lundi 26 octobre 2015

« I am my family » de Rafael Goldchain


La galerie Claude Samuel (Paris) a présenté en 2008 l’exposition I’m My Family (Je suis ma famille), composée de photographies de moyen et grand formats, en noir et blanc, de Rafael Goldchain retravaillées numériquement et une vidéo (10 mn). Une reconstruction d’un passé familial en portraits dont le modèle est l’artiste. Article republié en cette période d'élection présidentielle en Argentine.


La monographie I’m My Family: Photographic Memories and Fictions (Princeton Architectural Press), de Rafael Goldchain, accompagne cette exposition personnelle à plus d’un titre de cet artiste.

Une galerie de portraits
« Mon père, Emilio Goldchain, a favorisé mon intérêt pour la photographie et il m’a inscrit, adolescent, dans des cours et m’a acheté mon premier appareil photographique. J’avais fait une chambre noire dans la salle de bains de mes parents », se souvient Rafael Goldchain, né à Santiago du Chili (Chili).

Il étudie en Israël - il photographie les environs de Jérusalem - puis au Canada où il vit.

Il débute sa carrière professionnelle comme photographe médical d’un hôpital de Toronto. 

« Pendant 20 ans, jusqu’à la fin des années 1990, j’ai exploré la photographie en couleurs en traitant des sujets socio-économiques et le contexte esthétique de la culture dans laquelle je suis né et j’ai grandi : celle de l’Amérique latine », explique cet artiste.

Rafael Goldchain  expose depuis les années 1990 dans des musées, centres d’art et galeries sur le continent américain, en Italie et Allemagne.

A la fin des années 1990, par besoin de changement, Rafael Goldchain revient aux études, cette fois, aux Etats-Unis. Il recourt à l’autoportrait comme « véhicule pour explorer des idées sur l’identité culturelle hybride et sur la localisation de l’identité dans l’histoire personnelle ». Ainsi est née sa série I am my family.

Rafael Goldchain  prête son visage maquillé, sa silhouette à des hommes et femmes Juifs, membres disparus de sa famille, et qu’il arrache alors à l’oubli, ou à des personnages inventés. Ces personnes, il les fixe en des poses stéréotypées, stylisées par un halo rappelant le style Harcourt.

Il vise à fixer « l’identité à l’intérieur d’une histoire familiale et culturelle ayant subi des pertes, des déplacements géographiques et dislocations culturelles ».

« Cette série est le résultat d’un processus initié voici quelques années, à la naissance de mon fils. Peu à peu, je réalisais que, dans mon nouveau rôle de père, il m’incombait de transmettre à mon fils un héritage familial et culturel, que je devais rassembler et ensuite lui présenter sous une forme adaptée à son âge. Je sais fort bien que je ne suis qu’au point de départ de ce qui sera un long voyage, mais mes recherches photographiques m’ont apporté des enseignements précieux, dont le plus important porte sur les relations entre le portait de famille, le deuil et le souvenir, des notions d’histoire, de mémoire, de justice et d’héritage. Ces images résultent d’un travail de reconstruction qui a ses limites : la composition d’une image du passé implique forcément un mélange de mémoire fragmentaire, d’artifice et d’invention, et ce mélange va nécessairement évoluer dans sa transmission d’une génération à une autre », confie Rafael Goldchain, photographe primé et professeur de photographie et d’art numérique.

Il réalise ce « travail autobiographique composé d’autoportraits retravaillés numériquement, de reproductions de pages d’un livre d’artiste, de bandes vidéo et de travaux sonores ». 

Il vise à fixer « l’identité à l’intérieur d’une histoire familiale et culturelle ayant subi des pertes, des déplacements géographiques et dislocations culturelles ». Il a fallu « rassembler et rapprocher des fragments éparpillés d’une histoire passée, tout en constatant l’impossibilité de récupérer tout. Les autoportraits de la série sont des représentations élaborées d’ancêtres et peuvent s’interpréter comme une manière de « nommer » dans le processus du deuil et du souvenir ».

C’est donc un travail original de reconstruction fragmentée d’un passé familial. Une reconstitution de l’histoire de sa famille à travers des portraits recomposés, une mise en scène en une galerie d’ancêtres. Un refus de l’oubli et une ode à la transmission. 

« Le but est de donner l’impression dans la galerie Claude Samuel  d’être en présence d’une famille entière dont les membres ont une ressemblance troublante entre eux. Il n’est pas évident que le modèle de toutes ces photos est l’artiste. J’enseigne que la technique parfaite est une condition préliminaire pour la présentation des idées, et non une fin en elle-même », conclut Rafael Goldchain.

         

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Cet article a été publié par L'Arche. Il a été publié dans ce blog le 29 août 2015.

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