jeudi 17 décembre 2015

Ergy Landau (1896-1967), photographe


La galerie Christian Deydier présente des photographies d’Ergy Landau (1896-1967), artiste franco-hongroise. Evoluant du pictorialisme à la Nouvelle Vision, cette photographe humaniste est célèbre pour ses portraits, ses nus et ses reportages sur la Chine dans les années 1950. Cette artiste est une des photographes mises à l'honneur dans les expositions Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay, et dans Son modernas, son fotógrafas au Centre Pompidou à Málaga (Espagne) jusqu'au 24 janvier 2016.


Erzsi Landau naît en 1896, dans une famille Juive de Budapest, alors dans l’empire austro-hongrois.

En 1918, le célèbre photographe Franz Xaver Setzer (1886-1939), portraitiste des notables et artistes, la recrute dans son atelier à Vienne (Autriche).

En 1919, Erzsi Landau complète sa formation dans le studio Duhrkoop à Berlin (Allemagne) - Rudolf Dührkoop (1848-1918) a acquis la notoriété pour sa technique, ses portraits, son style pictorialiste. Erzsi Landau apprend à utiliser au mieux la lumière


De retour à Budapest, elle ouvre son premier studio, et noue une amitié avec László Moholy-Nagy (1895-1946), peintre,  enseignant en 1923 au Bauhaus, photographe et théoricien de la photographie. Elle le photographie, et fréquente les milieux d'avant-garde artistiques.

En 1923, elle fuit la Hongrie sous le régime antisémite de l'amiral Miklós Horthy pour Paris où elle crée le « Studio Landau ».

Elle est influencée par le pictorialisme, Alfred Stieglitz (1864-1946) , photographe et marchand d'art américain, et Edward Steichen (1879-1973), peintre et photographe américain. Elle opte pour le prénom Ergy.

En 1925, elle rencontre Moholy-Nagy à Paris, et obtient la naturalisation française.

En 1927, à Stuttgart, l’exposition du Werkbund, association d'artistes et d'industriels visant à promouvoir la recherche dans les arts appliqués et l'architecture et la qualité dans les produits industriels, présente ses photographies. Ergy Landau découvre la Nouvelle Vision photographique et importe en France le premier Rolleiflex. Son style photographique évolue du portrait au sfumato, et du pictorialisme à la Nouvelle Vision et la photographie humaniste, sous l’influence de l'architecture. Les appareils photographiques de petits formats, tels des Rolleiflex et Leica, autorisent de nouveaux angles et cadrages, et contribuent à l'apparition de la Nouvelle Vision, située dans la suite de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit) adepte du retour au réel et à la vie quotidienne.

En 1930, dans son studio Landau situé rue Lauriston, Ergy Landau recrute comme assistantes, deux jeunes photographes, Nora Dumas (1890-1979), née Kelenföldi Telkes Nóra à Budapest, et Ylla (1911-1955), née Camilla Koffler à Vienne, qui se spécialise dans la photographie animalière. Nora Dumas et Ergy Landau réalisent des nus de leur modèle ukrainienne, Assia Granatouroff.

Ergy Landau rencontre Raymond Grosset (1911-2000) à qui elle présente les jeunes photographes originaires d'Europe centrale, notamment de Hongrie. Ses photographies sont publiées par Arts et Médecine, Jazz, Lilliput et Paris Magazine. Cette artiste crée aussi pour des annonceurs publicitaires.

En 1933, avec Charles Rado, émigré Juif hongrois ayant travaillé plusieurs années au service photo de l’éditeur berlinois Ullstein, Émile Savitry, Ylla et Brassaï, Ergy Landau co-fonde Rapho, première agence de photojournalisme en France.

En 1936, elle initie une collaboration avec le quotidien britannique Daily Mirror consistant à commenter chaque jour, pendant un an, les événements politiques au travers de portraits d’une petite fille. Une commande qu’elle ne poursuit pas jusqu’à son terme.

Elle est acquiert une notoriété pour ses portraits réalisés à Budapest, Berlin, Vienne et Paris, ainsi que pour « ses magnifiques nus qui témoignent d’une sensibilité particulière pour la représentation du corps féminin ». Elle photographie le sculpteur Bourdelle, les écrivains Thomas Mann et Paul Valéry.

Dans sa préface au livre « Enfants » d'Ergy Landau (éditions O.E.T., Paris, 1936), Marcel Aymé écrit : « Ce qui m’étonne le plus devant tous ces visages d’enfants, ce n’est ni la joie, ni la colère, ni la tristesse, qu’expriment les uns et les autres, mais, sous ces masques divers, les traits essentiels, permanents, qui annoncent déjà le caractère de l’homme. Mais interroger ainsi ces visages de bambins est un jeu qui risque d’être décevant, car cela revient à procéder par analogie avec les visages des adultes. »

Ergy Landau participe à l'Exposition Internationale de la photographie contemporaine accueillie au Musée des Arts décoratifs.

Sous l'Occupation, elle refuse de porter l'étoile jaune marquant les Juifs, et survit difficilement. En 1942, elle parvient à publier un ouvrage où elle explique la méthodologie pour photographier les enfants.

Après la Deuxième Guerre mondiale, Ergy Landau, amie du directeur du quotidien Franc-Tireur, encourage Raymond Grosset, Français Libre, à relancer l'agence Rapho dont les rangs sont rejoints par Robert Doisneau, Jean Dieuzaide, René Maltête, Janine Niepce, la suisse Sabine Weiss et Willy Ronis.

En 1954, avec notamment le journaliste et essayiste Pierre Gascar, Ergy Landau se rend en Chine, afin d’y réaliser des reportages photographiques sur la vie quotidienne, les acrobates du cirque ou le bazar à Shanghai, dans ce vaste pays. Certaines de ses photographies sont réunies et publiées en 1955 sous le titre « Aujourd’hui la Chine ».

Dans le cadre de la quatrième édition de Photo Saint-Germain, La galerie Christian Deydier  présente une sélection de ces reportages en noir et blanc.

En 1957, les éditions Calmann-Lévy publient Horoldamba, le petit mongol, livre au texte d'Yves Bonnieux, et aux photos d'Ergy Landau.

Les photographies d'Ergy Landau illustrent Le Petit chat, du romancier Maurice Genevoix.

Ergy Landau participe aux grandes expositions des années 1950, et décède en 1967.

Elle est une des photographes mises à l'honneur dans l'exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay. Dans les années 1920, Ergy Landau "donne une leçon esthétique avec ce cliché sensuel, provoquant, d'un modèle nu, allongé sur le ventre, dont le creux des épaules arquées dessine un triangle suggestif annonçant la naissance des fesses".

Du 5 novembre au 18 décembre 2015
A la galerie Christian Deydier
30, rue de Seine – 75006 Paris
Tél. : 01 40 20 97 34
Du mardi au samedi de 10 h à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30

Visuels : Ergy Landau, Sans titre, C.1954, Tirage gélatino-argentique d’époque.

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