mardi 24 janvier 2017

« Moshe. Victime et meurtrier », par Natalie Assouline Terebilo


Arte diffusera, dans le cadre d’une soirée spéciale consacrée à la libération des camps nazis, le 25 janvier 2017, « Moshe. Victime et meurtrier » (Tödliche Rache. Vom Holocaust-Opfer zum Mörder, Dark Side), par Natalie Assouline Terebilo. « Après la Seconde Guerre mondiale, Moshé Knebel a retrouvé et tué les nazis qui ont assassiné sa famille. En compagnie de ses enfants, il refait le voyage vers la Pologne, plus de soixante ans après, pour renouer avec sa douloureuse histoire. Un questionnement vertigineux sur le sens de la justice ».

« Je ne me souviens pas du premier homme que j’ai tué… Je me rappelle seulement de ses chaussures car elles ont fait mal à mes pieds pendant des mois. Je me souviens que si je ne l’avais pas tué, c’est lui qui m’aurait tué... Depuis ce jour, j’ai su que je devais tuer pour vivre », a confié Moshé Knebel, Juif israélien octogénaire d’origine polonaise - il est né et a grandi à Krasnobród - et survivant de la Shoah. Sa voix off ponctue le film.

« Si à première vue Moshé Knebel, 85 ans, a l’air d’un grand-père comme les autres, le vieil homme israélien d’origine polonaise cache un sombre secret ».

"Pologne gorgée de sang juif"
Âgé de 13 ans, après l'assassinat de son père qui vendait des chevaux, Moshé Knebel erre dans la forêt pendant environ un an et demi. Il mange des baies, des myrtilles et parfois des noisettes.

Dans des buissons, il aperçoit des cadavres de jeunes filles nues. A l’affût de bruits inhabituels.

« A tout moment, des collaborateurs polonais pouvaient surgir et me tirer dessus. J’ai tout fait pour survivre », se souvient tout.

Il apprend que tous les Juifs de Krasnobród, dont sa mère et son petit frère, ont été brûlés dans la boulangerie. Il pleure pendant trois jours. « A 14 ans, j’étais seul, je n’avais plus personne ».

Des partisans russes lui proposent de les rejoindre. Il accepte et reste avec eux. Il apprend à se défendre, le courage de ne pas fuir, de rester et de se battre. Il devient russe. Âgé de 15 ans, il avait « oublié la bénédiction du père lors du chabbat », il « voulait fuir son identité juive ». « Ce qui comptait était que je n’étais plus seul ».

Moshé devient un « vrai soldat russe » : « On tuait tous ceux qui avaient collaboré avec les Allemands. On ne pouvait pas garder de prisonniers. Il fallait les tuer. C’était comme çà, à chaque bataille. Où aurions-nous trouvé de la nourriture ? L’ordre de Moscou était « Pas de prisonnier ». Un jour, l'Armée rouge a projeté un film où des Allemands jettent enfants contre des troncs d'arbres jusqu’à ce qu’il meurent ».

Dans l’Armée rouge, Moshé se porte volontaire pour combattre les Allemands sur le front. C’est à pied qu’il parvient à Berlin au terme d’un trajet de 2000 km, sans suivre de chemin bien tracé.

« Pour la plupart des Juifs polonais, la guerre s’est terminée en 1945. Pour moi, ce n’était qu’un début ». Moshé est fier d’avoir vaincu pour son pays, la Pologne. Il a 18 ans et revient à Krasnobród.

« Tout le monde savait que si quelqu’un rentrait chez lui après guerre, il serait assassiné. J’espérais que quelqu’un de ma famille aurait survécu. Je ne savais pas que j’allais revoir nos voisins portant les robes de ma mère et le manteau qui réchauffait mon père ».

1946, démobilisé, Moshé est content de revoir ses amis d’enfance, mais « la guerre les avait changés, eux aussi ». Après une soirée au bistrot avec trois amis polonais, Moshé part en voiture avec eux. Ces « amis » tentent de le tuer en pleine nuit, l’hiver : ils le frappent à la tête, sur tout le corps. Moshé parvient à fuir et se cache dans un arbre, puis il se réfugie au monastère. Il est aussi nourri et hébergé par la police secrète.

Pour combattre les opposants au communisme, le commandant de la police secrète « cherche des Juifs ayant tout perdu, qui n’ont pas peur de la vengeance ». Le QG de cette police est celui occupé auparavant par la Gestapo. Là, ont lieu les interrogatoires et les tortures des Polonais interpellés et gardés pendant trois mois.

« Ancien partisan, il a échappé à la déportation ; puis membre de la police secrète polonaise, il a mené à bien, après la Seconde Guerre mondiale et en secret, une terrible vengeance ».

« Officiellement censé débusquer les ennemis du communisme » au sein de l’UB, il « s’est personnellement chargé d'exécuter les anciens nazis responsables de l’assassinat de ses parents et d’une bonne partie de sa famille, mais aussi les collaborateurs polonais qui ont dénoncé les siens ».

Moshé déterre les ossements de son père et de son frère, et les enterre dans le cimetière juif de sa ville.

A partir de 1948, son activité dans la police secrète prend fin. Moshé a alors voulu commencer une nouvelle vie, oublier le passé. Il achète un taxi, emménage dans une lointaine ville. S’y marie, a un fils prénommé Mordechai comme son père.

En 1967, ce Polonais juif immigre en Israël avec sa famille et devient Moshe. Son fils est mobilisé et tombe malade, puis décède. Dans sa douleur, Moshé dit à ses parents décédés que son fils est mort de maladie, et non de balles allemandes.

Longtemps, Moshé a caché à ses enfants qu’il était un survivant de la Shoah, qu’il s’était caché dans les bois avec des partisans polonais.

Ses "enfants l’ont entendu crier quand il faisait ses cauchemars la nuit. Cela a marqué leur vie, même s’il n’en parlait pas au réveil".

« En compagnie de son fils David et de ses filles Hannah et Batya, Mosche refait le voyage vers la Pologne, plus de soixante ans après, pour renouer avec une histoire aussi douloureuse que romanesque ».

« Un plongeon dans un passé dramatique, dont ses enfants n’avaient jamais entendu que des bribes… »

« Comment accepter de voir son père non seulement comme un survivant de l'Holocauste, mais aussi comme un meurtrier ? »

Pour Batya, sa fille : « Nous pouvons essayer de comprendre. Qu’est-ce qui l’a motivé ? Je ne le sais pas. Il n’avait plus rien à perdre ».

Son fils David considère que « le besoin de vengeance vient de l’absence de réponse à la question : Pourquoi ont-ils fait ça ?

« La vengeance ne m’a pas rendu ce qu’elle m’a pris. Elle n’a pas apaisé mes nuits. J’ai eu le sentiment de rendre justice à sa famille », dit cet homme qui « a rendu des coups, œil pour œil, dent pour dent », conclut Moshé Knebel.

Documentariste israélienne, Natalie Assouline Terebilo avait réalisé Shahida – Brides of Allah  (Les épouses d’Allah, 2008, 76 min). Un documentaire sur des djihadistes palestiniennes ayant commis des attentats terroristes en Israël, et leurs motivations : « restaurer l’honneur familial », naïveté ou faiblesse constituant à se laisser instrumentaliser, etc.


Dans « Moshe. Victime et meurtrier », elle mêle de « poignantes scènes animées en noir et blanc » créées par Yoni Goodman (Valse avec Bachir). Elle offre un questionnement vertigineux sur le bien et le mal, le sens de la justice et l’histoire familiale ».

Pourquoi Arte n’utilise-t-elle pas le mot « juif » dans son communiqué !?

Pourquoi Arte va-t-elle diffuser ce film après minuit ?

« Moshe. Victime et meurtrier », par Natalie Assouline Terebilo
Suisse, 2015, 51 min
Sur Arte le 25 janvier 2017 à 0 h 55

Visuels : © First Hand Films/Uri Ackerman
Moshé et sa famille dans la forêt en Pologne où il s’est caché à l’époque des Nazis
Moshe et sa femme Ilana sur la tombe de leurs premiers enfants en Israël
Moshe retourne dans sa ville natale de Krasnobrod en Pologne 
Animation : Moshe raconte comment les partisans russes ont pendu un nazi à un tank
Animation du film : Moshe observe comme un enfant comment des nazis assassinent un homme
Moshe et son fils David dans la forêt en Pologne où il s’est caché à l’époque des Nazis

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Les citations sont extraite du site d'Arte.

2 commentaires:

  1. Cet homme est un Héros d'Israël. Les survivants avaient parfaitement le droit de se venger. La vengeance n'est pas la haine mais la forme supérieure de la Justice!!!
    Charly Nessim NADJAR

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  2. Un documentaire saisissant, d'autant plus touchant que mon beau père est de krasnobrod. Je vais lui demander s'il le connaissait.

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