jeudi 3 août 2017

Des noms sur des murs. Les graffiti du camp de Drancy (1941-1944)



Après l’austère crypte du Mémorial de la Shoah à Paris, le Mémorial de la Shoah à Drancy a présenté, dans le cadre des Journées européennes du patrimoinel’exposition éponyme. Destinée initialement à l’habitat collectif, la Cité de la Muette à Drancy, banlieue de Paris, est transformée en 1940 en camp de prisonniers de guerre, puis en 1941 le principal camp d’internement et de transit pour les Juifs avant leur déportation essentiellement vers le camp nazi Auschwitz-Birkenau. Pour la première fois ont été montrées en 2012 une douzaine d’inscriptions d’internés, essentiellement Juifs, de ce camp entre 1941 et 1944. Un des derniers artisans du tunnel d’évasion de Drancy, Eugène Handschuh est décédé le  8 juillet 2017. 



Conçue par les architectes Eugène Beaudouin et Marcel Lods, la Cité de la Muette à Drancy, ville ouvrière située dans la banlieue nord-est de Paris, est construite entre 1931 et 1935 par l’Office d’habitations à bon marché (HBM) de la Seine. C’est un ensemble de logements sociaux.

Un camp de prisonniers de guerre (1940-1941)
En 1940, la Cité de la Muette est un long immeuble moderne sur quatre étages, inachevé en raison de la crise économique, en forme de U autour d’une cour.

Réquisitionnée le 14 juin 1940, la Cité de la Muette est occupée par les soldats allemands dès juin 1940 qui y crée un camp dénommé Frontstalag 111, où sont détenus des prisonniers de guerre, français puis britanniques, et des étrangers civils « ressortissants de puissance ennemie » issus de Grande-Bretagne et du Commonwealth.
 
Le principal camp pour les Juifs (1941-1944)
A l’initiative de l’Occupant nazi, la Préfecture de police le transforme le 20 août 1941 en un camp pour les Juifs.
Arrivent alors au camp de Drancy les premiers internés Juifs, généralement étrangers : 4 230 hommes, dont 1 500 Français, raflés à Paris le 20 août 1941 dans le cadre de représailles aux attentats contre des soldats allemands.


Pendant des mois, les conditions d’hygiène et de nourriture sont mauvaises. Les visites et les œuvres sociales y sont prohibées.

De 1941 à 1944, cette cité est le principal camp de rassemblement, d’internement et de transit des Juifs en France avant leur déportation vers les camps de concentration et d’extermination : 63 000 des 76 000 Juifs déportés de France partent de Drancy, essentiellement vers le camp nazi Auschwitz-Birkenau.


Des internés Juifs écrivent des graffiti témoignant de leur identéité, de leur arrivée, de leurs angoisses, de leur départ prochain.

12 décembre 1941 : 50 otages sont sélectionnés par les internés Juifs de Drancy.

Le 27 mars 1942, « moins d’un an après la transformation de la cité de la Muette en camp d’internement, le premier convoi de Juifs en direction d’Auschwitz part des camps de Drancy et de Compiègne. Sur les 1 112 hommes âgées de 18 à 60 ans déportés ce jour-là, seuls 19 reviendront ».

En 1942, 63 convois transportant 67 000 personnes au total partent de la gare du Bourget-Drancy jusqu'en juillet 1943, puis de la gare de Bobigny, principalement vers le camp nazi d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en Pologne. « Sous l'autorité du Service des affaires juives de la Gestapo, l'administration du camp est gérée par la Préfecture de Paris jusqu'en juin 1943 ».

Lors des « périodes les plus intenses, et notamment dans la deuxième moitié de l’année 1942, deux voire trois convois par semaine sont formés au camp de Drancy. Le camp est alors surpeuplé, les installations sont insuffisantes et les nouveaux arrivants manquent de tout. Au plus fort des rafles, le camp compte environ 7 000 détenus alors que sa capacité théorique est de 5 000 places. Le comble de la détresse est atteint dans la deuxième quinzaine d’août 1942. Arrivent alors à Drancy, en provenance des camps du Loiret, les enfants de 2 à 12 ans qui ont été séparés de leurs parents le mois précédent ».

Dès le 19 juillet 1942, le rythme des déportations s’élèvent à trois par semaine, induisant « un spectacle désolant. Durant l’été 1942, une atmosphère de terreur permanente règne à Drancy. Les larmes, les crises de nerfs sont fréquentes et l’on assiste à plusieurs suicides par défenestration. La veille du départ d’un convoi, les détenus déportables sont fouillés et dépouillés de tout ce qui peut avoir un prix. Ils sont ensuite enfermés dans les chambres attribuées aux « déportables » (les trois premières cages d’escalier) jusqu’à l’aube. De là, des autobus viennent les chercher pour les conduire à la gare de Bobigny ou du Bourget où ils sont entassés dans des wagons à bestiaux qui sont ensuite scellés ». Ce passage est extrait du site Enseigner l'histoire de la Shoah. Curieusement, il omet de nommer la société ayant assurer ce transport exécrable et mortel : la SNCF (Société national des chemins de fer français).

Dès juin-juillet 1943, un commando de S.S. autrichiens dirigé Aloïs Brunner administre avec violence ce camp de Drancy, en renforçant « la discipline tout en procédant à des aménagements matériels ». Les gendarmes assurent la garde extérieure (1941-1944). Les internés sont impliqués dans le fonctionnement du camp, en particulier dans la déportation.

Brunner « fait tout ce qu’il peut pour rafler le plus grand nombre de Juifs, jusqu’à charger des internés de convaincre des Juifs de sortir de la clandestinité et de rejoindre Drancy, faute de quoi leur famille internée à Drancy sera déportée immédiatement ».


Polytechnicien (X 1907) et ingénieur du prestigieux corps des Mines, vice-président directeur général de la société Kuhlman (devenue Péchiney), Raymond Berr (1888-1944) est arrêté lors d’une rafle avec son épouse Antoinette et leur fille Hélène (1921-1945) dans leur appartement parisien du 5 avenue Elisée-Reclus (75007), près de la Tour Eiffel, le matin du 8 mars 1944. Il sont amenés à Drancy. 


Du 7 avril 1942, au 15 février 1944, en s’interrompant du 28 novembre 1942 au 25 août 1943, Hélène Berr relate dans son journal intime, sa vie quotidienne. Bien accueilli en 2008 par la presse et le public, le Journal d'Hélène Berr, « révèle un réel pressentiment de l’inéluctable » : il s’achève le 15 février 1944 par ces mots prononcés par Kurtz, le héros d’Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad : « Horror, Horror, Horror » (« L’horreur, l’horreur, l’horreur »). Ces Français Juifs font partie du convoi n° 70 du 27 mars 1944 pour Auschwitz. Antoinette Berr est gazée en mai 1944. Raymond Berr est tué le 27 septembre 1944. Déportée le jour de ses 23 ans, Hélène Berr est « transférée fin octobre d'Auschwitz à Bergen-Belsen début novembre », nous précise Mariette Job, nièce d'Hélène Berr. Souffrant de typhus et de mauvais traitements, Hélène Berr meurt début avril 1945.

Le 31 juillet 1944, le dernier convoi part du camp de Drancy à destination d’Auschwitz.

Le 17 août 1944, « en pleine débandade de l’armée allemande », Brunner organise le départ du dernier convoi dont 39 personnes parviennent à s’échapper avant d’entrer en Allemagne.

Le 18 août 1944, 1 467 prisonniers sont libérés après l'arrivée du représentant diplomatique suédois et de membres de la Croix-Rouge.

De mai 1941 à août 1944, plus de 80 000 Juifs sont détenus à Drancy, à quatre kilomètres de Paris. Certains internés témoignent de leur présence, de leur angoisse, en gravant ou écrivant au crayon noir sur les murs leurs noms, métiers, numéro de matricule, des messages, etc.

Après la libération
Après la Libération, des soldats allemands et des suspects de collaboration sont internés dans ce camp de Drancy. Ils écrivent aussi des graffiti.

En 1945, des déportés rescapés des camps retournent à la Cité, où ils prennent quelques photographies de graffiti.

« Après des travaux, l’Office d’HBM de la Seine réaffecte ces bâtiments au logement social en 1949 ».

En 1976, est dévoilé un monument à la mémoire des internés de Drancy par Shlomo Selinger. Depuis 1988, ce monument est relié par des rails à un wagon. Un symbole de la déportation.


Depuis le 15 mai 2001, cette cité est classée Monument historique comme « réalisation architecturale et urbanistique majeure du XXe siècle [...] et en raison également de son utilisation durant le Seconde guerre mondiale [...] qui en fait aujourd'hui un haut lieu de la mémoire nationale ».
 
Une découverte historique importante

Au printemps et à l'été 2009, les ouvriers chargés du remplacement d’huisseries découvrent des graffiti d'internés sur les murs des bâtiments.
Remontant pour les plus anciens à août 1941, l'ensemble est très varié : dessins, symboles, calendriers, noms et dates d’arrivée au camp, puis de départ - « Ici était installé le juif Grunstein Armand, arrivé à Drancy le 16/11 », « Rachel Levy, arrivée ici le 8 avril 1944, déportée le... » -, messages, commentaires, poèmes sur les murs des chambrées en étages. Selon divers témoignages, « adressés à tous et pour mémoire, ces graffiti deviennent un rituel pour de nombreux déportables, la veille ou le jour du départ vers Auschwitz-Birkenau en Pologne ». Certains sont la dernière trace en France de ces internés Juifs.

Inscrits sur des « carreaux de plâtre servant de contre-cloisons, ces graffiti on été déposés soigneusement et stockés par leur propriétaire, l'Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis ». Au nombre d’environ 700 carreaux de plâtre – dont 70 ont des graffitis -, ils ont été restaurés sous la responsabilité scientifique du service du patrimoine culturel du Département de la Seine-Saint-Denis, avec le soutien de la Direction régionale des Affaires Culturelles d'Ile-de-France. Le service Patrimoine et inventaire de la Région Ile-de-France a assumé la campagne photographique et le Mémorial de la Shoah a apporté son soutien scientifique.
Des caves ayant servi de prison pendant la guerre recèlent aussi d’autres graffiti qui ont été « inscrits (au crayon, à la craie) sur les structures en béton et les briques ». Quel que soient leur emplacement – caves-prisons ou chambrées des étages -, ces « graffiti ont été inscrits majoritairement par des internés Juifs mais aussi par des internés suspects de collaboration après la Libération ».


Un travail a été effectué pour recueillir des informations sur les auteurs de ces messages écrits au crayon ou gravés. Ces « noms inscrits sur les murs ont été croisés avec les informations recueillies par le Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine, et les archives du Service historique de la Défense. 

Après-guerre, le ministère des Anciens combattants et des victimes de guerre se doit de répondre aux familles sur le sort de leurs proches déportés, pour des raisons morales mais aussi administratives et juridiques. Après recherches et, en cas d’absence d’informations sur les disparu-e-s, le ministère prononce le décès, en application notamment de la loi du 30 avril 1946, en ajoutant 5 jours à la date de déportation. L’arrêté est ensuite publié au Journal Officiel de la République Française (JO RF) ».

« Ces derniers témoignages avant le départ pour les camps d'extermination constituent une découverte historique majeure, que le Conseil général de la Seine-Saint-Denis souhaite faire connaître au plus large public ». Pourtant, nul au sein du Conseil général de Seine-Saint-Denis n’a répondu à ma demande de visuels. Et le Mémorial de la Shoah n'a pas répondu à ma demande de visuels. Ce qui renforce mes interrogations sur le service de la communication de ce Mémorial, déjà exprimées lors des expositions Mus / Mouse / Maus. Variations suédoises autour de la BD d’Art Spiegelman, Cinéma et Shoah, de l’affiche au dossier de presse. 


Présentée dans la crypte du Mémorial de la Shoah, cette exposition est conçue et réalisée par le département de la Seine-Saint-Denis en partenariat avec le Mémorial de la Shoah (Paris), le Conseil régional d'Île-de-France, l'Office public de l'habitat Seine-Saint-Denis, et avec le soutien de la DRAC d'Île-de-France et de la ville de Drancy.

Centre d’histoire et de mémoire à Drancy
Le 21 septembre 2012, a été inauguré, face à la Cité de la Muette, le Centre d’histoire et de mémoire à Drancy, rattaché au Mémorial de la Shoah à Paris, en présence notamment du Président François Hollande. Des éléments ont fait débat : absence de "prise en charge" par l'Etat, devenir du Centre dans une ère où le devoir de mémoire est perçu de manière moins aigu, etc.

Le 13 mai 2014, les Archives nationales et le Conseil général de la Seine-Saint-Denis ont organisé à Pierrefitte-sur-Seine une journée d’étude sur les traces de la persécution et de la répression en région parisienne. "S’appuyant sur la publication magistrale de l’inventaire des graffiti du camp de Drancy par Benoît Pouvreau, elle fera l’état des traces existantes à Drancy, à Romainville et à Bobigny, et s’achèvera par une interview de Serge Klarsfeld par Henry Rousso. Cette journée d’étude a permis de s’interroger sur la façon dont ces traces s’inscrivent dans le paysage de nos contemporains, à la jonction de l’histoire, de la mémoire et des actions de valorisation culturelle. Le 13 mai 2014, à l'occasion de la journée d’étude sur "les traces de la persécution et de la répression en région parisienne", organisée par les Archives nationales et le Conseil général de la Seine-Saint-Denis à Pierrefitte-sur-Seine, une exposition sur les graffiti de l’ancien camp de Drancy a été inaugurée. 

Le 9 janvier 2015, à 0 h 30, France 3 a diffusé Drancy 1941-1944. Un camp aux portes de Paris, documentaire réalisé par Philippe Saada (2012, 1 h 10 minutes) : "Aux portes de Paris, la ville de Drancy, en Seine-Saint-Denis, est devenue le symbole de la déportation des juifs de France. La Cité de la Muette fut le lieu de transit des juifs arrêtés en France et déportés ensuite vers les camps de la mort. Pour plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce fut l'antichambre de l'extermination, gardée par des gendarmes français et soutenue par le régime de Vichy. Ce documentaire tente de raconter l'histoire du camp à l'aide des dernières découvertes d'archives, menées par le Mémorial de la Shoah et grâce aux recherches d'historiens dont Michel Laffitte, spécialiste de Drancy"


Toute l'Histoire a diffusé les 17 mars et 13 octobre 2015 Drancy, sous la cité, le campdocumentaire de Sabrina Van Tassel (2013) qui a interrogé les habitants de cette cité HLM (Habitations à loyers modérés) sur ce qui fut une étape, avant les camps de concentration ou/et d'extermination, pour 80 000 Juifs sous l'Occupation. "Drancy. À tout juste quelques kilomètres de Paris, c'est là que se trouve le plus haut lieu de la déportation en France. Une étape, pour plus de 80 000 juifs, avant de gagner les camps de la mort... La cité de la Muette est aujourd'hui une cité HLM aux loyers modérés. Mais qui sont ceux qui vivent entre ses murs ? Ont-ils conscience des atrocités commises en ces lieux ? Sabrina Van Tassel est partie à leur rencontre."

Le 6 mai 2015 à 20 h, le  cinéma Le Grand Action a projeté La Cité muette, documentaire de Sabrina Van Tassel (J2F Productions avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah2014, 90 min). "À première vue la Muette est une cité HLM banale, comme il en existe des milliers en région parisienne. Pourtant derrière ces murs se cache l’ancien camp de Drancy où près de 63 000 Juifs furent internés avant de partir dans les camps de la mort. L’endroit a été réhabilité en logement social au lendemain de la guerre. 500 personnes vivent ici au rythme des commémorations et côtoient les anciens internés venus se recueillir.Comment a-t-on pu rendre habitable le plus grand camp d’internement de France dès le lendemain de la guerre ? Pourquoi a-t-on occulté de manière si peu éthique la mémoire de ce lieu ? De sa construction à nos jours, cet ensemble d’immeubles en fer à cheval n’a pas encore livré tous ses secrets. Ce documentaire propose un voyage dans le temps à travers les vestiges d’origine de la cité, les archives de la ville et le souvenir des survivants, confronté aux témoignages des habitants d’aujourd’hui. En retournant avec eux sur les traces de leur passage, les différents visages de Drancy apparaissent au grand jour, pour mieux cerner l’histoire oubliée du plus grand camp d’internement français". Ce film a été sélectionné au Festival du film français de Los Angeles 2015. Il est sorti en salle le 13 mai 2015.

Le 29 janvier 2016, Toute l'Histoire diffusa Drancy 1941-1944. Un camp aux portes de Paris, documentaire réalisé par Philippe Saada (2012, 1 h 10 minutes) : "Drancy est une ville de la Seine Saint-Denis, située aux portes de Paris. Cette ville est, pour toujours, le symbole de la déportation des Juifs de France. La Cité de la Muette fut le lieu de transit des Juifs arrêtés en France et déportés ensuite vers les camps de la mort. Pour plus de 65 000 Juifs de France, elle fut l'antichambre de l'extermination, gardée par des gendarmes Français, soutenue par Vichy. Le film revient sur l'histoire méconnue de ce camp aux portes de Paris dont la mémoire a été engloutie dans le tourbillon de la Shoah. Apportant un nouvel éclairage sur le sort des Juifs en France pendant la seconde guerre mondiale et le partage des responsabilités entre autorités nazies et administration française, ce documentaire contribue à l'essentiel travail de mémoire et à la compréhension, encore et toujours, de ce que furent les régimes de haine".


Le 18 avril 2016, de 20 h à 23 h, à la Médiathèque de Saint-Mandéla loge Léon Poliakov du B'nai B'rith a proposé la conférence Drancy, un camp en France, avec Renée Poznanski et Denis Peschanski, historiens, et avec la participation d’Albert et Léon Beckermann qui "témoigneront de cet épisode  de leur vie, les interventions de Hervé Bleines et Hervé Birène, membres de la commission" : "En mai 1944, Louis Aragon écrivait que le nom de Drancy faisait "frémir les Français les plus impassibles d’apparence". Aujourd’hui, sur le site du camp par lequel sont passés 84 % des déportés juifs de France, une cité HLM côtoie un wagon et une statue monumentale, en vis-à-vis d’un musée-mémorial de la Shoah. Drancy a conservé, en effet, sa vocation initiale de logement social tout en devenant le lieu de mémoire central de la Shoah en France".


Le 26 janvier 2017, de 20 h 30 à 22 h 30, le Cercle Bernard Lazare a projeté Drancy dernière étape avant l’abîme, documentaire de Cécile Clairval-Milhaud. "A Drancy, camp d’internement situé aux abords de Paris, 76 000 juifs furent faits prisonniers dans des conditions effroyables entre 1941 et 1944, avant leur départ pour Auschwitz".

Un des derniers artisans du tunnel d’évasion de DrancyEugène Handschuh est décédé le  8 juillet 2017. « Mon père était communiste. Il faisait même partie de l’armée rouge hongroise, » s’amusait cet homme juif originaire de Budapest. Il n’est âgé que de 6 ans durant la fuite qui emmène sa famille de Budapest à Paris. 
 Quand la guerre éclate, lui et son frère, qui suivent le chemin paternel, s’engagent dans la Résistance.  Après une attaque à la grenade sur une « position allemande », ils deviennent clandestins tout en restant à Paris. Mais le 28 décembre, « On s’est fait cueillir ».
Libération a publié un portrait d'Eugène Handschuh dont le "récit débute en 1923, à Budapest. « Dans la famille, on a toujours été à gauche, poursuit Eugène Handschuh. Mon père était communiste. Il faisait même partie de l’armée rouge hongroise. Les chiens ne font pas des chats, hein ? »
"Eugène, ses yeux et sa moustache sourient quand il raconte l’errance de sa famille, Juifs de Hongrie, à 6 ans, à travers l’Europe centrale avec ses parents Oscar et Victoria, et son frère Louis, de trois ans son aîné. L’emménagement dans le XIXe arrondissement, puis dans le Marais. Il rigole encore : « Ce n’était pas extraordinaire à ce moment-là, le Marais.» Et les deux jeunes chats ? Ils militent aux Jeunesses communistes. Ce sera ensuite, logiquement, la Résistance, avec les MOI. Eugène ne s’étend pas, ni sur l’attaque à la grenade d’une position allemande, face au Rex, et la planque dans le Xe arrondissement. Ni sur la peur permanente. «On avait des faux papiers, qui arrivaient à expiration ; il fallait récupérer les nouveaux à notre ancien domicile dans le Marais. Mais les gens qui les avaient se sont fait repérer, suivre et on s’est fait cueillir.» C’était le 28 décembre 1942".
"Eugène tient à nous montrer sa collection personnelle de souvenirs. Il porte beau et s’il doit extirper sa longue carcasse d’un canapé, Eugène maîtrise parfaitement les télécommandes pour lancer DVD et vieilles cassettes vidéo. L’histoire du camp de Drancy est connue ; celle du tunnel, qu’il veut nous conter par le menu, un peu moins... «Ce sont les Français qui nous ont arrêtés. On est d’abord allés à la Conciergerie. C’était une abomination. Je crois que ça n’a pas changé. Ce sont les Français qui nous ont interrogés. Durement. On a pris des coups de nerf de bœuf. Puis ils nous ont passés aux Allemands, rue des Saussaies, le siège de la Gestapo. En y arrivant, j’ai cru mourir. On voyait des gars pleins d’eau qu’on traînait. Au début, je ne savais pas ce que c’était. Après j’ai su.» 
"L’interrogatoire est très dur, les Handschuh sont battus, mais ils n’ont pas droit à la «baignoire». Ils sont transférés à la prison du Cherche-Midi, puis au camp de Compiègne. C’est sans doute ici que l’idée du tunnel de Drancy va naître. «On parlait beaucoup de ces évadés, qui s’étaient carapatés en creusant sur 20 mètres, dont Georges Cogniot, le rédacteur en chef de l’Huma.» Eugène refait une pause. Mais cette fois, on sent qu’il veut ménager un petit effet. Il a déjà raconté l’histoire. Il sait comment s’y prendre : «Mais eux, c’était un trou à rats»…
Ses conditions de détention ? «Un quart de boule de pain. Là, au bout de quinze jours, je ne pouvais plus m’asseoir tellement j’avais mal. Je n’avais que des os. On a duré comme ça pendant deux mois. On crevait la dalle. Mais il y avait d’autres résistants, des gaullistes. Des gens sincères et courageux ; entre gens de bonne compagnie, on s’est bien entendu.» Et puis ils sont partis à Drancy… Drancy, cette autre histoire française. Prison dès 1940, elle sert à la détention des Juifs depuis l’été 1941. Puis comme point de départ vers les installations d’extermination. Sur 79 convois de déportés juifs recensés, 67 partiront de Drancy. La famille Handschuh, sans la mère dont ils ont été séparés lors de l’arrestation, y arrive au moment où le SS Alois Brunner en prend la direction. Sa mission : accélérer la déportation des Juifs de France, comme il l’avait fait à Salonique où il avait supervisé la déportation vers l’extermination de 43 000 Juifs de Grèce, dont environ 12 000 enfants".
"La méthode Brunner consiste à faire de Drancy un camp de concentration sans gardiens SS, en confiant la surveillance externe aux gendarmes français et l’administration de l’«interne» aux détenus juifs.«Si ça ne marche pas, explique l’historien Tal Bruttmann, c’est toi qui paies le prix.» La plupart des tâches quotidiennes leur sont donc confiées. Distribuer la nourriture, gérer les effectifs, faire fonctionner l’infirmerie, éviter le désordre, éventuellement dresser les listes de convois, précise l’historien français. Seul le commandement est exercé par un SS. L’arbitraire est au-dessus de chacune des têtes. «On ne déportait pas les travailleurs», rappelle Eugène, qui a réussi «à dégoter un boulot en cuisine» avec son frère, «jusqu’au jour où on décidait de les déporter».
"C’est dans ce cadre effroyable que va naître le projet fou d’une évasion par un tunnel. Eugène sourit presqu’encore de ce bon coup joué aux nazis : «On a bénéficié de la volonté de Brunner de remettre de l’ordre dans le camp. Il fallait terrasser. On s’est servi des outils pour creuser.»Robert Blum, responsable du mouvement de résistance Combat dans l’Isère, arrêté par Klaus Barbie en janvier 1943, est le chef du bureau administratif du camp. Il va s’adjoindre les services d’André Ullmo pour mettre en place une hiérarchie de près de 285 chefs de bloc et chefs d’escalier. Ullmo en profitera pour monter une équipe de tunneliers, «un quart de l’administration juive du camp de Drancy», écrivent Michel Laffitte et Annette Wieviorka dans A l’intérieur du camp de Drancy".
 « Les premiers travaux furent entamés le 15 septembre 1943, a raconté André Ullmo à Libération en 2001. L’équipe de base qui décida de l’entreprise était composée de Maurice Kalifat, René et Georges Geissmann, Roger Schandalow, Abraham Stern, Claude Aron et moi-même. Dans les jours qui suivirent, et au fur et à mesure des nécessités (évacuer la terre, boiser le tunnel, tasser la terre dans les caves), notre équipe devint de plus en plus importante.» André Ullmo qui faisait partie du groupe de Compiègne, a approché les Handschuh : «On va faire un tunnel. Est ce que vous êtes partants ?» Ils seront entre 40 et 70 à se relayer. Ceux qui se souviennent de la Grande Evasion peuvent imaginer le travail, l’ingéniosité nécessaire pour creuser une galerie haute de 1,30 m et large de 0,80 m, qui sera éclairée à l’électricité et boisée : travailler au fond pour percer, transporter la terre, supporter la chaleur, le manque d’air. «Chaque jour ou presque, il fallait monter sur les toits, écrit Ullmo, pour vérifier la direction de l’axe du tunnel. » En sous-sol, ce sont les 3 × 8, précise Eugène. «5 heures du matin à la cuisine, jusqu’à minuit dans le tunnel. Mon père comme nous. La souffrance de ce travail. On tombait dans les pommes. C’était dur.»
"Dures aussi seront les accusations de collaboration, ou pire d’égoïsme, qui viendront plus tard hanter les survivants de ce groupe. «On nous a reproché d’avoir creusé pour ne faire évader que notre groupe, mais il était question de faire sortir tout le monde, s’indigne le vieux résistant. Pour faire évader 40 hommes, un trou à rats aurait largement suffi. Là, c’est un ouvrage à hauteur d’homme.» Oui, certains allaient sans doute rester derrière, quelle que soit l’issue du creusage. Il dit les choses simplement, ce qui veut tout dire : «Il y avait des vieillards, des enfants… mais que ferait-on sans utopie ? On ne fait rien sans utopie.»
"Aurait-il fallu, comme ce fut le cas en 1942 et 1943 à Treblinka, Sobibor et Auschwitz-Birkenau, se soulever contre les officiers nazis qui tenaient Drancy ? «Attaquer des hommes armés ? Mais c’était impensable. Nous n’étions pas si nombreux à savoir nous battre, à en avoir la force. Et les représailles ?»
"En novembre 1943, le tunnel fait plus de 35 mètres. Combien reste-t-il à creuser ? 1 mètre ? 2 mètres ? 4 mètres ? «Nous avions calculé pouvoir sortir le 11 novembre, avait raconté Roger Schandalow, un des membres de l’héroïque équipe, dans l’Humanité. Le 9, peut-être le 10 novembre, alors qu’il nous restait un ou deux mètres, les Allemands trouvent un pantalon avec, dans la poche, un papier d’emballage. Sur ce papier, un nom. Ils arrêtent l’interné en question et l’interrogent. L’homme ne parle pas. Finalement, les Allemands menacent de mettre à exécution leurs exactions habituelles : punir beaucoup d’innocents pour la faute d’un. Ce qui voulait dire des femmes et des enfants enfermés dans les caves, sans nourriture. Alors le prisonnier donne les noms de treize camarades, prenant soin de ne livrer que des hommes qui n’ont pas de famille dans le camp.» Parmi eux, les Handschuh. Père et fils, toujours ensemble".
"Le groupe d’hommes est rassemblé dans une cave, ils sont passés à tabac. «Ils nous ont demandé de nous tourner face au mur.» Simulacre d’exécution. Puis une «récompense». «Les Allemands nous ont dit, parlant du tunnel : "Vous avez fait un beau travail, on ne pensait pas que les Juifs étaient capables de faire ça. Vous ne serez pas fusillés, on va vous déporter. Et vous allez reboucher."» Laissés seuls dans la cave, une discussion s’engage. Elle est difficile. Les uns voyaient là une occasion de s’évader ; les autres n’imaginaient pas partir sans tout le monde. «Pour moi, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Il fallait sortir, ai-je plaidé. J’ai mis aux voix. La majorité s’est opposée.» Et l’entrée fut murée. Et le groupe conduit au train".
"Que savaient-ils, quand ils sont montés dans le convoi 51 le 20 novembre 1943, de leur possible avenir ? Que sait-on d’ailleurs de la Shoah, en France, parmi les Juifs ? «On sait qu’il n’y a rien de bon, rappelle l’historien Tal Bruttmann. On sent qu’il y a quelque chose qui cloche, les gens sont très inquiets. On sait qu’on part pour un voyage sans retour.»
"Dans le train, le groupe de quatorze hommes a réussi à rester ensemble et ils sont bien décidés à remettre ça. Grâce à Roger Schandalow, qui a fait son service militaire dans l’Est, les résistants savent que le train va ralentir dans la côte de Lérouville, près de Bar-le-Duc. Ils ont réussi à gratter des outils, mais les barreaux résistent. Heureusement, les frères Roger et Georges Gerschel, deux rugbymen, arrachent les barreaux. A la main. «On saute, on va en sens inverse du train pour aller chercher mon père qui avait sauté avant nous.» Mais impossible de le retrouver. Les trois résistants connaissaient la règle : celui qui peut se tirer ne s’occupe pas des autres. «C’est ce qu’on a fait. On avait un billet de 50 francs qu’on avait réussi à garder malgré toutes les fouilles. Direction la gare de Bar-le-Duc. Et là, des gendarmes allemands.»
«Quand on a vu les autres, dans la gare… des déchets humains, des rapatriés, des travailleurs obligatoires, on n’était pas mieux qu’eux. On est finalement passé inaperçus. On a pris un billet et à 6 heures du matin, on était à Paris. Direction notre planque. Mon père n’était pas là. Après huit jours, je voulais qu’on reprenne le train pour le chercher. Mais finalement, un ami nous a prévenus que mon père revenait.» Oscar, blessé en sautant du train, avait fini par se résoudre, au petit matin, à frapper à la première porte d’un village. Chez Marcel et Mariette Médard qui soigneront le père Handschuh, et enverront même leur fils accompagner Oscar à Paris. Le 16 mai 1989, Marcel et Mariette Médard seront faits «Juste parmi les nations». Comme les Domice, ou les Bernard qui auront aidé d’autres évadés du convoi 51 à se planquer".
"De retour à Paris, les frères Handschuh continuent leurs faits d’armes. «Lors de la libération de Paris, en août 1944, on est allé prendre la Kommandantur. Il a fallu protéger les Allemands, parce que les gens voulaient les lyncher.» Après la guerre, Ullmo réunit les anciens du tunnel. Enfin, ceux qui sont revenus. «Tous les mois, on faisait un dîner. Ça a duré peut-être un an. Et puis, je crois qu’on a tous voulu passer à autre chose. Ce qui s’est passé à cette période, on a voulu l’oublier.»
"Le tunnel aussi a été oublié. Jusqu’à ce que des travaux pour la construction d’un gymnase ne mettent au jour ses fondations en 1980. En 2001, un arrêté classe la cité de la Muette (où était installé le camp de Drancy), tunnel compris, parmi les monuments et les sites protégés de France. Mais l’action folle, et héroïque, de résistance de ces Juifs contre les nazis n’a jamais été reconnue comme fait de résistance. Pour la mémoire de ceux qui n’ont pas réussi à revenir ? Ce sera une rude blessure de guerre pour les évadés. Eugène, lui, est mort le 8 juillet 2017. Il était le dernier survivant des évadés de Drancy".

Les évadés de Drancy, documentaire de Nicolas Lévy-Beff et Thibault Chatel évoque cette tentative d'évasion.
  
GRAFFITI


“Départ
Je m’en vais vers l’inconnu
En suivant mon destin
Et en laissant tristement ici
Mon bonheur et mes chagrins
La vie fut belle en ce pays
Ou je n’ai plus le droit de rester
[...] chose trop jolie
Doit une fois cesser
Adieu, oh pays de ma jeunesse
Non, laisse-moi crier Au Revoir
[...] moi j’ai fait une promesse
Je veux garder tout mon espoir
WS. 1er sept. 1942”
"Cette personne a très vraisemblablement été déportée le 2 septembre 1942 par le convoi n°27 vers Auschwitz-Birkenau (Pologne)".

« Le départ est pour samedi.

Dans les “escaliers” maintenant isolés par les barbelés - le camp dans le camp – on nous distribue du pain en abondance et des sacs en papier vert qui contiennent de la viande, du fromage, des bonbons, etc.
Les nécessiteux reçoivent des vêtements. Il paraît que nous aussi, nous partons travailler, que chaque famille aura une maison. Le chant des déportés ne parle-t-il pas des détenus qui piochent ?
Et comme on nous a fait inscrire nos noms en grosses lettres sur nos valises, nous sommes sûrs de les retrouver à l’arrivée.
Mes parents déposent les soixante-cinq francs qu’ils possèdent pour tout potage, et reçoivent en échange un bon en zlotys. On m’explique qu’il s’agit de monnaie polonaise.
C’est donc en Pologne que nous partons.
Tout est en règle. C’est le moment d’ajouter nos graffiti aux autres.”
Maurice Cling,
Vous qui entrez ici... Un enfant à Auschwitz »
Paris, FNDIRP et Graphein, 1999.
"Maurice Cling est né le 4 mai 1929 à Paris. Il est déporté le 20 mai 1944 par le convoi n°74 vers AuschwitzBirkenau (Pologne). Il survit et rentre en France le 18 mai 1945".


Famille / ESKENAZI /
PARti le 30 MAI [19]44 /
Pour DESTINATION INCONNUE /
TRES BON MORAL / VIVE les juifs
"Résidant à Paris au 6 et 7 rue Gaston Tissandier, réfugiés 34 rue d’Arcole à Saint-Étienne (Loire), Michel, marchand, et Victoria Funès, épouse Eskenazi (nés le 14 juillet 1893 et le 4 avril 1896 à Salonique, Thessalonique, Grèce), et leurs enfants Albert, Fortunée, modiste (née le 27 août 1917 à Cuba), Clara, vendeuse (née le 26 septembre 1918 à Mexico, Mexique) et Suzanne (née le 4 février 1924 à Marseille, Bouches-du-Rhône) sont internés à Drancy le 28 mai 1944 (respectivement sous les matricules n°23389, 23390, 23391, 23392, 23393, excepté Albert).
Dorothée Eskenazi, fille de Michel et Victoria, née le 30 septembre 1915 à La Havane (Cuba), épouse Salomontchik, couturière, est également internée à Drancy le 28 mai 1944 sous le matricule n°23400. Elle est aux côtés de son époux, Paul Salomontchik, né le 24 mars 1917 à Paris XIIe, tailleur, et de leur fils Gérard, né le 4 juillet 1942 à Saint-Étienne, tous deux internés sous les matricules n°23398 et 23401. Ils sont tous déportés le 30 mai 1944 par le convoi n°75 vers Auschwitz-Birkenau (Pologne). Clara Eskenazi y décède le 4 juin 1944. Albert, Suzanne et Fortunée Eskenazi ont survécu et sont rentrés en France.
Nous n’avons pu trouver d’informations sur le sort des autres membres de la famille".
“Arrestation le 8 mai 1944 à 14 h par la Milice accompagnée de la Gestapo, nous avons été transféré, après 15 jours passés dans une caserne de Saint-Étienne, à Drancy où nous sommes restés 3 jours. Le 30 mai nous avons été dirigé sur le camp d’Auschwitz”.
Témoignage d’Albert Eskenazi (15 février 1949) dans l’acte de disparition de sa soeur Clara Eskenazi.


“MAX LEVY et / FERNAND BLOCH / et Eliane HAAS / arrivé le 27 / 7 / [19]44 / déporté le 31 / 7 / [19]44 / je reviens Fernand Bloch [signature]”
Max Abraham Lévy est né le 5 juin 1913 à Lyon (Rhône) où il habitait au 95, rue de Sèze dans le 6e arrondissement. Menuisier, il est arrêté le 30 juin 1944, interné à Lyon, il est transféré à Drancy le 24 juillet 1944. Fernand Bloch est né le 24 septembre 1917 à Lyon (Rhône). Employé, il a été interné à Drancy sous le matricule n°25733 le 22 juillet 1944.
Eliane Haas est née le 10 juillet 1918 à Mulhouse (Bas-Rhin), elle résidait 212 rue Paul Bert dans le 3e arrondissement de Lyon (Rhône) où elle était vendeuse. Arrêtée le 13 juillet par la Gestapo avec sa mère Jeanne Haas, née le 1.04.1879 à Délemont (Suisse) elles sont internées à Lyon, puis transférées à Drancy le 24 juillet 1944.
Ils sont tous déportés le 31 juillet 1944 par le convoi n°77 vers Auschwitz-Birkenau (Pologne) où Eliane et Jeanne Haas décèdent le 4 août 1944 *.
Nous n’avons pu trouver d’information sur le sort de Max Lévy.
Fernand Bloch est rapatrié en France le 19 mai 1945.
Journal Officiel de la République française.
"Le 18 juillet 1944, j’ai été appréhendé à mon domicile 16, rue Franklin à Lyon (2e), par des membres du Parti Populaire Français. J’ai été conduit au siège de la police allemande, place Bellecour et ensuite emprisonné au Fort Montluc. Le 22 juillet 1944, j’ai quitté ce lieu de détention pour être transféré à Drancy. Le 31 juillet, j’ai quitté Drancy pour Auschwitz. Le 18 janvier 1945, j’ai été transféré à Dachau. J’y suis resté jusqu’au 25 avril 1945. J’ai regagné ensuite l’Autriche, ou plus exactement Zewfel. J’ai été libéré par l’Armée américaine le 1er mai 1945. J’ai été rapatrié le 19 mai 1945".
Témoignage de Fernand Bloch (19 novembre 1949, procès-verbal d’audition)

“HOFFMAN […] /
le 20 juillet […] / déporté […]”
"Léon Hoffman est né le 12 novembre 1888 à Odessa (Ukraine). Naturalisé en 1928, il était tailleur. Son épouse, Rifka Hoffman est née Modak le 2 janvier 1897 à Rowno (Pologne).
Naturalisée en 1928, elle était couturière.
Leurs enfants sont nés à Paris : Sarah, née le 22 avril 1925 à Paris 10e, Charlotte le 28 octobre 1928 à Paris 12e, Maurice, le 8 septembre 1931 à Paris 10e, Juliette, le 4 mai 1934 à Paris 10e, Nathan le 2 septembre 1940 à Paris 18e. Ils habitaient 1 rue Fernand Laborie dans le 18e arrondissement de Paris où ils sont arrêtés le 20 juillet 1944, à l’exception de Charlotte. Ils sont internés le même jour à Drancy.
Ils sont déportés le 31 juillet 1944 par le convoi n°77 vers Auschwitz-Birkenau (Pologne) où Léon, Sarah, Maurice, Juliette, décèdent le 5 août 1944 *.
Nous n’avons pu trouver d’informations sur le sort de Rifka et de Nathan. Seule Charlotte Hoffman a survécu".
* Journal Officiel de la République française.

« Edmond Haddad/déporté le 7 mars 1944/Arrêté le 11 février 1944 à Oyonnax (Ain) / Un Algérien / Gonflé à bloc » (souligné 2 fois)
Né le 29 mai 1912 à Guelma (Algérie), ce voyageur de commerce domicilié rue Voltaire à Oyonnax, est arrêté le 11 février 1944 lors d’une rafle dirigée par les troupes allemandes et la Milice. Interné à Montluc à Lyon, Edmond Haddad est « transféré à Drancy le 7 mars 1944 par le convoi n° 69 vers Auschwitz-Birkenau (Pologne) où il décède le 12 mars 1944 » (Journal Officiel de la République française).

Du 13 mai au 10 juillet 2014
Dans le hall des Archives nationales
59 rue Guynemer. 93383 Pierrefitte-sur-Seine cedex
Tél. 01 75 47 20 00

A partir du 15 septembre 2013
visite guidée de 15 h à 16 h 30 le 15 septembre 2013
Au Mémorial de la Shoah à Drancy
110-112, avenue Jean Jaurès, 93700 Drancy
Tél. : 01 77 48 78 20
Entrée libre sans réservation

De septembre 2012 à février 2013
18, avenue du Président Salvador Allende. 93000 Bobigny
Tél : 01 43 93 97 00
Du lundi au jeudi de 9 h à 17 h3 0. Le vendredi de 9 h à 17 h. Un samedi par mois de 9 h à 12 h 15, sauf jours fériés et vacances scolaires.

Jusqu’au 16 septembre 2012
17, rue Geoffroy l’Asnier, 75004 Paris
Tél. : 01 42 77 44 72
Tous les jours de 10 h à 18 h, le jeudi jusqu’à 22 h. Fermé le samedi.

Visuels :
Vue générale de la cité en 1939
© Fonds Marcel Lods, Centre d’archives d’architecture du 20e siècle, cité de l’Architecture et du Patrimoine

Photographie clandestine des internés dans les chambrées
© Fonds Van Kote, Mémorial de la Shoah, CDJC

WS. 1er sept. 1942
©  DR

La cité de la Muette aujourd’hui
 ©  DR

Les nouvelles huisseries posées en 2009 sources de cette découverte lors du démontage des contre-cloisons.
© DR

Graffiti sur conduit de cheminée, conservé au Conservatoire historique du camp de Drancy (détail) et graffiti suivants
©  DR

Photo du documentaire : © DR

Les citations sont extraites du dossier de presse.

Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié pour la première fois le 13 septembre et republié le :
- 21 septembre 2012 et le 16 juillet 2013 à l'approche de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'Etat Français et d'hommage aux justes de France et de la cérémonie le 18 juillet 2013 à 18 h, à l'ancienne gare de déportation, marquant le 70e anniversaire du premier convoi de déportation parti de Bobigny. Ce jour, à 10 h 45, le Conservatoire historique du camp de Drancy organise une cérémonie ; 
- 12 septembre 2013 et 13 mai 2014, 8 et 17 mars janvier 2015 ;
- 5 mai 2015. Le 6 mai 2015 à 20 h, le  cinéma Le Grand Action a projeté La Cité muette, documentaire de Sabrina Van Tassel (J2F Productions avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah2014, 90 min) ;
- 12 octobre 2015, 28 janvier et 17 avril 2016, 26 janvier 2017.
Il a été modifié le 2 août 2017.

1 commentaire:

  1. Appel aux enfants, petits enfants, famille et amis
    des Déportés du Convoi 77

    Le 31 juillet 1944(soit moins de 3 semaines avant la Libération de Paris ) le dernier grand convoi de Déportés – le Convoi 77- quitte Drancy pour Auschwitz.
    La proximité de la fin de la guerre n’a pas , bien au contraire ,diminué le « zèle » des nazis. Parmi les 1300 déportés , 300 enfants que Brunner(le commandant de Drancy) à fait rafler dans les foyers de l’UGIF en région parisienne.
    Tous les enfants seront gazés à leur arrivée à Auschwitz.
    Aujourd’hui les survivants du Convoi 77 se comptent sur les doigts d’une main.
    Nous, leurs enfants, petits enfants, famille et amis, devons prendre le relais de la transmission de leurs mémoires
    C’est pour cette raison que j’ai pris l’initiative de rechercher et de regrouper les descendants des Déportés du Convoi 77 –mon objectif étant la mise en commun toutes les informations dont nous disposons sur ces hommes, femmes et enfants disparus - et ainsi témoigner en leur nom.

    Si vous êtes concerné, merci de me contacter :
    mayer.georges@gmail.com
    Si cela n’est pas le cas ,je vous serais reconnaissant de faires circuler cet appel auprès de vos amis et connaissances afin qu’il soit le plus largement diffusé

    Merci
    Georges MAYER

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