analysé l’analyste Caroline Glick (« Russia, the virtue-signaling West, and Israel »).
En effet, ce système pourrait être utilisé contre l’Etat d’Israël, notamment par des Etats européens prompts à voter des résolutions de diverses instances afin de le condamner injustement.

Curieusement, Bernard-Henri Lévy ne mentionne pas les groupes néonazis ukrainiens, le réarmement de l’Allemagne et les négociations actuelles sur le programme nucléaire militaire iranien.


« Zelensky, l’homme de Kiev » de Dirk Schneider et Claudia Nagel
Allemagne, 2022, 45 mn
Coproduction : ARTE/RBB, Looks Films, TV Productions
Sur Arte le 15 mars 2022 à 20 h 55
Sur arte.tv du 15/03/2022 au 12/06/2022

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