Citations

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mardi 18 janvier 2022

« Nés sous l’occupation : des bébés pour la France » d’Anja Unger

Arte diffusera le 18 janvier 2021 à 23 h 25 « Nés sous l’occupation : des bébés pour la France » 
(Frankreichs deutsche Kinder), documentaire d’Anja Unger. « Dans les pas de deux femmes en quête de leurs origines, ce documentaire lève le voile sur une page méconnue de l’après-guerre : l’adoption, dans le cadre d’un programme transfrontalier, de milliers d’enfants nés de l’occupation française en Allemagne. » 

« Les coulisses de l'Histoire - Hitler, l'art de la défaite » par Christiane Ratiney
« La blonde province de Himmler Une expérimentation en Pologne » par Klaus Salge et Jacek Kubiak 
1940 : Les Parisiens dans l’exode 
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 
Le Musée de la Libération de Paris - Musée du Général Leclerc - Musée Jean Moulin 
« Les Bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif 1940-1944 » par Vincent Giraudier 
« Composer sous Vichy », par Yannick Simon 
Pierre Dac. Du côté d’ailleurs
La guerre des ondes. Londres, Paris, Vichy (1940-1944)

« Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne vaincue est divisée en quatre zones d’occupation. Partout, des enfants naissent des rapprochements – pourtant proscrits et parfois non consentis – entre soldats alliés et femmes allemandes. »

« Si les Britanniques, les Américains et les Soviétiques considèrent ces grossesses comme des affaires privées, les Français y voient l’opportunité de repeupler la patrie. » 

« En mars 1946, le gouvernement militaire de la zone d’occupation ordonne aux autorités allemandes de signaler tout enfant dont au moins un des parents est ressortissant français. »

« Parallèlement, à Paris, le ministère de la Santé publique et de la Population met sur pied un plan de transfert. » 

« Sous la pression conjointe de leur famille et des officiers de recherche, de nombreuses femmes, stigmatisées pour avoir frayé avec l’ennemi et contraintes par la misère, se résolvent ainsi à abandonner leur bébé. »

« Soixante-quinze ans plus tard, Marie-José et Claudine, respectivement prénommées Marie et Margarete à leur naissance en 1946, cherchent encore, avec l’appui d’associations de part et d’autre du Rhin, à faire la lumière sur les premiers mois de leur vie… » Pour l'une d'elles, la piste découverte la mène en Afrique du nord.

« Jouets de stratégies politiques – démographiques d’un côté, économiques de l’autre, les Allemands y voyant des bouches de moins à nourrir –, 1 000 à 1 500 enfants seraient passés par des pouponnières de la Croix-Rouge avant d’être adoptés en France » de 1946 à 1951. Des adoptions parfois par des familles peu aimantes, dévalorisant l'enfant par des stigmatisations de la mère et de la fille.

« Les métis, nés de soldats venus des colonies, étaient envoyés en Algérie, tandis que les plus faibles et les dénutris, sous couvert de paternité non prouvée, étaient rendus à leur mère ou placés dans des orphelinats allemands ». 

« Aux côtés de Claudine et de Marie-José, suivies dans leur poignante quête de réponses, ce documentaire étayé d’éclairages d’historiens lève le voile sur un épisode méconnu de l’après-guerre – les autorités françaises ayant effacé les traces de ces procédures –, qui a pris fin au lendemain de la création de la RFA. » 

« Il s'agit d'une enquête historique que mon co-auteur, le journaliste Renaud Lavergne, et moi-même ont mené pendant près de quatre ans. Pourquoi une telle durée ? Il faut du temps pour financer des documentaires historiques que l'on souhaite produire à l'international. Nous avons réussi à convaincre trois diffuseurs : France Télévisions, la SWR côté allemand et par la SWR aussi ARTE Allemagne. Pour l'enquête, j'ai passé beaucoup de temps dans les archives pour trouver les documents originaux, pour rassembler les pièces d'un puzzle très rudimentaire. L'histoire de ces enfants est inédite à la télévision et peu d'historiens ont travaillé dessus », m’a confié la réalisatrice Anja Unger le 16 janvier 2022.



« ENQUÊTE HISTORIQUE »
« Au nom de l’intérêt national »

« Lorsque l’État français instrumentalise la vie de nourrissons pour servir ses intérêts nationaux, que la politique vient interférer dans la sphère intime, il y a de toute évidence une dérive dont il faut décrypter les ressorts. »
« Pourquoi et comment la France s’est-elle ainsi lancée entre 1946 et 1951 dans le transfert de plus d’un millier d’enfants nés de pères soldats français et de mères allemandes, entre la zone française d’occupation en Allemagne et la France ? »
« Pourquoi la France a-t-elle fait signer à des mères allemandes des certificats d’abandon de leurs propres enfants ? Pour les envoyer chez leurs pères français ? »
« Pourquoi et comment la France a-t-elle placé ces enfants dans des familles adoptives en France ? Comment une telle procédure administrative a-t-elle pu être mise en place ? Au nom de quel projet politique ? »
« Quel est le chemin de vie de ces enfants à l’identité floue et arbitrairement effacée ? Que leur a-t-on vraiment raconté de leur histoire ? Que savent-ils de leurs origines ? »
« Ces événements n’ont jamais été révélés au grand public. Ils ont été confinés dans des archives restées longtemps inaccessibles aux historiens. En 2015, deux chercheurs allemands, Silke Satjukow et Rainer Gries, signent le premier ouvrage de référence sur les enfants de l’occupation en Allemagne et décryptent la machine à fabriquer des « enfants pour la France. »

LE FILM

« Le secret constitue l’un des ressorts principaux de ce film. Il entoure non seulement toute l’opération menée par la France, mais pèse toujours aujourd’hui « car nombre d’enfants doivent ignorer leurs origines allemandes » affirment de concert l’historien français Yves Denéchère et la responsable de l’association Coeurs sans frontières, Chantal Le Quentrec. »
« C’est que les Autorités françaises en récupérant les enfants en Allemagne changent leur identité : cet effacement de leurs origines rend les recherches d’autant plus compliquées. »
« Le secret, c’est également le mur auquel disent se heurter les quelques enfants et rares associations engagées à leurs côtés pour remonter le fil de leurs histoires. »
« Ils doivent faire face aux difficultés d’accès aux archives françaises lorsqu’il s’agit de retrouver la trace de leurs pères soldats partis sans vraiment laisser d’adresse. »
« Une équation d’autant plus complexe à résoudre puisqu’une majorité de soldats de l’occupation étaient originaires du Maghreb et d’Afrique noire. De quoi décourager… »
« Le film met en lumière le sort cruel fait aux femmes et aux enfants, éternelles victimes des dommages collatéraux de toute guerre, un vécu souvent peu considéré dans les récits médiatiques ou les travaux scientifiques. »
« Les femmes subissent et endurent la misère économique issue du chaos de l’après-guerre et la pression sociale et familiale, alimentée par le tabou d’avoir couché avec l’ennemi d’hier. Les enfants, eux, n’ont évidemment pas leur mot à dire. Ils ne sont que l’objet d’une politique décidée malgré eux. »
« Le film éclaire ainsi d’un jour nouveau les relations entre la France et l’Allemagne. »
« Invitée in extremis à la table des vainqueurs alliés, la France de De Gaulle s’est imposée comme un pays victorieux et conquérant à la fin de la deuxième guerre mondiale recourant pendant plusieurs années à des pratiques peu glorieuses dans sa zone d’occupation de l’Allemagne, comme si elle avait voulu exercer une sorte de « justice du vainqueur » que les Alliés britanniques et américains n’ont pas estimé devoir appliquer dans les zones d’Allemagne qu’ils occupaient. En effet, aucune autre puissance alliée ne se penche sur le sort de ces enfants, leur existence étant considérée purement d’ordre privé. »
« En exfiltrant de la zone d’occupation des enfants avec une identité entièrement fabriquée par l’Administration française, la France met en place un système unique en son genre pour « reconstituer des forces vives et reconstruire le pays ». Cette manière de procéder tient pour partie à l’idée que la France se faisait elle-même de sa grandeur, justifiant de se « servir » chez l’ennemi à terre, de profiter de la faiblesse d’un pays en ruines à tous les niveaux. Quitte à recourir à des méthodes de « tri sélectif » des enfants que les nazis eux-mêmes, acquis aux idées de l’eugénisme, n’auraient sans doute pas reniées: il s’agissait de rapatrier en France les enfants les plus sains, et les plus à même de devenir de bons Français… »
« Cette politique dévoile le visage d’une France prête à tout pour tirer parti d’un pays en ruines. Même si la France condamne les pratiques eugénistes des nazis, elle s’applique pourtant à sélectionner les enfants les plus sains et plus à même de devenir des citoyens français. Ainsi, au moment où les puissances alliées mettaient tout en oeuvre pour dénazifier l’Allemagne et lui inculquer les grands principes de démocratie, l’histoire des « Enfants d’État » constitue une vraie distorsion de cette mission officielle. La pratique ne s’embarrassait pas de la théorie... »
« Impulsée par les dirigeants français, cette « politique d’adoption » se devait de rester dissimulée le plus longtemps possible, au point de donner lieu, en 1951, à une opération secrète de razzia des documents des services sociaux allemands de l’enfance, transférés en cachette dans les archives françaises. Depuis deux ans en effet, l’Allemagne était divisée en deux Etats : la République Fédérale d’Allemagne (RFA) avec les zones d’occupations britannique, américaine et française, et, la République Démocratique d’Allemagne (RDA), avec la zone d’occupation de l’URSS. » 
« La RFA occupée en partie par la France devenait un véritable Etat de droit, une démocratie à qui il n’était plus possible de faire subir plus longtemps une entreprise d’une telle envergure ! »

« Des témoins »

« Dès leurs plus jeunes âges, les deux protagonistes principales du film subissent la politique d’un pays vainqueur et conquérant. Elles ne savent pas qu’elles font partie d’un dispositif bien rôdé mis en place par l’Etat français et se croient longtemps être victimes d’un mauvais concours de circonstances, d’une erreur administrative alors que plus d’un millier d’enfants partage le même passé. » 
« Ces enfants nés entre 1946 et 1951 sont aujourd’hui au tournant de leur vie, marqués par cette quête d’identité souvent restée vaine. Isolés dans leur démarche, rarement accompagnés pour découvrir la vérité, ces enfants ont été coupés de leurs liens familiaux d’origine, éloignés de leur langue maternelle et ont dû, comme Claudine et Marie, se construire avec et malgré ces lacunes, et même si nos deux protagonistes ont, elles, réussi à retrouver leurs mères biologiques. »
« À travers leurs récits personnels et intimes, empreints d’amour et de colère, c’est un pan de la « grande histoire » qu’elles nous font découvrir. »

« PROTAGONISTES »

« Claudine – abandonnée à l’âge de 18 mois, elle est arrivée dans une famille très aimante en France. A l’âge de 50 ans, elle décide de partir à la recherche de sa mère biologique, et elle réussit à la retrouver. L’une parle Français, l’autre Allemand. Seul moyen de communiquer : faire appel à un traducteur. Mais deux rencontres avec Erika, sa mère, n’ont pas pu combler l’absence et le silence de cinq décennies. »

« Marie-José – abandonnée à l’âge de 8 mois, elle arrive dans une famille adoptive dans laquelle la mère est particulièrement difficile. Pleine de colère et de ressentiment, elle part dès l’âge de 20 ans sur les traces de sa mère biologique, et découvre dans sa quête 4 frères et sœurs allemands. Les retrouvailles sont intenses et ses émotions indicibles – au-delà du fait même que personne n’est bilingue. Au fil du temps, des liens se tissent mais ne lèvent pas le voile sur les secrets et les non-dits. Ce n’est qu’à travers l’aventure de ce film que Marie-José trouve enfin quelques réponses à des questions essentielles. »

INTERVENANTS

« Fernand Rumpler – alsacien parfaitement bilingue, il œuvre depuis une quinzaine d’années pour que les enfants de la guerre puissent connaître leurs racines, retrouver leurs familles, ou tout simplement, en apprendre un peu plus sur leur histoire.

Beatrice Kelsch – de l’autre côté du Rhin, à Offenbourg, elle accomplit le même travail que Fernand. Elle est elle-même une enfant de l’occupation, mais sa mère ne l’avait pas abandonnée, elle a grandi en Allemagne. Grâce à Beatrice, Claudine a découvert ce qui s’était passé pendant ses premiers mois vécus en Allemagne. 

Helene Haas – ancienne puéricultrice de la pouponnière française de Nordrach en Forêt Noire, elle vit toujours à côté de son lieu de travail. Elle se souvient encore très bien des nourrissons et des petits enfants dont elle s’occupait à l’époque.

Silke Satjukow – historienne, Université de Halle, elle est co-auteure de l’ouvrage de référence sur les enfants de l’occupation en Allemagne : « Bankerte. Besatzungskinder in Deutschland nach 1945 ».

Rainer Gries – historien, Université de Vienne, il est co-auteur de l’ouvrage de référence sur les enfants de l’occupation en Allemagne : « Bankerte. Besatzungskinder in Deutschland nach 1945 ».

Yves Denéchère – historien, il est spécialiste des adoptions internationales en Histoire Contemporaine, à l’Université d’Angers. »


France, 2021, 52 minutes
Coproduction : SWR/ARTE, France Télévisions, France 3 Grand Est, Un Film à la Patte 
Écrit par Renaud Lavergne & Anja Unger
Sur Arte le 18 janvier 2021 à 23 h 25
Sur France 3 Grand Est le 27 janvier en 2e partie de soirée
Sur arte.tv du 18/01/2022 au 17/04/2022
Visuels : © SWR/Ministère des Affaires étrangères

Les citations sur l'exposition proviennent d'Arte et du dossier de presse. 

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