jeudi 18 septembre 2014

Saul Leiter, photographe



La célèbre Howard Greenberg Gallery (HGG) présente une exposition d’œuvres de Saul Leiter (1923-2013), photographe américain Juif. Plus de 40 photographies des années 1940 et 1950, en noir et blanc, décennies particulièrement prolifiques, dont beaucoup d'inédites, des rues animées de New York, de portraits d'amis et de sa famille. 


En ce 16 janvier 2008, un matin hivernal de vernissage presse de son exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson (FHCB), Saul Leiter était débonnaire. Pas prétentieux. Curieux. Flegmatique.

Interrogé sur son rapport au judaïsme et à l’Etat d’Israël, ce photographe américain s’approchait. Plantait son regard dans le vôtre. Répondait en approfondissant et élargissant la question. Sans détour. Avec douceur. Avec une profonde humanité. Avec une tendresse simple et touchante.

Saul Leiter se laissait photographier, prenait la pose voulue par les photographes professionnels. Puis, il a sorti de sa poche son appareil photo numérique, et il s’est mis à photographier ses homologues en train de le photographier. A l’instar de son travail en abysse…

Cet octogénaire m’a confié : « Je ne sais pas si je suis un « bon juif », dans la mesure où je ne pratique pas beaucoup. Je ne sais pas s'il y a un lien entre mon œuvre et ma foi. J'espère qu'il y aura la paix entre les Israéliens et les Arabes, mais je ne sais pas si je la verrai... Je songe à donner une partie de mes photos et des œuvres que j'ai acquises à un musée en Israël. Je le ferai en mémoire de ma mère qui était gentille et m'a soutenue quand j'en avais besoin ».

De la théologie à la photographie
Saul Leiter est né en 1923 dans une famille juive de Pittsburg.

« Mon père et mon grand-père étaient des rabbins. J'ai étudié la théologie et quand je revenais de chez mon grand-père, je pouvais répondre à des questions [pointues] », avait ajouté le photographe Saul Leiter ce 16 janvier 2008.

En 1935, sa mère lui offre un appareil photo de marque Detrola.

Saul Leiter est un étudiant brillant en théologie à la Telshe Yeshiva Rabbinical College de Cleveland.

Il lit avec intérêt les livres sur l’art à la bibliothèque de l’université de Pittsburgh. Il vénère la peinture, notamment Pierre Bonnard, peintre postimpressionniste (1867-1947), et Edouard Vuillard (1868-1940), tous deux membres des Nabis (Prophète en hébreu) : « La peinture est glorieuse. J'aime la photographie, mais je ne suis pas certain que la photographie puisse faire ce que la peinture peut », a-t-il confié à Sam Stourdzé.

En 1944, ses peintures sont exposées dans des galeries de Cleveland, Pittsburgh et au grand magasin Gump à San Francisco.

Saul Leiter met un terme à ses études universitaires à l’âge de 23 ans : il s’installe en 1946 à New York, au rythme trépidant, pour devenir peintre. Il y rencontrera Rothko et les expressionnistes abstraits, Faurer et Smith.

Il expose aux côtés de Philip Guston et Willem de Kooning.

Son ami Richard Pousette-Dart, peintre expressionniste abstrait, lui fait prendre conscience du « potentiel créatif de la photographie ». Saul Leiter se lance dans la photographie à la fin des années 1940, à une époque où nait la Street Photography, « photographie de la rue » new-yorkaise. 

 En 1947, Saul Leiter découvre Cartier-Bresson auquel le Museum of Modern Art de New York, le MoMA, consacre une exposition demeurée fameuse. Ce qui déclenche sa volonté de s’exprimer dans cet art. Avec son Leica, ce piéton photographie la vie quotidienne dans la Big Apple, d’abord en noir et blanc, puis dès 1948 en couleurs. Deux supports auxquels il restera fidèle pendant des décennies. A l’exception peut-être d’Helen Levitt (1913-2009), peu de photographes contemporains peuvent réunir un ensemble comparable de photos en couleurs. Pendant toute sa carrière professionnelle et son activité personnelle de photographe de rue, Saul Leiter continue de peindre. Un an après son arrivée à New York, l’Art Institute of Chicago sélectionne une de ses peintures pour l’exposition « Abstract and Surrealist Art ».

Débuts au MoMA 
Coopérative de photographes engagés soucieux de sujets sociaux, la Photo League envisage alors d’exposer les œuvres de Saul Leiter avec celles de Robert Frank. Un projet qui n’aboutit pas car cette association cesse son activité en 1951. Cette année-là, Life publie la série en noir et blanc The Wedding as a Funeral de Saul Leiter.

Robert Frank met ce photographe en contact avec Alexey Brodovitch, directeur artistique de Harper’s Bazaar qui déclare à propos des photos de Saul Leiter : « Ce sont des œuvres pour les musées que vous me montrez là, et pas des pages de magazines… »

En 1953, à l’initiative d’Edward Steichen, conservateur en chef de la photographie au MoMA, cette institution culturelle prestigieuse expose 25 de ses tirages noir et blanc pour l’exposition collective « Always the Young Stranger », avec Roy DeCarava et Leon Levinstein. Le musée d’art moderne de Tokyo présente aussi ses photos dans l’exposition Contemporary Photography. Saul Leiter ouvre alors un studio sur Bleeker Street dédié « au portrait, à la mode et à la publicité ». Photographe de mode jusque dans les années 1980, il collabore aux magazines les plus célèbres dont Esquire, où il est repéré par le directeur artistique Henry Wolf, puis dans Harper’s Bazaar, Elle, Life, Nova, Vogue, Queen...

En 1955, l’Artist Club, espace de rencontre de peintres expressionnistes abstraits, présente sa première exposition de photographies en couleurs.

En 1956, la Tanager Gallery à New York lui assure une exposition individuelle.

De nouveau, en 1957, Steichen intègre une vingtaine de ses clichés couleur pour une conférence au MoMA : « Experimental Photography in Color ».

Alors que le noir et blanc est prisé dans les années 1940 et 1950, Saul Leiter opte très tôt pour les couleurs. De ses flâneries dans la métropole américaine, il saisit en des angles improbables, ces brefs moments, suggère plus qu’il ne montre, filtre la réalité via une vitrine, un reflet ou des miroirs. Ce qui transforme et démultiplie la réalité. Ce qui confère à ses photos une certaine étrangeté, un sens quasi-symbolique et universel. Le mystère surgit de la vie urbaine new-yorkaise.

« Je n'ai pas de philosophie de la photographie. J'aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers », a écrit Saul Leiter.

Novateur, il compose avec les couleurs comme un peintre en couches épaisses ou en couleurs saturées, tel un rouge pimpant. Il compose soigneusement ses photographies par son cadrage, son regard plein d’humanité et son sens des couleurs auxquelles il confère un relief, et par leur assemblage particulier un rythme.

Il goûte à l’abstraction par son jeu des formes géométriques. Divise la photo en espaces distincts, aux formes et couleurs différentes, alternant le flou onirique et la netteté, semblant suspendre ou étirer le temps par une vue imprécise. Des photographies sont imprégnées d’un flou onirique, poétique, doux, un brin mélancolique. Malgré ce flou, l’allure de la personne anonyme ressort. Saul Leiter est un photographe de l’allusion et de la suggestion, des silhouettes et des ombres, des transparences et des occultations.

Saul Leiter « impose sa maîtrise de la couleur dans des vues citadines non conventionnelles dans lesquelles les reflets, les transparences, la complexité des cadrages, les effets de miroir se marient à une technique très particulière des émulsions pour écrire une forme unique de pastorale urbaine » selon son éditeur Actes Sud.

Une consécration tardive
Bizarrement, malgré des débuts prometteurs au MoMA dès les années 1950, Saul Leiter ne suscite pas d’exposition pendant environ 50 ans, jusqu’à la publication du livre Early Color. « J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment », résumait ce photographe modeste.

Cet artiste est redécouvert dans les années 1990 grâce à des expositions et livres sur ses photos acquises par des musées américains et des collectionneurs privés.

En 1991, le Victoria & Albert Museum à Londres présente ses images dans l’exposition Appearences: Fashion Photography Since 1945.

En 1992, le livre The New York School: Photographs 1936–1963 de Jane Livingstone inclut ses photos en noir et blanc.


En 1993, la galerie Howard Greenberg (New York), partenaire avec la Maison Européenne de la Photographie de cette exposition parisienne dans le cadre du Mois de la Photographie à Paris, expose ses photos en noir & blanc et le représente depuis. Dans le documentaire de Claude Ventura Saul Leiter, photographe diffusé récemment par Arte, on voit Saul Leiter dialoguer avec le galeriste Howard Greenberg.

En 2005, cette célèbre galerie organise l’exposition Early Color reprise l’année suivante par la galerie anversoise Fifty One Fine Art Photography.

En 2006, Steidl, éditeur réputé, publie le livre éponyme dont l’introduction est signée de Martin Harrison. Celui-ci présente des photographies de Saul Leiter au festival international de la mode 2006 à Hyères. Le Milwaukee Art Museum assure la première exposition individuelle du photographe dans un musée : « In Living Color ».


2008, c’est l’année de la rétrospective de Saul Leiter – photographies en noir et blanc et en couleurs de 1947 à la fin des années 60, peintures et carnets de notes - à la FHCB, à Paris, et la publication de Saul Leiter - Second printing chez Steidl.

La notoriété du peintre Saul Leiter grandit. En 2009, la galerie Knoedler & Company, réputée pour ses expositions de peintres de la « New York School, école de l'expressionnisme abstrait », présente une sélection de ses peintures.

En 2010, la Galerie Camera Obscura a présenté l’exposition Photographies et peintures de Saul Leiter.  Des clichés pris entre 1947 et 1960 souvent inédits des rues de New York ainsi qu'une dizaine de peintures au style proche de l’expressionnisme abstrait.

Ce photographe américain Juif est décédé le 26 novembre 2013 à l'âge de 89 ans

In No Great Hurry: 13 Lessons in Life with Saul Leiter de  Tomas Leach, (2012) a été diffusé les 7, 8 et 9 janvier 2014, lors du 23e festival new-yorkais du film Juif au Film Society of Lincoln Center.

La célèbre Howard Greenberg Gallery (HGG) présente la première exposition individuelle de Saul Leiter. Cette exposition de plus de 40 photographies en noir et blanc des années 1940 et 1950, décennies particulièrement prolifiques, dont beaucoup d'inédites, des rues animées de New York, de portraits d'amis et de sa famille, coïncidera avec la publication de Saul Leiter: Early Black and White, une monographie en deux volumes sur des textes de Max Kozolff et Jane Livingston  (Steidl/Howard Greenberg Library). Saul Lieter “a un enthousiasme pour la couleur, qui provient de son amour pour les maitres de l'art moderne. Mais sa production en noir et blanc est aussi redevable aux leçons qu'il a apprises de ces mêmes maîtres", écrit Max Kozloff dans son introduction à ce livre.


In No Great Hurry: 13 Lessons in Life with Saul Leiter
 Tomas Leach, 2012
 UK,| 75 minutes

Du 18 septembre au 25 octobre 2014
A la Howard Greenberg Gallery (HGG)
The Fuller Building
 41 East 57 Street
 Suite 1406
 New York, NY 10022
 Tel.: 212.334.0010
 Du mardi au samedi de 10 h à 18 h. Vernissage le 18 septembre de 18 h à 20 h

Jusqu’au 23 décembre 2010
268, boulevard Raspail. 75014 Paris
Tél. : 01 45 45 67 08
Du mardi au samedi, de 13 h à 19 h, ou sur rendez-vous

Oeuvres de Saul Leiter de haut en bas :
Sea
Années 60.
Gouache et aquarelle
22,5 x 30 cm
Self Portrait
1959
Tirage argentique moderne.© Saul Leiter
Courtesy Howard Greenberg gallery

Réflection, New York
Années 1950
Tirage chromogène moderne

Green pole
années 50
Tirage argentique moderne

Taxi, New York
1957
Tirage argentique moderne

Blue Umbrella
c. 1950
Tirage argentique moderne
© Saul Leiter
Courtesy Howard Greenberg gallery


A lire sur ce blog :
Cet article a été publié les 22 décembre 2010, 30 novembre 2013 et 7 janvier 2014. Il a été modifié le 18 septembre 2014.

1 commentaire:

  1. Le dit "parti des fusillés " défile aujourd'hui avec les islamo-nazis aux cris de " mort aux Juifs " et des maires communistes nomment citoyens d'honneur de leur ville des tueurs de Juifs condamnés et incarcérés en France.
    La propagande arabo-musulmane se répand comme une épidémie faisant perdre tout sens commun et toute dignité.

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