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dimanche 31 octobre 2021

« L’identité juive au miroir de l’art » de Marina Farschid

Arte diffusera le 31 octobre 2021 « L’identité juive au miroir de l’art » (Kunst, Kultur, Kippa. Auf den Spuren des jüdischen Erbes in Europa), documentaire passionnant de Marina Farschid. « Peut-on parler d’un "art juif" européen ? Un voyage comparatif tout en nuances à travers les oeuvres des peintres Moritz-Daniel Oppenheim, Jankel Adler et Chaïm Soutine, lequel est au centre de deux expositions à Paris. »
  


Comment définir un "art juif", s'il existe ?

Sonia Fellous
"L’art juif est issu de la tradition juive et prend ses racines dans la religion. Deux traditions picturales émanent du berceau culturel originel. La première de cette production artistique se perpétue en Orient et nous parvient par les vestiges des pavements de mosaïques synagogales, l’art funéraire et l’ornementation des objets du quotidien. Elle se poursuit en Orient puis en péninsule ibérique sous l’influence de l’Islam jusqu’à la fin du XIIIe siècle rejetant toute forme de représentation figurative. La seconde tradition est narrative ; elle renaît et se développe en Occident chrétien à partir du XIIIe siècle et au contact de la production artistique environnante", a écrit Sonia Fellous, qui a enseigné "l'histoire de l'art juif" à l'Institut Universitaire Elie Wiesel.

"L’art des Juifs se situe à la croisée d’une époque, d’une aire géographique et d’un thème. Il s'alimente de la diversité des modèles sociaux culturels et met en lumière l’importance des réseaux sociaux, économique et intellectuels qui réduisent partiellement la dispersion et l’éclatement des communautés juives."

"L’exil a induit des schémas différents dans l’art juif. Jusqu’au XIXe siècle, la dimension religieuse en a marqué quasiment toute la production qui reste toutefois inscrite dans son propre système de référence tout en se conformant aux critères des civilisations environnantes."

"Ce cours traita des six grandes périodes de la production artistique juive au regard de l’art local contemporain, de la Bible à nos jours :
1. Du texte biblique à la fin du royaume de Judée (+70).
2. Du IIe au VIIe siècle dans les communautés de Galilée et de la diaspora.
3. Le Moyen âge oriental et occidental avec les manuscrits enluminés.
4. La période de l’émancipation et le glissement du répertoire vers les scènes de genre.
5. Le XIXe siècle et l'apparition d'une peinture quasi institutionnelle avec l'ouverture des Ecoles des Beaux-Arts aux Juifs.
6. Le XXe siècle, les nouvelles techniques et les nouveaux styles : l’émergence de l’Ecole de Paris et le refus des peintres de copier le réel ; un art nouveau, situé entre tradition et modernité. Nous abordions enfin le courant issu d'une nouvelle identité juive avec la création de l'Etat d'Israël."

"Existe-t-il un art juif ?" 
En 2013, les éditions Esthétiques du divers ont publié "Existe-t-il un art juif ?" de Dominique Jarrassé. "Existe-t-il un art juif ? La question importe plus que la réponse, car cet essai soulève à travers la diversité des formes prises par l’art juif au cours du temps et dans de nombreuses civilisations, une interrogation à la fois sur l’art et sur l’identité."

"Débattue depuis deux siècles, dans la France du Second Empire, en 1900 à Londres, dans la Russie révolutionnaire, à Berlin et à Vienne autour de Martin Buber et du mouvement sioniste, à Jérusalem avec les pionniers, dans le Montparnasse des années 20, à New York durant les sixties, la question « existe-t-il un art juif ? » semblerait insoluble. "

"Régulièrement, les philosophes ou les théologiens s’enlisent dans l’analyse de l’interdit de l’image et les historiens et les historiens de l’art ressassent, face au déni antisémite, les allusions archéologiques, exposent des judaïca et convoquent Modigliani, Chagall ou Barnett Newman…"

"Quelle catégorie, en effet, pourrait recouvrir légitimement les antiquités bibliques, les objets de culte, des scènes de la vie du schtetl, un paysage de Pissarro et des toiles abstraites de Rothko ?"

Professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université de Bordeaux et à l’École du Louvre, "Dominique Jarrassé interroge la question elle-même et examine pourquoi la notion d’art juif a été si souvent manipulée, pourquoi tant d’avis divergents émis. En montrant comment on a écrit l’histoire de l’art juif, il tord le cou à des appellations  comme « école juive de Paris » et dénonce l’usage fallacieux de concepts nationalistes ou biologiques comme « artistes juifs », ainsi que les dérives d’un marché florissant…"

"À la lecture de cet essai, il apparaît clairement que toutes ces variations sur l’art juif, ou les arts juifs, sont d’abord des variations sur l'« être juif ».

« L’identité juive au miroir de l’art » 
Arte diffusera le 31 octobre 2021 « L’identité juive au miroir de l’art » (Kunst, Kultur, Kippa. Auf den Spuren des jüdischen Erbes in Europa), documentaire passionnant de Marina Farschid. « Peut-on parler d’un "art juif" européen ? Un voyage comparatif tout en nuances à travers les œuvres des peintres Moritz-Daniel Oppenheim, Jankel Adler et Chaïm Soutine, lequel est au centre de deux expositions à Paris. »
  

« Existe-t-il, dans l'histoire européenne de l’art, un courant spécifiquement lié à l’identité juive, autrement dit un "art juif" ? »

« Au-delà du débat théorique, de quelle manière la judéité se reflète-t-elle à travers les époques dans l’œuvre des artistes juifs, qu’ils se revendiquent ou non de leur héritage culturel et religieux ? »

« Ce documentaire explore la question en suivant les trajectoires contrastées, de Paris à Berlin et de Rome à Lodz, de trois peintres : le Prussien Moritz-Daniel Oppenheim (1800-1882), portraitiste officiel de la famille Rothschild entre 1830 et 1850 ; le Polonais Jankel Adler (1895-1949), qui s’exila successivement à Berlin, à Paris et à Londres ; et enfin de son contemporain plus célèbre, membre comme lui de l’école de Paris, le Russe Chaïm Soutine (1893-1943) qui, lui, s’installa définitivement en France. »

Soutine peint ce qu'il ne peut pas manger. Dans ses premières œuvres, il peint la misère, constate Pascale Samuel.

Sioniste, membre du mouvement pictural la Sécession, Lesser Ury (1861-1931) crée des scènes urbaines au style impressionniste et peint des scènes bibliques, notamment le prophète Jérémie. Les nazis ont détruit nombre de ses œuvres.

Né en 1986 à Moscou, petit-fils de Herschel Grynszpan, Yuri Kharshenko vit et travaille en Allemagne. Il peint des étoiles de David, non pas pour peindre des étoiles juives.

« Alors que ce dernier est en vedette à Paris cet automne avec deux expositions – "Chagall, Modigliani, Soutine... Paris pour école – 1905-1940" au Mahj, et “Chaïm Soutine / Willem de Kooning, la peinture incarnée” à l’Orangerie –, Marina Farschid offre un passionnant voyage à travers sa vie et ses toiles, qu’elle met en regard avec les œuvres d’Adler et d’Oppenheim ».

D'origine russe, Anna Schaprio refuse le qualificatif d'artiste juive.

« Au travers des éclairages des historiennes de l’art allemand et polonais Esther Graf et Malgorzata Stolarska-Fronia, ainsi que de celui de la conservatrice du musée d’art et d’histoire du judaïsme (Mahj) Pascale Samuel, une réflexion tout en nuances qui montre comment l'identité juive de ces trois artistes a, indéniablement mais différemment, influencé leurs parcours. »



Allemagne, 2021, 53 min
Production : Telekult, ARTE/MDR
Sur Arte le 31 octobre 2021 à 18 h
Sur arte.tv du 31/10/2021 au 28/01/2022
Visuel : © Marina Farschid

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